jeudi, 24 juin 2021

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Le premier jour du début de la fin de la vie privée

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19 janvier 1953

Aux frontières du réel


19 janvier 1953 : le premier jour du reste de notre vie…cathodique !

Ce jour-là est à marquer d’une croix blanche dans le carnet rose de la télévision noir et blanc naissante.

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Pour la toute première fois dans l’histoire du divertissement, le réel se confond à la fiction et donne naissance au précurseur de la télé-réalité[1]. Cet heureux événement est celui d’une naissance qui a lieu à la fois dans le monde réel et dans un monde imaginaire, celui de la première série télévisée : I love Lucy.

I love les séries TV…

Mais rembobinons le film. Le 15 octobre 1951, la chaine de télévision CBS diffuse le premier épisode de ce qui est considérée comme le tout premier sitcom, I Love Lucy. Durant 6 ans, 180 épisodes, tournés en public, seront diffusés, avec un succès audience –en données relatives- presque inégalé encore aujourd’hui.

Au cours de la seconde saison de la série, comme on dit aujourd’hui, Lucille Ball, l’actrice principale de la série qui incarne Lucy Ricardo, – une femme quelque peu extravagante qui rêve de troquer sa vie de ménagère pour celle d’artiste-, se retrouve enceinte. Les scénaristes ont alors l’idée d’intégrer cette grossesse au scénario. Trouvaille d’autant moins fortuite que c’est son mari dans la vie réelle, Desi Arnaz, qui joue son conjoint. Plus fort, ils vont jusqu’à faire coïncider la naissance télévisuelle de l’enfant de la série, Little Ricky, avec le jour où l’actrice donne naissance à son bébé. Succès au-delà des espérances puisque 72 % des foyers américains (42 millions de téléspectateurs) dotés d’une télévision assistèrent à l’épisode mémorable.

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Ce jour là, on assistera à la mort d’un tabou et à deux naissances : celle du second enfant de la star de la première série tv et celle du concept de la télé-réalité , ultime avatar des sitcoms.

Quant au tabou, il faut réaliser qu’à l’époque, aux Etats Unis, le terme même de grossesse était banni des médias. L’épisode sera donc baptisé « Lucy is enceinte », in french, pour brouiller le décodage de l’américain moyen !

Le début de la fin des directs !

Mais cette naissance simultanée on-air et « on the table », comment était-ce possible ? C’est là qu’interviennent la technique…et la ténacité de l’actrice Lucille Ball.

Jusqu’alors, les émissions étaient toutes diffusées en direct pour des raisons techniques. Mais sous l’impulsion de l’actrice, la production accepta de tourner dans des conditions proches du cinéma, avec 3 caméras, en différé, en 35 mm et à Hollywood.

Résultat : Lucille et lucy, le personnage qu’elle incarnait, accouchaient conjointement des premiers faux-jumeaux de l’ère médiatique.

Comme un bonheur ne vient jamais seul, I love lucy, permit aussi à la télévision d’entrer dans l’ère industrielle. Les principes techniques utilisés, et notamment l’enregistrement, ont rendu possible le montage mais aussi les rediffusions puis la commercialisation à travers le monde.

Une nouvelle naissance était donc annoncée, celle du média de masse.

Des sitcoms à la Télé-réalité

Depuis, la famille des sitcoms, telenovela et autres soap-opéra, s’est agrandie. Si l’on s’en tient au dernier rejeton, la télé-réalité, au delà d’I Love Lucy que l’on pourrait qualifier de pilote, le premier véritable programme de ce registre a été diffusé en 1973 : « An American Family ».

Il s’agissait de suivre la vraie vie de vrais gens sur des longues périodes. 25 ans plus tard, apparaît une nouvelle génération de divertissement avec « Expedition Robinson », une sorte de Koh Lanta à la sauce suédoise. Mais c’est le 26 avril 2001 que vole vraiment en éclats la frontière entre la vie publique et la vie privée : Loft Story envahit les esprits, les médias et les écrans.

Cette fois, les individus, en quête de toujours plus de transparence et de sensationnel, acceptent de livrer à la petite lucarne ce qu’ils ont de plus intime . Le téléspectateur vient peut-être de franchir pour la première fois le rubicon de l’omni-surveillance.

Désormais, le phénomène tisse sa toile sur le web. Avec des sites comme Twitter -site de microblogging permettant de publier des messages de type SMS-, certaines stars jouent leur propre paparazzi en postant elles-même leurs photos ou messages intimes. C’est le cas de Demi Moore ou de Britney Spears qui n’hésitent pas à communiquer à leurs adeptes ou suiveurs, comme on dit sur la Twittosphère, des photos très personnelles,en petite culotte par exemple, ou des reflexions… très impersonnelles : je suis en train de regarder un DVD.

Microblogging mais maxi suiveurs, plus de 600 000 fans de la twittophile Demi Moore, restent ainsi connectés en permanence à leurs idôles, qu’il s’agisse de la montée des marches à Cannes ou de leurs faux pas quotidiens.

Autant rendre public ce qui ne restera pas privé pour éviter de se priver du public : tel semble être le mot d’ordre, en 83 caractères, de la nouvelle vague du web participatif. Du postérieur à la postérité, il n’y a finalement qu’un post.


Lorsque la télé-réalité fait tomber un tabou absolu

Le 21 décembre 2011, la chaîne publique néerlandaise Nederland 3 a prévu de diffuser une émission où le cannibalisme aura le droit de cité ! Ce soir là, deux présentateurs, Dennis Storme et Valerio Zeno, mangeront chacun un morceau (tout petit morceau) de chair de l’autre, en référence à la catastrophe aérienne survenue dans les Andes en 1972. Catastrophe au cours de laquelle les rescapés ont procédé à des actes de cannibalisme pour survivre.
Pour mener à bien cette toute première douteuse, un chirurgien prélèvera un morceau de chair à chacun des protagonistes, qui sera ensuite cuit par un cuisinier. Désormais, on ne se prive plus de rien même du plus mauvais gout; le premier jour du début de la fin des derniers tabous !

Publié le 28 décembre 2011


Un os à regarder

Dog TV est la toute première chaîne de télévision destinée aux chiens de tous poils ! Elle a été inaugurée fin février 2012 à San Diego (Californie), paradis terrestre des toutous.

Lancée par la société israélienne Jasmine Group, cette chaîne consultable sur le cable, s’adresse bien aux chiens et non pas à leur maître. En revanche, l’abonnement, d’environ 5 dollars, lui est bien réglé par leur maître !

La chaîne dispose en portefeuille de 800 sujets de 3 à 5 minutes spécialement conçus pour le meilleur ami de l’homme. Rien n’ a été laissé au hasard : les images sont colorisées pour une meilleure perception de l’animal, le son est amplifié pour attirer son attention et le tournage est en caméra « subjective », d’un point de vue animal s’entend !

La technique joue également un rôle non négligeable, grâce à l’avénement des écrans sans tube cathodique qui, en évitant le scintillement, convient bien mieux à nos amis les bêtes.

Ron Levi, le concepteur de ce projet, est parti d’une intuition et d’un constat : d’une part, les chiens supportent mieux la solitude grâce à ces programmes spécialement conçus et d’autre part, le marché était vierge de ce type de programmes.

Mais Ron ne se lance pas dans l’aventure tête baissée. Il s’est entouré d’experts comme Nicholas Dodman, un comportementaliste de la race canine ou de Victoria Stilwell, une dresseuse de chiens. Il a réalisé une batterie de tests qui démontrent par exemple que les chiens détestent entendre les aboiements à la télé. Il peut alors construire sa programmation autour de 3 catégories : les sujets relaxants, ceux au contraire stimulants et enfin, ceux qui incitent le chien à se comporter correctement.

Si « l’audience » est au rendez-vous, la couverture sera étendue à l’ensemble des Etats-Unis puis probablement tester au Japon, autre grand marché des animaux de compagnie. Enfin, le concept pourrait étendu à d’autres animaux. Car quand on aime, on ne compte pas…le nombre de pattes.

Publié le 28 mars 2012


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Quelques dates à retenir :

  • 1923, l’anglais John Baird réalise le premier téléviseur digne de ce nom qui porte à ce stade que sur l’image… Le son viendra plus tard;
  • 11 septembre 1928, diffusion de la première dramatique aux Etats-Unis, en simultanée à la radio pour le son;
  • A partir du 30 septembre 1929, une émission quotidienne est diffusée de Londres;
  • 26 avril 1935, première émission de la télévision française;
  • 9 octobre 1950, le tout premier feuilleton de la télévision française, L’Agence Nostradamus réalisée par Claude Barma;
  • 1954, premier magnétoscope professionnel;
  • 1959, L’homme invisible ouvre la voie, au Royaume-Uni, au genre de la Science-fiction ;
  • 1978, Dallas inaugure le concept du Soap-Opéra, principe du feuilleton fleuve.
  • 6 novembre 2001 (14 septembre 2002, en France), 24 heures chrono introduit la notion de temps réel.

1 – La télé-réalité repose essentiellement sur deux fondements : montrer la vie privée et réelle, en la scénarisant pour la rendre plus croustillante et, d’autre part, ne plus recourir à des comédiens mais simplement à des acteurs de leur propre vie à qui l’on promet, grâce à leur participation, notoriété et une vie meilleure. A sa manière, I love Lucy développe le premier volet mais pas encore le second.



A visionner :

Quand la téléréalité se met à nu…


A lire et à consulter pour aller plus loin :
  • Lucille Ball – I Love Lucy [Import anglais] – 5 DVD, 16 épisodes, le tout premier sitcom ! L’immense succès de I love Lucy incita de grands acteurs de l’époque à participer à certains épisodes, parmi lesquels : William Holden, Bob Hope, Rock Hudson, Harpo Marx ou encore Orson Welles.
  • Dictionnaire des séries télévisées – L’ambition de ce Dictionnaire des séries télévisées est avant tout de répondre à une demande, à une curiosité, et de le faire avec un maximum de rigueur scientifique d’une part, et un vrai commentaire critique d’autre part. Chaque notice présente les informations techniques indispensables (créateur, acteurs, production, diffusion…), une note entre 0 et 4, un « pitch » de départ dressant les grandes lignes de la série, et l’opinion de l’auteur – toujours personnelle. Plus de 3 200 entrées traitent de la totalité des séries diffusées en France depuis l’origine de la télévision et de quelques séries étrangères (une trentaine) jamais programmées à la télévision française mais considérées par les auteurs comme particulièrement importantes.
  • Séries On Air, le site de l’actualité des séries TV.

Miku : la toute première diva virtuelle…et sans caprice !

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Posté par fabrice
 

31 août 2007

 

La 1ère diva « chant pour chant » virtuelle !

Les Divas bien en chair, aux poumons et à l’ego surdéveloppés, ont-elles du souci à se faire face à une nouvelle race de stars, filiformes, au répertoire surdimensionné…et surtout à l’existence aussi virtuelle que collective ?  Hatsune Miku, l’égérie virtuelle japonaise qui remplit les stades, est-elle un prototype de ces nouvelles wiki-célébrités ?

 

Elle s’appelle donc Hatsune Miku. Son nom, en japonais, signifie « premier son du futur ». Elle est née le 31 août 2007. Dès sa naissance, elle mesurait 1.58 mètre, pesait 42 kilos et…était âgée de 16 ans ! !

Surtout à peine née, elle chantait déjà divinement, selon ses admirateurs. En effet, elle disposait d’un spectre vocal et un répertoire supérieur à n’importe quelle cantatrice ! Mais qui est-elle ?

La toute première égérie collective qui ouvre une nouvelle voie…

La toute première vocaloïd ou, si vous préférez, la toute première cantatrice numérique. Une diva du futur qui se produit sur les scènes du monde entier sous forme d’hologramme.

Ses « géniteurs » sont Yamaha et surtout Crypton Future Media. Yamaha a, dès 2003, développé un programme de synthèse vocale appliquée à la musique appelé Vocaloïd. La société Crypton Future Media, quant à elle, a mis au monde ou si vous préférez, mi sur le marché, un logiciel permettant de composer des chansons à partir de la voix de Hatsune Miku. C’était le 31 août 2007.

Mais le véritable coup de génie de Crypton fut d’associer à ce programme vocal une image issue de l’univers des mangas.

Résultat : une chanteuse à la silhouette filiforme, éclairée par d’immenses yeux verts que viennent encadrer deux couettes vertigineuses de cheveux bleu  « mer du sud » et qui s’habille en Louis Vuitton ! Ce qui ne l’empêche pas d’être lookée comme une lycéenne japonaise chic mais sexy avec une jupe plissée ultracourte.

Tout pour plaire à ses fans. Et ils sont nombreux.

La première cantatrice sans caprice ?

En moins de 6 ans, Miku est devenue un phénomène de société d’abord au Japon puis planétaire et collectif. Pour la toute première fois, une star de showbiz, pour ne pas dire une diva, est le résultat d’une création collective partagée.

Car Crypton Future Media a eu l’idée de créer ce personnage en « open source » (sous licence mais en libre accès, à condition de respecter certains codes de couleurs ou d’apparence physique).

Du coup, fans et artistes de tout poil et tout horizon se déchainent pour la faire vivre. Des milliers de fans s’emparent de chansons créées par d’autres pour les remixer ou en créer de nouvelles, les filles adeptes du cosplay (1) se déguisent comme Miku.

A partir de 2008,  le logiciel Miku Miku Dance permet de lui fabriquer à l’envie des clips. Résultat près d’un million de vidéos postées à ce jour et un répertoire de plus de 100 000 morceaux.
« Ce sont ses fans qui lui attribuent sa personnalité et son répertoire » explique Joffrey Collignon, l’animateur du site français vocaloid.fr.

Autrement dit, ce n’est plus la star qui impose ses caprices. Un retournement complet de tendances.

La toute première star internationale virtuelle

Succès et célébrité sont au rendez-vous. En 2010, une compilation de ses chansons les plus populaires la propulse en tête du hit-parade japonais. Et puis, tout s’enchaine : concerts et tournées.

Le 2 juillet 2011, a lieu son tout premier concert hors du Japon. Il est organisé au Nokia Theatre de Los Angeles, immense salle aux plus de 7 100 places. Pas de doute, la virtuelle Miku remplit réellement les stades en Asie et aux Etats-Unis où elle est souvent accompagnée de vrais musiciens. En France, elle fait sa toute première apparition mi-novembre 2013 au Théâtre du Chatelet. Bref, que de « premières » pour un être virtuel mais au succès bien réel.

Cela engendre un business où se mêlent talents, fans et professionnels comme des vidéastes, des graphistes, des coiffeurs, des costumiers. Un business qui se chiffre déjà en centaines de millions de dollars.

La toute première wiki-célébrité

Sans être la première ni la seule vocaloïd, la force de Miku est d’être la propriété de personne et d’avoir un jolis minois et d’être bien entouré…technologiquement parlant.

Miku est déjà entrée dans l’histoire (2). C’est du moins l’avis du professeur Ian Condry, professeur au MIT et spécialiste de la culture populaire japonaise. « Elle est la première Wiki-célébrité de l’histoire, une égérie créée collectivement et qui fonctionne pour la communauté de ses créateurs comme une sorte de média libre. Elle montre ce que le partage et le dialogue, dans un environnement ouvert et libre de mercantilisme, peuvent réaliser ».

Sans nul doute, elle annonce une nouvelle ère dans l’industrie de la musique où les pop-stars deviennent de vraies stars populaires : une créature du peuple et pour le peuple. Pour la toute première fois, les caprices changent de camp !


 « The end » : le premier opéra post-humain

miku opéra The end« The End » est premier opéra vocaloïd. Un spectacle qui utilise 7 projecteurs numériques, 7 ordinateurs et des dizaines d’ingénieurs (2).

Nous ne sommes pas dans le psychédélique mais plutôt dans une méditation métaphysique portée par une musique électronique.   Son auteur, le japonais Keiichiro Shibuya, a été bouleversé par la voix de Miku qu’il compare à celle d’un fantôme.

Cette voix lui fait revivre celle de sa femme, Maria, qui s’est suicidée l’année qui a suivi la « naissance » de Miku.  Ce n’est donc pas étonnant que la mort soit au cœur de cet opéra.

Toutefois, n’y a t-il pas un paradoxe à mettre en scène la mort en s’appuyant sur un être qui ne peut mourir sauf par un bug informatique ?

 

 


1 – Pratique, très courue au Japon, qui consiste à jouer le rôle de ses personnages préférés (héros de mangas, de films, de jeux vidéo…) en adoptant leur style vestimentaire, leur coiffure, leur maquillage…
2- Article Digital Diva – Obsession, Supplément du Nouvel Observateur – 14 novembre 2013 


A visionner pour tout comprendre :

Woodstock : toutes premières notes pour nouvelle ère…

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Posté par fabrice
 

1967

J’ai rêvé d’un autre monde…

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Dès 1860, Baudelaire avait flairé qu’à défaut de paradis terrestre, on se tournerait de plus en plus vers les paradis artificiels[1]. Rimbaud, Hermann Hesse, Henry Miller, Aldous Huxley et quelques autres ont, sur son chemin, entrouvert les portes d’une nouvelle perception[1] où l’imaginaire se substituerait de plus en plus au réel.

Nouvelles perceptions pour nouvelles aspirations mais surtout nouvelles partitions. A partir des années 60 (le mouvement est même amorcé dès le milieu des années 50 avec les Hispter et les Beatnick) les musicos –et quels musicos !- vont prendre le relais des écrivains et poètes pour promouvoir un nouveau mode de vie. Le mouvement va donc changer de rythme ! Ainsi malgré des ingrédients vieux comme le monde : musique, littérature, philosophie et drogue plus ou moins hallucinogène, un air nouveau se met à souffler sur les champs en fleur de la contre-culture. Ceux-ci sont irrigués par une jeunesse éprise de liberté et d’égalité. Pour la toute première fois ce n’est plus l’appartenance à une classe sociale qui compte mais à une classe d’âge [2]. Les barrières conventionnelles sautent pour un voyage vers l’inconnu.

« Nous sommes les primitifs d’une culture inconnue »

Tout a vraiment commencé le 14 janvier 1967 en Californie. Ce jour-là, les adeptes de cette contre-culture, du psychédélisme et de la musique rock, se donnent rendez-vous dans le Golden Gate Park de San Francisco, l’épicentre du mouvement hippie et de la jeunesse contestataire. Ils sont 30 000 et vont participer à ce que certains appelleront le tout premier Be-In de l’humanité.

Tous les ingrédients des futurs grands concerts sont déjà là : improvisions musicales, sandwichs cette fois distribués gratuitement, circulation de drogue, en l’occurrence de LSD (encore légal), enfants perdus dans la foule, service d’ordre assuré par les Hell’s Angels, levée de fonds contre la guerre du Vietnam et déclamation de la caution poétique de la manifestation : Gary Snyder. Celui-ci ouvre l’événement en affirmant : « nous sommes les primitifs d’une culture inconnue ». Le ton est donné et, qu’on le veuille ou non, cela va changer de note.

Summer of love ou l’été de tous les possibles

Mais il ne s’agit que d’une répétition. Le tout premier véritable festival de rock se tient en effet mi-juin de la même année, à 150 km de San Francisco, au Monterey County Fairground. Au programme plus de 30 artistes, dont les Who, Jimi Hendrix, The Jefferson Airplane, The Gratefuk Dead, Simon & Garfunkel. La fine fleur du mouvement hippie est là ; bon enfant, dès lors qu’on lui donne de l’amour et de l’herbe.

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San Francisco et son quartier phare d’une jeunesse gorgée d’espoir et d’utopie, Haight-Ashbury (parfois désigné Hashbury) devient ainsi dès le printemps 67 le centre d’un nouveau monde en marche. En marche, oui…mais en sandalettes. Attirés par ces manifestations dont la presse en fait peu ou prou la publicité selon ses affinités, 100 000 jeunes du monde entier affluent. Haight-Ashbury et les environs deviennent les premiers lieux underground de l’histoire. Tout y est libre et presque gratuit : la nourriture, la drogue, l’amour…et même la santé. Et il faut en avoir, car la liberté n’est pas de tout repos et les accidents d’overdoses ne sont pas rares.

Étudiants, fugueurs, aficionados du rock, dealers, hippies de la première fleur, activiste politiques, tous veulent vivre cette aventure sociale sans précédent. Pourtant, la renommée provient essentiellement du bouche à oreille. Là aussi, il s’agit d’une première : le tout premier buzz, en quelque sorte.

Cet happening durera le temps d’un été et deviendra célèbre sous le label : Summer of love.

Quand la musique modifie les mœurs

La musique sert de vecteur à cette clameur provenant d’une jeunesse aspirant à une nouvelle ère portée par de nouveaux airs. La chanson San Francisco et celle des Beatles « All you Need Is love » en seront les symboles.

N’étant plus à une contradiction près, la musique vise à se libérer de toutes entraves culturelles tout en s’appuyant sur un héritage musical cosmopolites –blues et rythm and blues issues le plus souvent des minorités. Finis les vieux rock’n roll bien sages avec 3 accords de guitare, place au rock psychédélique et autre acid-rock. L’heure est à l’improvisation et aux variations électro-acoustique qui irriguent encore aujourd’hui notre univers musical.

Voulant réécrire les règles du monde, finalement le mouvement hippie va surtout réécrire de nouvelles partitions qui connaîtront leur heure de gloire avec le festival de Woodstock.

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Woodstock : Three days of peace and music

Pour ces trois jours de paix et de musique, slogan de Woodstock, ils sont tous là ou presque : Jimi Hendrix, les Who, Santana, Jefferson Airplane, Crosby, Stills and Nash, Joe Cooker, Janis Joplin, Richie Havens, John Baez, Grateful Dead et bien d’autres.

Du vendredi 15 au lundi 18 août 1969, dans la petite ville de Béthel, à quelques 100 km au nord de New York, Woodstock construit sa légende. Quatre jours qui deviendront le plus grand moment de l’histoire de la musique populaire. Un baptême collectif où convergent plus de 400 000 adeptes du pacifisme de la sexualité libérée, et du mysticisme oriental ; le tout inondé à la fois de musique rock and folk, de boue et de pluie.

L’ampleur du succès engendrera des difficultés d’accès à la fois pour les participants (plus du double que prévu avec de gigantesque embouteillages) comme pour les artistes qui furent, pour certains, acheminés par hélicoptère. En revanche, contre toute attente, pas de drame à déplorer en dehors d’un décès par overdose et d’une personne écrasée par un tracteur.

En dépit du fiasco économique, impossible de faire payer comme prévu les « festivaliers » (John Roberts, l’un des 4 initiateurs du projet perdit dans l’affaire plus de 2 millions de dollars) et logistique (vivres, sanitaires, sono tout était sous dimensionné), Woodstock restera dans les esprits comme le tout premier événement musical communautaire et planétaire.

De la contre-culture à la culture du profit

Ironie de l’histoire, à partir de cet instant anti-conventionnel s’il en est, la musique va rentrer dans le droit chemin de l’industrialisation et du business, notamment celui tout nouveau des produits dérivés. Pour Pierre Delannoy[2],  » Woodstock c’est le début de la fin : la récupération et la marchandisation de l’idéologie hippie ».  Jusqu’ici libre et spontanée, la production musicale va interesser les maisons de disques dont les Majors seront présentes sur le festival. Dès lors, l’innovation marquera le pas au profit du business, avec comme objectifs maximiser hits et disques de platine.

La plupart des festivals héritiers de Woodstock poursuivront donc cette logique commerciale tandis que le mouvement hippie va connaître un atterrissage en douceur.

Néanmoins le Peace and love est entré irrémédiablement dans les mœurs avec le concours d’une musique sensée les adoucir…quoi que !

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Le T-shirt devient à partir des années 60, l’objet fétiche des fans, ouvrant la voie aux tout premiers produits dérivés.

Principales dates à retenir :

  • 1959, création de l’émission Salut les Copains;
  • 1963 : premier grand concert en France (place de la Nation) avec les vedettes de l’époque, rassemblant 100 000 personnes;
  • 1963 : Festival de Newport;
  • 1967 : festival de Monterey et le Summer Of love de San Francisco;
  • 6 octobre 1967 : fin du Summer of love, symbolisé par des funérailles;
  • 1969 : Festival de Woodstock…et premiers seins nus sur les plages de Saint Tropez ;
  • 1970 : Festival de l’Ile de Wight;
  • 1970 : sortie du documentaire « Woodstock » de Michael Wadleigh et morts liées à la drogue de Jimi Hendrix et de Janis Joplin;
  • 1971 : mort de Jim Morisson d’une overdose;
  • 1975 : sortie « Tommy » de Ken Russel, d’après l’œuvre des Who;
  • 1980 : assassinat de John Lennon;
  • 1982 : sortie de « Pink Floyd The Wall » d’Alan Parker;
  • 1991 : Au cinéma, sortie de « The Doors », d’Oliver Stone, retraçant l’histoire du groupe;
  • 1994 : nouveau festival Woodstock;
  • 1996 : début de la vague post-rock;
  • 1999 : Woodstock fête les 30 ans de Woodstock;

1 -Charles Baudelaire publie « les Paradis artificiels » en 1860, ouvrage dans le lequel il étudie l’influence des drogues hallucinogènes sur l’inspiration poétique; Aldous Huxley publie en 1954 « Les portes de la perception », influencé par le modern jazz, musique en rupture avec l’univers musical de l’époque et déjà largement marquée par la drogue.

2- « Woodstock marque le début de la récupération de l’idéologie hippie » – Pierre Delannoy, auteur de l’Aventure hippie (Poche 10/18) – Le Monde; interview conduite par Mael Inizan- 14 août 2009


A visionner avec plaisir : Le film complet de Woodstock en plusieurs parties, avec ici la première partie :

Bande annonce du film Taking Woodstock, ou comment se faire du blé avec de l’herbe et du son…

Actualisé le 16 août 2009


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Woodstock 1969-2009 : les quarante ans du mythique festival de Woodstock qui fut, du 15 au 18 août 1969, le symbole de la mouvance hippie et de la contre-culture amériacaine. Le dossier anniversaire du Nouvel Observateur !
  • Woodstock : 3 jours de musique et de paix – coffret 4 DVD Ils vinrent des quatre coins du monde. Ils étaient presque un demi million rassemblé sur un champs du comté de Sullivan, dans l’état de New York. Pendant 3 jours, ils vécurent, mangèrent, dormirent côté à côte. Mais surtout ils écoutèrent de la musique et quelle musique ! Michael Wadleigh et son équipe de 12 cameramen ont capturé les meilleurs moments du plus grand concert jamais organisé.
  • Woodstock vu par 10 artistes 40 ans après, 10 artistes évoquent Woodstock en vidéo. Les Beastie Boys, Esser, Little Boots, Chris Garneau… Ils ont tous en commun de ne pas avoir assisté au festival de Woodstock du 15 au 17 août 1969, pour cause ils étaient trop jeunes. Ils ont tous en commun d’avoir eu quelque chose à dire sur cet événement. Pour fêter les 40 ans de Woodstock, 10 artistes qui ont marqué l’année 2009 évoquent devant les caméras de Fluctuat.net le festival en souvenirs, images et titres et s’improvisent programmateurs d’un jour… pour un potentiel et rêvé Woodstock en 2009.
  • En route vers Woodstock : De Kerouac à Dylan, la longue marche des babyboomers Tandis que cinq cent mille jeunes Américains sont perdus dans le bourbier de la guerre du Vietnam, cinq cent mille autres se rassemblent à Woodstock pour trois jours de paix, de musique et d’amour, à la mi-août 1969. A travers l’histoire du festival, Jean-Marc Bel dresse le portrait de la génération des babyboomers.

Premier événement culturel extra-terrestre !

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28 août 2012

Ca bouge grave dans l’espace !!

 

Le mardi 28 août 2012 est une vraie grande première « culturelle ». Pour la toute première fois dans l’histoire de la musique…et de l’humanité, une promo d’un disque est lancée d’une autre planète que la Terre. Moins d’un an plus tard, on assiste au tout premier clip vidéo à jamais enregistré hors de notre planète.

Le chanteur Will.I.Am

C’est la planète rouge, Mars, qui a l’immense honneur d’inaugurer cette promo d’un nouveau genre. Et c’est le chanteur Will.i.am du groupe Black Eyed Peas, féru de science, qui immortalise ce tout premier lancement interplanétaire.

« Reach for the stars »

Mais tout le mérite en revient au robot Curiosity et surtout aux ingénieurs de la Nasa, qui, pour un instant, sont devenus ingénieurs du son.

Un baladeur numérique à 2,6 milliards de dollars comme le souligne le journaliste Fabrice Pliskin (1) qui va pulvériser le record de performance des effets des boites de nuit en acheminant la musique à travers un voyage aller-retour de 114 millions de km, entre le Jet Propulsion Laboratory de la Nasa à Pasadena (Californie) et la planète rouge.

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Pour la circonstance, le chanteur Will. I. am a mis les grands moyens : 40 musiciens pour un single « Reach for the stars » qui, de l’avis des « musicos », ne devraient pas cependant rester dans les annales de la musique.

Pour autant l’événement marquera d’une croix blanche l’agenda culturel encore assez dégagé de la planète rouge !

Au-delà de cette polémique sur la qualité de cette première oeuvre musicale interplanétaire, il y a déjà des esprits critiques qui y décèlent  un hymne dissimulé à la militarisation de l’espace.


 Ca tourne grave dans l’espace !

Space Oddity de David Bowie(1969) restera comme étant la première chanson enregistrée en apesanteur et à plus de 300 kms au-dessus de nos têtes.

Tout premier clip de l'espaceCette grande première « culturelle », on la doit au commandant de la Station Spatiale Internationale (ISS), le Canadien Chris Hadfield. Sans doute, le plus médiatique des astronautes et le plus connu des internautes, Chris a ainsi voulu fêter à sa manière la fin de sa mission -qui a duré 146 jours-, c’est à dire comme une star au milieu des « stars » de l’espace, autrement dit, les étoiles.

Accompagné d’une guitare, l’astronaute, artiste/interprète a entonné la chanson en se filmant dans différents endroits de la Station spatiale.

Résultat : un clip vidéo d’un peu plus 5 minutes (voir vidéo ci-dessous) dont le montage, l’ajout du piano et le mixage ont été réalisés sur Terre. Et, en quelques heures, la vidéo a déjà été visionné par plus d’un demi-million d’internautes.

Heureusement pour Chris,rentré sur Terre le 13 mai 2013, via une capsule Soyouz, il ne subira pas le triste sort (malgré la date 13 /5 /2013, qui ferait frémir plus d’un superstitieux) du Major Tom. En effet, l’héros de la chanson de Bowie, après un décollage réussi, connait des problèmes techniques et se résout à errer dans l’espace…

Il n’y a pas à dire, l »espace nous réserve bien des surprises; après les cordes cosmiques connues des scientifiques, voici donc les cordes vocales !


 Le chant des étoiles

  • En 1972, pour le dernier matin de son séjour lunaire, l’équipage d’Apollo est réveillé au son de la musique d’ »Ainsi parla Zarathoustra » de Richard Strauss, rendue célèbre par le film « l’Odyssée de l’Espace ». Pour la toute première fois, une musique est écoutée hors de la planète Terre !
  • En 1977, les sondes voyager 1 & 2 emportent dans « leurs bagages » 27 morceaux de musique, comme témoignage de la culture humaine destinés à d’hypothétiques extra-terrestres ;
  • En 1995, l’astronaute canadien Chris Hadfield, utilisant une guitare pliable embarquée sur la station Mir, est le premier « musicos » de l’espace ;
  • En 2004, la sonde Huygens envoyée vers Titan, un des satellites de Jupiter, par l’Agence spatiale européenne, contient un CD comportant 4 titres de musiques instrumentales composés par Julien Civange et Louis Haéri ;
  • En 2005, le cosmonaute russe Valeri Tokarev et l’astronaute américain Bill McArthur sont réveillés par Paul McCartney qui joue à leur intention, en concert depuis la Californie, « Good Day Sunshine » ;
  • En 2008, pour fêter son cinquantième anniversaire, la Nasa diffuse vers l’étoile Polaire, située à 431 années-lumière un titre des Beatles : « Across the Universe » ;
  • En 2012, le robot Curiosity sur Mars diffuse chaque jour un tube différent dont le premier sera « Fly me to the moon » et lancera, le 28 août 2012, une grande première, le nouveau single de Will.i.am, « reach for the stars ».
  • Mai 2013, le tout premier clip de l’espace, un « remix » d’une chanson de David Bowie datant de 1969
actualisé le 15 mai 2013

1 – « Fiesta sur mars », article de Fabrice Pliskin – Nouvel Observateur N° 2496 – du 6 septembre 2012


A visionner pour le plaisir :

Les tout premiers dessins animés…

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A partir de – 35 000 ans

La préhistoire fait son cinéma !

 

Panneaau des Lions de la grotte de Chauvet

Panneaau des Lions de la grotte de Chauvet

Et si les grottes préhistoriques de Dordogne renfermaient les tout premiers « studios de cinéma » de l’histoire ! Non, preuve à l’appui, ce n’est pas du cinéma. Moteur !

Scène 1 : le thaumatrope.

De quoi s’agit-il ? Un thaumatrope n’est ni une espèce de dinosaure ni une divinité préhistorique ni un traumatisme quelconque. Il s’agit tout simplement d’une sorte d’instrument optique qui exploite la persistante rétinienne pour produire l’illusion d’une image animée. Le terme vient du grec thauma qui signifie « prodige » et de tropion voulant dire « tourner ». Autrement dit : un « prodige tournant ».

Exemple de thaumatrope

Exemple de thaumatrope

 

La préhistoire du cinéma : un vrai prodige

Cet objet est considéré comme le tout premier jouet optique préfigurant, d’une certaine manière, la technique cinématographique. Jusqu’ici son invention, vers 1820, est attribuée à deux anglais : William Henri Fitton et à John Ayrton Paris à partir d’un concept issu de l’astronome John Herschel.

Mais voilà que des analyses récentes (1) pourraient nous conduire à faire un flash-back de 15 000 ans et nous porter à l’époque du magdalénien, donc de la préhistoire, la vraie.

 

La rondelle aux chamois avec sa cordelette

La rondelle aux chamois avec sa cordelette

On a en effet découvert sur le site de Laugerie-Basse en Dordogne une rondelle en os dite « aux chamois » perforée en son centre. Cet objet porte sur chacune des faces une position différente de l’animal, correspondant à des phases successives du mouvement de la bête.

Le chamois d’or !

Des expériences élémentaires ont permis de reproduire l’animation telle qu’elle pouvait se pratiquer à l’époque. Soit par simple manipulation de l’objet, soit en introduisant un fil de tendon naturel au sein du trou central. Le résultat produit une rotation rapide de la rondelle, avec pour effet d’animer le chamois.

D’autres objets, de factures et d’époque similaires, prouvent qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé. En témoigne la petite plaquette se schiste issue de la grotte d’Isturitz située dans les Pyrénées-Atlantiques. Celle-ci arbore deux dessins de renne, couché sur une face, debout sur l’autre.

Le principe exploitant la persistance rétinienne, qui est à l’origine de l’invention de la caméra et du cinéma, semblait, toute proportion gardée, connu de l’homme de Cro-Magnon !

Scène 2 – Le lion s’anime ce soir…

Mais remontons encore le temps jusqu’aux alentours de 30 000 ans. En examinant les œuvres pariétales de l’époque, on observe que bon nombre d’entre elles proposent des représentations dynamiques du mouvement. Technique graphique d’animation que l’on pensait être une invention récente de l’humanité. L’apanage du cinéma et des bandes dessinées.

Que nenni ! Les artistes de sites de Chauvet (-36 000 ans), et plus récemment de Lascaux (-17 000 ans), d’Altamira (-15 000 ans) de Niaux (- 13 000 ans) ou d’autres encore, en voulant « insuffler » la vie à leurs sujets, ont conçu des conventions graphiques proches de celles employées de nos jours.

Par exemple, la fresque des Lions de la grotte de Chauvet, peinte il y a 35 000 ans (voir image d’ouverture) illustre parfaitement cette narration graphique. Il s’agit d’une scène de chasse où figurent à la fois le mouvement de chaque lion mais aussi celui de la meute et du troupeau de bisons s’enfuyant.

Un autre exemple est la frise des Lions de la grotte de la Vache (Ariège) où l’on y voit une série de félins gravés sur une côte de bovidé. Il est probable que l’artiste ait voulu illustrer le même lion dans les différentes étapes de sa course.

Premiers documentaires animaliers…

Les peintres du paléolithique ont compris que mettre en scène les animaux en superposant plusieurs membres permettait de simuler le mouvement. Le trot du Cheval de la grotte de Lascaux est, sur ce principe, appuyé par le fait que le mouvement de sa tête est décomposé en 5 images illustrant des positions différentes.

Leurs intentions, à travers les tableaux successifs, étaient à l’évidence de raconter de manière illustrée et explicite les moments forts de leur existence. Tranches de vie marquées par des histoires naturelles où se mêlent accouplements, chasse et même la mort. Bref, les tout premiers medium visuels de l’histoire.

Les recherches conduites depuis une dizaine d’années démontrent que 40 % des animaux des œuvres pariétales sont représentés en mouvement. Et cela sans compter, les représentations à l’apparence plus statique mais qui s’animent sous l’effet d’un éclairage d’époque qui était constitué de torches ou de lampes à graisse.

Marc Azéma, préhistorien et réalisateur de films, en conclut « …que la plus grande partie du bestiaire pariétal devait être animée pour les artistes préhistoriques »(2).

Les tout premiers documentaires animaliers, en quelque sorte !

Mis à jour le 26 juillet 2012

La préhistoire en mouvement

Deux procédés sont employés par les artistes de la préhistoire pour animer leurs œuvres (2) et en restituer ainsi le côté vivant :
- La juxtaposition d’images, comme affubler 8 pattes à un bison (grotte de Chauvet);
- La représentation d’images successives, permettant de décomposer un cycle de mouvements tel le galop.

Intuitivement, ils utilisent la persistance rétinienne, l’une des propriétés spécifiques de l’œil qui consiste à conserver  en mémoire une image durant 50 millisecondes. Le cerveau recompose ensuite la succession d’image en une séquence donnant l’illusion d’un continuum.


Coup de tonnerre sur les coups de « pinceaux » de la préhistoire

Le titre de tout premier artiste de l’humanité pourrait bien ne pas revenir à un homme, au sens Homo sapiens, mais à Neandertal, simple cousin malheureux de l’homme moderne, disparu de la circulation voici 30000 ans environ.

Cette révélation(5), s’il elle était confirmée, bouleverserait notre conception de l’évolution humaine. L’hypothèse repose sur les dernières datations d’œuvres pariétales peintes sur les parois de la grotte d’El Castillo (nord-ouest de l’Espagne). Datations dont les méthodes incitent toutefois à la prudence. Il s’agit d’un disque de pigment rouge daté de – 40 800 ans et d’une empreinte de main négative remontant à – 37 800 ans. 

Ces premières œuvres de l’histoire ne représentent pas d’animaux ce qui suggèrent également que les premiers traits artistiques pourraient être non figuratifs comme supposés jusqu’à présent(6).    

Evidemment, considérer Neandertal comme un artiste, et qui plus est, le tout premier artiste de l’histoire, remet en cause tout l’édifice sur lequel repose la spécificité, pour ne pas dire la suprématie de l’homme, le vrai, face à ses congénères. 

Car, reconnaître que la capacité de création n’est plus l’apanage de cet homme moderne et que Neandertal en est aussi doté, c’est franchir le Rubicon « cognitif » que beaucoup de spécialistes hésitent encore à franchir. Suite à la prochaine…datation.  


1 – Théorie défendue par Jean Azéma, préhistorien, chercheur au CNRS et membre de l’équipe scientifique de la grotte Chauvet,  expérimentée par Florent Rivère, illustrateur, paléo-expérimentateur, spécialiste de la préhistoire
2-  L’origine préhistorique du Cinéma – Jean Azéma – Pour la Science N° 417  Juillet 2012
3- http://www.f-river.fr/index.php 
4 – Pour en savoir plus sur la naissance du septième art : animage.org
5- Sources :  Sciences & Avenir – août 2012 / revue Science – 15 juin 201
6- Pour aller plus loin sur ce sujet, lire l’article sur le site Hominides.com


A visionner pour mieux comprendre :
    • Principes d’animation utilisés par les artistes du paléolithique :

    • L’origine préhistorique du cinéma, par Marc Azéma :

    • Premier film érotique ! Pour le plaisir :


Pour aller plus loin :
  • La Préhistoire du cinéma : Origines paléolithiques de la narration graphique et du cinématographe…, de Marc Azéma – Ed. Errance, 2011L’auteur part des images de la grotte Chauvet pour terminer par les premiers dessins animés et l’apparition du cinéma et les films de Méliès. Un voyage fascinant à travers l’art universel, sur tous les continents, pour démontrer que les techniques « cinématographiques » ont toujours été présentes et que « l’archéologie du cinéma » est bien plus ancienne qu’on ne le croit. Un DVD complète la démonstration, en animant des images de mouvements décomposés savamment par les artistes anciens.
  • La grotte Chauvet : L’art des origines, de Jean Clottes – Ed. Seuil, 2001Le plus ancien nu féminin tracé sur une paroi date de 33 000 ans. C’est l’une des découvertes exceptionnelles livrées par la grotte Chauvet (Ardèche). Fouillée depuis 1995 par une équipe pluridisciplinaire sous la direction de Jean Clottes, elle ne sera jamais ouverte au public. Cet ouvrage scientifique très accessible a donc été conçu comme une visite permettant à tous les amateurs de préhistoire d’apprécier la grande richesse d’un tel site rupestre. De nombreuses photographies des représentations animales répertoriées en révèlent la qualité impressionnante. Des relevés d’empreintes accompagnés de graphiques reconstituent les différentes périodes d’occupation de la grotte et leur datation. Des cartes permettent de localiser l’emplacement des salles par rapport à l’ensemble du lieu. Ainsi renaissent sous les yeux du lecteur les gestes des premiers peintres et l’émotion que suscite la découverte d’un univers vieux de tant de millénaires

La toute première conquête sociale

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- 180 millions d’années

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Les avancées sociales

La conquête sociale est une des plus grandes innovations de l’évolution. Pourquoi ne concerne-t-elle si peu d’espèces en dehors des fourmis, des abeilles, de l’homme et de quelques autres espèces. Chez l’homme cette évolution s’est accompagnée d’une dimension culturelle qui fait notre spécificité et qui a donné naissance à la nature humaine : un mélange d’altruisme et d’égoïsme. Une recette qui a jusqu’à présent fait ses preuves.

Qui sommes-nous vraiment ou plutôt qu’elle est cette fameuse Nature humaine ?

L’être humain est le fruit d’une co-évolution génétique et culturelle qui a commencé il y a au moins 6 millions d’années, si l’on remonte au dernier ancêtre commun entre les chimpanzés et ce qui deviendra les humains.

Cette co-évolution est particulière puisqu’elle nous contraint à associer les impératifs personnels, donc de l’individu et ceux du groupe, autrement dit, l’égoïsme d’un côté et l’altruisme de l’autre (1)

En réalité, en matière de comportements sociaux, tout a commencé, il y a bien longtemps, entre 150 et 200 millions d’années, à l’époque de la suprématie des dinosaures.

Les tout premiers conquérants sociaux à l’époque des dinosaures

C’est à cette époque que commence l’histoire des tout premiers conquérants sociaux. Les précurseurs seront les termites dont le règne commença il y a 175 millions d’années. Puis ce fut le tour des fourmis, il y a 150 millions d’années, suivi des bourdons et des abeilles, il y a 80 millions d’années environ. Enfin, bien plus tard, l’homme que l’on peut qualifier d’animal social supérieur. Des êtres que les biologistes nomment « eusociaux ».

Ce mode d’organisation représente une des innovations majeures de l’histoire du vivant. Rare chez les invertébrés, c’est encore plus rare chez les vertébrés. Pour ces derniers, elle s’est produite au cours de l’histoire qu’à 2 reprises. Une première fois chez les rats-taupes glabres d’Afrique et ensuite dans la lignée des grands singes africains qui aboutira à l’homme.

Altruisme et esprit de sacrifice

Tous ces animaux, homo sapiens compris, ont un point en commun : ils pratiquent l’altruisme, au moins dans leur répartition du travail. Et cela, n’est pas si courant : 2% seulement des espèces d’insectes qui sont pour l’essentiel les fourmis, guêpes, abeilles et termites (2). On en trouve aussi dans d’autres espèces comme chez certaines crevettes.

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Certains ont des « emplois » qui raccourcissent leur propre existence, d’autres leur progéniture ou encore les deux. Leurs sacrifices profitent à d’autres dont c’est le rôle par exemple de se reproduire. Cette vie sociale présente de nombreux avantages : certains cherchent de la nourriture tandis que d’autres se chargent de protéger le nid. Ensemble, une colonie présente une force inaccessible individuellement comme le transport en masse de nourriture. Ensemble, ils forment une sorte de super-organisme.

Une condition sociale humaine fondée sur la culture

Mais, il va sans dire que les humains pratiquent une sociabilité très différente de celle de ces insectes qui ne sont menés que par leur instinct. Chez l’espèce humaine, cette condition sociale est fondée sur la culture.

Tandis que pour les insectes, cette vie en société s’apparente à des robots guidés par leur instinct, pour l’homme, cela va conduire à un modèle de coopération mais aussi de compétition entre les individus.

Les deux modèles sont le fruit de la sélection naturelle qui tient compte de la physiologie de chaque espèce et de leur cycle de vie. Par exemple, les insectes, vu leur taille, ne pourront jamais maitriser le feu, ce qu’a fait l’ancêtre de l’homme il y a 1 million d’années ! En outre, si un animal pèse moins d’1kg, la taille de son cerveau sera trop limitée pour produire un raisonnement.

Ceci explique que la fourmi coupe-feuille qui représente l’espèce la plus complexe après les êtres humains, capables de pratiquer l’agriculture et de développer des « villes » climatisées n’a quasiment pas évolué depuis ses 20 millions d’années d’existence.

Un savant dosage entre égoïsme et altruisme

Chez l’homme, le jeu est beaucoup plus complexe. Il mélange l’altruisme, la coopération, la compétition, la domination, la tromperie, « le retour d’ascenseur »…

Il y a donc une guerre permanente entre, d’un côté le produit de la sélection de groupe comme la vertu, l’honneur, le devoir, et de l’autre celui de la sélection individuelle que représentent l’égoïsme, la lâcheté et l’hypocrisie. Sans cette ambivalence nous ne serions pas humains. Nous serions soit des êtres eusociaux proches des robots comme les fourmis, soit des animaux sans esprit « d’équipe ».

Pour arriver à ce niveau de sophistication, il fallait un cerveau à la fois très intelligent et capable d’élaborer des stratégies d’interactions interpersonnelles. C’est cela ce qui fait notre spécificité : nous sommes capables d’exprimer nos intentions mais aussi de lire celles des autres.

La préservation du nid ou du campement à l’origine du comportement social

Toutes les espèces qui sont parvenues à l’eusocialité ont toutes, sans exception, commencé par se construire un nid –ou un campement- pour faire face à leurs ennemis. La notion de nid est importante parce que les membres du groupe sont obligés de s’y rassembler.

Chez les humains, cela est arrivé lorsque nous sommes passés d’un régime végétarien à un régime omnivore, plus riche en calories et surtout qui nous évitait de passer notre temps à chercher des fruits ou des végétaux.

Abeille butinant une fleur de lotus

L’environnement est donc primordial. On a constaté que chez les abeilles le fait de butiner un nombre important de plantes favorise ce mode de vie social et, à contrario, la spécialisation à certaines plantes pousse à une vie solitaire.

En réalité, la préservation des nids et leur ravitaillement en continu ont fait évoluer certaines espèces d’insectes vers un mode de vie « sociale » et c’est aussi probablement le cas chez l’homme. A cela s’ajoute pour l’homme, la capacité à intégrer une dimension culturelle, qui fait toute la différence.

La nature humaine : une chimère génétique

L’être humain et son organisation sociale sont intrinsèquement imparfaits.
L’homme fait partie de deux douzaines seulement de lignées animales qui ont évolué vers un mode de vie sociale, appelé eusocialité. Concrètement, cela consiste à rester ensemble au-delà de 2 générations, à coopérer ensemble, à s’occuper de la progéniture et à diviser le travail.

A la question « comment en sommes-nous arrivés là ? », le biologiste Edward o. Wilson (1) conclut : « En ce qui concerne l’organisation biologique, au niveau supérieur, les groupes rivalisent entre eux, ce qui favorisent les traits sociaux dans les membres du même groupe. Au niveau inférieur, la rivalité entre membres du même groupe suscite des comportements égoïstes. L’opposition entre ces deux niveaux de sélection naturelle a donné entre chaque individu un génotype de chimère : chacun de nous est en partie saint et en partie pécheur. »

Ainsi va la Nature humaine.

 


Il y a 3 millions d’années, qui aurait parié sur l’avenir des pré-humains ?

« Si des chercheurs extra-terrestres avaient débarqué sur la Terre, il y a 3 millions d’années, ils auraient stupéfaits de voir des abeilles, des termites et leurs termitières ainsi que des fourmis coupe-feuilles, dont les colonies étaient à l’époque les super-organismes suprêmes du monde des insectes et de loin les systèmes sociaux les plus complexes et les plus réussis de la planète.

Ces visiteurs auraient aussi étudié les australopithèques africains, (…) des primates bipèdes dotés d’un cerveau de la taille de celui de grands singes. Pas grand-chose à attendre de ce côté-là, ni ailleurs parmi les grands vertébrés, se seraient-ils dit.

(…) Ces créatures qui avaient arpenté la Terre durant les 300 millions d’années précédentes n’avaient rien donné de particulier. Les insectes eusociaux semblaient être ce que la Terre pût produire de mieux.

(…) Or il s’est produit un phénomène absolument extraordinaire. Le cerveau des australopithèques d’est mis à grossir très vite. Au moment où se situe la visite de mes extra-terrestres, il mesurait entre 500 et 700 cm3. Deux millions d’années plus tard, il avait atteint 1000 cm3. Et, encore après 1,8 million d’années, il avait atteint entre 1500 et 1700 cm3, soit le double des australopithèques ancestraux. L’Homo sapiens était apparu et sa conquête sociale de la Terre était imminente. »
Extrait de l’ouvrage « La conquête sociale de la Terre » – Edward o. Wilson – ed Flammarion / NBS – P. 71


 Le langage « fleuri » des abeilles

Danse_des_abeillesQue signifie la danse des abeilles qui dit-on indiquent à ses « collègues » une source de pollen ?

Ce code est fixé depuis des millions d’années. Ce code représente une répétition de l’itinéraire de vol que les abeilles doivent suivre pour atteindre la cible.

Par exemple, si l’abeille décrit un cercle, cela signifie que la cible est près du nid. Si la danse est plus frétillante et forme une sorte de 8 indéfiniment répétée, la cible est plus lointaine.

Le segment du milieu du huit indique la direction à prendre par rapport à l’angle su soleil. Et sa longueur est proportionnelle à la distance à parcourir.

 


1 – La conquête sociale de la Terre – Edward O. Wilson – Ed. Flammarion / NBS – 2013
2 – Aujourd’hui les fourmis sont à peu près un million de fois plus nombreuses que les humains et pèsent autant qu’eux !


A visionner pour mieux comprendre :