mercredi, 20 septembre 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Les tout premiers pas du zéro

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+ 400 ans environ

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Le meilleur des nombres

« Le zéro, ce rien qui peut tout », pour reprendre l’expression de Denis Guedj[1]. Le zéro, c’est le plus mystérieux des nombres, il a été longtemps considéré comme un sortilège, voire renié, comme l’a fait Aristote.

En vérité, la première fois que le zéro fut employé remonte aux Babyloniens, encore eux, il y a 5000 ans ! Les scribes de l’époque inventèrent un signe de séparation dans l’écriture des nombres, un double chevron incliné. Ce fut la première forme de zéro : un chiffre servant de marquage d’une position vide, dans leur système de numération.

La deuxième « invention » du zéro, on la doit aux astronomes mayas, durant le 1er millénaire de notre ère, ce qui peut paraître peu précis. Là encore, il s’agit d’un signe séparateur pour écrire les nombres sans ambiguïté. Le zéro des mayas, sorte d’ovale horizontal qui se rapproche de notre représentation, endossait plusieurs représentations graphiques, les glyphes qui, tous, repré-sentaient des coquilles ou des coquillages.

Mais, la véritable toute première fois que le zéro entre en scène, avec l’ensemble de ses trois fonctions (le zéro opérateur, le zéro chiffre et enfin le zéro nombre), c’est grâce à un mathématicien indien, Aryabhata. Nous sommes au Vème siècle de notre ère. Une ère nouvelle s’ouvre à nous à condition d’être patient. Car, il faudra attendre l’an 825 pour que cette innovation se propage grâce au traité sur les nombres indiens rédigé par un mathématicien arabe (Al-Khwarezmi).

Avec ce zéro, versus indien, le statut du nombre change radicalement. On passe de « il n’y a rien » à « il y a rien », autrement dit, « il n’y a pas de quelque chose » à « il y a un zéro qui a une valeur nulle ». Cela change tout.

La première représentation de ce zéro indien est un petit cercle, sunya, le vide. Mais si le zéro indien a signifié le vide, l’absence, il décrit également l’espace, le firmament, la voûte céleste…

Ce zéro contient donc à la fois le vide et l’infini, ce que traduit d’ailleurs sa racine arabe : Sifr. Ironie de l’histoire, c’est le petit dernier des nombres qui fournira son nom à toute la lignée : les chiffres.

Le zéro n’a probablement pas livré tous ses secrets, comme l’ont pressenti les moines de l’abbaye de Salem, en inscrivant dans un codex, à la fin du XIème siècle : « chaque nombre jusqu’à l’infini a jailli de 1 et, par conséquent, de 0. En ceci réside un profond mystère ».

Et que serait advenu de James Bond sans le zéro !

Et que serait advenu de James Bond sans le zéro !


1 – Professeur de l’histoire des sciences à Paris VIII où il a enseigné les mathématiques et le cinéma. Il est également écrivain et cinéaste.


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Zéro ! Zéro de conduite, tolérance zéro, reprendre à zéro… Le zéro signifie à la fois l’absence et le vide. Mal aimé, il a su prendre sa revanche… Une émission de Canal Académie, première radio académique francophone sur internet.
  • Zéro, la biographie d’une idée dangereuse. Charles Seife raconte avec clarté l’histoire extraordinairement mouvementée de ce concept, qui est aujourd’hui une des clefs de la physique quantique, de la compréhension des trous noirs et de la naissance de l’univers.
  • Zéro : Ou Les cinq vies d’Aémer, de Denis Guedj. De la lointaine Uruk à la merveilleuse Babylone, de la légendaire Ur à la riche Bagdad, les villes des vallées du Tigre et de l’Euphrate sont le berceau de la civilisation. Là, éleveurs et marchands ont inventé l’écriture et le calcul, affinant siècle après siècle la science des mathématiques jusqu’à imaginer un nombre qui n’en est pas un : le zéro.

Les tout premiers « Moi, je ! »

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Posté par fabrice
 

A partir de 1380

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Quand l’individu s’éveillera

Nous sommes en1493.  Albrecht Dürer, peintre et féru de mathématiques, notamment pour ses applications dans l’art, vient d’achever le premier véritable autoportrait de l’histoire . Il a 22 ans. Il se considère digne d’une représentation qui vise la postérité. On assiste à l’émergence de l’individu.

Pour la première fois, l’artiste devient sujet de son œuvre. Pour atteindre cette forme aboutie d’individualité [1], il aura fallu près d’un siècle à partir des premiers fourmillements de l’ego au sortir du moyen-âge.

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Autoportrait d’Albrecht Dürer

Pour la toute première fois, l’être humain lambda aspire à devenir un individu, comme le soulignait le philosophe Jacob Burckhardt. C’est-à-dire, une personne responsable, autonome visant son épanouissement personnel et qui se distingue du groupe. Mais ne crions pas victoire car « de l’être est une personne » à « l’enfant est une personne », défendu par Françoise  Dolto, il s’écoulera encore 500 ans. Enquête sur l’affirmation de l’homme occidental.

Chez ces gens là, on ne pense pas…encore à soi

Justement, l’histoire, durant le Moyen-âge, paraît immuable, un éternel recommencement sans espoir de progrès ni de jours meilleurs, du moins sur cette basse Terre. Face à cette homéostasie à l’allure de chape de plomb, l’homme subit sa destinée dont il remet les clés à ses seigneurs, celui du château comme celui du ciel.

Prendre sa vie en main et devenir ainsi un individu autonome ne lui effleure même pas l’idée. Son existence se confond avec celle de son peuple, de sa corporation, de sa famille et des saisons. Malgré l’apparition des noms et des surnoms après l’an 1000, ceux-ci ne font qu’ancrer la personne dans son lieu d’origine ou son métier, sans lui donner une véritable identité propre. Peine perdue d’ailleurs car aux environs de 1500 moins de 3% de la population européenne est en mesure de déchiffrer son nom, soit 2 millions de personnes.

Seuls quelques individus sortent du lot : les hérétiques et les déviants dont le nom est jeté en pâture à la vindicte populaire. Les signes avant-coureurs de la personnalisation arrivent avec Jean le Bon, vers 1350 dont on tirera pour la première fois le portrait et dont on gardera la signature. Un des premiers signes d’affirmation de soi au service d’une volonté individuelle…et du pouvoir.

Quand le monde s’éveillera

Ironie de l’Histoire, à partir de cette époque le monde sort de sa longue période de léthargie. La vie culturelle, scientifique, et personnelle bourgeonne comme jamais. Du point de vue démographique, la situation s’améliore nettement après la grande peste de 1450 (la précédente datait de 1348), période où sévit encore l’anthropophagie.

A l’époque de Dürer, la Terre compte 300 millions d’âmes, dont la moitié vit en Asie et un cinquième seulement en Europe (17 millions en France). Les plus grandes villes d’Europe, Paris, Naples et Istanbul dépassent à peine 150 000 habitants. En un siècle, à partir de 1450, la population européenne va doubler. Plus nombreux mais moins anonyme, c’est tout le paradoxe de cette renaissance humaine au milieu de la Renaissance, tout court. L’éveil est à la fois dans le cœur des hommes et au cœur des cités.

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Quand l’individu s’éveillera

Espérance de vie qui s’allonge –en moyenne 35 ans- et remise en question des doctrines scientifico-chrétiennes, suite notamment aux observations astronomiques : un processus inédit est en train de s’enclencher bouleversant les valeurs  :
- la marchandisation de la société fournit une valeur au travail et donc à celui qui fournit ce travail;
- Parallèlement, on assiste à la naissance du salariat qui va permettre à l’individu de s’émanciper matériellement puis intellectuellement;
- L’émergence des valeurs familiales modifie le rapport aux enfants qui ne sont plus uniquement considérés comme une charge ;
- Par voie de conséquence, l’éducation des enfants commence à être pris en considération : dans les familles pauvres, les enfants sont placés comme domestiques, chez les riches, on les envoie s’instruire loin du domicile. Approches différenciées mais objectif commun : les forger aux dures réalités de la vie ;
- les gens hésitent moins à exprimer leur personnalité : les vêtements se « sexualisent ». Les femmes affichent pour la première fois leur attrait pour les belles matières (chemise en toile de lin, par exemple) et l’originalité. C’est le début de la mode qui enclenchera l’essor de l’industrie textile.
- L’héritage (pour la bourgeoisie) devient une valeur personnelle (les enfants, la famille) au détriment de l’institutionnel, en l’occurrence l’Eglise.
On assiste donc à la volonté de se démarquer du groupe pour se singulariser, parce que l’individu prend conscience qu’il représente une valeur, qu’il est unique et qu’il commence à être en mesure de se forger sa propre opinion.

Quand l’artiste s’éveillera

Pour Nietzsche, l’individu est avant tout un créateur qui est transcendé par son œuvre. Il faudra attendre le XVème siècle pour que les artistes existent en tant qu’ individu et se voient désignés par leur nom. Auparavant, ils œuvraient au sein d’ateliers collectifs ou pour la cour de manière anonyme. Du collectif, ils vont rentrer directement dans la mémoire collective. Parmi tous les artistes illustres, citons le nom de Filippino Lippi qui inventera, à Florence, le Portrait, symbole « personnifié » du « Moi, je ! » Beaucoup de ces portraits, surtout en Italie, sont réalisés de profil ; Vers 1503-1505, Léonard de Vinci peindra Mona Lisa de face, légèrement tournée sur la droite. La Joconde est la parfaite illustration de l’éloge de l’individu.

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Avec son film Zelig, Woody Allen, pose la question de ce qu’est un individu.

 

Avec son film Zelig, Woody Allen, pose la question de ce qu’est un individu.

Quand l’individualisme s’éveillera

Sans le savoir, Albrecht Dürer a donc ouvert la boite de pandore qui poussera l’homme vers un ultra-narcissisme caractérisant la société moderne. Car, l’individu libéré offre au moins 4 facettes : il est capable de penser de manière autonome, il défend et protège ses valeurs et ses différences, il vise son épanouissement personnel et sa réussite et, dans le cas extrême, en fait son unique but, ce qui représente l’ultime état.

En avance sur son temps, Descartes, avec son fameux Cogito ergo sum (je pense donc j’existe) et sa défense de Galilée (procès en 1633) s’oppose au système et à la pensée unique de l’époque. En quelque sorte, il défend les 2 premiers « niveaux » du concept d’individualisme. Mais ce dernier doit beaucoup plus à Thomas Hobbes, auteur du Leviathan qu’il publiera en 1651. Sa théorie : faire de l’homme un acteur décisif dans l’édification de son propre monde social et politique. Autrement dit, il est possible de concilier intérêt individuel et intérêt général.

D’une certaine façon, c’est la thèse qui sera développée bien plus tard avec l’ultralibéralisme et la main « invisible du marché » qui, selon ses adeptes, œuvre presque à notre insu pour le bien commun.

Le « Moi Je » connaîtra son heure de gloire en 1507, lorsque Martin Waldseemüller, baptisera America le nouveau continent, en référence à Amerigo Vespucci, simple bijoutier et vendeur d’équipements de bateaux en Espagne, co-équipiers et, peut être, ami de Christophe Colomb.

Depuis ce jour-là, la « voix » de l’Amérique est donc toute tracée pour crier haut et fort la primauté de l’individu.

Actualisé le 16 juin 2017

Dates à retenir

  • 1380 : Début de la Renaissance, d’abord en Italie puis en Europe;
  • 1472 : danse de l’Orfeo de Politien, théâtralisation du « motif artistique », préalable au théâtre moderne;
  • 1491 : première représentation moderne d’une pièce de Plaute, à Ferrare, à la cour du duc d’Este;
  • Fin 1491, les feuilles éphémères, premiers journaux parlent du couronnement de la reine Anne de Bretagne;
  • 25 décembre 1492 : première représentation théâtrale en salle fermée;
  • 1493, l’autorisation des dissections de cadavres est envisagé dans tes les écoles de médecine d’Italie;
  • 1527 : sac de Rome, marquant la fin  de la Renaissance;
  • 1556 : Henri II tente de mettre fin à l’infanticide
  •  XVème siècle, Ecole de Salamanque, naissance du paradigme du libéralisme

L’individualisme : la voie royale du libéralisme

Le libéralisme s’appuie sur 2 grandes idées :

- d’abord, le principe que les individus disposent de droits naturels.
-  Ensuite, la notion d’utilitarisme qui fait le postulat que nous sommes tous des êtres rationnels et égoistes cherchant à maximiser nos interêts. Mais que la recherche des interêts personnels finissent pas s’équilibrer au profit d’une harmonie censée produire, in fine, une prospérité à tous.

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En 1690, John Locke décrit la première notion dans « traité du gouvernement civil ». A ses yeux, il faut protéger l’individu de l’arbitraire du monarque et pour cela affirmer que chacun d’entre nous dispose de droits fondamentaux.
La propriété privée, fruit du travail de chacun, est l’un de ses droits.

Un siècle plus tard, Adam Smith dans son ouvrage « la Richesse des nations » publié en 1776, marquera les esprits avec sa célèbre formule :  » Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou de boulanger que nous attendons notre dîner, mais plutôt du soin qu’ils apportent à la recherche de leur propre interêt. Nous ne nous en remettons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme. »

Le concept de libéralisme est donc d’une certaine manière le rejet de l’absolutisme et la défense de la liberté pour le bien commun. C’est pourquoi, beaucoup voient son origine à l’époque des Lumières, voire un peu avant.

En réalité, le terme même de Libéralisme apparait au début du XIX ème siècle en Espagne et en France en opposition à la domination napoléonienne.  Il désigne alors les libertés juridico-politiques, la liberté religieuse (dont la liberté de conscience) et le libéralisme économique en consacrant la propriété privée et le marché (2).


1 – Dès l’age de 14 ans, Dürer « s’autodessine » et en 1503, il sera le premier artiste à se représenter nu. En fait, les autoportraits font leur apparition au XIIème siècle au sein des enluminures en tant qu’objet de signature mais ne représentent pas une oeuvre d’art, au sens habituel du terme.
2 – D’après les propos du philosophe Serge Audier recueilli dans l’article  » Une brève histoire du néolibéarlisme » – L’obs N° 2744 – 8 juin 2017


A consulter pour mieux comprendre :

 


A lire pour aller plus loin :

    • La civilisation en Italie au temps de la Renaissance: Tome 1 Un temps, un monde, une civilisation. Jacob Burckhardt a brossé le tableau saisisant de la plus grande révolution culturelle de l’Occident moderne.
    • 1492, par Jacques Attali. 1492 : année décisive, année bifurcation où naît l’Europe moderne. Un bouillonnement de faits, d’idées, de personnages, recréé sous nos yeux par l’auteur d’Histoires du temps et de La Vie éternelle, roman. Clair, riche, ardent… Provocant aussi.
    • La Renaissance – Les collections de l’Histoire n° 43
      Foisonnement d’intelligence et de beauté, la Renaissance italienne est une révolution culturelle dans une Italie morcelée et en proie aux conflits. Avec Patrick Boucheron, Élisabeth Crouzet-Pavan, Isabelle Heullant-Donat, Carlo Vecce…
    • L’émergence de l’individualité, cours de P. Penel. L’objectif de ce cours est de montrer comment le sentiment d’individualité tel qu’on le connaît actuellement s’est mis en place tout au long de l’Histoire.
    • Zelig de Woody Allen (DVD).

À la fin des années 20, Leonard Zelig (Woody Allen) est un véritable phénomène en Amérique. En effet, ce petit homme en mal d’affection possède la faculté de se transformer à l’image des gens qu’il côtoie. Arrêté lors d’une de ses métamorphoses, il est conduit dans un hôpital où les plus grands scientifiques viennent étudier son cas. Heureusement, le docteur Eudora Fletcher (Mia Farrow) va lui venir en aide…

La toute première maîtrise du temps réel

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15 octobre 1582

L’histoire prend date

Le pape Grégoire XIII réunit au début de son pontificat, sous la présidence du cardinal Guglieimo Sirleto, une commission

Le pape Grégoire XIII réunit au début de son pontificat, sous la présidence du cardinal Guglieimo Sirleto, une commission sur le réforme du calendrier Julien, en vigueur depuis Jules César.

Du 4 octobre au 15 octobre 1582, pour la première fois dans l’histoire, il ne s’est rien passé, absolument rien. Ou plutôt si, nous sommes passés directement du 4 octobre au 15 octobre. 10 jours de néant, de vide ; une amnésie collective, un trou noir dans la chronologie des événements.

Et, le 15 octobre marque une nouvelle ère calendaire : les tout premiers instants du calendrier instauré par le pape Grégoire XIII qui rythme encore aujourd’hui notre vie quotidienne. Le calendrier Grégorien.

Pourquoi bigre avoir rayé d’un trait de plumes 10 jours ? Parce que le calendrier julien, instauré comme son nom l’indique par Jules César quinze siècles plus tôt, partait à la dérive par rapport au temps astronomique au rythme d’onze minutes supplémentaires par an. Soit au bout du compte 10 jours qu’il fallait à tout prix récupéré pour éviter qu’un jour tous les Noëls se passent au balcon.

Mais cette chirurgie temporelle n’était pas suffisante car, si l’on avait réglé le passif, le surplus de 11 minutes, sans mesure adaptée, continuerait à s’incrémenter au fil des ans. Les savants de l’époque remuèrent ciel et terre pour trouver une solution pérenne et logique.

C’est le principe des années bissextiles, instauré par le calendrier Julien, qui sera réformé. Les années séculaires (1600, 1700…) ne seront plus bissextiles à l’exception de celles dont le millésime est divisible par 400, comme 2000. Le tour est joué.

Pas si simple, car la réforme fut adoptée avec un délai plus ou moins long, voire très long. Immédiatement pour l’Espagne, le Portugal et l’Italie, le 9 décembre en France (qui devint le 20 décembre), le 13 septembre 1699 dans les Etats allemands protestants…et début 1918 en Russie. C’est pourquoi la Révolution d’octobre (25 octobre 1917) se déroula en novembre selon notre calendrier.

Vouloir se repérer face aux astres et aux saisons remonte à la nuit des temps (L’un des premiers calendriers est le calendrier Egyptien, dit Nilotique, 4241 av J.-C.), mais certaines nuits n’en finissent pas, comme celle où mourut Sainte Thérèse d’Avila : la nuit de 4 au 15 octobre 1582.


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Le Calendrier, maître du temps ?. Jours, semaines, mois, saisons, années rythment l’existence individuelle. Décennies, siècles, millénaires, cycles et ères tissent l’histoire de l’humanité. Jacqueline de Bourgoing retrace l’histoire scientifique et technique, mais surtout politique et identitaire des calendriers, et éclaire la constance et la diversité des efforts que les hommes ont déployés pour scander et habiter le temps.
  • Qu’est-ce que le temps ? Qu’est-ce que l’espace ? » Une nouvelle image du monde est en train de se mettre en place dans la physique de base : celle d’un monde sans espace et sans temps. L’espace et le temps comme nous les connaissons vont disparaître de l’image scientifique du monde, de la même façon que la notion de centre de l’Univers en a disparu « . Carlo Rovelli, physicien théoricien, parmi les initiateurs de la gravité quantique à boucles, brosse un tableau limpide de la physique fondamentale pour en éclairer les failles et les questions ouvertes.

Les tout premiers documents écrits

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- 3 500 ans

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C’était écrit

Les tout premiers écrits avérés remontent à plus de 5000 ans. Ils se limitent aux chiffres et au lettres, autrement dit, des documents administratifs et commerciaux. Il faudra attendre encore 1000 ans pour qu’apparaissent des textes plus poétiques et romancés.

Les tout premiers textes que nos ancêtres nous aient laissés sont du style « 29086 mesures orge 37 mois Kushim ». Ce qui signifie probablement :  » Un total de 29086 mesures d’orge a été reçu en 37 mois. Signé Kushim » (1).

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Le stockage de l’information sur support pérenne

Malgré leurs contenus peu philosophiques ou poétiques, ces tout premiers écrits de l’humanité vont évidement faire couler beaucoup d’encre. Pour la première fois, l’homme était capable de stocker de l’information sur des supports matériels, solution bien plus fiable et robuste que la simple transmission orale jusqu’ici en vigueur .  

 

Officiellement donc, l’écriture fait son apparition, il y a plus de 5000 ans, en différents endroits du globe, en Mésopotamie, Égypte, un peu plus tard en Chine et Amérique. On s’appuie sur des traces indubitables, reposant sur des matériaux dont la robustesse de conservation a permis de perdurer jusqu’à nous.

Il n’est donc pas impossible que l’apparition de l’écriture, sur des rouleaux d’écorces par exemple, soit nettement plus ancienne, pourquoi pas 20 000 ans ? Hélas, ces supports n’ont pas la même qualité de conservation.

Tablette d'Ourouk, une des premières traces d'écriture. Signes gravés avec la pointe d'un roseau sur des tablettes d'argile. Ces signes sont en forme de clous ou de coins d où le qualificatif de cunéiforme.
Tablette d’Uruk, une des premières traces d’écriture. Signes gravés avec la pointe d’un roseau sur des tablettes d’argile. Ces signes sont en forme de clous ou de coins d’où le qualificatif de cunéiforme.

Les tablettes sumériennes

Revenons donc aux plus anciennes traces scientifiquement reconnues. Elles proviennent d’Uruk, au sud de l’Irak actuel. Elles sont datées aux environs de 3500 ans avant notre ère, tandis que celles d’Egypte remontent à 3300 ans.

Il s’agit de tablettes sumériennes recourant à une écriture pictographique sous forme de dessins très stylisés. Par exemple, une tête de bœuf pour représenter cet animal ou un triangle pubien avec le trait d’une vulve pour désigner une femme.

Comme on l’a vu, l’origine de l’écriture correspond avant tout à un besoin commercial qui permet de conserver une trace des échanges comme les produits laitiers ou céréaliers ou de procéder à l’inventaire de troupeaux.

Premier recueil de lois : le code Hammourabi

Assez rapidement, apparaitra un besoin voisin qui vise à fixer de manière écrite les règles de la vie en société.

Le tout premier recueil de lois, qui nous est parvenu, est rédigé vers 2000 avant J.-C., c’est le code Hammourabi. Il contient déjà 285 lois, d’une clarté remarquable.

Heureusement, l’écriture ne va pas se cantonner aux seules règles, qu’elles soient de calculs ou de droit. Peu à peu on va se permettre de représenter des préceptes religieux et des idées.

L’écriture passe des comptes aux contes

Ainsi, l’écriture va passer des comptes aux contes, car désormais le document « administratif » va côtoyer les écrits poétiques ou littéraires (cf. – 2600 ans).

Cette évolution s’amorcera vers le milieu du IIIème millénaire grâce à la notion de phonogrammes, c’est-à-dire des signes correspondant cette fois à des sons (et non plus à des images), sur le principe d’un signe pour une syllabe.

Pour représenter ces « signes-son », l’écriture va devenir cunéiforme (du latin cuneus= clou, ressemblant à des petits clous). Le premier alphabet de l’humanité sera basé sur cette technique et comportera 32 signes. Il sera phénicien (nord de la Syrie).

Curieusement, dans l’empire des idéogrammes qu’est la Chine, on retrouvera des traces de cette écriture.

L’une des formes les plus abouties seront les Alexandrins, vers de 12 syllabes, qui seront utilisés pour la première fois dans le Roman d’Alexandre, (Alexandre Le Grand [356 - 323 av J.-C.], d’où leur nom), rédigé par Alexandre de Bernay, un auteur normand du XIIème siècle.

Mis à jour le 11 juillet 2017

 Glozel, ou le village gaullois qui prétend avoir inventé l’écriture !

Pour la paternité de l’invention de l’écriture, face aux Phéniciens ou autres chinois, il y a un village gaulois qui fait de la résistance : Glozel, dans l’Allier. Et cela depuis le 1er mars 1924.

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L’écriture de Glozel

Ce jour-là, un jeune agriculteur en labourant le champ de son père met au grand jour de curieux objets comme des aiguilles taillées dans l’os, des galets gravés de rennes ayant disparu de ces contrées depuis plus de 10 000 ans.

Parmi ces vestiges, des tablettes d’argile frappées d’un alphabet inconnu. Différentes méthodes de datation vont être appliquées jusqu’aux années 80 donnant des résultats très hétéroclites allant jusqu’à dater certaines pièces de 17 000 ans.

Difficulté de datation, doutes de l’authenticité des objets, terrain peu favorable à la conservation, alimentent la polémique, dont certains pensent qu’on a essayé de « fabriquer » une civilisation.

La controverse continue de faire rage entre pro-glozéliens et anti-glozéliens avec, comme enjeu, une Europe qui reprendrait ses « lettres de noblesse » face aux peuples du Proche-Orient pour une invention de l’écriture remontant à plus de 10 000 ans.

Un écrit du cœur !


 L’écriture : à chacun son école

Le système sumérien mêlait 2 types de signes :
- Un type de signe représentait les chiffres. Il y avait des chiffres pour 1, 10, 60, 600, 3600 et 36000.
Les sumériens employaient une base 6. La division des heures, construit sur une base 60, fait partie de leur héritage.
- L’autre type représentait des hommes, des animaux, des marchandises, des territoires, des dates.

L’écriture andine utilisée par l’Empire Inca, beaucoup plus récente, (elle avait cours au XII ème siècle et encore lors de l’invasion des espagnols), était très différente et on peut même se demander s’il s’agit vraiment d’une écriture (1).

système d'écriture des Incas : le Quipu

Elle utilisait des nœuds sur des cordes colorées : les quipus. Chaque quipu consistait en multiples cordes de laine ou de coton et de couleurs différentes.

Sur chaque corde, divers nœuds étaient noués à des places différentes. Un même quipu pouvait compter des centaines de ficelles et des milliers de nœuds.

En combinant divers nœuds de ficelles aux couleurs différentes, on pouvait enregistrer de grosse quantité de données mathématiques concernant par exemple la collecte des impôts. C’était un langage très puissant.

Lors des premières années de conquête, les consquistados espagnols y eurent même recours pour administrer leurs nouveaux territoires.


1- « Sapiens, une brève histoire de l’humanité », p. 151 & p. 154 - Yuval Noah Harari – Ed. Albin Michel, 2015


A visionner pour mieux comprendre :


 

A visiter et à découvrir pour aller plus loin :

 

  • Le musée des écritures du monde de Figeac : c’est dans la maison natale de celui qui a su traduire la pierre de Rosette que le musée est installé. A l’origine axé sur les hiéroglyphes, le musée est maintenant étendu aux 5300 ans qui ont fait l’écriture.
  • Naissance de l’écriture: Cunéiformes et hiéroglyphes : [exposition], Galeries nationales du Grand Palais, 7 mai-9 août 1982 L’écriture, représentation de la pensée et du langage humain, est un moyen durable et privilégié de communication entre les hommes. Les plus anciens témoignages écrits qui nous soient parvenus proviennent du Proche-Orient : deux pays, deux civilisations différentes, la Mésopotamie et l’Egypte, ont inventé l’écriture presque simultanément, voilà plus de 5 000 ans. L’écriture fait revivre ces civilisations disparues. Elle nous informe sur leur vie quotidienne, leurs grandes inquiétudes, leur histoire ainsi que leur science. Leur littérature constitue le plus vieux patrimoine culturel qu’ait hérité la pensée occidentale.
  • Histoire et art de l’écriture Les amoureux des alphabets, pictogrammes, idéogrammes et calligrammes retrouveront le peuple immense des LETTRES dans cette somme qui rassemble le corps et l’esprit des écritures. Quelque quatre cents écritures, vecteurs d’environ six mille
    langues et/ou dialectes, sont resituées dans leurs origines, leur histoire et leur contexte.
  • La naissance des écritures: Du cunéiforme à l’alphabet