vendredi, 15 décembre 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

La toute première « charpente » ou le précurseur des vertébrés

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- 505 millions d’années

Faunce de Burgess

Premiers de chordés !

Il y a 505 millions d’années, un petit animal effilé mesurant quelques centimètres seulement est doté d’un attribut que ses congénères n’ont pas. Une ébauche de colonne vertébrale dénommée chorde. Cela n’a l’air de rien mais c’est une révolution qui va bouleverser l’évolution des espèces, dont la nôtre !

Il ne ressemble à rien. En tout cas, ni à vous ni à moi. Pourtant, il faut s’en faire une raison, il est de la famille. Enfin, un parent, très, très, très éloigné mais un parent tout de même.

Il mesure 5 cm et c’est un vers aquatique qui a l’allure d’une petite anguille. Mais cet « individu » possède quelque chose que les autres n’ont pas, du moins pas encore. Une structure effilée cartilagineuse qui rigidifie son dos avec une symétrie bilatérale. Une ébauche de colonne vertébrale que les scientifiques nomment chorde.

Un être bien charpenté pour l’époque !

La chorde est une tige flexible s’étendant sur toute la longueur de l’animal. Celle-ci provient d’un tissu particulièrement concentré qui forme une sorte de charpente.

Cet être bien charpenté pour l’époque se nomme Pikaia (ou Pikaya ). Il a vécu y a plus de 500 millions d’années et fait partie de la faune dite de Burgess (voir encart).

Pikaia est probablement l’ancêtre des vertébrés, même si cela fait encore débat chez les spécialistes. Le tout premier spécimen d’une longue lignée (2) ; la lignée royale, comme le souligne Yves Paccalet (3), celle du phylum des cordés (ou chordés) qui mènera aux mammifères et donc à l’homme.

De ce point de vue, on peut dire qu’il était en avance sur son époque, Pikaia. Ce petit « vers » aquatique ou certains de ses cousins engendreront les précurseurs des poissons ou petits poissons des sables, comme les « lancelets » ou les « amphioxus ».

Une évolution ? Non, une révolution !

En réalité Pikaia donne le coup d’envoi à toute une série d’évolutions qui vont tout bouleverser : la façon de se mouvoir, de respirer, de se nourrir.

Il y a 488 millions d’années, plusieurs types de poissons primitifs évoluent dans les étendues aquatiques du globe. Ce sont des agnathes, des poissons dépourvus de mâchoire.

La respiration, à l’époque, s’effectue donc par les branchies. Ceci explique que notre trompe d’Eustache, qui fait communiquer l’oreille interne et la bouche, est un vestige de branchie. Cette curiosité remonte ainsi à cette époque.

De même, comme l’explique Alain Froment (1), nous avons hérité notre sacrum des poissons.

Il y a 375 millions d’années, pour la toute première fois, un gros poisson d’eau douce, le tiktaalik, s’aventure sur la terre ferme mue par des pattes. Il a troqué ses branchies pour des poumons et ses vertèbres se sont soudées pour renforcer les pattes postérieures. On a affaire à l’ancêtre des vertébrés terrestres, ou tétrapodes, un descendant du Pikaia.

Désormais, avec une charpente solide et une respiration à pleins poumons, la vie reprend son inspiration !

 » A partir d’un commencement aussi simple, un nombre infini de formes, toutes plus belles et plus merveilleuses les unes que les autres, se sont développer et continuent à évoluer »  s’étonna le célèbre naturaliste Charles Darwin (4) à propos de l’évolution des espèces. Cette remarque va comme un gant au Pikaia et à sa descendance, ne trouvez-vous pas ?

 Publié le 11 novembre 2013

Tout évolue

Tous les organismes, animaux et végétaux ont un ancêtre commun : LUCA. Luca signifie « Last Universal common ancestror ». Il n’en existe pas de fossile mais les indices de son existence découlent des liens de parenté entre les différents organismes vivants.

Comme on vient de le voir, les précurseurs des vertébrés apparaissent il y a 500 millions d’années, à l’époque de la Faune de Burgess. C’est à cette époque que se met en place tous les schémas d’organisation actuelle du vivant. C’est ce qu’on appelle l’explosion du Cambrien.

Il y a 125 millions d’années, apparaissent les placentaires, une sous classe des mammifères. L’embryon humain a une queue qui correspond au 6ème de son corps et qui disparait en laissant un résidu, le coccyx.

A partir du moment où l’homme découvre le feu, il y a  700 000 ans environ, son intestin va se modifie pour digérer ses nouveaux modes alimentaires. L’apport d’énergie que procure cette alimentation va permettre d’alimenter en énergie son cerveau en développement. De même que son cerveau s’est transformé, il y a deux millions et demi d’années, lorsqu’il s’est mis à tailler les premiers galets.

Sans aucun doute tout évolue et chaque être vivant de cette planète à une histoire qui finit à un moment ou un autre à nous rapprocher. Tout évolue et nous sommes tous « cousins » !

 


Le tout premier vertébré officiel

Si Pikaia annonce l’ère des vertébrés, le tout premier vertébré au sens strict du terme est un poisson blindé et édenté mais déjà doté d’un véritable squelette. Il remonte à 420 millions d’années. Son nom : Entelognathus primordialis.

Entelognathus primordialisSa tête et son corps étaient recouverts d’épaisses plaques tandis que sa queue portait des écailles. Ses mâchoires n’étaient pas encore dotés de dents, et ses petits yeux étaient enfouis dans de grandes et profondes orbites.

Cet ancêtre lointain de l’homme et de toutes les créatures équipées d’un squelette osseux (Ostéichtyiens) ne serait donc pas une sorte de requin primitif, poisson cartilagineux, comme on le croyait jusqu’à présent. Non, sa lignée provient de poissons caparaçonnés de plaques osseuses.

« Cette découverte étonnante porte un sérieux coup à de vieilles idées sur l’évolution des vertébrés », résume Brian Choo, de l’Institut de Paléontologie des Vertébrés de Pékin (ce fossile a été découvert en Chine en 2010), qui publie sa découverte dans la revue Nature.

A n’en pas douter, Entelognathus va rejoindre les quelques fossiles célèbres comme Lucy et quelques autres qui bouleversent notre vision de l’Evolution.

 

 


1 - Alain Froment, anthropologue, entretiens dans le magazine « Le point » N° 2133 du 1er août 2013, à propos de son ouvrage « Anatomie impertinente », publié chez Odile Jacob ;
2. Chez l’Homme, la chorde devient pleine au 18e jour du développement embryonnaire ;
3. « Le grand roman de la vie », P. 430 – Yves Paccalet – JCLattès – juillet 2009 ;
4- L’origine des Espèces – Charles Darwin – Ed. Garnier-Flammarion – 2008
5 – Reconstitution de Pikaia, en animation vidéo


A visionner :

 

 

Les tout premiers mammifères

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- 230 millions d’années

ancetre-placentaire-pano

Les mamelles du monde


Voici plus de 200 millions d’années, les ancêtres des mammifères montrent le bout de leur museau. Face à la puissances de dinosaures, peu aurait parié sur leurs chances de survie. Pourtant, 200 000 ans après l’extinction des dinosaures (66 ma), une petite bestiole, ancêtre des mammifères placentaires pesant 200 grammes, creusera son petit bonhomme de chemin.

Plongeons-nous dans la pénombre d’une nuit naissante, il y a plus de 200 millions d’années.  Une douzaine de frêles bestioles se faufilent hors de leur refuge. Elles laissent derrière elles de timides empreintes sur l’humus encore tiède.  Elles ressemblent à de petites musaraignes. Sans le savoir, elles tracent le début d’un long chemin qui conduira jusqu’à nous.

Ces « bestioles », qui ne paient pas de mine, sont pourtant les premiers représentants des mammifères.

Crusafontia, un des ancêtres des mammifères

Crusafontia, un des ancêtres des mammifères

Les mammifères ne font pas encore la loi

La vie n’est pas facile pour ces petits animaux, car le monde ne leur appartient pas, du moins pas encore. Les maîtres de ce monde -et cela durant 150 millions d’années- seront issus d’autres familles comme les euraptors (Eoraptor), les tout premiers dinosaures.

Imaginez-les, juchés sur leurs pattes arrières, dotés de doigts griffus, d’un museau effilé garni de dents pointues leur permettant d’être carnivores. Mesurant un mètre,  ils évoluent en meute, poursuivant des petits reptiles..ou encore les premiers mammifères. Ces mammifères devront faire le dos rond en attendant des jours meilleurs. Ils vivront dans l’ombre des reptiles mammaliens et des dinosaures qui entament à la même époque un règne sans partage.

Vers 167 millions, d’années, un peu avant l’apparition des premiers oiseaux, un nouveau mammifère pointe le bout son nez : l’Opossum. De la taille, d’une souris, il serait l’ancêtre des marsupiaux et des mammifères placentaires (dont la mère porte le petit dans l’utérus), et donc un parent éloigné.

Eomaia
Eomaia, notre aïeul…

Eomaia :  notre lointain aïeul

Un peu plus tard, il y a 125 millions d’années, un petit mammifère insectivore de la taille d’une souris, probablement arboricole, fait ses premiers pas.  Son nom: Eomaia.

C’est le tout premier euthérien connu. Présence de liquide placentaire et développement embryonnaire entièrement dans l’utérus,  cette fois, le lien de parenté se rapproche.

Cependant, au Crétacé supérieur, entre 95 et 65 millions d’années, les mammifères sont encore peu nombreux. Malgré tout, ils entament une diversification. Certains sont insectivores ou encore carnivores. Ils commencent à diversifier leur nourriture pour s’affranchir de la concurrence alimentaire des dinosaures (1).

Mais les plus nombreux et surtout les plus ressemblants aux mammifères modernes sont les multituberculés, appelés « rongeurs du Mésozoïque ». Modernes seulement dans leur apparence car, en fait, ils diffèrent beaucoup des mammifères actuels, notamment par une mastication peu agile, facteur pourtant essentiel comme évoqué plus loin.  Ils évolueront durant 120 millions d’années pour s’éteindre voici 35 millions d’années, échappant à la fameuse extermination des dinosaures.

Il y a 65 millions d’années, la chance tourne en faveur des mammifères

C’ette extermination, il y a 66 million d’années, est une chance inespérée pour nous, les mammifères; Un véritable tournant sans lequel nous ne serions probablement pas là à l’évoquer. C’est notre combat par météorite interposée de David contre Goliath avant l’heure !

La catastrophe provoquée par la chute de cette célèbre météorite conduira à la disparition de tous les animaux de grande taille. Les mammifères qui ont su cohabiter tant bien que mal avec les dinosaures durant des millions d’années, vont bientôt pouvoir passer de l’ombre à la lumière .

ancetre-des-mammifères-placentaires

C’est ainsi qu’une espèce de lémuriens, très mobiles, munis de mains préhensiles, se réfugieront sous les rochers grâce à leur agilité et à leur petite taille,  laissant ainsi passer le cataclysme. De leur survie dépend notre lignée.

Ces premiers mammifères placentaires (voir photo ci-contre) d’un nouveau genre font donc leur apparition 200 000 ans après l’extinction des dinosaures (2). Pesants à peine 200 grammes, ce ne sont pas encore des poids lourds de l’évolution mais ils sont très prometteurs et leur lignée va peser lourd dans l’écosystème !

 

Mis à jour le 24 novembre 2017


Arbre des mammifères placentaires

Les mammifères une grande famille…recomposée

Les mammifères comptent 3 grandes familles : les monotrèmes qui pondent des œufs comme l’ornithorynque, les marsupiaux dont le petit vit très peu de temps in utero, le kangourou et les placentaires dont nous faisons partie. Parmi les placentaires, figurent 4 grandes lignées.

Aujourd’hui, les mammifères sont largement dominés par les placentaires qui comptent plus 4000 espèces, rassemblés dans 114 familles. Tandis que les marsupiaux représentent 270 espèces au sein de 16 familles et les monotrèmes (l’origine la plus ancienne), 2 familles comportant seulement 3 espèces au total.

Avant l’extinction des dinosaures de la fin du Crétacé (il y a 65 millions d’années), la famille des mammifères présentait une toute autre physionomie. Seules 27 familles de mammifères ont été alors recensées -d’une répartition presque homogène entre les 3 grandes familles [un léger avantage aux marsupiaux et aux placentaires] -, enregistrant pas plus de 300 espèces au total.

Le grand succès des mammifères,  on le doit, bien entendu, à la disparition des dinosaures mais aussi à des évolutions majeures portant principalement sur la dentition et la mâchoire.

Pour faire face à l’impitoyable loi de la jungle, rien ne vaut, en effet, une mâchoire bien adaptée !  

 

 

 


Les premiers comportements sociaux des mammifères

Nous avons maintenant la preuve que les mammifères rescapés de la catastrophe qui a décimé les dinosaures, voici 65 millions d’années, jouissaient d’un comportement social et vivaient en groupe.

Les restes fossilisés de deux des « marsupiaux »

Cette preuve provient de la découverte, en Bolivie (site de Tiupampa, situé dans les Andes), de squelettes fossilisés d’une population de marsupiaux de petite taille (Pucadelphys andinus).

35 animaux qui ont vécu ensemble sur les rives d’un fleuve et qui ont sans doute été surpris par une forte crûe, ce qui explique l’excellent état de conservation des fossiles.

Ceci témoigne du fait que les premiers mammifères vivaient en groupe et présentaient probablement des mœurs grégaires. Cela paraît d’autant plus surprenant que la plupart des marsupiaux d’aujourd’hui sont solitaires. D’une certaine manière, nous observons là, les toutes premières « tribus ».

Actualisé le 31 mai 2012

1 – Selon des biologistes américains, australiens et finlandais, les mammifères ont diversifié leur alimentation bien plus tôt que prévu, il y a au moins 85 millions d’années. Source : Science & vie – N° 1137 – Juin 2012
2 – https://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/voici-l-ancetre-des-mammiferes_21503


A visionner pour mieux comprendre l’histoire des mammifères et de l’évolution :

  • Histoire de l’évolution depuis près de 500 millions d’années :

Planète Terre – Mystères de l’Évolution – 07/18
  • Eoraptors, les ancêtres des dinosaures apparus voici 230 millions d’années :



A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Une brève histoire des mammifères : bréviaire de mammalogiede Jean-Louis Hartenberger – Editions BELIN Pour la science.Dans les 4,5 milliards d’années de la Terre, I’aventure des mammifères, apparus à la même époque que les dinosaures, n’occupe que les derniers 200 millions d’années. Leur destin bascula plusieurs fois. Pour reconstituer leur histoire, I’auteur fait revivre les fossiles témoins, retrace les polémiques soulevées par leur découverte et évoque les grands auteurs ayant, depuis deux siècles, forgé cette identité mammalienne qui est aussi la nôtre. À travers ce voyage dans notre passé profond, il montre combien la démarche des paléontologues s’apparente à une enquête policière.

La toute première conquête sociale

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- 180 millions d’années

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Les avancées sociales

La conquête sociale est une des plus grandes innovations de l’évolution. Pourquoi ne concerne-t-elle si peu d’espèces en dehors des fourmis, des abeilles, de l’homme et de quelques autres espèces. Chez l’homme cette évolution s’est accompagnée d’une dimension culturelle qui fait notre spécificité et qui a donné naissance à la nature humaine : un mélange d’altruisme et d’égoïsme. Une recette qui a jusqu’à présent fait ses preuves.

Qui sommes-nous vraiment ou plutôt qu’elle est cette fameuse Nature humaine ?

L’être humain est le fruit d’une co-évolution génétique et culturelle qui a commencé il y a au moins 6 millions d’années, si l’on remonte au dernier ancêtre commun entre les chimpanzés et ce qui deviendra les humains.

Cette co-évolution est particulière puisqu’elle nous contraint à associer les impératifs personnels, donc de l’individu et ceux du groupe, autrement dit, l’égoïsme d’un côté et l’altruisme de l’autre (1)

En réalité, en matière de comportements sociaux, tout a commencé, il y a bien longtemps, entre 150 et 200 millions d’années, à l’époque de la suprématie des dinosaures.

Les tout premiers conquérants sociaux à l’époque des dinosaures

C’est à cette époque que commence l’histoire des tout premiers conquérants sociaux. Les précurseurs seront les termites dont le règne commença il y a 175 millions d’années. Puis ce fut le tour des fourmis, il y a 150 millions d’années, suivi des bourdons et des abeilles, il y a 80 millions d’années environ. Enfin, bien plus tard, l’homme que l’on peut qualifier d’animal social supérieur. Des êtres que les biologistes nomment « eusociaux ».

Ce mode d’organisation représente une des innovations majeures de l’histoire du vivant. Rare chez les invertébrés, c’est encore plus rare chez les vertébrés. Pour ces derniers, elle s’est produite au cours de l’histoire qu’à 2 reprises. Une première fois chez les rats-taupes glabres d’Afrique et ensuite dans la lignée des grands singes africains qui aboutira à l’homme.

Altruisme et esprit de sacrifice

Tous ces animaux, homo sapiens compris, ont un point en commun : ils pratiquent l’altruisme, au moins dans leur répartition du travail. Et cela, n’est pas si courant : 2% seulement des espèces d’insectes qui sont pour l’essentiel les fourmis, guêpes, abeilles et termites (2). On en trouve aussi dans d’autres espèces comme chez certaines crevettes.

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Certains ont des « emplois » qui raccourcissent leur propre existence, d’autres leur progéniture ou encore les deux. Leurs sacrifices profitent à d’autres dont c’est le rôle par exemple de se reproduire. Cette vie sociale présente de nombreux avantages : certains cherchent de la nourriture tandis que d’autres se chargent de protéger le nid. Ensemble, une colonie présente une force inaccessible individuellement comme le transport en masse de nourriture. Ensemble, ils forment une sorte de super-organisme.

Une condition sociale humaine fondée sur la culture

Mais, il va sans dire que les humains pratiquent une sociabilité très différente de celle de ces insectes qui ne sont menés que par leur instinct. Chez l’espèce humaine, cette condition sociale est fondée sur la culture.

Tandis que pour les insectes, cette vie en société s’apparente à des robots guidés par leur instinct, pour l’homme, cela va conduire à un modèle de coopération mais aussi de compétition entre les individus.

Les deux modèles sont le fruit de la sélection naturelle qui tient compte de la physiologie de chaque espèce et de leur cycle de vie. Par exemple, les insectes, vu leur taille, ne pourront jamais maitriser le feu, ce qu’a fait l’ancêtre de l’homme il y a 1 million d’années ! En outre, si un animal pèse moins d’1kg, la taille de son cerveau sera trop limitée pour produire un raisonnement.

Ceci explique que la fourmi coupe-feuille qui représente l’espèce la plus complexe après les êtres humains, capables de pratiquer l’agriculture et de développer des « villes » climatisées n’a quasiment pas évolué depuis ses 20 millions d’années d’existence.

Un savant dosage entre égoïsme et altruisme

Chez l’homme, le jeu est beaucoup plus complexe. Il mélange l’altruisme, la coopération, la compétition, la domination, la tromperie, « le retour d’ascenseur »…

Il y a donc une guerre permanente entre, d’un côté le produit de la sélection de groupe comme la vertu, l’honneur, le devoir, et de l’autre celui de la sélection individuelle que représentent l’égoïsme, la lâcheté et l’hypocrisie. Sans cette ambivalence nous ne serions pas humains. Nous serions soit des êtres eusociaux proches des robots comme les fourmis, soit des animaux sans esprit « d’équipe ».

Pour arriver à ce niveau de sophistication, il fallait un cerveau à la fois très intelligent et capable d’élaborer des stratégies d’interactions interpersonnelles. C’est cela ce qui fait notre spécificité : nous sommes capables d’exprimer nos intentions mais aussi de lire celles des autres.

La préservation du nid ou du campement à l’origine du comportement social

Toutes les espèces qui sont parvenues à l’eusocialité ont toutes, sans exception, commencé par se construire un nid –ou un campement- pour faire face à leurs ennemis. La notion de nid est importante parce que les membres du groupe sont obligés de s’y rassembler.

Chez les humains, cela est arrivé lorsque nous sommes passés d’un régime végétarien à un régime omnivore, plus riche en calories et surtout qui nous évitait de passer notre temps à chercher des fruits ou des végétaux.

Abeille butinant une fleur de lotus

L’environnement est donc primordial. On a constaté que chez les abeilles le fait de butiner un nombre important de plantes favorise ce mode de vie social et, à contrario, la spécialisation à certaines plantes pousse à une vie solitaire.

En réalité, la préservation des nids et leur ravitaillement en continu ont fait évoluer certaines espèces d’insectes vers un mode de vie « sociale » et c’est aussi probablement le cas chez l’homme. A cela s’ajoute pour l’homme, la capacité à intégrer une dimension culturelle, qui fait toute la différence.

La nature humaine : une chimère génétique

L’être humain et son organisation sociale sont intrinsèquement imparfaits.
L’homme fait partie de deux douzaines seulement de lignées animales qui ont évolué vers un mode de vie sociale, appelé eusocialité. Concrètement, cela consiste à rester ensemble au-delà de 2 générations, à coopérer ensemble, à s’occuper de la progéniture et à diviser le travail.

A la question « comment en sommes-nous arrivés là ? », le biologiste Edward o. Wilson (1) conclut : « En ce qui concerne l’organisation biologique, au niveau supérieur, les groupes rivalisent entre eux, ce qui favorisent les traits sociaux dans les membres du même groupe. Au niveau inférieur, la rivalité entre membres du même groupe suscite des comportements égoïstes. L’opposition entre ces deux niveaux de sélection naturelle a donné entre chaque individu un génotype de chimère : chacun de nous est en partie saint et en partie pécheur. »

Ainsi va la Nature humaine.

 


Il y a 3 millions d’années, qui aurait parié sur l’avenir des pré-humains ?

« Si des chercheurs extra-terrestres avaient débarqué sur la Terre, il y a 3 millions d’années, ils auraient stupéfaits de voir des abeilles, des termites et leurs termitières ainsi que des fourmis coupe-feuilles, dont les colonies étaient à l’époque les super-organismes suprêmes du monde des insectes et de loin les systèmes sociaux les plus complexes et les plus réussis de la planète.

Ces visiteurs auraient aussi étudié les australopithèques africains, (…) des primates bipèdes dotés d’un cerveau de la taille de celui de grands singes. Pas grand-chose à attendre de ce côté-là, ni ailleurs parmi les grands vertébrés, se seraient-ils dit.

(…) Ces créatures qui avaient arpenté la Terre durant les 300 millions d’années précédentes n’avaient rien donné de particulier. Les insectes eusociaux semblaient être ce que la Terre pût produire de mieux.

(…) Or il s’est produit un phénomène absolument extraordinaire. Le cerveau des australopithèques d’est mis à grossir très vite. Au moment où se situe la visite de mes extra-terrestres, il mesurait entre 500 et 700 cm3. Deux millions d’années plus tard, il avait atteint 1000 cm3. Et, encore après 1,8 million d’années, il avait atteint entre 1500 et 1700 cm3, soit le double des australopithèques ancestraux. L’Homo sapiens était apparu et sa conquête sociale de la Terre était imminente. »
Extrait de l’ouvrage « La conquête sociale de la Terre » – Edward o. Wilson – ed Flammarion / NBS – P. 71


 Le langage « fleuri » des abeilles

Danse_des_abeillesQue signifie la danse des abeilles qui dit-on indiquent à ses « collègues » une source de pollen ?

Ce code est fixé depuis des millions d’années. Ce code représente une répétition de l’itinéraire de vol que les abeilles doivent suivre pour atteindre la cible.

Par exemple, si l’abeille décrit un cercle, cela signifie que la cible est près du nid. Si la danse est plus frétillante et forme une sorte de 8 indéfiniment répétée, la cible est plus lointaine.

Le segment du milieu du huit indique la direction à prendre par rapport à l’angle su soleil. Et sa longueur est proportionnelle à la distance à parcourir.

 


1 – La conquête sociale de la Terre – Edward O. Wilson – Ed. Flammarion / NBS – 2013
2 – Aujourd’hui les fourmis sont à peu près un million de fois plus nombreuses que les humains et pèsent autant qu’eux !


A visionner pour mieux comprendre :

Les tout premiers animaux

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- 600 millions d’années

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Dur-dur pour les mous

Il y a à peine 600 millions d’années le carnaval des animaux peut vraiment commencer. La vie s’en donne à cœur joie pour tester de nombreux prototypes. Le concours Lépine des premiers vrais animaux. Innovant mais sans issue ! Voyons à quoi ressemblaient ces étonnantes bestioles aux pieds marins.

Jusqu’à présent, les représentants de la vie n’ont pas vraiment fière allure : ils ne sont qu’un agrégat de cellules évoluant entre deux eaux, dans les océans. Cela se résume à différentes variétés d’algues multicolores, dont les plus célèbres sont les algues rouges, apparues il y a 800 millions d’années. Elles descendent des premiers organismes multicellulaires datés d’1 milliard 500 millions d’années environ.

La faune de Doushantuo

Il y a 600 millions d’années apparaissent les plus anciens animaux connus. Il s’agit d’éponges et de cnidaires qui regroupent des anémones de mer, des coraux ou autres méduses. Cette faune est répertoriée sous le terme de Doushantuo (Chine), nom du lieu où le gisement a été découvert (-600 à -570 millions d’années).

L’étonnante faune d’Ediacara

Cette faune précède de quelques millions d’années une autre apparition aussi improbable qu’étrange et beaucoup plus célèbre : La faune d’Ediacara[1], considérée récemment comme les prototypes des animaux sur Terre. Elle rassemble des animaux peu sophistiqués,ne ressemblent à rien de connu, à tel point que certains scientifiques considèrent que l’évolution a testé là une voie sans issue, une expérience qui aurait échoué. Une chose est sûre, on ne constatera aucun lien avec les grands embranchements actuels.

Reconstitution de la Faune d'Ediacara

Reconstitution de la Faune d’Ediacara

Ces drôles de bestioles, en forme de disque ou de frondes, ont le pied marin. Elles vivent exclusivement dans l’eau (à cette époque et pour longtemps encore, hors de l’eau : point de salut). Elles ont, pour certaines, la silhouette d’un bibendum dégonflé auquel on aurait retiré les membres et la tête. Ils sont dotés de corps mou, ressemblent pour la plupart à des crêpes plates ou à des matelas pneumatiques, dont certains font près d’un mètre.

Aux côtés de ces grands « animaux pneumatiques », on peut également distinguer d’autres, tout aussi étranges, comme des sortes de plumes fixées au fond marin par un crampon et qui se balancent au grès des courants. Comme pour leur faire la cour, on assiste à des ballets d’organismes vaporeux, telles des méduses, d’un mètre de diamètre.

Hélas tout ce petit monde, plutôt bon enfant, ne survivra pas à l’extinction qui les attend vers les 544 millions d’années.


1 – Faune découverte en Australie dans les monts d’Ediacara d’où son nom, même si l’on sait qu’elle était répartie sur l’ensemble du globe.


A voir et à lire pour aller plus loin :

Notre tout, tout premier ancêtre !

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- 540 millions d’années

pano

Bouche bée !

 Un curieux animal en forme de minuscule sac doté d’un « grand » orifice servant à la fois de bouche et d’anus pourrait bien prétendre à être notre tout premier ancêtre. Loin d’être né de la première pluie, « pépé » aurait vu le jour il y a plus de 500 millions d’années. Retour sur une histoire de famille.

Difficile de trouver un air de famille, pourtant ce minuscule animal d’1 millimètre environ en forme de sac  (ci-dessous) pourrait bien figurer en tête de notre arbre généalogique. Son nom ? Saccorhytus (1). Son âge ? : 540 millions d’années environ, ce qui correspond au début du Cambrien.

Pour la bonne bouche !

Saccorhytus

reconstitution d’après le fossile

Sa particularité  : une très grande bouche, faisant également office d’anus, qui ouvre sur une cavité devant servir de piège à nourriture.  En complément de ce « trou béant », on observe, le long du corps, 8 petites ouvertures coniques en forme de petits volcans servant probablement à évacuer l’eau.

Il s’agirait de l’ancêtre commun aux étoiles de mer et aux humains et donc aux vertébrés, « le plus vieil ancêtre préhistorique des humains » comme le qualifie Simon Conway Morris (2) de l’Université de Cambridge (Royaume-Uni).

Attention, Saccorhytus serait aussi l’ancêtre commun à toute une ribambelle d’espèces car le groupe auquel appartiendrait notre animal deuterostome) est très varié. Il rassemble des organismes aussi différents que les étoiles de mer, les vers marins ou les oursins. Bref, des cousins dont on ne se sent pas spécialement proche. Mais c’est ça la famille !

Une complexité étonnante pour l’époque

Que pouvait bien faire cette étrange créature de sa sainte journée ? Elle vivait probablement dans le sable au fond de l’eau et se nourrissait, à travers de sa grande bouche, de tout ce qui passait à proximité, micro-organismes et petits animaux.  Les chercheurs soupçonnent ses 8 orifices coniques d’être les précurseurs des branchies, voir de notre bouche.

Dépourvu d’anus propre mais sans doute pas d’organes sensoriels même si aucun œil primitif n’a été détecté, bien que l’époque corresponde à l’apparition des tout premiers yeux.

Malgré ses airs peu engageants, les scientifiques estiment que Saccorphytus présente « un niveau remarquable de complexité organique à un stade aussi précoce de l’évolution animale ».

Alors, ému d’avoir retrouvé les traces de notre lointain aïeul  ?


Etes-vous plutôt protostomien ou deutérostomien ?

Chez les animaux autres que les éponges et les méduses,  il y a 2 écoles : les protostomiens ou les deutérostomiens.

Phylo_deuteroDès l’embryon, on constate la différence : quand il ressemble à un petit sac dont l’unique orifice (le blastopore) devient soit la bouche (chez les protostomiens, littéralement « bouche en premier »), soit l’anus (chez les deutérostomiens, « bouche en second »).
Les mollusques, les arthropodes et les vers de terre (entre autres) sont des protostomiens, tandis que les vertébrés, les échinodermes (oursins, étoiles de mer et holothuries) sont des deutérostomiens, contraints de bricoler la bouche avec une autre perforation.

Ces deux grandes familles se sont séparées, il y a plus de 480 millions d’années.


1- Fossile découvert en Chine, dans la province de Shaanxi
2 – Simon Conway Morris de l’Université de Cambridge est co-auteur de cette étude publiée le 30 janvier 2017 dans la revue Nature.


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