mardi, 17 octobre 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

La toute première langue

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Posté par fabrice
 

Entre – 70 000 et – 55 000 ans

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Au bout de la langue

Issu d’une évolution qui a commencé il y a 2,5 millions d’années, le langage est devenu une nécessité pour mener à bien des opérations complexes comme les traversées maritimes. Si les « balbutiements » des premières pratiques du langage restent encore nébuleux, il est plus que probable que le langage, avec l’apparition de premières langues, était au rendez-vous des premières grandes expéditions humaines.

Une bise glaciale parcourt une steppe arpentée par une horde de caribous et de mammouths à la fourrure parsemée de givre. Derrière, à bonne distance, suit un petit groupe d’individus une douzaine, sans doute les éclaireurs d’une cohorte plus importe.

Voyage en langue inconnue

Tout ce petit monde s’aventure sur une nouvelle terre qui vient d’émerger. Elle forme un pont naturel entre l’Alaska et la Sibérie : la Béringie. Cette situation est la conséquence d’une baisse d’une centaine de mètres du niveau des océans.

Nous sommes au cœur de la dernière glaciation, il y a 50 000 ans environ ; la glaciation dite de Würm qui s’est installée entre -115 000 ans et -10 000, avec un maximum, il y a 20 000 ans.

A l’opposé de là, au niveau de l’Océanie, d’autres individus s’apprêtent à réaliser un voyage… maritime cette fois. Sans doute, l’un des tout premiers. Bénéficiant eux aussi de la baisse du niveau de la mer dans les mêmes proportions provoquée par la glaciation, ils s’engagent dans un voyage en haute mer d’une centaine de kms seulement. Ils envisagent, avec bravoure, de relier les îles de l’Océanie à l’Australie. Une semaine de traversée environ, une épopée sans précédent pour l’époque.

Des projets qui vont faire parler !

Les deux expéditions sont confrontées à la même problématique : COMMUNIQUER.

En effet, pour mener à bien de telles expéditions, et c’est surtout vrai pour les traversées maritimes, il faut parvenir à concevoir un projet, l’expliquer et le partager afin d’obtenir une « motivation partagée ».

Cela nécessite de se projeter dans l’avenir, penser à l’intendance, l’eau, la nourriture, le nombre de passagers, envisager différents itinéraires. Bref, la complexité d’une telle expédition requiert selon les spécialistes (1) un système de communication élaboré qui repose sur le langage articulé et sur une langue comprise et partagée grâce à une ébauche de syntaxe. La toute première manifestation sociale du langage.

Sur l’origine des langues : au moins deux théories.

La première théorie relève d’une nécessité conjoncturelle, comme on vient de le voir, en l’occurrence un projet fédérateur commun, comme une aventure maritime. Cette hypothèse postule que le langage élaboré aurait pu apparaître en différents endroits et à différentes périodes, comme l’agriculture plus tard, en fonction d’événements et de la nécessité.

Cela se serait produit après l’exode de nos ancêtres du continent Africain, il y a 70 000 ans. C’est la théorie de la polygénèse du langage.

Une seconde théorie, appelée monogénèse, soutient que le langage aurait émergé de populations d’Homo sapiens africains, à partir de 100 000 ans. Ensuite seulement, ce langage originel aurait essaimé sur tout le globe à la faveur des migrations vers d’autres continents.

La mère de toutes les langues

Cette idée de monogénèse, stipulant que toutes les langues auraient une origine commune, n’est pas une idée neuve. En 1994, Merritt Rhulen milite pour une langue universelle issue des populations d’Homo Sapiens vivant en Afrique entre 100 000 ans et 50 000 ans.

Selon ses travaux, qui sont loin de faire l’unanimité à l’époque, il identifie 27 racines mondiales comme « aq’wa » (eau) ou « tik » (doigt) qui appartiendraient à une langue mère originelle. Racines communes qui seront ensuite déclinées. (Voir encart).

Depuis, la génétique est venue appuyer cette thèse d’unicité originelle des langues. Il ne faut pas oublier qu’entre -100 000 ans et – 50 000 ans, la population d’Homo sapiens est extrêmement réduite, entre dix mille et trente mille individus. Pour André Langaney, généticien, cela n’est pas compatible avec un nombre élevé de langues. Toutefois, il est encore trop tôt pour trancher entre ces deux hypothèses.

Des langues difficiles à délier

Quoi qu’il en soit le langage, au sens « système de communication s’appuyant sur une syntaxe compliquée (2) », serait donc apparu il y a au moins 70 000 ans, au terme d’une évolution très lente du système de communication de l’homme qui a commencé il y a 2,5 million d’années avec la fabrication des outils.

Dans cette quête de la mère de toutes les langues, on pourrait laisser le « dernier mot » à l’historien Hérodote. Celui-ci raconte que le roi Egyptien Psamtik, au VII ème siècle avant notre ère, aurait enfermé deux enfants dès leur naissance. En leur interdisant toute communication extérieure, il cherchait à savoir, une bonne fois pour toute, quelle était la langue originelle. A l’époque, on hésitait entre l’égyptien et le phrygien.


Histoires avec paroles 

Au total, on estime à plus de 30 000, les langues qui ont été pratiquées au cours de notre histoire. Actuellement, il en reste un peu plus de 6500 environ, selon l’Ethnologue, l’index officiel. 4 % des langues sont parlées par 96 % de la population ; ce qui signifie que l’immense majorité des langues ne sont parlées que par une poignée d’individus. Ainsi, la diversité la plus importante de langues provient de peuples de la forêt et se situe sur le continent américain.

Le rythme de disparition des langues est aujourd’hui de 3 à 4 par mois et, selon l’Unesco, 2500 langues seraient actuellement en péril.

Quant à notre pays, on dénombre pas moins de 26 langues (le basque, le breton, le corse mais aussi le picard ou encore le poitevin-saintongeais) en majorité « sérieusement en danger ».


 L’indo Européen

Langue indo-Européeene, l'expansion

Il s’agit de la famille linguistique la plus importante du monde avec 3 milliards de locuteurs. Le proto-indo-européen va donner naissance au sanscrit, grec, latin et ses déclinaisons, dont le français, les langues germaniques, dont l’anglais, les langues slaves et d’autres encore. Une seule famille, qui remonte à 6000 ans, pour toutes ces langues si familières mais aux apparences si différentes.

L’origine sur le foyer d’émergence de cette langue reste encore très nébuleuse. Certains la verraient bien apparaître au Turkestan, ou bien encore en Allemagne ou près de la mer Noire. Les thèses les plus sérieuses évoquent l’Anatolie avec éventuellement un apport Kourgane ultérieur (3), en provenance du bassin de DNiepr et de la Volga.


Les tout premiers mots de l’histoire

Tout comme le bébé babille « mama » ou « papa » comme premiers mots, les premiers mots exprimés par l’humanité seraient « Mère », « main », « feu » et quelques autres.

C’est du moins le résultat d’une analyse de chercheurs anglais (4) qui ont découvert que le sens et la prononciation d’une vingtaine de mots se retrouvent dans de langues européennes et asiatiques.

Ainsi depuis 15 000 ans, ces mots proviendraient d’une langue commune.

Publié le 21 juillet 2013

1 – « Les origines des langues » – Les cahiers de  Science & Vie. N° 118 – Août/ septembre 2010
2- Caractéristiques communes à toutes les langues existant aujourd’hui, selon Jean-Marie Hombert, auteur du livre « Aux origines des langes et du langage » Ed. Fayard, 2005;
3- Article sur l’hypothèse « Kourgane » de l’Indo-européen
4 - Etude de l’université de Reading (Royaume-Uni) – source : Ca m’intéresse Histoire – N°19 – Juillet – Août 2013


 

A visionner pour mieux comprendre :


A lire pour aller plus loin

La toute première glaciation

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Posté par fabrice
 

- 2 milliards 300 millions d’années

ice-snowball-pano

Sueur froide !

A mi-parcours de son histoire la Terre va connaître sa première glaciation. La formation des continents qui vont piéger les gaz à effet de serre et peut-être aussi l’émergence des premiers êtres vivants « complexes » en seraient les responsables. Au cours de son histoire la Terre connaîtra 5 grandes ères glaciaires.

L’acte de naissance de la Terre remonte à près de 4 milliards 600 millions. Cette toute première glaciation apparaît donc à mi-chemin de son existence.

A l’époque la Terre reçoit 25 % d’énergie du Soleil en moins qu’actuellement. Cependant son atmosphère est riche en gaz à effet de serre, ce qui contrebalance largement ce manque de rayonnement et devrait lui assurer une température relativement élevée.

Pourtant, il y a 2 milliards 300 millions d’années, une première glaciation va sévir. Pourquoi ?

L’émergence des continents et celle de la vie complexe jettent un froid

L’un des facteurs clés de cette situation est la constitution  de la croute continentale. Son érosion va modifier le cycle du carbone.

Le processus est relativement simple à comprendre. Le dioxyde de carbone emmagasiné dans l’atmosphère tombe sous forme de pluies acides sur la surface terrestre. La croute continentale qui se développe (elle atteint 50 % de sa valeur actuelle, il y a 3,5 milliards d’années) va stocker une grande partie de ce gaz carbonique.

Un autre facteur a sans doute joué aussi un rôle : celui du développement des cellules eucaryotes, cellules plus complexes que celles qui constituent les bactéries. Ces cellules vont injecter quantité d’oxygène dans l’atmosphère au détriment du gaz carbonique et donc réduire l’effet de serre.

Et la Terre devint une boule de glace

snowball

Bien plus tard après cet épisode glaciaire, un autre phénomène encore plus remarquable va bouleverser le climat terrestre.

Il y a plus de 700 millions d’années, le Soleil émet encore un rayonnement inférieur de 6% à celui d’aujourd’hui. Il n’existe qu’un seul continent, un supercontinent, la Rodinia. Ce continent commence à se disloquer entraînant davantage de précipitations. Nous sommes à l’aube d’un phénomène climatique radical qui va transformer la Terre en boule de glace.

En 15 millions d’années, le « général hiver » impose  sa loi glaciale à toute la planète. La température moyenne de la planète  baisse de 8°C.  Mais comme toute moyenne, elle cache une réalité moins douce encore. Au sol, il fait entre – 40 à – 50°C et l’équateur n’est pas encore un refuge pour la jet-set : la température y descend jusqu’à – 30°. Quant aux nuits, elles sont tout sauf torrides ; il n’est pas rare que la température descende à – 80°.

Un enfer blanc

Comment en est-on arrivé là ? La fragmentation de la Rodinia est à l’origine de pluies beaucoup plus fréquentes. Ces pluies chargées de CO2 vont, par ruissellement, laisser les roches piéger une partie importante du gaz carbonique de l’atmosphère. Résultat, moins de gaz carbonique d’où un effet de serre réduit, donc moins de chaleur emmagasinée. Le scénario de la toute première glaciation se répète.

La Terre va donc entièrement se recouvrir de glace. Par endroit, les océans sont recouverts  d’1 km d’épaisseur de glace. Cette période est appelée snowball earth. Le paysage est baigné d’un halo blanchâtre, surmonté d’un ciel d’un bleu électrique presque sans nuage. De fait, les chutes de neiges sont rares car l’air est très sec.  Sec et irrespirable. Sa teneur en oxygène n’atteint même pas le dixième de celle d’aujourd’hui. Un vent puissant et incessant parcours ces grands espaces qui donnent l’impression d’être drapés dans des uniformes de Chasseurs alpins.

Dans cet enfer blanc, la vie océanique est parvenue malgré tout à survivre grâce à quelques îlots plus préservés. C’est le cas près des sources chaudes ou sous les glaces moins épaisses de l’équateur ou près des volcans.

Retour du chauffage central grâce aux volcans

Les volcans rechauffent la Terre

Ces volcans seront nos sauveurs. Grâce à leurs rejets de co2 , ils vont recréer un effet de serre qui va réchauffer l’atmosphère, en moins d’un millénaire, ce qui est extraordinairement court. Le chauffage central se remet donc en marche, après plus de 10 millions d’années (peut-être 20) de panne.

En quelques siècles, une broutille l’échelle géologique, la glace va fondre. D’abord à l’Equateur puis sur l’essentiel de la planète. La température va s’élever jusqu’à atteindre … les 50° C !

Qu’il s’agisse de snowball ou d’autres événements tout aussi improbables, ce n’est ni la première, ni la dernière sueur froide que nous réserve la Terre !

Publié le 15 février 2014

Les âges de glace

Cinq grandes ères glaciaires (voir schéma) ont été recensées (1) :

  • la glaciation huronienne (de 2,4 à -2,1 milliards d’années), la première;
  • la glaciation  de la fin du précambrien (de -800 à -550 Ma),
  • l’ordovicienne (autour de -450 Ma),
  • la permo-carbonifère (de -350 à -250 Ma),
  • enfin l’ère glaciaire actuelle, qui a débuté sur le continent antarctique il y a 30 ou 40 Ma et dont la dernière manifestation s’est achevé avec la fin de la glaciation dite de Würm, il y a un peu plus de 10 000 ans.

Entre ces épisodes,  on constate deux longues périodes sans glaciation :

  • l’une entre – 2 milliards d’années et – 800 Ma;
  • l’autre entre – 250 Ma et – 30 Ma.

température-Terre

 

 

 

 

 

 


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • La théorie de la Terre « boule de neige fondue » marque des points! : en 1989, le paléomagnéticien Joe Kirschvink bousculait le monde des géosciences avec sa théorie selon laquelle notre planète aurait été durant un long moment complètement recouverte de glace – Site Futura Sciences
  • Un « super effet de serre » qui perdure après l’absolue glaciation « boule de neige : des chercheurs ont modélisé le climat de « super effet de serre » qu’a dû connaître notre planète après sa période d’intense glaciation dite « boule de neige » – Site de l’Institut national des sciences de l’univers
  • L’Age de Glace 1 : sous la tempête de neige et face au feu d’un volcan, un Age de Glace inoubliable : Sid le paresseux rigolo, Manfred le mammouth ronchon, Diego l’inquiétant tigre à dents de sabre… Et un bébé d’homme perdu! Une spectaculaire histoire d’amitié.

1 - Site climat et glaciers