jeudi, 24 juin 2021

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Les toutes premières lueurs d’intelligence

(votes : 7)
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- 3, 3 millions d’années

evolution-cerveau-pano« Fallait y penser ! »

Et si les premières manifestations d’intelligence que sont les premiers outils n’étaient pas le fait de l’espèce humaine mais d’une autre espèce aujourd’hui disparue ?  Et si cela c’était produit plus de 500 000 ans plus tôt que prévu ! Bref, pas si facile d’y voir clair pour détecter les premières lueurs d’intelligence…

Un petit groupe d’individus assez petits, moins d’un mètre cinquante, au visage proche de celui des chimpanzés mais à la mâchoire plus fine et dotés de mains plus délicates avec un pouce plus long et détaché, s’active sur les bords d’une rivière entourée de buissons et de petits arbres, ce que l’on appelle une forêt-galerie.

cerveau-lueurNous sommes quelque part à proximité du lac Turkana au nord du Kenya actuel, dans une région qui est aujourd’hui semi-désertique.

Certains d’entre eux frappent des cailloux les uns contre les autres. Ils semblent maitriser une technique bien à eux : une pierre est posée sur une autre tandis qu’une troisième tenue dans la main vient la frapper. C’est ce que les spécialistes appelleront bien plus tard la percussion bipolaire.

Le genre « homo » coiffé sur le poteau !

Ces individus ne font pas partie du genre Homo, c’est-à-dire de l’espèce humaine. C’est trop tôt car nous sommes il y a 3 millions 300 000 ans.

Les premiers spécimens du genre Homo, c’est à dire directement apparentés à l’espèce humaine,  n’apparaissent au mieux que vers 2.8 millions d’années. Surtout, jusqu’ici les tout premiers outils connus remontaient à 2,6 millions d’années, soit un écart de 700 000 ans (1). C’est donc une véritable révolution !

Ce sont donc des hominidés mais d’une autre espèce, des australopithèques (australopithecus afarensis, comme Lucy) probablement voire peut-être une espèce nouvelle qui divise actuellement les scientifiques (1), Kenyenthropus Platyops, proche toutefois de Lucy !

Une habileté pas si évidente à maîtriser

S’ils ne relèvent pas de notre lignée, ils manient pourtant les tout premiers « outils » de l’Histoire. Avec leurs percuteurs et enclumes, ce sont les inventeurs de la technologie ; mieux, sans doute les tout premiers à être dotés de l’intelligence et à s’en servir…pour probablement débiter la viande !

Cela peut nous sembler anodin voire trivial, à l’heure du maniement de la souris et du clavier, mais leur manipulation est loin d’être aussi simple qu’elle n’y parait.

Pour réaliser ces éclats, « il fallait une connaissance des angles, un maîtrise de sa propre force. Les roches ont été sélectionnées, il y a eu apprentissage, une transmission de la fabrication, » comme l’explique Sonia Harmand, chercheuse au CNRS, à l’origine de la découverte du site (2). « Enfin, nos ancêtres ont fabriqué des éclats tranchants en grande quantité, il y avait un contrôle de la production ».

Difficile de trouver des traces d’outils plus anciennes

Il est possible que l’on puisse trouver des traces d’utilisation d’outils encore plus anciennes mais l’exercice va devenir difficile, pour 2 raisons :
- la première, c’est que les toutes premières pierres à être taillées sont peut-être plus petites ou les éclats moins évidents à distinguer d’une pierre lambda sujette à l’érosion naturelle,
- la seconde, c’est qu’on se rapproche peu à peu de la manière dont les grands singes cassent des fruits avec des pierres.

Il faut se faire une raison, et c’est le scoop, les tout premiers signes d’intelligence ne seraient pas à attribuer à l’espèce humaine mais à une espèce voisine. Avouons-le, c’est tout de même rageant, si près du but ! Enfin, un demi-million d’années au bas mot d’écart, tout de même !

Publié le 20 février 2016

 Les 5 filiations connues

1 – Austrlopithecus garhi (nord-est de l’Ethiopie), doté d’un gros crâne mais d’un petit cerveau ;
2 – Paranthropus boisei (Afrique de l’est), denture et musculature imposante mais petit cerveau ;
3- Paranthropus robustus (Afrique du sud), identique aux précédents sans probablement de liens, et toujours un petit cerveau ;
4 – Australopithecus africanus (Afrique du sud), plus gracile, marcheur et grimpeur mais encore un petit cerveau ;
5 – Genre homo (Afrique de l’est), plus petit, marcheur et coureur mais ne grimpant plus et cerveau plus développé et mieux irrigué


Les pré-humains

hominidés

Entre 4 et 3 millions d’années, dans différentes régions d’Afriques, se rencontrent différentes espèces de pré-humains dits intermédiaires. Ils sont plus grands que leurs congénères plus anciens, le volume de leur cerveau reste modeste. Ils pratiquent la double locomotion même si certains comme Lucy ont inventé la bipédie exclusive (3).

 

Ils ouvrent la voie à l’espèce humaine qui fait son apparition, peu après 3 millions d’années à la faveur d’un nouveau changement climatique, plus sec.

  • Abel, Australopithecus bahrelghazali (Tchad), 3.5 millions d’années
  • Australopithecus anamensis (Kenya et Ethiopie), 4 millions d’années
  • Australopithecus afarensis (Lucy et Selam), 3,2 et 3,4 millions d’années
  • Kenyanthropus platyops (Kenya), 3.5 millions d’années
  • Australopithecus prometheus (Afrique du sud), 3,7 millions d’années.

1 – Découverte majeure d’une équipe franco-américano-kenyane – Le Monde 21 mai 2015
2 –
« Au Kenya, l’énigme des premiers outils » – Le Monde Science et techno – 5 janvier 2016
2 -  « Devenir humains » – Yves Coppens et collectif – Ed. Musée de l’homme / Autrement – Collection Manifeste


A visionner pour mieux comprendre :

Nota : vidéo réalisée avant la découverte des premiers outils du Turkana

Les tout premiers seins

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Vers – 2 millions d’années

Célébrités posant pour le calendrier Pirelli

Les seins, quels pieds !

Il ne faut pas confondre seins et glandes mammaires. Rendons-nous à l’évidence, les seins sont une spécificité du genre humain. En effet, hormis quelques singes comme les bonobos, parmi les mammifères qui sont tous dotés des glandes mammaires, les humains, – et en l’espèce les humaines – sont les seuls à arborer une belle poitrine.

Alors pourquoi ce traitement de faveur ?

Tout d’abord, une petite leçon de choses : les glandes mammaires remplissent une fonctionnalité d’allaitement. Elles sont donc gonflées uniquement durant la période d’allaitement. En dehors de celle-ci, elles apparaissent parfaitement plates. D’ailleurs, chez les primates les glandes mammaires ne se développent jamais avant la première fécondation sauf chez la femme. En revanche, le sein, dont la fonction primaire est identique, est composé de graisse. C’est à cette graisse, englobant la glande mammaire, que l’on doit cette forme ronde qui fait tourner tant de têtes, n’en déplaise à Simone de Beauvoir qui affirme[1] : « les seins, les fesses, la femme peut en faire l’ablation sans inconvénient à n’importe quelle période de sa vie. »

Grâce à cette plastique si particulière et à son positionnement « haut perché », ce sein serait chargé d’une autre mission : stimuler l’appétit sexuel des mâles. C’est ici qu’intervient une autre notion, la bipédie.

Mais quel rapport entre les pieds et les seins ?

Théophile Gautier a écrit : « les seins, deux mappemondes que l’on porte devant soi comme un second fessier ». Et voilà, nous y sommes. Les seins et les fesses seraient donc unis comme frère et sœur pour accrocher le cœur des hommes.

Tout cela ne date pas d’hier. Pour les mammifères lambda qui se déplacent à 4 pattes, leur ligne d’horizon sont les fesses de leur partenaires situées devant eux. Durant la période de fertilité, la vulve de certaines femelles affiche même des signes extérieures pour aguicher le mâle.

Il n’en va pas de même pour ceux qui pratiquent presque exclusivement la bipédie. Les fesses sont situées bien trop bas pour les émoustiller. D’où progressivement la mise en valeur des seins, par la sélection naturelle, plus à même d’accrocher le regard du futur compagnon et d’assurer ainsi la pérennité de l’espèce. De même, pour mieux arborer leurs atours naturels, les femelles deviennent moins poilues, mettant en évidence, seins, bouche (disparition de la barbe) et même les yeux. Le zoologue et éthologue Desmond Morris [2], très décrié par les féministes, observe que les seins de femmes sont bien moins efficaces pour donner la tétée que comme stimulant sexuel[3].

Ainsi, cette transformation, qui va aboutir à une sexualité permanente, ne serait, selon certains spécialistes, que la conséquence d’autres transformations : augmentation de certaines hormones et la fameuse bipédie.

Les seins, le choix de la date !

C’est là que le bas blesse. Actuellement, on ne peut avancer aucune date précise sur l’apparition des seins. On sait cependant que la bipédie est apparue voici probablement 6 millions d’années avec Orrorin, un hominidé découvert en 2000 au Kenya. Elle devient un moyen de locomotion usuel vers 4 millions d’années, comme l’atteste la plus ancienne trace de bipédie : des empreintes d’un adulte accompagné d’un enfant qui marche sur ses pas (3,6 millions d’années, Laetoli/Tanzanie)[2]. Mais, c’est à partir de l’ l’Homo Ergsaster, apparu il y a 1,9 million d’années, que pour la toute première fois la bipédie semble maitrisée.

Si la démarche prend de l’assurance, permettant même, pour la toute première fois, de passer du mode marche au mode course !, rien ne dit que les seins en profitent pour prendre de la consistance…et sauver les apparences.

La déesse (Judée – 750-620 av. JC.) exhibe fièrement ses seins, symbole de fécondité et d’attrait sexuel.

A quels seins se vouer ?

Si l’on ignore encore à quel moment la poitrine commence vraiment à pointer, une chose est sûre, celle-ci figure dans des représentations picturales, il y a 30 000 au Gravettien. Depuis, les seins n’ont cesse de subjuguer nos esprits. Objet de toutes les convoitises, ils représentent souvent notre tout premier contact avec l’extérieur au moment de notre naissance et notre seul moyen de survie à cette période, du moins jusqu’à récemment. Comme le décrit si justement Elisabeth Badinter [4] : « le sein de la femme a appartenu successivement à l’enfant, à l’homme, à la famille, au politique, au psychanalyste, aux commerçants, au pornographe, au médecin, au chirurgien esthétique, avant que les féministes n’en reprennent le contrôle à la fin du siècle dernier. »


[1] « Le deuxième sexe » – Simone De Beauvoir – Edition Folio
[2] « Le singe nu » – Desmond Morris – Edition Livre de poche (1971) – Edition originale : Johathan Cape (1967)
[3] Thèse aussi défendue par Helen Fisher (The sex contract) qui fait du sein un attribut quasi exclusivement sexuel
[4] Préface d’Elisabeth Badinter : « Le sein, une histoire » – Marilyn Yalom – Edition Galaade – 2010

 


A visionner pour mieux comprendre :
  • « The human sexes » Desmond Morris (en anglais) :

  • Quand les seins envahissent notre quotidien :

A voir et à lire pour aller plus loin :

    • Le Singe nu
      Non, déclare le zoologiste Desmond Morris, nous ne sommes pas une espèce nouvelle née du processus de l’évolution, nous sommes toujours des singes. Et il le démontre. Eliminant les sociétés primitives encore existantes comme étant des « ratés de l’évolution », il observe le singe nu moderne, arboricole, sorti des forêts et devenu carnivore, sous l’angle de la sexualité, de l’éducation, de la combativité et de la recherche du confort (où il assimile hardiment la quête des poux chez les primates aux menus propos mondains dans un effet scientifico-comique irrésistible).Pour élaborer cette thèse originale, il lui a suffi d’étudier le comportement humain dans la même optique que celui des animaux, et en utilisant le même vocabulaire. Le résultat est extraordinaire de précision scientifique, de logique… et d’humour.Quand on se regarde dans une glace, après avoir lu ce livre, on ne se voit plus de la même façon.

 

    • La femme nue
      Le corps de la femme, source de fascination mais aussi d’angoisse, a depuis longtemps été soumis à toutes les transformations imaginables destinées à le rendre plus beau, c’est-à-dire plus conforme aux canons esthétiques du moment. Desmond Morris, explique comment chaque partie de l’anatomie féminine – des cheveux aux pieds, en passant par les joues, les épaules ou encore les hanches – est avant tout le résultat d’une longue évolution, remplissant une fonction biologique mais servant aussi, le plus souvent, de marqueur de l’identité sexuelle. Fort de sa grande expérience en tant qu’observateur de l’animal humain, Desmond Morris mêle les analyses scientifiques aux observations anthropologiques pour mieux déchiffrer le langage mystérieux du corps féminin.

 

  • Le sein, une histoire
    « Quoi de plus immuable que le sein féminin ? N’a-t-il pas toujours eu pour fonction de contenter l’homme et le bébé ? L’histoire qu’en trace Marilyn Yalom est infiniment plus complexe. Du sein divin du Moyen Âge au sein érotique d’Agnès Sorel, du sein domestique du XVIIe siècle au sein politique de Marianne, du sein commercialisé par l’industrie du soutien-gorge au sein rongé par le cancer ou torturé par le piercing du XXe siècle, le sein de la femme a appartenu successivement à l’enfant, à l’homme, au politique, au psychanalyste, au pornographe, au chirurgien esthétique, avant que les féministes n’en reprennent le contrôle à la fin du siècle dernier. Quelle femme aujourd’hui peut se jouer tout à la fois de la mode, de la séduction et de sa santé ? Histoire à suivre pour mieux comprendre le monde dans lequel on vit… « 

Les tout premiers vêtements

(votes : 21)
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- 114 000 ans

Poux dans la tête et puce à l’oreille !

 

A force de tirer les vers du nez aux moindres fossiles et de chercher les poux partout, jusque dans l’ADN, eh bien, on finit par avoir la puce à l’oreille…quant à l’apparition des vêtements.

C’est effectivement en déterminant la date de scission entre les poux de la tête (pediculus humanus capitis) et ceux du corps (pediculus humanus corporis), que les scientifiques sont parvenus, indirectement, à évaluer la date d’apparition des tout premiers vêtements.

Cette scission entre les deux types de parasites se serait produite, il y a environ 190 000 ans. Elle est la marque d’une différentiation écologique liée à l’usage fréquent des premiers vêtements. Ceux-ci seraient donc apparus entre 190 000 et 170 000 ans. C’est-à-dire, dès le début de l’apparition de l’Homo sapiens dont la naissance est fixée entre 160 000 et 200 000 ans.

Car les poux de tête n’auraient, selon les spécialistes, aucune prédisposition à se nicher dans les vêtements, et en seraient mêmes incapables; tandis que ceux du corps prendraient un malin plaisir à se lover dans les plis des vêtements.

Cette mutation entre les deux espèces de poux se serait opérée en quelques générations seulement. Elle témoigne ainsi d’un changement de mode de vie clé chez nos ancêtres, troquant leur « tenue vestimentaire native» basée jusqu’ alors exclusivement sur les poils pour les tout premiers habits de l’histoire.

L’Homo sapiens partagera probablement avec son concurrent, l’homme de Néandertal, ce nouvel équipement.

Ainsi dotés d’une nouvelle parure, nos ancêtres vont pouvoir quitter le sol africain, leur berceau, pour migrer vers des contrées au climat moins clément. Si l’habit ne fait pas le moine, il fera, en revanche, le bonheur du voyageur.

 


 Une avancée de près de 100 000 ans

En 2003, une première analyse, reposant sur l’ADN mitochondrial, réalisée par des chercheurs allemands du Max Planck Institut for Evolutionary Anthropology de Leipzig (Allemagne) avait démontré, grâce à une investigation génétique sur des variétés de poux, que l’invention des vêtements était une innovation africaine datant de 70 000 ans environ ; donc relativement récente. Les nouvelles révélations abordées ici, basées cette fois sur des prélèvements d’ADN nucléaire, avancent cette date de 100 000 ans.


A visionner pour mieux comprendre : l’homme de Néandertal, qui était-il ?
 
 

 

 

Le tout premier homme moderne

(votes : 60)
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- 200 000 ou 300 000 ans

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« Tu seras un homme, mon fils »

« Qu’est-ce que l’homme dans la nature ?, s’interroge Blaise Pascal, un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout.»

Ce « juste milieu », qui hélas ne se révélera pas toujours le Juste du milieu, fait ses tout premiers pas il y a au moins 200 000 ans; peut-être même 300 000 ans selon une découverte récente qui bouleverse l’histoire « d’Homo sapiens »(1). Il sera baptisé bien plus tard par ses pairs, dotés comme lui d’un cerveau de 1400 cm3, d’Homo sapiens (3) ce qui signifie « homme sage ».

Mais en quoi se distingue cet homme qualifié de moderne de ses ancêtres et autres congénères ?

C’est la question que se pose Ivory, l’un des protagonistes du roman « Le Premier Jour » de Marc Lévy : « Le premier homme est-il vraiment celui qui s’est dressé pour marcher debout ? Est-il celui qui a décidé de tailler le bois et la pierre pour s’en faire des outils ? Le premier qui a pleuré la mort d’un proche, prenant conscience que sa propre fin était inéluctable ? Le premier à croire en une force qui lui était supérieure ou, peut-être, le premier à exprimer ses sentiments ? … »

Un long parcours qui a commencé il y a 25 millions d’années

Une chose est sûre, pour acquérir le titre d’homme moderne –et celui d’homme sage-, cela n’a pas été un parcours de santé !

Tout a commencé, il y a 25 millions d’années lorsqu’un groupe de singes se distingue des autres avec une différenciation au niveau du crâne et des mains qui préfigurent les nôtres.

Cependant les choses sérieuses débutent vraiment il y a 7 millions d’années.  Au Tchad, avec Toumaï, puis Orrorin (-6 millions d’années), ils sont les plus anciens hominidés connus (voir encadré).

Evolution du volume du cerveau depuis l'Homo habilis

Evolution du volume du cerveau depuis l’Homo habilis

Le genre Homo, quant à lui, apparaît il y a environ 2, 5 millions d’années, avec l’Homo habilis. C’est le début d’une longue lignée qui mènera jusqu’à nous.

A l’Homo habilis lui succéderont l’Homo ergaster (-2,3 millions d’années), originaire d’Afrique, l’Homo erectus (-1,8 millions d’années en Asie), l’Homo heidelbergensis (-700 000 ans), l’Homme de Neandertal (-250 000 ans) et enfin, le fameux Homo sapiens dont la date de naissance était jusqu’ici estimée entre -160 000 et – 200 000 ans mais dont la découverte du site de Djebel Irhoud pourrait repousser sa naissance de 100 000 ans, la propulsant à 300 000 ans.

En réalité, cette notion de succession n’est pas exacte car les espèces ont cohabité. Ce fut le cas de l’Homo habilis et de l’Homo ergaster ou encore de l’homme de Néandertal et del’Homo sapiens. Sans parler de l’Australopithèque – dont fait partie la célèbre Lucy-, à mi-chemin entre le singe et l’homme, qui a partagé les sorts de l’Homo habilis à celui d’Homo erectus avant disparaitre corps et biens.

Un bien bel équipement !

L’Homo sapiens des origines dispose d’un cerveau  comparable en volume au nôtre (environ 1400 cm3). Il est bien plus performant que celui des autres primates. Il ne fait pas encore de distinction entre les objets inanimés et la nature. Il considère que tout est vivant, avec comme corollaire, une prise de conscience de la mort qui va le conduire jusqu’à enterrer les siens. Le chien est déjà son meilleur ami et il n’hésite pas à jouer avec. C’est un compagnon de voyage qui l’accompagnera au cours de ses périples, en Europe ou au Moyen Orient.

Ces premiers humains ont donc beaucoup de points de ressemblance avec nous. « Leur visage n’était pas très différent de celui de n’importe qui dans le métro » affirme Jean-Jacques Hublin (2) de l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste de Leipzig et du Collège de France, mais aussi découvreur des fossiles du site marocain repoussant l’âge d’Homo Sapiens à 300 000 ans (cf encadré ci-dessous).

Ces premiers hommes n’ont pas encore la notion de possession. Lors de leurs déplacements qui les conduisent, il y a 60 000 ans, vers l’Europe et l’Asie occidentale, ils s’encombrent du strict nécessaire : des outils, des armes, des vêtements. Auxquels s’ajouteront, comme l’écrit Jacques Attali, des connaissances, des langues, des rites, des histoires, bref toute une culture.

Quand j’entends le mot culture, je tire…ma révérence !

Un bardât qui deviendra de plus en lourd à porter mais indispensable pour résister à une nature qui, elle, au contraire des humains, continuera à ne faire aucun sentiment.

Homo habilis versus homo sapiens

Portrait à qq millions d’années d’intervalle ! (voir « A lire et tester »)

C’est peut-être ce bagage culturel qui fera la différence face à d’autres espèces d’hommes comme l’Homme de Neandertal qui, lui, finira par s’éteindre au moment où apparait l’homme de Cro-Magnon.

Celui-ci pointe son nez, il y a 35000 ans. Tout dernier modèle de la « série Homo », il se voit équiper des toutes dernières innovations que l’on va retrouver chez nous !

L’évolution vers l’homme actuel n’a pas été un long fleuve tranquille. Comprendre comment ont évolué les espèces d’Homo les unes vers les autres demeure encore à bien des égards mystérieux, d’autant que plusieurs espèces d’Homo ont cohabité comme la le prouve la toute dernière découverte avec Homo luzonensis qui vivait aux Philippines voici plus de 50 000 ans.

En revanche, nous avons la certitude que depuis 30 000 ans, pour la toute première fois, une seule espèce d’Homo peuple la Terre : la nôtre.

 

mis à jour le 12 avril 2019

Etes-vous plutôt Arche de Noé ou Chandelier ?

Actuellement, deux théories s’affrontent pour expliquer l’évolution humaine.

Celle dite du « chandelier » qui avance que l’homme moderne serait le fruit d’évolutions picorées à la fois chez l’Homo ergaster en Europe et chez l’Homo erectus en Asie.

Et la théorie davantage étayée, dite « de l’arche de Noé » qui fait de l’Afrique l’unique berceau de l’humanité, avant une migration sur l’ensemble de la planète.


Vous avez dit Hominidé ?

Brève explication pour ne pas se perdre dans la jungle des désignations de nos ancêtres qui ont jalonné ce que l’on nomme la préhistoire :

  • Les hominidés comprennent l’homme actuel, ses ancêtres mais aussi les gorilles et les chimpanzés. Dans la classe des mammifères, il s’agit de la famille issue de l’ordre des primates en mesure de se mouvoir entièrement ou en partie grâce à leurs 2 jambes, de pratiquer une vie sociale et d’être capables de fabriquer des outils;
  • les homininés représentent une sous famille de la précédente. Elle inclut la lignée qui conduit à l’homme actuel depuis l’australopithèque apparu il y a 4 millions d’années, dont la célèbre Lucy (3,2 millions d’années) ;
  • Le genre Homo désigne toutes les espèces de la lignée humaine dont la première est l’Homo habilis apparu, il y a 2,5 millions d’années, environ et la dernière l’Homo sapiens, le premier homme moderne apparu en Afrique, il y a donc au moins 200 000 ans, peut-être même 300 000 ans.

 Connaissez-vous bien la famille ?

homo-sapiens-et-neandertal_la famillle

  • Homo habilis signifie homme habile. Il a vécu en Afrique de l’Est et du sud entre 2,5 millions d’années et 1,5 million d’années (Ma);
  • Homo ergaster (homme qui se déplace) apparait en Afrique, il y a plus de 2 millions d’années. Il va migrer vers l’Asie. Il évoluera en Homo erectus (homme debout) vers 1,8 million d’années pour s’éteindre 300 000 ans avant notre ère. Omnivore, on lui attribue la maîtrise du feu;
  • Homo heidelbergensis pourrait être selon certains scientifiques l’ancêtre commun à l’Homo sapiens et à l’Homme de Neandertal. Il vit en Afrique et en Europe entre 700 000 ans et 200 000 ans avant notre ère; 
  • Homme de Neandertal fait son apparition il y a 250 000 ans pour disparaitre il y a 30 000 ans. Il cohabitera donc avec l’Homo sapiens . Il vivra en Europe et au Moyen-Orient et sera le tout premier à enterrer ses morts.
  • Homo sapiens entre en scène il y a sans doute 300 000 ans  en Afrique, voyagera et atteindra l’Europe, il y a près de 40 000 ans. Il sera alors connu sous le nom de l’homme de Cro-Magnon.
  • Homo floresiensis, ou Homme de Florès, espèce (spécifique ?)  de petite taille découverte en 2003 en Indonésie, ayant vécu entre – 95 000 ans et – 12 000.
  • et le dernier en date,  Homo luzonensis qui vivait sur l’île de Luçon, aux Philippines, il y a entre 50 000 et 67 000 ans. Il était sans doute petit mais plus grand que l’Homme de Florès et probablement à la fois bipède et arboricole. Il ne serait pas l’ancêtre direct de l’homme moderne mais plutôt une espèce voisine. Quoi qu’il en soit, avec cette nouvelle découverte publiée en 2019, notre famille s’agrandit.  

Les hobbits sont-ils des hommes de Florès ?

Bilbo, le Hobbit, a-t-il un lien de parenté avec l'homme de Florès ?

Bilbo, le Hobbit (4) ressemble par sa petite taille à l’homme de Florès, découvert en 2003 sur l’ile de Florès en Indonésie.

Nous avons à faire à des individus de petit gabarit, 1 mètre environ et une trentaine de kilos, connus que sur cette île. Cette espèce, (s’il s’agit bien d’une espèce en tant que telle),  descendrait directement de l’homo habilis, voire de l’homo erectus.

Malgré un cerveau de la taille d’un pamplemousse, l’Homme de Florès n’en a pas moins fabriqué des outils et maitrisé le feu.

De là à lui conférer des pouvoirs et un destin exceptionnels à la Bilbon Sacquet, le Hobbit de Tolkien, cela revient à nous compter « florès »…


Coup de vieux pour le premier jeune homme !

jean-jacques-hublin-Decouverte-homo-sapiens-Maroc

Le Maroc pourrait être le berceau de l’humanité.

La découverte du site de Djebel Irhoud déplace nos origines vers le Nord-Ouest du continent africain (jusqu’ici situé en Afrique du sud et de l’est).
Surtout, cela repousse de 100 000 ans les tout premiers pas de nos ancêtres directs. Même si, comme le souligne l’anthropologue Jean-Jacques Hublin « bien malin qui pourrait donner un point d’origine (2) à notre espèce. »

Le site Djebel Irhoud  est situé entre Marrakech et l’océan Atlantique. Là, vont être exhumés, année après année, au total 5 individus dont un ado et un enfant de 7 à 8 ans.

Les datations laissent penser que l’ensemble des fossiles remonte à environ 315 000 ans (avec une marge d’erreur de 10 %) même si certains scientifiques réfutent cette datation.

Pour Yves Coppens « C’est une très belle découverte qui semble confirmer un foyer africain pour l’origine humaine » (2).

 


1 – Découverte par l’équipe de Jean-Jacques Hublin de 5 fossiles sur le site marocain de Djebel Irhoud.
2 – Citation dans « Le Monde » du 7 juin 2017, article par Hervé Morin.
3-
Depuis 2003, l’homme de Neandertal et l’Homo sapiens sont considérés comme deux espèces différentes, il n’y a donc plus de raison de parler de l’homo sapiens sapiens. En revanche, le terme d’Homo sapiens archaïque est parfois utilisé pour désigner les premiers homo sapiens, avant – 35 000 ans.
4 – Référence au Film sorti fin 2012 « Le hobbit : un voyage inattendu », premier volet d’une trilogie issue de l’oeuvre de J.R.R Tolkien.


A visionner pour mieux comprendre :

https://youtu.be/pJtvG8lP5cc

 

 


A lire ou à tester pour aller plus loin :

  • L’Homme premier. Préhistoire, évolution, culture de Henry de Lumley, directeur du Muséum d’Histoire Naturelle et du Musée de l’Homme. Il a une connaissance passionnée de la préhistoire et sait mettre tout son enthousiasme à la faire partager. Simple, richement illustré, ce livre permet de découvrir la préhistoire et offre une vision inattendue d’un passé si lointain, de lieux si différents, et pourtant si proches.
  • La Grande Histoire des premiers hommes européens De site en site, de la Géorgie à l’Italie et à l’Espagne, de la France méridionale à celle du Nord, voici une invitation à marcher sur les traces des premiers Européens. À chaque pas, c’est une étape de l’évolution que l’on découvre.
  • L’homme, cet étrange animal de Jean-François Dortier, sociologue et fondateur du magazine Sciences Humaines.  Un étrange animal est apparu sur terre il y a deux millions d’années, avec l’Homo habilis. Il s’’est mis à parler, à fabriquer des outils, à produire des oeœuvres d’’art, à enterrer ses morts et à inventer des dieux. Comment expliquer l’’émergence de ces comportements nouveaux ?  Les recherches sur les cultures animales, l’’émergence du langage, l’’évolution du cerveau, les origines de l’’art et de la religion renouvellent constamment la question du « propre de l’’homme ».
  • Un portrait de vous, comme si vous étiez un Homo habilis, cela vous tente ? Rendez-vous sur le photomaton de l’époque!

Les tout premiers navigateurs

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Posté par fabrice
 

- 130 000 ans

Odyssée d’une espèce en voie d’apparition

 

 

Bravant les mers sur des embarcations de fortune constituées probablement de bois ou de végétaux, des hommes débarquent dans une baie balayée par les vents sur la côte sud de la Crète. Endroit qui deviendra, 130 000 ans plus tard, la station balnéaire de Plakias.  

Le début de la conquête des mers

Ces hommes téméraires sont considérés actuellement comme les tout premiers navigateurs de l’histoire et aussi les premiers colonisateurs insulaires. Plus de 100 000 ans plus tôt que les dates évoquées jusqu’à présent par les historiens.

Les outils des premiers navigateurs

Cette nouvelle, qui bouleverse autant « l’histoire de la marine » que celle du peuplement des îles de la Méditerranée, est le fruit de campagnes de fouilles conduites en 2008 et 2009 par une équipe américano-grecque[1]sur la côte sud de la Crête. Elle va conduire à la découverte d’outils, – bifaces, hâches, racloirs, burins… – dont la datation indirecte, grâce aux couches sédimentaires où reposaient ces outils, fait remonter leur origine à 130 000 ans, voire plus, et même, peut-être beaucoup plus.

Entre mers et terre

Qui sont ces tout premiers navigateurs ? Des Hommes de Neandertal, des Homo sapiens ? En tout cas des hominidés, mais ensuite le mystère demeure. D’autant que, s’il s’agissait de Sapiens, cela nécessiterait de revoir les théories actuelles qui voient l’Homo Sapiens quitter le berceau Africain, où il est né il y a un peu moins de 200 000 ans, il y a seulement 60 000 ans pour migrer vers l’Europe et l’Asie. Cela remet également en question, le peuplement de l’Europe qui aurait peut-être emprunté une voie maritime alors qu’on l’imaginait exclusivement terrestre.

S’il s’avérait, comme certains le supposent, que ces objets soient encore plus anciens en remontant à plusieurs centaines de milliers d’années, dans ce cas, il faudrait se tourner vers des ancêtres plus lointains comme l’Homo erectus. Cela signifierait que ces ancêtres éloignés avaient déjà le pied marin ! En effet, comme la Crète s’est séparée du continent voici plus de 5 millions d’années et qu’aucune baisse suffisante du niveau des mers [2] depuis n’ait permis de rejoindre cette île les pieds secs, seuls des navigateurs capables de voguer sur des dizaines de km en haute mer - et même sur 200 km s’ils étaient partis des côtes Libyennes, scénario improbable - pourraient expliquer cette situation.

Les premiers loups de mer

Jusqu’ici, le titre de Premiers navigateurs avérés était attribué à des Sapiens qui ont accosté l’Australie, voici 60 000 ans, au moment même de l’émergence du langage. Car, en effet, au-delà de la prouesse technique, ces traversées témoignent d’un niveau d’organisation sociale et de communication déjà élaborée, sans parler de la capacité de se projeter vers l’inconnu.

Pour Jean-Marie Hombert du laboratoire dynamique du langage, au CNRS-Université de Lyon, les premières traversées maritimes figurent comme un marqueur du niveau de sophistication de la langue [3]. Cependant, avec ces navigateurs très précoces, il y a « un loup » tant dans le raisonnement  que dans la chronologie et, ce n’est  pas uniquement un vieux loup de mer !

Quoi qu’il en soit, entre ces conquérants des mers qui ont parcouru leurs premiers kilomètres en haute mer et ceux de Groupama 3 qui en ont avalé plus de 45 000 km en réalisant le tout premier tour du monde en moins de 50 jours [4], il y a  un point commun malgré les milliers d’années qui les séparent : le même goût de l’aventure et de l’appel irrépréssible du large.


(1) Equipe menée par Thomas Straser du Providence College du Rhode Island des Etats-Unis et Eleni Panagopoulou, directrice de la paléoanthropologie et de la spéléologie de la Grèce du sud.
(2) Il y a 21 000 ans, le dernier maximum glaciaire n’a engendré qu’une baisse de 100 mètres du niveau de la mer.
(3) Cité dans Le Monde du 22 janvier 2011, article de Pierre Le Hir.
(4) Trophée Jules Verne remporté par Franck Cammas et ses 9 co-équipiers sur Groupama 3, le 20 mars 2010 après 48 jours, 7 heures 44 minutes, 52 secondes de mers à la vitesse moyenne de près de 19 nœuds.


 
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