dimanche, 24 octobre 2021

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Haendel : La toute première « pop star »

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13 avril 1742

Portrait Haendel

Quand la musique est bonne…

Le génie musical d’Haendel, ses excès et son énergie débordante, son ego surdimensionné, ses caprices, son goût pour la mise en scène et les affaires, ses fans, tout concourt à faire de lui une superstar. Celui qui a habité la même rue que Jimi Hendrix est-il le tout premier roi de la pop ?

Le 13 avril 1742, une immense foule se presse devant le Grand Théâtre de Dublin. C’est pourtant plusieurs heures avant son ouverture. Tous espèrent pouvoir  écouter l’oratorio composé en seulement 24 jours par Haendel : Le Messie.

Tous les billets ont été vendus en quelques heures. Il faut dire  que le Maître avait annoncé que les droits seraient reversés intégralement aux oeuvres de charité. Assister à un chef d’oeuvre tout en faisant une bonne action, c’est l’esprit « bobo » bien avan l’heure ! Cette première représentation du Messie sera acclamée au-delà des espérances.

Ce jour-là, une star est née, la toute première « popstar » de l’histoire comme certains aujourd’hui n’hésitent pas à l’affirmer (1).

 

Haendel première popstar

Reconnaissons que la vie de Georg Friedrich Haendel (1685-1759) est à la fois extravagante et populaire. Les puissants de l’époque, rois, reines, personnalités des cours européennes sont ses premiers supporters.

Très vite, ses succès deviennent populaires et Haendel entraîne dans son sillage des milliers d’adorateurs, des groupies ou des fans, comme on dirait aujourd’hui.

Le personnage est aussi baroque que sa musique. Il porte des perruques extravagantes et on lui attribue de nombreux caprices. Son énergie et son ego sont à la hauteur de ses succès. Cependant, son tempérament méticuleux, impulsif et dominateur, le conduit à des excès comme le fait de vouloir défenestrer une cantatrice qui l’excédait.  Attitude de Diva qui finira par lui jouer des tours et engendrer  pas mal d’ennemis.

Cependant, l’opinion publique est subjuguée autant par cette personnalité hors norme que par sa musique.  Il sera célébré durant son vivant comme un génie de la musique, tandis que le célèbrissime claveciniste, Scarlatti, évoquera le diable en personne lorsqu’il l’écouta pour la première fois.

Ironie de l’histoire, ce compositeur du XVIIIème siècle aura vécu dans la même rue que Jimi Hendrix. Très Rock-and-roll, n’est-il pas ?


Haendel : le parcours d’une superstar

  • Contemporain de Bach, originaire de Halle, en Saxe, Haendel composera une quarantaine d’Opéras, une vingtaine d’Oratorios et de nombreuses autres oeuvres musicales comme le célèbre Water Music (1717).
  • Il débute comme organiste puis fait un séjour en Italie entre 1706 et 1710. Il quitte alors Venise pour Hanovre.
  • En 1712, il abandonne sans autorisation son poste au service de Georg Ludwig, prince-électeur de Hanovre, pour rejoindre Londres et le futur roi George Ier d’Angleterre qui était aussi, par une malice des alliances, son ancien employeur à Hanovre. Haendel fait découvrir aux Britanniques, l’opéra italien.
  • En 1739, il délaisse l’opéra pour l’oratorio, abandonne les modèles allemands et italiens et crée l’oratorio anglais qui fait la part belle aux choeurs.
  • Peut-être pour remercier Dieu -bien qu’il ne soit pas dévôt- qui lui avait permis de se remettre d’une hémorragie cérébrale ayant paralysé son coté droit 4 ans plus tôt, Haendel compose entre le 22 août 1741 et le 14 septembre, le Messie.
  • Lors d’une des représentations du Messie, le 6 avril 1759, Haendel agé de 74 ans eut un malaise et exprima sa volonté de mourir le jour du vendredi saint. Voeu exaucé : il décéda le 14 avril et désormais, chaque Vendredi Saint à l’Albert Hall de Londres, le Messie est interprété.

1 – Haendel : une vie de Pop star, documentaire de la chaîne Histoire.


  • « Alleluia » du Messie de Haendel :
    A écouter et à visionner :

  • George Frederick Haendel : un documentaire de la BBC (en anglais) :

Le premier envol de l’espérance de vie

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1790

Ô Temps suspends ton vol

 

Au moment où la Révolution Française abolissait les privilèges, l’humanité s’octroyait un privilège qui n’a pas de prix : l’accroissement de l’espérance de vie et cela, pour la première fois de manière significative depuis l’aube de l’humanité. Situation probablement, sans équivalent pour la plupart des autres espèces vivantes, sauf pour nos « 100 millions d’amis » comme l’explique l’encart en bas de page.

27 ans pour les hommes et 28 pour les femmes, voici l’espérance de vie en 1750, espérance qui était restée peu ou prou identique depuis des lustres. Yves Coppens rappelle que la célèbre Lucy ayant vécu plus de 2 millions et demi d’années avant l’appartion de l’homo sapiens, est décédée à l’âge de 20 ans. Hélas, à l’époque, fêter ses 20 printemps, c’était être à l’automne de sa vie puisque l’espérance de vie se situait entre 15 et 18 ans. C’est à partir de 1790 que les choses bougent réellement. Pourquoi ce décollage ?

Décollage immédiat

Meilleure alimentation, meilleure hygiène et surtout découvertes médicales sont à l’origine de cette envolée. La vaccination sera un facteur-clé de progrès et, en tout premier lieu celui de la variole, infection qui fait des ravages notamment chez les enfants. Le 14 mai 1796, Edward Jenner teste sur un enfant, la toute première vaccination, connue sous le nom de Vaccine de Jenner, la variole des vaches. Profitant de ce combat contre les maladies infectieuses, entre 1790 et 1885, l’espérance de vie prend son envol.

Depuis 1841, selon les chercheurs Jim Oeppen et James Vaupel l’espérance de vie a augmenté au rythme de 3 mois par an. En réalité, cet accroissement n’est pas linéaire mais se produit par phase, phases qui correspondent principalement à des découvertes médicales. Ainsi, on constate une nette progression entre 1880 et 1960, ce qui peut être mis au crédit des avancées de Pasteur mais aussi au progrès technique et social et à une généralisation progressive de l’assainissement de l’eau. Puis, à partir des années 60, nouveau coup de pouce spectaculaire qui va encore s’accentuer entre 1995 et 2003. Cette fois, il s’agit de la « révolution cardiovasculaire ».

Film Brazil, de Terry Gilliam; 1985

Le vieillissement généralisé de la population au niveau mondial est évidemment l’autre versant de cet allongement de la vie : D’ici à 2050, les plus de 65 ans devraient triplés. Les séniors représenteront alors 1 milliard et demi de personnes, soit 1/6 de la population mondiale. Mais attention, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne : les champions du monde, reste les japonnais avec 79 ans pour les hommes et 86 pour les femmes, tandis que les moins biens lotis se trouvent au Zimbabwe, 39 ans pour les hommes et 43 pour les femme. Sans parler des SDF dont l’espérance de vie ne dépasse pas la cinquantaine, 48 ans. La révolution démographique pour abolir les privilèges est encore à venir !

Célébration des centenaires avant le tri-centenaire de la révolution.

Rien qu’en France les centenaires seront 200 000, contre 16 000 aujourd’hui et une centaine seulement en 1900. Cela constitue à la fois une chance et un fardeau. Mais contrairement aux idées reçues, actuellement les dépenses de santé du jeune âge en France (moins de 10 ans) sont équivalentes à celles du grand âge (à partir de 85 ans).

Progrès technique, médical et social, hygiène de vie, mais aussi capital génétique sont les facteurs-clés de cette révolution. Sinon comment expliquer l’étonnante longévité de Churchill qui, malgré son obésité, l’absence de pratique sportive, si l’on exclut le sexe, ses 18 cigares quotidiens, accompagnés abondamment de whisky, vécut jusqu’à 90 ans. La thérapie génique sera-t-elle la prochaine fontaine de jouvence ?


Les animaux domestiques aussi vous présentent leurs meilleurs vieux

Selon une étude allemande menée en 2005, l’espérance de vie de nos compagnons à 4 pattes a progressé régulièrement depuis les années 80. Ainsi, l’espérance de vie des chats serait passé de 6,2 ans en 1982 à 11,1 ans en 2005, soit une augmentation spectaculaire de 40% . Cette progression est moins spectaculaire pour les chiens, dont l’espérance de vie serait passée de 9,5 ans à 11,9 sur la même période. Meilleure alimentation, soins prodigués régulièrement à nos compagnons à poils, finalement mêmes causes, mêmes effets que pour l’homme.

Publié le 4 janvier 2011


A visionner pour ceux qui espèrent vivre plus longtemps :


Comment augmenter son espérance de vie – part 1
envoyé par pedro69006. – Regardez plus de vidéos de science.


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Histoire des centenaires et de la longévité : Vivre cent ans, voire même davantage : voilà qui constitue depuis des temps immémoriaux un des rêves les plus tenaces de l’être humain. Pour parvenir à cette longévité tant désirée, il aura tout essayé ou presque depuis les moyens les plus absurdes jusqu’aux plus sophistiqués. Quels sont ceux qui ont réellement réussi ? Parmi les cas de centenaires ou de  » longévites  » rapportés dans les ouvrages et les documents anciens, quels sont ceux auxquels on doit accorder crédit ?
    La perception de l’âge et de la longévité n’a-t-elle pas varié avec le temps ? Quelles ont été les étapes de l’allongement de la durée de vie auquel on assiste de nos jours ? De Mathusalem à Jeanne Calment en passant par Luigi Cornaro ou Jean Jacob, cet ouvrage évoque quelques longs-vivants célèbres ou moins connus. Il retrace également le long parcours de tous ceux, scientifiques, écrivains ou anonymes qui à travers les siècles ont consacré tout ou partie de leurs réflexions et de leurs travaux à mieux connaître le processus du vieillissement afin de trouver les clés de la longévité.
  • Guide du bien vieillir : Plus question d’aborder la cinquantaine comme nos grands-parents l’ont fait ! L’augmentation de l’espérance de vie, les progrès de la médecine font que l’on vivra plus longtemps et mieux qu’on ne le pensait. Encore faut-il s’y préparer activement, le plus tôt étant bien sûr le mieux. C’est l’objectif de cet ouvrage, très complet, qui aborde le vieillissement sous tous ses angles : physique, santé, bien-être, intellect, relation avec les autres (conjoint, petits-enfants), préparation de sa retraite…
  • Arrêtons de vieillir : Peut-on repousser les limites de la vie ? Pierre Boutron, polytechnicien, chercheur au CNRS, répond sans détour : oui. Puisqu’il existe dans la nature des espèces vivantes qui échappent au vieillissement, rien n’interdit que nous puissions infléchir ce processus et dépasser notre limite de longévité. Une fois présentés les principaux mécanismes du vieillissement, l’auteur explique comment en modifier le cours.

Les tout premiers « people »

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1750

people-pano

« Graine de star ! »

Cela fait près de 3 siècles que l’on danse avec les stars ! Rousseau, Voltaire, Marie-Antoinette furent les premiers à faire tourner la tête de leurs contemporains…jusqu’à en perdre la tête. Puis, le 7ème art donna un nouveau coup de projecteur à ce phénomène qui ne cesse de s’amplifier. Aujourd’hui, nous sommes tous à prétendre être de la graine de stars !

C’est en France, au milieu du XVIIIème siècle, que naquit la notion de célébrité et donc les tout premiers « people » !

Les premières figures publiques

Rousseau, Voltaire, Mirabeau, Byron, sans oublier Marie-Antoinette, furent les premières figures publiques, les toutes premières vedettes !

Ce phénomène est porté par une évolution de la société en voie d’urbanisation et moins illettrée. Le tout, propulsé par un progrès technique notamment en matière d’impression et de reproduction. C’est l’essor de la gravure sur cuivre pour les portraits gravés et de l’eau-forte.

En réalité, on assiste à l’émergence de la « modernité » qui va transformer en profondeur sa vision de soi et son rapport à l’autre. Comme le souligne le sociologue Gabriel Tarde (1) : « L’individu se découvre singulier dans le moment même où il se fond dans un public ».

Cette toute nouvelle sensibilité individuelle est alimentée en parallèle par le frémissement d’une culture dite de masse inédite. Celle-ci est rendue possible par la technologie qui conduit, entre autre, à l’émergence des médias et même des toutes premières formes de publicité.

Vie publique & vie privée

De fait, on assiste à la naissance de l’espace public et de l’opinion publique et de la différentiation entre sphère privée et sphère publique. Tous les ingrédients sont donc réunis pour que le public s’entiche des célébrités, qu’elles le méritent ou non.

Ainsi, voit-on devenir célèbres, un criminel, un centenaire voire même un animal comme le rhinocéros Clara qui fit la tournée des zoos européens (2).

Rousseau enflamme les tout premiers fans de l’histoire

Jean-Jacques Rousseau, la toute première célébrité

Jean-Jacques Rousseau a sans doute été le tout premier à comprendre la mutation de la société et la manière d’utiliser le peuple contre les élites. Jusqu’à l’outrance !

Fort de ses succès littéraires, il cherche à se façonner une personnalité publique. Pour cela, il transgresse les codes de la vie et de la morale de l’époque et se forge une image. Ce sera son « habit arménien », un caftan et un bonnet fourré.

Mais le vrai coup d’envoi de sa « peoplisation » date de 1761. Cette année-là, l’ouvrage de Rousseau « La nouvelle Héloïse » est un triomphe. Les lecteurs lui écrivent en masse, vont à son domicile, le guettent dans la rue. Bref, il devient la cible de ses admirateurs, des centaines de fans qui lui témoignent à quel point il leur a changé leur vie.

Dans toute l’Europe, ses portraits circulent, les journaux font état de ses moindres faits et gestes.

Jean-Jacques Rousseau, qui voyait dans sa célébrité un moyen de faire un pied de nez à tous les esprits bien-pensants de l’époque, est pris à son propre piège.

Il inaugure, à ses dépens, le principe même de la starisation qui veut que « plus une personne devient publique et célèbre, plus sa vie privée nous intéresse » (3).

Une célébrité lourde à porter

Sa starisation devient un terrible fardeau, tout comme ce sera le cas deux siècles plus tard pour une autre célébrité qui marquera une nouvelle étape : Brigitte Bardot.

En voulant expérimenter la célébrité, Rousseau, va finir, tout comme Brigitte Bardot, d’ailleurs, par chercher à la fuir et se réfugier dans la solitude.

Au final, Rousseau laissera de lui une image d’un individu solitaire et romantique.

Comédiens, musiciens, écrivains, sportifs, hommes politiques et même leur conjoint, comme en témoignent Bernadette Chirac ou Valérie Trierweler, le champ de la célébrité ne cesse de s’élargir depuis plus de deux siècles.

Avec tous ces nouveaux prétendants au vedettariat, la maxime de Chamfort, poète et journaliste (1740-1794), « La célébrité est le châtiment du mérite et la punition du talent » semble hélas de moins en moins d’actualité.

Publié le 22 septembre 2014

Les toutes premières liaisons dangereuses

Presse à scandale, « images » volées, en matière de people tout s’invente à la fin du XVIIIème siècle.

voltaire

Voltaire en fut l’une des toutes premières victimes Des illustrations le montrant en petite tenue furent vendues à des milliers d’exemplaires.

D’autres, comme Byron ou l’acteur anglais David Garrick  en jouent pour gagner en notoriété.

Enfin, un peu plus tard, Franz Liszt ira encore plus loin pour gérer sa notoriété. Avec l’aide d’un imprésario, il organisera les toutes premières tournées à travers l’Europe.

C’est la faute à Rousseau, c’est la faute à Voltaire….

 


Brigitte Bardot, et Dieu créa…le mythe de la femme libre !

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Liberté, sensualité et beauté sans fard, Brigitte Bardot incarne  le tout premier mythe de la femme libre, prenant à contre-pieds les stars sophistiquées d’Hollywood.

Brigitte Bardot, « une fille de son temps, qui s’est affranchie de tout sentiment de culpabilité, de tout tabou imposé par la société » c’est du moins ainsi que la voit Roger Vadim, son ex-mari (4).

Elle parvient à subjuguer autant le grand-public, les paparazzis, les stars comme Bob Dylan ou John Lennon que les intellectuels. Simone de Beauvoir dira d’elle : «  Elle fait ce qui lui plait et c’est cela qui est troublant ».

Idole d’une génération de femmes, elle est probablement l’une des femmes les plus « peoplisée » de l’histoire.

En quittant la « scène » au plus fort de sa célébrité, Brigitte Bardot restera sans contexte l’incarnation de la femme totalement libre.

Si la reconnaissance publique des femmes est apparue au siècle des Lumières, BB est la toute première idole femme a capté ainsi la lumière !

 


1 – « Et la France inventa les people », Nouvel Observateur N°2602 – 18 septembre 2014;
2 – Figures publiques. L’invention de la célébrité, 1750-1850 – Antoine Lilti – Ed. Fayard – 2014 ;
3 – Interview d’Antoine Lilti, historien, les Inrocks, 21 sept 2014 ;
4 – Le Parisien, 24 septembre 2014


A visionner pour mieux comprendre :

Nostradamus : tout premier « marketeur »

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1559

Lancement de produit

Le 30 juin 1559, un accident de tournoi tragique causera quelques jours plus tard  le décès d’Henri II…et propulsera Nostradamus en tête du hit-parade des auteurs qui seront les plus lus dans le monde. Retour sur ce qui est, sans doute, le tout premier succès marketing de l’histoire.

Qui n’a pas entendu parler de Nostradamus et de ses célèbres prophéties ? Personne ou presque. Depuis près de 5 siècles, Nostradamus (1503 – 1566), Michel de Nostredame de son vrai nom, né à Saint Rémy-de-Provence, alimente les conversations et fait frissonner dans les chaumières, même les plus cosy.

Nostradamus

Faut dire que ces prophéties font un tabac. Après la Bible, elles figuraient en 1999 en tête du hit-parade des best-sellers. Qu’on le veuille ou non, Nostradamus est l’un des auteurs le plus lu dans le monde, considérant que la Bible est un ouvrage collectif et qu’il se situe donc hors catégorie.

Et ce succès n’est pas le fruit du hasard, même si celui-ci aura un rôle non négligeable comme on le verra plus loin. Michel de Nostredame met tous les atouts de son côté.

De l’astrologie au marketing

D’abord, il a commencé par latiniser son nom pour le rendre plus percutant : Nostredame et donc devenu Nostradamus. Ensuite, il réalise que l’imprimerie, invention nouvelle, est l’outil qu’il lui faut pour se faire connaître et diffuser ses fascicules.

Disposant désormais de l’outil de masse,- mass-media comme on dirait aujourd’hui-, il s’attache alors à travailler la forme. Et là, il se révèle, expert en communicaton. Résultat, après s’être excercé sur des calendriers d’astrologie,  il se focalise sur les prophéties car il a compris que c’était ce que réclamait le public.

Enfin, il formate le contenu en quatrains construits avec des verbes le plus souvent à l’infinitif. Le tout avec un titre à faire pâlir les meilleurs « pubeux » de la place : les Centuries ! Les Centuries rassemblent théoriquement 100 quatrains. Le livre des Prophéties est découpé en 7 Centuries dont la dernière est inachevée.

Un peu à la manière des tweets, l’ensemble est court, facile à retenir ; autrement dit bien ficelé, efficace. Et comme en plus, il ajoute une bonne dose de mystère, sans repère de lieux, ni de date, donc pas facilement « déjouable » : le tour est joué.

Il n’y pas de mystère : Nostradamus dispose d’un vrai talent pour marketer son œuvre, son produit comme on dirait aujourd’hui. Il mériterait qu’on lui décerne le titre de tout premier marketeur de l’histoire (1).

Un coup de pouce de l’Histoire

A cela, il faut ajouter comme souvent pour les personnes qui sortent du lot, un petit coup de pouce de la providence. Celui-ci eût lieu le 10 juillet 1559. Ce jour-là, Henri II, roi de France, meurt des suites d’un accident de tournoi provoqué par un morceau de lance qui le blesse à l’œil.

Cette tragédie va « lancer » Nostradamus vers la notoriété. En effet, l’un de ses quatrains évoque « Un lyon jeune, Le vieux surmontera, en champ bellique par singulier duelle, Dans cage d’or les yeux lui crèvera, Deux classes vne, puis mourir, mort cruelle.… ». Comment ne pas y voir une étrange corrélation ?

 

La légende des siècles

A partir de ce moment, profitant aussi d’une communication instrumentalisée par ses proches dont son fils, Nostradamus rentre dans la légende.

Historiens et autres exégètes vont se bousculer pour interpréter les 3700 vers regroupés dans 942 quatrains, chacun y décelant un événement marquant de l’histoire, de l’arrestation de Louis XVI à l’avènement de Hitler, jusqu’à la fin du Monde de 2012.

5 siècles plus tard, les écrits de Nostradamus demeurent une énigme. Quels secrets renferment-ils ? Comment les décrypter ? Sont-ils des  prophéties ou de simples descriptions d’événements passés (2) ou contemporains que l’on doit interpréter avec les codes de l’époque ?

 Une seule certitude : les prédictions de fin du monde passent et le prophète provençal reste une valeur sûre !

Publié le 18 novembre 2012

 Dans les brunes de Nostradamus

Si Nostradamus est une légende, de nombreux auteurs ne vont pas hésiter à surfer sur la vague, sans vague à l’âme. Le plus célèbre d’entre eux se nomme de Fontbrune. En 1981, il publie un livre(3) qui, selon l’auteur, perce une fois pour toutes les secrets des Centuries, grâce à 17 ans d’analyse et une méthode scientifique.

Quelles sont ces révélations ?

Deux guerres mondiales, en 1983 et 1999, dont la dernière durerait 27 ans. Russes et Arabes envahiraient la France et le Royaume-Uni, détruisant Paris au passage. Puis, ce serait au tour des asiatiques de jouer aux envahisseurs. La monarchie remplacerait la République et sauverait la France qui connaitrait alors un âge d’or.


1 – Nostradamus, oracle de l’obscur – Article de Constance Jamet – Le Figaro- 31 octobre 2012;
2 –
« Les Centuries Nostradamus : la fin d’un mythe » – Jean-Philppe Lahouste – Ed. La Providence;
3- « Nostradamus, historien et prophète » – Jean-Charles De Fontbrune – Ed.Pocket (poche)


A visionner pour mieux comprendre :

 


Pour aller plus loin :

 

  • Le bouquet Canal Sat lance mi-novembre 2012 et jusqu’au 21 décembre 2012 une chaîne éphémère sur le Canal 12 dédiée à la Fin du Monde; Sans nul doute, Nostradamus sera au programme.
 

Les tout premiers adolescents

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Vers 1890

La fureur de vivre !

 

Nos ados vivent aujourd’hui un âge d’or qui non seulement n’avait pas cours il y a seulement un siècle mais dont l’idée même était inconcevable à nos grands aïeux. N’en déplaise aux « Tanguy » en herbe, depuis que l’homo sapiens arpente notre bonne vieille terre et jusqu’à la proximité du XXème siècle, le rejeton de l’homme passait directement de l’enfance à l’adulte, sans passer par la case « ado ».

Il faudra attendre la fin du XIXème siècle pour que le concept d’adolescence pointe, pour la toute première fois, le bout de son nez. A partir de 1880/1890 et durant les trois premières décennies du XXème siècle, à l’instar de l’adolescent qu’il caractérise, ce concept cherchera sa place !

Cette période charnière de la vie a donc longtemps été ignorée parce que l’enfant, une fois acquis sa maturité sexuelle, devait accéder aux responsabilités et ne plus être une charge pour les parents.

Au Moyen-Âge, les enfants sont presque considérés adultes dès l’age de 7 ans mais restent toutefois sous l’autorité du père jusqu’à 12 ans. Pour les filles la majorité est fixée à 15 ans. Dans les sociétés primitives, l’adolescence n’existe pas. A travers des rites initiatiques, souvent à caractère sexuel, il est question de « tuer » l’enfant pour donner naissance à l’adulte. L’adolescence est carrément escamotée !

 L’adolescence : fille de la bourgeoisie et de l’industrialisation

La naissance de l’adolescence est le fruit d’une double mutation : celle de la scolarisation qui touche, dans un premier temps, les enfants de bourgeois et l’industrialisation qui modifie les traditions familiales. La transmission de père en fils d’un savoir-faire ancestral et souvent accompagnée de celle des terres des ancêtres ne devient plus systématique. Le jeune, attiré par les sirènes des usines, au sens propre comme au sens figuré, commence à remettre en cause cette trajectoire quasi automatique.

Développer se personnalité, son propre parcours commence sérieusement à démanger le jeune ado. Bref, « se créer une identité personnelle. C’était une idée entièrement nouvelle », comme l’indique Jeremy Rikkin(1). Il ajoute : « ce phénomène […] a eu sur les filles comme sur les garçons un impact de portée historique, et des effets qui allaient changer la conscience. »

Crise d’identité

Ce refus du statu quo révèle une crise d’identité dont l’expression ne sera pourtant inventée que dans les années 40 par Erik Erikson. Cette volonté d’exister autrement et de manière indépendante conduira autant à cette crise d’identité qu’à la construction même d’une identité.

Ainsi, pour la toute première fois, au cours de cette fin de XIXème siècle, apparaît la notion de crise adolescence. Médecins, enseignants, religieux, militaires, tous redoutent cette « altérité critique »(2). Ils y voient un âge bâtard, ingrat, potentiellement dangereux pour l’individu comme pour la société, comme le souligne l’historienne Michelle Perrot. Autrement dit, l’adolescent est raisonneur, il n’est pas raisonnable !(3).

Cela suscite des inquiétudes. Certains dénoncent une « criminalité adolescente effrayante », dont l’origine, pour des psychologues étiquetés « sociaux » comme Gabriel Tarde, provient d’un environnement défavorable où la jeunesse est livrée à elle-même. Cette situation anxiogène relayée par la presse conduit à la création, en 1906, d’une pénalisation spécifique pour les jeunes de 13 à 18 ans. Pour les jeunes de 18 ans de l’époque, la peine de mort est loin d’être une exception comme en témoigne les registres des condamnés à mort de l’année 1901, 11 mineurs sur 18 !

Parallèlement à ces mesures punitives, les initiatives, tant laïques que religieuses, ne manquent pas. La République instaure la gratuité pour la scolarité (1881), des programmes pour les apprentis et les jeunes ouvriers, des cours du soir, créée des maisons de l’adolescence qui deviendront plus tard les fameuses MJC. Tandis que les institutions religieuses développent le patronage, le scoutisme…

Age tendre et tête de bois !

Les perceptions de la notion d’adolescence, négatives dans un premier temps, vont évoluer jusqu’à celles beaucoup plus nuancées d’aujourd’hui.

Bienheureux ces grands enfants qui, après des millénaires de régime sec vont enfin pouvoir manger leur pain blanc en restant sous l’aile protectrice des parents avant de se « friter » à la dure réalité de la vie. Comme le souligne Jeremy Rifkin « « la prolongation de ce statut de protégé a rendu les jeunes plus dépendants et les a même infantilisés. De l’autre, ils sont devenus plus introspectifs, et même de bon connaisseurs de la vie ».

La jeunesse acquiert progressivement ses lettres de noblesses et devient une catégorie sociale à part entière qui commence à l’adolescence et se prolonge désormais jusqu’à ce qu’on appelle l’adulescence. Son image sera à jamais associée à celle de James Dean qui, grâce à la « Fureur de Vivre », est devenu le symbole et l’idole d’une jeunesse en mal d’identité qui veut vivre à 100 à l’heure.

Elle donne lieu à des chocs de culture qui irradient la société sur deux strates : celle des couches populaires dont sortira le phénomène des « blousons noirs » puis des crises de banlieues et celle des classes moyennes qui connaitra son apogée lors de Mai 68 et de la contre-culture..

En un petit siècle d’existence -face à près de 200 000 ans pour l’espèce humaine, excusez du peu ! -, l’adolescence est parvenue à bouleverser l’ensemble de la société. Culture et langages spécifiques, remise en cause de la société, de l’autorité, désir de libéralisation des mœurs, recherche de nouvelles valeurs, de nouvelles frayeurs, accrocs aux signes d’identification propres, addiction à la technologie et aux substances illicites, l’adolescence est devenue un tout nouveau terrain de jeu, une sorte de cocon soumis à d’immenses tensions internes d’où sortiront les nouveaux maîtres du monde : Bill Gates (cofondateur de Microsoft), Steve Jobs (Apple), Mark Zuckerberg (Facebook)…

L’adolescent tient désormais dans la société une place de choix que l’on pourrait résumer à cette formule de Pagnol (4) : « il est grand ce petit » !


Via mobile et blogs, les ados se mettent à nu !

Les ados d’aujourd’hui n’ont plus grand-chose en commun avec ceux qui ouvert la voie à cette période intermédiaire d’une vie qu’est l’adolescence, il y a plus de 100 ans. Il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui comme hier, les adolescents ont comme deuxième nature le fait de douter de soi et de rechercher la transgression.

Les pratiques récentes connues sous le vocable de « dedipix » et de « sexting », favorisées par la connexion entre les nouveaux moyens de communication des réseaux sociaux, des sites de partage vidéos (Youtube / Dailymotion) et des mobiles, qui consistent à exhiber une partie de son corps ou à se mettre en scène dans des situations plus qu’intimes pour ne pas dire scabreuses répondent à ce besoin.

Pour le psychanalyste et spécialiste des mondes virtuels, Yann Leroux(*) : « mettre en ligne des images partielles de son corps via le “dedipix” permet aux adolescentes de voir ce qui peut susciter de l’intérêt chez le sexe opposé, sans trop se dévoiler non plus puisqu’elles cachent souvent leur visage ».

En effet, le « Dedipix » consiste, pour une adolescente à écrire une dédicace sur une partie plus ou moins intime de son corps et de diffuser cette photo sur leur site personnel. Cela est souvent assorti d’un dispositif de points (dénommés « coms ») variables selon l’endroit du corps où se situe cette dédicace.

Le « teen Sexting » va encore plus loin dans l’exhibition puisqu’il s’agit cette fois de se montrer, via mobile et web, dans des situations érotiques pour ne pas dire pornographiques. Selon un sondage de la Sofres publié en octobre 2009, 14 % des 12-17 ans français auraient déjà reçu des messages à caractère sexuel de la part de leurs copains ou petite amie. Il arrive que des « minettes » de 13 ans diffusent leur toute première relation intime via leur mobile, parfois même sous la forme d’une série : leur première fellation, leur première relation sexuelle, leur première sodomie…

Relativisons cependant le succès de ce phénomène. Une étude américaine portant d’août 2010 à janvier 2011 révèle que seul 1% des jeunes de 10 à 17 ans ont envoyé des photos d’eux-même ou de leurs camarades nues sur internet ou sur leur mobile.

Néanmoins, c’est la rançon d’une société hyper-sexualisée ou tout doit être tenté. Pour paraphraser le publicitaire Seguela, si à 18 ans tu n’as pas tout connu du sexe, ton adolescence est ratée !

Quelques soient les époques, et au grand désarroi des parents, l’adolescence c’est les premiers pas vers la sexualité. Premiers émois, premiers amours, premières expériences sexuelles… et maintenant, premières « exhib » !

* Pour en savoir plus : http://www.psychologies.com/Famille/Ados/Sexualite-des-ados


« Pouponnière » d’entreprises

Evita Nuh du haut de ses 12 ans vient de créer –fin 2011- sa marque de vêtements, Little Nuh.
Evita est loin d’être une exception.

Leanna Archer, Haïtienne d’à peine 16 ans, PDG de Leanna’s inc, société qui commercialise des produits capillaires, affiche 100 000 dollars de chiffre d’affaires. Amber Atherton, top model britannique de 19 ans, repérée à l’âge de 12 ans, fait un tabac auprès des célébrités avec sa boutique en ligne, myflashtrash.com. Autre exemple, Tavi Gevinson une blogueuse de mode influente de 16 ans.

Et les garçons ne sont pas en reste : Greg Grossman, 15 ans seulement mais déjà chef cuisinier chez un traiteur. Plus fort, Blessing Maregere, 18 ans, a déjà à son palmarès la création et la revente de 5 entreprises ! Plus fort encore, Farrah Gray, le business dans la peau, est devenu millionnaire à 14 ans. A donf… ces ados !
Face à ces « bébés » entrepreneurs, tête de pont de la génération Z, la génération précédente, Y, semble déjà has been. Ce phénomène devient un vrai business aux Etats-Unis. Les entreprises spécialisées dans le conseil à ces très, très jeunes entrepreneurs se multiplient ainsi que les sites qui leur sont dédiés, comme teenentrepreneurblog.com.

En France, si le phénomène est moins répandu, depuis le 1er janvier 2011, il est néanmoins possible pour un ado de créer son entreprise, dès lors qu’il a atteint 16 ans.

Ces ados hypers-précoces, presque hors-d’âge, ambitieux, très sûr d’eux se sentent invincibles. Ils n’attendent pas grand-chose des autres ni de leurs aînés. « Comme la transmission générationnelle s’est affaiblie, ils ont l’illusion qu’ils n’ont pas besoin de l’expérience de leurs aînés pour s’accomplir », explique la psychologie Béatrice Copper-Royer dans son livre « Vos enfants ne sont pas des grandes personnes » (éd. Albin Michel).
Il n’y a pas à dire la valeur n’attend pas ou n’attend plus le nombre des années !

* Pour en savoir plus : Article « Les petits ambitieux » – Nouvel Observateur N° 2467 – 16 février 2012


(1) Une nouvelle conscience pour un monde en crise – Jeremy Rifkin – Ed. LLL (Les liens qui libèrent)
(2) Sciences Humaines – Martine Fournier . N°110 – Novembre 2011
(3) Histoire de l’adolescence, 1850-1914 ; Agnès Thiercé – Ed. Belin
(4) Réplique de Raimu dans la Trilogie de Pagnol


A visionner pour mieux comprendre :


Phénomène Dedi Pix blog par CyberPeople

 

 


A lire pour aller plus loin :

  • L’adolescence n’existe pas. Une histoire de la jeunesse, de Patrice Huerre, Martien Pagan Reymond et Jean-Michel Reymond.Pourquoi les jeunes prennent-ils leur indépendance de plus en plus tard ? Cette adolescence prolongée n’est-elle pas source de souffrance ? Comment expliquer l’augmentation des violences, des passages à l’acte, des dérives auto-initiatiques ? L’adolescence n’est qu’une création récente de notre société, un artifice pour signifier, autour de la puberté, le passage de l’enfance à l’âge adulte, qui, lui, a toujours existé. Autrefois, ce passage était célébré, délimité, à travers des rituels. Aujourd’hui, cette transition se dilue dans le temps. Pis, ce sont les adultes qui, par refus de vieillir et par souci de supprimer tous les risques, excluent les jeunes du monde des grands. Attention, l’adolescence est bien un artifice, un mythe qui nous empêche d’aider nos enfants à devenir adultes.
  • Histoire de l’adolescence, 1850-1914, de Agnès Thiercé.Le concept d’adolescence s’est forgé, puis inscrit dans la société, durant la seconde moitié du XIXe siècle. Ne prenant d’abord en compte qu’une minorité – les garçons pubères de la bourgeoisie, seuls à bénéficier, au sein des collèges et des lycées, d’un espace-temps de vie propre à leur âge -, la notion a peu à peu englobé celles et ceux qui d’abord en étaient exclus ; les classes populaires et les jeunes filles.
    Ce livre montre comment les nouvelles politiques d’encadrement mises en place par la Troisième République et les Églises dans les années 1880-1890 ont permis ce tournant. On voit naître une nouvelle science, la psychologie de l’adolescence.
    De la «crise de l’adolescence» à «l’âge de tous les possibles», notre perception contrastée de l’adolescence est très largement héritée des discours du XIXe siècle.

La toute première abolition de l’esclavage

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Posté par fabrice
 

29 août 1793

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Les statuts de la liberté

« Aujourd’hui nous proclamons à la face de l’univers…la liberté universelle ». Danton

 

Tout a vraiment commencé le 29 août 1793. Un jour à marquer d’une croix blanche sur le long chemin de croix des esclaves.

Ce jour là, Léger-Félicité Sonthonax va prendre une décision radicale. En mission depuis un an à Saint-Domingue, la plus riche des colonies françaises, il est l’un des trois commissaires civils chargés par l’Assemblée législative de ramener le calme face à une situation locale explosive entre colons et personnes de couleur pour la plupart esclaves.  Sensible aux sorts des esclaves et pour calmer le jeu, il décide d’accorder la liberté à tous les esclaves de la province du nord à condition qu’ils soient enrôlés dans l’armée, autrement dit combattants.

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Le commissaire de la République Sonthonax

« N’oubliez jamais citoyens, que c’est pour la République française que vous avez combattu, que de tous les Blancs de l’univers, les seuls qui soient vos amis sont les Français d’Europe », lancera Sonthonax pour bien marquer le caractère solennel de l’événement.

La liberté générale, c’est ainsi que sera dénommée cette mesure réformatrice avant-gardiste.  Pour la toute première fois la liberté devient, en pratique et non pas seulement en mot, universelle.

Il va sans dire que cette mesure va bouleverser la société, son économie et, bien entendu et surtout, les rapports humains. Elle se placera sur le podium des événements les plus importants de l’histoire des Amériques [1] et de notre histoire tout court. Elle met « un coin » à une pratique universelle qui remonte à la nuit des temps.

« La liberté générale »

Comment en est-on arrivé là ? Depuis quelques années, la révolte gronde chez les esclaves des colonies. A Saint-Domingue, en 1791 l’insurrection va prendre une telle ampleur que les autorités se résignent à prendre une première mesure : l’égalité de droit entre tous les hommes libres quelles que soit leurs couleurs. Uniquement les hommes libres, exit donc les esclaves. La liberté poursuit son chemin…pour les hommes libres !

C’est dans ce contexte insurrectionnel où les Britanniques soutiennent les colons contre les esclaves aidés eux-mêmes par les Espagnols que Sonthonax décidera, ce fameux 29 août, de passer à un cran supérieur.  Outrepassant ses prérogatives,  il décrète donc la Liberté générale. La nouvelle n’arrivera à Paris que le 25 septembre.

Cette fois les esclaves font partie du « package » avec des restrictions cependant qui les obligent à résider et à travailler sur leur plantation d’origine. Pour la toute première fois, est octroyée massivement la liberté à un groupe d’individus jusque-là asservis.

Pourtant vu des hauteurs de notre XXIème siècle et de « son politiquement correct » cette mesure peut paraître bien timorée. Il n’en est rien !

Les fantômes de la liberté

Bien que la déclaration des droits l’homme proclame l’égalité des hommes, la majorité des députés de l’époque pense qu’elle ne peut s’appliquer aux colonies. « C’est un voile qui serait imprudent de lever tout à coup » , Mirabeau exprime là une opinion largement partagée.

Faut dire que l’enjeu est de taille. Au XVIIIe siècle, le système esclavagiste pratiqué dans les colonies est une réalité qui touche tous les pays d’Europe. Qu’il s’agisse de retombées économiques indirectes ou du commerce de la traite des Noirs, tous y trouvent leur intérêt. Le système ignore les frontières et bafoue les réglementations douanières.

Or à l’époque, 17 ports français participent à l’armement des navires qui alimentent cette traite des Noirs. 500 familles, formant un lobby puissant, vivent alors grassement de cette « industrie » négrière. Plus, qu’un modèle économique efficace dont la rentabilité est par ailleurs fortement discutée, il s’agit pour ses adeptes d’un modèle social émanant d’un ordre divin.

Le vent de la liberté

D’un coté de la balance une pression économique et des mentalités réactionnaires, de l’autre des partisans de l’abolition imprégnés de la culture des Lumières, le fléau de la décision politique oscillera jusqu’en 1794 avant de mettre fin « au fléau » de l’esclavage, du moins provisoirement.

Ce vent de la liberté ne soufflera pas en ventôse comme il se doit mais en pluviôse. Le 16 pluviôse de l’An II, autrement dit le 4 février 1794. Cette fois l’abolition de l’esclavage est solennellement adoptée. Et c’est une première.

La Convention proclame l'abolition de l'esclavage. Gouache - Musée Carnavalet. Paris
La Convention proclame l’abolition de l’esclavage. Gouache – Musée Carnavalet. Paris

L’audace de Sonthonax aura donc payé mais l’histoire retiendra surtout Danton qui s’exclamera à propos de ce décret « Aujourd’hui nous proclamons à la face de l’univers…la liberté universelle ».

Cependant, le vent de la liberté soufflera mollement ; il mettra près de deux ans à atteindre les colonies. C’est en janvier 1796 que la Frégate La preneuse apportera la bonne nouvelle (sauf pour les colons). Dans sa cargaison : les exemplaires de la Constitution du 5 fructidor an III (22 août 1795) dont le préambule stipule solennellement l’abolition de l’esclavage.

En réalité ce vent s’est levé dès 1770. Face à la barbarie de l’esclavage des idées radicalement nouvelles émergent. Divers mouvements d’opposition à l’esclavage apparaissent aux Etats-Unis comme en Angleterre, soutenus par les églises protestantes, quaker et méthodistes. Benjamin Franklin sera le fondateur de l’un d’entre eux (Pensylvania Abolition Society).

La « Société des Amis des noirs »

En France, des nobles « libéraux » fondent la Société des Amis des noirs sur le modèle d’une société équivalente créée auparavant à Londres. Leur objectif : l’abolition de la traite des Noirs et, à terme, une suppression progressive de l’esclavage redoutant que celle-ci déstabilise la société. Mirabeau, Condorcet, l’abbé Grégoire, La Fayette et Brissot apporteront leur soutien à cette mouvance. Brissot de Warville, journaliste et chef de file des Girondins sera d’ailleurs l’un des instigateurs de la toute première loi celle qui décrétera en 1791, comme on l’a vu, l’égalité des hommes sans discrimination de race ou de couleur, tout en excluant les esclaves.

Hélas le vent va tourner pour Brissot lorsque les Montagnards reprendront le pouvoir ; il sera guillotiné le 31 octobre 1793, un an avant le procès de Sonthonax pour sa promulgation de la « liberté générale ». Ce dernier obtiendra gain de cause avant d’être arrêté par un certain…Bonaparte qui va rétablir l’esclavage dans l’ensemble des territoires français.

Le vent a encore tourné – provisoirement. Car la liberté apprend à gérer son souffle se préparant pour une course  d’endurance.

Actualisé le 10 mai 2014


Du franchissement de la barbarie à l’affranchissement

Entre la toute première évocation de l’esclavage avérée (qui remonte au code Hammourabi, le premier texte de loi connu, 1500 avant notre ère) à ce jour historique du 29 août 1793, il s’est donc déroulé plus de 3000 ans. 3000 ans d’oppression et de bafouage des droits les plus élémentaires. Le commerce dit triangulaire, c’est-à-dire la traite des noirs africains organisés par les Européens (au début les Portugais et les Anglais, rejoints ensuite pas les Français, les Danois et d’autres) au profit des colons américains ne représente que la partie émergée de l’iceberg[2]. Celle-ci représente en effet  moins 10 % de l’ensemble du phénomène (à partir de 1674).

Schéma du commerce triangulaire
Le commerce triangulaire à partir de 1674

L’esclavage aura été le lot quotidien des millions d’individus durant presque toute la phase dite civilisée de l’humanité. Car l’esclavagisme est le produit « dérivé» d’une société organisée ce qui dédouane de fait les sociétés primitives. Il apparaît comme une expression du pouvoir. Dans la hiérarchie de la puissance, après la capacité de donner la mort, figure la privation de liberté et l’aliénation d’autrui. Tout comme la faculté d’indulgence d’ailleurs, ce qui explique certaines mesures d’affranchissement massif.

Terrible à dire, mais qu’il s’agisse des dynasties Égyptiennes ou de l’Empire romain et de bien d’autres, l’esclavagisme représentera un des éléments moteur pour la réalisation d’œuvres monumentales comme la Grande Muraille de Chine ou les pyramides. Mais au final, sur le long terme ce modèle économique se révélera être un frein au progrès technique.

Aujourd’hui, l’innovation technologique et la force mécanique ont pris le relais ; certains scientifiques ont même calculé que cet apport équivaut pour chaque occidental à une brigade d’une centaine d’esclaves.

On voit déjà se profiler le prochain débat, à savoir :  l’homme deviendra-t-il, s’il ne l’est déjà, l’esclave de cette technologie et qui peut dire si le « Sonthonax » de demain sera encore humain ?


Les dates clés de l’esclavage

  • 1750 av.J.-C., le Code d’Hammourabi, premiers écrits évoquant l’esclavage ;
  • 3 juillet 1315 : un édit affranchit l’esclave qui touche le sol Français ;
  • 1441 : Début de la traite négrière en Europe, par les Portugais ;
  • 1518 : Charles Quint autorise la traite et l’esclavage ;
  • 1642, Louis XIII lui emboîte le pas, en l’autorisant dans les colonies françaises ;
  • 1643 : première expédition négrière reconnue ;
  • 1674 : essor du commerce triangulaire, échange entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques ;
  • 1749 : année négrière la plus productive pour la France ;
  • 1759, les quakers sont les premiers blancs à condamner l’esclavage ;
  • 1770 : les quakers interdisent la possession d’esclaves ;
  • 29 août 1793 : Abolition de l’esclavage à Saint-Domingue ;
  • 4 février 1794 : la Convention abolit l’esclavage dans les colonies françaises ;
  • 20 mai 1802 : Bonaparte rétablit l’esclavage dans les colonies ;
  • 02 juillet 1802 : réduction des droits civils des libres de couleurs ;
  • 1807 : la Grande-Bretagne et les Etats-Unis abolissent la traite;
  • 1848 : L’abolition de l’esclavage est inscrite dans la Constitution ;
  • 1849 : dernière livraison négrière française (non officielle) des noirs ;
  • 8 mars 2000 : le Sénat Français reconnaît la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité;

1 -Wikipédia : Histoire de l’esclavage
2- On estime entre 12 à 20 millions d’africains victimes de ce commerce qui commença par l’ile portugaise de Sao Tomé dans le golfe de Guinée.


A consulter pour mieux comprendre :

 


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • L’abolition de l’esclavage – Sélection thématiques du site EducaSources : une sélection de documents réalisée dans le cadre de la journée nationale de commémoration de l’abolition de l’esclavage du 10 mai. Elle propose des dossiers pédagogiques, des repères historiques et une rubrique « l’esclavage aujourd’hui ».
  • La Route de l’Esclave sur le site de l’UNESCO – Lancé en 1994 à Ouidah, au Bénin, le projet La Route de l’esclave a joué un rôle significatif dans la reconnaissance de la traite négrière et de l’esclavage comme crime contre l’humanité par les Nations Unies en 2001 lors de la Conférence mondiale contre le racisme de Durban.
  • Codes noirs : De l’esclavage aux abolitions par Christiane Taubira et André Castaldo – Du premier Code noir de 1685 aux dernières conventions internationales et à la loi du 21 mai 2001 s’exhale la grande misère humaine.