jeudi, 24 juin 2021

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

La toute première intrusion du sexe dans la grande conso

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1972

Sex and fun et vice versa

illustration

Le 13 avril 2009 disparaissait, à l’age de 56 ans, Marilyn Chambers. Mais qui est cette Marilyn Chambers ?

Elle est la toute première « célébrité » à laisser son « empreinte pornographique » à la postérité. Argentique tout autant que pornographique, puisqu’il s’agit du tout premier film porno commercial, cette empreinte fera d’elle une icône du cinéma pornographique et va marquer un tournant dans la représentation du sexe qui sort de la clandestinité.

Marilyn Chamber
Marilyn posant pour une boite de lessive d’une marque de Procter & Gamble

Tout a commencé au début des années 70 tandis que Marilyn Chambers assurait la promotion d’un savon réputé pur à 99,44%. On lui propose alors le premier rôle dans le premier film pornographique commercial : Derrière la porte verte (Behind the green door). En acceptant, Marilyn prend le risque de ternir son image jusqu’alors immaculée qui habille les emballages de la savonnette. En contre partie, elle va rentrer dans les annales du cinéma, à l’instar d’une autre Marilyn, dans un genre évidemment très différent pour ne pas dire un drôle de genre.

Lorsque le film sort aux Etats-Unis, nous sommes en 1972 en pleine révolution des mœurs. Tous les ingrédients sont réunis pour que le cinéma porno « grand public » fasse son trou au sein de l’industrie cinématographique florissante. Pour la toute première fois la représentation de l’acte sexuel non simulé et animé va envahir de plus largement notre espace culturel et alimenter nos fantasmes.

Cette fois, un zeste d’impureté est bien introduit dans une production cinématographique jusqu’ici aseptisée. Comme une bulle de savon que l’on fait grossir, Marilyn aura amorcé le développement de cette bulle pornographique qui depuis ne cesse de croître.

De l’industrie cinématographique à l’industrie pornographique.

Avec ce premier film hard qui ose tout montrer de l’acte sexuel, les frères Mitchell, producteurs jusqu’à présent de petits films érotiques, ont gagné le jackpot. Tourné un 1 jour pour un budget inférieur à 60 000 dollars, ils récupéreront près de 1000 fois leur mise, dont près la moitié de cette somme en seulement 3 ans d’exploitation (20 millions de dollars). Marilyn, ayant négocié un interessement aux recettes, aura sa part du gâteau. Elle sera la première femme à vivre des revenus de films x.

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Qu’y a t-il donc derrière « Behind the green door » ?

Les recettes de ce success story ? Excellentes critiques dépassant le cadre d’un public spécialisé (le film fût projeté au festival du film de Deauville en 1975), un scénario de qualité mis en valeur par une actrice sensuelle, une longue scène mythique, proche du happening et un scandale. Car, pour la toute première fois dans l’histoire du cinéma, on assiste à des scènes d’amour interracial entre une actrice blanche et un acteur noir. Insupportable pour des mouvements d’extrême-droite qui menacèrent d’incendier les lieux de diffusion du film.

Dans la foulée, un autre film connut un succès retentissant. Gorge profonde (Deep Throat) qui sortit sur les écrans la même année. Cette fois l’actrice se nomme Linda Lovelace, le tournage dure 6 jours, le budget moins de 25 000 dollars…et le bénéfice est estimé à 600 millions de dollars. Avec de tels revenus, le film se place parmi les grandes réussites du cinéma américain.

Il n’y plus de doute : le porno devient vraiment un produit de grande consommation au même titre que les cornflakes …ou le savon.

De la pornographie  médicale au porno…vénal !

A ses débuts, la notion de pornographie est associée à l’étude de la prostitution comme en témoignent les écrits du célèbre écrivain réformateur et anti-conformiste Restif de La Bretonne (XVIIème siècle). Sur un plan plus médical, au XIXème siècle, des objets comme le godemichet, aujourd’hui fortement connotés, servaient, en tout bien tout honneur, de massage pelvien ou parfois dans le traitement de l’hystérie.

Aujourd’hui l’usage du terme pornographie est radicalement différent. Il ne fait plus référence stricto sensu à la prostitution ni à la médecine mais désigne une représentation réelle de l’acte sexuel dans le but unique de titiller le désir sexuel et de booster la libido. Cependant, cette réalité est en partie illusoire car elle repose sur une vision parcellaire et totalement irréaliste des situations : succession de gros plan, prises de vues acrobatique, performance phénoménale… Tout cela grâce aux concours de la médecine et de la technologie et notamment des moyens vidéo légers. On le voit, la pornographie de masse est donc le rejeton d’un besoin ancestral de jouissance, d’une libération des esprits et d’une technologie adaptée.

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Les temples de Khajuraho en Inde : célèbres pour leur sculptures érotiques explicites datant de l’an 1000 environ.

Faut-il le rappeler : les représentations d’actes sexuels ne datent pas d’hier. Depuis la préhistoire en passant par l’époque romaine, le Moyen âge ou la Renaissance, les références à la sexualité font partie de la vie quotidienne,  les tabous actuels en moins. Rabelais est d’ailleurs considéré par certains comme le précurseur de la pornographie même si le terme n’existait pas encore.

Comme on l’a vu, c’est le cinéma qui va lui donner « ses lettres de noblesse » car pour le pornographe, le cinématographe qui maîtrise le mouvement et l’acte sexuel semblent faits pour s’assembler. Très rapidement, quelques riches amateurs vont percevoir cette alliance naturelle. Les premiers tournages amateurs (de courte durée et muet) vont voir le jour au tout du début du siècle dernier.  Certains films deviendront des œuvres de collection et s’échangeront entre connaisseurs comme l’acteur Michel Simon ou le Shah de Perse.

Mais qu’il s’agisse de véritable pornographie ou plus « softement » d’érotisme dont l’objet est davantage de suggérer et de raconter des situations fictives ou simulées, le sexe n’était pas encore la pompe à fric qu’il est devenu.

Quand le marché devient juteux

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Que l’on considère ou non la pornographie -au même titre que la prostitution- comme une exploitation de la misère sexuelle engendrée par la monogamie (pas de prostitution, semble-t-il, dans les communautés primitives où la polygamie est la règle), nous conviendrons tous, que c’est surtout un moyen efficace de lutter contre la misère économique de ses producteurs !

Affaires d’autant plus juteuses, que l’imbrication, pour ne pas dire l’intrication,entre les filières pornographiques et celles de la prostitution restent la règle. Ce qu’on pourrait appeler un peu facilement une intégration horizontale.

Si l’on compare les chiffres d’affaires estimés de la prostitution (chiffres de 2002) de ceux de la pornographie, on constate des montants mirobolants et presque équivalents : 60 milliards d’euros pour la prostitution et 52 milliards pour la pornographie, dont 19 milliards relevant de la vidéo porno.

Plus surprenant encore, l’industrie de la pornographie représenterait la troisième industrie du Danemark et approchait en 2000, 10 % des ventes totales sur internet.

Plus inquiétant, la pornographie enfantine et pseudo-enfantine représenterait près de 50 % des téléchargements commerciaux pour adulte [1].

Et enfin, plus terrifiant, la vague des « snuff movies », films clandestins qui montrent des actes de tortures, de viols et de meurtres principalement de femmes. Une version édulcorée sortit même sur les écrans en 1976, Slaughter,(Massacre) dont l’affiche du film soulignait qu’il s’agissait d’images dont on disait qu’elles ne seraient jamais montrées.

Baise moi de Virigine Despentes
« Baise-moi » de Virginie Despentes

Désormais, tout s’entremêle, l’argent, le porn-shooting, le porno chic, le porno crad, les stars et même le morbide. Qu’il parait loin le temps du porno clean où pouvait prendre son pied en même temps que sa douche rien qu’en admirant l’emballage de la savonnette.

De l’emballage au grand déballage, les passagers prêts au décollage vers le 7ème ciel sont chaque jour de plus en plus nombreux…

Le porno en quelques dates :

  • Il y a 106 000 ans, premier godemichet (Irlande) taillé dans un os de baleine;
  • 1904 : premier tournage  en 35 mm à Buenos Aires mettant en scène des prostituées;
  • 1908 : premier film français, « l’Ecu d’or« , aujourd’hui disparu;
  • 1915 : court métrage de 10 minutes, « A free ride » , considéré par certains comme le premier véritable film pornographique;
  • Milieu des années 60 : projection de films sur des visionneuses (appelées Loops) dans les premiers sex shop;
  • 1969 : projection à San Fransisco de « History of the blue movie » montage de bande muettes de Loops;
  • 1969 : exposition Sex 69 à Copenhague;
  • 1972 : premiers films pornographiques commerciaux (Derrière la porte verte et Gorge profonde)
  • 1974 : sortie d’Emmanuelle
  • 1975 : premier film français pornographique à sortir en salle : Exhibition
  • 31 octobre 1975 : décret réglementant le cinéma pornoen France et notamment financièrement
  • 31 août 1985 : première diffusion d’un film pornographique à la télévision française, sur Canal +
  • 1989 :  premier épisode du concept de vidéo porno amateur, Buttman; naissance d’un genre nouveau, le gonzo ou le caméraman prend part lui même aux scènes ;
  • 2000 : le porno prend le virage internet;
  • fin 2009 : sortie du premier film porno en 3 D « 3D Sex & Zen » , d’un budget de 4 millions de dollars.
  • et…20 000 ans avant notre ère, « premier film porno de l’histoire », pour le clin d’œil (ci-dessous)…

A visionner pour le plaisir :

Plaisir des yeux : c’est cro-mignon !!

 


1 – Source Planète sexe


A consulter :

1965 : le cinéma porno, pas encore dénommé film X, envahit les salles obscures (Archives de l’INA):


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Dictionnaire de la pornographie Ce premier Dictionnaire de la pornographie a pour unique ambition de mieux connaître, à partir de points de vue souvent opposés, une pratique culturelle qui reste privée et marginale mais qui, aujourd’hui, n’a jamais atteint un tel degré d’industrialisation et de médiatisation.
  • Planète sexe : Tourismes sexuels, marchandisation et déshumanisation des corps Entre le corps-capital de certaines prostituées  » de luxe  » des pays du Nord et le corps-marchandise des prostituées  » de la misère  » des pays du Sud et de l’Est, le risque de voir se développer un peu partout sur la planète un tourisme sexuel de masse n’a jamais été aussi grand.
  • Penser la pornographie Pourquoi est-il si difficile de définir la pornographie ? S’agit-il d’une  » invention  » moderne ? Est-elle une forme insidieuse de discrimination sexuelle ? Porte-t-elle atteinte à la  » dignité humaine  » ? Nuit-elle gravement à la jeunesse ? Qu’est-ce qui dérange, finalement, dans la pornographie ?
  • Le Souci des plaisirs : Construction d’une érotique solaire de Michel Onfray. Le Souci des plaisirs raconte l’obscurcissement chrétien de la chair, et propose une philosophie des Lumières sensuelles.

Les toutes premières prostituées

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Vers – 3 500 ans avant notre ère

L’amour à tout prix

En amour, plus que pour toute autre chose, c’est souvent le premier pas qui coûte.

De ce point de vue, les premiers pas d’amour tarifé, ou autrement dit les premières formes de prostitution commerciale avérées voient le jour au VIème siècle avant notre ère, en Grèce.

Courtisane et son client -   430 av. J.-C., Musée national archéologique d'Athènes
Courtisane et son client – 430 av. J.-C., Musée national archéologique d’Athènes

Face aux succès rencontrés, un deuxième pas sera franchi vers les années 600 avant J.-C avec l’ouverture des premières maisons closes ! Il s’agit de maisons d’Etat (les dictérions), qui emploient différentes classes de prostituées pour répondre à la structuration hiérarchiques de la société. De même, les homosexuels disposeront de leurs propres établissements.

Chacun y trouve donc son plaisir, même l’Etat qui se fait des « c…les » en or.

Mais, avant le culte de la femme facile, il y eut celui de la femme fertile. En effet, comme l’atteste l’historien grec Hérodote, les premières formes de prostitution « non commerciales » sont liées au sacré et aux cultes de la fécondité. Afin de rendre les terres fertiles, prêtresses et prêtres devaient alors s’accoupler.

Chez les Babyloniens, pour honorer la déesse de la fertilité, on faisait appel à des femmes stériles qui devenaient en quelque sorte l’épouse de tous pour servir la déesse.

Loin d’être née de la dernière pluie, la prostitution titillait déjà les groupes primitifs. Pendant la préhistoire, elle était pratiquée soit comme monnaie d’échanges (produit de la chasse contre quelques faveurs sexuelles), soit comme gage d’hospitalité.

Aujourd’hui, la prostitution s’est introduite dans notre quotidien, presque à notre insu. Le terme « marque » a pour origine une ancienne pratique des prostituées. Celles-ci « imprimaient » leurs initiales sur leurs talons de chaussures. Ensuite, grâce à une poudre déposée sur les talons, elles laissaient leur empreinte sur la chaussée, permettant ainsi à leurs habitués de les retrouver facilement dans leur périmètre. Elles appelaient ces initiales inscrites sur leur talon, leur marque. Quel talon !

On le voit, l’amour du métier, surtout au service du plus vieux métier du monde, recèle des trésors…d’imagination.


Le tout premier récit érotique

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Environ 2000 ans avant notre ère

Les préliminaires de la littérature

 

«Le voici, femme! / Défais ta boucle / Dévoile tes charmes / Ne recule pas, excite sa convoitise!». 

L’épopée de Gilgamesh, dont sont issus les quelques vers ci-dessus,  fait figure d’ouvrage fondateur de la littérature. Certains de ces vers annoncent les  prémisses de la littérature érotique. On y évoque la mort, l’amitié mais aussi le désir charnel et l’amour physique.

La littérature érotique, bien que remontant à la nuit des temps comme en témoigne l’Epopée de Gilgamesh (voir encadré ci-dessous), récit considéré aussi et surtout comme la toute première œuvre de l’humanité, reste le parent pauvre de l’Histoire de la littérature. Et pourtant cette littérature jalonne notre histoire.

Le récit érotique : une floraison précoce

Gilgamesh : illustration de Serge Creuz (c)

Elle débute avec cette Epopée de Gilgamesh, il y a  4000 ans. Mais qu’il s’agisse d’Aristophane au Vème siècle av.J.-C   avec Lysistrata (1),  de Lucien de Samosate  avec les « Dialogues des courtisanes » (-150 – 180), publié en France seulement en 1582, des Genji japonais voici 1000 ans, ou plus récemment les Ragionamenti, propos d’une prostituée,  de Pierre l’Arétin (né en 1492), sans parler évidemment de Sade ou de Bataille, force est de constater que la littérature érotique fleurit à toutes les  époques.

Au fil de cette littérature érotique,  si le désir y est abordé comme un des moteurs de l’Histoire, en Inde, les Upanishads  dont les premiers écrits remontent  au VI ème siècle av. J.-C.,  à contrario, pourfendent le désir dans une logique de refus.

 

L’école du désir

Alors, Faut-il ou non succomber au désir ? Deux écoles ou deux visions du monde s’affrontent déjà tandis que la civilisation entame ses premiers pas sur le long chemin des récits d’amours.

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Et puisqu’on parle d’écoles, « L’école des filles » publiée en 1655 par un auteur inconnu est considéré comme l’un des tout premiers ouvrages libertins voire pornographiques en langue française. Il sera suivi quelques années plus tard de « l’ Académie des dames ». 

Rédigeant ces récits à leurs risques et périls, les auteurs de l’époque font surtout œuvre de pédagogie. On peut les aborder à la manière de manuels d’éducation sexuelle présentant les étapes successives des plaisirs, de la masturbation à la défloration en passant par la sodomie, un incontournable de l’époque.

Comme l’explique Suzanne, l’héroïne mariée et émancipée de « l’Ecole des filles », faisant l’éducation de sa cousine Fanchon « L’amour excuse tout : il n’y pas de paroles sales à dire entre deux amants qui se baisent et ont à se chevaucher l’un l’autre », et fait l’éloge, auprès de sa prude cousine, « des petites coyonneries qui plaisent toujours et ne laissent pas de chatouiller ».

Ces livres qu’on lit que d’une main !

En fait, l’idée d’éditer des livres érotiques « chatouille » quelques auteurs depuis le XVIème siécle comme celui qui fit scandale en Italie, en 1524, » I Modi » illustrant 16 positions et pratiques sexuelles. Le siècle suivant laissera encore davantage vagabonder la littérature érotique en Europe dont la plupart des ouvrages sortira des presses d’Amsterdam.

A ces livres qu’on ne lit que d’une main, pour reprendre la formule de Rousseau, succèderont une littérature romantique renouant davantage avec les sentiments.  Mais, plus tard, la presse pornographique dont on connaît le succès va reprendre la main.

L’inexorable dérive des sentiments !


L’Epopée de Gilgamesh : un récit fondateur

Si l’on considère que l’Epopée de  Gilgamesh est le premier phénomène littéraire de l’histoire, comportant comme on l’a vu des épisodes érotiques, il s’agit avant tout d’un récit fondateur qui aura inspiré de nombreux passages de l’Ancien Testament (Thora) comme le Déluge.  

Issue d’une tradition orale qui se perd dans la nuit des temps, L’épopée de Gilgamesh est la toute première œuvre littéraire que nous connaissons. Y est utilisée l’écriture cunéiforme, le tout premier système d’écriture de l’humanité inventé par les Sumériens, voici près de 6000 ans.

Son histoire est elle-même une épopée puisque la constitution de cette oeuvre va s’échelonner sur près de 2 millénaires. Une première version date de 2300 ans avant J.-C. tandis que celle que nous connaissons, dite version standard, plus complète et unifiée provient de la bibliothèque du roi Assyrien Assurbanipal et date de 1200 avant J.-C.

Fragments des tablettes d’argiles relatant l’Epopée de Gilgamesh

Elle se présente sous forme de 11 tablettes d’argiles gravées en Akkadien, auxquelles s’est ajoutée une 12 ème tablette ultérieurement.
Composé de près de 3000 vers, ces tablettes relatent les hauts faits du roi de la ville d’Uruk en Mésopotamie.

Souverain d’Uruk, Gilgamesh (qui aurait régné  en 2650 av. J.-C.) est né de parents illustres qui le rendent « aux deux-tiers divin ». Au début, Gilgamesh abuse de sa force et de son pouvoir ; il est tyrannique avec les hommes et les femmes de son peuple,  pour répondre aux plaintes des habitants d’Uruk, les Dieux  décident de créer un adversaire à sa taille pour le modérer :  Enkidu.

Celui-ci vit en dehors de la civilisation parmi les bêtes, comme un sauvage. Enkidu va être initié à l’amour et progressivement conduit vers la ville et la civilisation. C’est de son combat contre Gilgamesh, sans vainqueur ni vaincu, que va naître leur alliance. Cependant, Enkidu  encourageant finalement la démesure de Gilgamesh plutôt que de le modérer, va être châtié par les Dieux et meurt.

Cette tragédie bouleverse Gilgamesh l’amenant à quitter son royaume et le poussant vers une quête du savoir. Après maintes péripéties, il cherche, grâce à l’un des survivants du Déluge, l’origine de l’univers et l’immortalité (en vain). Finalement, Gilgamesh rentre dans son royaume enfin assagi et ayant pris conscience de ses limites.

A travers ces épreuves, Gilgamesh a  appris le renoncement, la sérénité et la volonté d’être un monarque au service de son pays et de ses dieux. Le tout premier happy end de l’histoire ! 


Mommy porn : Maître pour maîtresse de maison

Depuis l’Epopée de Gilgamesh qui ouvre la voie au récit littéraire tout y introduisant une pointe d’érotisme, voici qu’une nouvelle étape dans l’épopée de la littérature érotique déjà florissante vient d’être franchie. « Le mommy porn », autrement dit le porno pour mamans, envahit les chaumières américaines.

Mommy porn ? C’est le surnom donné par le New York Times (3) à ce nouveau genre littéraire visant à stimuler la maîtresse de maison, au sens propre comme au sens sadien du terme !

A l’origine de ce phénomène qui, aux Etats-Unis, fait vibrer autant la ménagère de moins de 50 ans que celle de plus de 50 ans, un roman à tendance sado-maso « Fifty Shades of Grey » écrit pas une femme E.L. James, Erika Leonard de son vrai nom.

Il s’agit d’une relation entre un milliardaire séduisant et une jeune pucelle, étudiante timide qui accepte par contrat de se laisser totalement dominer avec toute la panoplie des rapports SM (soumission, châtiment…)

En cela rien de très nouveau. On connait déjà la mode des « Milf », « Mothers I’d Like to Fuck » qui, depuis Amercian Pie, fait fantasmer les mecs. Cette fois, ce ne sont plus « les mecs » mais « les meufs » qui « kiffent » ! Des femmes et des mères au foyer, bien sous tous rapports parfois puritaines, qui y voient un moyen de doper leur vie sexuelle.

L’autre fait remarquable tient au mode de diffusion. Publié d’abord sur internet, en livre électronique, le succès tient en grande partie aux blogs, le bouche-à-oreille de la toile. Résultat : plus de 10 millions d’exemplaires en six semaines (4) et 30 millions mi 2012 (disponible en France le 17 octobre 2012) : c’est le tout premier best-seller de l’ère du livre électronique.

Et après ? Eh bien, émoustillées par la lecture bien que parfois répugnées par certaines évocations « salaces », certaines lectrices se précipitent dans les sex shops ou s’invitent avec leur mari dans des séminaires de « fagotage » ou comment ficeler sa compagne ! C’est le deuxième effet kiss cool du Mommy porn, enfin pas toujours si cool que ça !

Alors, entre le  momie porn version soft de l’Epopée de Gilgamesh et le mommy porn, tendance SM,  votre coeur balance ?  


(1)  Œuvres de chair, figures  du discours érotiques  – Gaetan Brulotte –éd. Les presses de l’Université de Laval  (Canada)
(2) L’épopée de Gilgamesh, texte établi à partir des fragment Babyloniens, assyriens, hittites, et hourites; version traduite de l’arabe et adapté par ABED AZRIÉ  (en téléchargement)
(3) « Allô maman porno – David  Caviglioli -Le Nouvel Observateur – 26 juillet 2012 – N° 2490 
(4) « Connaissez-vous le Mommy porn ? » – Hélène Vissière – Le Point – 5 juillet 2012 – N° 2077


A visionner pour mieux comprendre :

 

    • Fitfty Shades Of Grey : teaser

 

A voir et à lire pour aller plus loin :

  • L’épopée de Gilgamesh, la plus ancienne épopée de l’humanité, aux Editions du Cerf, une immense œuvre poétique qui s’inspire de plusieurs récits sumériens composés vers la fin du IIIe millénaire avant J.-C.
  • Voici le chef d’oeuvre du libertinage : L’Ecole des filles, volume 1. Publié à Paris à l’époque où la guerre de la liberté d’expression faisait rage en France, il fut saisi avant d’être mis dans le commerce. Republié en Hollande un peu plus tard, il est resté très rare pendant longtemps.
  • Premières fois : dix histoires érotiques illustrées et racontées par un femme. Premières fois est un pari réussi. Celui de parler sexe à la première personne, au féminin, et aux premières personnes venues, au pluriel.

Les premiers accouplements

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– 375 millions d’années

Sea, sex and fun !

En matière de copulation, et d’une certaine manière de sexe, tout aurait commencé voici 375 millions d’années.

Une illustration du poisson Materpiscis Attenboroughi, qui signifie poisson-mère d'Attenborough

Dans ce domaine, les plus précoces seraient des poissons archaïques, des placodermes(1), dotés d’une sorte de cuirasse formée de plaques sur la peau. Les poissons cartilagineux (raies, requins) plus récents (350 millions d’années), à qui revenaient jusqu’ici le privilège d’ouvrir le bal des accouplements chez les vertébrés, se seraient ainsi faits coiffés sur le poteau par ces poissons primitifs.

Mesurant près de 30 cm, plutôt hideux, doté d’une mâchoire puissante, baptisés par les spécialistes de poissons de Gogo (2) ou Materpiscis, ce poisson qui n’a pas la gueule d’un jeune premier, va introduire une nouvelle façon de procréer, ouvrant des perspectives à la fois de plaisirs et d’efficacité sans égal dont nous sommes les héritiers.

Un accouplement très prometteur

Ainsi ces poissons allaient défrayer la chronique, si l’on peut dire, en démontrant justement qu’ils ne frayaient plus comme à l’accoutumée mais qu’ils étaient devenus vivipares. Autrement dit, pour la toute première fois, l’embryon allait se développer à l’intérieur de l’organisme maternel, bien au chaud et non plus dans un œuf déposé de manière désinvolte dans l’eau par la maman poisson, en attendant que celui-ci soit fécondé par le papa.

L’avantage de cette nouvelle « procédure » tient au fait que le bébé arrive au monde déjà bien formé. Ainsi, bien que la progéniture soit moins nombreuse que pour les espèces déposant des œufs dans un milieu extérieur, celle-ci étant plus robuste offre un avantage sélectif face aux prédateurs qui, à l’ époque, se comptaient par légions.

En effet, au Dévonien, les poissons, pour certains des monstres marins de près de 8 mètres,  se nourrissaient essentiellement d’autres poissons. Les minuscules « bébés » qu’engendrait la fécondation extérieure, malgré l’avantage du nombre que représentent des milliers d’œufs, étaient donc une proie trop facile. Tandis que la fécondation interne, produisant des petits plus costauds et surtout plus mobiles, est apparu comme un atout.

En mordre pour sa dulcinée

Mais ce n’est pas tout. Avec cette toute nouvelle façon de faire  » l’amour », il a fallu que le mâle s’accroche ! En effet, s’accoupler dans l’eau n’est pas si simple. D’où l’apparition des toutes premières mâchoires permettant au mâle de tenir la femelle durant l’acte sexuel. La femelle ainsi tenue, le mâle pouvait introduire le sperme au sein de sa dulcinée,  au moyen d’un organe de type ptérygopode utilisé aujourd’hui chez les requins, résultant de la transformation de la nageoire pelvienne.

Il est probable qu’à l’origine, les placodermes avaient recours à un organe équivalent pour féconder les œufs déposés dans le milieu aquatique et que, petit à petit, le couple s’est rapproché.  Et peut-être, à la manière des hippocampes, ils ont connu un phase intermédiaire où la grappe d’œufs s’est retrouvé portée par la femelle dans une poche incubatrice. Mais cela ne nous regarde pas !!

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Ici, les ptérygopodes d'un requin, sorte de prolongation de la nageoire pelvienne

L’histoire ne s’arrête pas là. Nous, les être humains, hériteront, bien plus tard, de l’anatomie pelvienne issue des poissons de Gogo. Les ptérygopodes, évoqués plus haut, organe de transmission du sperme utilisé notamment chez les requins, deviendront nos pénis, tandis les nageoires se transformeront en hanches et en pattes postérieures. Tout n’est qu’une affaire de recyclage.

Faut-il conclure que notre appétit sexuel a pris naissance un beau jour du Dévonien, en croquant à belles dents le fruit défendu ? Cela ne vous rappelle pas une autre histoire ?


(1) Les placodermes ont été, durant 70 millions d’années, à l’époque du Dévonien, le groupe dominant du milieu aquatique avant de disparaître totalement. Ils sont les ancêtres notamment des requins, poissons osseux, dinosaures et des mammifères.
(2) Fossile découvert, par les équipes de John Long, en 2007,  dans la région de Kimberley, au sein d’un important récif tropical de Gogo, en Australie. Cette espèce de poisson qui est apparue au Dévonien supérieur (380 millions d’années) est aujourd’hui éteint. L’état du fossile a mis en évidence l’existence des premiers cordons ombilicaux.
Publié le 11 septembre 2011


A visionner pour mieux comprendre [en anglais] :


Pour aller plus loin :

Les tout premiers seins

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Vers – 2 millions d’années

Célébrités posant pour le calendrier Pirelli

Les seins, quels pieds !

Il ne faut pas confondre seins et glandes mammaires. Rendons-nous à l’évidence, les seins sont une spécificité du genre humain. En effet, hormis quelques singes comme les bonobos, parmi les mammifères qui sont tous dotés des glandes mammaires, les humains, – et en l’espèce les humaines – sont les seuls à arborer une belle poitrine.

Alors pourquoi ce traitement de faveur ?

Tout d’abord, une petite leçon de choses : les glandes mammaires remplissent une fonctionnalité d’allaitement. Elles sont donc gonflées uniquement durant la période d’allaitement. En dehors de celle-ci, elles apparaissent parfaitement plates. D’ailleurs, chez les primates les glandes mammaires ne se développent jamais avant la première fécondation sauf chez la femme. En revanche, le sein, dont la fonction primaire est identique, est composé de graisse. C’est à cette graisse, englobant la glande mammaire, que l’on doit cette forme ronde qui fait tourner tant de têtes, n’en déplaise à Simone de Beauvoir qui affirme[1] : « les seins, les fesses, la femme peut en faire l’ablation sans inconvénient à n’importe quelle période de sa vie. »

Grâce à cette plastique si particulière et à son positionnement « haut perché », ce sein serait chargé d’une autre mission : stimuler l’appétit sexuel des mâles. C’est ici qu’intervient une autre notion, la bipédie.

Mais quel rapport entre les pieds et les seins ?

Théophile Gautier a écrit : « les seins, deux mappemondes que l’on porte devant soi comme un second fessier ». Et voilà, nous y sommes. Les seins et les fesses seraient donc unis comme frère et sœur pour accrocher le cœur des hommes.

Tout cela ne date pas d’hier. Pour les mammifères lambda qui se déplacent à 4 pattes, leur ligne d’horizon sont les fesses de leur partenaires situées devant eux. Durant la période de fertilité, la vulve de certaines femelles affiche même des signes extérieures pour aguicher le mâle.

Il n’en va pas de même pour ceux qui pratiquent presque exclusivement la bipédie. Les fesses sont situées bien trop bas pour les émoustiller. D’où progressivement la mise en valeur des seins, par la sélection naturelle, plus à même d’accrocher le regard du futur compagnon et d’assurer ainsi la pérennité de l’espèce. De même, pour mieux arborer leurs atours naturels, les femelles deviennent moins poilues, mettant en évidence, seins, bouche (disparition de la barbe) et même les yeux. Le zoologue et éthologue Desmond Morris [2], très décrié par les féministes, observe que les seins de femmes sont bien moins efficaces pour donner la tétée que comme stimulant sexuel[3].

Ainsi, cette transformation, qui va aboutir à une sexualité permanente, ne serait, selon certains spécialistes, que la conséquence d’autres transformations : augmentation de certaines hormones et la fameuse bipédie.

Les seins, le choix de la date !

C’est là que le bas blesse. Actuellement, on ne peut avancer aucune date précise sur l’apparition des seins. On sait cependant que la bipédie est apparue voici probablement 6 millions d’années avec Orrorin, un hominidé découvert en 2000 au Kenya. Elle devient un moyen de locomotion usuel vers 4 millions d’années, comme l’atteste la plus ancienne trace de bipédie : des empreintes d’un adulte accompagné d’un enfant qui marche sur ses pas (3,6 millions d’années, Laetoli/Tanzanie)[2]. Mais, c’est à partir de l’ l’Homo Ergsaster, apparu il y a 1,9 million d’années, que pour la toute première fois la bipédie semble maitrisée.

Si la démarche prend de l’assurance, permettant même, pour la toute première fois, de passer du mode marche au mode course !, rien ne dit que les seins en profitent pour prendre de la consistance…et sauver les apparences.

La déesse (Judée – 750-620 av. JC.) exhibe fièrement ses seins, symbole de fécondité et d’attrait sexuel.

A quels seins se vouer ?

Si l’on ignore encore à quel moment la poitrine commence vraiment à pointer, une chose est sûre, celle-ci figure dans des représentations picturales, il y a 30 000 au Gravettien. Depuis, les seins n’ont cesse de subjuguer nos esprits. Objet de toutes les convoitises, ils représentent souvent notre tout premier contact avec l’extérieur au moment de notre naissance et notre seul moyen de survie à cette période, du moins jusqu’à récemment. Comme le décrit si justement Elisabeth Badinter [4] : « le sein de la femme a appartenu successivement à l’enfant, à l’homme, à la famille, au politique, au psychanalyste, aux commerçants, au pornographe, au médecin, au chirurgien esthétique, avant que les féministes n’en reprennent le contrôle à la fin du siècle dernier. »


[1] « Le deuxième sexe » – Simone De Beauvoir – Edition Folio
[2] « Le singe nu » – Desmond Morris – Edition Livre de poche (1971) – Edition originale : Johathan Cape (1967)
[3] Thèse aussi défendue par Helen Fisher (The sex contract) qui fait du sein un attribut quasi exclusivement sexuel
[4] Préface d’Elisabeth Badinter : « Le sein, une histoire » – Marilyn Yalom – Edition Galaade – 2010

 


A visionner pour mieux comprendre :
  • « The human sexes » Desmond Morris (en anglais) :

  • Quand les seins envahissent notre quotidien :

A voir et à lire pour aller plus loin :

    • Le Singe nu
      Non, déclare le zoologiste Desmond Morris, nous ne sommes pas une espèce nouvelle née du processus de l’évolution, nous sommes toujours des singes. Et il le démontre. Eliminant les sociétés primitives encore existantes comme étant des « ratés de l’évolution », il observe le singe nu moderne, arboricole, sorti des forêts et devenu carnivore, sous l’angle de la sexualité, de l’éducation, de la combativité et de la recherche du confort (où il assimile hardiment la quête des poux chez les primates aux menus propos mondains dans un effet scientifico-comique irrésistible).Pour élaborer cette thèse originale, il lui a suffi d’étudier le comportement humain dans la même optique que celui des animaux, et en utilisant le même vocabulaire. Le résultat est extraordinaire de précision scientifique, de logique… et d’humour.Quand on se regarde dans une glace, après avoir lu ce livre, on ne se voit plus de la même façon.

 

    • La femme nue
      Le corps de la femme, source de fascination mais aussi d’angoisse, a depuis longtemps été soumis à toutes les transformations imaginables destinées à le rendre plus beau, c’est-à-dire plus conforme aux canons esthétiques du moment. Desmond Morris, explique comment chaque partie de l’anatomie féminine – des cheveux aux pieds, en passant par les joues, les épaules ou encore les hanches – est avant tout le résultat d’une longue évolution, remplissant une fonction biologique mais servant aussi, le plus souvent, de marqueur de l’identité sexuelle. Fort de sa grande expérience en tant qu’observateur de l’animal humain, Desmond Morris mêle les analyses scientifiques aux observations anthropologiques pour mieux déchiffrer le langage mystérieux du corps féminin.

 

  • Le sein, une histoire
    « Quoi de plus immuable que le sein féminin ? N’a-t-il pas toujours eu pour fonction de contenter l’homme et le bébé ? L’histoire qu’en trace Marilyn Yalom est infiniment plus complexe. Du sein divin du Moyen Âge au sein érotique d’Agnès Sorel, du sein domestique du XVIIe siècle au sein politique de Marianne, du sein commercialisé par l’industrie du soutien-gorge au sein rongé par le cancer ou torturé par le piercing du XXe siècle, le sein de la femme a appartenu successivement à l’enfant, à l’homme, au politique, au psychanalyste, au pornographe, au chirurgien esthétique, avant que les féministes n’en reprennent le contrôle à la fin du siècle dernier. Quelle femme aujourd’hui peut se jouer tout à la fois de la mode, de la séduction et de sa santé ? Histoire à suivre pour mieux comprendre le monde dans lequel on vit… «