vendredi, 15 décembre 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Vers la suprématie de l’Intelligence Artificielle ?

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Posté par fabrice
 

Octobre 2015

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Quand l’intelligence artificielle avance ses pions

Avec cette toute 1ère victoire remportée par un ordinateur au jeu de GO, une étape majeure dans la course à l’intelligence vient d’être franchie ! Est-ce le point de rupture qui marque le début de la fin de la suprématie de l’intelligence humaine ? L’avenir nous le dira !

Si l’intelligence (tout court) a fait ses tout premiers pas sur Terre, il y a plus de 3 millions d’années, comme l’affirme le paléontologue Yves Coppens, lorsqu’un hominidé a eu l’idée d’utiliser un caillou pour en transformer en autre en le frappant à l’aide du premier, il est plus difficile encore, semble-t-il, de dater l’avènement de l’Intelligence Artificielle.

Ceci est d’autant plus compliqué qu’il n’est pas aisé non plus de la définir. De manière imprécise, on évoque un dispositif fondé sur les mathématiques, les algorithmes et la sémantique dont les de compétences et de savoir-faire offrent une efficacité comparable voire supérieure à l’intelligence humaines(4).

L’Intelligence Artificielle a gagné ses lettres de noblesse

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De ce point de vue et dans un registre spécifique, le pas semble définitivement et irrémédiablement franchi. L’intelligence Artificielle a gagné ses lettres de noblesse en remportant une victoire sans précédent sur l’intelligence humaine. En effet, le jeu de Go était le dernier jeu (de plateau) où l’homme battait encore la machine. Dorénavant, cette époque est révolue !

Tout s’est joué à Londres en octobre 2015. AlphaGo, le programme d’ordinateur de Google développé par sa filiale DeepMind, bat par 5 victoires à zéro le champion de jeu de Go européen, le Français Fan Fui.

Face à l’intelligence humaine, l’ordinateur s’est montré impitoyable en défiant pour la toute première fois, notre honneur. Car, c’est bien de cela dont il s’agit.

C’est un véritable exploit : le jeu de Go, inventé par les chinois il y a 3 000 ans, est considéré comme le jeu de société (dit de plateau) le plus complexe imaginé par l’homme. Le nombre de combinaisons dépasse l’entendement : 10 puissance 172, à comparer au 10 puissance 128 combinaisons du jeu d’Echec, soit des centaines de millions de milliards de milliards de milliards de milliards de fois plus ! (5).  Il est même supérieur au nombre d’atomes de l’univers. A titre de comparaison, le tout premier jeu vidéo, Tic Tac Toe en 1952 ne disposait que de 765 combinaisons possibles !

Après Deep Blue, une nouvelle Frontière vient d’être franchie !

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Il y a presque 20 ans (le 10 février 1996), se produisit déjà un tout premier exploit de l’intelligence artificielle. Le champion d’échecs, Garry Kasparov, perdait une première manche, avant de s’incliner, l’année suivante, lors de la revanche contre un adversaire beaucoup plus lourd que lui mais pas moins habile : Deep Blue d’IBM, une machine de 700 kilos, excusez du peu !

15 ans plus tard, en février 2011, le système d’Intelligence Artificielle d’IBM ; Watson(voir encart) remporte le jeu télévisé, Jeopardy ! qui consiste à trouver la question face à une réponse énoncée.

Cette fois, il s’agissait d’intégrer autant de connaissances qu’un être humain et de comprendre les questions, autrement dit le langage naturel.

Mais avec le jeu de Go, qui offre plusieurs centaines de positions à chacun des coups, une nouvelle étape est atteinte comme l’explique Tristan Cazenave, spécialiste de la programmation des jeux : « c’est le graal de l’intelligence artificielle, un des objectifs les plus durs à atteindre ».

Relativisons toutefois, d’autres jeux très intuitifs comme le Poker résiste encore en partie aux ordinateurs.

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S’inspirer du fonctionnement du cerveau humain

Le principe de base de cette prouesse repose sur des techniques d’apprentissage automatique, dites deep learning et sur des réseaux de neurones artificiels. Le tout doté d’une puissance de calcul phénoménale comprenant un millier de processeurs(1). Tout de même !

Autrement dit, les algorithmes s’inspirent du fonctionnement du cerveau humain en utilisant les toutes dernières études des neuroscientifiques.

L’objectif, peut-être le plus ambitieux du millénaire, est de comprendre comme fonctionne l’apprentissage dans un cerveau humain et de réutiliser ces mécanismes pour enseigner « le sens commun » aux machines.

IBM, Google, Facebook, tous à la recherche du conceptuel

IBM, Google, Facebook et de nombreuses start-up, tous avancent sur le terrain de l’Intelligence Artificielle. Les progrès passent par la prise en compte de concepts et d’avancées sur le terrain de l’intelligence émotionnelle et affective.

Par exemple en 2012, Google a mis au point un programme permettant de discerner un félin, sans aucune aide humaine, après avoir passé en revue 10 millions d’images aléatoires provenant du Youtube.

Autre exemple porté par Yann LeCun (2), spécialiste de l’Intelligence Artificielle chez Facebook, la firme de Mark Zuckerberg travaille à la mise au point d’un assistant personnel en mesure de répondre à toutes questions posées en langage naturel par son interlocuteur. Quant à Microsoft, il lance un programme d’IA sur la plateforme de construction Minecraft (un monde virtuel où les joueurs bâtissent des décors et autres outils) avec comme objectif de tester un large éventail de capacité cognitives grâce à l’environnement « flexible » qu’offre Minecraft (5).

Résoudre les problèmes du monde réel, tel est le nouveau mot d’ordre qui hante les équipes de développement de l’I.A.

Gardons toutefois les pieds sur Terre, car comme le souligne Gary Marcus, l’un des spécialistes de l’Intelligence Artificielle : «L’intelligence artificielle est encore peu à l’aise dans le monde réel. La question clef –dont personne ne connaît la réponse pour l’instant– est de savoir si un succès au go va nous y amener plus vite.»(3)

Pour conclure, laissons le mot de la fin à l’un des cerveaux les plus brillants que l’humanité ait connu, l’astrophysicien Stephen Hawking qui exprimait en décembre 2014: « le développement de l’intelligence artificielle pourrait signifier la fin du genre humain(1) ».

Face à la compétition qui s’annonce entre l’homme et la machine, il reste malgré tout une lueur d’espoir : l’intelligence artificielle aujourd’hui est incapable de mentir…du moins de son propre chef.

Mais là aussi, rien n’est joué !

Mis à jour le 28 avril 2016

Quand l’Intelligence Artificielle rentre dans le jeu

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  • 1951 : Christopher Strachey conçoit le premier programme de jeu de Dames puis celui du jeu d’Echecs ;
  • 31 août 1955 : 4 experts de l’informatique balbutiante (McCarthy, Minsky, Rochester, Shannon), décident d’organiser un séminaire visant à simuler les manifestations de l’intelligence humaine ; c’est le vrai coup d’envoi de l’I.A.;
  • 1997 : Deep Blue d’IBM bat le champion du monde d’échecs, Kasparov ;
  • 2003 : Buggy bat N’Diaga Samb aux dames;
  • 2005, un robot remporte le Darpa Grand Challenge en conduisant de manière autonome durant 131 miles sur une piste sans connaissance préalable ;
  • 2011 : Watson, un programme développé par IBM bat largement 2 champions américains au jeu télévisé Jeopardy ;
  • Février 2015 : Deep-Q-Network (DQN) de Google bat un champion de jeux vidéos développés par Atari, au total 27 jeux vidéos des années 70 & 80 dont le célèbre Space Invaders ;
  • Octobre 2015, avec la victoire contre le champion d’Europe du jeu de GO, plus aucun jeu, dit de plateau, ne résiste aux « robots »
  • 15 mars 2016 : victoire finale  du programme de Deep mind  (4 manches à 1) contre le  Sud-Coréen Lee Sedol, numéro 3 mondial du jeu de GO

Pas si élémentaire que ça, mon cher Watson !

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Watson le logiciel d’intelligence artificielle d’IBM est capable face à un volume considérable de données, d’extraire ce qui fait sens dans le cadre d’un domaine donné(4).

Ainsi, Watson après avoir « digéré » un volume considérable de données médicales,  publications scientifiques, études des laboratoires, rapports établis par les médecins, documents relatifs aux protocoles..)  est en mesure de conseiller le médecin sur le traitement le plus approprié pour son patient.

Sur certains registres, comme la capacité à ingurgiter des données non structurées phénoménales et à en extraire rapidement quelque chose d’exploitable, Watson surpasse l’intelligence humaine. D’autant, qu’il a la capacité, dans son domaine, d’auto-apprentissage.

 


1 – Intelligence Artificielle : Google a battu un champion au jeu de Go – Les Echos – 27 janvier 2016
2- « le jeu de Go, paroxysme de la guerre entre Facebook et Google sur l’Intelligence artificielle ;
3- « L’intelligence Artificielle nous a battu au jeu de Go mais encore loin de régner sur le Monde » : http://www.slate.fr/story/113411/intelligence-artificielle-go
4- « 2016, l’année de l’Intelligence Artificielle ? – La Tribune – 2 février 2016
5 – Science & Vie N° 1184 – Mai 2016 – p.98 &99


A visionner pour mieux comprendre :

Les tout premiers jeux vidéo

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Posté par fabrice
 

1972

Le jeu du « tchat » et de la souris

1972 marque une nouvelle ère dans le monde du jeu. La technologie s’invite pour la première fois sur ce marché et se prépare à « renverser » les tapis de jeux traditionnels. Jeux vidéos puis jeux de hasards et paris en ligne : on se prend au jeu !

Pong, le tout premier jeu vidéo grand-public, apparu en 1972, est un succès commercial. Il rentre dans la grande famille des jeux par la petite lucarne, en se connectant au téléviseur familial. En réalité, le tout premier jeu graphique sur ordinateur date de 1952. C’est un jeu de morpions (Tic- tac-toe), développé  par A.S. Douglas de l’université de Cambridge,  baptisé Oxo et qui tournait sur un ordinateur EDSAC. Un demi-siècle plus tard l’industrie du jeu est particulièrement florissante tandis que leurs auteurs restent pratiquement inconnus du grand public, du moins pour leur activité liée aux jeux. Qui se souvient que Steve Jobs, le fondateur d’Apple, a été programmeur chez Atari (société américaine informatique fondée en 1972) ou que l’un des tout premiers jeux vidéo Tetris est l’œuvre d’un chercheur soviétique, Alexei Pajitnov ? Avec Tetris (1985), SimCity (1990), Myst (1993) ou World of Warcraft (2004), le jeu est devenu une véritable industrie où la mise de départ pour la réalisation se compte en millions de dollars.

De quoi se prendre au jeu !

Le jeu vidéo est un jackpot pour les éditeurs. En 2006, rien qu’aux Etats-Unis, l’industrie du jeu vidéo générait déjà un chiffre d’affaires de 12, 5 milliards de dollars. En France, les données de 2012 l’évaluent à 3 milliards d’Euros. En 2015, l’industrie du jeu vidéo représente plus de 100 milliards de dollars de revenus au niveau de la planète. Le jeu vidéo est ainsi le premier bien culturel ; il est pratiqué par 55 % des français et pour près la moitié via des mobiles ; la moyenne d’âge du joueur est de 35 ans.

Le jeu devient « multicartes »

De la gestion des dominos tombant du ciel de plus en plus (Tetris), à celle d’une ville (SimCity) , jeu qui séduira bon nombres d’organismes jusqu’à la CIA, le jeu devient pluridisciplinaire. Il apparaît tantôt comme une œuvre d’art (Myst), comme un outil de formation (serious games), ou de simulation, une oeuvre de fantaisies ou encore une méthode d’introspection. Avec Word of Warcraft qui mobilisent plus de 10 millions d’internautes mais surtout avec la Wii qui devient un coach personnel, sans aucun doute, un cran supplémentaire est encore atteint.

Une génération G comme Gamer

Aujourd’hui, le jeu vidéo est devenu le nouveau média de masse ayant une influence majeure sur le comportement des hommes et des femmes du monde entier et plus seulement des adolescents.  C’est une lame de fond culturelle qui transforme nos comportements. Et pas uniquement en flattant les pulsions primaires comme certains le croient mais aussi en favorisant les capacités de concentration du joueur. Une chose est sûre : un joueur assidu de 21 ans a derrière lui 10 000 heures devant sa console (5). Le jeu vidéo s’accapare donc -au moins pour une frange de la société- une important part du temps libre disponible.

Actualisé le 17 novembre 2016

Les paris en ligne : un vrai pari !

Pour l’Inserm, l’ouverture des paris sur Internet (1)  inaugure une toute nouvelle ère. Celle où « Apparait, selon l’Inserm, pour la première fois dans nos sociétés un type de jeu entièrement lié à l’extension des techniques de communication » (2). Courses hippiques, poker, événements sportifs, les occasions sont presque aussi nombreuses que les joueurs potentiels. Selon une estimation, 1 à 2 % de la population françaises sont touchés et jusqu’à 5 % aux Etats-Unis ou en Australie. Le secteur du poker en ligne a attiré à lui seul dans les mois qui ont suivi la libéralisation du secteur, en 2010, 250 000 joueurs chaque semaine en France. Ce qui préoccupe certains spécialistes, c’est l’absence de cérémonial qui existe lorsqu’on est en situation physique comme par exemple dans un casino. Le joueur en ligne est seul devant son clavier et sans aucun frein avec la possibilité de jouer 24/24 et soumis à l’immédiateté des réactions.

Jeu et Dopamine

Une imagerie au fluor 18 du transporteur de la dopamine

Le phénomène est donc particulièrement étudié, notamment grâce à l’imagerie cérébrale mais aussi à la génétique. Ce qui est jeu : c’est le mécanisme du plaisir et de la récompense souvent attribué à la régulation du taux de dopamine. D’ailleurs, les effets secondaires de traitement antiparkinsoniens visant à combler le manque de dopamine conduisent parfois à des comportements compulsifs comme l’attrait irraisonné pour le jeu. C’est qui explique, par exemple, qu’un malade ait perdu en 18 mois 160 000 euros. D’un point de vue économique, le jackpot ne semble cependant pas au rendez-vous. En France, les paris en ligne sont un demi-échec face aux espérances qu’ils avaient suscité à leur lancement (- 17% de parieurs en moins entre 2011 et 2010 (3)). Les sites illégaux poursuivent leur petits-bonhomme de chemin et représenteraient 15 à 20 % du marché. Le poker apparait comme la star du secteur. Il représente la moitié du secteur, alors que les paris sportifs font plutôt grises mines, même s’ils se ressaisissent en 2012 du fait de nombreux événements comme l’Euro de Football ou les jeux Olympiques.  Avec une dizaine de milliards d’euros misés en 2012, le marché des jeux en ligne semble avoir atteint sa vitesse de croisière (4).

Publié le 20 mai 2013

1983 : la toute première crise du jeu vidéo. 

En 1982, sort le jeu vidéo  « E.T., l’Extraterrestre », pour console Atari 2600.  Réalisé hâtivement en 34 jours, le jeu est incompréhensible, injouable et truffé de bugs. Il  sera qualifié à juste titre de  « pire jeu vidéo de l’histoire ». Nombreux sont les clients à ramener leur cartouche à leur revendeur.

jeu-atari-ETFace à cet échec commercial retentissant la société Atari décide alors, dans le plus grand secret, d’enfouir les cartouches d’invendues dans le désert à côté de la ville d’Alamogordo, au Nouveau-Mexique.

A cette époque,  le jeu vidéo et les consoles dédiées  sont dans une très mauvaise passe.  Certains spécialistes estiment qu’il n’a aucun avenir, du moins sur les consoles dédiées. Il faut dire que la qualité n’est pas souvent au rendez-vous. Cette situation, dont le jeu « E.T » en est le symbole, va entrainer, en 1983, l’industrie du jeu vidéo naissante dans la pire crise de son histoire. 30 ans plus tard, les cartouches enfouies refont surface et se refont aussi une santé ! Au point que la ville d’Alamogordo  décide de mettre aux enchères sur eBay ces cartouches « exhumées ».  La municipalité rafle la mise en encaissant en 2015, grâce à ces ventes, près de 100 000 euros. Publié le 19 septembre 2015


1 - En France, la loi sur la  libéralisation du secteur des paris et jeux de hasards en ligne date du 10 juin 2010 ; elle marque de fait la fin du monopole du PMU et de la Française des jeux 2- « Rien n’arrête la fièvre du jeu » – Science & avenir – Juin 2010 3- La Tribune – 8 février 2102 4- Les échos – 7 juin 2012 5 - « jeux vidéo : les nouveaux maitres du monde » – Téléobs N° 2714 – 15 novembre 2016


A visionner pour mieux comprendre :

Les tout premiers jeux de société

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Posté par fabrice
 

- 3 000 ans (avant notre ère)

Quand la MISE fut venue

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La nature humaine est joueuse, depuis toujours. Le jeu est devenu un phénomène de société depuis plus 5000 ans; avec le succès des jeux vidéos ce n’est pas près de s’arrêter.  L’homo sapiens serait-il avant tout un homo ludens ?

En 1997, un cerveau électronique met un terme à des siècles d’hégémonie de cervelles humaines : Deep blue d’IBM bat, pour la première fois, un champion du monde d’Echecs (dans le cadre d’une partie d’échec avec contrôle du temps traditionnel). Pour l’intelligence humaine, championne de la « phosphoration » toutes catégories, c’est à la fois une terrible humiliation et une formidable victoire.

Dans cette histoire, reconnaissons-le, l’homme a été beau joueur. Consacrer toute son intelligence pour transmettre le goût du jeu à des « cerveaux cybernétiques » dans l’unique but de se faire battre par l’une de ses propres inventions, c’est fair play !

D’autant plus fair play que l’homme s’est initié tout seul. Et cela lui a pris du temps. Entre les balbutiements de la civilisation et les premiers jeux de société, il va en effet se dérouler 5000 ans. Cependant, si l’on s’en tient à l’activité ludique stricto sensu, celle-ci  accompagne l’homme depuis  ses premiers pas, à l’instar des primates dont le jeu, avec ou sans objet, est une activité sociale. On a d’ailleurs retrouvé des objets miniatures qui remontent à 10 000 ans av-J.-C. dont on peut penser qu’il s’agit des premiers jouets.

Quand la société se prend au jeu

Mais revenons à la case Départ !  Nous sommes en Égypte, plus de 3000 ans avant notre ère. Pour la toute première fois, la société se prend au jeu en concevant le tout premier véritable jeu de société connu. Il consistait à déplacer des pions sur 3 rangées de 6 cases.

Bien plus tard, vers le Ve siècle (après J.-C), les Perses en complexifient le principe : Ils introduisent un principe de hiérarchisation des pièces. D’une certaine manière, les bases du jeu d’échec[1] étaient posées. Il prend le nom de Chatrang.

Cependant, l’origine du jeu d’échec est encore controversé et les seules traces tangibles datent des années 600. Il s’agit de textes transcrits qui mentionnent l’existence de joueurs d’échecs. C’est d’ailleurs de cette période que remonte le véritable ancêtre officiel : le jeu indien Chaturanga.  Rançon du succès, les échecs multiplient les légendes à leur égard.

A partir de l’invasion de la Perse par les arabes (en 637) , les échecs vont connaître un essor considérable. Au cours des IXè et Xème siècle, on évoque les premiers traités sur le sujet et les premiers champions. Puis vers l’an mille, le jeu est introduit en Europe via l’Espagne alors musulmane.

Quand les égyptiens étaient beaux joueurs

Décidément, les Égyptiens ont l’esprit joueur. Presque simultanément au premier jeu de société de l’histoire , ils imaginent un autre jeu : le Mehen ou jeu du serpent. Un serpent enroulé sur lui même est représenté sur une tablette. Les joueurs doivent progresser sur ce parcours, en utilisant des figurines, 3 lionnes et 3 lions et 36 billes. Un jeu de l’ Oie en quelque sorte.

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Le jeu de Senet, une forme de damier de 30 cases réparties en 3 rangées.

Un peu plus tard, ces mêmes Égyptiens conçoivent le jeu de Senet (jeu de passage se jouant à deux), considéré comme l’ancêtre du Backgammon. Les premières représentations, datées– 2650 ans avant J.-C., apparaissent en peinture sur les tombes de pharaons.

Les égyptologues exhumeront une quarantaine de jeux dans un état de conservation exceptionnelle. Apparu au moment de l’âge d’or de la civilisation égyptienne (Ancien Empire), ce jeu est sans doute devenu le plus populaire de l’Egypte lors du Nouvel Empire (-1500 à -1000 ans).

Quand le jeu n’en valait pas encore la chandelle

Cette volonté d’animer les longues nuits d’hiver ne datent probablement pas d’hier. L’historien néerlandais Johan Huizinga[2] considère que les sociétés humaines sont profondément façonnées par le « suspecie ludi », l’élément ludique. Guerre et paix, art, justice, langue philosophie, tout ne serait que jeu.

Bien que nos aïeux d’il y a 30 000 ans  nous aient laissé aucune trace de jouets, leurs enfants s’amusaient vraisemblablement avec des objets dénichés ici ou là, comme le font encore aujourd’hui certains tribus primitives.

A partir du moment où le nomade devient paysan (il y a plus de 10 000 ans), on découvre des objets miniaturisés d’outils, d’armes, des statuettes et des figurines représentant notamment des animaux. Peut-on parler de jouet ? On l’ignore bien évidemment.

Quand « Alea jacta est »

A l’époque romaine, les dés sont lancés !  Apparus chez les Égyptiens mais aussi en Inde, vers 3000 ans avant notre ère, les dès faisaient largement partis du paysage ludiques dans les couches populaires romaines comme dans les hautes sphères. On rapporte que l’empereur Néron n’hésitait pas à jouer sur un coup de dés la somme de 400 000 sesterces, soit l’équivalent de la solde de 400 soldats.

Plus généralement, Grecs et Romains prisaient particulièrement les jeux de sociétés stratégiques, comme le « jeu de poilis » (jeu de la ville) ou le jeu romain à caractère militaire « Latroncules ».

Quand on abat une nouvelle carte

Dans cette panoplie des jeux traditionnels, il reste une carte à jouer. Le jeu de cartes fera son apparition pour la toute première fois en 1370. Les jeux de cartes inondent l’Europe grâce à l’essor de l’imprimerie. A la fin du XIXe siècle, les cartes adopteront des décors spécifiques, plus proches du réel. La voie est ouverte pour de nouveaux types de jeux, comme le Monopoly dont le premier lancé de dés date de 1930.

En 1971, l’univers ludique connaît une nouvelle aventure avec les tout premiers jeux de rôle, signe avant-coureurs d’une société en pleine transformation tendant à allier performance individuelle et plaisirs partagés. Gary Gigax et son ami Dave Arneson conçoivent un jeu d’un genre nouveau : « Chainmail ». Bien qu’il s’agisse d’un jeu de guerre, des créatures fantastiques y sont incluses, ainsi que de la magie, et surtout la possibilité de jouer à « un contre un ».

Un jeu à somme très positive !

Aujourd’hui, 700 nouveaux jeux sont mis sur le marché chaque année et compte tenu de la progression des ventes (+ 35% en 2005), le jeu en vaut apparemment la chandelle.

En 5000 ans, le jeu a beaucoup rebattu les cartes au point de devenir un véritable empire au service ou au détriment de la société, à vous de juger. Il devient un enjeu de société tant du point de vue éducatif : 5 millions d’enfants américains seraient devenus addicts- qu’en terme écologique : les trois principales consoles (Wii, Xbox 360 et Playstation) consomment 16 milliards de kwh par an, rien qu’aux USA, selon le Natural Resources Defense Council (NRDC).

Face à une avidité de virtualité, les maîtres du jeu deviendront-ils les maîtres du monde ? Du moins, deviendront-ils les maîtres d’un monde qui, comme le pense le sociologue Michel Maffesoli, est en train de changer de paradigme : aujourd’hui et encore plus demain, place au présent et au carpe diem.

Tout l’univers des jeux en somme.

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Le jeu en quelques dates :

  • Vers 3000 ans av-J.-C : premières toupies & premiers jeux de sociétés
  • 2300 ans av-J.-C : premiers jeux d’argent enregistrés, en Chine
  • 700 ans av-J.-C : premières poupées avec membres articulées ;
  • 500 ans av-J.-C : jeu de la Marelle;
  • 600 ans ap J.-C : premiers joueurs d’échecs
  • 813 : le Concile de Mayence décide de sanctionner les chrétiens qui s’adonnent aux jeux de hasard;
  • Du temps des croisades : précurseur du poker, variante du jeu iranien Asnas ;
  • 1638 : un des premiers casinos, à Venise
  • 1887 : les premiers paris sportifs apparaissent en France (en 1930, aux Usa et en Angleterre)
  • 1890 : le Bridge, issu du Whist mais avec la possibilité de choisir son atout ;
  • 1891 : Le Pari Mutuel apparait en France;
  • 1900 (vers) : Invention de jeu de Belotte par F. Belot.
  • 1930 : Premier Monopoly ;
  • 1950 : Apparition du Scrabble ;
  • 1952 : Oxo, 1er jeu vidéo, basé sur le principe d’alignement ;
  • 1954 : jeu des 1000 bornes ;
  • 1957 : précurseur des wargames et des jeux de simulation ;
  • 1958 : Tennis for two, jeu vidéo sur ordinateur relié à un oscilloscope ;
  • 1971 : précurseur des jeux de rôle, le jeu de guerre Chainmail qui introduit des créatures fantastiques ;
  • 1974 : premiers jeu de rôles : Donjons et Dragons ;
  • 1976 : naissance du Loto national;  le Loto sportif en 1985 ;
  • 1984 : premiers jeux de connaissance « prêts à jouer, sans apprentissages de règles, comme le Trivial Poursuit ;
  • 2003 : premiers avatars sur Second Life (SL), un monde virtuel en 3 D ;
  • 2010 : A l’occasion  de la Coupe du Monde de Football, les paris sportifs en ligne sont libéralisés en France ;

Notre civilisation est la plus joueuse !

Pour Jean-Marie Lhôte, auteur de «HISTOIRE DES JEUX DE SOCIETES», notre époque connaît pour la toute première fois  une déconnexion du réel par rapport au travail, ainsi que la perte du sacré. Selon lui, cela se traduit par 4 points que l’on retrouve dans les jeux d’aujourd’hui :

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« L’invention de l’électricité au XIXe abolit le jour et la nuit. Il n’y a donc plus de limites entre le sacré, qui est solaire, et la folie, le jeu, lunaire. Le défi aux lois de la pesanteur ;

Ensuite : depuis un siècle, on fait ce qu’on veut dans tous les sens avec le fer, le béton, alors qu’avant on posait rationnellement une pierre sur une autre.

Puis la relation à l’argent, qui s’est totalement déconnectée du travail: avant, il y avait capitalistes et ouvriers, c’était de l’exploitation et je ne défends pas cela. Mais l’argent était directement lié au travail, alors qu’aujourd’hui, avec la bourse, les banques, il est totalement abstrait.

Et enfin, la pilule, invention formidable, il n’y a pas à revenir là-dessus, mais qui sépare totalement l’acte sexuel de la réalité de la procréation.
La déconnexion, c’est la première caractéristique du jeu. A l’inverse de la mémoire, du sacré, du réel et du travail (continuité), la deuxième caractéristique du jeu, c’est la discontinuité: à moins d’avoir basculé dans la folie, un vrai joueur n’aime pas jouer longtemps. Typique de la démocratie qui joue sur la discontinuité: on vote tout le temps, le plus souvent possible.

On zappe en politique comme à la télé. »

Publié le 19 septembre 2015


1 – Peu d’inventions n’auront fait l’objet d’autant de mystères et de légendes que la naissance du jeu d’échec. Parmi elles, citons celle du roi Belkib (- 3000 ans ) qui cherche à tromper son ennui. Il promet une forte récompense à celui qui y parviendra. Sissa, un sage du royaume, lui présente le jeu d’échec. Il lui demande en échange, un cadeau qui parait anodin : lui verser 1 grain de blé sur la première case, puis 2 sur la seconde, 4 sur la troisième, 8 sur la quatrième et ainsi de suite. Bien conseillé, le roi Belkib refusa le marché qui aurait mené le royaume à la catastrophe. Toutes les récoltes de l’année n’auraient pas suffi. Sur la 64ème et dernière case du jeu, le roi aurait dû déposer 18 446 744 073 709 551 615 grains de blé. Loin d’être une paille !
2 – Interview conduite par Emmanuelle Perret – Libération 28 décembre 1994


A visionner pour mieux comprendre :


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • La saga des jeux vidéo : De Pong à Lara Croft ; Daniel Ichbiah –Ed. Vuibert. La saga des jeux vidéo raconte comment une poignée de créateurs a donné naissance à un langage universel. Fourmillant d’anecdotes et de témoignages, cet ouvrage relate la métamorphose de l’industrie du jeu vidéo durant trois décennies.
  • Homo ludens – Si le nom d’Homo sapiens ne convient pas très bien à notre espèce parce que nous ne sommes pas tellement raisonnables, si celui d’Homo faber nous définit encore moins bien, car faber peut qualifier maint animal, ne pourrait-on pas ajouter à ces termes celui d’Homo ludens,  » homme qui joue ?  » C’est ce que propose Johan Huizinga dans cet essai, où il montre que le jeu est facteur fondamental de tout ce qui se produit au monde.
  • Visitez Homo Ludens le site internet du Groupe de recherche sur la socialisation et la communication dans les jeux vidéo. Jouer est une fonction vitale pour le développement de l’humain. L’homme est un Homo Ludens!
  • LE jeu le plus dur au monde ! Le but est très très simple. Il suffit de déplacer un carré rouge d’une zone à une autre sans toucher les boules bleues et en attrapant les boules jaunes. Tout cela sans chrono donc vous avez tout votre temps !!!