jeudi, 27 avril 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Les tout premiers bronzages

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Posté par fabrice
 

1925

L’exposition universelle


 

On raconte que tout a commencé sur le yacht du duc de Westminster par une journée ensoleillée.  spay_1024_resizemoittransparent Nous sommes à Cannes, en 1925. Ce jour-là, Coco Chanel découvre, pour la toute première fois, dit-on, les effets du soleil sur sa peau ! Dès lors, la mode du bronzage est dans l’air et un demi siècle plus tard, les bronzés feront du ski !

Mais comme bronzage et protection vont de paires, le véritable coup d’envoi de ce phénomène pigmentaire et planétaire aura lieu en 1927, grâce à Jean Patou et son huile de Chaldée : “la première huile solaire qui protège l’épiderme et atténue les coups de soleil”.

En proposant cette innovation à Gabrielle Chanel, Jean Patou n’imagine vraisemblablement pas à quel point cela révolutionner notre rapport au Soleil et libérer notre corps…de son carcan solaire! C’est un véritable coup d’arrêt à l’hégémonie de la pâleur qui règne sans partage –en occident mais également dans de nombreuses cultures- depuis au moins deux milles ans.

Ceci est mon corps

On pourrait penser que ce coup fatal porté au teint de porcelaine n’aurait d’influence que sur la mélanine et les coups de soleil. Peau de balle ! En contrôlant la couleur de la peau, c’est de la toute première prise de possession de notre corpsdont il s’agit. C’est à la fois une révolution culturelle et un signe d’émancipation sans précédent, estime Pascal Ory, professeur d’histoire contemporaine à la Sorbonne [1].

Imaginez : pour la toute toute première fois dans l’histoire, il devient possible de s’exposer au soleil, sans limite ou presque ou du moins sous contrôle, non pas par obligation mais par choix. Donc pour son plaisir. L’idée de bronzage –qui va accompagner la notion de plaisir – va donc se répandre dans la société comme une crème…solaire sur l’épiderme. La libération des esprits et des corps est en marche…jusqu’à la dictature des corps bronzés des années 70-80.

Qu’il est long le chemin du « hâlage » !

Si Grecs et Romains cultivaient déjà leur corps et leur passion pour les bains, on est encore loin de parler de bains de soleil (les premiers thermes sont construits par Agrippa en 18 av J.-C.). D’autant qu’à cette époque  le teint clair est déjà de rigueur. Pour le blanchir, on utilise alors de la Céruse (pigment toxique à base de plomb, appelé aussi carbonate de plomp) ou de la craie tandis que les Egyptiens ont recours à des pommades à base d’albâtre et de lait d’ânesses .

Avec l’avènement de l’ère chrétienne, on assiste à un véritable culte de la blancheur, calquée sur l’image de l’Immaculée conception. Le corps féminin sera le porte-drapeau de cette image diaphane de la Vierge, et les références seront la fleur de lys et l’albâtre. Il n’empêche qu’à cette époque certains mouvements gnostiques pratiquent les premières formes de naturisme. C’est un autre sujet même si l’on peut associer ce mouvement à la pratique du bronzage et considérer qu’il en est le précurseur.

En résumé : par le passé la règle était d’éviter de s’exposer à tout prix. Y dérogeaient, ceux qui y étaient contraints : les paysans, les forçats, les soldats. De fait, la blancheur du visage était symbole de distinction. A la Renaissance, de nombreuses préparations permettaient de blanchir le teint. L’historienne Catherine Lanoé[2] dénombre pas moins de 15 manuels de cosmétiques entre 1541 et 1782. Hâle, taches de rousseurs, rougeurs, tout devait être dissimulé sous une couche qui deviendra du fard (à base de carbonate de plomp servant de piment blanc) à l’époque de Catherine de Médicis[2].

Pour l’aristocrate du XVIIIème siècle, vêtement et visage doivent être blanc ; on le distingue ainsi de loin et ce qui importe. Cela pousse les élites à se distinguer encore davantage et à amorcer un mouvement vers les vertus du naturel. Le maquillage devient plus discret. La révolution solaire est en marche.

Signes extérieurs de bien être

Signe avant coureur du phénomène de bronzage, des bains de lumière commencent à être recommandés à partir des années 1850. Ils visent à lutter contre la mélancolie ou la tuberculose. Les premiers hygiénistes militent pour une circulation de l’air et de la lumière. Par analogie entre l’état des villes, le plus souvent insalubres et les corps malades, ils vantent les bienfaits de l’héliothérapie et des cures d’altitudes.

Cependant, le soleil thérapeutique n’est qu’une transition vers le soleil plaisir. Gabrielle Chanel [2], comme on l’a vu, sera la toute première personne à prendre conscience des effets du bronzage et du plaisir qu’il peut procurer à condition de savoir le maîtriser. Notons qu’à l’époque le terme bronzage ne se rapportait qu’au moulage. Il signifiait recouvrir de bronze et n’était utilisé que dans sa forme transitive. Le Larousse le mentionnera dans sa nouvelle acception qu’en 1928.

Brunir de plaisir

En moins d’une dizaine d’années, on passe du bannissement de la peau hâlée à sa glorification. Le basculement n’est pas que pigmentaire. Il témoigne en réalité d’un profond changement structurel de la société.

La femme est au cœur de cette mutation sans précédent par son ampleur et par sa rapidité. Ses cheveux raccourcissent comme ses vêtements qui montrent ses jambes ; le corset est abandonné. En 1930, à l’occasion des premiers bains de soleil, le ventre se dévoile timidement.

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la première huile solaire qui protège l’épiderme et atténue les coups de soleil”

A travers la peau, c’est une toute nouvelle société qui pointe le bout de son nez. Une société dont les fondements seront les loisirs, le plaisir et la réalisation de soi. Les élites adoptent le sport, les voyages et prennent soin de leur santé. Cela se traduit pas une bonne mine. Celle-ci devient peu à peu le graal de ceux qui sont encore dans la mine et qui en sortent épisodiquement pendant les tout nouveaux congés payés.

Ce phénomène n’est pas uniquement occidental, car on le retrouve aussi chez les japonais par exemple. En revanche, les peuples à la peau mate se sentent, et pour cause, moins concernés.

Un mouvement va bénéficier à fond de la pratique du bronzage : le naturisme. Il faut distinguer nudisme, plutôt balnéaire et naturisme qui reste une doctrine plus globale. D’ailleurs en France, c’est en 1904 qu’apparaît, près d’Etampes, le premier camp de naturisme, bien avant donc l’éloge du bronzage.

Une peau sous contrôle

« Ce qu’il y a du plus profond dans l’homme, c’est la peau » écrivait Paul Valéry.

Si dans les années 70, le bronzage devient un dû, ce qui l’est encore aujourd’hui (68% des français considère le bronzage comme la priorité de vacances, sondage Axa Santé 2008) on s’aperçoit assez vite que le soleil n’a pas que des bienfaits.

D’ailleurs, à compter des années 90, le ton change et certaines publicités prônent les teints blafards comme Calvin Klein avec Kate Moss, dans le prolongement des tendances punk ou gothique.

L’enjeu aujourd’hui est de contrôler la couleur de sa peau, sans danger et sans contrainte saisonnière. Dès 2009 un implant à base d’une protéine appelée Melatonan permettrait d’obtenir un teint hâlé en permanence et sans risque.

En revanche, le contraire n’est pas encore à portée de main comme en témoignent les efforts désespérés de « blanchissement » de Mickael Jackson.

Si la distinction sociale fondée sur le bronzage n’est plus d’actualité, la couleur de la peau restera encore longtemps un facteur de discrimination. Black, blanc beurre…de cacao , une formule qui protège davantage les couches de l’épiderme que celles de la société.

Les étapes du chemin de hâlage…

  • 1855, premières cures de lumière, à Veldes en Slovaquie ;
  • 1893, invention par un allemand de la culture du nu, Nacktkultur;
  • 1904, invention de la première lampe à ultraviolet, par l’allemand Küch;
  • 1909, premier concept d’institut de beauté avec cabine de soins, à Londres ;
  • 1927, première huile solaire proposée par Patou protégeant l’épiderme ;
  • 1928, Vogue lance le débat : Etre ou ne pas être hâlée;
  • 1935, l’ambre solaire conçue par Schueller, fondateur de l’Oreal, permet de bronzer sans brûler comme l’indique son slogan;
  • 1937, Sortie des premières lunettes de soleil Ray-ban;
  • 1939, Marie-Claire explique « comment brûnir vite » ;
  • 1944, première crème à bronzer, à base de beurre de cacoa et de jasmin ;
  • 1946, premières formules cosmétiques sans parfum, issus des laboratoires Roc;
  • 5 juillet 1946, présentation à la piscine Molitor du premier bikini qui sera vendu dans une boite d’allumettes;
  • 1960, premiers produits auto-bronzants;
  • 1962, apparition des facteurs de protection solaire grâce à la marque Piz Buin ;
  • 1976, généralisation des indices de protection;
  • 2003, bronzage par brûmisation;
  • 2009, commercialisation en cours du premier implant de bronzage garantissant 6 mois de bronzage permanent.

Publié le 19 août 2009

[1] L’invention du bronzage – Pascal Ory – Edition Complexe
[2] Du teint hâlé honni au bronzage de rigueur – Bernard Andrieu-


A voir et à lire pour aller plus loin :    

 

  • L’invention du bronzage : Essai d’une histoire culturelle – Pascal Ory – Edition Complexe. L’une des principales révolutions culturelles du XXe siècle n’a, jusqu’à présent, guère suscité l’intérêt des historiens : celle qui a conduit le canon de la beauté pigmentaire de l’ordre du marbre à celui du bronze. Dans un essai historique vif, original et stimulant, Pascal Ory revient sur la délimitation historique du phénomène.
  • Bronzage : Une petite histoire du Soleil et de la peau – Bernard Andrieu – CNRS Editions. De la blancheur ivoirine des anciens canons de beauté au brun tanné vanté par la réclame, des baignades de jadis aux cabines d’UV d’aujourd’hui, du bronzage sexualisé de la bimbo à l’aura trop mate du  » métèque « , Bernard Andrieu livre ici un panorama illustré de l’histoire de la peau et du hâle.
  • Les Bronzés (Édition simple) DVD – « Y a du soleil et des nanas, ladirladirla », Popeye le GO bourreau des cœurs, Jean-Claude Dusse-de-Paris, Gigi, Les Bronzés possède tous les attributs du film culte : multimillionnaire de la statistique médiamétrique des chaînes TV, répliques connues par cœur, etc. Et pourtant, en 1978, rien ne prédisposait cette charge contre les clubs de vacances au triomphe.

 

 

 

Nos tout premiers rires

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Posté par fabrice
 

- 99 000 ans !

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Rira bien qui rira le premier

Même si le rire n’est pas totalement une exclusivité humaine, certains singes ont des rictus de rire par exemple, il est incontestablement une des marques de fabrique de la lignée humaine.  Son émergence est probablement liée à celle de la conscience, surtout pour ce qui est de l’humour.  Et comme le soulignait Alphonse Allais : « le rire est à l’homme ce que la bière est à la pression » !

 

Ne nous racontons pas d’histoire, celui qui est capable de fournir avec précision la date des tout premiers rires de l’humanité est un imposteur…ou un humoriste.

Et si l’on parlait sérieusement du rire…

Plus sérieusement, il est probable que la pratique sociale du rire émerge en même temps que la conscience de soi, une aptitude qui engendre d’autres formes d’expression comme l’art rupestre ou les sépultures.

Encore faut-il s’entendre sur la notion de rire qui va du rire émotionnel au simple rictus, en passant par le fou rire ou une forme beaucoup évoluée que représente l’humour.

D’un point de vue physiologique, le rire nécessite une certaine maîtrise du langage articulé. Selon certains scientifiques, le rire aurait pu même précéder le langage et donc prétendre à être la première forme de communication orale.

Si l’on va au-delà de la définition de Bergson « le rire : du mécanique appliqué sur du vivant », en prenant une conception plus sophistiquée, il est possible de situer les premières tranches de vraie rigolade entre 200 000 et 40 000 ans.

Le syndrome de la « vache qui rit » !

On dit communément que le rire est le propre de l’homme, pour citer la célèbre formule de Rabelais. Si l’on en croit les éthologues, cette assertion serait fausse. On sait que le rat –lorsqu’on le chatouille ou plutôt le ratouille- ainsi que certains singes sont rieurs.

Récemment, des enregistrements ont été réalisés à l’université de Portsmouth (Royaume-Uni) sur des jeunes singes (orangs-outangs, chimpanzés, bonobos et gorilles)[1]. On leur prodiguait des chatouilles. L’analyse acoustique prouve qu’il s’agit bien de rires : éclats de rire assez brefs mais sonores pour les orangs-outangs, plus longs pour les autres. mort_de_rire

Les bonobos par exemple ont la capacité de rire en expirant pendant plus de dix secondes. Cette faculté de prolonger la phase d’expiration en vocalisant n’est donc pas spécifique à l’homme comme on le croyait jusqu’à présent. Il n’y a donc plus de doute, le rire n’est pas l’apanage de l’homme, même s’il s’agit de rires « mécaniques »,  non intentionnels.

Rassurons-nous « la vache qui rit » reste une exception !

Soyons sérieux ! Pascal Picq, paléoanthropologue, considère que le rire fait partie du bagage ancestral commun aux singes et à l’homme, au même titre que la bipédie, la conscience, l’empathie ou les systèmes sociaux.

En cela il rejoint l’analyse de Darwin en 1872. Pour lui, l’ensemble des émotions s’exprime de manière assez comparable chez l’homme et les grands singes. Ces aptitudes potentielles remontent à notre ancêtre commun, Toumaï, apparu il y a environ 7 millions d’années.

De ce fait, on pourrait presque dire « rira bien qui rira le premier… »

 


Le rire : une histoire qui n’a pas toujours été drôle

Les premiers rires civilisés ont plutôt connu des grincements de dents. Car le rire et son compère plus caustique, l’humour, n’ont été vus avec bienveillance qu’à partir du XIIIème siècle, grâce à un chirurgien, Henri de Mondeville. Il prit le parti du rire en expliquant «que le corps se fortifie par la joie et s’affaiblit par la tristesse ».

Rire dans la société

Jusque-là : bonjour tristesse !

Qu’il s’agisse des philosophes grecs, Aristote, Platon, et même Socrate, le rire n’était pas leur tasse de thé. Il le trouvait laid, dégradant, autrement dit indigne des hommes car les détournant de la vérité. Le père de l’Eglise grecque, St Jean Chrysostome, estimait que le rire conduisait au péché.

Cette théorie fit son petit bonhomme de chemin jusqu’au Moyen Age, où les savants de l’époque vont qualifier le rire de diabolique. La preuve, selon eux : aucun rire de Jésus relaté dans les évangiles.

La réhabilitation du rire au XIIIème siècle durera le temps d’un soupir. Les siècles suivant ne seront en effet pas une partie de rigolade. On ne plaisante pas avec la Bible ! L’Angleterre protestante et la France catholique vont rivaliser pour diaboliser le rire. La reine Victoria ira même jusqu’à l’interdire dans les salons.

De l’autre coté de la Manche, au pays de la guillotine, on ne badine pas non plus avec le rire. Au lendemain de la révolution, il est admis qu’un « républicain ne rit pas ». Autre époque, autre révolution, mais même combat contre l’humour : pour Staline, « un peuple heureux n’a pas besoin d’humour ». Autrement dit, faites la guerre, pas l’humour !

Enfin, arrive le XIXème siècle. Les zygomatiques vont enfin pouvoir s’exprimer, pour le meilleur et…pour le rire !

Quoique, même si la tendance générale est à l’humour et à la dérision, rappelons-nous qu’un certain Staline considérait « qu’un peuple heureux n’a pas besoin d’humour », conception sans doute partagée par les assassins de Charlie-Hebdo.

Alors pour faire baisser la pression, laissons le mot de la fin à Alphonse Allais : « le rire est à l’homme ce que la bière est à la pression » :-) .

actualisé,  le 29 mars 2015

1 – Etude réalisée par Marina Davila Ross de l’Université de Portsmouth, primatologue à partir de 800 enregistrements de jeunes singes subissant des chatouilles sur le cou, sous les bras ou sous les pieds.


Pourquoi je n’ai pas mangé mon père de Jamel Debbouze  :

 


A lire pour aller plus loin :

  • Les bienfaits du rire sur Doctissimo. L’humour aurait un effet bénéfique sur notre corps ! Au point que les blagues constitueraient une véritable drogue dont nous ne pouvons pas nous passer ! Aucune chance de mourir de rire, au contraire !
  • Le Rire, sa vie, son oeuvre : Le plus humain des comportements expliqué par la science. Vous voulez tout savoir du rire ? Lisez ce livre. Robert Provine, le seul neurobiologiste au monde à étudier expérimentalement le rire depuis dix ans, répondra à toutes vos questions.
  • Le rire de Eric Smadja. Alors que l’on vante ses bienfaits – la valeur des thérapies par le rire, par exemple -, les préjugés attachés à cet acte essentiel semblent demeurer intacts. Qu’est-ce que le rire ? Pourquoi rit-on ? Et de quoi ? À travers la psychanalyse, la physiologie, l’éthologie, la littérature, la philosophie, l’anthropologie, cet ouvrage analyse toutes les facettes du rire. Pour rire en connaissance de cause !

 

Premières violences en bandes organisées

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Posté par fabrice
 

- 13 500 années

Hands in blood

« Pourquoi tant de haine ? »

Si les premiers signes de cannibalisme remontent à 800 000 ans, l’un des tout premiers homicides avérés à près de 400 000 ans, les premiers actes de violence en groupe sont beaucoup plus récents et correspondent au moment où disparaissaient les chasseurs-cueilleurs au profit des premiers sédentaires. En progression jusqu’au Moyen Age, la violence dans la société, malgré les apparences, connait depuis une décrue constante même si elle a tendance à se radicaliser.

La première trace de violence collective est datée entre 13 140 et 14 340 ans (1) avant notre ère. Elle s’est produite au nord du Soudan dans une région enclavée dans la vallée fertile du Nil mais cernée par un milieu naturel hostile.

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Les motifs de cet accès de violence restent évidemment mystérieux. Toutefois, il est possible que le site ait suscité la convoitise du voisinage à moins qu’il s’agisse de luttes internes provoquées par une diminution des ressources. Bref, pas suffisamment d’indices pour tirer cela au clair.

Les traces de violence interpersonnelle au paléolithique demeurent rares, en dehors des actes de cannibalisme dont les premiers remontent à 800 000 ans et pour lesquels seuls 2 cas attestent d’une agression avant le « festin » .

L’homme un « bon sauvage » ou « un loup pour l’homme » ?

On a coutume de dire que la violence chez l’espèce humaine a pris son essor à partir du moment où l’homme à commencer à s’approprier biens et territoires et a vu sa démographie augmenter.

Une chose est certaine :  si la violence contre autrui remonte à au moins 430 000 ans, les premiers actes de guerre sont beaucoup plus récents, il y a 12 000 ans environ.

Alors comment choisir entre la vision Rousseauiste du « Bon sauvage » et celle de Hobbes pour qui « l’homme est un loup pour l’homme » ?

L’homme : une des espèces les plus violentes

Une étude de septembre 2016 (4) apporte un nouvel éclairage sur cette controverse. Elle démontre que le taux de décès des humains causés par d’autres humains est de 2 %, ce qui place l’homme parmi les espèces les plus violentes. Cependant, ce niveau de violence élevé n’est pas l’apanage de l’espèce humaine.

L’étude révèle que la violence est un trait partagé par les mammifères en général. Les suricates, [petit carnivore vivant dans le désert ouest-africain] apparaissent comme les mammifères les plus violents mais on peut citer aussi les lions et les loups et, plus surprenants, les marmottes et mêmes les chevaux.

Il apparait qu’une espèce qui se trouve placée dans la chaîne évolutive à proximité d’autres espèces violentes présente elle-même un comportement violent. L’inverse se vérifie également.
Les explications à ce phénomène sont nombreuses et dépendent des espèces. Les infanticides, par exemple, peuvent être vus comme un moyen d’adaptation tout comme la compétition entres mâles pour une femelle.

La violence en baisse depuis le Moyen-Âge

Si le niveau de violence s’est accru après l’époque des chasseurs-cueilleurs, elle est en déclin depuis la fin du Moyen Âge selon les travaux du sociologue allemand Norbert Elias (2). Cette tendance vers une société moins violente serait la conséquence conjointe d’un renforcement de l’Etat et de l’autocontrainte débouchant sur l’émergence de la notion de civilité.

Au vu des différents indices comme celui du taux d’homicide qui se réduit de moitié entre le XIIIè et le XVIème siècle (3), il est incontestable que le XVI et XVII ème siècle marque un tournant dans la violence.
Autre tournant dont nous avons peu conscience, depuis 1945, l’écrasante majorité des Européens n’a ni blessé, ni tué au cours d’un conflit, ce qui est une première dans notre histoire.

Aristote aurait finalement raison lorsqu’il affirme que l’homme est fait pour vivre en société et naturellement fait pour la communication et donc pour pacifier.


La violence « enragée »

Ce n’est pas d’hier que les bandes de jeunes existent et inquiètent leurs ainés. Rien qu’au XX ème siécle, on les a appelés successivement (5) :

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  • les « Apaches ». Groupes de jeunes de milieux ouvriers, durant « la Belle époque » en rupture avec le mode de vie en usine. Ils sévissent sur les « fortifs » de Paris
  • Au début des années 60, les « blousons noirs » également issus de milieux ouvriers, en révolte contre le monde adulte et bourgeois et véhiculant leur propre code culturel : rock, blouson, coupe de cheveux.
  • A partir des années 80, les « zoulous » incarnent l’archétype des jeunes dangereux et incontrôlables, issus des cités et le plus souvent de l’immigration maghrébine et africaine avec une volonté de repli identitaire.

Depuis les années 2000, on vit un nouveau cycle de violence juvénile qui cette fois devient moins crapuleuse mais plus gratuite avec un accroissement du nombre des mineurs impliqués. (En 2011, on passe de 24 500 à plus de 36 000 cas).


Peace and love

Malgré les actualités, la non-violence serait-elle en passe de devenir tendance ?

carte-homicide-mondePrenons l’année qui a suivi les attentats du 11 septembre. Eh bien, on risquait moins d’être victime d’un homicide ou d’une balle d’un soldat que de mourir de sa propre main (6). En effet, en 2002, sur 57 millions de morts dans le monde, 172 000 « seulement » sont morts de la guerre et 569 000  de crimes violents, soit un total de 741 000 victimes de violence humaines pour 873 000 suicides.

Durant l’Europe médiévale, entre 20 et 40 habitants sur 100 000 habitants étaient assassinés chaque année. Aujourd’hui ce nombre est tombé à 9. Encore faut-il prendre en compte des pays particulièrement violent comme la Somalie, la Colombie ou le Honduras (90 homicides volontaires pour 100 000). Soyons rassurés, dans l’Union européenne, la moyenne est d’1 meurtre pour 100 000 habitants. En France, entre 1995 et 2011, le nombre d’homicides a été divisé par deux, pour atteindre 800 par an !

En fait, on vit la période la plus calme depuis l’Emprire Romain. Même la Seconde guerre mondiale, avec ses 55 millions de morts n’a décimé « que » 2% de la population contre 10 % lors des Invasions Mongoles de Gensis Khan au XIII ème siècle.

Aujourd’hui, malgré les idées reçues, on risque bien moins sa peau dans les rue de Chicago ou de Rio de Janeiro que les inidigènes Waorani ou l’Arawete  au fin fond de la forêt amazonienne. Des études (7) ont montré que près de la moitié d’entre eux ne survivront pas à des conflits violents, à cause des femme, du prestige ou de la propriété.

 

 publié le 14 octobre 2016

1 – Dénommé « Site 117 » cité dans « Préhistoire de la violence et de la Guerre » Marylène PATOU-MATHIS – Ed. Odile Jacob
2- « Une histoire du processus de civilisation » publiée en 1939 et rééditée en 1973 et 1975, sous le titre « La civilisation des mœurs ».
3- En Angleterre, par exemple, le taux passe de 20 homicides pour 100 000 habitants au XIII ème siècle pour descendre à 10 pour 100 000 4 siècles plus tard. – Histoire Pour tous – Aurèlie Perret – Février 2015
4 – Etude « The phylogenetic roots of human lethal violence » dirigée par José Maria Gomez Reyes de l’Université de Grenade, Espagne publiée par Nature le 28 septembre 2016
5- https://www.cairn.info/revue-pensee-plurielle-2007-1-page-111.htm
6- « Sapiens, une brève histoire de l’humanité » – Yuval Noah Harari – Albin Michel – Ed. 2015
7- « Body Counts in Lowland South American Violence » Walker et Bailey


A visionner pour mieux comprendre :