vendredi, 18 août 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Les tout premiers exploits sportifs

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- 3000 ans

Il va y avoir du sport !

En faire ou ne pas en faire, that is the question !  À la question d’un journaliste sur les secrets de son étonnante santé, Churchill, alors âgé de plus de 90 ans, répondit : « no sport ».

N’en déplaise à Winston Churchill, la pratique du sport ne remonte pas à la dernière guerre mondiale.  Les premiers hommes, chasseurs-cueilleurs de métiers, pratiquaient l’activité physique comme Monsieur Jourdain faisait de la prose.

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Les premières stars sportives

Les toutes premières traces avérées de pratique du sport, sous forme de représentations de lutteurs sur des stèles d’argiles, datent de près de 5 000 ans (entre 3000 et 2500 avant Jésus-Christ). Des tablettes de terre cuite datées de 2000 avant notre ère représentent des boxeurs, tandis que l’on retrouve des évocations du tir à l’arc et de l’équitation dans l’Égypte antique.

D’ailleurs, certains pharaons comme Amenhotep II vont se distinguer par leurs exploits sportifs. Plus tard, d’autres dirigeants s’illustreront, comme le futur empereur Tibère qui sera consacré champion olympique de quadrige (course de chars), en l’an 4 avant J.-C.

L’esprit olympique a germé dans les esprits bien avant Tibère. Comme chacun sait, c’est à Olympie en Grèce qu’il commence à rayonner. La légende le fait remonter en 884 avant J.-C., époque où sévissent de terribles guerres. Rien de tel que des joutes sportives pour apaiser les esprits.  Les premiers Jeux olympiques auraient eu donc cette mission apaisante.

Cependant, les premières vraies olympiades de l’histoire, dans le sens de compétitions périodiques, se déroulent en 776 avant notre ère et ne comportent que des courses à pieds.

Bref, la course, la marche, la nage, la lutte, c’est quelque chose que l’on pratique de père en fils depuis l’aube de l’humanité et plus récemment de mère en fille. Notons, que les Jeux Olympiques de Londres de 2012 sont les tout premiers à accueillir des équipes totalement mixtes, c’est à dire où  l’ensemble des nations participantes présente des formations composées de garçons et de filles.

Bougez, éliminez  : les vertus du sport

Il faudra attendre le milieu du XVIIIe siècle pour que l’activité sportive soit associée à la notion de bien-être et de préservation de sa santé. On découvre les vertus des « éducations physiques » en même temps que progressent la médecine et la science.

C’est probablement dans les collèges anglais de l’époque victorienne que le sport moderne connaît ses tout premiers échauffements. Le football séduit au début du XIXe siècle les élites anglaises avant d’être récupéré par les ouvriers dans les années 1880, au moment où il pénètre les pelouses françaises.

Qui aurait imaginé à ce moment que deux siècles plus tard, sur les mêmes pelouses anglaises ou ailleurs, on jouerait à califourchon sur des manches à balai en pratiquant le Quidditch(1). Ce sport, inventé en 2006 par J.K. Rowling, inspiré des aventures d’Harry Potter et qui, fort de 700 équipes à travers le monde, vise, excusez du peu,  les Jeux Olympiques. A cheval sur un balai, les pieds sur terre mais la tête dans les nuages : vive le sport !

Santé, bien être & performance : une équipe gagnante

Le héros sportif auquel chacun d’entre nous veut désormais s’identifier, représentant le rêve d’une réussite sociale, est encore plus récent. Il date probablement des années 1930. Époque où sport, politique, patriotisme, émergence des loisirs et communication font pour la toute première fois équipe, pour le meilleur et pour le pire, comme en témoignent les Jeux de Berlin de 1936. La culture du sport occupe désormais une grande partie du terrain de jeu de l’humanité.


Le « streaking » : un match d’exhibition

Si chaque sport dispose de sa tenue, un dress code qui participe autant à la performance qu’à l’image de marque de la discipline, il y a une exception, et de taille, à la règle : le streaking (1).

Mark Roberts

Mark Roberts en tenue sportive !

Là, pas de tenue, bien au contraire : cette activité, très sportive, consiste à se dévêtir totalement lors des grands événements médiatiques de la planète, sportifs ou non. S’ensuit le plus souvent une course poursuite avec les services de l’ordre, sous la clameur du public. A l’évidence, cette discipline exige un niveau de préparation élevé et une parfaite condition physique.

L’initiateur de cette pratique est un courtier de la City qui, en 1799, pour la toute première fois, releva le défi de courir nu à travers Londres.

C’est en 1974 pendant le match de rugby France-Angleterre que Michael O’Brien, expert-comptable de profession, reprendra le flambeau et deviendra le premier streaker de l’ère moderne.

Mais, la médaille d’or revient s’en conteste au britannique Mark Roberts, 47 ans, qui aligne 507 streaking. Premier streaking réussi en 1993, Super Bowl de 2004, coupe du monde de rugby à VII, en 2006, en passant par le British Open de Golf de 1995, il s’invite aux jeux olympiques d’hiver de Turin en 2006, puis ceux de Pékin, en 2008. Restera-t-il à l’écart des jeux de Londres comme il l’a promis ?

Toujours plus haut, toujours plus fort, son prochain défi : un streaking de masse avec une centaine de streakers. L’important, n’est plus uniquement de participer… c’est aussi de se désaper !


Rapide parcours sportif

Discobole-Lancellotti

  • – 1500 : premier stade érigé par les Crétois à Olympie, selon certains historiens ;
  • – 776 : premiers jeux Olympiques de l’Histoire ;
  • – 388 : pour lutter contre le dopage et la tricherie, institution du serment aux jeux Olympiques;
  • – 264 : premiers combats de gladiateurs à Rome d’origine étrusque ;
  • 392 : interdiction des jeux Olympiques par l’empereur Théodose Ier, converti au christianisme ;
  • Moyen Âge : jeux de quilles, boules, paume, maillets, soule, tournoi, joute sur l’eau ;
  • 1559 : interdiction des joutes suite au décès d’Henri II, qui en fut victime ;
  • 1785 : première école de natation, créée à Paris, près du pont des Tournelles ;
  • 1820 : premier gymnase créé à Paris ;
  • 1823 : selon la légende, invention du rugby par le jeune William Webb Ellis ; quant au premier Tournoi des cinq-nations, il eut lieu en 1910 ;
  • 1840 : première régate à voile en France ; première coupe de l’America en 1851 ;
  • 1868 : première course cycliste, dans le parc de Saint-Cloud ;
  • 1877 : premier tournoi de lawn-tennis à Wimbledon ;
  • 1879 : naissance du Paris football-club ;
  • 1887 : véritable naissance du sport en France, avec la création de l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques ;
  • 1892 : première partie de basket, au collège YMCA de Springfield aux États-Unis ;
  • 1894 : première course automobile en France, entre Paris et Rouen ; les premières 24 heures du Mans ont lieu en 1923 et le premier Grand Prix de Formule 1, en 1950 ;
  • 1896 : premiers jeux Olympique de l’époque moderne s’ouvrent à Athènes en présence de 241 athlètes venus de 14 pays;
  • 1903 : premier Tour de France, avec 60 coureurs dont 20 à l’arrivée ;
  • 1930 : première Coupe du monde de football en Uruguay ;
  • 1936 : jeux olympiques de Berlin sonnent le glas du salut olympique, trop proche du salut Nazi;
  • 1960 : premiers jeux Paralympiques à Rome ;
  • 1968 : pour la première fois un homme court le 100 mètres en moins de 10 secondes : Jim Hines
  • 1978 : départ, le 26 décembre, du premier Paris-Dakar ;
  • 1993 : premier trophée Jules-Verne, remporté par Bruno Peyron;
  • 2007 : première traversée à la voile de l’Atlantique nord sous les 100 jours, par Franck Cammas sur Groupama 3;
  • 2013 : le 6 novembre 2013 une fusée Soyouz a décollé de Baïkonour avec parmi les missions faire une sortie dans l’Espace à la flamme olympique; sortie prévue le 7 novembre et retour de la flamme sur Terre le 11 novembre.

1- Courrier International – 26 mai 2011 – Accrochez-vous à votre balai !
2- Le Monde – Londres 2012 – 29 juillet 2012.


A visionner pour mieux comprendre :


Jeux Olympiques: L’origine des JO par Pratiks

 


A voir et à lire pour aller plus loin :

Les premières monnaies ou l’essor de la confiance

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- 3000 ans

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« Par ici la monnaie ! »

Avant il y avait le troc, mais c’était avant ! Il y a 5000 ans, alors que l’écriture fourbissait ses premiers signes, une invention va révolutionner les échanges entre les hommes : la monnaie. La première d’entre elle était comestible puis apparurent les monnaies fiduciaires, les pièces ou les billets et bien plus tard la monnaie scripturale, comme les chèques et enfin la monnaie digitale dont le dernier avatar est le bitcoin.  Retour sur les premiers pas de cette monnaie sonnante et trébuchante… un rien alléchante…

Aujourd’hui, pour nous la monnaie est devenue monnaie courante, si l’on peut dire. On jongle allègrement avec les pièces, les chèques, les cartes bancaires, les taux de change, Paypal ou la conversion entre le Franc et l’Euro et pour les plus téméraires d’entre nous avec le bitcoin. Le porte-monnaie est presque notre porte-bonheur tant il facilite, à un point dont on n’a même plus conscience, les échanges et les relations entre les individus et les peuples.

Il y a plus de 5000 ans, point de tout cela. L’époque ne faisait pas crédit, il fallait payer cash et surtout avoir du répondant. « Tu me donnes 1kg de bœuf contre une douzaine d’œufs et 2 litres de lait ». « Ah, tu as déjà des œufs, bon, bah des salades alors, c’est bon les salades ! » Et des salades, pour se mettre d’accord, ils devaient en avoir.

La toute première monnaie était comestible

Et puis un beau jour (un jour où le ciel était probablement bleu) tout a basculé, quelque part dans le sud de la Mésopotamie, vous savez une région bénie des Dieux que l’on appelle le Croissant Fertile, aujourd’hui l’Irak. C’était 3000 ans avant notre ère et c’était à Sumer, là même où l’on a inventé l’écriture.

Pour la toute première fois, on échangea de la monnaie. Plus qu’une monnaie sonnante et trébuchante, c’était une monnaie comestible. Le grain d’orge (1).

Oui, la toute première monnaie était un grain d’orge, pas un sucre d’orge, un grain d’orge !

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Sicle d’argent, 500 ans av J.-C. environ

Le principe était à la fois simple et une vraie révolution : des quantités fixes d’orge servaient de mesures. Pour cela, les Sumériens eurent l’idée de fabriquer en série des coupes standardisées qui donnèrent l’unité de mesure le silà. Acheter et vendre devinrent un jeu d’enfant : il suffisait de mesurer la quantité.

Dès lors, les salaires furent versés en silà d’orge : 60 silà par mois pour un ouvrier moitié moins pour une ouvrière (on voit d’où provient l’inégalité entre le salaire des hommes et des femmes), entre 1500 et 5000 silà pour un contremaitre (2).

La différence entre cette première monnaie et celles qui nous est familière, c’est que celle-ci avait une valeur intrinsèque : autrement dit, elle se mangeait. La contrepartie de cet avantage, c’était sa difficulté à être stockée et à être transportée. De plus, même pour les plus voraces, il était difficile d’avaler plus de 5000 litres d’orge par mois. L’idée de la monnaie était bonne mais elle pouvait être encore améliorée.

La monnaie devient un bien culturel

Pourquoi alors se limiter à une monnaie « comestible » et ne pas passer à une monnaie symbolique. L’idée semblait séduisante, à condition de disposer d’une valeur encore peu partagée : la confiance.

Cette tout nouvelle forme de monnaie vit le jour toujours en Mésopotamie, vers 2500 ans avant notre ère (2). Un sicle d’argent correspondait à un peu plus de 8 grammes. A l’époque du code Hammourabi (-1760 avant J.-C.), avec 2 sicles d’argent on pouvait s’acheter…un mouton et il en fallait 10 fois plus pour qu’un homme libre paye sa dette en cas d’assassinat d’un esclave !

Ce n’est donc pas encore une pièce de monnaie, qui sera inventé 1000 ans plus tard, mais ce n’est plus une valeur directement exploitable comme un grain d’orge…avec lequel on pouvait se nourrir.  Il est même trop tendre pour manufacturer des outils. Non, avec le sicle d’argent, on peut fabriquer des bijoux ou l’afficher pour témoigner de son rang social, mais rien de plus. Pour la première fois, on donne de la valeur à quelque chose de culturel. C’est une révolution.

La pièce de monnaie, la vraie, celle qui porte une indication de sa valeur et une marque qui atteste de l’autorité qui l’a frappée, arrive sur « le marché » vers l’an 640 avant J.-C. Son auteur : le roi Alyatte de Lydie, en Anatolie Occidentale.

La monnaie : une histoire de confiance

Quant à la confiance, petit à petit, elle s’installait dans les esprits dès lors que le régime politique inspirait confiance. Au moment de l’apogée de  l’Empire romain, la confiance était si forte que même hors des frontières de l’Empire, jusqu’en Indes et même au Japon (5), les gens acceptaient d’être payés en deniers romains.

A partir de ce moment, tout est en place pour que la monnaie accompagne notre quotidien et devienne la maîtresse irremplaçable des épiciers de tout poils.

publié le 24 septembre 2016

Les dates clés de la monnaie

  • 3000 ans av J.-C. : le grain d’orge sert de monnaie d’échange
  •  Vers 2500 ans av J.-C. : le Mina d’argent ou d’or correspond à 500 grammes environ en usage en Mésopotamie
  • Vers 2000 ans av J.-C. : la Chine utilise des coquilles Kauris
  • 640 ans av J.-C. : le roi Alyatte de Lydie frappe la première monnaie, constituée d’un alliage d’or et d’argent, l’electrum (2)
  • 290 ans av J.-C. : première officine de frappe des monnaies, à Rome
  • III ème siècle : l’empereur Romain Constantin impose le monométallisme, l’or avec une pièce le solidus
  • XIème siècle : La Chine utilise les premiers billets
  • 1287 : première planche à billets connue (Chine)
  • XVIème siècle, Copernic théorise sur le lien entre la quantité de monnaie en circulation et sa valeur
  • 1609 : première banque de dépôt créée à Amsterdam
  • 1695, pour la première fois une institution totalement indépendante, la Bank of Scotland émet des billets selon ses propres règles de prudence
  • Vers 1750, première monnaie moderne de portée internationale voit le jour en Autriche : le Maria Theresien Thaler (MTT)
  • 4 avril 1792 : les Etats Unis créent le Dollar, déformation phonétique du Thaler (2)
  • 15 aoüt1971 : fin de la convertibilité du dollar en or mise en place par les accords de Bretton Woods
  • Mars 1973 : instauration du système des changes flottant
  • 1990 : un mathématicien, David Chaum, invente la première monnaie digitale, le Digicash
  • 2002 : introduction de l’Euro après une période de transition qui a commencé en 1999.
  • 12 janvier 2009 : première transaction de Bitcoin monnaie électronique dont la valeur lors de sa première cotation vaut 0,001 USD

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 La monnaie, côté face

L’origine du terme « monnaie » vient du nom de la déesse romaine Juno Moneta. C’est en effet dans les dépendances de son temple, situé au Capitole à Rome, que les Romains avaient installé un atelier pour frapper les deniers de l’Empire.

L’origine du mot salaire provient de « salarium » la ration de sel versée dans les armées Romaines. A la fin de l’empire romain, les fonctionnaires étaient payés en ration de sel considéré comme une denrée rare.

Aristote (384-322 avant J.-C.) définit les trois fonctions la monnaie remplit dans un système économique : être un intermédiaire dans les échanges, être un instrument de mesure de la valeur et être un instrument de réserve de valeur.

L’origine des expressions « riche comme Crésus et  » toucher le Pactole » provient de Lydie, royaume de Crésus où coule le fleuve Pactole, riche en électrum, minerai d’or et d’argent qui servit à frapper les premières monnaies (4).

A l’origine du terme « monnaie », la moneta qui vient du latin monere avertir. Des oies consacrées à la déeesse Junon dont le temple était situé au Capitole, là où se trouvait les ateliers monétaires, auraient par leur cris averti les romains d’une invasion de la cité par les gaulois. La déesse fut alors appelée Junon Moneta. Et pour finir, fiduciaire provient du latin « fiducia », la confiance ! Eh oui, la monnaie repose avant tout sur la confiance.


1 – Refael Benvenisti, Economic Institutions of AncientAssyrian Trade in the Twentieth to Eighteenth centuries BC, Université de Jerusalem, 2001
2 –  « Sapiens, une brève histoire de l’humanité »  Yuval Noah Harari – Ed. Albin Michel, 2015
3 – http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/monnaie
4- Musée monétaire de Lausanne (Suisse)
5 – Des pièces de Monnaie de l’empereur Constantin (272-337) ont été retrouvées en septembre 2016 dans le château médiéval japonais de Katsuren. Les spécialistes  pensent que ces pièces ont pu arriver via la Chine, des commerçants chinois  ayant pu les obtenir de marchands musulmans


A visionner pour mieux comprendre :

Mahomet, le tout dernier des prophètes

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610

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La « voix » de l’Islam

Orphelin, meneur de clans, fomenteur de razzias, chef religieux et habile politique, mais aussi méditant voire mélancolique, Mahomet, le dernier des prophètes selon l’Ange Gabriel, connaitra un destin hors du commun des mortels, à l’origine de l’une des plus puissantes religions de la planète. Entre vérités historiques et légendes, comment  en sommes-nous arrivés là ?

Pour l’Islam tout a vraiment commencé vers 610 ap. J.-C. Au cœur de l’Arabie (1), dans la grotte du Hedjaz, un homme d’une quarantaine d’années entend une voix qui l’invite à annoncer l’existence d’un Dieu unique. Pas si simple dans une société en proie au polythéisme. Cet homme s’appelle Mahomet. Il est orphelin, commerçant, marié et père de famille et habite La Mecque. En un siècle, les fidèles du Prophète vont répandre sa parole à travers le monde, du Maroc au nord de l’Inde. 1400 ans plus tard, ils représenteront plus d’un milliards de croyants.

Une transmission orale

L’Islam est fondé sur la révélation transmise par le Coran mais aussi sur la vie même de Mahomet, mélant ainsi ses amours, ses croyances, ses désirs, ses colères. Bref tout ce qui a façonné son parcours et sa personnalité, du moins tel que révélé par les écrits (2). Ecrits qui reposent essentiellement sur une transmission orale. Mahomet -puis ses disciples- sera voix de l’Islam ! Selon la Syra, une biographie du prophète écrite 70 ans environ après sa mort, Mahomet est né en 570 à La Mecque. Mahomet fait partie du clan des Hachémites rattaché à la Tribu quraychite dont la vocation est de garder, la Kaaba, le sanctuaire de la ville et d’assurer l’approvisionnement aux pèlerins.

Une enfance difficile mais bénie des Dieux ! 

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La Mecque, vers 570

Dans sa petite enfance, tout laisse à penser que le mauvais sort s’est acharné sur le futur prophète : Il ne connaitra jamais son père qu’il perd dès sa naissance, sa mère mourra lorsqu’il aura 6 ans, son grand-père , Abd al-Mottalib  le recueillera alors et l’emploiera comme berger. A la disparition de son grand-père 2 ans plus tard, c’est son oncle, Abou Talib, qui prendra la relève. Cependant, selon son biographe Ibn Ishaq (808/873), la mère de Mahomet fut dès le début touchée par la grâce : « Quand j’étais enceinte de mon fils, une lumière se dégagea de moi et illumina pour moi le palais de Busra en Syrie. Je n’aurais jamais imaginé une grossesse aussi légère facile que celle-là ! A sa naissance, il mit les mains vers le sol et tourna la tête vers le ciel. » (3) A son adolescence, Mahomet est remarqué par Bahira, un moine Chrétien, qui lui promet un avenir remarquable. Cependant, on sait peu de choses sur les premières années du futur prophète. Est-il illettré, comme certains le prétendent ou au contraire plutôt cultivé comme le pensent les Historiens ? Les avis divergent.

« Ton seigneur ne t’a pas abandonné »

Selon les écrits, Mahomet est un exemple de perfection à la fois morale, psychique et physique, doté de grands yeux noirs éclairant une tête plutôt volumineuse prolongée par une barbe fournie. caravane A 25 ans, après avoir été caravanier, il est embauché comme intendant par Khadija, une riche commerçante de près de 20 ans son aînée. Elle va l’épouser malgré leurs différences de situation, comme le souligne la sourate 43 du Coran : « Ton Seigneur ne t’a pas abandonné (…)/ Il t’a trouvé égaré et il t’a dirigé / Il t’a trouvé miséreux et il t’a enrichi. » Mahomet restera fidèle à son épouse qui lui donnera, après 15 ans de mariage, une dernière fille à 59 ans, du moins selon les écrits. Khadija sera ainsi la toute première musulmane à enfanter. Nous revoici donc dans les années 610. Mahomet a pris l’habitude de méditer plusieurs nuits de suite dans une grotte du mont Hirâ près de La Mecque. C’est alors que Mahomet est confronté à sa toute première vision : « O Mahomet, tu es le messager de Dieu ». Paniqué, il se réfugie chez son épouse avant d’envisager le pire : se jeter du haut d’un rocher. C’est à ce moment que l’Ange Gabriel, -Jibril - (selon les sourates tardives) se présente à Mahomet et lui ordonne : « Récite. » C’est ainsi que sont délivrés les tout premiers versets du Coran (3). Pour les musulmans orthodoxes, Mahomet n’est qu’un « vecteur » neutre du Coran : c’est la parole incréée de Dieu. Il faudra attendre 3 années avant que Mahomet s’autorise à délivrer le message divin auprès du « grand-public ». Un message qui porte sur l’existence d’un dieu unique et tout puissant, sur le jugement dernier -thème très présent chez Mahomet-et sur le paradis -le jardin des délices -réservé aux bons musulmans mais aussi la critique des Quraychites et la protection des plus faibles. Bref, un message qui dérange et qui déplait fortement aux grandes familles locales soucieuses de préserver leur pouvoir religieux.

Mahomet consacré « Dernier des prophètes »

Le paradis des Musulmans, les jardins des délces

Le paradis des Musulmans, les jardins des délces

En 620, Mahomet qui vient de perdre son épouse et son oncle, connaît une nouvelle expérience mystique. Mahomet est réveillé par l’Ange Gabriel qui le fait monter sur une Buraq, une créature volante entre la mule et l’âne avec une tête de femme. Après un Conseil qui réunit tous les prophètes de la Bible, Mahomet est consacré Dernier des prophètes. Il subit alors une ascension vers les cieux. Il franchit 7 niveaux de ciel, -le fameux 7ème ciel- avant de parler avec Allah qui lui enjoint de prier 5 fois par jour. Ses fidèles seront dans un premier temps très sceptiques face à ces révélations. Mahomet quittera La Mecque, le 16 juillet 622 pour Yathrib, une oasis située à 350 km. Cette émigration, appelée hijra (Hégire) est un marqueur-clé pour les musulmans, un acte fondateur. A partir de là, les sourates du Coran, jusqu’ici courtes, deviennent de véritables tirades avec une forte connotation juridique. Au cœur de l’oasis de Yathrib, bientôt baptisée Médine (la ville), Mahomet fera construire la toute première mosquée.

Nul n’est prophète en son pays !

Isolés, misérables, Mahomet et ses fidèles vivent alors une période difficile. Le prédicateur, qui se prétend supérieur à Moïse, est plutôt vu d’un mauvais œil par les tribus locales en proie aux rivalités tribales. Pour sortir de cette misère, Mahomet mobilise différents clans en vue d’attaquer les caravanes. Ce sont les premières Razzias au nom d’Allah. C’est ainsi qu’est lancée la notion de « Djihad dans la voie de Dieu », qui n’est pas encore la Guerre sainte qui ne verra le jour qu’au IXème siècle. En 630, fort d’une armée de 10 000 hommes issus d’un agglomérat de tribus, Mahomet enlève La Mecque , presque sans combattre. Pour la toute première fois, Mahomet établit ce qui va régir tous les aspects de la vie du musulman. Cela ira du rôle et de « l’usage » des femmes en passant par l’héritage, le tout selon la loi d’Allah. 2 ans plus tard, le prophète meurt d’une attaque durant sa sieste sans qu’on en connaisse la cause : empoisonnement lent ou mort naturelle. N’ayant laissé aucun testament, sa disparition ouvre la question de la succession de Mahomet et la voie à d’interminables querelles. Le père d’Aïcha, sa troisième épouse -de 40 ans sa cadette- et probablement sa favorite, deviendra le tout premier calife. L’épopée de l’Islam peut désormais commencer et elle sera multiforme comme le décrit Hani Ramadan (frère de Tarik Ramadan), directeur du Centre islamique de Genève (7) : « L’islam est une organisation complète qui englobe tous les aspects de la vie. C’est à la fois un Etat, une nation, un gouvernement et une communauté, une morale et une force, ou encore le pardon et la justice. L’islam est en même temps une culture et une juridiction, une science et une magistrature, une matière et une ressource… ». Pour ce monde à part entière, c’est ainsi que tout a commencé ! Publié le 22 avril 2016


Les dates-clés de l’Islam des origines

  • 570  : naissance de Mahomet à la Mecque
  • 595 : mariage avec Khadija
  • 612 : début de la prédiction
  • 615 : émigration en Abyssinie de ses adeptes
  • 617 : Mahomet est mis au banc de son clan
  • 622 : Hégire, émigration de Mahomet à Yatrhib, future Médine
  • 624 : première victoire contre les Mecquois
  • 630 : Prise de la Mecque par Mahomet
  • 632 : pèlerinage de Mahomet à la Mecque
  • 8 juin 632 : mort de Mahomet
  • Vers 700 : version officielle du Coran
  • 750 : début d’un cycle de rébellions et de répressions après la perte du pouvoir par les Omeyyades au profit des Abassides

Sur la piste de l’Islam des origines

5-piliers-Islam Jacqueline Chabri, professeur honoraire des universités, spécialistes des origines de l’Islam, explique dans son livre « Les trois piliers de l’Islam »(5), qu’il est nécessaire de redonner une dimension humaine à l’Islam des origines. Face aux 5 piliers de l’Islam (6) reconnus par les musulmans, elle se fonde sur une vision plus historique qu’idéologique pour mettre en avant seulement 3 piliers. Ces 3 piliers définissent, selon elle, le rapport, au VIème siècle,  de la société tribale de familles patriarcales en Arabie avec le divin en tenant compte également des conditions de vie spécifiques à l’environnement, c’est à dire le désert. A ses yeux, les 3 piliers sont : – L’alliance, qui assure le lien de solidarité des hommes entre eux et avec les Dieux; – La « bonne guidance », qui est le pilier central car spécifique à cette société et à la rudesse des conditions. Car en dehors de la bonne piste, point de salut, au sens propre, survie dans le désert, comme au sens figuré; – Le don, qui met en avant la notion de partage au sein d’une même tribu, en commençant par entretenir sa famille. Ainsi, Mahomet exhortera les gens à la générosité à Médine. A cette époque, dans cette société, le pragmatisme prévaut; selon J. Chabri, les normes sociales alors l’emportent sur l’idéologie coranique. Le wahhabisme aujourd’hui prétend remonter à un islam premier qui n’a jamais existé tel quel, prétend Jacqueline Chabri.


1 – Il existe que peu de données purement historiques, la plupart s’appuie sur la Tradition, c’est-à-dire des informations issues des hadiths, c’est-à-dire les recueils de la parole de Mahomet lui-même, de la biographie officielle, la Sira ou le Coran, lui-même. 2-  Les informations les plus essentielles comme les dates de naissance et de décès de Mahomet ou encore le nombre d’épouses divergent selon les sources. 3 – Le point N° 2208 – 8 janvier 2015- La vraie vie de Mahomet . p. 42 à 54 4- Il existerait au moins 3 ou 4 versions du Coran avant que ne s’impose la version « officielle », la vulgate dite du Calife Othman, officialisée vers 700. 5- Entretien avec Jacqueline Chabri, Sur la Piste du Coran – L’obs N° 2685 du 21 avril 2016, à propos du livre « Les trois piliers de l’Islam, lecture anthropologique du Coran- Ed. du Seuil – 2016 6- les 5 piliers de l’Islam sont : La profession de foi, c’est à dire déclarer avec conviction « Lâ ilâha illa-Llâh, Mohammadou-r-rasoulou-Llâh. », « Il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah et Mohammed est Son messager. », la prière, donner la Zakat (donner aux pauvres), le jeûne du Ramadan, le pèlerinage à La Mecque 7 Cité dans « Le suicide français – Eric Zemmour – P482 – Ed. Albin Michel ; 2014


A visionner pour mieux comprendre :

 

Les tout premiers couples indissolubles

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Histoire du couple

Du couple aux lèvres !

 

Selon les points de vue, la vie en couple date de 3000 ans, 12000 ans ou même de 150 millions d’années si l’on s’en réfère aux termites ! Cependant, en dehors des termites et de quelques autres énergumènes, la notion de « couple à vie » est apparue chez les humains au XIIIème siècle. Est-ce pour le meilleur ou pour le pire ?

Il a fallu des millénaires pour que la notion de couple passe de l’âge de raison à l’âge de la passion et de l’amour. Des millénaires, voire beaucoup plus si l’on s’en réfère au mode de vie stricto sensu. De ce point de vue, ce sont les termites, il y a 150 millions d’années (voir encart), qui inaugurent ce type de relation sociale. Le roi et la reine termite, une fois en couple, ne sortiront plus de leur chambre nuptiale et cela jusqu’à leur mort. Une vraie vie de couple inséparable !

Il y a plusieurs millions d’années, un premier pas vers la monogamie

Chez l’homme (ou plus exactement les ancêtres de l’homme), autre animal social, tout comme pour les termites, c’est l’instinct qui va lui dicter dans un premier temps son comportement social et parental. Il y a plus de 5 millions d’années, il est probable que se mette en place un début de monogamie (non exclusive), tout simplement dans le but d’élever sa progéniture. Le petit de l’homme prend son temps pour devenir adulte et a donc besoin de parents relativement stables. La survie de l’espèce est en jeu.

La grande révolution qui va conduire au couple est en marche. Avec l’entrée en scène du langage, les choses se compliquent : on assiste aux toutes premières scènes de ménage (1).

Il y a 12 000 ans, la grande aventure du couple commence

Mais, le véritable acte fondateur du couple remonte à 10 000 ans avant notre ère lorsqu’apparaissent les tout premiers villages. Une organisation sociale de la vie économique conduit à répartir les tâches entre les hommes et les femmes. Même si de nombreuses tribus restent polygames, c’est le coup d’envoi de l’aventure du couple.

mariage romain avec une jeune fille de douze ansIl y a 3000 ans, la société gréco-romaine fête les tout premiers mariages. Pour le citoyen romain, celui-ci est un passage obligé et un devoir. Il s’agit d’assurer la descendance et surtout de fournir beaucoup de soldats. Le mariage est à la fois une affaire économique et familiale dans une recherche d’intérêts réciproques.

Le plus souvent, tout est réglé dès la naissance de la fille. Le mariage est autorisé dès l’âge de 12 ans. Le fils apporte la terre, la fille, la dot. Le mari devient le maître absolu de son épouse. Celle-ci doit rester totalement fidèle, tandis que le mari dispose à son gré de courtisanes, concubines, esclaves et prostituées.

S’il rembourse la dot, le mari peut changer d’épouse comme bon lui semble (2). Ainsi, Mécène (vers 16 avant J.-C.) répudia et réépousa plus de 1000 fois sa femme au grès de leurs disputes.

Pour l’homme, c’est l’âge d’or de la sexualité. Tout lui est permis; le sexe sous toutes ses formes avec tout partenaires et toutes formes d’instruments. Le couple existe donc mais dans une forme libertine, surtout pour l’homme. Car l’épouse, en cas d’adultère, est répudiée sur le champ.

 L’Eglise consacre l’union à vie pour le meilleur et pour le pire…et sans le plaisir 

L’Eglise va remettre de l’ordre. C’est à partir de 1215, lors du quatrième concile du Latran, que la mariage chrétien s’impose réellement à tous en sortant de la sphère familiale privée et en entrant dans le « domaine public ». Le mariage devient alors un sacrement.

le mariage catholiqueSurtout, l’union repose sur le libre consentement des époux et cela devant témoins, c’est à dire le public, la famille, les voisins, les proches et devant Dieu, via le prêtre. Revers de la médaille, le mariage devient irrépudiable sauf en cas de consanguinité ou d’impuissance masculine avérée. Voilà, les tout premiers couples à vie !

Cette situation est pour l’homme difficile à avaler. Parfois, celui-ci ne voit pas d’autres solutions pour quitter sa femme que de la tuer. Le concile de Trente (1545 – 1563) ainsi que la Contre-Réforme catholique vont ensuite renforcer sérieusement « les liens du mariage ». Le mariage se place pour la toute première fois sous le triple contrôle de contrôle de la famille, de l’Eglise et de l’Etat.

Sous contrôle également, la manière de pratiquer la sexualité. L’Eglise va faire du plaisir un péché. Tout rapports inféconds sont interdits On va jusqu’à brûler les clitoris au fer rouge. Jusqu’au milieu du XXème siècle, le plaisir pour la femme restera un continent ignoré. Encore en 1880, s’embrasser sur la bouche dans la rue est interdit car considéré comme un attentat à la pudeur.

L’Eglise perd la main mais rien ne bouge

Si le code Napoléon, à la fin du XIXème siècle, laïcise le mariage, rien ne change réellement sur le fond. Le divorce reste quasiment impossible et le chef de famille a tout pouvoir.

Il faudra attendre le début XXème siècle pour que l’horizon s’éclaircisse pour les couples. Pour la toute première fois, un homme et une femme auront la liberté de se choisir. Un vent de liberté et de volupté commence à souffler. Une légère brise simplement, car dans les années 40, l’homme garde l’autorité sur la famille, notion qui est venue supplanter alors celle de couple.

Le couple enfin libéré

Ce vent de contestation soufflera en tempête, partout dans le monde, en 1968 (2). Pour la toute première fois, le couple dessine son idéal : 2 individus qui veulent être heureux ensemble et s’épanouirent sexuellement. Tout simplement. On connait la suite : mon corps m’appartient; jouir sans entraves.

A partir de 1970 : Un couple, c’est un homme et une femme, à égalité. Et pour la toute première fois dans l’histoire le viol conjugal est reconnu. Désormais, le couple est une œuvre d’art à construire ensemble.

Si aujourd’hui « le couple est la norme dans la plupart des sociétés » comme l’explique le biologiste Franck Cézilly(3) « c’est avant tout pour des raisons culturelles ».  

Dans nos sociétés, Il s’instaure une sorte de compromis entre les avantages du couple et la tentation de voir ailleurs. L’homme serait-il en train de devenir un « monogame en série » ?   

Publié le 5 août 2013

Un monde sans sexe.

On le sait chez les bactéries, le sexe est tout simplement banni. les pauvres !

monde sans sexeMais chez les êtres normalement constitués, c’est à dire tous les animaux, dont nous faisons partie, on pensait jusqu’ici que pour avoir une descendance, la sexualité, et donc l’accouplement, était un passage obligé. Obligé et souvent suscité et apprécié!

Autrement dit, un mâle et une femelle, avec différentes variantes, mais au final toujours un accouplement. C’était la règle!

He bien, que ni, ni ! On a désormais la preuve que certaines espèces ne connaissent pas la sexualité et s’en sortent très bien.

En effet, les rotifères bdelloïdes, petits invertébrés incroyablement résistants, résistent à tout, ou presque, comme les radiations…et même au sexe.  Pis, les ancêtres pratiquaient le sexe, puis ont abandonné cette pratique voici des dizaines de millions d’années au profit d’une reproduction uniquement asexuée(6).  Les rotifères bdelloïdes, qui comptent plusieurs centaines d’espèces, n’alignent que des femelles !

Pourtant, on avait dit que le brassage génétique que procure la sexualité représente un tel avantage évolutif que tout autre mode de reproduction, pour les êtres un tant soit peu évolués, conduit inévitablement à un échec. La raison tient au fait que les clones comptent uniquement sur les mutations aléatoires pour se diversifier et s’adapter à l’environnement et ces mutations sont souvent délétères.

On connaissait déjà, des modèles de reproduction asexuée, appelé parthénogenèse, qu’utilisent certains lézards ou poissons, mais celle-ci se pratique en parallèle d’une reproduction sexuée. Un plus, en quelque sorte.

Alors comment se débrouillent les rotifères bdelloïdes ? Elles utilisent deux stratagèmes : d’abord, elles intègrent dans leurs chromosomes de nombreux fragments d’ADN d’autres espèces. Et puis, elles utilisent un mécanisme appelé « conversion génétique » qui permet d’éviter les mutations nuisibles.

Selon les scientifiques, il se pourrait bien que d’autres espèces, à découvrir, se passent aussi de sexe.

Il n’y a donc pas que le sexe dans la vie !


Les termites : tout premiers couples de l’histoire.

Il y a 150 millions d’années apparaissaient les termites et avec elles, les toutes premières relations sociales fondées sur le couple (4), pour ne pas dire le mariage.

Une fois leur flamme réciproque déclarée et consommée dans leur chambre nuptiale creusée pour l’occasion, les deux amants, monsieur et madame termite, le roi et la reine, ne se quittent plus. Pis, ne sortiront plus de cette chambre qui sera aussi leur tombeau. Rappelons que le roi et la reine d’une colonie sont les seuls individus sexués de la colonie. La sexualisation des larves est inhibée par des phéromones secrétées par le couple royal sauf au moment de la formation des nymphes.

Comme signe de fidélité réciproque et absolu, le couple se coupent les ailes et les antennes. Fini le vagabondage. Le temps passant, comme beaucoup de couples humains, ils « baiseront » de moins en moins souvent et deviendront grassouillet, pour ne pas dire plus, ils tripleront de volume.

Main dans la main ou plutôt pattes dans les pattes, ils attendront ensemble la mort après avoir eu beaucoup de rejetons.


La fidélité : un mariage de raison ?

9 % des mammifères ont choisi la monogamie (5). Pour expliquer ce taux relativement élevé , trois hypothèses : la théorie de la dispersion des femelles, celle de la prévention des infanticides, et celle des soins parentaux.

Entre les trois, le cœur des scientifiques balance encore. La première théorie intègrerait les deux autres, de facto. Mais selon des modèles mathématiques, la volonté de protéger avant tout sa descendance serait plus fort que tout.

Quoi qu’il en soit, il semble bien que la monogamie offre un avantage évolutif indéniable. Chez les humains, lorsque la polygamie est permise, seuls 20 % la pratiquent, souvent pour des raisons économiques (4).

Pourtant, ne dit-on pas : le Rossignol est fidèle tant qu’il reste enfermé dans sa cage !

 


1 – Documentaire « La grande histoire du Couple » ARTE – Arnaud Levert , Sophie Lepault, Julien Hamelin
2 – Ca m’intéresse – Histoire – Juillet-août 2013 – N°19
3 - Source : Le Figaro – 6 Août 2013 – Sciences p.8
4- « Tous nos fantasmes sont dans la nature » – Tobie Nathan – Ed. Mille & une nuits
5 – Science – Août 2013 – Etude de Lukas et Clutton-Brock – université de Cambridge
6- Pierre-Henry Gouyon, chercheur au Muséum national d’histoire naturelle, cité dans le Figaro du 6 août 2013


A visionner pour aller plus loin :


Evolution de la famille :

Les tout premiers « Moi, je ! »

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A partir de 1380

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Quand l’individu s’éveillera

Nous sommes en1493.  Albrecht Dürer, peintre et féru de mathématiques, notamment pour ses applications dans l’art, vient d’achever le premier véritable autoportrait de l’histoire . Il a 22 ans. Il se considère digne d’une représentation qui vise la postérité. On assiste à l’émergence de l’individu.

Pour la première fois, l’artiste devient sujet de son œuvre. Pour atteindre cette forme aboutie d’individualité [1], il aura fallu près d’un siècle à partir des premiers fourmillements de l’ego au sortir du moyen-âge.

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Autoportrait d’Albrecht Dürer

Pour la toute première fois, l’être humain lambda aspire à devenir un individu, comme le soulignait le philosophe Jacob Burckhardt. C’est-à-dire, une personne responsable, autonome visant son épanouissement personnel et qui se distingue du groupe. Mais ne crions pas victoire car « de l’être est une personne » à « l’enfant est une personne », défendu par Françoise  Dolto, il s’écoulera encore 500 ans. Enquête sur l’affirmation de l’homme occidental.

Chez ces gens là, on ne pense pas…encore à soi

Justement, l’histoire, durant le Moyen-âge, paraît immuable, un éternel recommencement sans espoir de progrès ni de jours meilleurs, du moins sur cette basse Terre. Face à cette homéostasie à l’allure de chape de plomb, l’homme subit sa destinée dont il remet les clés à ses seigneurs, celui du château comme celui du ciel.

Prendre sa vie en main et devenir ainsi un individu autonome ne lui effleure même pas l’idée. Son existence se confond avec celle de son peuple, de sa corporation, de sa famille et des saisons. Malgré l’apparition des noms et des surnoms après l’an 1000, ceux-ci ne font qu’ancrer la personne dans son lieu d’origine ou son métier, sans lui donner une véritable identité propre. Peine perdue d’ailleurs car aux environs de 1500 moins de 3% de la population européenne est en mesure de déchiffrer son nom, soit 2 millions de personnes.

Seuls quelques individus sortent du lot : les hérétiques et les déviants dont le nom est jeté en pâture à la vindicte populaire. Les signes avant-coureurs de la personnalisation arrivent avec Jean le Bon, vers 1350 dont on tirera pour la première fois le portrait et dont on gardera la signature. Un des premiers signes d’affirmation de soi au service d’une volonté individuelle…et du pouvoir.

Quand le monde s’éveillera

Ironie de l’Histoire, à partir de cette époque le monde sort de sa longue période de léthargie. La vie culturelle, scientifique, et personnelle bourgeonne comme jamais. Du point de vue démographique, la situation s’améliore nettement après la grande peste de 1450 (la précédente datait de 1348), période où sévit encore l’anthropophagie.

A l’époque de Dürer, la Terre compte 300 millions d’âmes, dont la moitié vit en Asie et un cinquième seulement en Europe (17 millions en France). Les plus grandes villes d’Europe, Paris, Naples et Istanbul dépassent à peine 150 000 habitants. En un siècle, à partir de 1450, la population européenne va doubler. Plus nombreux mais moins anonyme, c’est tout le paradoxe de cette renaissance humaine au milieu de la Renaissance, tout court. L’éveil est à la fois dans le cœur des hommes et au cœur des cités.

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Quand l’individu s’éveillera

Espérance de vie qui s’allonge –en moyenne 35 ans- et remise en question des doctrines scientifico-chrétiennes, suite notamment aux observations astronomiques : un processus inédit est en train de s’enclencher bouleversant les valeurs  :
- la marchandisation de la société fournit une valeur au travail et donc à celui qui fournit ce travail;
- Parallèlement, on assiste à la naissance du salariat qui va permettre à l’individu de s’émanciper matériellement puis intellectuellement;
- L’émergence des valeurs familiales modifie le rapport aux enfants qui ne sont plus uniquement considérés comme une charge ;
- Par voie de conséquence, l’éducation des enfants commence à être pris en considération : dans les familles pauvres, les enfants sont placés comme domestiques, chez les riches, on les envoie s’instruire loin du domicile. Approches différenciées mais objectif commun : les forger aux dures réalités de la vie ;
- les gens hésitent moins à exprimer leur personnalité : les vêtements se « sexualisent ». Les femmes affichent pour la première fois leur attrait pour les belles matières (chemise en toile de lin, par exemple) et l’originalité. C’est le début de la mode qui enclenchera l’essor de l’industrie textile.
- L’héritage (pour la bourgeoisie) devient une valeur personnelle (les enfants, la famille) au détriment de l’institutionnel, en l’occurrence l’Eglise.
On assiste donc à la volonté de se démarquer du groupe pour se singulariser, parce que l’individu prend conscience qu’il représente une valeur, qu’il est unique et qu’il commence à être en mesure de se forger sa propre opinion.

Quand l’artiste s’éveillera

Pour Nietzsche, l’individu est avant tout un créateur qui est transcendé par son œuvre. Il faudra attendre le XVème siècle pour que les artistes existent en tant qu’ individu et se voient désignés par leur nom. Auparavant, ils œuvraient au sein d’ateliers collectifs ou pour la cour de manière anonyme. Du collectif, ils vont rentrer directement dans la mémoire collective. Parmi tous les artistes illustres, citons le nom de Filippino Lippi qui inventera, à Florence, le Portrait, symbole « personnifié » du « Moi, je ! » Beaucoup de ces portraits, surtout en Italie, sont réalisés de profil ; Vers 1503-1505, Léonard de Vinci peindra Mona Lisa de face, légèrement tournée sur la droite. La Joconde est la parfaite illustration de l’éloge de l’individu.

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Avec son film Zelig, Woody Allen, pose la question de ce qu’est un individu.

 

Avec son film Zelig, Woody Allen, pose la question de ce qu’est un individu.

Quand l’individualisme s’éveillera

Sans le savoir, Albrecht Dürer a donc ouvert la boite de pandore qui poussera l’homme vers un ultra-narcissisme caractérisant la société moderne. Car, l’individu libéré offre au moins 4 facettes : il est capable de penser de manière autonome, il défend et protège ses valeurs et ses différences, il vise son épanouissement personnel et sa réussite et, dans le cas extrême, en fait son unique but, ce qui représente l’ultime état.

En avance sur son temps, Descartes, avec son fameux Cogito ergo sum (je pense donc j’existe) et sa défense de Galilée (procès en 1633) s’oppose au système et à la pensée unique de l’époque. En quelque sorte, il défend les 2 premiers « niveaux » du concept d’individualisme. Mais ce dernier doit beaucoup plus à Thomas Hobbes, auteur du Leviathan qu’il publiera en 1651. Sa théorie : faire de l’homme un acteur décisif dans l’édification de son propre monde social et politique. Autrement dit, il est possible de concilier intérêt individuel et intérêt général.

D’une certaine façon, c’est la thèse qui sera développée bien plus tard avec l’ultralibéralisme et la main « invisible du marché » qui, selon ses adeptes, œuvre presque à notre insu pour le bien commun.

Le « Moi Je » connaîtra son heure de gloire en 1507, lorsque Martin Waldseemüller, baptisera America le nouveau continent, en référence à Amerigo Vespucci, simple bijoutier et vendeur d’équipements de bateaux en Espagne, co-équipiers et, peut être, ami de Christophe Colomb.

Depuis ce jour-là, la « voix » de l’Amérique est donc toute tracée pour crier haut et fort la primauté de l’individu.

Actualisé le 16 juin 2017

Dates à retenir

  • 1380 : Début de la Renaissance, d’abord en Italie puis en Europe;
  • 1472 : danse de l’Orfeo de Politien, théâtralisation du « motif artistique », préalable au théâtre moderne;
  • 1491 : première représentation moderne d’une pièce de Plaute, à Ferrare, à la cour du duc d’Este;
  • Fin 1491, les feuilles éphémères, premiers journaux parlent du couronnement de la reine Anne de Bretagne;
  • 25 décembre 1492 : première représentation théâtrale en salle fermée;
  • 1493, l’autorisation des dissections de cadavres est envisagé dans tes les écoles de médecine d’Italie;
  • 1527 : sac de Rome, marquant la fin  de la Renaissance;
  • 1556 : Henri II tente de mettre fin à l’infanticide
  •  XVème siècle, Ecole de Salamanque, naissance du paradigme du libéralisme

L’individualisme : la voie royale du libéralisme

Le libéralisme s’appuie sur 2 grandes idées :

- d’abord, le principe que les individus disposent de droits naturels.
-  Ensuite, la notion d’utilitarisme qui fait le postulat que nous sommes tous des êtres rationnels et égoistes cherchant à maximiser nos interêts. Mais que la recherche des interêts personnels finissent pas s’équilibrer au profit d’une harmonie censée produire, in fine, une prospérité à tous.

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En 1690, John Locke décrit la première notion dans « traité du gouvernement civil ». A ses yeux, il faut protéger l’individu de l’arbitraire du monarque et pour cela affirmer que chacun d’entre nous dispose de droits fondamentaux.
La propriété privée, fruit du travail de chacun, est l’un de ses droits.

Un siècle plus tard, Adam Smith dans son ouvrage « la Richesse des nations » publié en 1776, marquera les esprits avec sa célèbre formule :  » Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou de boulanger que nous attendons notre dîner, mais plutôt du soin qu’ils apportent à la recherche de leur propre interêt. Nous ne nous en remettons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme. »

Le concept de libéralisme est donc d’une certaine manière le rejet de l’absolutisme et la défense de la liberté pour le bien commun. C’est pourquoi, beaucoup voient son origine à l’époque des Lumières, voire un peu avant.

En réalité, le terme même de Libéralisme apparait au début du XIX ème siècle en Espagne et en France en opposition à la domination napoléonienne.  Il désigne alors les libertés juridico-politiques, la liberté religieuse (dont la liberté de conscience) et le libéralisme économique en consacrant la propriété privée et le marché (2).


1 – Dès l’age de 14 ans, Dürer « s’autodessine » et en 1503, il sera le premier artiste à se représenter nu. En fait, les autoportraits font leur apparition au XIIème siècle au sein des enluminures en tant qu’objet de signature mais ne représentent pas une oeuvre d’art, au sens habituel du terme.
2 – D’après les propos du philosophe Serge Audier recueilli dans l’article  » Une brève histoire du néolibéarlisme » – L’obs N° 2744 – 8 juin 2017


A consulter pour mieux comprendre :

 


A lire pour aller plus loin :

    • La civilisation en Italie au temps de la Renaissance: Tome 1 Un temps, un monde, une civilisation. Jacob Burckhardt a brossé le tableau saisisant de la plus grande révolution culturelle de l’Occident moderne.
    • 1492, par Jacques Attali. 1492 : année décisive, année bifurcation où naît l’Europe moderne. Un bouillonnement de faits, d’idées, de personnages, recréé sous nos yeux par l’auteur d’Histoires du temps et de La Vie éternelle, roman. Clair, riche, ardent… Provocant aussi.
    • La Renaissance – Les collections de l’Histoire n° 43
      Foisonnement d’intelligence et de beauté, la Renaissance italienne est une révolution culturelle dans une Italie morcelée et en proie aux conflits. Avec Patrick Boucheron, Élisabeth Crouzet-Pavan, Isabelle Heullant-Donat, Carlo Vecce…
    • L’émergence de l’individualité, cours de P. Penel. L’objectif de ce cours est de montrer comment le sentiment d’individualité tel qu’on le connaît actuellement s’est mis en place tout au long de l’Histoire.
    • Zelig de Woody Allen (DVD).

À la fin des années 20, Leonard Zelig (Woody Allen) est un véritable phénomène en Amérique. En effet, ce petit homme en mal d’affection possède la faculté de se transformer à l’image des gens qu’il côtoie. Arrêté lors d’une de ses métamorphoses, il est conduit dans un hôpital où les plus grands scientifiques viennent étudier son cas. Heureusement, le docteur Eudora Fletcher (Mia Farrow) va lui venir en aide…

Le souffle nouveau du libéralisme économique

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« Laisser-faire ! »

Le Libéralisme économique est issu des Lumières. Il a été cofondé en France avant et pendant la Révolution Française et au Royaume-Uni (Angleterre et Ecosse). Comment sommes-nous passés d’un interventionnisme politico-religieux tout azimut à un vent de liberté économique qui souffle désormais sur toute la planète, avec bienfaits et excès ?

« Laisser faire, laisser passer ». C’est l’une des toutes premières expressions de la pensée économique libérale ; elle est attribuée par Turgot, contrôleur général des finances de Louis XVI, à Vincent de Gournay, négociateur international, faisant suite à une requête auprès de l’Etat (1) afin de libérer le commerce du blé entre les provinces.
« Tout homme qui agit s’enrichit, ou enrichit un autre. Au contraire tout homme qui ne fait rien s’appauvrit , ou appauvrit celui aux dépens duquel il vit. Ces deux mots, laisser faire et laisser passer, étant deux sources continuelles d’actions seraient donc pour nous deux sources continuelles de richesses » (2)

Turgot

Turgot

Anne Robert Jacques Turgot (1727-1781) sera l’un des premiers à défendre la libre concurrence et à s’élever contre l’intervention de l’Etat et les privilèges en tout genre. En 1774, Il établit le libre-échange dans le commerce des grains en supprimant le droit de hallage ce qui lui vaudra une forte opposition dans l’entourage même de Louis XVI.

2 ans plus tard, avec ses célèbres « 6 décrets de Turgot », il visera à réduire les privilèges et les « lobbies » des corporations et érigera en principe fondamental le droit à chaque homme à travailler, sans restriction. Face à ses réformes, qui visent directement la noblesse, Turgot ne se fait pas que des amis.

Turgot,  dans la mouvance des physiocrates(7), tente de démontrer que réglementations et corporatismes, au-delà des entraves aux libertés économiques et politiques qu’ils représentent, sont générateurs de corruptions et, surtout, d’inégalités sociales. Cette thèse -qui vise à bousculer les idées reçues et les conformismes, est le prolongement économique naturel des Lumières. Ce n’est donc pas surprenant que Turgot, contemporain d’Adam Smith qu’il respecte, l’un des théoriciens de l’économie libérale, se sente proche aussi de Voltaire et d’Alembert.

Désormais un vent nouveau souffle sur l’économie ; il sera ressenti jusqu’à la Révolution Française. En 1789, l’abolition des privilèges s’accompagnera de l’abolition des interdits dans le domaine économique. Durant cette première période de la Révolution Française, la liberté d’entreprendre, au niveau des métiers comme pour l’ouverture des commerces, sera le pendant de la liberté sur le plan politique.

Les révolutionnaires mettent les jalons du capitalisme moderne et du libéralisme économique. Les Français sont donc, en la matière, précurseurs ! D’ailleurs, l’école libérale française fait un malheur au XIXème siècle (2). Say, Molinari, Ollivier, Bastiat, Waldeck-Rousseau, ils seront nombreux à décrier l’interventionnisme de l’Etat, la fiscalité excessive et à vanter les bienfaits de la concurrence.

« Liberté en tout »

De gauche à droite : John Milton, John Locke, Adam Smith, Richard Cobden, Frédéric Bastiat, J.S. Mill, Benjamin Constant, Alexis de Tocqueville, Ludwig von Mises

De gauche à droite : John Milton, John Locke, Adam Smith, Richard Cobden, Frédéric Bastiat, J.S. Mill, Benjamin Constant, Alexis de Tocqueville, Ludwig von Mises

« Liberté en tout, en religion en philosophie, en littérature, en industrie, en politique « c’est le mot d’ordre de Benjamin Constant  qui est le penseur de la liberté sous toutes ses formes(3). De chaque côté de la Manche, Adam Smith, David Ricardo, Benjamin Constant, Turgot et quelques autres donneront ses lettres de noblesse au libéralisme économique à une époque où la notion de liberté, quelle soit politique, religieuse ou sociétale, en était à ses balbutiements et dérangeaient beaucoup de monde.

Ce libéralisme économique tient ses racines dans un courant de pensées plus large mettant l’individu, et sa liberté au cœur du système, étant lui-même au coeur de la nature . Et cela ne date pas d’hier.

Sans remonter au principe de « justice naturelle » d’Aristote, le véritable coup d’envoi du libéralisme au sens politique et philosophique est donné par la « Lettre sur la tolérance » de John Locke de 1689. Le principe repose sur un nouveau rapport entre le religieux et l’Etat, dans un esprit de tolérance. C’est aussi promouvoir la notion d’éthique comme l’ont fait Spinoza et Blaise Pascal en défendant l’idée que l’intérêt général est constitué de la combinaison d’intérêts particuliers.

Avec Locke, Jefferson, Tocqueville, les pères de la « doctrine » libérale, c’est la démocratie, l’équilibre des pouvoirs et les droits fondamentaux qui sont défendus avec comme corollaire la notion de contre-pouvoirs et la responsabilité individuelle.   Contrairement aux idées reçues, le principe de responsabilité est bien au cœur du libéralisme,  comme le souligne le prix Nobel d’économie, Jean Tirole (8). La Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 consacre d’une certaine manière cette idée du libéralisme.

Le terme libéralisme apparaitra en France pour la toute première fois en 1818 !

Cartographie mondial du niveau de libéralisme économique (du vert [très libéral] au rouge [peu libéral]

Cartographie mondiale du niveau de libéralisme économique (du vert [très libéral] au rouge [peu libéral].

Publié le 3 mai 2016


Keynes, esprit d’entreprise es-tu là ?

« C’est l’esprit d’entreprise qui bâtit et qui améliore les richesses du monde », reconnaît John Maynard Keynes.

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Contrairement à une idée reçue, Keynes n’est pas un défenseur à tout crin de l’intervention publique dans l’économie (4). Comme en témoignent de nombreux essais articles de presse de l’époque de la Grande Crise de 1929, il serait même très attaché aux valeurs libérales et opposé aux valeurs socialisantes et encore plus à la doctrine marxiste et à l’idée d’un Grand soir. Keynes est donc un réformiste tranquille, hanté par l’esprit d’entreprise.

En ce sens, Keynes distingue la vision française du libéralisme jusqu’au début du XXème siècle, celle du laissez-faire de celle d’Adam Smith qu’il juge moins dogmatique.

Il en demeure pas moins qu’il justifie, dans certains cas, l’intervention de l’Etat dans l’économie considérant que c’est le seul acteur qui peut avoir des « vues lointaines et sur la base de l’intérêt général de la communauté ».

Cependant, il se méfie de l’Etat et soutient que « ce n’est pas la propriété des moyens de productions dont il importe que l’Etat se charge ».
Sur les critères actuels, Keynes serait probablement qualifié de social-libéral, un social-libéral qui ne trouve pas illégitime les inégalités des revenus à conditions de rester dans le raisonnable.

Il considère que la recherche de l’enrichissement personnel est un mal nécessaire permettant de canaliser certains penchants de la nature humaine.  Keynes décourage l’épargne stérile au profit de l’investissement, combat les rentiers et défend l’entrepreneur : « les revenus (des consommateurs) sont créés par les entrepreneurs ».

Au final, le Keynésianisme c’est du libéralisme teinter d’interventionnisme d’Etat pour assurer une vision à long terme, garante, selon lui de l’intérêt général.


 Le « Laisser-faire » face aux inégalités croissantes

En matière d'inégalités, la France se situe dans la moyenne de l'OCDE

En matière d’inégalités, la France se situe dans la moyenne de l’OCDE

En matière d’efficacité économique le « laisser-faire » a ses limites.

Les partisans du libéralisme économique, Keynes comprit , ont longtemps pensé que les inégalités étaient un mal nécessaire. Elles apparaissaient au début du décollage économique d’un pays pour régresser ensuite,  c’était la loi de Kuznets.  Cette doctrine, si elle n’est pas régulée pour limiter les excès, conduit à l’accroissement inexorable des inégalités, au point, qu’aujourd’hui, 85 personnes possèdent autant que la moitié de la population mondiale !

« Aux Etats-Unis, presque toute la croissance depuis 25 ans, expliquent Patrick Artus (5), a été captée par les plus riches. Les  40 % les moins payés voient leur pouvoir d’achat baisser ».

Pis,  le prix Nobel d’économie, Stiglitz parle de confiscation des richesses par 1 % des américains au détriment de 90 % de la population (10)

D’un côté, l’économie digitale et du divertissement couplés à financiarisation de l’économie  favorisent la starification (sportifs, artistes, patrons de start-up…) entraînant des revenus stratosphériques.  De l’autre, la mondialisation fait une pression sans équivalent sur les salariés en bas de l’échelle (6).

De grands économistes  ont démontré qu’au delà d’un certain seuil, l’inégalité représente un coût élevé pour la société. De ce point de vue, Adam Smith, l’un des pères du libéralisme, avait mis en avant, dès 1759,  l’importance de la « Théorie des sentiments moraux » (9).

Aujourd’hui, on constate un effet de ciseau qui, comme le souligne le FMI, est dévastateur pour la croissance mondiale. Car selon le FMI, la croissance diminue lorsque la part des revenus des 20% les plus riches augmente et, à contrario, la croissance augmente lorsque la part des 20% les plus pauvres s’améliore.

Le risque est de mener l’économie mondiale à ce que certains appellent la stagnation séculaire !


1 – via l’intendant Trudaine
2 – « Réflexions sur la contrebande » – Vincent de Gournay, septembre 1753, cité dans Wikipedia, page Laissez-faire
3 – www.contrepoints.org/2012/07/28/91891-benjamin-constant-penseur-de-la-liberte-sous-toutes-ses-formes
4 – « Histoire impertinente de la pensée économique », éd. Ellipses-  Alexis Karklins-Marchay
5- « les nouvelles lois de l’économie » article du Point N° 2276 – 21 avril 2016
6 – Robert Gordon, économiste, auteur de « The rise and fall of American Growth », cité dans le Point N° 2276 – 21 avril 2016
7 – du grec « phusis » : nature; les physiocrates estiment que la société doit être organisée comme la nature (Encyclopédie Larousse)
8- Jean Tirole - Le grand rendez-vous – Europe1 – 8 mai 2016
9 – « Triomphe de la Cupidité » & « Le prix de ‘inégalité » – Joseph Stiglitz
10- La (vraie) sottise des patrons goinfres – Jean-Claude Guillebaud – Tele-Obs 21 mai 2016


A visionner pour mieux comprendre :