jeudi, 29 juin 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Les toutes premières récoltes

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Posté par fabrice
 


- 8 500 ans avant notre ère

Semer à tout vent

 

Il y a plus de 10 000 ans, l’homme va enfin dompter son environnement. En observant qu’une graine tombée à terre peut engendrer une nouvelle plante, une idée va finir par germer. C’est une révolution des cultures, celle des champs comme celle des esprits.

Ce n’est qu’une enfant, 15 ans maximum. Ses jambes sont robustes, équipées de sorte de jambières, le haut des cuisses est protégé par un lourd manteau d’herbes tressées. Dessous, elle porte un mélimélo de peaux de bêtes cousues à l’aide de lanières de cuir.

Les germes d’un monde nouveau

Elle sort d’une belle forêt peuplée d’aurochs, de cerfs, de chevreuils et de sangliers, signature d’un réchauffement climatique sensible (fin de la dernière glaciation).  Avec son bébé qu’elle porte sur son dos emmitouflé dans une peau de bête, elle se penche sur un épis. Celui-ci frémit au vent comme pour signaler qu’il s’agit de l’un des tout premiers épis cultivés par la main de l’homme.

Elle ne le sait pas encore mais la vie de son enfant, et surtout des enfants de son enfant, n’aura rien de comparable à la sienne. Ils vont vivre la plus importante transformation du mode de vie qu’ait connue l’humanité. C’est ce que les spécialistes appellent la révolution néolithique.

Les cultivateurs en herbe !

L’homme jusqu’ici subissait son environnement. Il va enfin le dompter. Comment ? En mettant à profit une observation aussi vieille que le monde : une graine tombée à terre peut engendrer une nouvelle plante.

Dès lors, les cultivateurs en herbe vont tenter pour la première fois une action inédite : récolter des graines de blé et les semer près de leurs habitations. Cela a dû se faire par étapes : au début, lorsqu’on ramassait des céréales sauvages, on abandonnait quelques graines sur place en espérant que ce geste serait récompensé lors de la saison suivante. On avait donc compris le principe germinatif des graines.  

La germination était, sans aucun doute, déjà connue des chasseurs /cueilleurs mais le passage à l’étape de culture n’avait pas encore germé dans leur esprit. Alors pourquoi, partout à travers le globe, en Amérique, en Chine, au Moyen-Orient, en Europe, l’agriculture prend racine presque simultanément (1) ?

Une révolution autant culturelle que de l’agriculture

Plus que l’évolution des techniques, c’est celle des mentalités qui est à l’oeuvre. Et la première d’entre elles, l’acceptation de se sédentariser.

L’agriculture, cette innovation qui  ensemence l’ensemble du globe, ne résulte donc pas d’une pénurie car l’époque est à l’abondance. Il s’agit, à l’origine, d’une révolution socio-culturelle visant à créer de nouveaux rapports sociaux résultant d’un accroissement démographique des groupes humains. Groupes qui vont connaitre davantage la promiscuité du fait de la sédentarisation.

Cette situation nouvelle va donner naissance aux toutes premières obligations sociales comme offrir des graines ou les produits de la récolte. Éviter les tensions au sein de groupes trop importants, en empéchant leur scission, telles seraient les vertus premières des plantes cultivées !

La domestication : une innovation capitale, foi d’animal !

Le végétal, c’est bien mais n’oublions pas l’animal. 500 ans plus tard, la chèvre et le mouton feront partie du premier lot de domestication, suivront le cochon, vers – 7000 ans avant notre ère et la vache vers – 6000 ans.

Quant au chien, il a bénéficié d’un traitement de faveur, en ayant été domestiqué le premier, il y a 12 000 ans. Meilleur ami de l’homme oblige ! Alain Testard (1) y décèle même la « toute première invention virtuelle ». En effet, le chien est d’abord « utilisé » comme un animal d’agrément bien avant de l’affecter à des fonctions utiles comme la chasse ou le gardiennage des troupeaux.

Après l’âge de la pierre taillée, le Paléolithique et l’âge de la pierre polie, le Néolithique, l’humanité se prépare à connaître l’âge des saisons qui va rythmer la vie des hommes durant dix millénaires.

Leçon de l’histoire : « L’âge de pierre ne s’est pas arrêté par manque de pierres », comme le soulignait Cheikh Yamani, ancien ministre saoudien du pétrole.


 Avec l’avènement de l’agriculture, la matière grise a-t-elle mangé son pain blanc ?

Avec l’apparition de l’agriculture, pour la toute première fois, les performances du cerveau humain seraient en déclin. Culture et agriculture ne feraient-elles pas bon ménage ?   

Il s’agit d’une thèse surprenante défendue par Gerald Crabtree, professeur de biologie du développement à l’université californienne de Stanford. Celle-ci est fondée sur les dernières données en matière de génétique, anthropologie et de neurobiologie.

Depuis l'avènement de l'agriculture, les capacités intellectuelles de l'homme sont-elles en baisse ?

Parmi les 2000 à 5000 gènes impliqués dans les facultés intellectuelles, le chercheur estime qu’au fil des générations (120 en 3000 ans), les mutations génétiques n’ont pût qu’avoir un effet néfaste sur notre qualité intellectuelle.

Avant la sortie d’Afrique de l’homo sapiens (il y a 50 000 ans environ), l’intelligence a été un facteur clé pour sa survie. Avec la densification de la population conséquence de l’apparition de l’agriculture, la sélection naturelle a changé de nature. Celle-ci s’est focalisée davantage sur la résistance aux maladies, effet collatéral de l’urbanisation, au détriment du développement intellectuel. 

Pour la toute première fois, l’homme aurait entamé son avancée vers l’abêtissement.

Cette théorie reste toutefois très controversée. Ces détracteurs mettent en avant les facteurs non génétiques comme la culture, l’éducation, les interactions sociales, dont le poids est probablement considérable. D’autant, que ces  éléments épi génétiques, se renforcent au fil de l’évolution et joue un rôle bien plus important aujourd’hui qu’à l’époque des chasseurs-cueilleurs.

Alors l’intelligence a-t-elle atteint son apogée, il y a près de 10 000 ans ou au contraire est-elle en train de récolter les fruits issus du développement de la société commencé à cette époque ?   

Bien malin qui peut le dire !


 1 – Concept d’invention virtuelle développé par Alain Testard, anthropologue au Collège de France, dans le livre « Avant l’histoire »


A visionner pour mieux comprendre :


Le sacre de l’homme (1/9)


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Une théorie lie débuts de l’agriculture et réchauffement. Et si, en réalité, l’homme façonnait le climat de la planète depuis bien longtemps ? C’est la surprenante théorie du paléoclimatologue William Ruddiman. Selon le chercheur, l’influence de l’homme sur le climat a commencé avec les débuts de l’agriculture, il y a quelque 8 000 ans.
  • Agriculteurs du monde : Du Néolithique à nos jours. Sur 6 milliards d’humains, près de la moitié sont agriculteurs. Ils cultivent des plantes et élèvent des animaux domestiques, produisant presque toute la nourriture de l’humanité. Dans quels foyers, à quelle époque, de quelle façon certains humains sont-ils devenus agriculteurs ?

Les tout premiers gourmands

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Posté par fabrice
 

Entre – 3 et – 2,5 millions d’années

La gourmandise est un vilain défaut…mais pas les dino !


la nourriture à base de viande fait son apparition dans le garde-manger de « l’homme » du paléolithique vers 3 millions d’années. Il devient donc omnivore. La mangeant crue au début, il apprendra à faire cuire la viande il y a 500 000 ans environ. Puis, à la faire mijoter, il y a seulement 10 000 ans. Viande et gourmandise viennent de faire leur entrée sur la scène de l’humanité.

« Avez-vous déjà goûté au porc-épic ? Non ? Alors, venez dîner ce soir. Une fois les épines retirées, vous verrez, c’est un délice. »

Yves Coppens imagine ce dialogue « de fins gourmets » [1] entre les « premiers hommes », les Homo habilis. Ils font preuve d’une gourmandise toute nouvelle depuis qu’ils ont appris à apprécier la viande.

Lorsque les papilles  s’émoustillent

Et si nous faisions un petit retour en arrière pour comprendre comment les papilles de nos ancêtres se sont progressivement émoustillées.

Deux millions et demi d’années.  Devant nous, affalé sur le flanc gauche un dinothérium, une sorte d’éléphant doté de défenses inférieures . Autour, une bonne dizaine de chasseurs équipés d’éclats de silex. Ils s’affairent avec acharnement à découper leur proie. Certains mangent leurs morceaux sur place, d’autres les prélèvent pour les déguster à l’écart.

Du serpent, de la gazelle et d’autres gibiers, la nourriture à base de viande fait son apparition dans le garde-manger de l’homme du paléolithique vers 3 millions d’années. Si le gibier est petit, il est découpé et rapporté au camp de base, sinon il est dépecé sur place.

Pour les premiers européens, tout est bon et pas uniquement dans le cochon !

homoanteccessor

Nous avons progressé à travers le temps. L’image du dinothérium est désormais du passé. Nous voici maintenant, au cœur d’une vaste prairie,  située à la confluence de 2 rivières.

Observons cette faune bigarrée qui s’agite : lynx, ours, panthères et quelques hyènes à l’affût.  Sur notre flan nord-ouest,  se dressent des châtaigniers, genévriers, chênes. Nous nous situons dans le nord de la péninsule Ibérique, dans une zone où il fait bon vivre. Il y a de cela un peu moins d’un million d’années (800 000 ans) [2].

La nourriture est abondante et variée : chevaux, cerfs, des sangliers et même des rhinocéros. Pourtant, il semblerait qu’elle ne soit pas au goût de tout le monde. Au milieu de restes d’animaux, on observe des enfants, des adolescents et quelques jeunes adultes. Inertes .

Ils viennent d’être tués par une bande rivale à coups de couteaux en pierre. Ils seront dépecés sur place.  Pas par rituel, non, par gourmandise.  Un repas gastronomique en quelque sorte.

Pour ces tout premiers européens –car il s’agit des premiers européens-,  était-ce un festin ou un repas ordinaire ? Nul ne le sait. En revanche, ces actes de cannibalisme, sans doute pas les plus anciens, ne semblaient ni isolés ni imposés par la famine car la nourriture était abondante.

L’homme devient omnivore

Manifestement l’homme vient de prendre goût à la viande, sous toutes ses formes !  L’homme est devenu omnivore : ajoutant aux fruits et végétaux de la viande, crue au début, puis cuite, il y a 500 000 ans. Entre temps, il sera passé par une phase de séchage. Découpage, séchage, masticage, et bien plus tard élevage !

Pour ces cuisiniers en herbe, les premières cuissons ne devaient être pas plus à point qu’au point. La viande était probablement cuite sur des roches chauffées. Plus tard, on se servira d’ustensiles en bois, en pierre, voire en peau.

Bientôt les premiers plats mijotés

Pour Yves Coppens, la gourmandise a pu commencer à titiller les premiers hommes lorsque ceux-ci reniflaient les effluves d’animaux en train de rôtir, prisonniers des flammes lors d’incendies de savane.

L’association de l’émergence de la conscience, entre 2,5 millions et 3,5 millions d’années ,et la diversification des pratiques alimentaires vont engendrer les premières formes d’art culinaire.

Il faudra attendre cependant vers les 10 000 ans et les propriétés de la cuisson de l’argile pour goûter aux tout premiers plats mijotés.


 Les tout premiers cure-dents datent de près de 2 millions d’années.

neandertal-cure-dentsL’homme a commencé par se curer les dents bien avant de se les brosser !

Depuis au moins 1,8 million d’années, les pré-humains utilisent des petits bâtonnets pour évacuer les aliments qui se trouvent coincés entre les dents.

Au-delà du rôle hygiénique de ces curetages, il est probable que les cure-dents furent utilisés aussi à des fins médicales.

Ces pratiques, plus récentes, auraient pu commencer avec l’homme de Neandertal, qui a vécu sur une période allant de -250 000 ans à – 28 000 ans(3).

Le cure-dents aurait alors eu l’usage d’antidouleur pour les individus affectées de maladies parodontales comme les gingivites qui, sans soins, peuvent provoquer des chutes de dents.

 

 

Actualisé le 8 décembre 2013

1 – Cette scène, décrite par Yves Coppens, professeur au Collège de France, pour le Nouvel Observateur, remonte à environ 2 millions et demi d’années..

2- Cette évocation de cannibalisme s’inspirent des découvertes faites sur le gisement d’Atapuerca dans le nord de l’Espagne. Elles datent de 800 000 ans, et représentent le premier cas de cannibalisme avéré de l’histoire de l’humanité.  Selon les chercheurs, il ne s’agit d’actes ponctuels mais continu dans le temps. Leurs « auteurs » sont des homo Antecessor, aux traits à la fois archaïques et modernes, ayant précédés l’homme de Néandertal et l’Homo sapiens.
3- Selon une équipe de paléontologues espagnols de « L’institut Catala de paleoecologia Humana I Evolucio Social ».


A goûter et à déguster :

  • En téléchargement gratuit : Le grand dictionnaire de cuisine d’Alexandre Dumas. En gourmet et cuisiner émérite, Dumas s’est passionné toute sa vie pour la gastronomie. Durant ses dernières années, il se consacre à la rédaction d’un monumental Dictionnaire de Cuisine, où il entremêle recettes, souvenirs personnels, anecdotes et réflexions en tous genres. Ce Dictionnaire, on s’en doute, est un régal. (merci à www.pitbook.com)
  • Un festin en paroles : Histoire littéraire de la sensibilité gastronomique de l’Antiquité à nos jours, de Jean-François Revel. Il est difficile de se faire une idée précise, palpable, concrète des cuisines du passé. Quel goût avaient les vins que buvaient César ou Horace ? Quelle saveur avaient les ragoûts du Moyen Âge ou les pâtés rabelaisiens ? C’est au détour de mémoires, de correspondances, de romans que Jean-François Revel a retrouvé la trace de ces mets disparus. Une succulente promenade littéraire à travers trois mille ans de souvenirs et de révolutions gastronomiques.
  • OCHA – Observatoire Cniel des Habitudes Alimentaires : Un site ressource sur l’alimentation, les cultures et les comportements alimentaires en relation avec les identités, la santé et les modes de vie.
  • Histoire de l’alimentation. Un récit palpitant (dirigé notamment par Jean-Louis Flandrin, universitaire, spécialiste du goût et de l’alimentation) où les données historiques se mêlent aux comportements alimentaires, aux représentations diététiques et religieuses, aux anecdotes drôles, cocasses, toujours étonnantes, toujours colorées, naturellement savoureuses.