vendredi, 18 août 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Nos tout premiers rires

(votes : 6)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 

- 99 000 ans !

rire-pano-prehistoire

Rira bien qui rira le premier

Même si le rire n’est pas totalement une exclusivité humaine, certains singes ont des rictus de rire par exemple, il est incontestablement une des marques de fabrique de la lignée humaine.  Son émergence est probablement liée à celle de la conscience, surtout pour ce qui est de l’humour.  Et comme le soulignait Alphonse Allais : « le rire est à l’homme ce que la bière est à la pression » !

 

Ne nous racontons pas d’histoire, celui qui est capable de fournir avec précision la date des tout premiers rires de l’humanité est un imposteur…ou un humoriste.

Et si l’on parlait sérieusement du rire…

Plus sérieusement, il est probable que la pratique sociale du rire émerge en même temps que la conscience de soi, une aptitude qui engendre d’autres formes d’expression comme l’art rupestre ou les sépultures.

Encore faut-il s’entendre sur la notion de rire qui va du rire émotionnel au simple rictus, en passant par le fou rire ou une forme beaucoup évoluée que représente l’humour.

D’un point de vue physiologique, le rire nécessite une certaine maîtrise du langage articulé. Selon certains scientifiques, le rire aurait pu même précéder le langage et donc prétendre à être la première forme de communication orale.

Si l’on va au-delà de la définition de Bergson « le rire : du mécanique appliqué sur du vivant », en prenant une conception plus sophistiquée, il est possible de situer les premières tranches de vraie rigolade entre 200 000 et 40 000 ans.

Le syndrome de la « vache qui rit » !

On dit communément que le rire est le propre de l’homme, pour citer la célèbre formule de Rabelais. Si l’on en croit les éthologues, cette assertion serait fausse. On sait que le rat –lorsqu’on le chatouille ou plutôt le ratouille- ainsi que certains singes sont rieurs.

Récemment, des enregistrements ont été réalisés à l’université de Portsmouth (Royaume-Uni) sur des jeunes singes (orangs-outangs, chimpanzés, bonobos et gorilles)[1]. On leur prodiguait des chatouilles. L’analyse acoustique prouve qu’il s’agit bien de rires : éclats de rire assez brefs mais sonores pour les orangs-outangs, plus longs pour les autres. mort_de_rire

Les bonobos par exemple ont la capacité de rire en expirant pendant plus de dix secondes. Cette faculté de prolonger la phase d’expiration en vocalisant n’est donc pas spécifique à l’homme comme on le croyait jusqu’à présent. Il n’y a donc plus de doute, le rire n’est pas l’apanage de l’homme, même s’il s’agit de rires « mécaniques »,  non intentionnels.

Rassurons-nous « la vache qui rit » reste une exception !

Soyons sérieux ! Pascal Picq, paléoanthropologue, considère que le rire fait partie du bagage ancestral commun aux singes et à l’homme, au même titre que la bipédie, la conscience, l’empathie ou les systèmes sociaux.

En cela il rejoint l’analyse de Darwin en 1872. Pour lui, l’ensemble des émotions s’exprime de manière assez comparable chez l’homme et les grands singes. Ces aptitudes potentielles remontent à notre ancêtre commun, Toumaï, apparu il y a environ 7 millions d’années.

De ce fait, on pourrait presque dire « rira bien qui rira le premier… »

 


Le rire : une histoire qui n’a pas toujours été drôle

Les premiers rires civilisés ont plutôt connu des grincements de dents. Car le rire et son compère plus caustique, l’humour, n’ont été vus avec bienveillance qu’à partir du XIIIème siècle, grâce à un chirurgien, Henri de Mondeville. Il prit le parti du rire en expliquant «que le corps se fortifie par la joie et s’affaiblit par la tristesse ».

Rire dans la société

Jusque-là : bonjour tristesse !

Qu’il s’agisse des philosophes grecs, Aristote, Platon, et même Socrate, le rire n’était pas leur tasse de thé. Il le trouvait laid, dégradant, autrement dit indigne des hommes car les détournant de la vérité. Le père de l’Eglise grecque, St Jean Chrysostome, estimait que le rire conduisait au péché.

Cette théorie fit son petit bonhomme de chemin jusqu’au Moyen Age, où les savants de l’époque vont qualifier le rire de diabolique. La preuve, selon eux : aucun rire de Jésus relaté dans les évangiles.

La réhabilitation du rire au XIIIème siècle durera le temps d’un soupir. Les siècles suivant ne seront en effet pas une partie de rigolade. On ne plaisante pas avec la Bible ! L’Angleterre protestante et la France catholique vont rivaliser pour diaboliser le rire. La reine Victoria ira même jusqu’à l’interdire dans les salons.

De l’autre coté de la Manche, au pays de la guillotine, on ne badine pas non plus avec le rire. Au lendemain de la révolution, il est admis qu’un « républicain ne rit pas ». Autre époque, autre révolution, mais même combat contre l’humour : pour Staline, « un peuple heureux n’a pas besoin d’humour ». Autrement dit, faites la guerre, pas l’humour !

Enfin, arrive le XIXème siècle. Les zygomatiques vont enfin pouvoir s’exprimer, pour le meilleur et…pour le rire !

Quoique, même si la tendance générale est à l’humour et à la dérision, rappelons-nous qu’un certain Staline considérait « qu’un peuple heureux n’a pas besoin d’humour », conception sans doute partagée par les assassins de Charlie-Hebdo.

Alors pour faire baisser la pression, laissons le mot de la fin à Alphonse Allais : « le rire est à l’homme ce que la bière est à la pression » :-) .

actualisé,  le 29 mars 2015

1 – Etude réalisée par Marina Davila Ross de l’Université de Portsmouth, primatologue à partir de 800 enregistrements de jeunes singes subissant des chatouilles sur le cou, sous les bras ou sous les pieds.


Pourquoi je n’ai pas mangé mon père de Jamel Debbouze  :

 


A lire pour aller plus loin :

  • Les bienfaits du rire sur Doctissimo. L’humour aurait un effet bénéfique sur notre corps ! Au point que les blagues constitueraient une véritable drogue dont nous ne pouvons pas nous passer ! Aucune chance de mourir de rire, au contraire !
  • Le Rire, sa vie, son oeuvre : Le plus humain des comportements expliqué par la science. Vous voulez tout savoir du rire ? Lisez ce livre. Robert Provine, le seul neurobiologiste au monde à étudier expérimentalement le rire depuis dix ans, répondra à toutes vos questions.
  • Le rire de Eric Smadja. Alors que l’on vante ses bienfaits – la valeur des thérapies par le rire, par exemple -, les préjugés attachés à cet acte essentiel semblent demeurer intacts. Qu’est-ce que le rire ? Pourquoi rit-on ? Et de quoi ? À travers la psychanalyse, la physiologie, l’éthologie, la littérature, la philosophie, l’anthropologie, cet ouvrage analyse toutes les facettes du rire. Pour rire en connaissance de cause !

 

Les tout premiers commérages

(votes : 3)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 

- 70 000 ans

pano bavardage-saturation2

Le roi du bavardage !

Il y a 70 000 ans, l’homo Sapiens, une des 6 espèces hominidés présentes alors sur Terre, se distingue par son commérage qui lui confère une capacité à créer du lien et à prendre du recul face à la réalité objective. A partir de là, Sapiens va prendre ses désirs pour des réalités !

Il n’y avait pas de véritables raisons face à ces concurrents, une demi-douzaine d’espèces, comme l’homme de Néandertal, très costaud, ou l’Homo erectus, à ce que l’Homo-sapiens parviennent à tirer les marrons du feu au point de les supplanter tous et de rester le dernier représentant des Homos.

Et pourtant, bien que cela puisse paraitre une futilité, il y eut un petit rien qui fit toute la différence : l’Homo sapiens avait la langue bien pendue.

Neandertal vs Sapiens

Neandertal vs Sapiens

Fédérer des communautés

Contrairement à ses condisciples, l’Homo sapiens, voici 70 000 ans, commence à parler de tout et de rien, à jacasser, à bavarder. Sans le savoir, pour la première fois, il tisse de liens fondés non pas sur une communication utilitaire comme la pratique d’autres espèces pré-humaines et mêmes certains animaux mais sur communication imaginaire.

Autrement dit, selon la thèse de l’historien Yuval Noah Harari(1), pour la première fois, une espèce vivante à la capacité à créer de la fiction, ce que n’est probablement pas en mesure de faire  Néandertal qui se limite à décrire la réalité.

Si vous rassemblez 10 000 chimpanzé au stade de France, il peut probable qu’il en ressorte autre chose que le chaos ; en revanche, avec le même nombre d’homo sapiens, une organisation va se mettre en place avec un but commun, même s’il s’agit d’hooligans !

L’instinct grégaire !

Et cela fait toute la différence. Car pour fédérer des groupes importants de personnes, au-delà de la centaine d’individus, les faire coopérer, les faire adhérer à un projet, il est nécessaire de partager des mythes communs qui sont le fruit de notre imagination.

L’histoire le démontrera que pour souder une communauté, il faut un idéal à partager et des ennemis communs. C’est l’instinct grégaire.

gregaire_resize

Ainsi vont voir le jour les croyances en Dieu, à la Nation, à l’argent, à des valeurs communes et même plus tard aux droits de l’homme…Bref, tout ce qui crée du lien et de l’espoir.

Plus tard, cela prendra la forme de ce qu’Harari nomme « le mythe du consumérisme romantique » qui dépassera les frontières et les religions. C’est le plus puissant mythe, selon l’auteur, que l’homme n’ait jamais créé.

Cette toute nouvelle façon de penser a peut-être vu le jour au coin du feu, une sorte de Caméra-café de la préhistoire. Lors de ces « soirées entre amis », cette nouvelle « race » d’hommes commence à tirer des plans sur la comète. l’Homo sapiens ne se contente plus de la description de la réalité, il veut la façonner selon ses désirs et créer ses propres histoires. Ainsi, naissent les premiers story-telling, qui deviendront la Comédie humaine.

D’une vision objective à une vision subjective

Comment sommes-nous passés d’une description objective des faits à une vision subjective qui ouvre la voie à la fiction ? Face cette question, aucune certitude. Il est possible qu’il s’agisse d’une mutation génétique accidentelle qui, en modifiant quelque peu le câblage interne du cerveau, a engendrer de nouveaux modes de pensée conduisant à une forme nouvelle de communication.

Tous les animaux vivent dans une réalité objective, tandis que l’homme, grâce à cette nouvelle capacité cognitive, est capable de vivre dans une double réalité, factuelle et conceptuelle et d’inventer sa propre « réalité ». C’est ce qu’on appelle l’intelligence.


Publié le 16 novembre 2015


Les  étapes clés de l’aventure humaine

  • Selon Yuval Noah Harari(1), 3 grandes révolutions ont marqué l’histoire de notre espèce:
    La révolution cognitive : Il y a 70.000 ans, comme on vient de le voir, Sapiens a commencé à avoir des comportements plus ingénieux qui lui permettent de créer du lien et de faire preuve d’abstraction.
  • La révolution agricole : il y a 11.000 ans. C’est le moment où l’on a commencé à faire de la nature ce qu’on voulait.
  • La révolution scientifique – Il y a 500 ans, Sapiens devient un apprenti sorcier. C’est le moment où il commence  à devenir dangereux pour la planète et pour lui-même.
  • On peut y ajouter une autre révolution :
    celle de la révolution économique qui a débuté il y a 300 ans environ. Sapiens imagine une des formes d’organisations les plus ingénieuses : la société à responsabilité limitée dont les bases sont posées en 1893 en Allemagne.

1 - Sapiens, une brève histoire de l’humanité, Yuval Noah Harari, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, Ed. Albin Michel


A visionner pour aller plus loin :

La toute première conquête sociale

(votes : 5)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 

- 180 millions d’années

fourmis-pano

 

Les avancées sociales

La conquête sociale est une des plus grandes innovations de l’évolution. Pourquoi ne concerne-t-elle si peu d’espèces en dehors des fourmis, des abeilles, de l’homme et de quelques autres espèces. Chez l’homme cette évolution s’est accompagnée d’une dimension culturelle qui fait notre spécificité et qui a donné naissance à la nature humaine : un mélange d’altruisme et d’égoïsme. Une recette qui a jusqu’à présent fait ses preuves.

Qui sommes-nous vraiment ou plutôt qu’elle est cette fameuse Nature humaine ?

L’être humain est le fruit d’une co-évolution génétique et culturelle qui a commencé il y a au moins 6 millions d’années, si l’on remonte au dernier ancêtre commun entre les chimpanzés et ce qui deviendra les humains.

Cette co-évolution est particulière puisqu’elle nous contraint à associer les impératifs personnels, donc de l’individu et ceux du groupe, autrement dit, l’égoïsme d’un côté et l’altruisme de l’autre (1)

En réalité, en matière de comportements sociaux, tout a commencé, il y a bien longtemps, entre 150 et 200 millions d’années, à l’époque de la suprématie des dinosaures.

Les tout premiers conquérants sociaux à l’époque des dinosaures

C’est à cette époque que commence l’histoire des tout premiers conquérants sociaux. Les précurseurs seront les termites dont le règne commença il y a 175 millions d’années. Puis ce fut le tour des fourmis, il y a 150 millions d’années, suivi des bourdons et des abeilles, il y a 80 millions d’années environ. Enfin, bien plus tard, l’homme que l’on peut qualifier d’animal social supérieur. Des êtres que les biologistes nomment « eusociaux ».

Ce mode d’organisation représente une des innovations majeures de l’histoire du vivant. Rare chez les invertébrés, c’est encore plus rare chez les vertébrés. Pour ces derniers, elle s’est produite au cours de l’histoire qu’à 2 reprises. Une première fois chez les rats-taupes glabres d’Afrique et ensuite dans la lignée des grands singes africains qui aboutira à l’homme.

Altruisme et esprit de sacrifice

Tous ces animaux, homo sapiens compris, ont un point en commun : ils pratiquent l’altruisme, au moins dans leur répartition du travail. Et cela, n’est pas si courant : 2% seulement des espèces d’insectes qui sont pour l’essentiel les fourmis, guêpes, abeilles et termites (2). On en trouve aussi dans d’autres espèces comme chez certaines crevettes.

fourmis-feuille-resize

Certains ont des « emplois » qui raccourcissent leur propre existence, d’autres leur progéniture ou encore les deux. Leurs sacrifices profitent à d’autres dont c’est le rôle par exemple de se reproduire. Cette vie sociale présente de nombreux avantages : certains cherchent de la nourriture tandis que d’autres se chargent de protéger le nid. Ensemble, une colonie présente une force inaccessible individuellement comme le transport en masse de nourriture. Ensemble, ils forment une sorte de super-organisme.

Une condition sociale humaine fondée sur la culture

Mais, il va sans dire que les humains pratiquent une sociabilité très différente de celle de ces insectes qui ne sont menés que par leur instinct. Chez l’espèce humaine, cette condition sociale est fondée sur la culture.

Tandis que pour les insectes, cette vie en société s’apparente à des robots guidés par leur instinct, pour l’homme, cela va conduire à un modèle de coopération mais aussi de compétition entre les individus.

Les deux modèles sont le fruit de la sélection naturelle qui tient compte de la physiologie de chaque espèce et de leur cycle de vie. Par exemple, les insectes, vu leur taille, ne pourront jamais maitriser le feu, ce qu’a fait l’ancêtre de l’homme il y a 1 million d’années ! En outre, si un animal pèse moins d’1kg, la taille de son cerveau sera trop limitée pour produire un raisonnement.

Ceci explique que la fourmi coupe-feuille qui représente l’espèce la plus complexe après les êtres humains, capables de pratiquer l’agriculture et de développer des « villes » climatisées n’a quasiment pas évolué depuis ses 20 millions d’années d’existence.

Un savant dosage entre égoïsme et altruisme

Chez l’homme, le jeu est beaucoup plus complexe. Il mélange l’altruisme, la coopération, la compétition, la domination, la tromperie, « le retour d’ascenseur »…

Il y a donc une guerre permanente entre, d’un côté le produit de la sélection de groupe comme la vertu, l’honneur, le devoir, et de l’autre celui de la sélection individuelle que représentent l’égoïsme, la lâcheté et l’hypocrisie. Sans cette ambivalence nous ne serions pas humains. Nous serions soit des êtres eusociaux proches des robots comme les fourmis, soit des animaux sans esprit « d’équipe ».

Pour arriver à ce niveau de sophistication, il fallait un cerveau à la fois très intelligent et capable d’élaborer des stratégies d’interactions interpersonnelles. C’est cela ce qui fait notre spécificité : nous sommes capables d’exprimer nos intentions mais aussi de lire celles des autres.

La préservation du nid ou du campement à l’origine du comportement social

Toutes les espèces qui sont parvenues à l’eusocialité ont toutes, sans exception, commencé par se construire un nid –ou un campement- pour faire face à leurs ennemis. La notion de nid est importante parce que les membres du groupe sont obligés de s’y rassembler.

Chez les humains, cela est arrivé lorsque nous sommes passés d’un régime végétarien à un régime omnivore, plus riche en calories et surtout qui nous évitait de passer notre temps à chercher des fruits ou des végétaux.

Abeille butinant une fleur de lotus

L’environnement est donc primordial. On a constaté que chez les abeilles le fait de butiner un nombre important de plantes favorise ce mode de vie social et, à contrario, la spécialisation à certaines plantes pousse à une vie solitaire.

En réalité, la préservation des nids et leur ravitaillement en continu ont fait évoluer certaines espèces d’insectes vers un mode de vie « sociale » et c’est aussi probablement le cas chez l’homme. A cela s’ajoute pour l’homme, la capacité à intégrer une dimension culturelle, qui fait toute la différence.

La nature humaine : une chimère génétique

L’être humain et son organisation sociale sont intrinsèquement imparfaits.
L’homme fait partie de deux douzaines seulement de lignées animales qui ont évolué vers un mode de vie sociale, appelé eusocialité. Concrètement, cela consiste à rester ensemble au-delà de 2 générations, à coopérer ensemble, à s’occuper de la progéniture et à diviser le travail.

A la question « comment en sommes-nous arrivés là ? », le biologiste Edward o. Wilson (1) conclut : « En ce qui concerne l’organisation biologique, au niveau supérieur, les groupes rivalisent entre eux, ce qui favorisent les traits sociaux dans les membres du même groupe. Au niveau inférieur, la rivalité entre membres du même groupe suscite des comportements égoïstes. L’opposition entre ces deux niveaux de sélection naturelle a donné entre chaque individu un génotype de chimère : chacun de nous est en partie saint et en partie pécheur. »

Ainsi va la Nature humaine.

 


Il y a 3 millions d’années, qui aurait parié sur l’avenir des pré-humains ?

« Si des chercheurs extra-terrestres avaient débarqué sur la Terre, il y a 3 millions d’années, ils auraient stupéfaits de voir des abeilles, des termites et leurs termitières ainsi que des fourmis coupe-feuilles, dont les colonies étaient à l’époque les super-organismes suprêmes du monde des insectes et de loin les systèmes sociaux les plus complexes et les plus réussis de la planète.

Ces visiteurs auraient aussi étudié les australopithèques africains, (…) des primates bipèdes dotés d’un cerveau de la taille de celui de grands singes. Pas grand-chose à attendre de ce côté-là, ni ailleurs parmi les grands vertébrés, se seraient-ils dit.

(…) Ces créatures qui avaient arpenté la Terre durant les 300 millions d’années précédentes n’avaient rien donné de particulier. Les insectes eusociaux semblaient être ce que la Terre pût produire de mieux.

(…) Or il s’est produit un phénomène absolument extraordinaire. Le cerveau des australopithèques d’est mis à grossir très vite. Au moment où se situe la visite de mes extra-terrestres, il mesurait entre 500 et 700 cm3. Deux millions d’années plus tard, il avait atteint 1000 cm3. Et, encore après 1,8 million d’années, il avait atteint entre 1500 et 1700 cm3, soit le double des australopithèques ancestraux. L’Homo sapiens était apparu et sa conquête sociale de la Terre était imminente. »
Extrait de l’ouvrage « La conquête sociale de la Terre » – Edward o. Wilson – ed Flammarion / NBS – P. 71


 Le langage « fleuri » des abeilles

Danse_des_abeillesQue signifie la danse des abeilles qui dit-on indiquent à ses « collègues » une source de pollen ?

Ce code est fixé depuis des millions d’années. Ce code représente une répétition de l’itinéraire de vol que les abeilles doivent suivre pour atteindre la cible.

Par exemple, si l’abeille décrit un cercle, cela signifie que la cible est près du nid. Si la danse est plus frétillante et forme une sorte de 8 indéfiniment répétée, la cible est plus lointaine.

Le segment du milieu du huit indique la direction à prendre par rapport à l’angle su soleil. Et sa longueur est proportionnelle à la distance à parcourir.

 


1 – La conquête sociale de la Terre – Edward O. Wilson – Ed. Flammarion / NBS – 2013
2 – Aujourd’hui les fourmis sont à peu près un million de fois plus nombreuses que les humains et pèsent autant qu’eux !


A visionner pour mieux comprendre :

Le tout premier visage de l’humanité

(votes : 3)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 

- 7 millions d’années

« Espoir de vie »

Que le temps passe vite ! Que de premières fois visitées !

Les premiers soubresauts de l’univers, les premières étoiles, les premiers rayons de soleil, les premiers organismes vivants, mais cette fois, cette première fois nous touche plus que les autres. Cette fois, c’est de notre propre famille qu’il s’agit, de notre plus ancien ancêtre connu !

Reconstitution de Toumaï, premier visage de l'humanité - Image : MPFT

Reconstitution de Toumaï, premier visage de notre lignée.

Il s’appelle Toumaï [1], qui signifie en langue goran, « Espoir de vie ». Il ne nous ressemble pas beaucoup, mais anatomiquement, il préfigure notre lignée, au moment où (il y a 8 millions d’années) une espèce a évolué pour se diviser en 2 branches, d’un coté les singes, de l’autre, les hominidés.

Avec son grand âge (entre 6,9 et 7,2 millions d’années), Toumaï peut donc se prévaloir d’être le plus ancien pré-humain connu, le doyen de l’humanité. Pourtant, ce titre ne tient pas tant à son volume crânien, équivalent à celui d’un chimpanzé (de l’ordre de 360 cm3), qu’à une anatomie qui le différencie des singes (denture, position du trou occipital, face raccourcie) et surtout une aptitude à la bipédie…

Un jour viendra où la paléoanthropologie laissera la place à la généalogie. Là, il ne sera plus question de traquer l’usure apicale des canines pour vérifier le lien de parenté, le registre paroissial fera foi.

A l’aube de l’humanité, Toumaï ne peut imaginer qu’il est l’arbre qui cache la (future) forêt des êtres humains. Car la conscience n’apparaîtra qu’entre 2,5 millions et 3 millions, voire 3 millions et demi d’années.


1 – Découvert au Tchad, en 2001, par le paléontologue français, Michel Brunet, son nom lui a été attribué par le président de la république du Tchad.


A voir et à lire pour aller plus loin :

Les premiers bouchers de l’humanité

(votes : 4)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 

- 3.4 millions d’années

Premiers succès « des garçons bouchers »

Le festin date de 3,4 millions d’années et a eu lieu dur les collines d’Ethiopie sur le site Dikika dans l’Hadar. Là, ont été retrouvés, en janvier 2009, par Zeresenay Alemseged (California Academy of Sciences), deux os : un fragment de côte d’un ongulé au moins aussi corpulent qu’une vache et un morceau de fémur d’un bovidé de la taille d’une chèvre.

Mais l’important est ailleurs. Ces os ne portent pas la marque habituelle de crocs de prédateurs de fauves mais des incisions. Sans conteste, on est ici face à une opération de débitage réalisée à l’aide d’outils de pierre qui visait à racler la chair et à récupérer la moelle.

Avec cette découverte, les archéologues viennent de tomber sur un os à ronger car cette découverte avance de 800 000 ans l’apparition des tout premiers bouchers de l’humanité.


Ces premiers artisans bouchers sont contemporains de la célèbre Lucy et il se pourrait bien qu’ils soient membres de la même lignée : Australopithecus afarensis. Cependant, il est probable que le maniement précoce d’outils ne soit pas l’apanage d’une seule espèce, comme le pense Yves Coppens, et donc encore moins du genre Homo..

Pour les archéologues, il y en a encore à se mettre sous la dent.


Pour l’ambiance : un clip sans rapport mais pas hors sujet …





A voir et à lire pour aller plus loin :
Et puis… pour passer à l’action :
  • Découpé : un tablier de cuisine qui ne passe pas inaperçu !
  • Couteau de Boucher Maxifil – 17 cm Deglon : LE couteau de boucher ! Faisant appel aux nouvelles technologies de la conception assistée par ordinateur de l’ergonomie et du design, aux techniques de découpe par laser, Déglon imagine et réalise des outils de découpe de plus en plus efficaces et fonctionnels.

Les tout premiers gourmands

(votes : 7)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 

Entre – 3 et – 2,5 millions d’années

La gourmandise est un vilain défaut…mais pas les dino !


la nourriture à base de viande fait son apparition dans le garde-manger de « l’homme » du paléolithique vers 3 millions d’années. Il devient donc omnivore. La mangeant crue au début, il apprendra à faire cuire la viande il y a 500 000 ans environ. Puis, à la faire mijoter, il y a seulement 10 000 ans. Viande et gourmandise viennent de faire leur entrée sur la scène de l’humanité.

« Avez-vous déjà goûté au porc-épic ? Non ? Alors, venez dîner ce soir. Une fois les épines retirées, vous verrez, c’est un délice. »

Yves Coppens imagine ce dialogue « de fins gourmets » [1] entre les « premiers hommes », les Homo habilis. Ils font preuve d’une gourmandise toute nouvelle depuis qu’ils ont appris à apprécier la viande.

Lorsque les papilles  s’émoustillent

Et si nous faisions un petit retour en arrière pour comprendre comment les papilles de nos ancêtres se sont progressivement émoustillées.

Deux millions et demi d’années.  Devant nous, affalé sur le flanc gauche un dinothérium, une sorte d’éléphant doté de défenses inférieures . Autour, une bonne dizaine de chasseurs équipés d’éclats de silex. Ils s’affairent avec acharnement à découper leur proie. Certains mangent leurs morceaux sur place, d’autres les prélèvent pour les déguster à l’écart.

Du serpent, de la gazelle et d’autres gibiers, la nourriture à base de viande fait son apparition dans le garde-manger de l’homme du paléolithique vers 3 millions d’années. Si le gibier est petit, il est découpé et rapporté au camp de base, sinon il est dépecé sur place.

Pour les premiers européens, tout est bon et pas uniquement dans le cochon !

homoanteccessor

Nous avons progressé à travers le temps. L’image du dinothérium est désormais du passé. Nous voici maintenant, au cœur d’une vaste prairie,  située à la confluence de 2 rivières.

Observons cette faune bigarrée qui s’agite : lynx, ours, panthères et quelques hyènes à l’affût.  Sur notre flan nord-ouest,  se dressent des châtaigniers, genévriers, chênes. Nous nous situons dans le nord de la péninsule Ibérique, dans une zone où il fait bon vivre. Il y a de cela un peu moins d’un million d’années (800 000 ans) [2].

La nourriture est abondante et variée : chevaux, cerfs, des sangliers et même des rhinocéros. Pourtant, il semblerait qu’elle ne soit pas au goût de tout le monde. Au milieu de restes d’animaux, on observe des enfants, des adolescents et quelques jeunes adultes. Inertes .

Ils viennent d’être tués par une bande rivale à coups de couteaux en pierre. Ils seront dépecés sur place.  Pas par rituel, non, par gourmandise.  Un repas gastronomique en quelque sorte.

Pour ces tout premiers européens –car il s’agit des premiers européens-,  était-ce un festin ou un repas ordinaire ? Nul ne le sait. En revanche, ces actes de cannibalisme, sans doute pas les plus anciens, ne semblaient ni isolés ni imposés par la famine car la nourriture était abondante.

L’homme devient omnivore

Manifestement l’homme vient de prendre goût à la viande, sous toutes ses formes !  L’homme est devenu omnivore : ajoutant aux fruits et végétaux de la viande, crue au début, puis cuite, il y a 500 000 ans. Entre temps, il sera passé par une phase de séchage. Découpage, séchage, masticage, et bien plus tard élevage !

Pour ces cuisiniers en herbe, les premières cuissons ne devaient être pas plus à point qu’au point. La viande était probablement cuite sur des roches chauffées. Plus tard, on se servira d’ustensiles en bois, en pierre, voire en peau.

Bientôt les premiers plats mijotés

Pour Yves Coppens, la gourmandise a pu commencer à titiller les premiers hommes lorsque ceux-ci reniflaient les effluves d’animaux en train de rôtir, prisonniers des flammes lors d’incendies de savane.

L’association de l’émergence de la conscience, entre 2,5 millions et 3,5 millions d’années ,et la diversification des pratiques alimentaires vont engendrer les premières formes d’art culinaire.

Il faudra attendre cependant vers les 10 000 ans et les propriétés de la cuisson de l’argile pour goûter aux tout premiers plats mijotés.


 Les tout premiers cure-dents datent de près de 2 millions d’années.

neandertal-cure-dentsL’homme a commencé par se curer les dents bien avant de se les brosser !

Depuis au moins 1,8 million d’années, les pré-humains utilisent des petits bâtonnets pour évacuer les aliments qui se trouvent coincés entre les dents.

Au-delà du rôle hygiénique de ces curetages, il est probable que les cure-dents furent utilisés aussi à des fins médicales.

Ces pratiques, plus récentes, auraient pu commencer avec l’homme de Neandertal, qui a vécu sur une période allant de -250 000 ans à – 28 000 ans(3).

Le cure-dents aurait alors eu l’usage d’antidouleur pour les individus affectées de maladies parodontales comme les gingivites qui, sans soins, peuvent provoquer des chutes de dents.

 

 

Actualisé le 8 décembre 2013

1 – Cette scène, décrite par Yves Coppens, professeur au Collège de France, pour le Nouvel Observateur, remonte à environ 2 millions et demi d’années..

2- Cette évocation de cannibalisme s’inspirent des découvertes faites sur le gisement d’Atapuerca dans le nord de l’Espagne. Elles datent de 800 000 ans, et représentent le premier cas de cannibalisme avéré de l’histoire de l’humanité.  Selon les chercheurs, il ne s’agit d’actes ponctuels mais continu dans le temps. Leurs « auteurs » sont des homo Antecessor, aux traits à la fois archaïques et modernes, ayant précédés l’homme de Néandertal et l’Homo sapiens.
3- Selon une équipe de paléontologues espagnols de « L’institut Catala de paleoecologia Humana I Evolucio Social ».


A goûter et à déguster :

  • En téléchargement gratuit : Le grand dictionnaire de cuisine d’Alexandre Dumas. En gourmet et cuisiner émérite, Dumas s’est passionné toute sa vie pour la gastronomie. Durant ses dernières années, il se consacre à la rédaction d’un monumental Dictionnaire de Cuisine, où il entremêle recettes, souvenirs personnels, anecdotes et réflexions en tous genres. Ce Dictionnaire, on s’en doute, est un régal. (merci à www.pitbook.com)
  • Un festin en paroles : Histoire littéraire de la sensibilité gastronomique de l’Antiquité à nos jours, de Jean-François Revel. Il est difficile de se faire une idée précise, palpable, concrète des cuisines du passé. Quel goût avaient les vins que buvaient César ou Horace ? Quelle saveur avaient les ragoûts du Moyen Âge ou les pâtés rabelaisiens ? C’est au détour de mémoires, de correspondances, de romans que Jean-François Revel a retrouvé la trace de ces mets disparus. Une succulente promenade littéraire à travers trois mille ans de souvenirs et de révolutions gastronomiques.
  • OCHA – Observatoire Cniel des Habitudes Alimentaires : Un site ressource sur l’alimentation, les cultures et les comportements alimentaires en relation avec les identités, la santé et les modes de vie.
  • Histoire de l’alimentation. Un récit palpitant (dirigé notamment par Jean-Louis Flandrin, universitaire, spécialiste du goût et de l’alimentation) où les données historiques se mêlent aux comportements alimentaires, aux représentations diététiques et religieuses, aux anecdotes drôles, cocasses, toujours étonnantes, toujours colorées, naturellement savoureuses.