jeudi, 30 mars 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

La toute première sexualité « augmentée » ou cybersexualité

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2007

Cybersexualité ou la sexualité augmentée

« Vous avez un nouveau vibro-message ! »

En 2007 s’est produit un basculement majeur dans nos relations amoureuses et sexuelles ; et cela presque à notre insu. L’interconnexion entre le monde réel et le monde virtuel a pris une nouvelle dimension : une interrelation entre avatar et personne physique en quête de plaisirs artificiels mais bien réels. Tout comme les voitures, les relations amoureuses et sexuelles deviennent hybrides. Est-ce pour le meilleur ?

 

Cette année-là, pour toute la première fois de mémoire d’hommes et de femmes, un personnage virtuel, dénommé avatar, situé dans un univers non moins virtuel, celui de Second-Life (1), offre, à distance, une interaction physique, bien réelle, avec une personne en chair et en os pour lui procurer du plaisir.

Bien-sûr, derrière ce phénomène il y a de la technologie : un vibromasseur baptisé Xcite Touch connecté à un ordinateur via une clé USB et qui est piloté par un avatar de Second-life, l’univers virtuel et réseau social accessible sur internet.

Second-life-cibersex

Cette toute nouvelle façon de « faire l’amour » marque les premiers pas, encore maladroits, vers une sexualité augmentée comme on dit aujourd’hui. C’est-à-dire une sexualité bien réelle à laquelle la technologie apporte un plus en permettant des interactions à distance, en temps réel et en réseau.

« c’est un moment emblématique : on a alors permis au grand public d’avoir un retour physique – un feed-back – vers le corps », explique, Yann Minh, artiste multimédia et auteur de science-fiction (2).

Même si cette expérience apparait encore peu aboutie, elle préfigure ce qui nous attend dans un futur relativement proche. Les objets connectés dits « haptiques » commencent à débarquer dans les chaumières. Leurs missions : stimuler nos sensations tactiles et thermiques.

L’empire des sens

Depuis 2012, une société taïwanaise commercialise un « couple » de sex-toy (3), l’un réservé à monsieur, l’autre à madame, les deux vibromasseurs étant connectés à un smartphone. Ainsi, monsieur et/ou madame peuvent déclencher le plaisir chez leur partenaire à distance. Vous avez un nouveau massage, en quelque sorte !

Comme l’a écrit le célèbre sociologue Mc Luhan, l’utilisation d’un outil nous transforme, et transforme notre relation au monde. La pratique de la cybersexualité va inévitablement dans ce sens et pourrait provoquer ce que Mc Luhan appelle la « narcose narcissique ». Il s’agit d’un état de conscience modifié où l’individu investissant son être dans un prolongement technologique perd conscience de lui-même(4).

Cybersexualité

Toutefois, relativisons, car les prouesses de l’imagination humaine et l’inventivité technologique en matière d’aide à l’orgasmes ne datent pas d’hier. Loin s’en faut.

Les paradis artificiels

Il y a 30 000 ans (28 000 ans av.J.-C.), on utilisait déjà les godemichés. On a retrouvé, un objet en pierre polie long de 20 cm et de 3 cm de diamètre. Il représente, selon les spécialistes, le tout premier outil sexuel connu (4). Bien plus tard, la pièce grecque d’Aristophane, Lysistrata (écrite en 411 av J.-C.), met en scène le thème « faites l’amour, pas la guerre ». Elle l’illustre en arborant, sans complexe, des godemichés dans la lignée du culte du phallus en vogue à l’époque..

Traitement de femme hystérique à la fin du XIXème siècle par masturbation, ici à l’aide de puissants jets de douche.

Pour que la fabrication se professionnalise, il fallut attendre en occident le XVII ème siècle : les phallus artificiels sont confectionnés sur mesure, en pierre, bois, cuir, os, ivoire ou céramique. Si les élites en raffolent, l’impératrice Catherine II de Russie en est folle ! Elle a la réputation, à tort ou à raison (voir encoart), de les avoir collectionnés et utilisés plus que de raisons.

C’est en 1907, qu’est - enfin ! - inventé le tout premier vibromasseur portatif. Il est hydraulique et n’a rien de romantique. Tout comme son prédécesseur, le premier vibromasseur électromagnétique, sorti en 1883, il ressemble à un instrument de torture.

Un peu de patiente, on prédit que vers 2050 (6), il nous sera proposé des prostituées androïdes à la beauté bouleversante et aux possibilités extravagantes.

Comme l’entrevoit le philosophe Milad Doueihi(2), l’espace numérique est en train d’happer progressivement nos vies, nos amours et notre corps tout entier.


Un amour de Catherine

L’impératrice Catherine II de Russie (1729 – 1796)  n’appréciait pas uniquement les belles lettres, elle aimait aussi beaucoup le sexe. Elle collectionna, d’ailleurs, une vingtaine d’amants.

Au-delà des hommes, il est probable qu’elle collectionnait aussi les godemichés de toute nature.

L’histoire raconte que dans son palais de Tsarskoïe, aux environs de Saint Pétersbourg,  un mur entier d’un cabinet, que l’on qualifia d’érotique, alignait les phallus artificiels de tous poils.

La grande Catherine aurait disposé aussi, selon des témoignages, d’une collection étonnante de meubles érotiques aux motifs explicites : fellation, phallus, cunnilingus…

Cependant, ll faut avouer que l’existence même de ce cabinet de débauche qui aurait été à la main de la Grande Catherine  divise encore les historiens, malgré ses appétits sexuels reconnus .

 


Joindre l’outil à l’agréable : une longue histoire

  • 28 000 ans av. J.-C. :  le tout premier objet de plaisir découvert ;
  •  Vème siècle av. J.-C. : le théâtre s’empare des godes,
  • XVIIème siècle : les premiers gadgets sexuels commercialisés ;
  • 1883 : le tout premier vibromasseur inventé par le Dr Joseph Mortimer Granville ; il est baptisé « percuteur mécanique à ressort » ;
  •  1907 : premier vibromasseur portatif ;
  • Années 1970, premières tentatives de communication en réseau à vocation sexuelle, en piratant le réseau téléphonique français ;
  • 1984 : les débuts du Minitel Rose ;
  • 1987 : premier personnage numérique interactif à vocation sexuelle et première jouissance virtuelle, via le jeu MacPlaymate sur Macintosh. Le but du jeu consistait à faire jouir une playmate virtuelle en manipulant les touches du clavier ;
  • 2007 : premier feed-back entre personnage réel et personnage virtuel ;
  • 2008 : première observation d’un orgasme féminin par IRM
  • 2010 : Roxxxy, le premier robot sexuel à être commercialisé ;
  • 2010 : La manette de la Wii de Nintendo devient, via extensions, un vibromasseur
  • 2012 : Connectés à un smartphone, les vibromasseurs de la société LovePalz permettent de procurer du plaisir à distance ;
  • 2013 : Première immersion 3D pornographique -marque japonaise Tenga- avec lunettes 3D et contrôleur de jeu issu de simulateurs de vol permettant des mouvements de haut en bas… ;
  • Vers 2050 : les premières prostituées androïdes

 


1 – Second Life, créée en 2003, est un méta-univers en 3D sur Internet. Il permet aux internautes d’incarner des personnages virtuels, appelés « avatar » et de faire évoluer ces avatars dans ce monde en perpétuel changement. Second life n’est pas un jeu, il permet à des utilisateurs de vivre une seconde vie où ils peuvent construire, échanger, communiquer, commercer et même faire presque réellement l’amour par instrument connecté.
 2-  Usbek & Rica, N° 5 – Mars/Avril 2013 : « demain le cybersexe pour tous ? »
3-  Zeus et Héra, sex-toys duo commercialisés par la société LovePalz. Microsoft de son côté prépare une solution pour procurer des câlins à distance
4 –  « L’homme est un animal cybernétique »

5-  Objet retrouvé en Allemagne dans la grotte de Hohle Fels et servait aussi selon les archéologues à la sculpture du silex.


A visionner pour mieux comprendre (attention, la seconde vidéo sur Second Life est réservée à un public averti):

    • La Suisse à l’heure du cybersexe :

    • Second Life, c’est hot !

    • Second Life : un monde à part :

    • :Sextoys 2013 : une nouvelle ère de la cybersexualité

La toute première intrusion du sexe dans la grande conso

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1972

Sex and fun et vice versa

illustration

Le 13 avril 2009 disparaissait, à l’age de 56 ans, Marilyn Chambers. Mais qui est cette Marilyn Chambers ?

Elle est la toute première « célébrité » à laisser son « empreinte pornographique » à la postérité. Argentique tout autant que pornographique, puisqu’il s’agit du tout premier film porno commercial, cette empreinte fera d’elle une icône du cinéma pornographique et va marquer un tournant dans la représentation du sexe qui sort de la clandestinité.

Marilyn Chamber
Marilyn posant pour une boite de lessive d’une marque de Procter & Gamble

Tout a commencé au début des années 70 tandis que Marilyn Chambers assurait la promotion d’un savon réputé pur à 99,44%. On lui propose alors le premier rôle dans le premier film pornographique commercial : Derrière la porte verte (Behind the green door). En acceptant, Marilyn prend le risque de ternir son image jusqu’alors immaculée qui habille les emballages de la savonnette. En contre partie, elle va rentrer dans les annales du cinéma, à l’instar d’une autre Marilyn, dans un genre évidemment très différent pour ne pas dire un drôle de genre.

Lorsque le film sort aux Etats-Unis, nous sommes en 1972 en pleine révolution des mœurs. Tous les ingrédients sont réunis pour que le cinéma porno « grand public » fasse son trou au sein de l’industrie cinématographique florissante. Pour la toute première fois la représentation de l’acte sexuel non simulé et animé va envahir de plus largement notre espace culturel et alimenter nos fantasmes.

Cette fois, un zeste d’impureté est bien introduit dans une production cinématographique jusqu’ici aseptisée. Comme une bulle de savon que l’on fait grossir, Marilyn aura amorcé le développement de cette bulle pornographique qui depuis ne cesse de croître.

De l’industrie cinématographique à l’industrie pornographique.

Avec ce premier film hard qui ose tout montrer de l’acte sexuel, les frères Mitchell, producteurs jusqu’à présent de petits films érotiques, ont gagné le jackpot. Tourné un 1 jour pour un budget inférieur à 60 000 dollars, ils récupéreront près de 1000 fois leur mise, dont près la moitié de cette somme en seulement 3 ans d’exploitation (20 millions de dollars). Marilyn, ayant négocié un interessement aux recettes, aura sa part du gâteau. Elle sera la première femme à vivre des revenus de films x.

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Qu’y a t-il donc derrière « Behind the green door » ?

Les recettes de ce success story ? Excellentes critiques dépassant le cadre d’un public spécialisé (le film fût projeté au festival du film de Deauville en 1975), un scénario de qualité mis en valeur par une actrice sensuelle, une longue scène mythique, proche du happening et un scandale. Car, pour la toute première fois dans l’histoire du cinéma, on assiste à des scènes d’amour interracial entre une actrice blanche et un acteur noir. Insupportable pour des mouvements d’extrême-droite qui menacèrent d’incendier les lieux de diffusion du film.

Dans la foulée, un autre film connut un succès retentissant. Gorge profonde (Deep Throat) qui sortit sur les écrans la même année. Cette fois l’actrice se nomme Linda Lovelace, le tournage dure 6 jours, le budget moins de 25 000 dollars…et le bénéfice est estimé à 600 millions de dollars. Avec de tels revenus, le film se place parmi les grandes réussites du cinéma américain.

Il n’y plus de doute : le porno devient vraiment un produit de grande consommation au même titre que les cornflakes …ou le savon.

De la pornographie  médicale au porno…vénal !

A ses débuts, la notion de pornographie est associée à l’étude de la prostitution comme en témoignent les écrits du célèbre écrivain réformateur et anti-conformiste Restif de La Bretonne (XVIIème siècle). Sur un plan plus médical, au XIXème siècle, des objets comme le godemichet, aujourd’hui fortement connotés, servaient, en tout bien tout honneur, de massage pelvien ou parfois dans le traitement de l’hystérie.

Aujourd’hui l’usage du terme pornographie est radicalement différent. Il ne fait plus référence stricto sensu à la prostitution ni à la médecine mais désigne une représentation réelle de l’acte sexuel dans le but unique de titiller le désir sexuel et de booster la libido. Cependant, cette réalité est en partie illusoire car elle repose sur une vision parcellaire et totalement irréaliste des situations : succession de gros plan, prises de vues acrobatique, performance phénoménale… Tout cela grâce aux concours de la médecine et de la technologie et notamment des moyens vidéo légers. On le voit, la pornographie de masse est donc le rejeton d’un besoin ancestral de jouissance, d’une libération des esprits et d’une technologie adaptée.

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Les temples de Khajuraho en Inde : célèbres pour leur sculptures érotiques explicites datant de l’an 1000 environ.

Faut-il le rappeler : les représentations d’actes sexuels ne datent pas d’hier. Depuis la préhistoire en passant par l’époque romaine, le Moyen âge ou la Renaissance, les références à la sexualité font partie de la vie quotidienne,  les tabous actuels en moins. Rabelais est d’ailleurs considéré par certains comme le précurseur de la pornographie même si le terme n’existait pas encore.

Comme on l’a vu, c’est le cinéma qui va lui donner « ses lettres de noblesse » car pour le pornographe, le cinématographe qui maîtrise le mouvement et l’acte sexuel semblent faits pour s’assembler. Très rapidement, quelques riches amateurs vont percevoir cette alliance naturelle. Les premiers tournages amateurs (de courte durée et muet) vont voir le jour au tout du début du siècle dernier.  Certains films deviendront des œuvres de collection et s’échangeront entre connaisseurs comme l’acteur Michel Simon ou le Shah de Perse.

Mais qu’il s’agisse de véritable pornographie ou plus « softement » d’érotisme dont l’objet est davantage de suggérer et de raconter des situations fictives ou simulées, le sexe n’était pas encore la pompe à fric qu’il est devenu.

Quand le marché devient juteux

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Que l’on considère ou non la pornographie -au même titre que la prostitution- comme une exploitation de la misère sexuelle engendrée par la monogamie (pas de prostitution, semble-t-il, dans les communautés primitives où la polygamie est la règle), nous conviendrons tous, que c’est surtout un moyen efficace de lutter contre la misère économique de ses producteurs !

Affaires d’autant plus juteuses, que l’imbrication, pour ne pas dire l’intrication,entre les filières pornographiques et celles de la prostitution restent la règle. Ce qu’on pourrait appeler un peu facilement une intégration horizontale.

Si l’on compare les chiffres d’affaires estimés de la prostitution (chiffres de 2002) de ceux de la pornographie, on constate des montants mirobolants et presque équivalents : 60 milliards d’euros pour la prostitution et 52 milliards pour la pornographie, dont 19 milliards relevant de la vidéo porno.

Plus surprenant encore, l’industrie de la pornographie représenterait la troisième industrie du Danemark et approchait en 2000, 10 % des ventes totales sur internet.

Plus inquiétant, la pornographie enfantine et pseudo-enfantine représenterait près de 50 % des téléchargements commerciaux pour adulte [1].

Et enfin, plus terrifiant, la vague des « snuff movies », films clandestins qui montrent des actes de tortures, de viols et de meurtres principalement de femmes. Une version édulcorée sortit même sur les écrans en 1976, Slaughter,(Massacre) dont l’affiche du film soulignait qu’il s’agissait d’images dont on disait qu’elles ne seraient jamais montrées.

Baise moi de Virigine Despentes
« Baise-moi » de Virginie Despentes

Désormais, tout s’entremêle, l’argent, le porn-shooting, le porno chic, le porno crad, les stars et même le morbide. Qu’il parait loin le temps du porno clean où pouvait prendre son pied en même temps que sa douche rien qu’en admirant l’emballage de la savonnette.

De l’emballage au grand déballage, les passagers prêts au décollage vers le 7ème ciel sont chaque jour de plus en plus nombreux…

Le porno en quelques dates :

  • Il y a 106 000 ans, premier godemichet (Irlande) taillé dans un os de baleine;
  • 1904 : premier tournage  en 35 mm à Buenos Aires mettant en scène des prostituées;
  • 1908 : premier film français, « l’Ecu d’or« , aujourd’hui disparu;
  • 1915 : court métrage de 10 minutes, « A free ride » , considéré par certains comme le premier véritable film pornographique;
  • Milieu des années 60 : projection de films sur des visionneuses (appelées Loops) dans les premiers sex shop;
  • 1969 : projection à San Fransisco de « History of the blue movie » montage de bande muettes de Loops;
  • 1969 : exposition Sex 69 à Copenhague;
  • 1972 : premiers films pornographiques commerciaux (Derrière la porte verte et Gorge profonde)
  • 1974 : sortie d’Emmanuelle
  • 1975 : premier film français pornographique à sortir en salle : Exhibition
  • 31 octobre 1975 : décret réglementant le cinéma pornoen France et notamment financièrement
  • 31 août 1985 : première diffusion d’un film pornographique à la télévision française, sur Canal +
  • 1989 :  premier épisode du concept de vidéo porno amateur, Buttman; naissance d’un genre nouveau, le gonzo ou le caméraman prend part lui même aux scènes ;
  • 2000 : le porno prend le virage internet;
  • fin 2009 : sortie du premier film porno en 3 D « 3D Sex & Zen » , d’un budget de 4 millions de dollars.
  • et…20 000 ans avant notre ère, « premier film porno de l’histoire », pour le clin d’œil (ci-dessous)…

A visionner pour le plaisir :

Plaisir des yeux : c’est cro-mignon !!

 


1 – Source Planète sexe


A consulter :

1965 : le cinéma porno, pas encore dénommé film X, envahit les salles obscures (Archives de l’INA):


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Dictionnaire de la pornographie Ce premier Dictionnaire de la pornographie a pour unique ambition de mieux connaître, à partir de points de vue souvent opposés, une pratique culturelle qui reste privée et marginale mais qui, aujourd’hui, n’a jamais atteint un tel degré d’industrialisation et de médiatisation.
  • Planète sexe : Tourismes sexuels, marchandisation et déshumanisation des corps Entre le corps-capital de certaines prostituées  » de luxe  » des pays du Nord et le corps-marchandise des prostituées  » de la misère  » des pays du Sud et de l’Est, le risque de voir se développer un peu partout sur la planète un tourisme sexuel de masse n’a jamais été aussi grand.
  • Penser la pornographie Pourquoi est-il si difficile de définir la pornographie ? S’agit-il d’une  » invention  » moderne ? Est-elle une forme insidieuse de discrimination sexuelle ? Porte-t-elle atteinte à la  » dignité humaine  » ? Nuit-elle gravement à la jeunesse ? Qu’est-ce qui dérange, finalement, dans la pornographie ?
  • Le Souci des plaisirs : Construction d’une érotique solaire de Michel Onfray. Le Souci des plaisirs raconte l’obscurcissement chrétien de la chair, et propose une philosophie des Lumières sensuelles.

Le tout premier récit érotique

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Environ 2000 ans avant notre ère

Les préliminaires de la littérature

 

«Le voici, femme! / Défais ta boucle / Dévoile tes charmes / Ne recule pas, excite sa convoitise!». 

L’épopée de Gilgamesh, dont sont issus les quelques vers ci-dessus,  fait figure d’ouvrage fondateur de la littérature. Certains de ces vers annoncent les  prémisses de la littérature érotique. On y évoque la mort, l’amitié mais aussi le désir charnel et l’amour physique.

La littérature érotique, bien que remontant à la nuit des temps comme en témoigne l’Epopée de Gilgamesh (voir encadré ci-dessous), récit considéré aussi et surtout comme la toute première œuvre de l’humanité, reste le parent pauvre de l’Histoire de la littérature. Et pourtant cette littérature jalonne notre histoire.

Le récit érotique : une floraison précoce

Gilgamesh : illustration de Serge Creuz (c)

Elle débute avec cette Epopée de Gilgamesh, il y a  4000 ans. Mais qu’il s’agisse d’Aristophane au Vème siècle av.J.-C   avec Lysistrata (1),  de Lucien de Samosate  avec les « Dialogues des courtisanes » (-150 – 180), publié en France seulement en 1582, des Genji japonais voici 1000 ans, ou plus récemment les Ragionamenti, propos d’une prostituée,  de Pierre l’Arétin (né en 1492), sans parler évidemment de Sade ou de Bataille, force est de constater que la littérature érotique fleurit à toutes les  époques.

Au fil de cette littérature érotique,  si le désir y est abordé comme un des moteurs de l’Histoire, en Inde, les Upanishads  dont les premiers écrits remontent  au VI ème siècle av. J.-C.,  à contrario, pourfendent le désir dans une logique de refus.

 

L’école du désir

Alors, Faut-il ou non succomber au désir ? Deux écoles ou deux visions du monde s’affrontent déjà tandis que la civilisation entame ses premiers pas sur le long chemin des récits d’amours.

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Et puisqu’on parle d’écoles, « L’école des filles » publiée en 1655 par un auteur inconnu est considéré comme l’un des tout premiers ouvrages libertins voire pornographiques en langue française. Il sera suivi quelques années plus tard de « l’ Académie des dames ». 

Rédigeant ces récits à leurs risques et périls, les auteurs de l’époque font surtout œuvre de pédagogie. On peut les aborder à la manière de manuels d’éducation sexuelle présentant les étapes successives des plaisirs, de la masturbation à la défloration en passant par la sodomie, un incontournable de l’époque.

Comme l’explique Suzanne, l’héroïne mariée et émancipée de « l’Ecole des filles », faisant l’éducation de sa cousine Fanchon « L’amour excuse tout : il n’y pas de paroles sales à dire entre deux amants qui se baisent et ont à se chevaucher l’un l’autre », et fait l’éloge, auprès de sa prude cousine, « des petites coyonneries qui plaisent toujours et ne laissent pas de chatouiller ».

Ces livres qu’on lit que d’une main !

En fait, l’idée d’éditer des livres érotiques « chatouille » quelques auteurs depuis le XVIème siécle comme celui qui fit scandale en Italie, en 1524, » I Modi » illustrant 16 positions et pratiques sexuelles. Le siècle suivant laissera encore davantage vagabonder la littérature érotique en Europe dont la plupart des ouvrages sortira des presses d’Amsterdam.

A ces livres qu’on ne lit que d’une main, pour reprendre la formule de Rousseau, succèderont une littérature romantique renouant davantage avec les sentiments.  Mais, plus tard, la presse pornographique dont on connaît le succès va reprendre la main.

L’inexorable dérive des sentiments !


L’Epopée de Gilgamesh : un récit fondateur

Si l’on considère que l’Epopée de  Gilgamesh est le premier phénomène littéraire de l’histoire, comportant comme on l’a vu des épisodes érotiques, il s’agit avant tout d’un récit fondateur qui aura inspiré de nombreux passages de l’Ancien Testament (Thora) comme le Déluge.  

Issue d’une tradition orale qui se perd dans la nuit des temps, L’épopée de Gilgamesh est la toute première œuvre littéraire que nous connaissons. Y est utilisée l’écriture cunéiforme, le tout premier système d’écriture de l’humanité inventé par les Sumériens, voici près de 6000 ans.

Son histoire est elle-même une épopée puisque la constitution de cette oeuvre va s’échelonner sur près de 2 millénaires. Une première version date de 2300 ans avant J.-C. tandis que celle que nous connaissons, dite version standard, plus complète et unifiée provient de la bibliothèque du roi Assyrien Assurbanipal et date de 1200 avant J.-C.

Fragments des tablettes d’argiles relatant l’Epopée de Gilgamesh

Elle se présente sous forme de 11 tablettes d’argiles gravées en Akkadien, auxquelles s’est ajoutée une 12 ème tablette ultérieurement.
Composé de près de 3000 vers, ces tablettes relatent les hauts faits du roi de la ville d’Uruk en Mésopotamie.

Souverain d’Uruk, Gilgamesh (qui aurait régné  en 2650 av. J.-C.) est né de parents illustres qui le rendent « aux deux-tiers divin ». Au début, Gilgamesh abuse de sa force et de son pouvoir ; il est tyrannique avec les hommes et les femmes de son peuple,  pour répondre aux plaintes des habitants d’Uruk, les Dieux  décident de créer un adversaire à sa taille pour le modérer :  Enkidu.

Celui-ci vit en dehors de la civilisation parmi les bêtes, comme un sauvage. Enkidu va être initié à l’amour et progressivement conduit vers la ville et la civilisation. C’est de son combat contre Gilgamesh, sans vainqueur ni vaincu, que va naître leur alliance. Cependant, Enkidu  encourageant finalement la démesure de Gilgamesh plutôt que de le modérer, va être châtié par les Dieux et meurt.

Cette tragédie bouleverse Gilgamesh l’amenant à quitter son royaume et le poussant vers une quête du savoir. Après maintes péripéties, il cherche, grâce à l’un des survivants du Déluge, l’origine de l’univers et l’immortalité (en vain). Finalement, Gilgamesh rentre dans son royaume enfin assagi et ayant pris conscience de ses limites.

A travers ces épreuves, Gilgamesh a  appris le renoncement, la sérénité et la volonté d’être un monarque au service de son pays et de ses dieux. Le tout premier happy end de l’histoire ! 


Mommy porn : Maître pour maîtresse de maison

Depuis l’Epopée de Gilgamesh qui ouvre la voie au récit littéraire tout y introduisant une pointe d’érotisme, voici qu’une nouvelle étape dans l’épopée de la littérature érotique déjà florissante vient d’être franchie. « Le mommy porn », autrement dit le porno pour mamans, envahit les chaumières américaines.

Mommy porn ? C’est le surnom donné par le New York Times (3) à ce nouveau genre littéraire visant à stimuler la maîtresse de maison, au sens propre comme au sens sadien du terme !

A l’origine de ce phénomène qui, aux Etats-Unis, fait vibrer autant la ménagère de moins de 50 ans que celle de plus de 50 ans, un roman à tendance sado-maso « Fifty Shades of Grey » écrit pas une femme E.L. James, Erika Leonard de son vrai nom.

Il s’agit d’une relation entre un milliardaire séduisant et une jeune pucelle, étudiante timide qui accepte par contrat de se laisser totalement dominer avec toute la panoplie des rapports SM (soumission, châtiment…)

En cela rien de très nouveau. On connait déjà la mode des « Milf », « Mothers I’d Like to Fuck » qui, depuis Amercian Pie, fait fantasmer les mecs. Cette fois, ce ne sont plus « les mecs » mais « les meufs » qui « kiffent » ! Des femmes et des mères au foyer, bien sous tous rapports parfois puritaines, qui y voient un moyen de doper leur vie sexuelle.

L’autre fait remarquable tient au mode de diffusion. Publié d’abord sur internet, en livre électronique, le succès tient en grande partie aux blogs, le bouche-à-oreille de la toile. Résultat : plus de 10 millions d’exemplaires en six semaines (4) et 30 millions mi 2012 (disponible en France le 17 octobre 2012) : c’est le tout premier best-seller de l’ère du livre électronique.

Et après ? Eh bien, émoustillées par la lecture bien que parfois répugnées par certaines évocations « salaces », certaines lectrices se précipitent dans les sex shops ou s’invitent avec leur mari dans des séminaires de « fagotage » ou comment ficeler sa compagne ! C’est le deuxième effet kiss cool du Mommy porn, enfin pas toujours si cool que ça !

Alors, entre le  momie porn version soft de l’Epopée de Gilgamesh et le mommy porn, tendance SM,  votre coeur balance ?  


(1)  Œuvres de chair, figures  du discours érotiques  – Gaetan Brulotte –éd. Les presses de l’Université de Laval  (Canada)
(2) L’épopée de Gilgamesh, texte établi à partir des fragment Babyloniens, assyriens, hittites, et hourites; version traduite de l’arabe et adapté par ABED AZRIÉ  (en téléchargement)
(3) « Allô maman porno – David  Caviglioli -Le Nouvel Observateur – 26 juillet 2012 – N° 2490 
(4) « Connaissez-vous le Mommy porn ? » – Hélène Vissière – Le Point – 5 juillet 2012 – N° 2077


A visionner pour mieux comprendre :

 

    • Fitfty Shades Of Grey : teaser

 

A voir et à lire pour aller plus loin :

  • L’épopée de Gilgamesh, la plus ancienne épopée de l’humanité, aux Editions du Cerf, une immense œuvre poétique qui s’inspire de plusieurs récits sumériens composés vers la fin du IIIe millénaire avant J.-C.
  • Voici le chef d’oeuvre du libertinage : L’Ecole des filles, volume 1. Publié à Paris à l’époque où la guerre de la liberté d’expression faisait rage en France, il fut saisi avant d’être mis dans le commerce. Republié en Hollande un peu plus tard, il est resté très rare pendant longtemps.
  • Premières fois : dix histoires érotiques illustrées et racontées par un femme. Premières fois est un pari réussi. Celui de parler sexe à la première personne, au féminin, et aux premières personnes venues, au pluriel.