jeudi, 24 juin 2021

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Richelieu : la toute première exception fiscale française

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Posté par fabrice
 

1635

 impôts- fisc

Vices & Vertus cardinales…et fiscales

Avec le Cardinal de Richelieu, contraint par le coût de la Guerre de 30 ans, la France inaugure, dès 1635, une exception fiscale française en vigueur encore aujourd’hui. Triplement des impôts, réforme fiscale, taxe sur le tabac, les bases d’un Etat gourmand au service d’un idéal de grandeur sont jetées !

Si la France est en tête du podium international en matière de pression et d’inventivités fiscales mais aussi en termes de capacité à lever et à recouvrer l’impôt, cela ne date pas du Front populaire ni même de la Révolution Française.

Le « génie fiscal » français

Ce « génie fiscal » français a vraiment commencé, en 1635. Nous sommes au beau milieu de la Guerre de trente ans qui s’étend de 1618 à 1648. Il s’agit, sans doute, de la première guerre civile multi-états. En l’occurrence, tous les états européens, à l’exception de l’Angleterre – impliquée indirectement- et de la Russie. C’est une guerre qui mêle politique et religions, catholiques et protestants. Elle va ravager l’Europe, notamment le Saint Empire Romain germanique.

Se sentant menacée sur ses frontières, la France de Louis XIII rentre en guerre en 1635 contre l’Espagne. A la manœuvre, le Cardinal de Richelieu. Celui-ci a besoin d’argent, de beaucoup d’argent : il lui financer cette guerre et son armée forte de 135 000 hommes. Une solution : l’impôt. Richelieu va quasiment le multiplier par trois. On assiste là au tout premier matraquage fiscal.

L’impôt permanent : une invention française

Déjà, à partir de Philippe le Bel (1268-1314), l’exception française fiscale (1) est engagée. Dès cette époque, est introduite une imposition centralisée et non plus réservée aux seuls seigneurs.  En outre, le relèvement – discret- du seuil de non-imposition est la toute première « astuce » fiscale de notre histoire.

Mais, c’est Richelieu qui va inaugurer l’ère de l’impôt moderne. Il enclenche une guerre fiscale tout azimut : renforcement de l’administration, création de nouveaux offices chargés du recouvrement sous le contrôle direct de l’Etat, instauration des taxes nouvelles comme la taxe sur le tabac, plante nouvelle qui vient d’être introduite en France par Jean Nicot.

Bref, Richelieu centralise et renforce l’impôt pour le compte du Roi et au service de la grandeur de la France.

La folie des grandeurs !

Cette politique va se heurter à la colère paysanne (2) qui se sera réprimée de manière sanglante. Comme le remarque Alain Fabre (3) « ce sont les liens entre la guerre et l’émergence de l’Etat moderne en France qui font de l’impôt l’un de ses fondements.

Courbe de LafferMalgré cela, les rentrées fiscales ne sont pas à la hauteur des espérances et surtout des dépenses. Pour la première fois, on peut évoquer l’adage, trop d’impôt, tue l’impôt !, notion qui se sera théoriser plus de 3 siècles plus tard par l’économiste Arthur Laffer avec sa fameuse « courbe de Laffer.

Cependant, c’est Louis XIV qui prendra vraiment conscience du rôle de la dépense publique comme moyen d’assoir la puissance de l’Etat et de centraliser le pays.

Gouverner, c’est dépenser

Avec le Roi Soleil, pour la toute première fois, il y a donc une prise de conscience que gouverner c’est dépenser. Colbert, grand argentier et planificateur de Louis XIV, sera le premier à instaurer un véritable budget de l’Etat (Etat de prévoyance pour les dépenses à venir et Etat en vrai pour les dépenses de l’année en cours). Colbert sera aussi une sorte de ministre du redressement productif avant l’heure et le chantre de l’interventionnisme d’Etat.

Depuis Colbert –qui est dans la lignée de Richelieu-, l’économie du pays est donc sous tutelle. Les impôts, qui sont souvent supérieurs à nos voisins(4), deviennent un outil pour réguler et contrôler l’activité économique du pays. Mais aussi pour préserver les intérêts des rentiers au détriment de ceux des commerçants et entrepreneurs. Une autre exception française.

illustration sur la pression fiscaleEn janvier 1781, Jacques Neker, Directeur du Trésor, publie pour la toute première fois publiquement « un compte rendu au roi » qui expose les dépenses et recettes de l’Etat ainsi que les montants des pensions versées aux nobles. C’est la toute première transparence des comptes publics et des revenus des « élites » (5).

A partir de 1789, l’impôt, jusqu’alors pesant pour l’essentiel sur les classes sociales les moins riches, devient un attribut du citoyen. Seul, celui qui paie des impôts a le droit de vote.

L’impôt : une addiction bien française

L’exception fiscale française ne tient pas tant à la pression fiscale qu’au rôle que l’on fait jouer à l’impôt et à son efficacité en matière économique. Il est souvent mis au service d’une politique visant à accroitre l’emprise de l’Etat sur la société. Certains diront au détriment de l’expansion économique ; d’autres feront remarquer que l’Etat préfère être fort avec les faibles et faibles avec les forts !

Ce qui est sûr, c’est qu’en France, on empile les dépenses et les impôts sans chercher à les rationaliser ou à mesurer leur efficacité. Car les bénéficiaires sont en grande partie ceux qui votent la politique fiscale. 35 % des parlementaires français sont des fonctionnaires : une autre exception française quand on sait, qu’en Grande Bretagne, le cumul de ces deux fonctions (fonctionnaires et parlementaires) est interdit. .

Alors méditons cette « prophétie » de Tocqueville qui annonce que le jour où il y aura une prise de conscience que le rançonnement « des riches » vient à s’épuiser cela « finira par amener une révolution violente dans l’État »(6).

Mais ce ne sera pas la toute première fois !

Publié le 31 août 2013 

Fisc : un nivellement par le haut du panier

A l’origine le mot fisc, du latin fiscus, désignait un petit panier de jonc servant à presser les raisins (7).
Ironie de l’histoire, ce panier servait donc déjà à presser, non pas le contribuable, mais des fruits.

Ces fruits sont devenus un trésor, d’aucuns d’iront juteux, pour l’Etat.
Quant au terme « Impôt » c’est un dérivé du terme « imponere » qui signifie, imposer.


 1814 : l’autre révolte fiscale

Deux siècles avant la « révolte » des Pigeons, des Tondus et autres Bonnets Rouges, la France a connu une révolte fiscale de grande ampleur. Napoléon en ce début de 1814 a besoin d’argent, de beaucoup d’argent pour payer son armée. Mais l’argent ne rentre plus. Le budget 2014 avait par exemple prévu 171 millions de francs aux titres des impôts indirects, au bout d’un trimestre seuls 12 millions sont entrés dans les caisses de l’Etat. Bref, il y a un « ras-le-bol » fiscal.

Malgré les victoires qu’ enregistre l’Empereur durant cette période, il y a un divorce entre la population et l’administration napoléonienne. Au point, que bons nombres de villes ouvrent leurs portes aux alliés, ces derniers multipliant les promesses de réduire les impôts.

Pourquoi ce ras-le-bol ? La réponse est résumée par Châteaubriand :  » La France entière était au pillage. Les infirmités, l’indigence, la mort, l’éducation, les arts, les sciences, tout payait un tribu au prince. »

Un exemple de cette frénésie fiscale : les « droits réunis », sorte d’impôt indirect qui frappe les biens de consommation courant dont le vin (10). Celui-ci est taxé lourdement : « Droit de mouvement » , droit d’entrée dans la ville, droit de vente au détail, droits de timbre et d’enregistrement. Au final, le verre de vin est taxé en 1814 à 94,1 % ! Les français ont du mal à avaler l’addition…


Les mirages de la dépenses publiques

La dépense publique française a atteint son record historique en 2013, avec 57,1 % du PIB. Ce pourcentage était de plus de 8 points supérieurs à la moyenne européenne en 2009.

Comparaison des recettes fiscales

 

Une étude de l’Université d’Helsinki (8) ont démontré que dès qu’un Etat atteint un certain seuil, cela représentait un frein à la croissance. L’effet « accélérateur » de croissance engendré par la dépense publique devenant moins important que l’effet « frein » lié à l’augmentation des impôts.

Selon cette étude, 3 pays seraient particulièrement pénalisés : l’Italie, le Japon et la France.

Pis, 100 emplois publics supplémentaires auraient couté 150 emplois privés et 33 chômeurs supplémentaires, selon une analyse portant sur la période 1960/2000 par des économistes (9)

Rappelons que les taux de prélèvements obligatoires en 2011 étaient de 44.2% en France (en augmentation depuis), 48.1% au Danemark (en tête du podium), 37.1 % en Allemagne, 35.5% au Royaume-Uni, 25.1% aux USA et que la moyenne européenne se situait à 33.8%.

 


Des impôts et des hommes

  • La Seconde dynastie Egyptienne (à partir de -2850 ans environ) dispose d’un système de prélèvements;
  • 900 ans avant notre ère, la Chine instaure un système d’imposition avec 5 paliers de taxation;
  • 4ème siècle avant notre ère, la Grèce institutionnalise l’impôt auparavant prélevé par des « tyrans » comme Pisistrate;
  •  1147, Louis VII lève un impôt dénommé « 20ème » qui correspond au 20ème des revenus, nobles, prêtres et roturiers;
  • 1296 : Philippe le Bel crée le premier impôt assis sur le patrimoine et le revenu;
  • 1355  : création de la Gabelle, sous Jean II;
  • 1439 : transformation de la Taille, sous Charles VII, qui devient un impôt permanent sur le revenu des personnes physiques roturières, c’est jusqu’alors le seul impôt que l’on peut qualifier de direct;
  • 1629 : 1ère taxe sur le tabac;
  • 1635 : choc fiscal imposé par le Cardinal de Richelieu pour subvenir aux coûts engendrés par la guerre de Trente ans;
  • 1790-1791 : importante réforme fiscale qui voit notamment la suppression de la Dîme et de la Gabelle, très impopulaires;
  • 1799 : l’icome Tax de Pitt (Angleterre) : impôt cédulaire, découpé en 5 catégories;
  • 1891 : la Prusse instaure un impôt progressif;
  • 1909 : première taxe progressive;
  • 1914 : premier impôt sur le revenu en France;
  • 1917 : un impôt en 6 tranches progressive remplace les 4 « vieilles » en France;
  • 1948 : instauration de l’impôt sur les sociétés;
  • 1954 : La TVA fait son entrée en France;
  • 1981 : l’ISF, impôt sur la Fortune, est institué en France par le gouvernement de Pierre Mauroy;
  • 1988 : création de la CSG par le gouvernement de Michel Rocard, suivie en 1996 de la CRDS;

1 – Histoire des impôts : www.site-du-jour.com/dossiers/histoire-impôts.html
2 – La Bourgogne en 1629, la Gascogne en 1636, la Normandie en 1639 et le Bourbonnais en 1640. Source : www.larousse.fr
3 – Ancien économiste à la Banque de France, il collabore à la rédaction de Débat&Co.
4 – Au milieu du XVIIème siècle, les Pays-Bas et l’Angleterre collectent plus d’impôts que la France mais c’est la résultante d’une activité commerciale que la France de l’époque semble bouder.
5 –  « Urgences Française » – Jacques Attali – Ed. Fayard – 2013 p. 105
6 – Notion défendue par Thomas Carbonnier, expert en « économie sociale et Solidaire », évoquant le  Mémoire  sur le Paupérisme publié par Tocqueville en 1835 ;
7 – Source : www.contrepoints.org
8 – « 150 idées reçues sur l’économie » – Franck Dedieu, Emmanuel Lechypre, François de Witt – Ed. Express/Roularta – 2010
9 – Yann Algan, Pierr Cahuc, André Zilberberg - cités : « 150 idées reçues sur l’Economie »;
10 – La Tribune.fr – 13 janvier 2014 – Article de Romaric Godin

 


A visionner pour mieux comprendre :

    • Histoire de l’impôt sur le revenu :

 

 

  • Les Français et l’Impôt – Emission de Franck Ferrand – Au cœur de l’Histoire – Europe 1 

Néolibéralisme : une idée pas si neuve.

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 Années 30

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Ma petite entreprise ne connaît que les crises !

Le néolibéralisme est un programme économique mais également un projet de société qui vise à faire de chaque individu un entrepreneur au profit autant de la société que de lui-même. Une idée pas si neuve qui a connu plusieurs mutations depuis un siècle et dont l’ubérisation de la société pourrait en représenter une nouvelle facette.

C’est dans les années 30 que le terme « néolibéralisme » voit le jour avec des penseurs tels que Louis Rougier. La crise de 1929 est passée par là. Beaucoup y voient une crise à la fois du libéralisme mais aussi des démocraties parlementaires.

Fascisme et nazisme s’accordent pour évoquer la fin du libéralisme.

A l’époque, pour corriger les travers du libéralisme classique, la doctrine du néolibéralisme se propose de renforcer le rôle de l’état et d’ajouter une dose de social.

Le terme va ensuite être repris dans les années 50, pour désigner l’économie sociale de marché mise en place par le chancelier Ludwig Erhard. Un concept presque aux antipodes de l’acception d’aujourd’hui.

Milton Friedman mitonne le néo-libéralisme des années Reagan !

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Thatcher, Reagan et Friedman

La version actuelle du néolibéralisme prend son essor dans les années 1970. Elle désigne une politique économique ultra-libérale testée par les « Chicago Boys » de Pinochet (qui se sont installés à Santiago après le coup d’Etat) puis par Reagan et Thatcher. Elle est conçue par plusieurs théoriciens dont le plus célèbre est Milton Friedman avec sa thèse développée dans « Capitalisme et liberté ».

La doctrine néolibérale se fonde sur être humain intéressé et égoïste mais qui peut également être altruiste et coopérateur. D’ailleurs, certains comme Mises, considèrent que seule une société libérale peut créer les conditions de mode de vie de nature à engendrer des génies comme Van Gogh.

Dans la même logique, Milton Friedman considère que le libéralisme dans sa variante « ultra » est la seule voie compatible avec la liberté politique et la démocratie.

 Les « Chicago boys » préparent le terrain

Cependant, l’Histoire témoigne que les logiques de marché et régimes totalitaires peuvent faire bon ménage. L’exemple chilien avec les « Chicago boys » en est un bon exemple.

chicago-boys

Toutefois, reconnaissons que pour l’essentiel, l’ultra-libéralisme a été porté au pouvoir de manière démocratique avec souvent un bis repétitae de la part du peuple. Celui-ci y voit une manière de donner un bol d’air à une société asphyxiée par l’Etat-providence.

En réalité, comme le souligne le philosophe Serge Audier (1), « le néolibéralisme est compatible avec plusieurs types de régimes ». « Le néolibéralisme a beau affirmer sa croyance en l’ordre spontané de la société, il n’hésite pas à mettre au pas celle-ci de façon autoritaire. Pour imposer les logiques de marché (…) il faut casser les syndicats, les résistances locales, les contre-pouvoirs ».

Pour ses détracteurs, le néolibéralisme c’est avant tout la financiarisation, la concurrence exacerbée , les privatisations et les politiques fiscales des États redirigeant les richesses du bas vers le haut de la hiérarchie sociale.  Bien loin, selon eux, de l’idée qui voudrait faire du marché  le meilleur outil de satisfaction des besoins humains (2).

La transformation que connaît actuellement la société avec la perte de régime du salariat au profit des auto-entrepreneurs et autres « start-uper » représente probablement une nouvelle forme de néolibéralisme, un néo-néolibéralisme, ou un post-néolibéralisme, en quelque sorte qui pourrait structurer la société pour longtemps.

Publié le 12 juillet 2017


Le libéralisme originel : protéger l’individu de l’arbitraire  

Le libéralisme s’appuie sur 2 grandes idées : d’abord, le principe que les individus disposent de droits naturels. Ensuite, la notion d’utilitarisme qui fait le postulat que nous sommes tous des êtres rationnels et égoïstes cherchant à maximiser nos intérêts. Mais que la recherche des intérêts personnels finissent pas s’équilibrer au profit d’une harmonie censée produire, in fine, une prospérité à tous.

 

En 1690, Job_e93e6b_aff-pcf-camp-europe-3ohn Locke décrit la première notion dans « traité du gouvernement civil ». Selon lui, il faut protéger l’individu de l’arbitraire du monarque et pour cela affirmer que chacun d’entre nous dispose de droits fondamentaux. La propriété privée, fruit du travail de chacun, est l’un de ses droits.

Un siècle plus tard, Adam Smith dans son ouvrage « la Richesse des nations » publié en 1776, marquera les esprits avec sa célèbre formule :  » Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou de boulanger que nous attendons notre dîner, mais plutôt du soin qu’ils apportent à la recherche de leur propre intérêt. Nous ne nous en remettons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme. »

Le concept de libéralisme est donc d’une certaine manière le rejet de l’absolutisme et la défense de la liberté pour le bien commun. C’est pourquoi, beaucoup fixent origine à l’époque des Lumières, voire un peu avant.

En réalité, le terme même de Libéralisme apparaît au début du XIXème siècle en Espagne et en France en opposition à la domination napoléonienne.


1 -  Article « Une brève histoire du néolibéralisme » L’Obs N° 2744, du 8 juin 2017
2 – Une brève histoire du néolibéralisme – David Harvey –


A visionner pour mieux comprendre :

La toute première crise mondiale due aux paradis artificiels

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2008

 

Alerte blanche pour jeudis noirs !

L’une des plus importantes crises financières de l’Histoire, la crise de 2008, est la résultante de la mégalomanie et des excès en tout genres des hommes. La quête de paradis artificiels -mondes virtuels, multiplicité des drogues, éveil 24/24 -, désormais à portée de mains,  risque de nous cacher la réalité et de nous réserver des réveils difficiles. Les traders cocaïnomanes sont-ils les  « pionniers » de ce nouveau monde ?

 

En avril 2013, le magazine Le Point titrait : « Une overdose de cocaïne à l’origine de la crise financière ? ».

Cette interrogation qui ressemble fort à une alerte, non pas rouge, mais blanche fait suite à une annonce d’un certain David Nutt,  titulaire de la chaire de neuropsychopharmacologie de l’Imperial College de Londres. Autrement dit un « ponte ».

Il déclarait au Sunday Time (1) : « Ce sont les banquiers cocaïnomanes qui ont plongé la planète dans ce terrible bazar. C’était la culture de l’excès, du toujours plus »

Le docteur Chris Luke de l’hôpital universitaire de Cork renchérit « dans les milieux financiers, des traders ont pris des décisions irrationnelles à la suite de la mégalomanie provoquée par l’usage de la cocaïne »(2)

Et Jacques Attali, écrivain, ancien conseiller du Président Mitterrand,  de reprendre à son compte cette analyse en l’affublant d’une dimension de prospective sociétale :

«  La crise financière est ainsi l’annonce de ce que serait le monde sous cocaïne : un cauchemar d’irréalité euphorique, inconsciente et suicidaire. »

Un monde enivré par le « hors piste »

Alors, le monde de la finance a-t-il basculé dans une sorte de glissade enivrante, tout schuss dans la poudre ?  Est-ce l’origine essentielle de la plus grave crise financière de l’après-guerre provoquant l’avalanche de faillites et drames personnels que l’on connaît ?

Pis, cela est-il annonciateur d’une évolution beaucoup plus profonde de la société en quête d’invincibilité et de virtualité, comme le redoute Jacques Attali ?

Concernant la crise de 2008, un ex-homme de terrain, comme Geraint Anderson, 8 ans de salles de marché à son actif, en est convaincu : « Absence de peur de la sanction sont liées à la cocaïne. Vous êtes indestructible, et tout cela nourrit »

Cela vous nourrit tellement que les bonus d’Anderson dépassent les sommets, là où la neige est éternelle !  140 000 livres, soit près de 120 000 euros pour certaines années.  Mais, revers de la médaille son nez n’est pas un pic indestructible comme le Mont Blanc. Un jour, en pleine conférence devant plusieurs dizaines de personnes son nez se met à saigner et il doit quitter la salle…avant de se résigner à quitter la scène.

D’autres golden boys connaîtront aussi des passages à vide, si l’on peut oser cette expression. Ce sera le cas de McCormick, 36 ans, patron des produits dérivés de la zone Asie pour la banque suisse UBS qui se jettera du 3ème étage après avoir passé une journée dans la poudreuse.

La vie du rail

La poudreuse ?  Le célèbre Bernard Madoff (l’escroc de haut vol de la Finance qui a écopé en 2009 d’une peine de 150 ans), il connaît !  Au point que l’on surnomme son bureau : « le pôle Nord », tellement, il y avait de cocaïne dans ses tiroirs de son bureau.

Modoff

De la City à Wall Street, les témoignages de traders se sont multipliés ces dernières années. Chaque soir, et encore plus le jeudi, les rails de coke filent bon train dans les pubs de la City selon nombre de témoignages d’habitués des salles de marchés.

Officiellement, un rapport daté de 2010 souligne que certaines professions « sont plus touchées que d’autres » face à la prise de drogue (3). Evidemment la Finance, comme la Musique et l’Internet, en fait partie !

L’exubérance des marchés

« L’exubérance des marchés », pour reprendre la célèbre expression d’Alan Greenspan (patron de la Banque Centrale Américaine de 1987 à 2006) serait ainsi la dernière station avant le krach boursier.

Si cette exubérance  est alimentée par un délire addictif et collectif de la « tribu » des traders comme beaucoup le pensent,  certains considèrent que c’est exagéré.  Selon eux, les traders sont régulièrement soumis à des tests urinaires et sanguins, et cela depuis longtemps. Soulignons que depuis 2008, le milieu est toutefois beaucoup plus encadré.

Alors sommes-nous pour autant rentrés dans les rails ou bien, cela annonce-t-il vraiment un nouveau monde ?

Un monde virtuel à la recherche des paradis artificiels mais aussi en proie à l’excès en tout genre (4): excès de dettes, de reconnaissances sociales, d’égo, de concurrence…

Un monde en éveil permanent comme si le « somnambulisme euphorique », pour reprendre l’expression d’Attali, allait devenir la règle.

La crise de 2008 est peut-être vraiment la préfiguration de ce nouveau monde où tout semble possible…jusqu’au jour où l’on se réveille avec la gueule de bois !

Publié le 6 octobre 2013

L’exubérance des marchés : testostérone vs cocaïne

Si la consommation de cocaïne, comme on l’a vu, ne semble pas étrangère à la crise financière, il est probable qu’elle ne soit pas le seul facteur « biologique ».

Les hormones joueraient aussi un rôle non négligeable. Les scientifiques ont mis  en évidence (5) que le taux de testostérone augmentait sensiblement chez les traders lorsque que ceux-ci réalisaient de forts bénéfices.

Selon l’un des auteurs d’une des études « les emballements boursiers seraient probablement réduits si le profil endocrinien des traders était plus diversifié : des hommes d’âge mûr et des femmes, moins soumis à de forts écarts de testostérone…

 


Irrationalité des marchés : les effets de la cocaïne

On le sait la cocaïne agit sur le cerveau en hyperactivant 3 neurotransmetteurs : la dopamine qui donne un sentiment d’euphorie, la sérotonine qui renforce la confiance et la noradrénaline fournissant un vrai coup de fouet.

Connue en Europe depuis 5 siècles, la cocaïne permet d’échapper à la réalité en croyant son jugement et ses capacités physiques et intellectuelles invincibles.

La cocaïne n’est évidemment pas la seule drogue utilisée dans ces milieux. On y trouve aussi  l’Adderall, une combinaison de 4 amphétamines prescrites par les médecins, mais aussi le Crack, la kétamine et la MDMA

Le succès de la cocaïne s’amplifie notamment chez les jeunes. Les prix se sont effondrés tandis que les profits explosent. On estime le chiffre d’affaires mondiale de cette drogue supérieur à celui du pétrole pour seulement 1000 tonnes produites.

Tandis que certains s’en mettent plein le nez, d’autres s’en mettent plein les poches !

 


1 -  « Sunday Time »,  avril 2013;
2- Atlantico.fr – Feu à la poudre;
3- Le Point.fr 23/04/2013 ;
4-  Blog de Jacques Attali ;
5- Etude de l’Université de Cambridge et un Compte rendu de l’Académie nationale des sciences américaine (Pnas) publiés en avril 2008 – Le Figaro.fr – 3 mai 2008


A visionner pour mieux comprendre :

La première crise planétaire provoquée par des robots !

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 6 mai 2010

 Un grain de silicium dans les marchés

 

6 mai 2010, 14 h 32′ 44″  : un courtier ordonne la vente de Contrats à Terme pour un montant de 4 milliards de dollars mais une erreur se glisse dans l’ordre, celui-ci ne comporte pas de prix de vente. En un clin d’oeil, toute la planète finance bascule dans une spirale infernale conduite à un train d’enfer par les robots traders.

Le robot trader en cause appartient à Waddell & Reed, un fonds de pension américain. Sans se poser de question et surtout dans le même instant, puisqu’il est programmé pour, le robot passe plus de 3000 contrats de vente. Wall street dévisse.  Pour la toute première fois de l’histoire, on a perdu le contrôle des machines !

La créature, le robot trader, échappe à son créateur

Le problème vient du fait que le Robot de Waddell & Reed va être suivi par ses petits copains; des centaines d’autres robots « paniqués » par la situation inhabituelle qui lui emboitent le pas. Et comme leurs algorythmes de plus en plus sophistiqués, fonctionnent à un rythme effréné, totalement hors de portée de l’esprit humain, cela enclenche un effet domino dévastateur.

Pour la toute première fois dans le monde feutré de la finance, en raison de l’exécution massive d’ordres de ventes automatiques, nous assistons à un krach éclair ou Flash Crash d’une ampleur inégalée que l’homme ne maîtrise pas.

La panique envahit les salles de marché, alimentée par une vente en cascade que rien ne semble pouvoir stopper. Plus tard, les rapports de la SEC (organisme américain de réguluation des marchés financiers) constatera que certains titres ont changé 27000 fois de mains, en moins de 15 secondes. Facteur aggravant, la journée est marquée par la crise grecque qui pèse sur l’Euro, rendant les marchés particulièrement nerveux.

A 14 h 44, tandis que le marché des actions de Wall Street vient d’entrer dans la tourmente, après celui des Futurs de Chicago d’où vient le tsunami, l’action Apple perd 23 dollars (-20 %) en 2 minutes. Pour d’autres sociétés, c’est encore pire. Procter & Gamble voit son cours chuter de près de 50 %.  Les cours du pétrole s’effondrent de 6% .  Bref, c’est la panique.

A 14 h 45: Les ventes automatiques se poursuivent et en l’espace de quelques minutes, entrainant la saturation des réseaux. C’est près de 1000 milliards de dollars qui se sont alors envolés faisant plonger Wall Street de près 10 %.  .

A 14 h 52 : La bourse de Chicago décide une mesure exceptionnelle. Elle suspend durant 5 secondes toutes les cotations. La descente aux enfers est enrayée. Après 15 heures, les hommes reprennent le contrôle de la situation en mode « manuel », écartant les robots. Les autorités decideront d’annuler toutes les opérations effectuées entre 14 h 40 et 15 heures. Au terme de la journée, Wall Street aura perdu « seulement » 3,2 %.

Le speed trading : un million de fois plus rapide que les humains 

Le coupable est identifié. Il s’appelle le « le Trading Haute Fréquence », ou THT ou encore Algotrading. Il s’agit d’une technique qui consiste, grâce à des algorythmes très complexes utilisant des ordinateurs hyperpuissants et des réseaux de plus en plus rapide, à profiter des micromouvements du marché. Tout se joue au niveau du millionième de seconde; en une second, plus de 1000 ordres peuvent être donnés. A ce stade le cerveau humain ne peut pas suivre.

Cette méthode représente désormais les 2/3 des transactions aux Etats-Unis, plus de  25% en Europe.  La moitié des ordres concernant les entreprises françaises du CAC 40 (le Royaume Uni serait à près de 70%) relève de ce dispositif, l’objectif étant de dénicher les meilleurs cours possibles. On estime qu’en 2009, ce principe est à l’origine d’au moins 20 milliards de dollars de profit. Rien qu’à Wall Street, les sociétés de Trading Haute Fréquence ont réalisé 3,7 milliards de dollars de profit en 2011.

Quant les robots prennent le pouvoir sur les hommes

Les risques de l’AlgoTrading sont considérables comme on vient de le voir. Déjà, en 2002, il y avait eu un coup de semonce, sans parler du krack d’octobre 1987 qui avait été déjà aggravé par le trading informatique; toutefois, à l’époque, les transactions n’étaient pas aussi rapides qu’aujourd’hui.

Au-delà de ces robots traders parfois en proie à la folie qui bouleversent le monde de la finance, c’est un nouveau monde que l’on voit émerger. Celui des robots qui, peu à peu, à notre insu, prennent le contrôle des choses, là où le cerveau humain est hors course.

L’événement du 6 mai 2010, bien qu’exceptionnel, n’est plus isolé. Ce phénomène touche désormais d’autres types de transactions comme le marché des matières premières.  En mars 2010, les cours du cacao ont mystérieusement décroché de plus de 12 % en l’espace d’une minute.

Au-delà de ce Flash crach, ce 6 mai 2010 marque un tournant dans notre histoire.  Pour la toute première fois, une erreur de portée planètaire, n’est pas d’origine humaine mais relève d’une « intelligence »  non humaine !

Ne faut-il pas un grain de folies pour s’en remettre aux grains de silicium des puces informatiques…au risque qu’un grain de sable grippe tout le système ??

Mise à jour : 10 juin 2012

Les cordons -électroniques- de la bourse

En août 2010, ouvre le nouveau centre de données du New York Stock Exchange (NYSE) qui se veut le must technologique en matière de transactions financières virtuelles. 45 000 ordinateurs surdoués, connectés par un réseau Ethernet réagissant à la vitesse de 50 microsecondes permettant d’effectuer un ordre de bourse en 10 microseconde. A ce stade, même la distance joue. Se situer à quelques centimètres du dispositif d’échanges électronique fait gagner quelques centaines de millisecondes par rapport à un concurrent plus éloigné et au final quelques millions de dollars.

Pour les bolides de la finance, il n’ y a pas d’excès de vitesse, bien au contraire. On envisage même de leur construire  des « autoroutes » de fibre optiques. Ainsi, sur les 1300 km séparant les bourses de Chicago et de New York, les traders de haute voltige  pourraient  grapiller 3 millièmes de seconde sur une transaction.  On imagine que les gains sont à la hauteur d’un tel chantier estimé à 300 millions de dollars (source : L’échéance, François de Closets ; Ed. Fayard) .


Les gros cerveaux ne sont plus humains !

Pour la première fois le marché mondial du calcul intensif (HPC), celui des supercalculateurs, a franchi en 2011 la barre des 10 milliards de dollars. Ces machines peuvent effectuer des millions de milliards d’opérations à la seconde et occuper jusqu’à 1000 m2 de surface. Total s’est équipé récemment d’un serveur de calcul capable de procéder à 2.3 millions de milliards d’opérations à la seconde (2.3 pétaflops).

Autre exemple, Airbus vient d’acquérir un supercalculateur regroupant plus de 2000 serveurs afin de modéliser ses futurs avions. Mais la nouveauté vient des banques. Le Crédit agricole, la Société Générale ou encore JP Morgan ont recours à ce type de ressources pour leur calculs de risques financiers et autres opérations de finance et de bourse.

A l’horizon 2020, les ordinateurs les plus puissants rivaliseront avec les capacités d’un cerveau humain et un 2040, leur intelligence devrait atteindre celles de 6 milliards de cerveaux(1).

(1) Selon Philippe Vannier, PDG de Bull -  Source : Les Echos / rubrique High-tech & média – Mardi 3 avril 2012


A visionner pour mieux comprendre :
    • Cash Investigation : le trading haute fréquence – France 2 :

 

Les tout premiers pas de la finance…en terre inconnue !

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27 octobre 1986

Le Bling-Bling Bang !

L’Univers a eu son Big Bang, la finance connaitra le sien, le 27 octobre 1986. Il donne le coup d’envoi à la finance moderne et à son cortège de démesures. Ce voyage de la finance en terre inconnue va déboucher sur toute une panoplie de produits financiers, dits exotiques de plus en plus éloignés de la sphère réelle qui aboutira à la crise de 2008. Aujourd’hui, les produits financiers représentent 6 fois (600 %) l’ensemble de l’économie réelle !

Si « l’auteur » du Big bang cosmologique nous reste inconnu, en revanche, la signature de l’acte de naissance de la finance moderne est bien identifié : Margaret Thatcher, Premier ministre ultralibéral du Royaume-Uni de 1979 à 1990.

Que s’est-il passé ce 27 octobre 1986 pour qu’on lui attribue le titre hautement symbolique de Big Bang ?

Fin de la vente à la criée…

Ce jour-là, et en seule journée, toutes les transactions des actions du marché londonien qui, jusqu’ici étaient réalisées de manière physique, - la fameuse salle des marchés à la criée -, sont remplacées par des transactions électroniques. Désormais, tout sera géré par des ordinateurs.

En réalité, ce 26 octobre s’inscrit dans un train de mesures de dérégulation, le Financial Services Act. Ces mesures sont conduites par l’administration de Margaret Thatcher durant l’année 1986 : possibilité pour une entreprise étrangère d’acquérir 100 % du capital d’une entreprise britannique, suppression des commissions fixes, cotation en continu, suppression du monopole des agents de change…

… et naissance des goldens boys

Ce Big bang marque le vrai début de la dérèglementation financière en mettant un terme aux pratiques en vigueur à la City depuis plus de deux siècles (1)

Les agents de change exclusifs et sociétés de placements boursiers sont désormais logés à la même enseigne. Pour la toute première fois, les banquiers traditionnels vont devoir s’effacer au profit des Golden boys. L’activité artisanale des courtiers, une sorte de monde à part, vivant en vase clos, se transforme en véritable industrie. Pour la toute première fois, l’argent devient un produit comme un autre.

Résultat : en vingt ans, le volume des transactions financières de Londres va augmenter de 1500 % ! Londres, en 2006 traitera 34 % du marché des changes et plus de 40 % des produits dérivés mondiaux (2).

La vertu de l’égoïsme !

Au-delà de cette mutation vers le monde virtuel, c’est un monde de « l’argent » totalement nouveau qui émerge. Il repose sur trois piliers.

En premier lieu, celui de la doctrine du fondamentalisme du marché. Il postule que les marchés assureraient de manière naturelle la meilleure répartition des richesses si l’Etat n’intervenait pas (3). En cela, il s’appuie sur une longue tradition anglo-saxonne : le concept de « vertu de l’égoïsme ».

Doctrine développée par le tout premier économiste moderne Adam Smith : « ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger qu’il faut espérer diner mais de leur propre intérêt » (4).

Le second pilier, c’est la mondialisation « moderne » qui entreprend ses tout premiers pas sur la scène internationale. Celle-ci se nourrit, dans le monde réel, des avancées sans précédent en matière d’intercommunication avec l’explosion des transports internationaux. Dans le monde virtuel, elle profite d’une évolution inouïe des télécommunications portée par les progrès de l’informatique et de l’émergence d’Internet.

Le troisième correspond au « mariage » entre le monde de la finance et celui des scientifiques ou plutôt des mathématiciens. Les flambeurs et les matheux ! Percée conceptuelle qui a pris ses racines dès 1900 avec les travaux de Louis Bachelier (5). Elle connaît son heure de gloire avec le trio Robert Milton, Fisher Black et Myrton Scholes. Leur « théorie de la finance », sera LA référence absolue dans le milieu des apprentis sorciers de la bourse.

Une martingale financière ?

Grâce à eux, et leur formule prédictive magique, tout type de produit financier peut se voir fixer un prix. LTCM, l’un des premiers Hedge Fonds à appliquer la recette, présentera des rendements astronomiques (40 % la première année) avant de faire faillite quelques années plus tard.

Le Big Bang de la finance est donc à la fois la conséquence d’une révolution technologique et conceptuelle et le déclencheur d’une révolution dans le financement de l’économie mondiale…qui enfantera, in fine,  la crise des Subprimes. Ou du moins, en sera un des facteurs aggravant.

Cette situation inédite contient en germe le principe de « shareholder’s value », la valeur pour l’actionnaire. Avec comme corollaire, la règle des 15 % de rendement. Autrement dit, une société cotée doit rapporter 15 % annuel de retour sur capitaux investis.

Fort de ce diktat, pour la première fois, le monde de l’entreprise ne raisonne plus sur le moyen ou le long terme mais presque exclusivement sur le court terme. L’illustration de cette nouvelle tendance est l’apparition des bilans trimestriels des entreprises venant compléter les bilans annuels.

Pour inciter les dirigeants des entreprises à être les bons élèves de cette politique du chiffre et de la création de valeur pour l’actionnaire, apparaissent dans les années 90, les stock-options(6).

La finance nous fait tourner la tête…

Alors si le capitalisme est aujourd’hui en crise, celle-ci a-t-elle été enfantée ce 26 octobre 1986 ?
Ce n’est probablement pas le seul facteur mais, sans ce 26 octobre 1986, le monde de la Finance tournerait autrement.

On sait désormais que les marchés livrés à eux-mêmes ne tendent pas à l’équilibre car l’histoire démontre (voir encart) que les marchés financiers ont toujours donné lieu à des crises financières, et cela depuis la nuit des temps. Le problème, selon l’économiste George Soros, c’est que le fonctionnement des autorités financières est encore plus imparfait que celui des marchés !

L’ennuyeux avec les Big Bang, c’est qu’on sait comment ça commence, mais on ne sait jamais comment cela finit !

 

 Publié le 23 septembre 2012

 2000 ans de tumultes financiers

  •  33 ap J.-C., toute première crise bancaire référencée qui se traduira par l’injection par l’Empereur Tibère d’un million de pièces d’or ;
  • Au moyen âge : invention des lettres de change simultanément en Europe, en dans le nord de la Chine;
  • 1637, lors de la crise des tulipes à Amsterdam, invention des techniques de Swap, principe de couverture en devises du commerce, précurseurs des produits dérivés;
  • 1792 : premier krach de Wall Street, les autres grandes crises financières : 1873, 1907, 1929, 1971, 2001, 2008;
  • 15 août 1971 : la convertibilité du Dollar en or est suspendu ; c’est la fin des changes fixes. Une toute nouvelle ère monétaire s’ouvre ;
  • 1933 : avec le Glass-Steagall Act,  Wall Street est sous contrôle poussant les banques américaines à se réfugier à Londres;
  • 1981 : première véritable opération de Swap entre IBM et la Banque moniale pilotée par Salomon Brothers ;
  • 27 octobre 1986 : Big Bang de la City de Londres marquant le véritable coup d’envoi de la dérégulation ;
  • 1993 : L’administration Clinton incite les banques à prêter aux ménages pauvres puis lance la Taxpayer Relief Act  favorisant fiscalement les placements immobiliers. C’est ici que prend racine la future crise des subprimes !
  • 1994 : création par Salomon Brothers du premier fonds à haut rendement sur des bases scientifiques : LTCM ; le monde de la Finance et des matheux s’associent ! LTCM fera faillite en 1998 ;
  • 1995 : création des CDS (credit default swaps) permettant, pour la première fois, à un organisme financier de se débarrasser  des risques de crédit ;
  • A partir de 1997, la technique du VAR (value at risk) permet d’évaluer tous les risques pris par une banque avec une certitude de 95 % ; cela va marquer le vrai début des produits financiers exotiques ;
  • 6 avril 1998 : première banque universelle, Citigroup, banque de dépôts et de banque d’affaires ;
  • 12 novembre 1999, le Glass-Steagall Act est définitivement enterré et remplacé par une loi ultralibérale ;
  • 2006 : la part des crédits destinés aux plus pauvres, les subprimes, représentent désormais 25 % des crédits immobiliers ; Au second semestre, le prix des transactions s’effondre : -10 % ;
  • 2 avril 2007 : faillite de la première banque victime des subprimes : New Century ;
  • 15 septembre 2008 : Lehman Brothers est déclarée en banqueroute marquant le vrai début de la crise des subprimes puis la crise de l’Euro.

1 – Live2times : Big Bang à la bourse de Londres 
2- « L’incroyable Histoire de Wall Street » – Jacques Gravereau & Jacques Trauman – Ed. Albin Michel
3- Le chaos financier mondial – George Soros – Ed. Presses de la Cité
4 – Citation de « La richesse des nations », écrit en 1776 par Adam Smith, professeur de Philosophie morale à Glasgow et célèbre économiste et auteur de la notion de « main invisible » du marché.
5 – « Théorie de la Spéculation » qui fournit les bases de la finance quantitative, travaux développés ensuite par Paul Samuelson qui aura le prix Nobel en 1970
6- Droit d’acheter à terme des actions de l’entreprise à un prix fixé au moment de l’attribution. En cas de baisse du cours, le bénéficiaire ne fait pas jouer ce droit et en cas de hausse, il engrange le bénéfice.


A visionner pour mieux comprendre :


Goldman Sachs La banque qui dirige le monde (1/2)par SCHOUM1


Pour aller plus loin :

Les tout premiers « slides » : l’avènement de l’image

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1981

West Slide Story

Cette année là, une page d’histoire se tourne. Cette page est celle d’une page imprimée qui porte les tout premiers « bullets points » entourés d’un cadre que l’on retrouvera plus tard sur les présentations Power Point. Cette page façon « story-board » est, pour la toute première fois, conçue sur ordinateur à l’aide d’un petit programme. Son inventeur Whitfield Diffie, celui-là même qui a conçu le cryptage SSL.

Cette année là, la planète économique est à l’aube d’une révolution qui va transformer le quotidien de centaines de millions de cols blancs à travers le monde et qui va éclairer, du moins est-ce l’objectif affiché, les prises de décisions des élites de tout poils (businness men, hommes politiques, militaires et même quelques ecclésiastiques) grâce à l’adage : une image vaut mille mots.

Une image vaut mille mots

En réalité, cet adage était déjà connu et certains, notamment dans l’enseignement, avait eu recours depuis les années 40, à ce que l’on peut qualifier d’aides visuelles : les fameux transparents projectés à l’aide de non moins célèbres rétro-projecteurs.
Mais l’idée révolutionnaire, issue du concept de Diffie, c’est Bob Daskins qu’il la mettra en pratique en créant en 1987 la toute première version de PowerPoint. Cette idée reposait sur la notion de « WYSIWYG » permettant ainsi au commun des mortels de créer, de manière presque ludique, ses propres présentations sans être un as du développement. Cette première version ne fonctionnait que sur Mac d’Apple, en pointe en matière d’ergonomie. En juillet 1987, Microsoft rachète la technologie Power Point et sortira la version windows 2 ans et demi plus tard.
A partir de là, les slides vont s’incruster dans les réunions puis sur le web avec des variantes humoristiques. Ils pénétreront jusqu’à l’enceinte de l’ONU où Colin Powel tentra de convaincre son assemblée de la présence d’armes de destructions massives en Irak à l’aide d’une série de slides. 

 

« Quand nous aurons compris ce slide, nous aurons gagné la guerre », dixit le Général McChrystal à propos de l’Afghanistan.

Et si une image valait mille maux !

Aujourd’hui, au moins 500 millions de personnes utilisent ce logiciel qui mêle texte, graphique, animation, vidéo ou sons, le tout de manière intuitive et ludique. Chaque jour, 30 millions de présentations sont réalisées (données 2007). Au point, – on devrait dire au power point – que certaines voix s’élèvent pour nous alerter sur le formatage de la pensée. Car le slide a ses propres codes : la règle de 7 ; 7 puces par page, 7 mots par lignes, 7 à 10 pages de présentation, 7 à 10 minutes de présentation.
Le discours est donc réduit, simplifié à l’extrême tout en permettant d’éluder les points délicats. En 2006, un expert en communication graphique, Edward Tufte, a démontré que, en occultant certaines informations essentielles, l’usage de PowerPoint avait sa part de responsabilité dans l’explosion de la navette Columbia de la NASA. Plus récemment, James Mattis, général des Marines soupçonnait PowerPoint de nous rendre stupide tandis que son collègue le général McChrystal a même accusé PowerPoint d’être le principal ennemi de l’armée américaine.

A « bullets » rouges…

Ennemi ou ami, les aides visuelles ont envahi les salles de réunions ou de conférences du monde entier et personne n’imagine désormais une démonstration de quoi que ce soit sans cet outil si populaire qui rassure autant le conférencier que l’assistance dont l’attention ne sera pas trop sollicitée. Comme Check Point Charlie, le Power Point est le passage obligé d’un monde qui prend ses décisions à coups de « bullets ».  Que celui qui n’a jamais senti le vent du « Bullet » lève le doigt…de la souris !


Etapes clés, en moins de 7 bullets !

  • 1980 : Les laboratoire Bell achète la première imprimante Laser Canon controlée par ordinateur pour un coût de l’ordre du million de dollars;
  • 1981, première utilisation d’un programme informatique pour réaliser une présentation ;
  • 1987 : version 1.0 de Power Point, sur Mac ;
  • 25 février 1992 : première utilisation publique d’une présentation Power Point via un ordinateur portable a eu lieu à l’hotel Regina à Paris;
  • 2001 : Le New Yorker consacre un article à PowerPoint : Comment un logiciel édicte nos pensées ?

A regarder pour mieux comprendre :


A voir et à lire pour aller plus loin qu’une présentation PowerPoint:
 

  • Du danger des présentations PowerPoint – un article de Frédéric Pisani, journaliste indépendant, sur son blog « Transnet » du journal Le Monde.
  • Devez beau, riche et intelligent, avec PowerPoint, Excel et Word – Prenant la suite Microsoft Office comme prétexte, avec le recul de l’expérience, un humour féroce et une mauvaise foi assumée, Rafi Haladjian dénonce la Certitude élevée au rang de vertu cardinale. Il rend surtout grâce à cette Incertitude paisible et décomplexée qui permet de s’adapter en toutes circonstances. Acheteurs et vendeurs de certitudes, personne n’est épargné investisseurs, financiers, commerciaux, consultants, entrepreneurs naïfs ou malhonnêtes… « Beau, riche et intelligent », Rafi Haladjian l’est déjà. En 1994, il fut l’un des pionniers de l’Internet en France. Il est l’un des acteurs les plus visionnaires et les plus iconoclastes du paysage technologique français. (Livre gratuit à télécharger au format PDF)
  • La pensée PowerPoint : Enquête sur ce logiciel qui rend stupide – Qui est aujourd’hui l’ennemi numéro un de l’armée américaine ? Les Talibans ? Al-Qaida ? L’Iran ? Non, l’ennemi, c’est PowerPoint, comme l’a affirmé, en avril 2010, le général des Marines James N. Mattis, selon lequel « PowerPoint nous rend stupides ». Franck Frommer présente la première enquête sur ce logiciel devenu incontournable. L’auteur, qui évolue depuis des années dans la « culture ppt » a visionné des centaines de présentations et analysé en profondeur la « pensée » PowerPoint, avec ses listes à puces, ses formules creuses et sa culture du visuel à tout prix. Où il apparaît que PowerPoint se révèle une puissante machine de falsification et de manipulation du discours, transformant souvent la prise de parole en un spectacle total où la raison et la rigueur n’ont plus aucune place.