dimanche, 25 septembre 2022

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Pour la première fois, « l’entertainment » tisse sa toile

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1er septembre 1902

Avant-Première

« Le voyage dans la Lune » de George Méliès peut être vu comme un lever de rideau sur une nouvelle ère : l’ère de l’image, de la mise en scène et des trucages. Autrement dit, sur un monde d’illusion qui grâce au procédé d’images animées, le cinématographe, terme déposé en 1892, prend l’apparence de la réalité pour mieux la dépasser. Pour la première fois, la société du divertissement entre en scène.

Méliès, né à Paris en 1861, est un magicien et un « touche à tout ». A la fois manuel, artiste, créatif, inventeur, entrepreneur, producteur, il trouve dans le cinéma naissant le moyen d’exprimer ses talents. Le 7ème art, dont l’expression ne sera inventée qu’en 1911 par le critique italien Roberto Canudo, rassemble, selon lui, une palette de disciplines incroyablement large qu’il entend déployer à sa guise.

Inspiré du roman de Jules Verne, De la Terre à la Lune, Le voyage dans la Lune, met en scène de manière baroque, en trente tableaux, un aller-retour Terre-Lune vécu par 6 astronautes. Ce sera l’occasion, pour Méliès, de marier ses compétences de prestidigitateur et son expérience théâtrale à son envie de donner corps à son imagination. Il ouvre ainsi la voie à un genre nouveau appelé la Féérie, qui préfigure la science-fiction.

Pour la toute première fois, le spectateur est projeté dans une véritable histoire ne nécessitant aucun intertitre pour la compréhension de « l’intrigue », portée par des effets spéciaux et des trucages qui servent le scénario, le tout pour ce que l’on pourrait qualifier de long métrage pour l’époque, c’est-à-dire au-delà de 5 minutes.

Le vrai cinéma est né et avec lui la société de l’image et une nouvelle manière de raconter les histoires, à des années-lumières des traditions des conteurs oraux ou écrits et à quelques bobines des réalisations des frères lumières et de quelques autres qui s’inscrivent davantage dans le documentaire.



Coup de projecteurs sur les premières lumières du Cinéma

Alice Guy, première réalisatrice de fiction

Le 28 décembre 1895, les Frères lumières inaugurent la première séance publique de Cinéma en projetant au salon Indien du Grand Café, à Paris, la Sortie de l’usine Lumière à Lyon (une première représentation du film en privé a eu lieu l’année précédente). Cet événement marque la naissance officielle du cinéma. Ce film s’apparente à un documentaire.

Cependant, en 1896, Alice Guy réalise ce que l’on considère comme la toute première œuvre cinématographique de fiction : « La fée au choux ». Quant au premier film monté, c’est-à-dire ne se limitant pas à une succession de scènes mises bout à bout, est réalisé à l’occasion du couronnement du tsar Nicolas II, tandis que le premier long métrage (+ de 60 minutes), The story of the Kelly Gang date de 1906. Quant au tout premier studio, situé à Montreuil, on le doit à Méliès. Silence, la roue tourne.



A voir « Le voyage dans la Lune » de Georges Méliès (La bande son n’est évidemment pas de l’époque):



A voir, à lire pour aller plus loin :

  • Europa Film Treasures cette bibliothèque numérique, qui devrait s’enrichir chaque année d’une cinquantaine de nouveaux films, est l’œuvre d’un Français fou de cinéma, Serge Bromberg. C’est à ce collectionneur et restaurateur de films anciens que l’on doit notamment la découverte, il y a quelques années, de dix-sept films de Georges Méliès réputés perdus. Grâce à Serge Bromberg, les pépites des cinémathèques européennes sont désormais visibles gratuitement sur le Web.
  • La Magie Melies : un documentaire époustouflant qui retrace, à l’aide de documents inédits et de nombreux extraits de films, la vie et l’œuvre de Georges Méliès
  • Georges Méliès – Le premier magicien du cinéma Coffret évènement 6 DVD !!! 200 films, 15h de programme, un livret de 40 pages préfacé par Norman McLaren, édition définitive avec les plus belles restaurations
  • L’Oeuvre de Georges Méliès Publié à l’occasion de l’exposition Georges Méliès organisée par la Cinémathèque française, cet ouvrage reproduisant plus de 400 illustrations provenant de deux fonds prestigieux (photographies de plateaux, projets de décor et de costumes, caricatures…), est un hommage à l’une des figures les plus étonnantes du cinéma naissant, un artiste complet, un  » prestidigitateur qui mit le cinématographe dans un chapeau pour en faire sortir le cinéma « , selon les mots d’Edgar Morin.

Les Sixties : un festival de premières fois !

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9 mai 1960

Oh, hippies days !! 

Le Groupe Pink Floyd, précurseur du rock psychédélique

Le Groupe Pink Floyd, précurseur du rock psychédélique; illustration ici de leur principaux albums

 

9 mai 1960. Lever de rideau pour une décennie de folies qui restera à jamais gravée dans la mémoire collective sous le « label » des Sixties !

Ce jour-là, la Food and Drug Administration, (Agence américaine de contrôle des aliments et des médicaments) donne son autorisation de mise sur le marché à la toute première pilule contraceptive, l’Enovid

C’est le coup d’envoi pour un festival de « premières fois » uniques dans les annales de l’histoire sur une période aussi courte. Comme le résume l’éditorialiste Claude Weill (1) « C’était le temps des commencements. Un monde finissait, un autre naissait ».

Un monde finissait, un autre naissait !

Et oui, le monde ne sera plus jamais comme avant !  Bien sûr, les années 50 avaient déjà sonné le début de la récréation : l’essor de la télévision aux Etats-Unis, phénomène qui allait se répandre sur la planète, le règne de la « bagnole », les toutes premières villes nouvelles, les premiers pas de la conquête spatiale, du nucléaire civile;  l’envolée de la course aux armements, l’appel d’air du rock, le premier shopping center (1953) émergeant d’un champ de pommes de terre près de New York, les fast-foods…

Bref, comme le souligne le David Halberstam, journaliste américain, prix Pulitzer, l’invention de la société moderne !

Ces événements des fifthies portent le germe d »une révolution socio-culturelle encore à l’oeuvre aujourd’hui. Mais leurs  fondations restent encore largement ancrées dans le domaine de la consommation issue de la révolution industrielle et demeurent très conformistes. Tandis que les Sixties amènent un vent totalement inédit qui va transformer la société en profondeur, et cela en un temps record. C’est probablement sans précédent dans l’histoire.

symboles des sixties

On peut y voir un hymne aux premières fois, tant celles-ci sont nombreuses. Et sur tous les plans : technologique, culturel et surtout au niveau des mœurs et plus particulièrement sur celui de l’émancipation de la femme.

Alors, oui, tout a commencé ce 9 mai 1960 car, même si la pilule contraceptive a été inventée en 1957 (cf. article sur la pilule contraceptive), elle arrive sur le marché en ce début des sixties, comme le porte-drapeau de cette décennie qui va changer le monde.

Rappelons-nous !

Le premier homme dans l’espace et le premier pas sur la Lune, la première greffe du cœur, les premiers essais du Concorde et le lancement du paquebot France, le premier 100 mètres en 10 secondes, les premiers jalons de ce qui deviendra Internet avec Arpanet, les débuts de Beatles et de la vague Yé-yé et des anti yé-yés comme Polnareff (2). Pour la première fois les chanteurs sont plus jeunes que leurs fans !

Un nouveau souffle pour le cinéma grâce à Truffaut, Rhomer, Godard et quelques autres initiateurs de « la nouvelle vague », une nouvelle star, Brigitte Bardot qui en casse tous les codes, le Nouveau Roman et le structuralisme porté notamment par Lacan engageant la jonction entre la psychanalyse et la linguistique ;

La révolution vestimentaire et plus globalement culturelle qui voit le tutoiement s’imposer, les fleurs envahir des cheveux qui poussent, et la drogue rendre ses fleurs multicolores, la naissance du Pop art, le discours de Martin Luther King en août 1963 et évidemment, mai 68 qui dresse le peuple du monde occidental sur les barricades et d’une certaine manière qui dresse aussi le chapiteau de Woodstock en août 69. Un point d’orgue comme pour conclure avec panache cette décennie où tout devient ENFIN possible. Pour la première fois !

Sous les pavés, la plage ??

Cependant, tout n’est pas rose, loin s’en faut. Les essais nucléaires se multiplient dans une guerre froide qui aurait pu déboucher sur un embrasement mondial et irrémédiable lors de l’affaire des missiles de Cuba à l’automne 1962 ; l’Amérique s’engage au Vietnam, Israël gagne une guerre éclair, tandis que la France est engluée en Algérie et que Berlin dresse son mur.

Il faut à un ouvrier français ½ mois de salaire pour s’offrir un transistor, tandis qu’il ne dispose que très rarement de salle de bains et que moins de 4% de ces enfants accèdent à des études supérieures.

Pour la première fois, l’humanité a conscience de vivre, en temps réel –c’est-à-dire à échelle humaine – un accouchement sociétal où pour la toute première fois l’individu s’émancipe de sa famille et des règles sociales séculaires. Celui-ci s’effectue dans la douleur mais avec une joie et une espérance inégalées.

Nous sommes au milieu des trente glorieuses, au printemps de tous les possibles.

Publié le 2 mai 2012

La beat generation

« Faites l’amour pas la guerre ». Parmi les slogans de mai 68, celui-ci est peut-être le plus révélateur de la mutation qui est en gestation depuis le début des années 60.

Cela se traduit par une libération des corps et des esprits qui se manifeste par l’émergence de la contre-culture et par la transgression. Autrement dit : une Culture jeune qui apparait pour la première fois comme l’a souligné le sociologue Edgar Morin (3).

Même si toutes les couches et tous les domaines de la société sont touchés par cette mutation socioculturelle spectaculaire, les jeunes -un français sur trois- en sont le fer de lance.

La beat génération

Tandis que les cheveux s’allongent les jupes se raccourcissent avec les minijupes et les filles se dénudent n’hésitant pas à se montrer en monokinis, les seins nus. Le tout dans une ambiance « peace and love », matinée de sexe, de drogue rythmé par le rock’n roll (4).

Mais surtout, c’est le rapport au sexe qui commence vraiment à changer. Songeons qu’à cette période, il est impensable d’avoir des relations sexuelles avant le mariage. Les filles qui tombent enceintes hors mariage sont renvoyés par leur employeur et répudiés par leur famille. Jusqu’en 1972, date à laquelle la loi Neuwirth autorisant la pilule contraceptive rentrera effectivement en vigueur, il faut l’accord parental pour obtenir la Pilule jusqu’à l’age de 21 ans (âge de la majorité à l’époque).

Les jeunes aspirent donc avant tout à une chose : disposer de leur corps et revendiquer le droit à la jouissance. Et pour les femmes, cela est totalement nouveau. Depuis la nuit des temps, elles n’ont jamais connu cette possibilité de jouir sans entrave, l’esprit et le corps libre.

Pour la toute première fois, les femmes peuvent oser dire « Un enfant,  si je veux et quand je veux ! »


Un feu d’artifice de premières fois et d’évènements :

  • 1er janvier 1960, le nouveau franc fait une entrée fracassante ;
  • Entre janvier et septembre 1960, tous les pays des anciennes colonies françaises d’AOF (Afrique-occidentales Française) accèdent à l’indépendance ;
  • 21 avril 1960, inauguration de Brasilia, sortie de terre en 1000 jours, dit-on, devient le symbole de l’architecture moderne;
  • 9 mai 1960, autorisation aux Etats-Unis de la Pilule contraceptive ;
  • 11 mai 1960, inauguration du paquebot France ;
  • Septembre 1960, Cavanna et le professeur Choron lance « Hara Kiri », apportant une forme d’humour inédite ;
  • Août 1960, portée par 4 copains, l’appellation « Beatles » entre dans l’histoire ;
  • 20 septembre 1960, Johny Halliday fait ses débuts tandis que la même année, Jean Luc Godard sort « A bout de souffle » ;
  • 12 avril 1961, Gagarine est le premier homme dans l’espace ;
  • 13 août 1961, la RDA érige le « mur de la honte » ;
  • 30 octobre 1961, les soviétiques font exploser la bombe atomique la plus puissante jamais construite : 4000 fois celle d’Hiroshima ;
  • 1962, le taux croissance de l’économie atteint pour la première et la dernière fois, 6,8 % ; M. McLuhan publie la Galaxie Gutenberg évoquant le village mondial ;
  • 8 avril 1962, référendum sur l’indépendance de l’Algérie ;
  • Juillet 1962, Konrad Adenauer et le général de Gaulle scellent la réconciliation franco-allemande.
  • Octobre 1962, la crise des missiles de Cuba ;
  • 11 octobre 1962, ouverture du Concile Vatican II qui va transformer la liturgie de l’Eglise catholique ;
  • Novembre 1962, Alexandre Soljenitsyne publie son premier roman « Une journée d’Ivan Denissovitch » ;
  • 28 août 1963, devant plus de 250 000 personnes réunis devant la Maison Blanche, Martin Luther King lance « I have a dream »
  • 22 novembre 1963, assassinat de John F. Kennedy à Dallas ;
  • 12 juin 1964, Nelson Mandela, leader de l’ANC est condamné à la prison à perpétuité d’où il ressortira en février 1990 ;
  • 27 juin 1964, à Saint-Tropez, le monokini fait son apparition ;
  • 5 juin 1965, sortie du tube des Rolling Stones, « Satisfaction » ;
  • 25 juillet 1965, Bob Dylan au festival de Newport avec sa guitare électrique, se fait huer ;
  • Automne 65, Syd Barett, Nick Mason, Roger Waters, Richard Wright inventent avec le Pink Floyd le rock psychédélique ;
  • Janvier 1966, première communauté hippie en Californie ;
  • Avril 1966, le président Mao Tsé-toung lance sa « révolution culturelle prolétarienne », provoquant entre 400 000 et 1 million de morts ;
  • 1966, le Mini-K7 de Philips révolutionne, grâce à la possibilité d’enregistrer, le rapport à la musique ;
  • 1967, Brigitte Bardot chante en duo avec Serge Gainsbourg « Je t’aime, moi non plus » ; Au Golden Gate Park de San Fransisco, 40 000 hippies couvrent de fleurs des policiers;
  • 7 février 1967, début des bombardements américains sur le Vietnam ;
  • 5 juin 1967, guerre des six jours menée par Israël ;
  • 9 octobre 1967, Ernesto Guevara, alias le Che, est exécuté par l’armée bolivienne ;
  • 3 décembre 1967, première transplantation cardiaque réalisée par le chirurgien sud-africain Christian Barnard ;
  • 28 décembre 1967, l’Assemblée Nationale adopte la loi Neuwirth autorisant la pilule ;
  • 15 avril 1968, Yasser Arafat sort de la clandestinité ;
  • 29 avril 1968, les Shadoks commençaient à pomper ;
  • Mai 1968, sous les pavés, la plage !
  • 23 juillet 1968, premier détournement d’avion, entre Rome et Tel-Aviv ;
  • 20 août 1968, les troupes soviétiques envahissent la Tchécoslovaquie ;
  • 21 juillet 1969, pour la toute première fois, un homme marche sur la Lune ;
  • 12 août 1969, embrasement de l’Irlande du Nord ;
  • 15 août 1969, ouverture du festival de Woodstock qui rassemble un demi million de spectateurs contre 50 000 attendus;
  • 1969, « Easy Rider » de Dennis Hopper, une « road movie » qui exalte l’envie de liberté et l’épanouissement personnel, tout l’esprit des sixties.

1 – Nouvel Observateur – Spécial années 60 – « Dix ans qui ont changé le monde » – N° 2459/2460 – Décembre 2011
2- Le Figaro.fr – « Les enfants terribles de sixties » – 20 avril 2006
3- « L’esprit du Temps » – Edgar Morin – 1962, rééd.  Armand Colin, 2008
4- « Mai 68 et la Libération des moeurs » – Sciences Humaines – Mai 2008 


A visionner pour mieux comprendre :

La Folies des années 60, un documentaire de France 3 :

Brigitte Bardot – L’égérie des années 60 :

Saint-Tropez lance la mode du monokini :


Propositions de lectures pour retrouver l’ambiance des Sixties :

  • Beat GenerationPour Jack Kerouac, le terme « beat » signifie « être, d’une façon non dramatique, au pied de son propre mur ». En 1957, Sur la route devenait le livre-symbole de la liberté, de la contestation des valeurs bourgeoises et de la révolte face à la cupidité du monde. Née à New York de l’amitié entre quatre hommes, Kerouac, Ginsberg, Cassady et Burroughs, la Beat Generation revendiquait des engagements politiques forts et refusait la course à l’argent. De leur vivant, les artistes Beat vivaient l’art comme une continuité, une œuvre commune. Pour la première fois, leurs textes sont ici réunis selon leur vraie vocation et forment un tout cohérent.
  • Swinging sixties : Londres-ParisCe livre se propose de revisiter les sixties à travers le prisme de la culture rock. A l’origine américaine, cette musique se déploie sur le monde en provenance de Grande-Bretagne. The British Blues Boom ! Les Beatles, les Rolling Stones, les Who… modélisent une jeunesse tournée vers la modernité et l’émancipation. Londres irradie jusqu’en 1967, et continue de donner le la jusqu’en 1972 tandis que, déjà, le fameux Swinging London se pare d’atours « glam ». Retour sur une décennie qui façonna les moeurs dites modernes dont nous sommes tous les héritiers. Retour sur cinq groupes essentiels – les Beatles, les Stones, les Kinks, les Who et les Pink Floyd. La mode de Carnaby Street, le Pop Art, le psychédélisme, la mini-jupe, Twiggy, la Triumph, Chapeau melon et bottes de cuir, mais aussi chez nous, le magazine Salut les Copains et le Pop Club de José Artur, Sylvie Vartan ou Françoise Hardy et ses robes Paco Rabanne, Antoine, Jacques Dutronc, Michel Polnareff et autres chanteurs anti-yéyés, Campus de Michel Lancelot et le président Rosko… Une génération, une façon de vivre, d’appréhender le monde et la musique en Angleterre et en France. Une histoire détaillée, sociale et artistique. Une somme iconographique – plus de 600 documents rares ou inédits. Une saga accessible, au doux parfum de nostalgie, qui évoquera bien des souvenirs à ceux qui ont connu l’époque et fera rêver les plus jeunes !
  • Les égéries sixtiesDébut des années 1960. Des filles se rencontrent à Paris dans l’agence de mannequins de Catherine Harlé : Nico, Anita Pallenberg, Amanda Lear, Anna Karina… Libres, extravagantes, gonflées, elles font les beaux jours et les belles nuits de la Rive gauche et croisent d’autres beautés : Zouzou, Caroline de Bendern, Tina Aumont, Marie France, Valérie Lagrange, Deborah Dixon… Plus qu’une bande, ces femmes incarnent un état d’esprit, une allure, et vont influencer profondément leurs amants, des figures du rock : Brian Jones, Keith Richards, David Bowie, parmi d’autres. Peindre l’existence de ces véritables stars, c’est remonter le fil qui relie la mode de Carnaby Street à celle du boulevard saint-Germain. C’est s’inviter à des parties hallucinantes, des deux côtés du Channel. C’est entrevoir, à travers ces égéries touche-à-tout, ce qui rapproche le monde des Rolling Stones de l’univers de Philippe Garrel. C’est ressusciter les figures légendaires de Donald Cammell, dont l’appartement de Montparnasse fut le haut lieu de l’axe Paris-Londres, et de Talitha Getty, dont le palais de Marrakech fut le théâtre d’orgies mémorables. Suivre la destinée de ces femmes exceptionnelles, c’est dessiner une certaine idée des années 1960 avec tempêtes sexuelles, rafales de Stratocasters et déferlements de poudre. Mais confesser aujourd’hui les acteurs essentiels d’une époque dingue, c’est aussi, pour l’auteur, trouver la confirmation qu’on écrit pour conjurer ses propres fantômes.
  • Oeuvres de Françoise SaganCinquante ans après, la petite musique de Bonjour Tristesse, que l’on retrouvera dans les autres romans de Sagan, chante toujours aussi délicieusement à nos oreilles. Un retour dans les années 1950 et 1960 toujours à la mode.
  • Sixties : Cinéroman, de Robert Belleret.Dans ces mémoires d’un jeune homme dérangé, Robert Belleret livre un itinéraire d’adolescent glandouilleur, fauché, timide mais exalté, tout au long des années soixante. De l’entrée au lycée à l’embauche dans un journal, en passant par la case caserne et les boulots de gratte-papier indocile, Sixties se lit comme un roman de formation. Le music-hall, le Livre de poche et le septième art ayant constitué les universités de l’auteur, Aznavour, Hemingway, Godard, Bébel et B.B., les Beatles et les Stones, Léaud et Léo et tant d’autres « maîtres » figurent au générique de ce cinéroman constamment irrigué par le cinoche – celui qu’on regarde avec les yeux et celui qu’on se fait dans sa tête. Sans jamais se donner le beau rôle dans ses tribulations d’acteur anonyme – virées entre copains, amitiés fondatrices, élans amoureux chaotiques, premiers baisers, errances banlieusardes et voyages au bout du monde -, Belleret est aussi le témoin attentif de l’ère des ruptures où de Gaulle et les deux K (Khrouchtchev et Kennedy) dominent le paysage. Il brosse ainsi la chronique, juste, drôle et trépidante d’une époque – du yé-yé triomphant à la grande chanson française, du dernier flot des westerns à la Nouvelle vague, du rock à la pop, des scoubidous aux minijupes, de la sale guerre d’Algérie au joli mois de mai – dont l’image n’est pas près de se ternir.

Les tout premiers bronzages

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1925

bronzage-pano

L’exposition universelle

L’idée de se protéger du soleil serait venue sur la mer un jour de grand soleil : mais dit donc « Coco » tu es toute rouge !  A partir de là, le must deviendra une peau hâlée sans rougeur pour faire pâlir la grande bleue !

On raconte que tout a commencé sur le yacht du duc de Westminster par une journée ensoleillée.  spay_1024_resizemoittransparent Nous sommes à Cannes, en 1925. Ce jour-là, Coco Chanel découvre, pour la toute première fois, dit-on, les effets du soleil sur sa peau ! Dès lors, la mode du bronzage est dans l’air et un demi siècle plus tard, les bronzés feront du ski !

Mais comme bronzage et protection vont de paires, le véritable coup d’envoi de ce phénomène pigmentaire et planétaire aura lieu en 1927, grâce à Jean Patou et son huile de Chaldée : “la première huile solaire qui protège l’épiderme et atténue les coups de soleil”.

En proposant cette innovation à Gabrielle Chanel, Jean Patou n’imagine vraisemblablement pas à quel point cela révolutionner notre rapport au Soleil et libérer notre corps…de son carcan solaire! C’est un véritable coup d’arrêt à l’hégémonie de la pâleur qui règne sans partage –en occident mais également dans de nombreuses cultures- depuis au moins deux milles ans.

Ceci est mon corps

On pourrait penser que ce coup fatal porté au teint de porcelaine n’aurait d’influence que sur la mélanine et les coups de soleil. Peau de balle ! En contrôlant la couleur de la peau, c’est de la toute première prise de possession de notre corps dont il s’agit. C’est à la fois une révolution culturelle et un signe d’émancipation sans précédent, estime Pascal Ory, professeur d’histoire contemporaine à la Sorbonne [1].

Imaginez : pour la toute toute première fois dans l’histoire, il devient possible de s’exposer au soleil, sans limite ou presque ou du moins sous contrôle, non pas par obligation mais par choix. Donc pour son plaisir. L’idée de bronzage –qui va accompagner la notion de plaisir – va donc se répandre dans la société comme une crème…solaire sur l’épiderme. La libération des esprits et des corps est en marche…jusqu’à la dictature des corps bronzés des années 70-80.

Qu’il est long le chemin du « hâlage » !

Si Grecs et Romains cultivaient déjà leur corps et leur passion pour les bains, on est encore loin de parler de bains de soleil (les premiers thermes sont construits par Agrippa en 18 av J.-C.). D’autant qu’à cette époque  le teint clair est déjà de rigueur. Pour le blanchir, on utilise alors de la Céruse (pigment toxique à base de plomb, appelé aussi carbonate de plomp) ou de la craie tandis que les Egyptiens ont recours à des pommades à base d’albâtre et de lait d’ânesses .

Avec l’avènement de l’ère chrétienne, on assiste à un véritable culte de la blancheur, calquée sur l’image de l’Immaculée conception. Le corps féminin sera le porte-drapeau de cette image diaphane de la Vierge, et les références seront la fleur de lys et l’albâtre. Il n’empêche qu’à cette époque certains mouvements gnostiques pratiquent les premières formes de naturisme. C’est un autre sujet même si l’on peut associer ce mouvement à la pratique du bronzage et considérer qu’il en est le précurseur.

En résumé : par le passé la règle était d’éviter de s’exposer à tout prix. Y dérogeaient, ceux qui y étaient contraints : les paysans, les forçats, les soldats. De fait, la blancheur du visage était symbole de distinction. A la Renaissance, de nombreuses préparations permettaient de blanchir le teint. L’historienne Catherine Lanoé[2] dénombre pas moins de 15 manuels de cosmétiques entre 1541 et 1782. Hâle, taches de rousseurs, rougeurs, tout devait être dissimulé sous une couche qui deviendra du fard (à base de carbonate de plomp servant de piment blanc) à l’époque de Catherine de Médicis[2].

Pour l’aristocrate du XVIIIème siècle, vêtement et visage doivent être blanc ; on le distingue ainsi de loin et ce qui importe. Cela pousse les élites à se distinguer encore davantage et à amorcer un mouvement vers les vertus du naturel. Le maquillage devient plus discret. La révolution solaire est en marche.

Signes extérieurs de bien être

Signe avant coureur du phénomène de bronzage, des bains de lumière commencent à être recommandés à partir des années 1850. Ils visent à lutter contre la mélancolie ou la tuberculose. Les premiers hygiénistes militent pour une circulation de l’air et de la lumière. Par analogie entre l’état des villes, le plus souvent insalubres et les corps malades, ils vantent les bienfaits de l’héliothérapie et des cures d’altitudes.

Cependant, le soleil thérapeutique n’est qu’une transition vers le soleil plaisir. Gabrielle Chanel [2], comme on l’a vu, sera la toute première personne à prendre conscience des effets du bronzage et du plaisir qu’il peut procurer à condition de savoir le maîtriser. Notons qu’à l’époque le terme bronzage ne se rapportait qu’au moulage. Il signifiait recouvrir de bronze et n’était utilisé que dans sa forme transitive. Le Larousse le mentionnera dans sa nouvelle acception qu’en 1928.

Brunir de plaisir

En moins d’une dizaine d’années, on passe du bannissement de la peau hâlée à sa glorification. Le basculement n’est pas que pigmentaire. Il témoigne en réalité d’un profond changement structurel de la société.

La femme est au cœur de cette mutation sans précédent par son ampleur et par sa rapidité. Ses cheveux raccourcissent comme ses vêtements qui montrent ses jambes ; le corset est abandonné. En 1930, à l’occasion des premiers bains de soleil, le ventre se dévoile timidement.

huile-de-chaldee
la première huile solaire qui protège l’épiderme et atténue les coups de soleil”

A travers la peau, c’est une toute nouvelle société qui pointe le bout de son nez. Une société dont les fondements seront les loisirs, le plaisir et la réalisation de soi. Les élites adoptent le sport, les voyages et prennent soin de leur santé. Cela se traduit pas une bonne mine. Celle-ci devient peu à peu le graal de ceux qui sont encore dans la mine et qui en sortent épisodiquement pendant les tout nouveaux congés payés.

Ce phénomène n’est pas uniquement occidental, car on le retrouve aussi chez les japonais par exemple. En revanche, les peuples à la peau mate se sentent, et pour cause, moins concernés.

Un mouvement va bénéficier à fond de la pratique du bronzage : le naturisme. Il faut distinguer nudisme, plutôt balnéaire et naturisme qui reste une doctrine plus globale. D’ailleurs en France, c’est en 1904 qu’apparaît, près d’Etampes, le premier camp de naturisme, bien avant donc l’éloge du bronzage.


Une peau sous contrôle

« Ce qu’il y a du plus profond dans l’homme, c’est la peau » écrivait Paul Valéry.

Si dans les années 70, le bronzage devient un dû, ce qui l’est encore aujourd’hui (68% des français considère le bronzage comme la priorité de vacances, sondage Axa Santé 2008) on s’aperçoit assez vite que le soleil n’a pas que des bienfaits.

D’ailleurs, à compter des années 90, le ton change et certaines publicités prônent les teints blafards comme Calvin Klein avec Kate Moss, dans le prolongement des tendances punk ou gothique.

L’enjeu aujourd’hui est de contrôler la couleur de sa peau, sans danger et sans contrainte saisonnière. Dès 2009 un implant à base d’une protéine appelée Melatonan permettrait d’obtenir un teint hâlé en permanence et sans risque.

En revanche, le contraire n’est pas encore à portée de main comme en témoignent les efforts désespérés de « blanchissement » de Mickael Jackson.

Si la distinction sociale fondée sur le bronzage n’est plus d’actualité, la couleur de la peau restera encore longtemps un facteur de discrimination. Black, blanc beurre…de cacao , une formule qui protège davantage les couches de l’épiderme que celles de la société.


 Les étapes du chemin de hâlage…

  • 1855, premières cures de lumière, à Veldes en Slovaquie ;
  • 1893, invention par un allemand de la culture du nu, Nacktkultur;
  • 1904, invention de la première lampe à ultraviolet, par l’allemand Küch;
  • 1909, premier concept d’institut de beauté avec cabine de soins, à Londres ;
  • 1927, première huile solaire proposée par Patou protégeant l’épiderme ;
  • 1928, Vogue lance le débat : Etre ou ne pas être hâlée;
  • 1935, l’ambre solaire conçue par Schueller, fondateur de l’Oreal, permet de bronzer sans brûler comme l’indique son slogan;
  • 1937, Sortie des premières lunettes de soleil Ray-ban;
  • 1939, Marie-Claire explique « comment brûnir vite » ;
  • 1944, première crème à bronzer, à base de beurre de cacoa et de jasmin ;
  • 1946, premières formules cosmétiques sans parfum, issus des laboratoires Roc;
  • 5 juillet 1946, présentation à la piscine Molitor du premier bikini qui sera vendu dans une boite d’allumettes;
  • 1960, premiers produits auto-bronzants;
  • 1962, apparition des facteurs de protection solaire grâce à la marque Piz Buin ;
  • 1976, généralisation des indices de protection;
  • 2003, bronzage par brumisation;
  • 2009, commercialisation en cours du premier implant de bronzage garantissant 6 mois de bronzage permanent.
Publié le 19 août 2009, mise à jour le 11 juillet 2017

[1] L’invention du bronzage – Pascal Ory – Edition Complexe
[2] Du teint hâlé honni au bronzage de rigueur – Bernard Andrieu-


A voir et à lire pour aller plus loin :    

  • L’invention du bronzage : Essai d’une histoire culturelle – Pascal Ory – Edition Complexe. L’une des principales révolutions culturelles du XXe siècle n’a, jusqu’à présent, guère suscité l’intérêt des historiens : celle qui a conduit le canon de la beauté pigmentaire de l’ordre du marbre à celui du bronze. Dans un essai historique vif, original et stimulant, Pascal Ory revient sur la délimitation historique du phénomène.
  • Bronzage : Une petite histoire du Soleil et de la peau – Bernard Andrieu – CNRS Editions. De la blancheur ivoirine des anciens canons de beauté au brun tanné vanté par la réclame, des baignades de jadis aux cabines d’UV d’aujourd’hui, du bronzage sexualisé de la bimbo à l’aura trop mate du  » métèque « , Bernard Andrieu livre ici un panorama illustré de l’histoire de la peau et du hâle.
  • Les Bronzés (Édition simple) DVD – « Y a du soleil et des nanas, ladirladirla », Popeye le GO bourreau des cœurs, Jean-Claude Dusse-de-Paris, Gigi, Les Bronzés possède tous les attributs du film culte : multimillionnaire de la statistique médiamétrique des chaînes TV, répliques connues par cœur, etc. Et pourtant, en 1978, rien ne prédisposait cette charge contre les clubs de vacances au triomphe.

A visionner  pour  mieux comprendre :

Le tout premier cyber-conflit

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Juin 2010

Le ver de la guerre

Lorsque le 29 novembre 2010, lors d’une conférence de Presse, le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad reconnaît que certaines « centrifugeuses » [utilisée pour enrichir de l'uranium dans le cadre de son programme nucléaire] ont connu « des problèmes » provoqués par des « logiciels installés sur des équipements électroniques », il fait entrer officiellement, et pour la toute première fois, le monde dans l’ère du cyber-conflit entre les Etats. Et cela risque de changer la face du monde et la manière de gérer la guerre.

« Gouverner, c’est détruire, détruire les parasites, détruire ses propres troupes, détruire l’ennemi », apprend-on dans l’Art de la Guerre, par Sun Tzu, le tout premier traité de stratégie militaire rédigé voici 2500 ans en Chine. A l’évidence, la stratégie n’a pas pris une ride, seuls les moyens changent.

Aujourd’hui, l’ennemi ne s’introduit plus en rampant comme un ver, comme cela s’est pratiqué depuis des millénaires, l’ennemi, c’est un ver. Un ver informatique. Un ver programmé pour s’insinuer dans nos équipements pas uniquement informatique, et c’est là la grande nouveauté, mais aussi électrique et donc mécanique et les détruire ou en prendre le contrôle. Pas virtuellement mais, bel et bien, physiquement.

C’est ce qui s’est passé, pour la toute première fois en grandeur réelle et avec succès, dans cette affaire iranienne.

Tout a commencé en juin 2010, lorsqu’une équipe Biélorusse découvre un cheval de Troie, le fameux ver informatique, qui sera baptisé Stuxnet. Le maliciel (logiciel malveillant) Stuxnet est très sophistiqué, 10 à 20 fois plus gros que les traditionnels virus informatiques. Plus gros, plus complexes et très gourmand en matière grise : il aurait mobilisé une équipe de développement d’une dizaine de personnes durant, peut-être, une année et son coût de « fabrication » est estimé à des dizaines de millions de dollars.

Plus fort encore, bien qu’une première version remonterait à 2009, il serait resté tapi dans l’ombre, c’est à dire discret, jusqu’au début de l’opération, ce qui est inhabituel. Bref, rien que du lourd.

Son mode opératoire et son objectif semblent très différents des virus habituels qui visent surtout à pirater des informations ou des comptes bancaires. Introduit via une clé USB, le ver est conçu pour prendre le contrôle de système d’automation électrique ultra ciblé en profitant d’une vulnérabilité de Windows.

En l’espèce, des moteurs électriques de la marque Siemens fonctionnant entre 807 et 1210 hertz; des moteurs présents notamment dans les centrifugeuses de l’usine iranienne Natanz. Une fois le contrôle pris, les moteurs deviennent fous et finissent par exploser. Au total, plusieurs milliers de machines auraient été « mise à pied », c’est à dire arrêtées, soit un cinquième des centrifugeuses iraniennes. Du jamais vu !

Depuis, Stuxnet aurait été identifié sur d’autres dispositifs Siemens situées ailleurs en Iran, comme dans la toute nouvelle centrale nucléaire de Busher,  mais aussi en Inde, au Pakistan et en Indonésie. Le maliciel pourrait ainsi pertuber le fonctionnement des automates industriels contrôlant le fonctionnement des oléoducs et d’autres installations sensibles pilotés par le même type d’équipement. 

A la question « Qui est derrière Stuxnet ? », probablement un état mais lequel ? Les Etats-Unis, Israël, la Russie… ? Dernièrement, le 16 janvier 2011, le New York Times a révélé que l’opération Stuxnet a été fomentée par les services de renseignement israéliens en collaboration avec les services américains. Suite aux déclarations d’experts militaires et des servives secrets,  le quotidien américain ajoute que le complexe nuclaire de Dimona, basé dans le désert du Néguev, région du sud d’Israël, a servi de site de tests avant le déploiement du virus sur le théatre des opérations iraniens.  

Stuxnet nous fait définitivement entrer dans l’ère du cyber-sabotage. Comme à chaque nouveau système d’armes majeur introduit depuis le lance-pierre, Stuxnet offre aux Etats de nouvelles perspectives et de nouvelles vulnérabilités.

A quand un « Pearl Harbor » numérique ?

Mis à jour le 23 janvier 2011

A visionner pour mieux comprendre (le 20 heures de France 2) :


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • La cyberguerre : La guerre numérique a commencé – Rédigé par un spécialiste des questions d’influence, cet ouvrage rend accessibles au plus grand nombre les tenants et les aboutissants de ces cyberguerres qui se déroulent sous les yeux de l’opinion publique mondiale. À lire, pour ne plus rien ignorer de la réalité de ce nouveau visage de la guerre économique, politique et militaire.

La première crise planétaire provoquée par des robots !

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 6 mai 2010

 Un grain de silicium dans les marchés

 

6 mai 2010, 14 h 32′ 44″  : un courtier ordonne la vente de Contrats à Terme pour un montant de 4 milliards de dollars mais une erreur se glisse dans l’ordre, celui-ci ne comporte pas de prix de vente. En un clin d’oeil, toute la planète finance bascule dans une spirale infernale conduite à un train d’enfer par les robots traders.

Le robot trader en cause appartient à Waddell & Reed, un fonds de pension américain. Sans se poser de question et surtout dans le même instant, puisqu’il est programmé pour, le robot passe plus de 3000 contrats de vente. Wall street dévisse.  Pour la toute première fois de l’histoire, on a perdu le contrôle des machines !

La créature, le robot trader, échappe à son créateur

Le problème vient du fait que le Robot de Waddell & Reed va être suivi par ses petits copains; des centaines d’autres robots « paniqués » par la situation inhabituelle qui lui emboitent le pas. Et comme leurs algorythmes de plus en plus sophistiqués, fonctionnent à un rythme effréné, totalement hors de portée de l’esprit humain, cela enclenche un effet domino dévastateur.

Pour la toute première fois dans le monde feutré de la finance, en raison de l’exécution massive d’ordres de ventes automatiques, nous assistons à un krach éclair ou Flash Crash d’une ampleur inégalée que l’homme ne maîtrise pas.

La panique envahit les salles de marché, alimentée par une vente en cascade que rien ne semble pouvoir stopper. Plus tard, les rapports de la SEC (organisme américain de réguluation des marchés financiers) constatera que certains titres ont changé 27000 fois de mains, en moins de 15 secondes. Facteur aggravant, la journée est marquée par la crise grecque qui pèse sur l’Euro, rendant les marchés particulièrement nerveux.

A 14 h 44, tandis que le marché des actions de Wall Street vient d’entrer dans la tourmente, après celui des Futurs de Chicago d’où vient le tsunami, l’action Apple perd 23 dollars (-20 %) en 2 minutes. Pour d’autres sociétés, c’est encore pire. Procter & Gamble voit son cours chuter de près de 50 %.  Les cours du pétrole s’effondrent de 6% .  Bref, c’est la panique.

A 14 h 45: Les ventes automatiques se poursuivent et en l’espace de quelques minutes, entrainant la saturation des réseaux. C’est près de 1000 milliards de dollars qui se sont alors envolés faisant plonger Wall Street de près 10 %.  .

A 14 h 52 : La bourse de Chicago décide une mesure exceptionnelle. Elle suspend durant 5 secondes toutes les cotations. La descente aux enfers est enrayée. Après 15 heures, les hommes reprennent le contrôle de la situation en mode « manuel », écartant les robots. Les autorités decideront d’annuler toutes les opérations effectuées entre 14 h 40 et 15 heures. Au terme de la journée, Wall Street aura perdu « seulement » 3,2 %.

Le speed trading : un million de fois plus rapide que les humains 

Le coupable est identifié. Il s’appelle le « le Trading Haute Fréquence », ou THT ou encore Algotrading. Il s’agit d’une technique qui consiste, grâce à des algorythmes très complexes utilisant des ordinateurs hyperpuissants et des réseaux de plus en plus rapide, à profiter des micromouvements du marché. Tout se joue au niveau du millionième de seconde; en une second, plus de 1000 ordres peuvent être donnés. A ce stade le cerveau humain ne peut pas suivre.

Cette méthode représente désormais les 2/3 des transactions aux Etats-Unis, plus de  25% en Europe.  La moitié des ordres concernant les entreprises françaises du CAC 40 (le Royaume Uni serait à près de 70%) relève de ce dispositif, l’objectif étant de dénicher les meilleurs cours possibles. On estime qu’en 2009, ce principe est à l’origine d’au moins 20 milliards de dollars de profit. Rien qu’à Wall Street, les sociétés de Trading Haute Fréquence ont réalisé 3,7 milliards de dollars de profit en 2011.

Quant les robots prennent le pouvoir sur les hommes

Les risques de l’AlgoTrading sont considérables comme on vient de le voir. Déjà, en 2002, il y avait eu un coup de semonce, sans parler du krack d’octobre 1987 qui avait été déjà aggravé par le trading informatique; toutefois, à l’époque, les transactions n’étaient pas aussi rapides qu’aujourd’hui.

Au-delà de ces robots traders parfois en proie à la folie qui bouleversent le monde de la finance, c’est un nouveau monde que l’on voit émerger. Celui des robots qui, peu à peu, à notre insu, prennent le contrôle des choses, là où le cerveau humain est hors course.

L’événement du 6 mai 2010, bien qu’exceptionnel, n’est plus isolé. Ce phénomène touche désormais d’autres types de transactions comme le marché des matières premières.  En mars 2010, les cours du cacao ont mystérieusement décroché de plus de 12 % en l’espace d’une minute.

Au-delà de ce Flash crach, ce 6 mai 2010 marque un tournant dans notre histoire.  Pour la toute première fois, une erreur de portée planètaire, n’est pas d’origine humaine mais relève d’une « intelligence »  non humaine !

Ne faut-il pas un grain de folies pour s’en remettre aux grains de silicium des puces informatiques…au risque qu’un grain de sable grippe tout le système ??

Mise à jour : 10 juin 2012

Les cordons -électroniques- de la bourse

En août 2010, ouvre le nouveau centre de données du New York Stock Exchange (NYSE) qui se veut le must technologique en matière de transactions financières virtuelles. 45 000 ordinateurs surdoués, connectés par un réseau Ethernet réagissant à la vitesse de 50 microsecondes permettant d’effectuer un ordre de bourse en 10 microseconde. A ce stade, même la distance joue. Se situer à quelques centimètres du dispositif d’échanges électronique fait gagner quelques centaines de millisecondes par rapport à un concurrent plus éloigné et au final quelques millions de dollars.

Pour les bolides de la finance, il n’ y a pas d’excès de vitesse, bien au contraire. On envisage même de leur construire  des « autoroutes » de fibre optiques. Ainsi, sur les 1300 km séparant les bourses de Chicago et de New York, les traders de haute voltige  pourraient  grapiller 3 millièmes de seconde sur une transaction.  On imagine que les gains sont à la hauteur d’un tel chantier estimé à 300 millions de dollars (source : L’échéance, François de Closets ; Ed. Fayard) .


Les gros cerveaux ne sont plus humains !

Pour la première fois le marché mondial du calcul intensif (HPC), celui des supercalculateurs, a franchi en 2011 la barre des 10 milliards de dollars. Ces machines peuvent effectuer des millions de milliards d’opérations à la seconde et occuper jusqu’à 1000 m2 de surface. Total s’est équipé récemment d’un serveur de calcul capable de procéder à 2.3 millions de milliards d’opérations à la seconde (2.3 pétaflops).

Autre exemple, Airbus vient d’acquérir un supercalculateur regroupant plus de 2000 serveurs afin de modéliser ses futurs avions. Mais la nouveauté vient des banques. Le Crédit agricole, la Société Générale ou encore JP Morgan ont recours à ce type de ressources pour leur calculs de risques financiers et autres opérations de finance et de bourse.

A l’horizon 2020, les ordinateurs les plus puissants rivaliseront avec les capacités d’un cerveau humain et un 2040, leur intelligence devrait atteindre celles de 6 milliards de cerveaux(1).

(1) Selon Philippe Vannier, PDG de Bull -  Source : Les Echos / rubrique High-tech & média – Mardi 3 avril 2012


A visionner pour mieux comprendre :
    • Cash Investigation : le trading haute fréquence – France 2 :

 

2007 : naissance du monde hyperconnecté

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2007 

monde-hyperconnecte-pano

2007 : odyssée de l’espèce hyperconnectée !

2007 est-elle l’année la plus importante depuis Gutemberg (1450) ? C’est l’avis du journaliste et écrivain, Thomas L. Friedman. Cette année-là, Apple lance le tout premier Iphone, Google, Androïd, Amazon, le Kindle, IBM créé le tout premier ordinateur cognitif, Watson, Facebook et Twitter commencent à crever la toile…et le coût du séquençage du génome humain a été divisé par 100 000, passant de 100 millions de dollars à 1200 dollars.

D’une certaine manière 2007 cristallise une triple accélération qui va impacter comme on peine à l’imaginer le monde de demain : l’accélération de la mondialisation, celle du changement climatique et celle de la technologie(1).

robot-humanoide

En ce qui concerne l’évolution de la technologie, Friedman fournit une image de son accélération, emprunté à un ingénieur d’Intel. Si l’évolution de la Coccinelle modèle de 1971 avait évolué au même rythme que l’informatique, celle-ci roulerait aujourd’hui à 180 000 km/heure, coûterait 3 dollars à produire et consommerait qu’1 seul plein d’essence durant une vie entière !

Une accélération inouïe des performances

Aujourd’hui un seul Iphone dispose d’une capacité de traitement comparable à celle dont disposait l’ensemble d’armée américaine en 1984 (3).

Cette accélération va se poursuivre, voire s’accélérer et c’est inéluctable. Préparons-nous à bouleversement sans précédent de de nos sociétés. Cela va conduire à réinventer un contrat social où l’individu, l’entreprise et l’Etat, via son système éducatif, devront coopérer pour que chacun puisse s’adapter à ces changements.

D’ailleurs, on se prépare dans les meilleurs écoles de management à, non plus gérer des ressources uniquement humaines mais un mix entre des collaborateurs « biologiques » et des « collaborateurs » issus de l’Intelligence Artificielle se nourrissant d’algorithmes.

Un temps d’adaptation de plus en plus rapide

Il y a 1000 ans, le temps d’adaptation à un changement réclamait 2 ou 3 générations. Au début du XXème siècle, ce délai a été ramené à une génération. Aujourd’hui, l’humanité est capable de s’adapter en une dizaine d’années.

Si 2007 marque un point de convergence vers un élan inégalé en matière d’accroissement technologique, tout a réellement commencé en 1956 lors de la conférence de Dartmouth. Là, un enseignant du MIT , le Docteur en informatique John McCarthy invente le concept de l’intelligence artificielle( IA) : « Chaque aspect de l’apprentissage ou tout autre caractéristique de l’intelligence peut-être si précisément décrite qu’une machine peut-être conçue pour le ou la simuler. » (2)

Comme le souligne Bill Gates, l’Intelligence artificielle, est le graal de l’informatique tandis que le célèbre physicien Stephen Hawking considère que « L’intelligence artificielle est ce qui peut arriver de meilleur ou…de pire à l’humanité ».

Alors le pire ou le meilleur, seul l’avenir le dira !

Publié le 25 novembre 2017


L’homme le plus connecté

Chris Dancy est sans doute, en 20014, l’homme le plus connecté du monde. Du matin au soir, y compris la nuit, toute une panoplie de capteurs et autres caméras enregistrent ses moindres faits et gestes. Même ses activités nocturnes, et notamment sexuelles, n’échappent pas à la règle, sous réserve, bien entendu, de l’accord de ses partenaires.

homme-plus-connecteBref, bien que vivant seul à Denver, aucune personne au monde n’est aussi entourée. Des dizaines de caméras et autres équipements de mesure accumulent depuis plus de 5 ans toutes sortes de données le concernant. Cela va de l’ouverture du frigo, aux chasses d’eau tirées en passant par le restaurant ou les sorties ou les mails échangés, tout est scruté, analysé, stocké.

Même s’il accepte de retirer ses  Google Glass lors de soirées entre amis,  il avoue qu’on lui « demande jamais de retirer l’appareil photo narratif que je porte, comme tous les jours, sur ma tête ! »(4).

Cela ne lui empêche pas que « hacker son propre cerveau » reste son objectif ultime !

Liste des équipements à domicile et dans sa voiture (4):
Netatmo : mesure le bruit, la qualité de l’air et la température dans la maison (« Pour ne jamais écouter la musique trop fort par exemple »).
WeMo : détecteur de mouvements.
Aria : pour mesurer les ondes WiFi.
Hue : pour combattre les effets néfastes des ondes WiFi.
Tagg : pour surveiller l’activité de ses chiens.
NetGear VueZone : système de vidéo en temps réel de l’activité dans la maison.
Thermostat Nest : régulation de la température par WiFi.
Nest Protect : détecteur de fumée de gaz carbone.
Beddit : housse de matelas intelligente pour mesurer la qualité du sommeil.
Automatic : logiciel de statistique sur la conduite et l’activité à l’intérieur de la voiture.
Estimote : système de proximité qui donne des informations sur les objets qui se trouvent près de soi dans la maison.
Sonos : haut-parleurs WiFi.
CubeSensors : mesurent et contrôlent la température, l’humidité, la pression atmosphérique et le bruit.


 Les dates clés de l’Intelligence Artificielle

• 1914 : un automate mis au point par un ingénieur espagnol ; Leonardo Torres y Quevedo, est capable de jouer les 3 derniers coups d’une partie d’échecs.
• 1950 : Alan Turing invente un test capable d’identifier si une machine est « consciente».
• 1956, le Concept d’Intelligence artificiellle » voit le jour lors d’un séminaire
• 1961 : Unimate est le premier robot industriel. Il se met au travail sur une chaîne d’assemblage de General Motors dans le New Jersey
• 1986 : présentation par Daimler-Benz de la première voiture sans pilote
• 1989 : Coup d’envoi du World Wide web suit à un mémo adressé par le britannique Tim Berners-Lee à son supérieur au Cern.
• 1995 : Conception du chatbot Alice (Artificial Linguistic Internet Computer Entity par Richard Wallace, capable de simuler une conversation
• 1997 : Première victoire d’une machine face au champion du monde d’échecs
• 1998 : « naissance de Furby, le premier robot animal domestique
• 2000 : Honda créé le premier robot humanoïde intelligent Asimo
• 2007 : Lancement de l’Iphone, entre autre…
• 2009 : Google commence à développer la voiture sans chauffeur
• 2011 : Le langage naturel fait irruption sur les smarphones
• 2017 : Le logiciel Libratus remporte la victoire au Poker


1- Interview de Thomas L. Friedman, triple prix Pulitzer, auteur du livre « Merci d’être en retard » ed. Saint-Simopn  : « Nous vivons trois accélérations géantes » ; Le Point – N°2323 – 16 mars 2017.
2 – Le Point – N° 2323, 16 mars 2017 ; p. 60
3 – « la chute de l’empire humain », Charles-Edouard Bouée, ed. Grasset, 2017, cité dans le Point N°2323, 16 mars 2017, p.75
4 - « L’homme le plus connecté du Monde » – Paris Match – 28 juillet 2014


A visionner pour mieux comprendre :