vendredi, 18 août 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Les tout premiers bruissements de feuilles

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Posté par fabrice
 

- 385 millions d’années

L’arbre qui cache la forêt

 

Vous entendez ce léger sifflement ponctué de frottements plus rauques. C’est la première mélodie du vent qui joue avec les feuilles du premier arbre dignes de ce nom. Son nom justement : l’arbre de Gilboa. Déployant son « panache vert »,  il y a 385 millions d’années, c’est le plus vieux fossile d’arbre connu.

wattieza, arbre primitif - Reconstitution
wattieza, arbre primitif Reconstitution

Cet arbre primitif a l’allure des fougères arborescentes actuelles, on est donc loin des feuilles de chêne. D’une hauteur d’une dizaine de mètres, sa cîme est couronnée de branches ressemblant à l’arbre du voyageur. La photosynthèse, une technique performante, ne fonctionne que sur les extrémités de ses branches.

A peu près à la même époque, prend racine une autre variété plus connue, l’Archaeopteris, appelé aussi « Fougère arbre », à mi-chemin entre la fougère et le sapin. Plus avancé que l’arbre de Gilboa, l’Archaeopteris disposent de racines et de branches plus développés.

 

Le roi de la forêt

Il va dominer à la fois en nombre mais surtout en hauteur, les toutes premières forêts de la Terre. Il atteindra jusqu’à 30 voire 40 mètres de hauteur pour un mètre de diamètre. En comparaison, quelques dizaines de millions d’années plus tôt (vers –400 millions), la végétation était au raz des pâquerettes ne dépassant guère la vingtaine de centimètres.

Aucun doute, dans la période des 370 millions d’années, l’Archaeopteris sera le seigneur des premières forêts, avec un taux d’occupation de 90 %. Celles-ci se développent dans les zones humides et notamment dans les régions équatoriales de l’Arctique canadien d’aujourd’hui où se produisent de grandes crues inondant tout le continent nord-américain.

Reconstitution d'une forêt il y a 350 millions d'années
Reconstitution d’une forêt, il y a 350 millions d’années

L’hégémonie de l’Archaeopteris ne durant qu’un temps, 25 millions d’années. Durant son règne sans partage, il aura bouleversé l’atmosphère de la planète, en favorisant l’oxygène au « mépris » du C02. Peut-être trop, car ce dernier va tomber à un taux si bas qu’il ne pourra plus servir de « couette norvégienne » à la planète. Il s’en suivra une période de glaciation, une de plus, – voir encart ci-dessous sur les premières plantes-  qui sera fatale à notre roi des forêts.

Mais tout n’est pas si noir. Car avec ce géant vert qu’est l’arbre, vent et Soleil vont disposer d’un compagnon de jeux fantasque. Jeu musical et jeu d’ombres vivantes, jusqu’ici inconnues, pour la plus grande joie des futurs amoureux de la nature.

Profitant de cette nouvelle donne favorable, taux d’oxygène en augmentation et nouveau combustible que sont les arbres, un nouveau joueur intervient, le feu qui, à l’aide de la foudre va allumer les premiers incendies de forêt.

 

 


Les plantes savent souffler le chaud et froid !

Si  les plantes savent donner des couleurs à la Terre, du goût à la vie et nous bercer par le bruit du vent dans leur feuillage,  elles peuvent aussi souffler le chaud et le froid !

Il y a 460 millions d’années, selon une étude conduite par Tim Lenton, géologue à l’université d’Exeter en Grande-Bretagne(*),  le développement des toutes premières plantes terrestres aurait déclenché une des  glaciations majeures que la Terre ait connue.

A l’époque de l’Ordovicien, période située entre -488 millions et -444 millions d’années, la température de la Terre était supérieure de 5° environ à celle d’aujourd’hui. Curieusement, cette température a chuté très sensiblement durant une dizaine de millions d’années, sans que l’on en comprenne vraiment la raison. Une partie importante du supercontinent Gondwana, qui à l’époque occupait une grande partie de l’hémisphère sud, se couvre alors de glace.

Selon les chercheurs, les fautifs sont les premières plantes terrestres, ancêtres des mousses qui, en se développant, ont provoqué un double processus  modifiant le cycle du carbone et par voie de conséquence le climat.

D’un part, les plantes, en secrétant des acides, ont provoqué une altération chimique des roches, comme le granite et le basalte. Cela a favorisé le pompage du CO2 atmosphérique et donc a conduit à une diminution sensible de l’effet de serre. 

D’autre part, les plantes auraient extrait le phosphore et le fer des roches qui se seraient retrouvés in fine dans l’océan. Le plancton se serait alors littéralement « goinfré » de cet apport nutritif inespéré avec comme effet, une croissance effrénée.

Hélas, le bonheur des uns fait souvent le malheur des autres. Le plancton, qui stocke en mourant le carbone dans les fonds marins, sous forme de roche, d’où il restera prisonnier, va indirectement  bouleverser l’atmosphère. Doublement atteinte, comme on vient de le voir, l’atmosphère va donc connaître une chute de la concentration de CO2 de 8.4 fois. Ce qui correspond au seuil critique pour enclencher une glaciation.

Morale de l’histoire : hier comme aujourd’hui, les plantes jouent un rôle majeur dans la régulation climatique.   

* Etude publiée le 1er février 2012 par la revue Nature Geoscience

Mis à jour le 3 mars 2012

 

A visionner pour mieux comprendre :

http://youtu.be/klVSVNiCtcs


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Le plus vieil arbre fossile du monde vient de parler : Site : Futura-Sciences
  • Encyclopédie des arbres Plus de 1 890 espèces et variétés d’arbres du monde entier – arbres des forêts, des campagnes, des jardins, des vergers… – font de ce livre le plus complet et le plus abondamment illustré sur le sujet, source de découvertes passionnantes.
  • Rencontre avec des arbres remarquables Historien, auteur d’ouvrages qui ont fait date, Thomas Pakenham est aussi propriétaire terrien. Sur son domaine irlandais poussent plus de deux cents variétés d’arbres et il est président de The Irish Tree Society. C’est un arboriculteur passionné. Il nous parle ici de soixante arbres remarquables,…

Les toutes premières fleurs

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Posté par fabrice
 

- 140 millions d’années

L’évolution nous offre des fleurs

Il y a 140 millions d’années- peut-être même un peu plus tôt-  les toutes premières fleurs vont prendre racines. Avec elles,  c’est notre future agriculture et le business model de Truffaut et compagnie qui commencent à bourgeonner avant d’éclore des millions d’années plus tard !

Archaefructus, une des premières fleurs. Apparues sous l’eau, il y a plus de 125-millions d’années

Sans cette révolution florale qui a débuté vraisemblablement avec des espèces semi aquatiques, notre environnement serait triste à mourir.

Point de fleurs multicolores, point de senteurs embaumantes, ni de pois de senteur. Pas plus de floralies et de Nymphéas de Monet. Sans parler des végétariens pour qui, ils leur seraient tout simplement impossible de nous en faire voir des vertes et des pas mûres.

Oui, cela serait triste à mourir mais aussi à ne pas pouvoir se nourrir !  Réalisons que les  plantes à fleurs, les angiospermes, portent en germe  toutes les plantes comestibles que nous cultivons aujourd’hui.

Le fruit : une protection rapprochée

Les angiospermes se distinguent  de l’autre type de plantes : les gymnospermes (conifères, ginkgos, cycas, gnètes). Tandis que ces dernières sont des plantes à graine nue, les angiospermes vont inventer une « protection rapprochée » de la graine. C’est le fruit.

Grâce à cet avantage sélectif, les plantes à fleurs vont conquérir la planète en quelques millions d’années, au point de représenter aujourd’hui plus de 90 % des espèces végétales. Au grand dam de Darwin qui qualifiait l’apparition des plantes à fleurs « d’abominable mystère « .    Au regard de leur essor fulgurant, on peut oser dire que le « vert de l’espérance » était dans le fruit !

 Au grès du vent

En réalité, les gymnospermes, dont les premiers spécimens sont bien plus anciens que les plantes à fleurs (vers 290 millions d’années), fabriquaient déjà des ersatz de fleurs mais très rudimentaires. Néanmoins,  leur stratégie de reproduction apparait très différente.

Les gymnospermes s’en remettent totalement au vent pour disperser leur pollen et à l’eau pour la fécondation. Tandis que les angiospermes vont limiter leur dépendance vis-à- vis de l’eau et du vent, au profit d’une relation personnelle avec le monde animal.

Une stratégie win / win ou naissance du partenariat !

Les insectes, comme les abeilles apparues voici plus de 100 millions d’années, aujourd’hui en danger (voir encart ci-dessous), se verront confier le rôle de transporteurs de leur pollen. En échange, la fleur va produire des parfums et des nectars. Chez les plantes à fleurs, on préfère faire confiance aux vivants plutôt qu’aux éléments.  C’est une relation intime et unique qui voit le jour. Sans leur lancer de fleurs, on peut affirmer que celles-ci conçoivent les tout premiers partenariats !

Cette co-évolution entre les règnes végétal et animal est une évolution majeure.  On assiste là, d’une certaine manière, et de façon très naturelle, à la toute première économie de marché : je te donne cela en échange de çà, chacun y trouve son compte et l’ensemble est plus efficace !


 Le langage des fleurs

La fleur met tout son cœur à attirer « son amoureux » qu’est son pollinisateur attitré, qu’il s’agisse d’oiseaux, de mollusques, d’insectes, voire de mammifères comme la chauve-souris.

Les Nymphéas de Monet

Nymphéas de Monet

Ainsi le chèvrefeuille, qui en pince pour le papillon de nuit, va davantage se parfumer à la tombée de la nuit pour séduire son bien-aimé.

Toute cette parade amoureuse n’est pas le fruit du hasard mais répond à une codification proche de celle des speed-dating : les fleurs visant les oiseaux font dans les nuances de rouges, celles pollenisées par les insectes s’habillent de jaunes, les animaux nocturnes auront le droit à des fleurs pâles mais odorantes.

On le voit, chacune à sa stratégie dont la sophistication interpelle parfois les botanistes et déstabilise les darwinistes purs et durs.

Joël de Rosnay décrit une forme de mimétisme d’orchidées qu’il qualifie d’époustouflante : « …quand une orchidée se déguise en insecte, prend le parfum de l’insecte, dispose ses poils comme ceux de la femelle de l’insecte, pour attirer l’insecte mâle, qui se trouve irrésistiblement attiré, se pose, s’agite, copule et embarque le pollen pour le déposer sur une autre orchidée qui se trouve ainsi fécondée. Supposer que ce leurre soit apparu par le jeu du hasard même savamment baptisé « co-évolution » m’interroge ».

Leçon de séduction numéro 1 : offrir des fleurs et ne rien laisser au hasard.


 Les fleurs du mal  !

« C’est la première fois que la civilisation humaine dans son ensemble risque de s’effondrer. Nous allons peut-être disparaître à cause des abeilles ». Ce cri d’alarme est lancé par le professeur Ehrlich, biologiste, de l’université de Stanford (1)

Abeille butinant une fleur d'amandier

Abeille butinant une fleur d’amandier

Depuis 2005, des centaines de millions d’abeilles aux Etats-Unis, mais aussi en Europe ont disparu, corps et biens, de la circulation.

Ce phénomène, baptisé Colony Collapse Disorder (CDD), mobilise les chercheurs du monde entier car l’heure est grave. Sans abeilles, pas de pollinisation des fleurs et sans pollinisation pas de fruits ni de légumes; bref, une alimentation qui bat de l’aile, sans mauvais jeux de mots.

En Californie,  elles sont près de 40 milliards à butiner consciencieusement les fleurs d’amandiers. On évalue, rien qu’aux Etats-Unis, entre 15 et 20 milliards de dollars par an le poids économique des abeilles dans la fertilisation des récoltes.

Au-delà, de la récolte du miel, c’est donc toute l’industrie agro-alimentaire  qui est en danger. En effet, 1/3 de notre alimentation dépend de l’activité de pollinisation dont l’essentiel est assuré par les abeilles.

Compte tenu des enjeux, les scientifiques sont mobilisés. Mais, pas facile de trouver le coupable car les facteurs de mortalités sont nombreux : les insecticides, dont le fameux Gaucho du Groupe Bayer, les différents polluants, les OGM,  le virus israélien de la paralysie aigüe, et maintenant le Varroa, un acarien qui se fixe sous le ventre de l’abeille…

Une étude récente (2) désigne ce Varroa comme principal suspect pour ne pas dire coupable. En fait, il serait un coupable indirect.  Il est le vecteur d’un virus mortel qu’il inocule à l’abeille, son hôte.

Mais, il n’est probablement pas le seul coupable comme l’indique d’autres études qui pointent du doigt l’effet nocif de certains pesticides comme le Thiamethoxan qui perturbent le système nerveux des abeilles.

Sommes nous face à une catastrophe écologique potentielle d’une ampleur qui fait froid dans le dos ?  » Sans les abeilles, l’humanité n’en a plus que pour 4 ans à vivre », aurait alerté Einstein.

Profitons vite du miel de la vie !


Une troisième guerre mondiale en cas d’extermination des abeilles  ?

On vient de le dire, les abeilles sont en danger et, avec elles, l’espèce humaine car 80 % des espèces végétales ont besoin d’elles pour être fécondées.

abeilles-en-voie-de-disparitionUn récent rapport du MRNE (3) de la Fédération de Russie, publié au printemps 2013, affirme avoir « la preuve incontestée » que certains insecticides, utilisant des dérivés de nicotines (néo-nicotinoïdes), sont à l’origine de cette extermination.

Produits principalement par les firmes américaines Monsanto et Syngenta, ces pesticides mettent réellement en danger, pour la toute première fois, les récoltes au niveau mondial.

Soupçonnant Barack Obama de préserver les intérêts des firmes agrochimiques américaines, le président Russe, Vladimir Poutine avertit qu’il « mènera très certainement » une guerre mondiale si rien n’était fait pour stopper ce désastre.

L’entente russo-américaine battrait-elle de l’aile au point de déclencher une troisième guerre mondiale pour cause d’extermination des abeilles !

 

Actualisé le  25 mai 2013

 

 


(1) le mystère de la disparition des abeilles – Documentaire de Mark Daniels, diffusé sur Arte Documentaire le mardi 28 août 2012.
Cordialement,
(2) Revue « Science » du 8 juin 2012, citée dans « lepoint.fr » du 11 juin 2012
(3) Ministry of Natural Resources and Environment of the Russian Federation (MRNE)

 


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Le mystère de la disparition des abeilles – documentaire diffusé sur ARTE

A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Le monde s’est-il créé tout seul ? – Albert Jacquard, Xuan Thuan Trinh, Ilya Prigogine, Joël de Rosnay, Jean-Marie Pelt et Henri Atlan : Six réactions, six logiques, six visions du monde – Chez Albin Michel.
  • La prodigieuse aventure des plantes, de Jean-Marie Pelt et Jean-Pierre Cuny. Les extraordinaires et véridiques tribulations des plantes racontées grâce a la complicité d’un homme de science et d’un autre de la rue, et tendant à montrer qu’elles ressemblent étrangement aux tribulations des hommes !
  • Film Pollen, du label Disney Nature, une valse sensuelle entre abeilles et fleurs. Pollen est  une histoire d’amour entre les fleurs et la faune mais aussi un cri d’alarme sur la disparition des abeilles.