mardi, 17 octobre 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Les premières monnaies ou l’essor de la confiance

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- 3000 ans

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« Par ici la monnaie ! »

Avant il y avait le troc, mais c’était avant ! Il y a 5000 ans, alors que l’écriture fourbissait ses premiers signes, une invention va révolutionner les échanges entre les hommes : la monnaie. La première d’entre elle était comestible puis apparurent les monnaies fiduciaires, les pièces ou les billets et bien plus tard la monnaie scripturale, comme les chèques et enfin la monnaie digitale dont le dernier avatar est le bitcoin.  Retour sur les premiers pas de cette monnaie sonnante et trébuchante… un rien alléchante…

Aujourd’hui, pour nous la monnaie est devenue monnaie courante, si l’on peut dire. On jongle allègrement avec les pièces, les chèques, les cartes bancaires, les taux de change, Paypal ou la conversion entre le Franc et l’Euro et pour les plus téméraires d’entre nous avec le bitcoin. Le porte-monnaie est presque notre porte-bonheur tant il facilite, à un point dont on n’a même plus conscience, les échanges et les relations entre les individus et les peuples.

Il y a plus de 5000 ans, point de tout cela. L’époque ne faisait pas crédit, il fallait payer cash et surtout avoir du répondant. « Tu me donnes 1kg de bœuf contre une douzaine d’œufs et 2 litres de lait ». « Ah, tu as déjà des œufs, bon, bah des salades alors, c’est bon les salades ! » Et des salades, pour se mettre d’accord, ils devaient en avoir.

La toute première monnaie était comestible

Et puis un beau jour (un jour où le ciel était probablement bleu) tout a basculé, quelque part dans le sud de la Mésopotamie, vous savez une région bénie des Dieux que l’on appelle le Croissant Fertile, aujourd’hui l’Irak. C’était 3000 ans avant notre ère et c’était à Sumer, là même où l’on a inventé l’écriture.

Pour la toute première fois, on échangea de la monnaie. Plus qu’une monnaie sonnante et trébuchante, c’était une monnaie comestible. Le grain d’orge (1).

Oui, la toute première monnaie était un grain d’orge, pas un sucre d’orge, un grain d’orge !

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Sicle d’argent, 500 ans av J.-C. environ

Le principe était à la fois simple et une vraie révolution : des quantités fixes d’orge servaient de mesures. Pour cela, les Sumériens eurent l’idée de fabriquer en série des coupes standardisées qui donnèrent l’unité de mesure le silà. Acheter et vendre devinrent un jeu d’enfant : il suffisait de mesurer la quantité.

Dès lors, les salaires furent versés en silà d’orge : 60 silà par mois pour un ouvrier moitié moins pour une ouvrière (on voit d’où provient l’inégalité entre le salaire des hommes et des femmes), entre 1500 et 5000 silà pour un contremaitre (2).

La différence entre cette première monnaie et celles qui nous est familière, c’est que celle-ci avait une valeur intrinsèque : autrement dit, elle se mangeait. La contrepartie de cet avantage, c’était sa difficulté à être stockée et à être transportée. De plus, même pour les plus voraces, il était difficile d’avaler plus de 5000 litres d’orge par mois. L’idée de la monnaie était bonne mais elle pouvait être encore améliorée.

La monnaie devient un bien culturel

Pourquoi alors se limiter à une monnaie « comestible » et ne pas passer à une monnaie symbolique. L’idée semblait séduisante, à condition de disposer d’une valeur encore peu partagée : la confiance.

Cette tout nouvelle forme de monnaie vit le jour toujours en Mésopotamie, vers 2500 ans avant notre ère (2). Un sicle d’argent correspondait à un peu plus de 8 grammes. A l’époque du code Hammourabi (-1760 avant J.-C.), avec 2 sicles d’argent on pouvait s’acheter…un mouton et il en fallait 10 fois plus pour qu’un homme libre paye sa dette en cas d’assassinat d’un esclave !

Ce n’est donc pas encore une pièce de monnaie, qui sera inventé 1000 ans plus tard, mais ce n’est plus une valeur directement exploitable comme un grain d’orge…avec lequel on pouvait se nourrir.  Il est même trop tendre pour manufacturer des outils. Non, avec le sicle d’argent, on peut fabriquer des bijoux ou l’afficher pour témoigner de son rang social, mais rien de plus. Pour la première fois, on donne de la valeur à quelque chose de culturel. C’est une révolution.

La pièce de monnaie, la vraie, celle qui porte une indication de sa valeur et une marque qui atteste de l’autorité qui l’a frappée, arrive sur « le marché » vers l’an 640 avant J.-C. Son auteur : le roi Alyatte de Lydie, en Anatolie Occidentale.

La monnaie : une histoire de confiance

Quant à la confiance, petit à petit, elle s’installait dans les esprits dès lors que le régime politique inspirait confiance. Au moment de l’apogée de  l’Empire romain, la confiance était si forte que même hors des frontières de l’Empire, jusqu’en Indes et même au Japon (5), les gens acceptaient d’être payés en deniers romains.

A partir de ce moment, tout est en place pour que la monnaie accompagne notre quotidien et devienne la maîtresse irremplaçable des épiciers de tout poils.

publié le 24 septembre 2016

Les dates clés de la monnaie

  • 3000 ans av J.-C. : le grain d’orge sert de monnaie d’échange
  •  Vers 2500 ans av J.-C. : le Mina d’argent ou d’or correspond à 500 grammes environ en usage en Mésopotamie
  • Vers 2000 ans av J.-C. : la Chine utilise des coquilles Kauris
  • 640 ans av J.-C. : le roi Alyatte de Lydie frappe la première monnaie, constituée d’un alliage d’or et d’argent, l’electrum (2)
  • 290 ans av J.-C. : première officine de frappe des monnaies, à Rome
  • III ème siècle : l’empereur Romain Constantin impose le monométallisme, l’or avec une pièce le solidus
  • XIème siècle : La Chine utilise les premiers billets
  • 1287 : première planche à billets connue (Chine)
  • XVIème siècle, Copernic théorise sur le lien entre la quantité de monnaie en circulation et sa valeur
  • 1609 : première banque de dépôt créée à Amsterdam
  • 1695, pour la première fois une institution totalement indépendante, la Bank of Scotland émet des billets selon ses propres règles de prudence
  • Vers 1750, première monnaie moderne de portée internationale voit le jour en Autriche : le Maria Theresien Thaler (MTT)
  • 4 avril 1792 : les Etats Unis créent le Dollar, déformation phonétique du Thaler (2)
  • 15 aoüt1971 : fin de la convertibilité du dollar en or mise en place par les accords de Bretton Woods
  • Mars 1973 : instauration du système des changes flottant
  • 1990 : un mathématicien, David Chaum, invente la première monnaie digitale, le Digicash
  • 2002 : introduction de l’Euro après une période de transition qui a commencé en 1999.
  • 12 janvier 2009 : première transaction de Bitcoin monnaie électronique dont la valeur lors de sa première cotation vaut 0,001 USD

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 La monnaie, côté face

L’origine du terme « monnaie » vient du nom de la déesse romaine Juno Moneta. C’est en effet dans les dépendances de son temple, situé au Capitole à Rome, que les Romains avaient installé un atelier pour frapper les deniers de l’Empire.

L’origine du mot salaire provient de « salarium » la ration de sel versée dans les armées Romaines. A la fin de l’empire romain, les fonctionnaires étaient payés en ration de sel considéré comme une denrée rare.

Aristote (384-322 avant J.-C.) définit les trois fonctions la monnaie remplit dans un système économique : être un intermédiaire dans les échanges, être un instrument de mesure de la valeur et être un instrument de réserve de valeur.

L’origine des expressions « riche comme Crésus et  » toucher le Pactole » provient de Lydie, royaume de Crésus où coule le fleuve Pactole, riche en électrum, minerai d’or et d’argent qui servit à frapper les premières monnaies (4).

A l’origine du terme « monnaie », la moneta qui vient du latin monere avertir. Des oies consacrées à la déeesse Junon dont le temple était situé au Capitole, là où se trouvait les ateliers monétaires, auraient par leur cris averti les romains d’une invasion de la cité par les gaulois. La déesse fut alors appelée Junon Moneta. Et pour finir, fiduciaire provient du latin « fiducia », la confiance ! Eh oui, la monnaie repose avant tout sur la confiance.


1 – Refael Benvenisti, Economic Institutions of AncientAssyrian Trade in the Twentieth to Eighteenth centuries BC, Université de Jerusalem, 2001
2 –  « Sapiens, une brève histoire de l’humanité »  Yuval Noah Harari – Ed. Albin Michel, 2015
3 – http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/monnaie
4- Musée monétaire de Lausanne (Suisse)
5 – Des pièces de Monnaie de l’empereur Constantin (272-337) ont été retrouvées en septembre 2016 dans le château médiéval japonais de Katsuren. Les spécialistes  pensent que ces pièces ont pu arriver via la Chine, des commerçants chinois  ayant pu les obtenir de marchands musulmans


A visionner pour mieux comprendre :

Les toutes premières dettes publiques

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XIII ème siècle

Le choix de la dette…

 « Maudits ! Vous serez tous maudits jusqu’à la 13ème génération… ». Cette malédiction est proférée sur le bûcher, le 19 mars 1314, par Jacques de Molay, dernier grand maître des Templiers. Elle s’adresse au roi Philippe Le Bel -et à quelques autres- qui l’a fait arrêter, ainsi que 140 templiers de Paris, 7 ans plus tôt.

Le bûcher plutôt que payer la dette

En quête de fonds et excédé de voir ces richissimes Templiers exemptés d’impôts car sous la juridiction exclusive du Pape, Philipe Le Bel (1285-1314) choisit le bûcher pour ces chevaliers et, accessoirement, de leur confisquer l’argent amassé durant les Croisades.

En réalité, Philippe Le Bel doit renflouer coûte que coûte les Caisses de l’Etat pour faire face aux coûts exorbitants des guerres incessantes. Il va utiliser toutes les astuces pour réduire la dette publique : il jouera sur la valeur de la monnaie, manipulation qui revient de fait à des dévaluations (comme celle de 1306), ce qu’il lui vaudra le surnom de « roi faux monnayeur ». Il s’accaparera, sans état d’âme, des biens de ses créanciers. Juifs et Templiers furent ainsi les toutes premières victimes de la dette publique.

Mais, rendons cependant à César ce qui appartient à César, c’est Saint Louis (1215-1270) qui, en France, inaugurera une forme de dette publique, ou de dette souveraine, comme on dit aujourd’hui. Toutefois, cette notion ne sera introduite en France de manière officielle qu’à la fin du XVIII ème siècle. Dette qui restera la plaie des budgets de l’ancien régime et qui se poursuivra lors de la Révolution. Avec un niveau situé entre 70% et 80% du PIB, elle atteindra un niveau identique à celui d’aujourd’hui (66 % en 2005) ! (2) 

 L’Italie inaugure une nouvelle ère

Venise, Florence et Gênes, sont en réalité les toutes premières « Cités-Etats » à recourir à la dette publique, cherchant à financer sans trop d’effort leur soif d’expansion. Portées par une puissance commerciale et maritime, elles affirment ainsi, sans complexe, leur velléité de dominer la Méditerranée.

Le point d’orgue sera atteint lors de la Guerre de Choggia (1378-1381) qui aboutira quelques années plus tard à la constitution d’une institution : la Casa di san Giorgio.
Celle-ci sera chargée d’administrer la dette publique de Gênes et éviter ainsi la banqueroute. A partir de là, le modèle sera exporté dans toute l’Europe, puis ailleurs dans le monde. Le Japon l’adoptera à la fin du XIX ème siècle, avec les niveaux stratosphériques d’aujourd’hui (220 % /pib, la plus élevée du monde). Pour mémoire, la dette publique française s’élevait à 84.5% du PIB en mars 2011, ce qui représente 1646.1 milliards d’euros (Source INSEE), ou encore, données plus significatives, 6 années de rentrées fiscales !  

Tous les latins ne sont pas des cigales

Curieusement, malgré leurs visées expansionnistes, l’Empire Romain, ainsi que la Grèce antique, parviendront à pourvoir à leurs besoins financiers sans recourir de manière durable à la dette publique. La politique économique de la Grèce antique et plus encore celle de Rome ne s’engagent pas sur un endettement perpétuel de l’Etat. Les citées grecques peuvent émettre des emprunts mais ceux-ci restent ponctuels, comme le souligne l’historien et journaliste Emmanuel Laurentin. Ils emprunteront d’autres voies comme la dévaluation de leur monnaie ou le pillage des contrées envahies… A chacun ses méthodes.

Si la dette publique a fait son apparition dans une Europe médiévale, c’est que les conditions étaient réunies. Comme le démontre l’ouvrage « La dette publique dans l’histoire » (1), 3 conditions sont nécessaires : financement de guerres endémiques entre états, la monétarisation de l’économie et l’émergence d’instruments financiers. En résumé, la dette souveraine est engendrée par « des dépenses extravagantes induites par les grands conflits » (3).

La raison d’Etat ou l’Etat a toujours raison…

D’une certaine manière, l’histoire de la dette publique met en perspective le perpétuel rapport de force entre créanciers et débiteurs. Au début de la célèbre Guerre de 100 ans, le roi d’Angleterre, Edouard III, se trouva dans l’impossibilité de régler ses dettes. Ce qui entraîna la faillite des banques italiennes détentrices d’une part importantes des créances. 

Leçon de l’histoire : un Etat peut vivre à crédit un certain temps, puis se défausser de sa dette sans passer par la case prison. Mais cela n’est pas sans risques ni sans conséquences. En effet, lorsqu’un Etat fait faillite, les bénéficiaires des services de l’Etat et les épargnants (et donc les créanciers) en font les frais. En outre, cela implique de renoncer ensuite, et durant une longue période, à tout financement extérieur. Car, chat échaudé craint l’eau froide… 


La Chine : le grand « bonds » en avant ou les dettes cachées !

 La Chine exhibe officiellement un taux de dette sur le PIB de 20 % (mi-2011), contre 86 % en France et 99 % aux Etats-Unis. Seulement derrière ces chiffres se cache une dette masquée qui la  porterait à un taux beaucoup plus élevé. Si l’on inclut les dettes des collectivités locales, celles des chemins de fer et des banques, le chiffre s’élève entre 80 et 90 % selon Victor Shih, professeur à la Northwestern University (*). Pis, en y ajoutant les dettes des entreprises d’Etat, bénéficiant de la garantie de l’Etat, celle-ci atteint des sommets : 150 %, proche des ratios grecs.

A la différence de la situation européenne, cette dette soutient l’investissement et non la consommation. A court terme, cela entretient une croissance élevée qui risque de déboucher ensuite sur un surendettement difficile à endiguer, avec des projets qui apparaissent non viables.

Actuellement, les autoritès traitent le problème en repoussant les échéances des prêts et en acceptant plus d’inflation. Mais la véritable solution devra passer par un rééquilibrage du modèle au profit de la consommation qui s’accompagnera d’une réduction de taux de croissance.

* source : « les dettes cachées gangrènent le système ». Challenges – 8 décembre 2011

Les Etats, un lourd passé de faillites !

La carence d’un Etat vis-à-vis de ses créanciers est bien plus lourde de conséquences, notamment en terme de confiance en interne comme en externe, que la faillite d’une entreprise même si l’Etat n’encoure pas la liquidation pure et simple comme une société.

Cela dit, les épisodes de faillites d’Etats à travers l’histoire sont légions et le plus souvent pour des raisons de financement militaire. Rien que sur la période du XIXème et XX siècle, on en dénombre pas moins de 250, dont 126 pour la seule Amérique latine (4)

Le tout premier épisode de défaut de paiement débute avec Philippe le Bel, comme on la vu dans le sujet principal, qui annule ses dettes en 1307 et fait dissoudre l’Ordre des Templiers.

Puis c’est au tour d’Edouard III d’Angleterre de faire défaut à ses banquiers florentins en 1339 avant de répudier ses dettes en 1345.

En 1557, Philippe II, qui vient de succéder à son père Charles Quint, suspend les paiements ; mesure qu’il réitéra en 1575 et 1596 et dont la dernière aura pour conséquence la ruine des Fugger, banquiers d’Augsbourg.

Tandis que l’Espagne ploie littéralement sous le poids du service de sa dette publique à partir de la seconde moitié du XVI ème siècle, c’est-à-dire le versement des intérêts qui va représenter jusqu’à la moitié de ses revenus annuels (pour une dette publique de 800 % de ses revenus), elle fera défaut 5 fois au cours du XVII ème siècle, puis 7 fois au cours du XIX ème siècle.

La France peut rester modeste de ce point de vue, car entre 1550 et 1788, les Rois de France répudieront la dette publique à 8 reprises, la dernière amorçant probablement la Révolution Française.

La dernière faillite de l’Etat Français remonte à 1801, lorsque le Consulat décide d’amputer les bons aux porteurs de 95% de leur valeur.

Sur la période plus récente, c’est l’Amérique Latine qui devient Terre de faillites, avec 126 suspensions de paiement puis l’Afrique avec 63 au compteur. L’Europe va-t-elle prendre la relève ?

Source : « Huit cents ans de faillites d’Etats », par Samin Saul, professeur d’histoire à l’université de Montréal – Article publié dans la revue Histoire – Mars 2012
Actualisé le 24 mars 2012

(1) « La dette Publique dans l’histoire » -  J. Andreau, G. Béaur, J.-Y. Grenier – Ministère de l’Economie, 2006
(2) En 1788, les recettes de l’Etat s’élevaient à 500 millions de livres tandis que les dépenses représentaient 630 millions ; le montant total de la dette était de 4 millions de livres, environ. La participation à la guerre d’indépendance américaine représentait un montant d’1 milliard de Livres
(3) « Le long passé de la dette publique » – G. Béaur, Directeur de recherche au CNRS et à l’EHESS – Le Mensuel (Le Monde) – septembre 2011
(4) « This time is different, eight centuries of financial folly » – C.M Reinhart & K.S. Rogoff – Princeton University Press, 2009
 


les interêts de la dette publique française (en euros, source Planetoscope)

Chaque seconde les intérêts de la dette publique de la France coûte 1363 €, soit plus de 43 milliards payés chaque année sur une dette publique totale de 1 685 800 000 000 environ en septembre 2011 soit une dette de 25 830 euros par Français…

 


A visionner pour mieux comprendre :

Tous ruinés dans 10 ans, par Jacques Attali
Jacques Attali retrace l’histoire de la dette publique, qui est aussi celle de la constitution progressive de la fonction souveraine et de ce qui menace de la détruire.

http://youtu.be/KYOvFHTP8WQ

La dette publique pour les nuls
Explication des mécanismes financiers qui structurent l’économie mondiale. Attention, cette vidéo « pédagogique » représente qu’un seul point de vue.

La Dette publique pour les Nuls par Bonzou


A lire pour aller plus loin :

    • Tous ruinés dans 10 ans ?, de Jacques Attali
      Serons-nous bientôt ruinés ? Sommes-nous en train de ruiner nos enfants ? Jamais, sauf en période de guerre totale, la dette publique des pays les plus puissants du monde n’a été aussi élevée. Jamais les dangers qu’elle a fait peser sur leur niveau de vie et leur système politique n’ont été aussi menaçants. En France, en particulier, si un coup d’arrêt n’est pas donné au plus vite à la montée de la dette publique, le prochain président de la République ne pourra rien faire d’autre, pendant tout son mandat, que mener une politique d’austérité ; et la prochaine décennie fera chaque jour subir, à chacun des citoyens, les conséquences des folies de celle qui s’achève. Comment éviter aux générations prochaines d’avoir à payer très cher le cynisme de nos contemporains ?

 

    • L’échéance: Français, vous n’avez encore rien vu., de François De Closets, avec Irène Inchauspé – Editions Fayard
      Une enquête qui met en lumière les faits, les décisions oubliées et les comportements qui, pour la première fois de son histoire, ont ruiné notre pays en temps de paix. Nulle fatalité dans ce désastre. La mondialisation et la financiarisation sont les mêmes pour tous. D’où vient que la France ait moins bien résisté que la Suède, le Canada, l’Allemagne et bien d’autres ?

 

 

 

  • Une histoire de la dette.
    Un blog entièrement consacré à l’analyse de la question de l’endettement privé et public. Il porte notamment sur la situation française et européenne mais ne s’interdit pas de s’intéresser aux Etats-Unis et aux pays asiatiques.

Bonnes lectures !

Les tout premiers pas du capitalisme

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Vers 1300

Un nouveau son de cloche

Une fois encore, l’innovation technique sera à l’origine d’une transformation de la société en imposant sa loi, celle qui deviendra la loi du marché.

L'annociation de Crivelli, illustre l'essor du commerce : tapis ottoman, livres à marocain rouge, coussins brodés...
L’annonciation de Crivelli, illustre l’essor du commerce : tapis ottoman, livres à marocain rouge, coussins brodés…

Nous sommes à la fin du XIIème siècle. Le moulin à eau, l’assolement triennal, le collier d’épaule et surtout le gouvernail d’étambot, puis les premières machines à tisser vont permettre à certains bourgs des Flandres et de Toscane de développer leur économie. Surtout, ces derniers vont établir les bases de nouvelles relations sociales et de travail, où l’argent et le salariat vont peu à peu s’imposer face au servage qui va de ce fait décliner.

La productivité augmentant avec comme corollaire une baisse de prix, le nombre de clients solvables s’accroît ainsi que la demande de crédit. Peu à peu, se mettent en place les bases du capitalisme. La ville de Bruges[1] sera le premier porte-étendard de cette économie émergente.

Clin d’œil à l’histoire, bien avant que ne résonne la cloche de Wall street, les premières cloches « publiques » font leur apparition sur les beffrois. Désormais, les cloches n’indiquent plus uniquement l’heure des prières mais rythment la vie économique. Un nouveau son de cloche qui va se répandre, mettant en concurrence le spirituel et les biens matériels.

500 ans plus tard, le matériel aura pris un avantage significatif avec les premières pièces de dollar , frappées en 1793 à Philadelphie ; les premiers billets à l’effigie des présidents américains datent, pour leur part, de 1861.

Un symbole qui vaudra de l’or (1, 506 gramme à l’origine, fixé par le Mint Act, le 2 avril 1792).

1 – Au sommet de sa puissance, vers 1340, Bruges compte seulement 35 000 habitants, ce qui relativise cependant la portée de sa puissance.


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • « Capitalisme et pulsion de mort » : l’économiste Bernard Maris, alias oncle Bernard dans Charlie Hebdo, et l’historien et économiste Gilles Dostaler convoquent Freud, Keynes, Smith, Bataille et bien d’autres, et allongent le libéralisme pour une psychanalyse forcée. Le libéralisme allongé sur un divan. Un livre qui ose une lecture psy du capitalisme et de ses dérives.
  • Une brève histoire de l’avenir, de Jacques Attali. Un ouvrage qui malgré son titre évoque autant le passé que l’avenir et notamment la montée en puissance de l’ordre marchand.
  • Mille milliard de dollars, un film d’Henri Verneuil, avec Patrick Dewaere. Un polar qui dénonce avant tout les dangers de la mondialisation, propice à l’apparition de sociétés aussi tentaculaires qu’inhumaines, dans lesquelles chacun n’est qu’un pion jetable à volonté, obligé de faire sans cesse du profit pour espérer survivre, au gré – et malgré – des gouvernements qui se succèdent ici et là.

Le souffle nouveau du libéralisme économique

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« Laisser-faire ! »

Le Libéralisme économique est issu des Lumières. Il a été cofondé en France avant et pendant la Révolution Française et au Royaume-Uni (Angleterre et Ecosse). Comment sommes-nous passés d’un interventionnisme politico-religieux tout azimut à un vent de liberté économique qui souffle désormais sur toute la planète, avec bienfaits et excès ?

« Laisser faire, laisser passer ». C’est l’une des toutes premières expressions de la pensée économique libérale ; elle est attribuée par Turgot, contrôleur général des finances de Louis XVI, à Vincent de Gournay, négociateur international, faisant suite à une requête auprès de l’Etat (1) afin de libérer le commerce du blé entre les provinces.
« Tout homme qui agit s’enrichit, ou enrichit un autre. Au contraire tout homme qui ne fait rien s’appauvrit , ou appauvrit celui aux dépens duquel il vit. Ces deux mots, laisser faire et laisser passer, étant deux sources continuelles d’actions seraient donc pour nous deux sources continuelles de richesses » (2)

Turgot

Turgot

Anne Robert Jacques Turgot (1727-1781) sera l’un des premiers à défendre la libre concurrence et à s’élever contre l’intervention de l’Etat et les privilèges en tout genre. En 1774, Il établit le libre-échange dans le commerce des grains en supprimant le droit de hallage ce qui lui vaudra une forte opposition dans l’entourage même de Louis XVI.

2 ans plus tard, avec ses célèbres « 6 décrets de Turgot », il visera à réduire les privilèges et les « lobbies » des corporations et érigera en principe fondamental le droit à chaque homme à travailler, sans restriction. Face à ses réformes, qui visent directement la noblesse, Turgot ne se fait pas que des amis.

Turgot,  dans la mouvance des physiocrates(7), tente de démontrer que réglementations et corporatismes, au-delà des entraves aux libertés économiques et politiques qu’ils représentent, sont générateurs de corruptions et, surtout, d’inégalités sociales. Cette thèse -qui vise à bousculer les idées reçues et les conformismes, est le prolongement économique naturel des Lumières. Ce n’est donc pas surprenant que Turgot, contemporain d’Adam Smith qu’il respecte, l’un des théoriciens de l’économie libérale, se sente proche aussi de Voltaire et d’Alembert.

Désormais un vent nouveau souffle sur l’économie ; il sera ressenti jusqu’à la Révolution Française. En 1789, l’abolition des privilèges s’accompagnera de l’abolition des interdits dans le domaine économique. Durant cette première période de la Révolution Française, la liberté d’entreprendre, au niveau des métiers comme pour l’ouverture des commerces, sera le pendant de la liberté sur le plan politique.

Les révolutionnaires mettent les jalons du capitalisme moderne et du libéralisme économique. Les Français sont donc, en la matière, précurseurs ! D’ailleurs, l’école libérale française fait un malheur au XIXème siècle (2). Say, Molinari, Ollivier, Bastiat, Waldeck-Rousseau, ils seront nombreux à décrier l’interventionnisme de l’Etat, la fiscalité excessive et à vanter les bienfaits de la concurrence.

« Liberté en tout »

De gauche à droite : John Milton, John Locke, Adam Smith, Richard Cobden, Frédéric Bastiat, J.S. Mill, Benjamin Constant, Alexis de Tocqueville, Ludwig von Mises

De gauche à droite : John Milton, John Locke, Adam Smith, Richard Cobden, Frédéric Bastiat, J.S. Mill, Benjamin Constant, Alexis de Tocqueville, Ludwig von Mises

« Liberté en tout, en religion en philosophie, en littérature, en industrie, en politique « c’est le mot d’ordre de Benjamin Constant  qui est le penseur de la liberté sous toutes ses formes(3). De chaque côté de la Manche, Adam Smith, David Ricardo, Benjamin Constant, Turgot et quelques autres donneront ses lettres de noblesse au libéralisme économique à une époque où la notion de liberté, quelle soit politique, religieuse ou sociétale, en était à ses balbutiements et dérangeaient beaucoup de monde.

Ce libéralisme économique tient ses racines dans un courant de pensées plus large mettant l’individu, et sa liberté au cœur du système, étant lui-même au coeur de la nature . Et cela ne date pas d’hier.

Sans remonter au principe de « justice naturelle » d’Aristote, le véritable coup d’envoi du libéralisme au sens politique et philosophique est donné par la « Lettre sur la tolérance » de John Locke de 1689. Le principe repose sur un nouveau rapport entre le religieux et l’Etat, dans un esprit de tolérance. C’est aussi promouvoir la notion d’éthique comme l’ont fait Spinoza et Blaise Pascal en défendant l’idée que l’intérêt général est constitué de la combinaison d’intérêts particuliers.

Avec Locke, Jefferson, Tocqueville, les pères de la « doctrine » libérale, c’est la démocratie, l’équilibre des pouvoirs et les droits fondamentaux qui sont défendus avec comme corollaire la notion de contre-pouvoirs et la responsabilité individuelle.   Contrairement aux idées reçues, le principe de responsabilité est bien au cœur du libéralisme,  comme le souligne le prix Nobel d’économie, Jean Tirole (8). La Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 consacre d’une certaine manière cette idée du libéralisme.

Le terme libéralisme apparaitra en France pour la toute première fois en 1818 !

Cartographie mondial du niveau de libéralisme économique (du vert [très libéral] au rouge [peu libéral]

Cartographie mondiale du niveau de libéralisme économique (du vert [très libéral] au rouge [peu libéral].

Publié le 3 mai 2016


Keynes, esprit d’entreprise es-tu là ?

« C’est l’esprit d’entreprise qui bâtit et qui améliore les richesses du monde », reconnaît John Maynard Keynes.

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Contrairement à une idée reçue, Keynes n’est pas un défenseur à tout crin de l’intervention publique dans l’économie (4). Comme en témoignent de nombreux essais articles de presse de l’époque de la Grande Crise de 1929, il serait même très attaché aux valeurs libérales et opposé aux valeurs socialisantes et encore plus à la doctrine marxiste et à l’idée d’un Grand soir. Keynes est donc un réformiste tranquille, hanté par l’esprit d’entreprise.

En ce sens, Keynes distingue la vision française du libéralisme jusqu’au début du XXème siècle, celle du laissez-faire de celle d’Adam Smith qu’il juge moins dogmatique.

Il en demeure pas moins qu’il justifie, dans certains cas, l’intervention de l’Etat dans l’économie considérant que c’est le seul acteur qui peut avoir des « vues lointaines et sur la base de l’intérêt général de la communauté ».

Cependant, il se méfie de l’Etat et soutient que « ce n’est pas la propriété des moyens de productions dont il importe que l’Etat se charge ».
Sur les critères actuels, Keynes serait probablement qualifié de social-libéral, un social-libéral qui ne trouve pas illégitime les inégalités des revenus à conditions de rester dans le raisonnable.

Il considère que la recherche de l’enrichissement personnel est un mal nécessaire permettant de canaliser certains penchants de la nature humaine.  Keynes décourage l’épargne stérile au profit de l’investissement, combat les rentiers et défend l’entrepreneur : « les revenus (des consommateurs) sont créés par les entrepreneurs ».

Au final, le Keynésianisme c’est du libéralisme teinter d’interventionnisme d’Etat pour assurer une vision à long terme, garante, selon lui de l’intérêt général.


 Le « Laisser-faire » face aux inégalités croissantes

En matière d'inégalités, la France se situe dans la moyenne de l'OCDE

En matière d’inégalités, la France se situe dans la moyenne de l’OCDE

En matière d’efficacité économique le « laisser-faire » a ses limites.

Les partisans du libéralisme économique, Keynes comprit , ont longtemps pensé que les inégalités étaient un mal nécessaire. Elles apparaissaient au début du décollage économique d’un pays pour régresser ensuite,  c’était la loi de Kuznets.  Cette doctrine, si elle n’est pas régulée pour limiter les excès, conduit à l’accroissement inexorable des inégalités, au point, qu’aujourd’hui, 85 personnes possèdent autant que la moitié de la population mondiale !

« Aux Etats-Unis, presque toute la croissance depuis 25 ans, expliquent Patrick Artus (5), a été captée par les plus riches. Les  40 % les moins payés voient leur pouvoir d’achat baisser ».

Pis,  le prix Nobel d’économie, Stiglitz parle de confiscation des richesses par 1 % des américains au détriment de 90 % de la population (10)

D’un côté, l’économie digitale et du divertissement couplés à financiarisation de l’économie  favorisent la starification (sportifs, artistes, patrons de start-up…) entraînant des revenus stratosphériques.  De l’autre, la mondialisation fait une pression sans équivalent sur les salariés en bas de l’échelle (6).

De grands économistes  ont démontré qu’au delà d’un certain seuil, l’inégalité représente un coût élevé pour la société. De ce point de vue, Adam Smith, l’un des pères du libéralisme, avait mis en avant, dès 1759,  l’importance de la « Théorie des sentiments moraux » (9).

Aujourd’hui, on constate un effet de ciseau qui, comme le souligne le FMI, est dévastateur pour la croissance mondiale. Car selon le FMI, la croissance diminue lorsque la part des revenus des 20% les plus riches augmente et, à contrario, la croissance augmente lorsque la part des 20% les plus pauvres s’améliore.

Le risque est de mener l’économie mondiale à ce que certains appellent la stagnation séculaire !


1 – via l’intendant Trudaine
2 – « Réflexions sur la contrebande » – Vincent de Gournay, septembre 1753, cité dans Wikipedia, page Laissez-faire
3 – www.contrepoints.org/2012/07/28/91891-benjamin-constant-penseur-de-la-liberte-sous-toutes-ses-formes
4 – « Histoire impertinente de la pensée économique », éd. Ellipses-  Alexis Karklins-Marchay
5- « les nouvelles lois de l’économie » article du Point N° 2276 – 21 avril 2016
6 – Robert Gordon, économiste, auteur de « The rise and fall of American Growth », cité dans le Point N° 2276 – 21 avril 2016
7 – du grec « phusis » : nature; les physiocrates estiment que la société doit être organisée comme la nature (Encyclopédie Larousse)
8- Jean Tirole - Le grand rendez-vous – Europe1 – 8 mai 2016
9 – « Triomphe de la Cupidité » & « Le prix de ‘inégalité » – Joseph Stiglitz
10- La (vraie) sottise des patrons goinfres – Jean-Claude Guillebaud – Tele-Obs 21 mai 2016


A visionner pour mieux comprendre :

La révolution industrielle sonne les trois coups

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1780

La révolution industrielle

Les temps modernes

Après 10 000 ans d’une société rurale pétrie de traditions, le monde rentre en effervescence porté par les découvertes scientifiques et par un vent de liberté intellectuelle. Finie la léthargie, exit la lithurgie, en avant vers la métallurgie ! C’est la révolution industrielle.

Sans aucun doute, depuis 3 siècles les années 80 marquent une rupture. Rien à voir avec la « rupture » musicale des  » années 80″ et de l’avènement du Disco, non. Le phénomène est bien plus profond, bien plus impactant et bien plus ancien : il s’agit de la première révolution industrielle et de celles qui ont suivi.

Les tubes des années 80

Un phénomène qui rythme le monde moderne depuis 3 siècles, avec des cycles étonnement réguliers de 100 ans : 1780, 1880, 1980 ! On pourrait presque parler de tubes des années 80. Et, en l’espèce, plutôt des tubes métalliques !

Un phénomène qui, à la fin du XVIII ème, marque pour la toute première fois l’éclosion du monde moderne. Un peu à la manière du courant alternatif, il va nous faire passer du rire avec Charlie Chaplin dans les Temps Modernes à la sueur et aux larmes avec Germinal de Zola.

Cette fabuleuse éclosion est « rendue possible par la transformation de la chaleur en énergie motrice et grâce à l’invention de l’entreprise personne morale pouvant accumuler du savoir et du capital », comme le souligne l’universitaire Christian Saint-Etienne (1).

A toute vapeur, le monde se mécanise

La toute première révolution industrielle prend donc son essor dans les années 1780. Elle tient à plusieurs facteurs : facteurs sociétaux, économiques mais surtout technologiques. L’invention en 1769 de la machine à vapeur par J. Watt en constituera l’élément déclencheur. Elle est précédée par un autre facteur important : la production massive de fer avec la découverte du coke en 1709.

A partir de là, la machine « infernale » ou plutôt la mécanisation du monde s’enclenche. A toute vapeur, se développent l’industrie textile, les chemins de fer à vapeur puis les bateaux également à vapeur.

La première véritable usine de textile est fondée à Cromford près de Nottingham (Grande-Bretagne) en 1765 ; vingt ans plus tard, elle s’équipe d’une machine à vapeur.

En un siècle, la société rurale se voit progressivement remplacée par l’industrie. Au-delà, c’est toute la société qui est bouleversée. La notion d’Etat de droit s’impose d’abord en Angleterre puis en France ainsi que celle de droits de propriété.

Le labeur se réorganise

La spinnning- Jenny

La spinnning- Jenny

Pour la toute première fois, se met en place dans les PME, ou plus exactement les entreprises familiales de l’époque, une division du travail. Cela constitue une innovation organisationnelle majeure. Le travail, qui jusqu’ici s’effectuait le plus souvent au domicile des gens, tend à se concentrer dans des unités de travail, des manufactures ou des usines, « mill », en anglais. A la clé, se profile l’augmentation de la productivité qui débouchera sur la production et la consommation de masse.

100 ans plus tard, en 1880, c’est au tour de la seconde révolution industrielle. Celle-ci donne un nouvel éclairage au progrès par la magie de la bonne fée électricité. Face à l’accroissement de la taille des entreprises et à la diversité des activités, les organisations se structurent et se hiérarchisent. Cela donne naissance aux toutes premières entreprises modernes dont la Railway Pacific (2) sera pionnière.

Le monde se numérise

Puis, un siècle tout juste après encore, la troisième révolution industrielle annonce l’ère numérique : décollage de l’informatique grand public, avec les premiers micro-ordinateurs en 1973, puis des réseaux numériques, d’abord le minitel et surtout Internet. Cette fois, il s’agit plutôt de déconcentrer et de décentraliser pour gagner en souplesse, en agilité afin de favoriser l’innovation.

Les trois révolutions industrielles s’enchaînent donc presque mécaniquement comme dans une chaîne de montage qui assemble des éléments successifs. Pour aboutir à la société dans laquelle nous évoluons de plus en plus portée par l’innovation technologique.

1780, 1880, 1980, 3 périodes qui scandent les temps modernes. L’histoire tourne la page d’un monde qui, depuis l’invention de l’agriculture au néolithique, voici 10000 ans, avait très peu évolué. Surtout, l’activité de production n’avait pas connu de transformation majeure, malgré le recours à des énergies naturelles comme l’hydraulique ou le vent. Les mentalités et les modes d’organisation n’avaient pas suivis ne formant pas le terreau nécessaire à l’innovation.

Saluons nos ancêtres du XVIIIème siècle, qui ont su s’extraire d’une chape d’idées préconçues et ouvrir leurs esprits pour effectuer un grand saut vers…la Lumière !


Les Lumières au bout du tunnel

La première révolution industrielle est précédée par une révolution culturelle qui cherche à s’affranchir des préjugés et des superstitions de toutes natures. L’environnement devient porteur. C’est le siècle des Lumières.

Premier élément : l’esprit d’entreprise. Avant 1750, il n’existe pas vraiment de distinction entre l’entreprise et la famille. Les ouvriers, qui sont aussi paysans, travaillent le plus souvent chez eux, avec un rendement faible, essentiellement pour le compte de fabriques de cotonnades qui reste la seule entreprise privée de grande ampleur. Sinon, il s’agit de grandes entreprises d’Etat. C’est le cas en Grande-Bretagne avec l’arsenal naval de Chatham, par exemple, et en France avec les manufactures royales, les compagnies maritimes commerciales.

Grâce à la baisse du coût du transport et à la centralisation des sources d’énergies, conséquence de la machine à vapeur, l’activité va se rationaliser. En outre, l’avènement de la notion d’entreprise morale libéralise les entrepreneurs.

Second élément : l’esprit d’innovation et la liberté de penser. Le siècle des Lumières est avant tout une révolution culturelle sans précédent. Philosophes et scientifiques bouleversent les schémas de pensée. Comme le dit l’adage, c’est l’esprit libre qu’on avance !

Troisième élément : l’esprit d’organisation. C’est à partir de la fin de XIIIème siècle que l’on conçoit la possibilité de rassembler dans un même lieu les ouvriers travaillant pour un même donneur d’ordres. Apparaît donc une économie dans laquelle des usines rassemblent des centaines puis des milliers d’employés. Cela s’accompagne d’une concentration urbaine et la création de grandes métropoles.


La révolution des émergents et des innovants 

Une mutation industrielle majeure a lieu depuis trente ans, rejointe depuis 15 ans par un bouleversement des équilibres de la planète en raison de la montée en puissance des pays émergents. Cela s’est accentué depuis 2001 par l’entrée de la Chine dans l’OMC, l’Organisation mondiale du Commerce.

Il y a 30 ans, à l’aube de la  3ème révolution industrielle,  l’Amérique du Nord, l’Europe de l’Ouest et le Japon représentaient 60 % du PIB mondial, dans vingt ans, ces pays ne représenteront moins de 40 %, tandis que la part de la France, 4% en 1980, est en train de fondre comme neige au soleil.

Depuis 2009, pour la première fois, les pays émergents assurent plus de la moitié de la production industrielle.

En 2012, la production automobile des pays émergents a dépassé pour la première fois la production des pays dits développés.

A partir de 2014, ils assureront plus de la moitié de la production mondiale totale.

 


1 – « France : Etat d’urgence » – Christian Saint-Etienne – Ed. Odile Jacob – janvier 2013
2 – « La troisième révolution industrielle » – Jeremy Rifkin – Ed. LLL  - février 2012


A visionner pour mieux comprendre :

La Vapeur qui Révolutionna le Monde – Le… par alxka

La toute première entreprise moderne

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1862

Symphonie pour un nouveau monde

La construction de la première ligne ferroviaire transcontinentale reliant l’est à l’ouest du continent américain ouvre la voie  à un nouveau modèle d’entreprise. Rationalisation, normalisation, organisation et internationalisation des ressources financières et humaines deviennent une nécessité impérieuse pour mener à bien ce chantier colossal qui dura 6 ans. Dès lors, le monde du travail ne sera jamais plus comme avant.

 

Nous sommes en 1862. En pleine guerre civile, le Congrès américain, fortement soutenu par Abraham Lincoln, vient de signer le Pacific railway Act. Cette loi va donner un coup de pouce décisif à la colonisation de l’ouest américain en autorisant et en facilitant par différentes mesures la construction du tout premier chemin de fer transcontinental de l’histoire.

Projet titanesque pour l’époque. Il vise à relier l’est des Etats-Unis à la côte pacifique, soit 3000 km de voies ferrées, d’Omaha (Nebraska) à Sacramento (Californie). Du jamais vu ! Les deux compagnies « maître d’œuvre » du projet sont l’Union Pacific Railroad, pour le tronçon oriental et la Central Pacific Railroad pour la partie occidentale.

Mais ce qui se profile avec cette aventure ferroviaire sans précédent, c’est surtout la toute première forme d’organisation rationnelle du travail. Cela préfigure les entreprises modernes et les multinationales, dont le mode de fonctionnement sera basé sur la centralisation, la standardisation, la spécialisation du travail auquel s’ajoutent l’internationalisation de sa main d’œuvre et de ses financements.

Comme le souligne Jeremy Rifkin (1), essayiste et conseiller auprès de l’Union Européenne, « la compagnie ferroviaire a été le prototype des entreprises centralisées qui allaient dominer les deux premières révolutions industrielles »(2). Eh bien voilà, l’Union Pacific Railroad et la Central Pacific Railroad seront les pionnières de ce prototype à l’origine des firmes que nous connaissons aujourd’hui et dans lesquelles beaucoup d’entre nous travaillent encore.

En voiture pour Wall Street !

En effet, la construction d’un chemin de fer de cette envergure va exiger des dépenses bien plus élevées que n’importe quelle autre entreprise de l’époque, textile construction navale… Les compagnies ferroviaires vont donc faire appel à des capitaux extérieurs, notamment britanniques, allemands et français, en mettant des titres de propriété sur le marché.

Cette pratique aura pour conséquence de donner un coup de fouet à la minuscule bourse de New York. L’hyperpuissance financière de Wall Street était donc au bout du voyage.

Autre révolution inhérente à cette aventure : la séparation de la gestion de la propriété. Dans la mesure où, les investisseurs sont dispersés « aux quatre coins » du globe, la gestion ne peut plus être assurée directement par les propriétaires. Ceux-ci s’adresseront à des administrateurs professionnels. On voit là, apparaitre le modèle des firmes actuelles distinguant les responsables opérationnels des propriétaires ou actionnaires.

La gestion sur les rails

Au-delà de la construction, il faudra ensuite gérer l’exploitation ; vu le périmètre de l’entreprise la tâche sera loin d’être aisée. Entretien des voies et du matériel, sa localisation, la gestion de la sécurité, de l’approvisionnement, de la ponctualité, la mise en œuvre d’une politique commerciale, tout devient démesuré.

A titre d’exemple, en 1891 la Pennsylvania Railroad emploie 110 000 ouvriers, soit près de 3 fois plus que l’armée américaine et ses dépenses représenteront deux années plus tard, le quart du budget fédéral !

Pour gérer cette complexité couplée à une main d’œuvre très importante, l’entreprise va s’organiser par strate d’encadrement : la hiérarchie et la bureaucratie font leur entrée pour la toute première fois dans le monde du travail.

La structure de l’entreprise devient pyramidale. Règles et processus gouvernent les opérations ; les tâches sont découpées. C’est la division du travail, théorisée vers 1880 par F.W. Taylor avec le concept d’Organisation Scientifique du Travail (OST). Les promotions sont aussi rationnalisées et objectivées. Les ordres, les tarifs, les rapports vont transiter par l’imprimé, nouvel « outil » indispensable pour rendre cohérent des informations nombreuses et disparates. Bref, plus rien n’est laissé au hasard ou à l’improvisation.

Une organisation de première classe !

Avec ces premières compagnies ferroviaires transcontinentales, apparait donc un tout nouveau modèle de firme que les autres secteurs de l’économie et les autres pays vont copier, comme le constate l’historien Alfred DuPont Chandler spécialiste de l’économie américaine (3) :

« Les compagnies de chemins de fer furent les premières à exiger l’emploi d’un grand nombre de cadres salariés ; les premières à avoir un bureau central pourvu de cadres moyens et dirigé par des cadres supérieurs qui rendaient compte de leur activité à un conseil d’administration (…) Elles furent les premières à développer un flux de données financières et statistiques pour contrôler et évaluer le travail de nombreux responsables ».

un viaduc sur le trajet l'Union pacific RailRoad

Qui aurait imaginé dans les années 1860, que « le cheval de fer » allait autant bouleverser le monde du travail, celui des affaires et le quotidien des salariés ?

Qui aurait imaginé que Le chemin de fer allait ouvrir la voie aux tout premiers cadres supérieurs, aux cadres moyens, aux salariés de masse, aux administrateurs, aux gestionnaires, aux niveaux hiérarchiques et aux organigrammes, aux donneurs d’ordres, aux sous-traitants, aux sociétés de services, à la formalisation de l’information, aux formulaires, au marketing et au télécommunication…

Autrement dit, un nouveau monde qui balaiera le train-train quotidien !

 

 


L’omnibus du Far West

Le premier coup de pelle est donné le 8 janvier 1863. Dans ce projet rien n’est simple : le tracé, qui doit traverser la Sierra Nevada culminant à 4000 mètres d’altitude, des contrées entières dépourvues de tous moyens industriels importants, la guerre de Sécession qui perturbe sérieusement l’acheminement des matériaux transitant par bateau et des travailleurs qui ne rêvent qu’à la ruée vers l’or et désertent le chantier dès qu’ils ont accumulé un petit pécule.

De plus, La loi, le Pacific railway Act, oblige chaque compagnie à poser au minimum 60 km de voies par an. Problème : alors qu’il faudrait au bas mot 5000 ouvriers, ils ne sont que 600 la seconde année. Bref, un cauchemar.

Pour pallier cette pénurie de mains d’œuvre, des milliers de chinois fuyant la famine de leur pays viennent en renfort, souvent au péril de leur vie. Ces immigrants, appelés les « coolies chinois », la central Pacific en emploiera jusqu’à 15 000. Ils sont suivis par des milliers de vétérans du Général Grenville Dodge qui a participé à la guerre de Sécession. Militaire mais aussi homme d’affaires, il devient le superviseur du tronçon oriental. Puis des immigrants irlandais viendront renforcés les rangs de l’Union Pacific, attirés par les avantages en lopins de terre offerts par le congrès.

La compétition entre les deux compagnies aiguise les performances. Les chinois iront jusqu’à construire 15 km de voies en une seule journée, il faut dire qu’ils travaillent 24 heures sur 24.

Clou en or

Le 10 mai 1869, le dernier rail est posé. Leland Stanford à l’origine du premier coup de pelle enfonce le dernier clou. Celui-ci, en or, devient le symbole de l’achèvement d’un des plus grands chantiers de l’histoire, qui dura 6 ans et employa 20 000 ouvriers et fit 2000 victimes.

Le chemin de fer apporte partout progrès et bouleversements : « Ni la matière, ni l’espace, ni le temps ne sont depuis vingt ans ce qu’ils ont été depuis toujours », écrivait au début du siècle dernier Paul Valéry.

 


En voiture pour une petite histoire du chemin de fer (3)

  • 1767 : tout premier rail entièrement en acier.
  • 1770 :  Premier véhicule automobile à vapeur imaginé par l’ingénieur français Joseph Cugnot, puis un second, plus grand, son célèbre fardier.
  • 1804 : au pays de Galles, Richard-Trevithick et Andrew Vivian font circuler, dans une mine, la première locomotive à vapeur, inspirée de la voiture à vapeur de l’Américain Olivier Evans.
  • 1808 :  R. Trevithick présente à Londres sur une voie ferrée circulaire la deuxième locomotive nommée Catch me who can (« M’attrape qui peut ») ; elle remorque un wagon où le public peut prendre place, pour la première fois.
  • 1823 : George et Robert Stephenson fondent, à Newcastle, la première usine de construction de locomotives.
  • 1825 : toujours en Angleterre, le premier train de voyageurs va de Stockton à Darlington à 20 km/h.
  • 1827 : Marc Seguin essaye des locomotives anglaises sur une première section de la ligne Saint Étienne-Andrézieux (Loire), longue de 18 kilomètres, et leur apporte des perfectionnements.
  • 1830 : ouverture de la ligne Liverpool-Manchester avec la locomotive The Rocket (« La Fusée ») de Stephenson, construite en 1829 ; elle peut atteindre 47 km/h haut le pied, c’est-à-dire sans wagons.
  • 1832 : achèvement de la ligne Lyon-Saint-Étienne, sur laquelle on adopte définitivement la traction à l’aide de locomotives à vapeur (et non plus de chevaux), et où l’on installe un service régulier de transport des voyageurs.
  • 1837: ligne Paris-Le Pecq (Saint-Germain).
  • 1840 : ligne Paris-Versailles.
    Ces lignes isolées ont toutes le même écartement de 1,435 m, celui des houillères britanniques. Plus tard, l’Espagne, le Portugal et la Russie, ainsi que l’Inde et l’Argentine adopteront un autre écartement ;

1 – « la troisième révolution industrielle » – Jeremy Rifkin – Ed. LLL Les liens qui libèrent – 2012.
2 – Etonnamment chacune des révolutions industrielles ont débuté dans les 80 : 1780, pour la 1ère, 1880 pour la seconde et enfin 1980, qui repose sur les nouvelles technologies et notamment Internet et les énergies renouvelables.
3 – « La main invisible des managers : une analyse historique » –  A. D. Chandler – Ed. Economica – 1988; cité dans « La troisième révolution Industrielle »
3- Source : http://www.icem-pedagogie-freinet.org/sites/default/files/284train.pdf


A visionner pour mieux comprendre

Le Transcontinental Américain – Les 7 Merveilles… par alxka