dimanche, 24 octobre 2021

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

B. De 1300 à 1900

La toute première fois où l’on dépasse les bornes des limites

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1883

On n’en a pas fini avec les infinis

Si l’infini peut paraître long, surtout sur la fin, pour paraphraser Woody Allen évoquant l’éternité, c’est, avant tout, sa compréhension qui fut longue à germer dans les esprits.

Georg Cantor

Georg Cantor

Une vision subversive pour l’époque

En réalité, cette notion d’infini a trouvé difficilement sa place, du moins d’un point de vue mathématique. Longtemps, elle est restée le terrain de jeu de bons nombres d’adeptes des paradoxes. Il faudra en effet attendre Georg Cantor, dans les années 1880, pour disposer d’une réponse mathématique opérationnelle et  rationnelle à un concept qui, jusqu’alors, relevait du divin ou de la philosophie.

On a du mal à imaginer aujourd’hui à quel point cette approche nouvelle de l’infini pouvait paraître aux yeux mêmes des plus grands mathématiciens de l’époque comme une  folle exploration. C’était même pour certains, carrément une hérésie . Poincaré,  l’un des plus grands mathématiciens de tous les temps, écrira « Les idées de Cantor sont une grave maladie qui infectent les mathématiques » (1).

Un infini, hors de portée

« Toute grande passion débouche sur l’Infini » Michel Houellebecq

Jusqu’ici, à la question « qu’y a-t-il au-delà des limites (ou après) », on relevait une infinité de réponses.  Chacune de ces questions correspondant à une vision sans véritable fondement mais dotée d’un point commun : elles considéraient l’infini comme quelque chose d’inatteignable voire d’inimaginable. Même si mathématiquement parlant on admettait l’existence de grandeurs en perpétuel accroissement, sans véritable limite. Un infini potentiel mais hors de portée rationnelle.

Quantifier l’inquantifiable

Cantor, lui va quantifier « l’inquantifiable » grâce, notamment, à ses nombres transfinis. Ces nombres vont lui permettre de quantifier l’infini et de réaliser des calculs dessus comme la comparaison entre différents ensembles d’infinis. Pour la toute première fois l’infini endosse l’habit du monde réel et délaisse celui du sacré. Désormais, il devient à la portée de l’esprit humain car calculable.

Aujourd’hui, cela semble aller de soi. Toutefois,  la révélation d’un infini accessible aux règles rationnelles des mathématiques représente un saut conceptuel presque aussi important que la découverte du zéro. Cette comparaison avec le zéro n’est pas anodine car tous deux ont été longtemps niés, considérés comme inappropriés au mode réel ; tous deux sont également liés car en divisant le fini par zéro, on obtient l’infini. Tout est bien qui finit bien !

Sans aucun doute, l’infini recèle une part de mystères qui a dérangé longtemps bons nombres d’esprits surtout les plus cartésiens. Au point que Descartes ne pouvait admettre que l’esprit humain fût capable de concevoir autre chose que des choses finies.

L’éviction de l’infini…

Bien avant lui, les grecs de l’Antiquité avaient contourné le problème de l’infini par un concept négatif baptisé l’éviction : le non fini, dans le sens incomplet ou inachevé. D’ailleurs, Aristote évoque un infini potentiel au sens utopique et inaccessible au commun des mortels. Auparavant, Zénon d’Elée soumet les premiers paradoxes de l’infini dont la célèbre flèche qui n’atteint jamais sa cible car la distance totale est fractionnée de manière infinie (la moitié, puis le quart, le 8ème…).

Dans l’infini, il y a du grand et du petit !

Le concept positif arrivera sur le tard, au Moyen Age. Il repose sur une logique métaphysique où l’accès à l’infini est une prérogative de Dieu et de lui seul. Dans le même esprit, Blaise Pascal (1623-1662) écrira, à propos de l’infiniment grand et de l’infiniment petit : « …ces extrémités se touchent et se réunissent à force de s’être éloignées et retrouvent en Dieu et en Dieu seulement ». La messe est dite.

Hérité d’un symbole romain désignant 1000, le symbole de l’infini sera introduit pour la première fois par John Wallis en 1665. Cantor, lui, utilisera un autre symbole qui se lit « aleph ».  Il va le décliner selon des catégories (infini des nombres entiers, infini des points…). Autrement dit pour Cantor, il existe plusieurs infinis (voir encarté), pouvant être comparé entre eux grâce aux nombres transfinis. Cette diversité de l’infini ne plaira pas car elle remet en question l’infini unique et divin.

L’infini : une histoire à dormir debout

Alors, en définitive, l’infini est–il une notion à dormir debout ? Je vous laisse juge avec ce paradoxe de l’hôtel infini que proposa le célébre mathématicien  David Hilbert (2), au début du siècle dernier :
Observons un hôtel qui comprend une infinité de chambres. Toutes les chambres sont occupées. Arrive une infinité de nouveaux clients. Comment faire pour tous les loger puisque l’hôtel est déjà complet ?
Simple : il suffit de déplacer les anciens occupants en leur donnant que les chambres paires. Ainsi le client de la chambre 1 passe dans la chambre 2, celui de la chambre 2 passe dans la chambre 4, celui de la chambre 3 dans la chambre 6 et ainsi de suite (souvenons-nous que le nombre de chambre est illimité).
Quant aux nouveaux clients, on leur attribue les chambres impaires qui sont en nombre illimité et qui viennent d’être libérées.

Reste une question en suspens, quel fut le numéro de la chambre de Georg Cantor lorsqu’il sombra dans la folie ?

Pour finir -si j’ose dire-, laissons conclure Hilbert : « Personne ne nous chassera du paradis que Cantor a créé pour nous »(3).


 Les trois « types » d’infini définis par Georg Cantor

  • L’infini potentiel ou infini dynamique : il désigne une progression infinie qui n’a jamais de fin. Les nombres entiers en sont un exemple : il est toujours possible d’un ajouter un à la liste;
  • L’infini actuel :  il s’agit d’un ensemble dont tous les éléments existent simultanément; cela forme une « totalité achevée » (3). C’est à propos de cet infini que Cantor inventera le terme de « transfini »;
  • L’infini absolu : il s’agit de l’ensemble infini de tous les ensembles; cet infini se situe au-delà de tout. C’est donc le concept le plus sensible qui touche à la métaphysique. « La pensée de Dieu », selon Cantor.

 Les surprises de l’infini

  • Il ne faut pas se fier à notre impression :  les nombres entiers (1,2,3,4,5, …) ne sont pas plus nombreux que les nombres pairs (2,4,6,8…), alors qu’on les imaginent deux fois plus nombreux. Il n’en est rien ;
  • Les nombres réels, c’est à dire les nombres entiers, les nombres rationnels (1/2, 2/4…) et irrationels (racines carrées…), sont beaucoup plus nombreux que les nombres entiers naturels;
  • Il existe autant de points sur un segment de droite d’1 cm que sur une droite de plusieurs millions de km; plus surprenant encore, il y a autant de points dans une petite bille que dans une sphère de la taille de l’univers.
  • Hilbert, encore lui, affirmera en juin 1925 (3), lors d’un congrès organisé par la Société mathématique de Westphalie : « Notre principal résultat est que l’infini n’existe nulle part dans la réalité. Il n’existe ni dans la nature ni comme base de la pensée rationnelle (4) ». Cela sous-tend l’idée qu’aucune réalité physique dans l’Univers n’est éternel.

1- http://en.wikipedia.org.wiki/georg_cantor
2 – David Hilbert, l’une des célébrités de l’école de Göttinguen, l’école de mathématiques la plus renommée au monde au début du XX ème siècle, où passeront Poincaré, Einstien, Planck, Heinsenberg, Born et bien d’autres.
3- La pensée de Dieu – Igor et Grichka Bogdanov – Ed. Grasset – 2012
4- On the Infinite, David Hilbert, in mathemathische annalen, Vol 95 – 1926 


 A visionner pour mieux comprendre (en anglais avec sous-titres automatiques en français) :


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Une Brève Histoire de l’Infini de John Barrow. Vivante et passionnante, voici la première histoire de l infini à travers les âges et à travers les divers domaines de la pensée et de la science.
  • et une illustration du concept d’infini, attribuée à Albert Einstein : « Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue. »
  • La pensée de Dieu de Igor et Grichka Bogdanov – Edition Grasset

Les tout premiers « people »

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1750

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« Graine de star ! »

Cela fait près de 3 siècles que l’on danse avec les stars ! Rousseau, Voltaire, Marie-Antoinette furent les premiers à faire tourner la tête de leurs contemporains…jusqu’à en perdre la tête. Puis, le 7ème art donna un nouveau coup de projecteur à ce phénomène qui ne cesse de s’amplifier. Aujourd’hui, nous sommes tous à prétendre être de la graine de stars !

C’est en France, au milieu du XVIIIème siècle, que naquit la notion de célébrité et donc les tout premiers « people » !

Les premières figures publiques

Rousseau, Voltaire, Mirabeau, Byron, sans oublier Marie-Antoinette, furent les premières figures publiques, les toutes premières vedettes !

Ce phénomène est porté par une évolution de la société en voie d’urbanisation et moins illettrée. Le tout, propulsé par un progrès technique notamment en matière d’impression et de reproduction. C’est l’essor de la gravure sur cuivre pour les portraits gravés et de l’eau-forte.

En réalité, on assiste à l’émergence de la « modernité » qui va transformer en profondeur sa vision de soi et son rapport à l’autre. Comme le souligne le sociologue Gabriel Tarde (1) : « L’individu se découvre singulier dans le moment même où il se fond dans un public ».

Cette toute nouvelle sensibilité individuelle est alimentée en parallèle par le frémissement d’une culture dite de masse inédite. Celle-ci est rendue possible par la technologie qui conduit, entre autre, à l’émergence des médias et même des toutes premières formes de publicité.

Vie publique & vie privée

De fait, on assiste à la naissance de l’espace public et de l’opinion publique et de la différentiation entre sphère privée et sphère publique. Tous les ingrédients sont donc réunis pour que le public s’entiche des célébrités, qu’elles le méritent ou non.

Ainsi, voit-on devenir célèbres, un criminel, un centenaire voire même un animal comme le rhinocéros Clara qui fit la tournée des zoos européens (2).

Rousseau enflamme les tout premiers fans de l’histoire

Jean-Jacques Rousseau, la toute première célébrité

Jean-Jacques Rousseau a sans doute été le tout premier à comprendre la mutation de la société et la manière d’utiliser le peuple contre les élites. Jusqu’à l’outrance !

Fort de ses succès littéraires, il cherche à se façonner une personnalité publique. Pour cela, il transgresse les codes de la vie et de la morale de l’époque et se forge une image. Ce sera son « habit arménien », un caftan et un bonnet fourré.

Mais le vrai coup d’envoi de sa « peoplisation » date de 1761. Cette année-là, l’ouvrage de Rousseau « La nouvelle Héloïse » est un triomphe. Les lecteurs lui écrivent en masse, vont à son domicile, le guettent dans la rue. Bref, il devient la cible de ses admirateurs, des centaines de fans qui lui témoignent à quel point il leur a changé leur vie.

Dans toute l’Europe, ses portraits circulent, les journaux font état de ses moindres faits et gestes.

Jean-Jacques Rousseau, qui voyait dans sa célébrité un moyen de faire un pied de nez à tous les esprits bien-pensants de l’époque, est pris à son propre piège.

Il inaugure, à ses dépens, le principe même de la starisation qui veut que « plus une personne devient publique et célèbre, plus sa vie privée nous intéresse » (3).

Une célébrité lourde à porter

Sa starisation devient un terrible fardeau, tout comme ce sera le cas deux siècles plus tard pour une autre célébrité qui marquera une nouvelle étape : Brigitte Bardot.

En voulant expérimenter la célébrité, Rousseau, va finir, tout comme Brigitte Bardot, d’ailleurs, par chercher à la fuir et se réfugier dans la solitude.

Au final, Rousseau laissera de lui une image d’un individu solitaire et romantique.

Comédiens, musiciens, écrivains, sportifs, hommes politiques et même leur conjoint, comme en témoignent Bernadette Chirac ou Valérie Trierweler, le champ de la célébrité ne cesse de s’élargir depuis plus de deux siècles.

Avec tous ces nouveaux prétendants au vedettariat, la maxime de Chamfort, poète et journaliste (1740-1794), « La célébrité est le châtiment du mérite et la punition du talent » semble hélas de moins en moins d’actualité.

Publié le 22 septembre 2014

Les toutes premières liaisons dangereuses

Presse à scandale, « images » volées, en matière de people tout s’invente à la fin du XVIIIème siècle.

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Voltaire en fut l’une des toutes premières victimes Des illustrations le montrant en petite tenue furent vendues à des milliers d’exemplaires.

D’autres, comme Byron ou l’acteur anglais David Garrick  en jouent pour gagner en notoriété.

Enfin, un peu plus tard, Franz Liszt ira encore plus loin pour gérer sa notoriété. Avec l’aide d’un imprésario, il organisera les toutes premières tournées à travers l’Europe.

C’est la faute à Rousseau, c’est la faute à Voltaire….

 


Brigitte Bardot, et Dieu créa…le mythe de la femme libre !

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Liberté, sensualité et beauté sans fard, Brigitte Bardot incarne  le tout premier mythe de la femme libre, prenant à contre-pieds les stars sophistiquées d’Hollywood.

Brigitte Bardot, « une fille de son temps, qui s’est affranchie de tout sentiment de culpabilité, de tout tabou imposé par la société » c’est du moins ainsi que la voit Roger Vadim, son ex-mari (4).

Elle parvient à subjuguer autant le grand-public, les paparazzis, les stars comme Bob Dylan ou John Lennon que les intellectuels. Simone de Beauvoir dira d’elle : «  Elle fait ce qui lui plait et c’est cela qui est troublant ».

Idole d’une génération de femmes, elle est probablement l’une des femmes les plus « peoplisée » de l’histoire.

En quittant la « scène » au plus fort de sa célébrité, Brigitte Bardot restera sans contexte l’incarnation de la femme totalement libre.

Si la reconnaissance publique des femmes est apparue au siècle des Lumières, BB est la toute première idole femme a capté ainsi la lumière !

 


1 – « Et la France inventa les people », Nouvel Observateur N°2602 – 18 septembre 2014;
2 – Figures publiques. L’invention de la célébrité, 1750-1850 – Antoine Lilti – Ed. Fayard – 2014 ;
3 – Interview d’Antoine Lilti, historien, les Inrocks, 21 sept 2014 ;
4 – Le Parisien, 24 septembre 2014


A visionner pour mieux comprendre :

Le tout premier Serial Killer médiatique

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27 septembre 1888

Feuille de choux et choux gras

Le 27 septembre 1888, l’agence de presse London Central News Agency reçoit une lettre signée « Jack The Ripper ». Le surnom de Jack l’éventreur est né et avec lui, pour la toute première fois, la sur-médiatisation des faits divers.

Le mythe de Jack l’éventreur est donc en train de surgir, porté par une presse en expansion, avide de sensationnel et de scoop. A n’importe quel prix, d’ailleurs car il est probable que cette lettre -et celles qui suivront- soit le fruit d’un journaliste du journal Star, né cette même année, nommé Bert et non pas du meurtrier lui-même. D’autres lettres suivront signées à l’encre rouge « votre humble serviteur, Jack l’Eventreur ».

Pour la première fois, la notion de « Serial Killer » pénètre, presque par effraction, dans l’imaginaire des gens avec en arrière plan tous les ingrédients du genre qui fera les choux gras des feuilles de choux et plus tard d’Hollywood. Crime odieux, personnes de petites vertus, atmosphère malsaine d’un quartier misérable de Londres sur fonds de révolution industrielle. Le tout mis en scène par une presse assoiffée de manchettes à sensation. Il faut dire que la presse, qui existe depuis le XVII ème siècle,  est en train de touner une page et son économie connaît un bouleversement.  Grâce à Emile Girardin, la publicité a fait irruption depuis 1836,  an 1 de l’ère médiatique selon certains observateurs ; en Angleterre, la suppression des « taxes sur le savoir » remonte aux années 1850. Résultat : les prix des journaux baissent, leur nombre et leur audience s’accroissent.

Et pour cette nouvelle presse à sensation, tout a vraiment commencé, la nuit du 31 août 1888. Nous sommes dans l’un des quartiers les plus pauvres de Londres, Whitechapel (East End). La police londonienne découvre le cadavre d’une prostituée dont le corps a été atrocement mutilé, égorgé et éventré mais non éviscérée comme le seront les autres victimes.

Sur un mode opératoire similaire mais cette fois vidés de leurs viscères (intestins, utérus, reins), quatre autres cadavres, toutes prostituées, seront découverts les semaines suivantes. La dernière victime, la plus jeune, 25 ans, contre un quarantaine d’années pour les autres, subira le traitement le plus atroce : ses viscères furent éparpillées aux quatre coins de son appartement à l’exception de son cœur qui ne fut pas retrouvé.

Cette série de meurtres, au moins 5 au total, s’achève le 9 novembre 1888, soit 3 mois presque jour pour jour après la découverte de la première victime. Le meurtrier ne sera jamais arrêté ni même identifié bien que la Metropolitan Police –Scotland Yard- envisagea plusieurs suspects mais aucun n’apparaîtra comme crédible.

A défaut de coupable authentifié, reste la question « à qui profite le crime ? ». Il y a au moins une réponse : à la presse à sensation.


Les victimes reconnues de Jack l’Eventreur

  • Mary Ann Nichols, la nuit du 31 Aout 1888
  • Annie Chapman, 7 Septembre
  • Elizabeth Stride, 29 Septembre
  • Catharine Eddowes, le 29 également
  • Mary Jane Kelly, le 9 Novembre.

Les suspects

  • Prince Albert Victor, le Prince de Galles, héritier de la Couronne de l’Angleterre. Thèse du complot qui expliquerait aux yeux de certains l’échec de la Police.
  • Sir William Gull , un chirurgien qui permet d’expliquer les actes chirurgicaux du meurtrier vis-à-vis de ses victimes.
  • Montague John Druitt, le seul dont la mort concorde avec la fin des crimes.
  • Dr Roslyn Dontsan, médecin sataniste
  • Aaron Kosminski, identifié par un témoin mais sans témoignage.
  • James Maybrick, selon le journal intime de Jack l’éventreur qui hélas a les attributs d’un faux
  • Walter Sickert, peintre accusé par la romancière Patricia Cornell en octobre 2002

 


A regarder pour mieux comprendre :


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • The Lodger d’Hitchcock pour la première fois à l’écran – Troisième film d’Alfred Hitchcock, tourné en Grande Bretagne, « The lodger, a story of London fog » (1926) n’avait jamais été projeté dans les salles en France. Les fans du maître se précipiteront pour voir cette variation muette et irrésistible de Jack l’éventreur !
  • Jack l’Eventreur démasqué – Cent vingt ans après, l’enquête menée par Sophie Herfort est sans appel : Jack l’Eventreur a désormais un nom. Sophie Herfort est professeur de français à l’Alliance française, licenciée de philosophie et formée à la psychopédagogie et à la neuropsychiatrie. Elle a travaillé pendant vingt ans à la résolution de l’énigme Jack l’Eventreur, épluchant les rapports de police de l’époque, les articles de journaux et les lettres écrites par l’assassin présumé.
  • Le livre rouge de Jack l’éventreur – Un livre de fond sur la vie de cet ancêtre de nos serial killers, sur lequel tant de légendes et de mythes erronés se sont greffés. Stéphane Bourgoin reprend l’enquête à zéro. Il reconstitue l’atmosphère misérable et sombre de l’East End londonien de 1888. Il nous fait revivre chacun de ces meurtres effroyables, comme celui de Annie Chapman et de Mary Jane Kelly… Il examine les différentes théories, plus ou moins classiques, qui font successivement de Jack l’Eventreur un étrangleur, un magicien, un étranger, un membre de la famille royale : déjà un mythe ! Stéphane Bourgoin nous livre les archives secrètes de Scotland Yard. Il a eu également accès aux dossiers de la FBI National Academy. Ce texte est donc un panorama complet, scientifique et fascinant, du destin de l’Eventreur. Le récit est suivi d’un certain nombre de documents décisifs autour du personnage : des nouvelles anglaises inédites, une bibliographie et une filmographie exhaustives.
  • From Hell en DVD – En 1888, à Londres, dans les rues mal famées du quartier de Whitechapel, un tueur en série, surnommé Jack l’Eventreur, rôde. La nuit tombée, ce mystérieux personnage éventre des prostituées. L’inspecteur Frederick Abberline, de Scotland Yard, est engagé pour enquêter. Il comprend rapidement que ces crimes procèdent d’une mise en scène élaborée et suppose un sang-froid à toute épreuve et de solides connaissances en anatomie. Le policier, intuitif et visionnaire, dresse patiemment le profil de ce meurtrier hors normes. Un film de 2002 avec Johnny Depp, Heather Graham, Ian Holm …

Voir l’intérieur du corps sans l’ouvrir, pour la première fois

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22 décembre 1895

Temps X

Le 22 décembre 1895 au soir,  Berta Röntgen, l’épouse du physicien Wilhem du même nom, tend sa main à l’histoire. Cette main tendue –durant près de 20 minutes, durée de l’exposition aux rayons X – marque un tournant inouïe dans l’histoire de l’humanité : pour la première fois, il est possible d’observer ce que contient l’intérieur du corps, en l’occurrence la main de Berta, sans pratiquer une ouverture ou une incision. Le Père Noël, en cette fin d’année 1895, a dans sa hotte un bien beau cadeau pour l’humanité : la radiographie.

La toute première radiographie : la main de Berta Röntgen

Cette découverte est presque le fruit du hasard. Wilhem Röntgen (1845-1923), scientifique allemand mais également féru de photographie, effectue des recherches sur les tubes cathodiques. Un jour, il s’apperçoit que des plaques photographiques protégées et enfermées dans un tiroir sont voilées.  Il réalise que celles-ci étaient situées à proximité d’un tube cathodique émettant des rayonnements. C’est ainsi qu »il découvre un type de rayonnement jusque alors inconnu. Un rayonnement qui traverse différents matériaux comme le verre, le papier et donc la peau mais en revanche, qui est stoppé par d’autres comme le plomb. Ce rayonnement, Röntgen le baptisera, rayonx X, en référence au symbole de l’inconnu en mathématique.

Rarement découverte aura une application aussi rapide. Dès le début de l’année suivante, en 1896, les tout premiers services d’imagerie médicale voient le jour. Quant à Röntgen, il reçut le tout premier prix Nobel de physique en 1901 et ne souhaita pas, pour des raisons humanitaires, déposer de brevet.

A partir des années 70, le principe des rayons X connaît un nouveau « rayonnement » grâce aux scanners. Depuis une vingtaine d’années, les outils de diagnostic médical deviennent de plus en plus puissants et précis. Aujourd’hui, on s’oriente vers la possibilité de découvrir le mal avant même qu’il se déclare. Ce n’est plus de la vision, cela devient presque de la voyance !

Les outils de l’imagerie médicale :

IRM : Imagerie par résonance magnétique excelle dans les images anatomiques
TEP : tomographie par émission de positrons (précurseur scintigraphie) montre l’activité des organes
PET-SCAN : combine la TEP et les scanner à rayons X
Fluorescence : permet de débusquer les cellules malignes grâce à leur « gourmandise » pour le glucose…


A regarder pour mieux comprendre :


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • La 3D révolutionne la médecine – La 3D n’est pas l’apanage du cinéma ou de la télévision. En médecine, elle permet aujourd’hui d’améliorer très concrètement le geste du chirurgien. A l’avenir, notre dossier médical pourrait ressembler à un fichier numérique, comprenant le clone en 3D de notre corps et de nos organes… Un reportage et des vidéos publiés sur Nouvo.ch
  •  

  • OsiriX – Des Genevois dessinent la médecine du futur. C’est aux Hôpitaux Universitaires de Genève que l’équipe du Pr. Osman Ratib affine le plus fin outil d’imagerie médicale, conçu en open source. Des chirurgiens du monde entier l’utilisent déjà pour repousser les frontières du possible. Le programme se décline même sur iPhone… Un article publié par le quotidien suisse « Le Matin »
  •  

  • Le corps et son image : du diagnostic à l’esthétisme de l’imagerie médicale – L’évolution formidable des techniques d’imagerie médicale ces dernières années a changé fondamentalement la pratique de la médecine moderne. Des scanners de plus en plus performants permettent d’explorer le corps humain dans tous ses détails. Les performances des nouvelles techniques d’imagerie sont renforcées par de nouveaux outils informatiques de visualisation et de navigation en trois dimensions. A partir des images obtenues des scanners (CT, ultrasonographie, IRM ou PET), il est ainsi possible aujourd’hui, grâce à ces nouvelles techniques d’imagerie 3D, de reconstituer les organes et les structures internes du corps, en couleur et avec des degrés de transparence pour chaque différent niveau de tissus, avec un résultat d’un réalisme jamais atteint auparavant. Un livre passionnant et richement illustré que nous devons également au Pr. Osman Ratib. (à paraître le 4 novembre 2010)
  •  

  • Voyage à l’intérieur du corps humain – Une équipe de recherche de l’Ecole polytechnique féférale de Lausanne a réalisé un calculateur extrêmement performant par interconnexion de simples PC. L’application la plus spectaculaire de ce système est sans doute l’ « homme de verre », qui permet de faire un voyage sur Internet à la découverte du corps humain.

 

Nostradamus : tout premier « marketeur »

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1559

Lancement de produit

Le 30 juin 1559, un accident de tournoi tragique causera quelques jours plus tard  le décès d’Henri II…et propulsera Nostradamus en tête du hit-parade des auteurs qui seront les plus lus dans le monde. Retour sur ce qui est, sans doute, le tout premier succès marketing de l’histoire.

Qui n’a pas entendu parler de Nostradamus et de ses célèbres prophéties ? Personne ou presque. Depuis près de 5 siècles, Nostradamus (1503 – 1566), Michel de Nostredame de son vrai nom, né à Saint Rémy-de-Provence, alimente les conversations et fait frissonner dans les chaumières, même les plus cosy.

Nostradamus

Faut dire que ces prophéties font un tabac. Après la Bible, elles figuraient en 1999 en tête du hit-parade des best-sellers. Qu’on le veuille ou non, Nostradamus est l’un des auteurs le plus lu dans le monde, considérant que la Bible est un ouvrage collectif et qu’il se situe donc hors catégorie.

Et ce succès n’est pas le fruit du hasard, même si celui-ci aura un rôle non négligeable comme on le verra plus loin. Michel de Nostredame met tous les atouts de son côté.

De l’astrologie au marketing

D’abord, il a commencé par latiniser son nom pour le rendre plus percutant : Nostredame et donc devenu Nostradamus. Ensuite, il réalise que l’imprimerie, invention nouvelle, est l’outil qu’il lui faut pour se faire connaître et diffuser ses fascicules.

Disposant désormais de l’outil de masse,- mass-media comme on dirait aujourd’hui-, il s’attache alors à travailler la forme. Et là, il se révèle, expert en communicaton. Résultat, après s’être excercé sur des calendriers d’astrologie,  il se focalise sur les prophéties car il a compris que c’était ce que réclamait le public.

Enfin, il formate le contenu en quatrains construits avec des verbes le plus souvent à l’infinitif. Le tout avec un titre à faire pâlir les meilleurs « pubeux » de la place : les Centuries ! Les Centuries rassemblent théoriquement 100 quatrains. Le livre des Prophéties est découpé en 7 Centuries dont la dernière est inachevée.

Un peu à la manière des tweets, l’ensemble est court, facile à retenir ; autrement dit bien ficelé, efficace. Et comme en plus, il ajoute une bonne dose de mystère, sans repère de lieux, ni de date, donc pas facilement « déjouable » : le tour est joué.

Il n’y pas de mystère : Nostradamus dispose d’un vrai talent pour marketer son œuvre, son produit comme on dirait aujourd’hui. Il mériterait qu’on lui décerne le titre de tout premier marketeur de l’histoire (1).

Un coup de pouce de l’Histoire

A cela, il faut ajouter comme souvent pour les personnes qui sortent du lot, un petit coup de pouce de la providence. Celui-ci eût lieu le 10 juillet 1559. Ce jour-là, Henri II, roi de France, meurt des suites d’un accident de tournoi provoqué par un morceau de lance qui le blesse à l’œil.

Cette tragédie va « lancer » Nostradamus vers la notoriété. En effet, l’un de ses quatrains évoque « Un lyon jeune, Le vieux surmontera, en champ bellique par singulier duelle, Dans cage d’or les yeux lui crèvera, Deux classes vne, puis mourir, mort cruelle.… ». Comment ne pas y voir une étrange corrélation ?

 

La légende des siècles

A partir de ce moment, profitant aussi d’une communication instrumentalisée par ses proches dont son fils, Nostradamus rentre dans la légende.

Historiens et autres exégètes vont se bousculer pour interpréter les 3700 vers regroupés dans 942 quatrains, chacun y décelant un événement marquant de l’histoire, de l’arrestation de Louis XVI à l’avènement de Hitler, jusqu’à la fin du Monde de 2012.

5 siècles plus tard, les écrits de Nostradamus demeurent une énigme. Quels secrets renferment-ils ? Comment les décrypter ? Sont-ils des  prophéties ou de simples descriptions d’événements passés (2) ou contemporains que l’on doit interpréter avec les codes de l’époque ?

 Une seule certitude : les prédictions de fin du monde passent et le prophète provençal reste une valeur sûre !

Publié le 18 novembre 2012

 Dans les brunes de Nostradamus

Si Nostradamus est une légende, de nombreux auteurs ne vont pas hésiter à surfer sur la vague, sans vague à l’âme. Le plus célèbre d’entre eux se nomme de Fontbrune. En 1981, il publie un livre(3) qui, selon l’auteur, perce une fois pour toutes les secrets des Centuries, grâce à 17 ans d’analyse et une méthode scientifique.

Quelles sont ces révélations ?

Deux guerres mondiales, en 1983 et 1999, dont la dernière durerait 27 ans. Russes et Arabes envahiraient la France et le Royaume-Uni, détruisant Paris au passage. Puis, ce serait au tour des asiatiques de jouer aux envahisseurs. La monarchie remplacerait la République et sauverait la France qui connaitrait alors un âge d’or.


1 – Nostradamus, oracle de l’obscur – Article de Constance Jamet – Le Figaro- 31 octobre 2012;
2 –
« Les Centuries Nostradamus : la fin d’un mythe » – Jean-Philppe Lahouste – Ed. La Providence;
3- « Nostradamus, historien et prophète » – Jean-Charles De Fontbrune – Ed.Pocket (poche)


A visionner pour mieux comprendre :

 


Pour aller plus loin :

 

  • Le bouquet Canal Sat lance mi-novembre 2012 et jusqu’au 21 décembre 2012 une chaîne éphémère sur le Canal 12 dédiée à la Fin du Monde; Sans nul doute, Nostradamus sera au programme.
 

Les tout premiers adolescents

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Posté par fabrice
 

Vers 1890

La fureur de vivre !

 

Nos ados vivent aujourd’hui un âge d’or qui non seulement n’avait pas cours il y a seulement un siècle mais dont l’idée même était inconcevable à nos grands aïeux. N’en déplaise aux « Tanguy » en herbe, depuis que l’homo sapiens arpente notre bonne vieille terre et jusqu’à la proximité du XXème siècle, le rejeton de l’homme passait directement de l’enfance à l’adulte, sans passer par la case « ado ».

Il faudra attendre la fin du XIXème siècle pour que le concept d’adolescence pointe, pour la toute première fois, le bout de son nez. A partir de 1880/1890 et durant les trois premières décennies du XXème siècle, à l’instar de l’adolescent qu’il caractérise, ce concept cherchera sa place !

Cette période charnière de la vie a donc longtemps été ignorée parce que l’enfant, une fois acquis sa maturité sexuelle, devait accéder aux responsabilités et ne plus être une charge pour les parents.

Au Moyen-Âge, les enfants sont presque considérés adultes dès l’age de 7 ans mais restent toutefois sous l’autorité du père jusqu’à 12 ans. Pour les filles la majorité est fixée à 15 ans. Dans les sociétés primitives, l’adolescence n’existe pas. A travers des rites initiatiques, souvent à caractère sexuel, il est question de « tuer » l’enfant pour donner naissance à l’adulte. L’adolescence est carrément escamotée !

 L’adolescence : fille de la bourgeoisie et de l’industrialisation

La naissance de l’adolescence est le fruit d’une double mutation : celle de la scolarisation qui touche, dans un premier temps, les enfants de bourgeois et l’industrialisation qui modifie les traditions familiales. La transmission de père en fils d’un savoir-faire ancestral et souvent accompagnée de celle des terres des ancêtres ne devient plus systématique. Le jeune, attiré par les sirènes des usines, au sens propre comme au sens figuré, commence à remettre en cause cette trajectoire quasi automatique.

Développer se personnalité, son propre parcours commence sérieusement à démanger le jeune ado. Bref, « se créer une identité personnelle. C’était une idée entièrement nouvelle », comme l’indique Jeremy Rikkin(1). Il ajoute : « ce phénomène […] a eu sur les filles comme sur les garçons un impact de portée historique, et des effets qui allaient changer la conscience. »

Crise d’identité

Ce refus du statu quo révèle une crise d’identité dont l’expression ne sera pourtant inventée que dans les années 40 par Erik Erikson. Cette volonté d’exister autrement et de manière indépendante conduira autant à cette crise d’identité qu’à la construction même d’une identité.

Ainsi, pour la toute première fois, au cours de cette fin de XIXème siècle, apparaît la notion de crise adolescence. Médecins, enseignants, religieux, militaires, tous redoutent cette « altérité critique »(2). Ils y voient un âge bâtard, ingrat, potentiellement dangereux pour l’individu comme pour la société, comme le souligne l’historienne Michelle Perrot. Autrement dit, l’adolescent est raisonneur, il n’est pas raisonnable !(3).

Cela suscite des inquiétudes. Certains dénoncent une « criminalité adolescente effrayante », dont l’origine, pour des psychologues étiquetés « sociaux » comme Gabriel Tarde, provient d’un environnement défavorable où la jeunesse est livrée à elle-même. Cette situation anxiogène relayée par la presse conduit à la création, en 1906, d’une pénalisation spécifique pour les jeunes de 13 à 18 ans. Pour les jeunes de 18 ans de l’époque, la peine de mort est loin d’être une exception comme en témoigne les registres des condamnés à mort de l’année 1901, 11 mineurs sur 18 !

Parallèlement à ces mesures punitives, les initiatives, tant laïques que religieuses, ne manquent pas. La République instaure la gratuité pour la scolarité (1881), des programmes pour les apprentis et les jeunes ouvriers, des cours du soir, créée des maisons de l’adolescence qui deviendront plus tard les fameuses MJC. Tandis que les institutions religieuses développent le patronage, le scoutisme…

Age tendre et tête de bois !

Les perceptions de la notion d’adolescence, négatives dans un premier temps, vont évoluer jusqu’à celles beaucoup plus nuancées d’aujourd’hui.

Bienheureux ces grands enfants qui, après des millénaires de régime sec vont enfin pouvoir manger leur pain blanc en restant sous l’aile protectrice des parents avant de se « friter » à la dure réalité de la vie. Comme le souligne Jeremy Rifkin « « la prolongation de ce statut de protégé a rendu les jeunes plus dépendants et les a même infantilisés. De l’autre, ils sont devenus plus introspectifs, et même de bon connaisseurs de la vie ».

La jeunesse acquiert progressivement ses lettres de noblesses et devient une catégorie sociale à part entière qui commence à l’adolescence et se prolonge désormais jusqu’à ce qu’on appelle l’adulescence. Son image sera à jamais associée à celle de James Dean qui, grâce à la « Fureur de Vivre », est devenu le symbole et l’idole d’une jeunesse en mal d’identité qui veut vivre à 100 à l’heure.

Elle donne lieu à des chocs de culture qui irradient la société sur deux strates : celle des couches populaires dont sortira le phénomène des « blousons noirs » puis des crises de banlieues et celle des classes moyennes qui connaitra son apogée lors de Mai 68 et de la contre-culture..

En un petit siècle d’existence -face à près de 200 000 ans pour l’espèce humaine, excusez du peu ! -, l’adolescence est parvenue à bouleverser l’ensemble de la société. Culture et langages spécifiques, remise en cause de la société, de l’autorité, désir de libéralisation des mœurs, recherche de nouvelles valeurs, de nouvelles frayeurs, accrocs aux signes d’identification propres, addiction à la technologie et aux substances illicites, l’adolescence est devenue un tout nouveau terrain de jeu, une sorte de cocon soumis à d’immenses tensions internes d’où sortiront les nouveaux maîtres du monde : Bill Gates (cofondateur de Microsoft), Steve Jobs (Apple), Mark Zuckerberg (Facebook)…

L’adolescent tient désormais dans la société une place de choix que l’on pourrait résumer à cette formule de Pagnol (4) : « il est grand ce petit » !


Via mobile et blogs, les ados se mettent à nu !

Les ados d’aujourd’hui n’ont plus grand-chose en commun avec ceux qui ouvert la voie à cette période intermédiaire d’une vie qu’est l’adolescence, il y a plus de 100 ans. Il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui comme hier, les adolescents ont comme deuxième nature le fait de douter de soi et de rechercher la transgression.

Les pratiques récentes connues sous le vocable de « dedipix » et de « sexting », favorisées par la connexion entre les nouveaux moyens de communication des réseaux sociaux, des sites de partage vidéos (Youtube / Dailymotion) et des mobiles, qui consistent à exhiber une partie de son corps ou à se mettre en scène dans des situations plus qu’intimes pour ne pas dire scabreuses répondent à ce besoin.

Pour le psychanalyste et spécialiste des mondes virtuels, Yann Leroux(*) : « mettre en ligne des images partielles de son corps via le “dedipix” permet aux adolescentes de voir ce qui peut susciter de l’intérêt chez le sexe opposé, sans trop se dévoiler non plus puisqu’elles cachent souvent leur visage ».

En effet, le « Dedipix » consiste, pour une adolescente à écrire une dédicace sur une partie plus ou moins intime de son corps et de diffuser cette photo sur leur site personnel. Cela est souvent assorti d’un dispositif de points (dénommés « coms ») variables selon l’endroit du corps où se situe cette dédicace.

Le « teen Sexting » va encore plus loin dans l’exhibition puisqu’il s’agit cette fois de se montrer, via mobile et web, dans des situations érotiques pour ne pas dire pornographiques. Selon un sondage de la Sofres publié en octobre 2009, 14 % des 12-17 ans français auraient déjà reçu des messages à caractère sexuel de la part de leurs copains ou petite amie. Il arrive que des « minettes » de 13 ans diffusent leur toute première relation intime via leur mobile, parfois même sous la forme d’une série : leur première fellation, leur première relation sexuelle, leur première sodomie…

Relativisons cependant le succès de ce phénomène. Une étude américaine portant d’août 2010 à janvier 2011 révèle que seul 1% des jeunes de 10 à 17 ans ont envoyé des photos d’eux-même ou de leurs camarades nues sur internet ou sur leur mobile.

Néanmoins, c’est la rançon d’une société hyper-sexualisée ou tout doit être tenté. Pour paraphraser le publicitaire Seguela, si à 18 ans tu n’as pas tout connu du sexe, ton adolescence est ratée !

Quelques soient les époques, et au grand désarroi des parents, l’adolescence c’est les premiers pas vers la sexualité. Premiers émois, premiers amours, premières expériences sexuelles… et maintenant, premières « exhib » !

* Pour en savoir plus : http://www.psychologies.com/Famille/Ados/Sexualite-des-ados


« Pouponnière » d’entreprises

Evita Nuh du haut de ses 12 ans vient de créer –fin 2011- sa marque de vêtements, Little Nuh.
Evita est loin d’être une exception.

Leanna Archer, Haïtienne d’à peine 16 ans, PDG de Leanna’s inc, société qui commercialise des produits capillaires, affiche 100 000 dollars de chiffre d’affaires. Amber Atherton, top model britannique de 19 ans, repérée à l’âge de 12 ans, fait un tabac auprès des célébrités avec sa boutique en ligne, myflashtrash.com. Autre exemple, Tavi Gevinson une blogueuse de mode influente de 16 ans.

Et les garçons ne sont pas en reste : Greg Grossman, 15 ans seulement mais déjà chef cuisinier chez un traiteur. Plus fort, Blessing Maregere, 18 ans, a déjà à son palmarès la création et la revente de 5 entreprises ! Plus fort encore, Farrah Gray, le business dans la peau, est devenu millionnaire à 14 ans. A donf… ces ados !
Face à ces « bébés » entrepreneurs, tête de pont de la génération Z, la génération précédente, Y, semble déjà has been. Ce phénomène devient un vrai business aux Etats-Unis. Les entreprises spécialisées dans le conseil à ces très, très jeunes entrepreneurs se multiplient ainsi que les sites qui leur sont dédiés, comme teenentrepreneurblog.com.

En France, si le phénomène est moins répandu, depuis le 1er janvier 2011, il est néanmoins possible pour un ado de créer son entreprise, dès lors qu’il a atteint 16 ans.

Ces ados hypers-précoces, presque hors-d’âge, ambitieux, très sûr d’eux se sentent invincibles. Ils n’attendent pas grand-chose des autres ni de leurs aînés. « Comme la transmission générationnelle s’est affaiblie, ils ont l’illusion qu’ils n’ont pas besoin de l’expérience de leurs aînés pour s’accomplir », explique la psychologie Béatrice Copper-Royer dans son livre « Vos enfants ne sont pas des grandes personnes » (éd. Albin Michel).
Il n’y a pas à dire la valeur n’attend pas ou n’attend plus le nombre des années !

* Pour en savoir plus : Article « Les petits ambitieux » – Nouvel Observateur N° 2467 – 16 février 2012


(1) Une nouvelle conscience pour un monde en crise – Jeremy Rifkin – Ed. LLL (Les liens qui libèrent)
(2) Sciences Humaines – Martine Fournier . N°110 – Novembre 2011
(3) Histoire de l’adolescence, 1850-1914 ; Agnès Thiercé – Ed. Belin
(4) Réplique de Raimu dans la Trilogie de Pagnol


A visionner pour mieux comprendre :


Phénomène Dedi Pix blog par CyberPeople

 

 


A lire pour aller plus loin :

  • L’adolescence n’existe pas. Une histoire de la jeunesse, de Patrice Huerre, Martien Pagan Reymond et Jean-Michel Reymond.Pourquoi les jeunes prennent-ils leur indépendance de plus en plus tard ? Cette adolescence prolongée n’est-elle pas source de souffrance ? Comment expliquer l’augmentation des violences, des passages à l’acte, des dérives auto-initiatiques ? L’adolescence n’est qu’une création récente de notre société, un artifice pour signifier, autour de la puberté, le passage de l’enfance à l’âge adulte, qui, lui, a toujours existé. Autrefois, ce passage était célébré, délimité, à travers des rituels. Aujourd’hui, cette transition se dilue dans le temps. Pis, ce sont les adultes qui, par refus de vieillir et par souci de supprimer tous les risques, excluent les jeunes du monde des grands. Attention, l’adolescence est bien un artifice, un mythe qui nous empêche d’aider nos enfants à devenir adultes.
  • Histoire de l’adolescence, 1850-1914, de Agnès Thiercé.Le concept d’adolescence s’est forgé, puis inscrit dans la société, durant la seconde moitié du XIXe siècle. Ne prenant d’abord en compte qu’une minorité – les garçons pubères de la bourgeoisie, seuls à bénéficier, au sein des collèges et des lycées, d’un espace-temps de vie propre à leur âge -, la notion a peu à peu englobé celles et ceux qui d’abord en étaient exclus ; les classes populaires et les jeunes filles.
    Ce livre montre comment les nouvelles politiques d’encadrement mises en place par la Troisième République et les Églises dans les années 1880-1890 ont permis ce tournant. On voit naître une nouvelle science, la psychologie de l’adolescence.
    De la «crise de l’adolescence» à «l’âge de tous les possibles», notre perception contrastée de l’adolescence est très largement héritée des discours du XIXe siècle.