jeudi, 24 juin 2021

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Le tout premier récit érotique

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Posté par fabrice
 

Environ 2000 ans avant notre ère

Les préliminaires de la littérature

 

«Le voici, femme! / Défais ta boucle / Dévoile tes charmes / Ne recule pas, excite sa convoitise!». 

L’épopée de Gilgamesh, dont sont issus les quelques vers ci-dessus,  fait figure d’ouvrage fondateur de la littérature. Certains de ces vers annoncent les  prémisses de la littérature érotique. On y évoque la mort, l’amitié mais aussi le désir charnel et l’amour physique.

La littérature érotique, bien que remontant à la nuit des temps comme en témoigne l’Epopée de Gilgamesh (voir encadré ci-dessous), récit considéré aussi et surtout comme la toute première œuvre de l’humanité, reste le parent pauvre de l’Histoire de la littérature. Et pourtant cette littérature jalonne notre histoire.

Le récit érotique : une floraison précoce

Gilgamesh : illustration de Serge Creuz (c)

Elle débute avec cette Epopée de Gilgamesh, il y a  4000 ans. Mais qu’il s’agisse d’Aristophane au Vème siècle av.J.-C   avec Lysistrata (1),  de Lucien de Samosate  avec les « Dialogues des courtisanes » (-150 – 180), publié en France seulement en 1582, des Genji japonais voici 1000 ans, ou plus récemment les Ragionamenti, propos d’une prostituée,  de Pierre l’Arétin (né en 1492), sans parler évidemment de Sade ou de Bataille, force est de constater que la littérature érotique fleurit à toutes les  époques.

Au fil de cette littérature érotique,  si le désir y est abordé comme un des moteurs de l’Histoire, en Inde, les Upanishads  dont les premiers écrits remontent  au VI ème siècle av. J.-C.,  à contrario, pourfendent le désir dans une logique de refus.

 

L’école du désir

Alors, Faut-il ou non succomber au désir ? Deux écoles ou deux visions du monde s’affrontent déjà tandis que la civilisation entame ses premiers pas sur le long chemin des récits d’amours.

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Et puisqu’on parle d’écoles, « L’école des filles » publiée en 1655 par un auteur inconnu est considéré comme l’un des tout premiers ouvrages libertins voire pornographiques en langue française. Il sera suivi quelques années plus tard de « l’ Académie des dames ». 

Rédigeant ces récits à leurs risques et périls, les auteurs de l’époque font surtout œuvre de pédagogie. On peut les aborder à la manière de manuels d’éducation sexuelle présentant les étapes successives des plaisirs, de la masturbation à la défloration en passant par la sodomie, un incontournable de l’époque.

Comme l’explique Suzanne, l’héroïne mariée et émancipée de « l’Ecole des filles », faisant l’éducation de sa cousine Fanchon « L’amour excuse tout : il n’y pas de paroles sales à dire entre deux amants qui se baisent et ont à se chevaucher l’un l’autre », et fait l’éloge, auprès de sa prude cousine, « des petites coyonneries qui plaisent toujours et ne laissent pas de chatouiller ».

Ces livres qu’on lit que d’une main !

En fait, l’idée d’éditer des livres érotiques « chatouille » quelques auteurs depuis le XVIème siécle comme celui qui fit scandale en Italie, en 1524, » I Modi » illustrant 16 positions et pratiques sexuelles. Le siècle suivant laissera encore davantage vagabonder la littérature érotique en Europe dont la plupart des ouvrages sortira des presses d’Amsterdam.

A ces livres qu’on ne lit que d’une main, pour reprendre la formule de Rousseau, succèderont une littérature romantique renouant davantage avec les sentiments.  Mais, plus tard, la presse pornographique dont on connaît le succès va reprendre la main.

L’inexorable dérive des sentiments !


L’Epopée de Gilgamesh : un récit fondateur

Si l’on considère que l’Epopée de  Gilgamesh est le premier phénomène littéraire de l’histoire, comportant comme on l’a vu des épisodes érotiques, il s’agit avant tout d’un récit fondateur qui aura inspiré de nombreux passages de l’Ancien Testament (Thora) comme le Déluge.  

Issue d’une tradition orale qui se perd dans la nuit des temps, L’épopée de Gilgamesh est la toute première œuvre littéraire que nous connaissons. Y est utilisée l’écriture cunéiforme, le tout premier système d’écriture de l’humanité inventé par les Sumériens, voici près de 6000 ans.

Son histoire est elle-même une épopée puisque la constitution de cette oeuvre va s’échelonner sur près de 2 millénaires. Une première version date de 2300 ans avant J.-C. tandis que celle que nous connaissons, dite version standard, plus complète et unifiée provient de la bibliothèque du roi Assyrien Assurbanipal et date de 1200 avant J.-C.

Fragments des tablettes d’argiles relatant l’Epopée de Gilgamesh

Elle se présente sous forme de 11 tablettes d’argiles gravées en Akkadien, auxquelles s’est ajoutée une 12 ème tablette ultérieurement.
Composé de près de 3000 vers, ces tablettes relatent les hauts faits du roi de la ville d’Uruk en Mésopotamie.

Souverain d’Uruk, Gilgamesh (qui aurait régné  en 2650 av. J.-C.) est né de parents illustres qui le rendent « aux deux-tiers divin ». Au début, Gilgamesh abuse de sa force et de son pouvoir ; il est tyrannique avec les hommes et les femmes de son peuple,  pour répondre aux plaintes des habitants d’Uruk, les Dieux  décident de créer un adversaire à sa taille pour le modérer :  Enkidu.

Celui-ci vit en dehors de la civilisation parmi les bêtes, comme un sauvage. Enkidu va être initié à l’amour et progressivement conduit vers la ville et la civilisation. C’est de son combat contre Gilgamesh, sans vainqueur ni vaincu, que va naître leur alliance. Cependant, Enkidu  encourageant finalement la démesure de Gilgamesh plutôt que de le modérer, va être châtié par les Dieux et meurt.

Cette tragédie bouleverse Gilgamesh l’amenant à quitter son royaume et le poussant vers une quête du savoir. Après maintes péripéties, il cherche, grâce à l’un des survivants du Déluge, l’origine de l’univers et l’immortalité (en vain). Finalement, Gilgamesh rentre dans son royaume enfin assagi et ayant pris conscience de ses limites.

A travers ces épreuves, Gilgamesh a  appris le renoncement, la sérénité et la volonté d’être un monarque au service de son pays et de ses dieux. Le tout premier happy end de l’histoire ! 


Mommy porn : Maître pour maîtresse de maison

Depuis l’Epopée de Gilgamesh qui ouvre la voie au récit littéraire tout y introduisant une pointe d’érotisme, voici qu’une nouvelle étape dans l’épopée de la littérature érotique déjà florissante vient d’être franchie. « Le mommy porn », autrement dit le porno pour mamans, envahit les chaumières américaines.

Mommy porn ? C’est le surnom donné par le New York Times (3) à ce nouveau genre littéraire visant à stimuler la maîtresse de maison, au sens propre comme au sens sadien du terme !

A l’origine de ce phénomène qui, aux Etats-Unis, fait vibrer autant la ménagère de moins de 50 ans que celle de plus de 50 ans, un roman à tendance sado-maso « Fifty Shades of Grey » écrit pas une femme E.L. James, Erika Leonard de son vrai nom.

Il s’agit d’une relation entre un milliardaire séduisant et une jeune pucelle, étudiante timide qui accepte par contrat de se laisser totalement dominer avec toute la panoplie des rapports SM (soumission, châtiment…)

En cela rien de très nouveau. On connait déjà la mode des « Milf », « Mothers I’d Like to Fuck » qui, depuis Amercian Pie, fait fantasmer les mecs. Cette fois, ce ne sont plus « les mecs » mais « les meufs » qui « kiffent » ! Des femmes et des mères au foyer, bien sous tous rapports parfois puritaines, qui y voient un moyen de doper leur vie sexuelle.

L’autre fait remarquable tient au mode de diffusion. Publié d’abord sur internet, en livre électronique, le succès tient en grande partie aux blogs, le bouche-à-oreille de la toile. Résultat : plus de 10 millions d’exemplaires en six semaines (4) et 30 millions mi 2012 (disponible en France le 17 octobre 2012) : c’est le tout premier best-seller de l’ère du livre électronique.

Et après ? Eh bien, émoustillées par la lecture bien que parfois répugnées par certaines évocations « salaces », certaines lectrices se précipitent dans les sex shops ou s’invitent avec leur mari dans des séminaires de « fagotage » ou comment ficeler sa compagne ! C’est le deuxième effet kiss cool du Mommy porn, enfin pas toujours si cool que ça !

Alors, entre le  momie porn version soft de l’Epopée de Gilgamesh et le mommy porn, tendance SM,  votre coeur balance ?  


(1)  Œuvres de chair, figures  du discours érotiques  – Gaetan Brulotte –éd. Les presses de l’Université de Laval  (Canada)
(2) L’épopée de Gilgamesh, texte établi à partir des fragment Babyloniens, assyriens, hittites, et hourites; version traduite de l’arabe et adapté par ABED AZRIÉ  (en téléchargement)
(3) « Allô maman porno – David  Caviglioli -Le Nouvel Observateur – 26 juillet 2012 – N° 2490 
(4) « Connaissez-vous le Mommy porn ? » – Hélène Vissière – Le Point – 5 juillet 2012 – N° 2077


A visionner pour mieux comprendre :

 

    • Fitfty Shades Of Grey : teaser

 

A voir et à lire pour aller plus loin :

  • L’épopée de Gilgamesh, la plus ancienne épopée de l’humanité, aux Editions du Cerf, une immense œuvre poétique qui s’inspire de plusieurs récits sumériens composés vers la fin du IIIe millénaire avant J.-C.
  • Voici le chef d’oeuvre du libertinage : L’Ecole des filles, volume 1. Publié à Paris à l’époque où la guerre de la liberté d’expression faisait rage en France, il fut saisi avant d’être mis dans le commerce. Republié en Hollande un peu plus tard, il est resté très rare pendant longtemps.
  • Premières fois : dix histoires érotiques illustrées et racontées par un femme. Premières fois est un pari réussi. Celui de parler sexe à la première personne, au féminin, et aux premières personnes venues, au pluriel.

Les tout premiers seins

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Posté par fabrice
 

Vers – 2 millions d’années

Célébrités posant pour le calendrier Pirelli

Les seins, quels pieds !

Il ne faut pas confondre seins et glandes mammaires. Rendons-nous à l’évidence, les seins sont une spécificité du genre humain. En effet, hormis quelques singes comme les bonobos, parmi les mammifères qui sont tous dotés des glandes mammaires, les humains, – et en l’espèce les humaines – sont les seuls à arborer une belle poitrine.

Alors pourquoi ce traitement de faveur ?

Tout d’abord, une petite leçon de choses : les glandes mammaires remplissent une fonctionnalité d’allaitement. Elles sont donc gonflées uniquement durant la période d’allaitement. En dehors de celle-ci, elles apparaissent parfaitement plates. D’ailleurs, chez les primates les glandes mammaires ne se développent jamais avant la première fécondation sauf chez la femme. En revanche, le sein, dont la fonction primaire est identique, est composé de graisse. C’est à cette graisse, englobant la glande mammaire, que l’on doit cette forme ronde qui fait tourner tant de têtes, n’en déplaise à Simone de Beauvoir qui affirme[1] : « les seins, les fesses, la femme peut en faire l’ablation sans inconvénient à n’importe quelle période de sa vie. »

Grâce à cette plastique si particulière et à son positionnement « haut perché », ce sein serait chargé d’une autre mission : stimuler l’appétit sexuel des mâles. C’est ici qu’intervient une autre notion, la bipédie.

Mais quel rapport entre les pieds et les seins ?

Théophile Gautier a écrit : « les seins, deux mappemondes que l’on porte devant soi comme un second fessier ». Et voilà, nous y sommes. Les seins et les fesses seraient donc unis comme frère et sœur pour accrocher le cœur des hommes.

Tout cela ne date pas d’hier. Pour les mammifères lambda qui se déplacent à 4 pattes, leur ligne d’horizon sont les fesses de leur partenaires situées devant eux. Durant la période de fertilité, la vulve de certaines femelles affiche même des signes extérieures pour aguicher le mâle.

Il n’en va pas de même pour ceux qui pratiquent presque exclusivement la bipédie. Les fesses sont situées bien trop bas pour les émoustiller. D’où progressivement la mise en valeur des seins, par la sélection naturelle, plus à même d’accrocher le regard du futur compagnon et d’assurer ainsi la pérennité de l’espèce. De même, pour mieux arborer leurs atours naturels, les femelles deviennent moins poilues, mettant en évidence, seins, bouche (disparition de la barbe) et même les yeux. Le zoologue et éthologue Desmond Morris [2], très décrié par les féministes, observe que les seins de femmes sont bien moins efficaces pour donner la tétée que comme stimulant sexuel[3].

Ainsi, cette transformation, qui va aboutir à une sexualité permanente, ne serait, selon certains spécialistes, que la conséquence d’autres transformations : augmentation de certaines hormones et la fameuse bipédie.

Les seins, le choix de la date !

C’est là que le bas blesse. Actuellement, on ne peut avancer aucune date précise sur l’apparition des seins. On sait cependant que la bipédie est apparue voici probablement 6 millions d’années avec Orrorin, un hominidé découvert en 2000 au Kenya. Elle devient un moyen de locomotion usuel vers 4 millions d’années, comme l’atteste la plus ancienne trace de bipédie : des empreintes d’un adulte accompagné d’un enfant qui marche sur ses pas (3,6 millions d’années, Laetoli/Tanzanie)[2]. Mais, c’est à partir de l’ l’Homo Ergsaster, apparu il y a 1,9 million d’années, que pour la toute première fois la bipédie semble maitrisée.

Si la démarche prend de l’assurance, permettant même, pour la toute première fois, de passer du mode marche au mode course !, rien ne dit que les seins en profitent pour prendre de la consistance…et sauver les apparences.

La déesse (Judée – 750-620 av. JC.) exhibe fièrement ses seins, symbole de fécondité et d’attrait sexuel.

A quels seins se vouer ?

Si l’on ignore encore à quel moment la poitrine commence vraiment à pointer, une chose est sûre, celle-ci figure dans des représentations picturales, il y a 30 000 au Gravettien. Depuis, les seins n’ont cesse de subjuguer nos esprits. Objet de toutes les convoitises, ils représentent souvent notre tout premier contact avec l’extérieur au moment de notre naissance et notre seul moyen de survie à cette période, du moins jusqu’à récemment. Comme le décrit si justement Elisabeth Badinter [4] : « le sein de la femme a appartenu successivement à l’enfant, à l’homme, à la famille, au politique, au psychanalyste, aux commerçants, au pornographe, au médecin, au chirurgien esthétique, avant que les féministes n’en reprennent le contrôle à la fin du siècle dernier. »


[1] « Le deuxième sexe » – Simone De Beauvoir – Edition Folio
[2] « Le singe nu » – Desmond Morris – Edition Livre de poche (1971) – Edition originale : Johathan Cape (1967)
[3] Thèse aussi défendue par Helen Fisher (The sex contract) qui fait du sein un attribut quasi exclusivement sexuel
[4] Préface d’Elisabeth Badinter : « Le sein, une histoire » – Marilyn Yalom – Edition Galaade – 2010

 


A visionner pour mieux comprendre :
  • « The human sexes » Desmond Morris (en anglais) :

  • Quand les seins envahissent notre quotidien :

A voir et à lire pour aller plus loin :

    • Le Singe nu
      Non, déclare le zoologiste Desmond Morris, nous ne sommes pas une espèce nouvelle née du processus de l’évolution, nous sommes toujours des singes. Et il le démontre. Eliminant les sociétés primitives encore existantes comme étant des « ratés de l’évolution », il observe le singe nu moderne, arboricole, sorti des forêts et devenu carnivore, sous l’angle de la sexualité, de l’éducation, de la combativité et de la recherche du confort (où il assimile hardiment la quête des poux chez les primates aux menus propos mondains dans un effet scientifico-comique irrésistible).Pour élaborer cette thèse originale, il lui a suffi d’étudier le comportement humain dans la même optique que celui des animaux, et en utilisant le même vocabulaire. Le résultat est extraordinaire de précision scientifique, de logique… et d’humour.Quand on se regarde dans une glace, après avoir lu ce livre, on ne se voit plus de la même façon.

 

    • La femme nue
      Le corps de la femme, source de fascination mais aussi d’angoisse, a depuis longtemps été soumis à toutes les transformations imaginables destinées à le rendre plus beau, c’est-à-dire plus conforme aux canons esthétiques du moment. Desmond Morris, explique comment chaque partie de l’anatomie féminine – des cheveux aux pieds, en passant par les joues, les épaules ou encore les hanches – est avant tout le résultat d’une longue évolution, remplissant une fonction biologique mais servant aussi, le plus souvent, de marqueur de l’identité sexuelle. Fort de sa grande expérience en tant qu’observateur de l’animal humain, Desmond Morris mêle les analyses scientifiques aux observations anthropologiques pour mieux déchiffrer le langage mystérieux du corps féminin.

 

  • Le sein, une histoire
    « Quoi de plus immuable que le sein féminin ? N’a-t-il pas toujours eu pour fonction de contenter l’homme et le bébé ? L’histoire qu’en trace Marilyn Yalom est infiniment plus complexe. Du sein divin du Moyen Âge au sein érotique d’Agnès Sorel, du sein domestique du XVIIe siècle au sein politique de Marianne, du sein commercialisé par l’industrie du soutien-gorge au sein rongé par le cancer ou torturé par le piercing du XXe siècle, le sein de la femme a appartenu successivement à l’enfant, à l’homme, au politique, au psychanalyste, au pornographe, au chirurgien esthétique, avant que les féministes n’en reprennent le contrôle à la fin du siècle dernier. Quelle femme aujourd’hui peut se jouer tout à la fois de la mode, de la séduction et de sa santé ? Histoire à suivre pour mieux comprendre le monde dans lequel on vit… «