samedi, 18 septembre 2021

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

La révolution industrielle sonne les trois coups

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1780

La révolution industrielle

Les temps modernes

Après 10 000 ans d’une société rurale pétrie de traditions, le monde rentre en effervescence porté par les découvertes scientifiques et par un vent de liberté intellectuelle. Finie la léthargie, exit la lithurgie, en avant vers la métallurgie ! C’est la révolution industrielle.

Sans aucun doute, depuis 3 siècles les années 80 marquent une rupture. Rien à voir avec la « rupture » musicale des  » années 80″ et de l’avènement du Disco, non. Le phénomène est bien plus profond, bien plus impactant et bien plus ancien : il s’agit de la première révolution industrielle et de celles qui ont suivi.

Les tubes des années 80

Un phénomène qui rythme le monde moderne depuis 3 siècles, avec des cycles étonnement réguliers de 100 ans : 1780, 1880, 1980 ! On pourrait presque parler de tubes des années 80. Et, en l’espèce, plutôt des tubes métalliques !

Un phénomène qui, à la fin du XVIII ème, marque pour la toute première fois l’éclosion du monde moderne. Un peu à la manière du courant alternatif, il va nous faire passer du rire avec Charlie Chaplin dans les Temps Modernes à la sueur et aux larmes avec Germinal de Zola.

Cette fabuleuse éclosion est « rendue possible par la transformation de la chaleur en énergie motrice et grâce à l’invention de l’entreprise personne morale pouvant accumuler du savoir et du capital », comme le souligne l’universitaire Christian Saint-Etienne (1).

A toute vapeur, le monde se mécanise

La toute première révolution industrielle prend donc son essor dans les années 1780. Elle tient à plusieurs facteurs : facteurs sociétaux, économiques mais surtout technologiques. L’invention en 1769 de la machine à vapeur par J. Watt en constituera l’élément déclencheur. Elle est précédée par un autre facteur important : la production massive de fer avec la découverte du coke en 1709.

A partir de là, la machine « infernale » ou plutôt la mécanisation du monde s’enclenche. A toute vapeur, se développent l’industrie textile, les chemins de fer à vapeur puis les bateaux également à vapeur.

La première véritable usine de textile est fondée à Cromford près de Nottingham (Grande-Bretagne) en 1765 ; vingt ans plus tard, elle s’équipe d’une machine à vapeur.

En un siècle, la société rurale se voit progressivement remplacée par l’industrie. Au-delà, c’est toute la société qui est bouleversée. La notion d’Etat de droit s’impose d’abord en Angleterre puis en France ainsi que celle de droits de propriété.

Le labeur se réorganise

La spinnning- Jenny

La spinnning- Jenny

Pour la toute première fois, se met en place dans les PME, ou plus exactement les entreprises familiales de l’époque, une division du travail. Cela constitue une innovation organisationnelle majeure. Le travail, qui jusqu’ici s’effectuait le plus souvent au domicile des gens, tend à se concentrer dans des unités de travail, des manufactures ou des usines, « mill », en anglais. A la clé, se profile l’augmentation de la productivité qui débouchera sur la production et la consommation de masse.

100 ans plus tard, en 1880, c’est au tour de la seconde révolution industrielle. Celle-ci donne un nouvel éclairage au progrès par la magie de la bonne fée électricité. Face à l’accroissement de la taille des entreprises et à la diversité des activités, les organisations se structurent et se hiérarchisent. Cela donne naissance aux toutes premières entreprises modernes dont la Railway Pacific (2) sera pionnière.

Le monde se numérise

Puis, un siècle tout juste après encore, la troisième révolution industrielle annonce l’ère numérique : décollage de l’informatique grand public, avec les premiers micro-ordinateurs en 1973, puis des réseaux numériques, d’abord le minitel et surtout Internet. Cette fois, il s’agit plutôt de déconcentrer et de décentraliser pour gagner en souplesse, en agilité afin de favoriser l’innovation.

Les trois révolutions industrielles s’enchaînent donc presque mécaniquement comme dans une chaîne de montage qui assemble des éléments successifs. Pour aboutir à la société dans laquelle nous évoluons de plus en plus portée par l’innovation technologique.

1780, 1880, 1980, 3 périodes qui scandent les temps modernes. L’histoire tourne la page d’un monde qui, depuis l’invention de l’agriculture au néolithique, voici 10000 ans, avait très peu évolué. Surtout, l’activité de production n’avait pas connu de transformation majeure, malgré le recours à des énergies naturelles comme l’hydraulique ou le vent. Les mentalités et les modes d’organisation n’avaient pas suivis ne formant pas le terreau nécessaire à l’innovation.

Saluons nos ancêtres du XVIIIème siècle, qui ont su s’extraire d’une chape d’idées préconçues et ouvrir leurs esprits pour effectuer un grand saut vers…la Lumière !


Les Lumières au bout du tunnel

La première révolution industrielle est précédée par une révolution culturelle qui cherche à s’affranchir des préjugés et des superstitions de toutes natures. L’environnement devient porteur. C’est le siècle des Lumières.

Premier élément : l’esprit d’entreprise. Avant 1750, il n’existe pas vraiment de distinction entre l’entreprise et la famille. Les ouvriers, qui sont aussi paysans, travaillent le plus souvent chez eux, avec un rendement faible, essentiellement pour le compte de fabriques de cotonnades qui reste la seule entreprise privée de grande ampleur. Sinon, il s’agit de grandes entreprises d’Etat. C’est le cas en Grande-Bretagne avec l’arsenal naval de Chatham, par exemple, et en France avec les manufactures royales, les compagnies maritimes commerciales.

Grâce à la baisse du coût du transport et à la centralisation des sources d’énergies, conséquence de la machine à vapeur, l’activité va se rationaliser. En outre, l’avènement de la notion d’entreprise morale libéralise les entrepreneurs.

Second élément : l’esprit d’innovation et la liberté de penser. Le siècle des Lumières est avant tout une révolution culturelle sans précédent. Philosophes et scientifiques bouleversent les schémas de pensée. Comme le dit l’adage, c’est l’esprit libre qu’on avance !

Troisième élément : l’esprit d’organisation. C’est à partir de la fin de XIIIème siècle que l’on conçoit la possibilité de rassembler dans un même lieu les ouvriers travaillant pour un même donneur d’ordres. Apparaît donc une économie dans laquelle des usines rassemblent des centaines puis des milliers d’employés. Cela s’accompagne d’une concentration urbaine et la création de grandes métropoles.


La révolution des émergents et des innovants 

Une mutation industrielle majeure a lieu depuis trente ans, rejointe depuis 15 ans par un bouleversement des équilibres de la planète en raison de la montée en puissance des pays émergents. Cela s’est accentué depuis 2001 par l’entrée de la Chine dans l’OMC, l’Organisation mondiale du Commerce.

Il y a 30 ans, à l’aube de la  3ème révolution industrielle,  l’Amérique du Nord, l’Europe de l’Ouest et le Japon représentaient 60 % du PIB mondial, dans vingt ans, ces pays ne représenteront moins de 40 %, tandis que la part de la France, 4% en 1980, est en train de fondre comme neige au soleil.

Depuis 2009, pour la première fois, les pays émergents assurent plus de la moitié de la production industrielle.

En 2012, la production automobile des pays émergents a dépassé pour la première fois la production des pays dits développés.

A partir de 2014, ils assureront plus de la moitié de la production mondiale totale.

 


1 – « France : Etat d’urgence » – Christian Saint-Etienne – Ed. Odile Jacob – janvier 2013
2 – « La troisième révolution industrielle » – Jeremy Rifkin – Ed. LLL  - février 2012


A visionner pour mieux comprendre :

La Vapeur qui Révolutionna le Monde – Le… par alxka

Le paradis, ici & maintenant, pour la toute 1ère fois

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XVIIIème siècle

le paradis

Nous irons tous au paradis !

 

Si l’idée de paradis affiche plus de 2500 ans au compteur, elle a connu des hauts et des bas : du jardin d’Eden, le paradis terrestre, au paradis céleste en passant par une phase intermédiaire, le purgatoire. Depuis les Lumières, le paradis est redescendu sur Terre. Certains pensent qu’il n’y aurait plus qu’à le cueillir.

« Le paradis est où je suis », écrit Voltaire (1694-1778) en 1736 dans le Mondain.

Avec ce poème, Voltaire vante le progrès et la recherche du bonheur terrestre qui, selon lui, doit l’emporter sur l’attente du Salut Eternel. Autrement dit, Voltaire envisage pour l’homme un épanouissement ici-bas. C’est totalement subversif pour l’époque et en contradiction avec les religions du Livre (le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam).

Le paradis ici et maintenant

Pour la toute première fois, la notion de paradis se laïcise donc. Cette approche révolutionnaire annonce, tout simplement, le monde moderne. Celui-ci est né, comme l’explique l’historien et sociologue des religions, Frédéric Lenoir « d’une laïcisation de l’idée de paradis, transformée en une idée de progrès menant à un paradis terrestre… »(1). C’est la consécration d’une quête, pour la première fois,  d’un bonheur individuel ici-bas.

En effet, grâce aux progrès techniques et aux perspectives nouvelles qu’offre la science dont l’amorce se situe à la Renaissance, la recherche du bonheur ici-bas commence à devenir légitime. Un bonheur individuel et universel, ici et maintenant (2).

Il faut dire que la philosophie des Lumières est passée par là. Galilée, Newton, Darwin, Buffon, Diderot, Locke, Voltaire, Spinoza, le suédois Swedenborg, et bien d’autres (3) vont démontrer, par leurs théories et analyses en matière d’astronomie et d’évolution, que le monde n’a plus ni de haut ni de bas et qu’il ne s’est pas construit en 7 jours. Que devient alors le Paradis et où le situer ?

Le Jardin d'Eden par Michel Ange - Chapelle Sixtine.

Le Jardin d’Eden par Michel Ange – Chapelle Sixtine.

Le paradis : des racines et des ailes

Pour la première fois, la Genèse a donc du plomb dans l’aile et le Jardin d’Eden commence sérieusement à se faner !

Pourtant, Dieu sait si nous revenons de loin. Pour le paradis, tout a commencé véritablement à l’époque mésopotamienne. C’est la grande époque où se construisent les mythes de l’Arbre de vie ou du Déluge. Cela remonte au IVème millénaire avant notre ère pour l’Arbre de vie et au second millénaire pour l’évocation du Déluge, dans l’Epopée de Gilgamesh, écrit au XIII ème siècle av. J-.-C.

Si les jardins luxuriants mésopotamiens ont pu inspirer le Jardin d’Eden, le concept de Paradis, avec sa dimension de l’au-delà et d’une vie heureuse que l’on a méritée ici-bas, est, semble-t-il, étranger à la culture mésopotamienne (4).

Le Jardin d’Eden de la Bible précède ainsi l’évocation du Paradis : « Le seigneur Dieu planta un jardin d’Eden, et il plaça l’homme qu’il avait formé » (Gen 2.8), est-il mentionné dans le texte hébreu de la Genèse.

Il faut attendre le IIème siècle av. J-.C. pour voir apparaître cette notion de Paradis et de récompenses des âmes méritantes. Cette idée est évoquée pour la toute première fois dans le Livre de Daniel(5), rédigé en 164 avant notre ère, qui mentionne la Résurrection.

La vie éternelle

D’un côté, le Paradis terrestre, qui se résume au jardin d’Eden, splendide havre de paix, situé quelque part sur Terre mais nul ne sait où. Paradis  qui est interdit aux hommes depuis qu’Eve a croqué la pomme et de l’autre, le paradis Céleste, propriété de Dieu, ultime lieu pour les heureux élus.

L’assurance d’une vie éternelle pour ces heureux élus s’impose définitivement à partir de la destruction du second temple de Jérusalem en 135 ap. J.-C.(6). Quant à l’idée de la réincarnation des âmes, elle attendra le passage du cap de l’an mille et celle du purgatoire sera inventée au XIIème siècle par l’Eglise, avec de multiples réajustements, le dernier en date remontant à 1992 (6).

Issue de la nuit des temps, l’idée de paradis, permettant à nos disparus de « revivre » ici-bas ou dans un autre monde, a traversé l’esprit de quasiment toutes les sociétés humaines. Bien entendu, elle a nourri la culture occidentale. D’abord dans une version spirituelle portée par la montée en puissance du christianisme ; puis, dans sa version matérielle et laïque, fruit du siècle des Lumières et, d’une certaine manière du socialisme.

Cela suit la même trajectoire que celle de la morale chrétienne qui, comme le souligne Luc Ferry(7), va permettre paradoxalement l’émergence des morales laïques et républicaines.

Notre petit coin de paradis

Si l’on voulait simplifier, on pourrait dire que le Paradis a connu 3 périodes : celle du paradis terrestre, inaccessible aux hommes depuis la faute originelle, celle du paradis céleste difficilement accessible et, enfin celle du paradis social que le progrès technique a rendu accessible…

Un petit coin de paradis, ici, pour tous et pour tout de suite, voilà le nouveau paradigme du paradis.

Mais, en matière de paradis, comme pour d’autres choses, reste à vérifier que l’enfer n’est pas pavé de bonnes intentions !

 Publié le 26 octobre 2013

Les clés du paradis

Le terme paradis provient de l’avestique, une langue ancienne de Perse. Il signifie « jardin clos », pairi daeza. Il sera traduit en persan par pardez puis en grec ancien par paradeisos. Il figure dans la Bible qu’à partir de l’époque hellénistique, c’est-à-dire entre le IVème et le Ier siècle avant notre ère.

La première fois qu’un jardin paradisiaque est évoqué, c’est dans des tablettes cunéiformes de l’antique Sumer. Ce lieu enchanteur, réservé aux Dieux, excepté à Ziusudra, le Noé sumérien, est baptisé Dilmun que certains situent sur l’ile de Bahreïn.

Même si l’archéologue américain Juris Zarins  situa, dans les années 80, l’hypothétique Jardin d’Eden sur les rives du Golfe Persique, il est probable que ce Jardin ne corresponde pas vraiment à un lieu.

Il s’agirait plutôt d’un « concept » évoquant un espace luxuriant comme la littérature mésopotamienne le mentionnait souvent en référence aux magnifiques jardins des souverains.

D’ailleurs, les souverains assyriens et babyloniens, fervents adeptes de splendides jardins sont appelés «  jardiniers des dieux ».

 


Les péchés capitaux : capital à connaître pour rentrer au paradis

En 1215, le concile de Latran établit la liste officielle des péchés capitaux. A chacun sont associés les châtiments qui vont varier selon les époques  :

  • Luxure : les deux amants sont attachés l’un à l’autre par le cou ou sexe et poitrine dévorés par des serpents ;
  • Gourmandise : pendu par les pieds ;
  • Orgueil : supplice de la roue ;
  • Colère : le coléreux se fait dévorer le cerveau ;
  • Avarice : plongé dans le métal en fusion et embroché par Mammon, le prince des enfers ;
  • Paresse : allongé sous le poids de Satan qui le maintient dans les flammes ;
  • Envie : alternance d’une plongée dans un océan de feu et dans un fleuve glacé.

 


1 – Interview de Frédéric Lenoir publiée dans « Paradis et enfers » – Les cahiers Science& vie – N° 139 – Août 2013
2 – La notion de bonheur terrestre existait déjà chez les Grecs mais ce bonheur individuel était toujours assorti d’un bonheur collectif ; aujourd’hui, pour la toute première fois, l’individu a davantage d’importances que la communauté.
3 – Considéré par l’historien des religions Bernhard Lang de l’Université de Paderborn comme le père de la conception moderne du Paradis
4 – Selon Brigitte Lion, professeur d’histoire à l’Université de Tours – Paradis et enfers – Les cahiers Science& vie, p.26, N° 139 – Août 2013
5 – Le livre de Daniel est le plus récent de l’Ancien Testament. Daniel figure parmi les quatre « grands prophètes ». Le livre décrit des événements se déroulant de la captivité du peuple juif à Babylone sous Nabuchodonosor II, le roi de Babylone entre 605 et 562 av. J.-C., jusqu’à l’époque séleucide sous Antiochos IV. (Source Wikipedia). Le livre de Daniel est considéré comme un livre « apocalyptique » terme qui signifie littéralement « lever le voile ».
6 – Paradis et enfers – Les cahiers Science& vie – N° 139 – Août 2013- Du jardin d’Eden au jugement dernier – Marie Barral ; p. 30 et Edito d’Isabelle Bourdial
7 – « Le Cardinal et le philosophe » – Luc Ferry et Gianfranco Ravasi – éd. Plon – 2013


 

A visionner pour en savoir plus :


Les jardins de Babel par LPDE

Les tout premiers voyages low cost

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1841

Hello-w cost !

 

Les voyages à toute vapeur mais aussi à petit prix deviennent une réalité dès le milieu du XIXe siècle. Bien avant EasyJet ou FRAM, Thomas Cook, en serrant les budgets au maximum, va permettre à des ouvriers anglais d’être les tout premiers touristes populaires de l’histoire.

Surfant sur les nouveaux modes de vie et de transport, premiers bateaux à vapeurs traversant la Manche à partir de 1821 et trains à vapeur sillonnant l’Europe, Thomas Cook s’aventure hors des sentiers battus des « excursionnistes » de l’époque que sont les aventuriers et autres fortunés.

Le soleil toute l'année sur la Côte d'Azur

En 1841, Thomas Cook organise à l’intention de simples ouvriers anglais des voyages en train à prix modiques afin qu’ils s’enrichissent culturellement. Le voyage organisé low cost était né. Pour la toute première fois, voyager devient populaire.

Enrichissement culturel qui, hélas, n’ira pas de pair avec l’enrichissement, tout court. Notre premier tour-opérateur négociera, à partir de 1855, un virage en ciblant cette fois une clientèle « haut de gamme » constituée de médecins, de commerçants, d’ingénieurs et d’ecclésiastiques.

Face à de grands voyageurs comme Ibn Battuta qui, au XIVe siècle, parcourut 20 000 km ou Marco Polo (1254-1324), qui entreprit un voyage long de 24 ans, ces routards de la première heure apparaissent déjà comme des profanateurs de lieux historiques par leur pratique de visites aux pas de course.

Ouvriers ou nouveaux riches, ces touristes « au nez rouge et au petit rouge » comme on les appelle, en référence aux guides à la couverture rouge – comme le célèbre Baedeker apparu vers 1840 – figuraient l’avant-garde d’une horde de touristes qui, bientôt, déferleraient sur les spots touristiques de la planète.


Voyagez les premiers, messieurs les anglais !

Les tout premiers touristes sont anglais. Non pas pour fuir leur climat mais pour parfaire leur éducation. Il s’agit de voyage initiatique réservé aux aristocrates fortunés.

Ces voyages, que l’on appelle à l’époque « grand tour », vont les conduire sur le continent, en France, notamment à Paris, en Suisse et en Italie.

Ces touristes anglais seront donc les premiers à profiter de séjours hors de leur pays, partir à la rencontre d’autres populations et surtout aller à la découverte des vieilles pierres de la vieille Europe.

En France, pour la première fois le terme « Touriste » apparaît dans le Littré en 1803. Pour les auteurs du vénérable dictionnaire, il s’agit de : « voyageurs qui ne parcourent des pays étrangers que par curiosité et par désœuvrement – voyageurs anglais en France, en Suisse et en Italie ».

So british !


Un milliard de touristes à travers le monde en 2012 : le tourisme mondial s’envole !

 

Pour la première fois, en 2012, le nombre de touristes dans le monde a dépassé le milliard (1 milliard 35 millions), en hausse de 4 % sur un an, selon l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT).

Après une année 2009 désastreuse pour le tourisme, la pire depuis 60 ans, avec une chute de près de 4%, la population mondiale arpente donc plus que jamais la planète.

En tête des régions qui progressent le plus, on trouve l’Asie et le Pacifique, puis l’Afrique, suivie du continent américain et de l’Europe. Le Moyen-Orient ferme la marche en raison des conflits et de l’instabilité qui y règne.

Cet engouement pour les voyages devrait se poursuivre, en dépit du contexte économique morose. L’OMT prévoit 1 milliard 800 millions de touristes en 2030.

Ca plane pour le tourisme mondial.


A visionner pour le plaisir :


Les nuls – Histoire de la télévision – Le Tourisme par boudsat

La toute première entreprise moderne

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1862

Symphonie pour un nouveau monde

La construction de la première ligne ferroviaire transcontinentale reliant l’est à l’ouest du continent américain ouvre la voie  à un nouveau modèle d’entreprise. Rationalisation, normalisation, organisation et internationalisation des ressources financières et humaines deviennent une nécessité impérieuse pour mener à bien ce chantier colossal qui dura 6 ans. Dès lors, le monde du travail ne sera jamais plus comme avant.

 

Nous sommes en 1862. En pleine guerre civile, le Congrès américain, fortement soutenu par Abraham Lincoln, vient de signer le Pacific railway Act. Cette loi va donner un coup de pouce décisif à la colonisation de l’ouest américain en autorisant et en facilitant par différentes mesures la construction du tout premier chemin de fer transcontinental de l’histoire.

Projet titanesque pour l’époque. Il vise à relier l’est des Etats-Unis à la côte pacifique, soit 3000 km de voies ferrées, d’Omaha (Nebraska) à Sacramento (Californie). Du jamais vu ! Les deux compagnies « maître d’œuvre » du projet sont l’Union Pacific Railroad, pour le tronçon oriental et la Central Pacific Railroad pour la partie occidentale.

Mais ce qui se profile avec cette aventure ferroviaire sans précédent, c’est surtout la toute première forme d’organisation rationnelle du travail. Cela préfigure les entreprises modernes et les multinationales, dont le mode de fonctionnement sera basé sur la centralisation, la standardisation, la spécialisation du travail auquel s’ajoutent l’internationalisation de sa main d’œuvre et de ses financements.

Comme le souligne Jeremy Rifkin (1), essayiste et conseiller auprès de l’Union Européenne, « la compagnie ferroviaire a été le prototype des entreprises centralisées qui allaient dominer les deux premières révolutions industrielles »(2). Eh bien voilà, l’Union Pacific Railroad et la Central Pacific Railroad seront les pionnières de ce prototype à l’origine des firmes que nous connaissons aujourd’hui et dans lesquelles beaucoup d’entre nous travaillent encore.

En voiture pour Wall Street !

En effet, la construction d’un chemin de fer de cette envergure va exiger des dépenses bien plus élevées que n’importe quelle autre entreprise de l’époque, textile construction navale… Les compagnies ferroviaires vont donc faire appel à des capitaux extérieurs, notamment britanniques, allemands et français, en mettant des titres de propriété sur le marché.

Cette pratique aura pour conséquence de donner un coup de fouet à la minuscule bourse de New York. L’hyperpuissance financière de Wall Street était donc au bout du voyage.

Autre révolution inhérente à cette aventure : la séparation de la gestion de la propriété. Dans la mesure où, les investisseurs sont dispersés « aux quatre coins » du globe, la gestion ne peut plus être assurée directement par les propriétaires. Ceux-ci s’adresseront à des administrateurs professionnels. On voit là, apparaitre le modèle des firmes actuelles distinguant les responsables opérationnels des propriétaires ou actionnaires.

La gestion sur les rails

Au-delà de la construction, il faudra ensuite gérer l’exploitation ; vu le périmètre de l’entreprise la tâche sera loin d’être aisée. Entretien des voies et du matériel, sa localisation, la gestion de la sécurité, de l’approvisionnement, de la ponctualité, la mise en œuvre d’une politique commerciale, tout devient démesuré.

A titre d’exemple, en 1891 la Pennsylvania Railroad emploie 110 000 ouvriers, soit près de 3 fois plus que l’armée américaine et ses dépenses représenteront deux années plus tard, le quart du budget fédéral !

Pour gérer cette complexité couplée à une main d’œuvre très importante, l’entreprise va s’organiser par strate d’encadrement : la hiérarchie et la bureaucratie font leur entrée pour la toute première fois dans le monde du travail.

La structure de l’entreprise devient pyramidale. Règles et processus gouvernent les opérations ; les tâches sont découpées. C’est la division du travail, théorisée vers 1880 par F.W. Taylor avec le concept d’Organisation Scientifique du Travail (OST). Les promotions sont aussi rationnalisées et objectivées. Les ordres, les tarifs, les rapports vont transiter par l’imprimé, nouvel « outil » indispensable pour rendre cohérent des informations nombreuses et disparates. Bref, plus rien n’est laissé au hasard ou à l’improvisation.

Une organisation de première classe !

Avec ces premières compagnies ferroviaires transcontinentales, apparait donc un tout nouveau modèle de firme que les autres secteurs de l’économie et les autres pays vont copier, comme le constate l’historien Alfred DuPont Chandler spécialiste de l’économie américaine (3) :

« Les compagnies de chemins de fer furent les premières à exiger l’emploi d’un grand nombre de cadres salariés ; les premières à avoir un bureau central pourvu de cadres moyens et dirigé par des cadres supérieurs qui rendaient compte de leur activité à un conseil d’administration (…) Elles furent les premières à développer un flux de données financières et statistiques pour contrôler et évaluer le travail de nombreux responsables ».

un viaduc sur le trajet l'Union pacific RailRoad

Qui aurait imaginé dans les années 1860, que « le cheval de fer » allait autant bouleverser le monde du travail, celui des affaires et le quotidien des salariés ?

Qui aurait imaginé que Le chemin de fer allait ouvrir la voie aux tout premiers cadres supérieurs, aux cadres moyens, aux salariés de masse, aux administrateurs, aux gestionnaires, aux niveaux hiérarchiques et aux organigrammes, aux donneurs d’ordres, aux sous-traitants, aux sociétés de services, à la formalisation de l’information, aux formulaires, au marketing et au télécommunication…

Autrement dit, un nouveau monde qui balaiera le train-train quotidien !

 

 


L’omnibus du Far West

Le premier coup de pelle est donné le 8 janvier 1863. Dans ce projet rien n’est simple : le tracé, qui doit traverser la Sierra Nevada culminant à 4000 mètres d’altitude, des contrées entières dépourvues de tous moyens industriels importants, la guerre de Sécession qui perturbe sérieusement l’acheminement des matériaux transitant par bateau et des travailleurs qui ne rêvent qu’à la ruée vers l’or et désertent le chantier dès qu’ils ont accumulé un petit pécule.

De plus, La loi, le Pacific railway Act, oblige chaque compagnie à poser au minimum 60 km de voies par an. Problème : alors qu’il faudrait au bas mot 5000 ouvriers, ils ne sont que 600 la seconde année. Bref, un cauchemar.

Pour pallier cette pénurie de mains d’œuvre, des milliers de chinois fuyant la famine de leur pays viennent en renfort, souvent au péril de leur vie. Ces immigrants, appelés les « coolies chinois », la central Pacific en emploiera jusqu’à 15 000. Ils sont suivis par des milliers de vétérans du Général Grenville Dodge qui a participé à la guerre de Sécession. Militaire mais aussi homme d’affaires, il devient le superviseur du tronçon oriental. Puis des immigrants irlandais viendront renforcés les rangs de l’Union Pacific, attirés par les avantages en lopins de terre offerts par le congrès.

La compétition entre les deux compagnies aiguise les performances. Les chinois iront jusqu’à construire 15 km de voies en une seule journée, il faut dire qu’ils travaillent 24 heures sur 24.

Clou en or

Le 10 mai 1869, le dernier rail est posé. Leland Stanford à l’origine du premier coup de pelle enfonce le dernier clou. Celui-ci, en or, devient le symbole de l’achèvement d’un des plus grands chantiers de l’histoire, qui dura 6 ans et employa 20 000 ouvriers et fit 2000 victimes.

Le chemin de fer apporte partout progrès et bouleversements : « Ni la matière, ni l’espace, ni le temps ne sont depuis vingt ans ce qu’ils ont été depuis toujours », écrivait au début du siècle dernier Paul Valéry.

 


En voiture pour une petite histoire du chemin de fer (3)

  • 1767 : tout premier rail entièrement en acier.
  • 1770 :  Premier véhicule automobile à vapeur imaginé par l’ingénieur français Joseph Cugnot, puis un second, plus grand, son célèbre fardier.
  • 1804 : au pays de Galles, Richard-Trevithick et Andrew Vivian font circuler, dans une mine, la première locomotive à vapeur, inspirée de la voiture à vapeur de l’Américain Olivier Evans.
  • 1808 :  R. Trevithick présente à Londres sur une voie ferrée circulaire la deuxième locomotive nommée Catch me who can (« M’attrape qui peut ») ; elle remorque un wagon où le public peut prendre place, pour la première fois.
  • 1823 : George et Robert Stephenson fondent, à Newcastle, la première usine de construction de locomotives.
  • 1825 : toujours en Angleterre, le premier train de voyageurs va de Stockton à Darlington à 20 km/h.
  • 1827 : Marc Seguin essaye des locomotives anglaises sur une première section de la ligne Saint Étienne-Andrézieux (Loire), longue de 18 kilomètres, et leur apporte des perfectionnements.
  • 1830 : ouverture de la ligne Liverpool-Manchester avec la locomotive The Rocket (« La Fusée ») de Stephenson, construite en 1829 ; elle peut atteindre 47 km/h haut le pied, c’est-à-dire sans wagons.
  • 1832 : achèvement de la ligne Lyon-Saint-Étienne, sur laquelle on adopte définitivement la traction à l’aide de locomotives à vapeur (et non plus de chevaux), et où l’on installe un service régulier de transport des voyageurs.
  • 1837: ligne Paris-Le Pecq (Saint-Germain).
  • 1840 : ligne Paris-Versailles.
    Ces lignes isolées ont toutes le même écartement de 1,435 m, celui des houillères britanniques. Plus tard, l’Espagne, le Portugal et la Russie, ainsi que l’Inde et l’Argentine adopteront un autre écartement ;

1 – « la troisième révolution industrielle » – Jeremy Rifkin – Ed. LLL Les liens qui libèrent – 2012.
2 – Etonnamment chacune des révolutions industrielles ont débuté dans les 80 : 1780, pour la 1ère, 1880 pour la seconde et enfin 1980, qui repose sur les nouvelles technologies et notamment Internet et les énergies renouvelables.
3 – « La main invisible des managers : une analyse historique » –  A. D. Chandler – Ed. Economica – 1988; cité dans « La troisième révolution Industrielle »
3- Source : http://www.icem-pedagogie-freinet.org/sites/default/files/284train.pdf


A visionner pour mieux comprendre

Le Transcontinental Américain – Les 7 Merveilles… par alxka

 

Richelieu : la toute première exception fiscale française

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1635

 impôts- fisc

Vices & Vertus cardinales…et fiscales

Avec le Cardinal de Richelieu, contraint par le coût de la Guerre de 30 ans, la France inaugure, dès 1635, une exception fiscale française en vigueur encore aujourd’hui. Triplement des impôts, réforme fiscale, taxe sur le tabac, les bases d’un Etat gourmand au service d’un idéal de grandeur sont jetées !

Si la France est en tête du podium international en matière de pression et d’inventivités fiscales mais aussi en termes de capacité à lever et à recouvrer l’impôt, cela ne date pas du Front populaire ni même de la Révolution Française.

Le « génie fiscal » français

Ce « génie fiscal » français a vraiment commencé, en 1635. Nous sommes au beau milieu de la Guerre de trente ans qui s’étend de 1618 à 1648. Il s’agit, sans doute, de la première guerre civile multi-états. En l’occurrence, tous les états européens, à l’exception de l’Angleterre – impliquée indirectement- et de la Russie. C’est une guerre qui mêle politique et religions, catholiques et protestants. Elle va ravager l’Europe, notamment le Saint Empire Romain germanique.

Se sentant menacée sur ses frontières, la France de Louis XIII rentre en guerre en 1635 contre l’Espagne. A la manœuvre, le Cardinal de Richelieu. Celui-ci a besoin d’argent, de beaucoup d’argent : il lui financer cette guerre et son armée forte de 135 000 hommes. Une solution : l’impôt. Richelieu va quasiment le multiplier par trois. On assiste là au tout premier matraquage fiscal.

L’impôt permanent : une invention française

Déjà, à partir de Philippe le Bel (1268-1314), l’exception française fiscale (1) est engagée. Dès cette époque, est introduite une imposition centralisée et non plus réservée aux seuls seigneurs.  En outre, le relèvement – discret- du seuil de non-imposition est la toute première « astuce » fiscale de notre histoire.

Mais, c’est Richelieu qui va inaugurer l’ère de l’impôt moderne. Il enclenche une guerre fiscale tout azimut : renforcement de l’administration, création de nouveaux offices chargés du recouvrement sous le contrôle direct de l’Etat, instauration des taxes nouvelles comme la taxe sur le tabac, plante nouvelle qui vient d’être introduite en France par Jean Nicot.

Bref, Richelieu centralise et renforce l’impôt pour le compte du Roi et au service de la grandeur de la France.

La folie des grandeurs !

Cette politique va se heurter à la colère paysanne (2) qui se sera réprimée de manière sanglante. Comme le remarque Alain Fabre (3) « ce sont les liens entre la guerre et l’émergence de l’Etat moderne en France qui font de l’impôt l’un de ses fondements.

Courbe de LafferMalgré cela, les rentrées fiscales ne sont pas à la hauteur des espérances et surtout des dépenses. Pour la première fois, on peut évoquer l’adage, trop d’impôt, tue l’impôt !, notion qui se sera théoriser plus de 3 siècles plus tard par l’économiste Arthur Laffer avec sa fameuse « courbe de Laffer.

Cependant, c’est Louis XIV qui prendra vraiment conscience du rôle de la dépense publique comme moyen d’assoir la puissance de l’Etat et de centraliser le pays.

Gouverner, c’est dépenser

Avec le Roi Soleil, pour la toute première fois, il y a donc une prise de conscience que gouverner c’est dépenser. Colbert, grand argentier et planificateur de Louis XIV, sera le premier à instaurer un véritable budget de l’Etat (Etat de prévoyance pour les dépenses à venir et Etat en vrai pour les dépenses de l’année en cours). Colbert sera aussi une sorte de ministre du redressement productif avant l’heure et le chantre de l’interventionnisme d’Etat.

Depuis Colbert –qui est dans la lignée de Richelieu-, l’économie du pays est donc sous tutelle. Les impôts, qui sont souvent supérieurs à nos voisins(4), deviennent un outil pour réguler et contrôler l’activité économique du pays. Mais aussi pour préserver les intérêts des rentiers au détriment de ceux des commerçants et entrepreneurs. Une autre exception française.

illustration sur la pression fiscaleEn janvier 1781, Jacques Neker, Directeur du Trésor, publie pour la toute première fois publiquement « un compte rendu au roi » qui expose les dépenses et recettes de l’Etat ainsi que les montants des pensions versées aux nobles. C’est la toute première transparence des comptes publics et des revenus des « élites » (5).

A partir de 1789, l’impôt, jusqu’alors pesant pour l’essentiel sur les classes sociales les moins riches, devient un attribut du citoyen. Seul, celui qui paie des impôts a le droit de vote.

L’impôt : une addiction bien française

L’exception fiscale française ne tient pas tant à la pression fiscale qu’au rôle que l’on fait jouer à l’impôt et à son efficacité en matière économique. Il est souvent mis au service d’une politique visant à accroitre l’emprise de l’Etat sur la société. Certains diront au détriment de l’expansion économique ; d’autres feront remarquer que l’Etat préfère être fort avec les faibles et faibles avec les forts !

Ce qui est sûr, c’est qu’en France, on empile les dépenses et les impôts sans chercher à les rationaliser ou à mesurer leur efficacité. Car les bénéficiaires sont en grande partie ceux qui votent la politique fiscale. 35 % des parlementaires français sont des fonctionnaires : une autre exception française quand on sait, qu’en Grande Bretagne, le cumul de ces deux fonctions (fonctionnaires et parlementaires) est interdit. .

Alors méditons cette « prophétie » de Tocqueville qui annonce que le jour où il y aura une prise de conscience que le rançonnement « des riches » vient à s’épuiser cela « finira par amener une révolution violente dans l’État »(6).

Mais ce ne sera pas la toute première fois !

Publié le 31 août 2013 

Fisc : un nivellement par le haut du panier

A l’origine le mot fisc, du latin fiscus, désignait un petit panier de jonc servant à presser les raisins (7).
Ironie de l’histoire, ce panier servait donc déjà à presser, non pas le contribuable, mais des fruits.

Ces fruits sont devenus un trésor, d’aucuns d’iront juteux, pour l’Etat.
Quant au terme « Impôt » c’est un dérivé du terme « imponere » qui signifie, imposer.


 1814 : l’autre révolte fiscale

Deux siècles avant la « révolte » des Pigeons, des Tondus et autres Bonnets Rouges, la France a connu une révolte fiscale de grande ampleur. Napoléon en ce début de 1814 a besoin d’argent, de beaucoup d’argent pour payer son armée. Mais l’argent ne rentre plus. Le budget 2014 avait par exemple prévu 171 millions de francs aux titres des impôts indirects, au bout d’un trimestre seuls 12 millions sont entrés dans les caisses de l’Etat. Bref, il y a un « ras-le-bol » fiscal.

Malgré les victoires qu’ enregistre l’Empereur durant cette période, il y a un divorce entre la population et l’administration napoléonienne. Au point, que bons nombres de villes ouvrent leurs portes aux alliés, ces derniers multipliant les promesses de réduire les impôts.

Pourquoi ce ras-le-bol ? La réponse est résumée par Châteaubriand :  » La France entière était au pillage. Les infirmités, l’indigence, la mort, l’éducation, les arts, les sciences, tout payait un tribu au prince. »

Un exemple de cette frénésie fiscale : les « droits réunis », sorte d’impôt indirect qui frappe les biens de consommation courant dont le vin (10). Celui-ci est taxé lourdement : « Droit de mouvement » , droit d’entrée dans la ville, droit de vente au détail, droits de timbre et d’enregistrement. Au final, le verre de vin est taxé en 1814 à 94,1 % ! Les français ont du mal à avaler l’addition…


Les mirages de la dépenses publiques

La dépense publique française a atteint son record historique en 2013, avec 57,1 % du PIB. Ce pourcentage était de plus de 8 points supérieurs à la moyenne européenne en 2009.

Comparaison des recettes fiscales

 

Une étude de l’Université d’Helsinki (8) ont démontré que dès qu’un Etat atteint un certain seuil, cela représentait un frein à la croissance. L’effet « accélérateur » de croissance engendré par la dépense publique devenant moins important que l’effet « frein » lié à l’augmentation des impôts.

Selon cette étude, 3 pays seraient particulièrement pénalisés : l’Italie, le Japon et la France.

Pis, 100 emplois publics supplémentaires auraient couté 150 emplois privés et 33 chômeurs supplémentaires, selon une analyse portant sur la période 1960/2000 par des économistes (9)

Rappelons que les taux de prélèvements obligatoires en 2011 étaient de 44.2% en France (en augmentation depuis), 48.1% au Danemark (en tête du podium), 37.1 % en Allemagne, 35.5% au Royaume-Uni, 25.1% aux USA et que la moyenne européenne se situait à 33.8%.

 


Des impôts et des hommes

  • La Seconde dynastie Egyptienne (à partir de -2850 ans environ) dispose d’un système de prélèvements;
  • 900 ans avant notre ère, la Chine instaure un système d’imposition avec 5 paliers de taxation;
  • 4ème siècle avant notre ère, la Grèce institutionnalise l’impôt auparavant prélevé par des « tyrans » comme Pisistrate;
  •  1147, Louis VII lève un impôt dénommé « 20ème » qui correspond au 20ème des revenus, nobles, prêtres et roturiers;
  • 1296 : Philippe le Bel crée le premier impôt assis sur le patrimoine et le revenu;
  • 1355  : création de la Gabelle, sous Jean II;
  • 1439 : transformation de la Taille, sous Charles VII, qui devient un impôt permanent sur le revenu des personnes physiques roturières, c’est jusqu’alors le seul impôt que l’on peut qualifier de direct;
  • 1629 : 1ère taxe sur le tabac;
  • 1635 : choc fiscal imposé par le Cardinal de Richelieu pour subvenir aux coûts engendrés par la guerre de Trente ans;
  • 1790-1791 : importante réforme fiscale qui voit notamment la suppression de la Dîme et de la Gabelle, très impopulaires;
  • 1799 : l’icome Tax de Pitt (Angleterre) : impôt cédulaire, découpé en 5 catégories;
  • 1891 : la Prusse instaure un impôt progressif;
  • 1909 : première taxe progressive;
  • 1914 : premier impôt sur le revenu en France;
  • 1917 : un impôt en 6 tranches progressive remplace les 4 « vieilles » en France;
  • 1948 : instauration de l’impôt sur les sociétés;
  • 1954 : La TVA fait son entrée en France;
  • 1981 : l’ISF, impôt sur la Fortune, est institué en France par le gouvernement de Pierre Mauroy;
  • 1988 : création de la CSG par le gouvernement de Michel Rocard, suivie en 1996 de la CRDS;

1 – Histoire des impôts : www.site-du-jour.com/dossiers/histoire-impôts.html
2 – La Bourgogne en 1629, la Gascogne en 1636, la Normandie en 1639 et le Bourbonnais en 1640. Source : www.larousse.fr
3 – Ancien économiste à la Banque de France, il collabore à la rédaction de Débat&Co.
4 – Au milieu du XVIIème siècle, les Pays-Bas et l’Angleterre collectent plus d’impôts que la France mais c’est la résultante d’une activité commerciale que la France de l’époque semble bouder.
5 –  « Urgences Française » – Jacques Attali – Ed. Fayard – 2013 p. 105
6 – Notion défendue par Thomas Carbonnier, expert en « économie sociale et Solidaire », évoquant le  Mémoire  sur le Paupérisme publié par Tocqueville en 1835 ;
7 – Source : www.contrepoints.org
8 – « 150 idées reçues sur l’économie » – Franck Dedieu, Emmanuel Lechypre, François de Witt – Ed. Express/Roularta – 2010
9 – Yann Algan, Pierr Cahuc, André Zilberberg - cités : « 150 idées reçues sur l’Economie »;
10 – La Tribune.fr – 13 janvier 2014 – Article de Romaric Godin

 


A visionner pour mieux comprendre :

    • Histoire de l’impôt sur le revenu :

 

 

  • Les Français et l’Impôt – Emission de Franck Ferrand – Au cœur de l’Histoire – Europe 1 

Les tout premiers pas de la diplomatie moderne

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Posté par fabrice
 

24 octobre 1648

Foutez-nous la paix !

 

L’art négociation ne date pas de la dernière pluie; il accompagne sans doute les conflits depuis toujours. Pharaons, Romains, barbares, tous avaient recours à des émissaires ou des messagers dont le rôle se limitait à transmettre des messages en vue de négocier une sortie de conflits ou pour nouer des alliances. Mais par esprit de conquête et de volonté de domination, la force avait toujours la primeur. Autrement dit, on combattait avant et on négociait après.

La paix en ligne de mire

 Le 24 octobre 1648 marque un tournant radical dans cette approche. Ce jour-là, les traités de Münster et d’Osnabrück, plus connus sous le terme de traités de Westphalie, mettent un terme à la guerre de trente ans qui est un conflit autant politique que religieux.

A partir de ce jour, la négociation prend les habits neufs de la diplomatie telle qu’on la connaît et tente de se mettre au service de la paix – avec plus ou moins de succès !- et non plus comme point d’aboutissement de la guerre.

Les rêves de domination universelle, qu’ils soient politiques comme pour ceux des Habsbourg ou religieux, comme ceux de la papauté et de la Chrétienté vont se heurter désormais aux Etats-Nations et au principe de souveraineté nationale. On assiste à l’émergence d’une autorité ultime, celle du législateur, qui surpasse pour la première fois, celle de l’ordre religieux et toute autre autorité intérieure ou extérieure. Ces nouvelles règles politiques s’inscrivent dans un courant visant à renforcer le « droit des gens « .

Entre équilibre et Raison d’Etat

Ce 24 octobre 1648 inaugure donc l’ère de l’équilibre entre les puissances -visant à limiter les effets désastreux des guerres incessantes-, grâce à la reconnaissance de la souveraineté des Etats. Ils pourront s’appuyer sur des traités bilatéraux ou multilatéraux qui forment les bases du droit international.

Pour la toute première fois, une diplomatie, destinée à prévenir les conflits et à garantir des intérêts communs émerge en Europe, tandis qu’au sein de cette même  Europe prend corps  la notion d’Etat-Nations.

La paternité de cette nouvelle situation qui « enfantera »  le Corps diplomatique au niveau international revient à des personnages illustres comme Hugo Grotius, Sully, Mazarin, Richelieu, sans oublier Nicolas Machiavel (1469-1527), grand négociateur, diplomate avant l’heure et « concepteur » d’une doctrine s’apparentant à la notion de Raison d’Etat. Concept qui sera appliqué pour la toute première fois par Richelieu, « le premier diplomate digne de ce nom« , comme le soulignera Henry Kissinger .

Si le mot Diplomatie s’impose qu’au XVIII ème siècle, il faudra attendre le XXème siècle pour qu’apparaisse la première véritable instance supranationale : la Société des Nations (SDN), créée en 1919 par le traité de Versailles. Cela,  un siècle après la création de la toute première organisation internationale, la Commission Centrale pour la Navigation du Rhin, constituée dans la foulée du Traité de Vienne de 1815. En 1993, on comptait 250 institutions internationales.

 

Internet « pète » les câbles…diplomatiques !

4 siècles après les traités de Westphalie, un simple soldat de l’armée américaine, Bradley Manning, avec l’appui de Julian Assange, fondateur du site Wikileaks, ébranle le système inauguré par Richelieu. Face au grand déballage des câbles diplomatiques, faut-il voir dans l’affaire Wikileaks une avancée majeure vers la paix au nom de la  transparence, ou au contraire, une « terrible naïveté », comme le défend Christian Makarian chroniqueur à l’Express, et une « formidable possibilité de régression » ?

L’histoire le dira. Elle nous dira aussi, si nous entrons dans une nouvelle ère de l’information, une ère où, puisque que tout se sait, tout se tait.  Mais l’important au final, n’est-il pas, qu’on nous foute la paix !


WikiLeaks : la diplomatie n’a plus de secrets

  • 251287 documents confidentiels de la diplomatie américaine divulgés;
  • dont 16 000 portaient la mention « secret » mais aucun « top secret » ;
  • La période de rédaction de ces « câbles diplomatiques », essentiellement entre 2004et  2010;
  • mais certains datent de 1966 ;
  • Wikileaks a choisi, à travers le monde, 5 organes de presse pour relayer et filtrer la diffusion : « New York Times », « The Gardian », « El Pais », « Der Spiegel » et « Le Monde »;
  • 120 journalistes mobilisés pour vérifier et sélectionner les documents qu’ils publieront;
  • Un masquage des sources citées pouvant être mises en danger;
  • La mise en place, par des internautes, de nombreux serveurs miroirs pour palier tout blocage de Wikileaks;
  • Décembre 2010 : des organismes financiers, PayPal, Visa Europe, MasterCard,  « Bank Of América » décident de suspendre toutes transactions destinées à Wikileaks.

Les grandes étapes du nouvel ordre international :

  • 1648, traités de Westphalie;
  • 1815, Traité de Vienne, considéré comme la première manifestation du mulitlaréralisme;
  • 1816, Commission centrale pour la navigation du Rhin, plus ancienne organisation internationale;
  • 1863, création du CICR, Comité international de la Croix Rouge;
  • 1865, Union internationale du télégraphe;
  • 1874, Union générale des postes;
  • 1899, Cour permanente d’arbitrage, créée par la première conférence Internationale de la Paix;
  • 1916, Création de la Société des Nations (SDN);
  • 1919, le Bureau International du travail (BIT) voit le jour;
  • 1945, Organisation des Nations Unies (ONU) et Fonds Monétaire International (FMI)
    Mis à jour le 18 décembre 2010


A visionner pour mieux comprendre [interview de Julien Assange, fondateur du site Wikileaks, sous-titrage en Français] :

 

 

A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Atlas militaire et stratégique : Menaces, conflits et forces armées dans le monde : Les menaces se diversifient, les acteurs se multiplient, les technologies progressent et les conflits « asymétriques », face à des groupes non étatiques, se font désormais de plus en plus nombreux. La guerre d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec celle d’hier. Pour faire face aux nouveaux défis sécuritaires, les politiques de défense et les stratégies, notamment occidentales, doivent donc s’adapter. Pour la première fois, un atlas présente une expertise technique et géopolitique de ces questions, dressant l’état des lieux des forces, décodant les conflits en cours et augurant ceux à venir, tout en fournissant quelques notions essentielles de stratégie. Il aide ainsi à décrypter un monde sous tensions et à mieux lire l’actualité.
  • Diplomatie, par Henry Kissinger. La fin de la guerre froide semblait déboucher sur un monde simplifié: au centre, une Amérique victorieuse et sans rivale, seule superpuissance capable de dicter son ordre mondial et de diffuser partout son mode de vie et ses valeurs. La magistrale leçon d’histoire et de diplomatie d’Henry Kissinger détruit cette illusion: l’Amérique, prévient celui qui a inspiré pendant près de dix ans sa politique étrangère, va devoir réformer profondément sa vision du monde et ses méthodes d’action, sous peine de se réfugier à nouveau dans un isolationnisme aussi dangereux qu’illusoire. Il lui faudra évoluer dans un système complexe d’équilibre des forces, une notion avec laquelle elle est justement en « délicatesse ».
  • Diplomacy : Le jeu des intrigues internationales.
    Testez vos capacités de négociations dans un grand jeu d’intrigues et de stratégie. Dans le contexte du début du XXe siècle, jouez l’une des 7 grandes puissances européennes et plongez dans le réseau d’intrigues et de négociations qui vous amènera au sommet de la puissance … mais gardez toujours un œil sur vos alliés si vous voulez y rester.