mercredi, 20 septembre 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Les tout premiers pas du zéro

(votes : 4)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 

+ 400 ans environ

zéro-origine-pano

Le meilleur des nombres

« Le zéro, ce rien qui peut tout », pour reprendre l’expression de Denis Guedj[1]. Le zéro, c’est le plus mystérieux des nombres, il a été longtemps considéré comme un sortilège, voire renié, comme l’a fait Aristote.

En vérité, la première fois que le zéro fut employé remonte aux Babyloniens, encore eux, il y a 5000 ans ! Les scribes de l’époque inventèrent un signe de séparation dans l’écriture des nombres, un double chevron incliné. Ce fut la première forme de zéro : un chiffre servant de marquage d’une position vide, dans leur système de numération.

La deuxième « invention » du zéro, on la doit aux astronomes mayas, durant le 1er millénaire de notre ère, ce qui peut paraître peu précis. Là encore, il s’agit d’un signe séparateur pour écrire les nombres sans ambiguïté. Le zéro des mayas, sorte d’ovale horizontal qui se rapproche de notre représentation, endossait plusieurs représentations graphiques, les glyphes qui, tous, repré-sentaient des coquilles ou des coquillages.

Mais, la véritable toute première fois que le zéro entre en scène, avec l’ensemble de ses trois fonctions (le zéro opérateur, le zéro chiffre et enfin le zéro nombre), c’est grâce à un mathématicien indien, Aryabhata. Nous sommes au Vème siècle de notre ère. Une ère nouvelle s’ouvre à nous à condition d’être patient. Car, il faudra attendre l’an 825 pour que cette innovation se propage grâce au traité sur les nombres indiens rédigé par un mathématicien arabe (Al-Khwarezmi).

Avec ce zéro, versus indien, le statut du nombre change radicalement. On passe de « il n’y a rien » à « il y a rien », autrement dit, « il n’y a pas de quelque chose » à « il y a un zéro qui a une valeur nulle ». Cela change tout.

La première représentation de ce zéro indien est un petit cercle, sunya, le vide. Mais si le zéro indien a signifié le vide, l’absence, il décrit également l’espace, le firmament, la voûte céleste…

Ce zéro contient donc à la fois le vide et l’infini, ce que traduit d’ailleurs sa racine arabe : Sifr. Ironie de l’histoire, c’est le petit dernier des nombres qui fournira son nom à toute la lignée : les chiffres.

Le zéro n’a probablement pas livré tous ses secrets, comme l’ont pressenti les moines de l’abbaye de Salem, en inscrivant dans un codex, à la fin du XIème siècle : « chaque nombre jusqu’à l’infini a jailli de 1 et, par conséquent, de 0. En ceci réside un profond mystère ».

Et que serait advenu de James Bond sans le zéro !

Et que serait advenu de James Bond sans le zéro !


1 – Professeur de l’histoire des sciences à Paris VIII où il a enseigné les mathématiques et le cinéma. Il est également écrivain et cinéaste.


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Zéro ! Zéro de conduite, tolérance zéro, reprendre à zéro… Le zéro signifie à la fois l’absence et le vide. Mal aimé, il a su prendre sa revanche… Une émission de Canal Académie, première radio académique francophone sur internet.
  • Zéro, la biographie d’une idée dangereuse. Charles Seife raconte avec clarté l’histoire extraordinairement mouvementée de ce concept, qui est aujourd’hui une des clefs de la physique quantique, de la compréhension des trous noirs et de la naissance de l’univers.
  • Zéro : Ou Les cinq vies d’Aémer, de Denis Guedj. De la lointaine Uruk à la merveilleuse Babylone, de la légendaire Ur à la riche Bagdad, les villes des vallées du Tigre et de l’Euphrate sont le berceau de la civilisation. Là, éleveurs et marchands ont inventé l’écriture et le calcul, affinant siècle après siècle la science des mathématiques jusqu’à imaginer un nombre qui n’en est pas un : le zéro.

Les tout premiers « Moi, je ! »

(votes : 5)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 

A partir de 1380

individualisme-pano

Quand l’individu s’éveillera

Nous sommes en1493.  Albrecht Dürer, peintre et féru de mathématiques, notamment pour ses applications dans l’art, vient d’achever le premier véritable autoportrait de l’histoire . Il a 22 ans. Il se considère digne d’une représentation qui vise la postérité. On assiste à l’émergence de l’individu.

Pour la première fois, l’artiste devient sujet de son œuvre. Pour atteindre cette forme aboutie d’individualité [1], il aura fallu près d’un siècle à partir des premiers fourmillements de l’ego au sortir du moyen-âge.

autoportrait_durer
Autoportrait d’Albrecht Dürer

Pour la toute première fois, l’être humain lambda aspire à devenir un individu, comme le soulignait le philosophe Jacob Burckhardt. C’est-à-dire, une personne responsable, autonome visant son épanouissement personnel et qui se distingue du groupe. Mais ne crions pas victoire car « de l’être est une personne » à « l’enfant est une personne », défendu par Françoise  Dolto, il s’écoulera encore 500 ans. Enquête sur l’affirmation de l’homme occidental.

Chez ces gens là, on ne pense pas…encore à soi

Justement, l’histoire, durant le Moyen-âge, paraît immuable, un éternel recommencement sans espoir de progrès ni de jours meilleurs, du moins sur cette basse Terre. Face à cette homéostasie à l’allure de chape de plomb, l’homme subit sa destinée dont il remet les clés à ses seigneurs, celui du château comme celui du ciel.

Prendre sa vie en main et devenir ainsi un individu autonome ne lui effleure même pas l’idée. Son existence se confond avec celle de son peuple, de sa corporation, de sa famille et des saisons. Malgré l’apparition des noms et des surnoms après l’an 1000, ceux-ci ne font qu’ancrer la personne dans son lieu d’origine ou son métier, sans lui donner une véritable identité propre. Peine perdue d’ailleurs car aux environs de 1500 moins de 3% de la population européenne est en mesure de déchiffrer son nom, soit 2 millions de personnes.

Seuls quelques individus sortent du lot : les hérétiques et les déviants dont le nom est jeté en pâture à la vindicte populaire. Les signes avant-coureurs de la personnalisation arrivent avec Jean le Bon, vers 1350 dont on tirera pour la première fois le portrait et dont on gardera la signature. Un des premiers signes d’affirmation de soi au service d’une volonté individuelle…et du pouvoir.

Quand le monde s’éveillera

Ironie de l’Histoire, à partir de cette époque le monde sort de sa longue période de léthargie. La vie culturelle, scientifique, et personnelle bourgeonne comme jamais. Du point de vue démographique, la situation s’améliore nettement après la grande peste de 1450 (la précédente datait de 1348), période où sévit encore l’anthropophagie.

A l’époque de Dürer, la Terre compte 300 millions d’âmes, dont la moitié vit en Asie et un cinquième seulement en Europe (17 millions en France). Les plus grandes villes d’Europe, Paris, Naples et Istanbul dépassent à peine 150 000 habitants. En un siècle, à partir de 1450, la population européenne va doubler. Plus nombreux mais moins anonyme, c’est tout le paradoxe de cette renaissance humaine au milieu de la Renaissance, tout court. L’éveil est à la fois dans le cœur des hommes et au cœur des cités.

rembdt

Quand l’individu s’éveillera

Espérance de vie qui s’allonge –en moyenne 35 ans- et remise en question des doctrines scientifico-chrétiennes, suite notamment aux observations astronomiques : un processus inédit est en train de s’enclencher bouleversant les valeurs  :
- la marchandisation de la société fournit une valeur au travail et donc à celui qui fournit ce travail;
- Parallèlement, on assiste à la naissance du salariat qui va permettre à l’individu de s’émanciper matériellement puis intellectuellement;
- L’émergence des valeurs familiales modifie le rapport aux enfants qui ne sont plus uniquement considérés comme une charge ;
- Par voie de conséquence, l’éducation des enfants commence à être pris en considération : dans les familles pauvres, les enfants sont placés comme domestiques, chez les riches, on les envoie s’instruire loin du domicile. Approches différenciées mais objectif commun : les forger aux dures réalités de la vie ;
- les gens hésitent moins à exprimer leur personnalité : les vêtements se « sexualisent ». Les femmes affichent pour la première fois leur attrait pour les belles matières (chemise en toile de lin, par exemple) et l’originalité. C’est le début de la mode qui enclenchera l’essor de l’industrie textile.
- L’héritage (pour la bourgeoisie) devient une valeur personnelle (les enfants, la famille) au détriment de l’institutionnel, en l’occurrence l’Eglise.
On assiste donc à la volonté de se démarquer du groupe pour se singulariser, parce que l’individu prend conscience qu’il représente une valeur, qu’il est unique et qu’il commence à être en mesure de se forger sa propre opinion.

Quand l’artiste s’éveillera

Pour Nietzsche, l’individu est avant tout un créateur qui est transcendé par son œuvre. Il faudra attendre le XVème siècle pour que les artistes existent en tant qu’ individu et se voient désignés par leur nom. Auparavant, ils œuvraient au sein d’ateliers collectifs ou pour la cour de manière anonyme. Du collectif, ils vont rentrer directement dans la mémoire collective. Parmi tous les artistes illustres, citons le nom de Filippino Lippi qui inventera, à Florence, le Portrait, symbole « personnifié » du « Moi, je ! » Beaucoup de ces portraits, surtout en Italie, sont réalisés de profil ; Vers 1503-1505, Léonard de Vinci peindra Mona Lisa de face, légèrement tournée sur la droite. La Joconde est la parfaite illustration de l’éloge de l’individu.

zelig_jpg

Avec son film Zelig, Woody Allen, pose la question de ce qu’est un individu.

 

Avec son film Zelig, Woody Allen, pose la question de ce qu’est un individu.

Quand l’individualisme s’éveillera

Sans le savoir, Albrecht Dürer a donc ouvert la boite de pandore qui poussera l’homme vers un ultra-narcissisme caractérisant la société moderne. Car, l’individu libéré offre au moins 4 facettes : il est capable de penser de manière autonome, il défend et protège ses valeurs et ses différences, il vise son épanouissement personnel et sa réussite et, dans le cas extrême, en fait son unique but, ce qui représente l’ultime état.

En avance sur son temps, Descartes, avec son fameux Cogito ergo sum (je pense donc j’existe) et sa défense de Galilée (procès en 1633) s’oppose au système et à la pensée unique de l’époque. En quelque sorte, il défend les 2 premiers « niveaux » du concept d’individualisme. Mais ce dernier doit beaucoup plus à Thomas Hobbes, auteur du Leviathan qu’il publiera en 1651. Sa théorie : faire de l’homme un acteur décisif dans l’édification de son propre monde social et politique. Autrement dit, il est possible de concilier intérêt individuel et intérêt général.

D’une certaine façon, c’est la thèse qui sera développée bien plus tard avec l’ultralibéralisme et la main « invisible du marché » qui, selon ses adeptes, œuvre presque à notre insu pour le bien commun.

Le « Moi Je » connaîtra son heure de gloire en 1507, lorsque Martin Waldseemüller, baptisera America le nouveau continent, en référence à Amerigo Vespucci, simple bijoutier et vendeur d’équipements de bateaux en Espagne, co-équipiers et, peut être, ami de Christophe Colomb.

Depuis ce jour-là, la « voix » de l’Amérique est donc toute tracée pour crier haut et fort la primauté de l’individu.

Actualisé le 16 juin 2017

Dates à retenir

  • 1380 : Début de la Renaissance, d’abord en Italie puis en Europe;
  • 1472 : danse de l’Orfeo de Politien, théâtralisation du « motif artistique », préalable au théâtre moderne;
  • 1491 : première représentation moderne d’une pièce de Plaute, à Ferrare, à la cour du duc d’Este;
  • Fin 1491, les feuilles éphémères, premiers journaux parlent du couronnement de la reine Anne de Bretagne;
  • 25 décembre 1492 : première représentation théâtrale en salle fermée;
  • 1493, l’autorisation des dissections de cadavres est envisagé dans tes les écoles de médecine d’Italie;
  • 1527 : sac de Rome, marquant la fin  de la Renaissance;
  • 1556 : Henri II tente de mettre fin à l’infanticide
  •  XVème siècle, Ecole de Salamanque, naissance du paradigme du libéralisme

L’individualisme : la voie royale du libéralisme

Le libéralisme s’appuie sur 2 grandes idées :

- d’abord, le principe que les individus disposent de droits naturels.
-  Ensuite, la notion d’utilitarisme qui fait le postulat que nous sommes tous des êtres rationnels et égoistes cherchant à maximiser nos interêts. Mais que la recherche des interêts personnels finissent pas s’équilibrer au profit d’une harmonie censée produire, in fine, une prospérité à tous.

john-Locke
En 1690, John Locke décrit la première notion dans « traité du gouvernement civil ». A ses yeux, il faut protéger l’individu de l’arbitraire du monarque et pour cela affirmer que chacun d’entre nous dispose de droits fondamentaux.
La propriété privée, fruit du travail de chacun, est l’un de ses droits.

Un siècle plus tard, Adam Smith dans son ouvrage « la Richesse des nations » publié en 1776, marquera les esprits avec sa célèbre formule :  » Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou de boulanger que nous attendons notre dîner, mais plutôt du soin qu’ils apportent à la recherche de leur propre interêt. Nous ne nous en remettons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme. »

Le concept de libéralisme est donc d’une certaine manière le rejet de l’absolutisme et la défense de la liberté pour le bien commun. C’est pourquoi, beaucoup voient son origine à l’époque des Lumières, voire un peu avant.

En réalité, le terme même de Libéralisme apparait au début du XIX ème siècle en Espagne et en France en opposition à la domination napoléonienne.  Il désigne alors les libertés juridico-politiques, la liberté religieuse (dont la liberté de conscience) et le libéralisme économique en consacrant la propriété privée et le marché (2).


1 – Dès l’age de 14 ans, Dürer « s’autodessine » et en 1503, il sera le premier artiste à se représenter nu. En fait, les autoportraits font leur apparition au XIIème siècle au sein des enluminures en tant qu’objet de signature mais ne représentent pas une oeuvre d’art, au sens habituel du terme.
2 – D’après les propos du philosophe Serge Audier recueilli dans l’article  » Une brève histoire du néolibéarlisme » – L’obs N° 2744 – 8 juin 2017


A consulter pour mieux comprendre :

 


A lire pour aller plus loin :

    • La civilisation en Italie au temps de la Renaissance: Tome 1 Un temps, un monde, une civilisation. Jacob Burckhardt a brossé le tableau saisisant de la plus grande révolution culturelle de l’Occident moderne.
    • 1492, par Jacques Attali. 1492 : année décisive, année bifurcation où naît l’Europe moderne. Un bouillonnement de faits, d’idées, de personnages, recréé sous nos yeux par l’auteur d’Histoires du temps et de La Vie éternelle, roman. Clair, riche, ardent… Provocant aussi.
    • La Renaissance – Les collections de l’Histoire n° 43
      Foisonnement d’intelligence et de beauté, la Renaissance italienne est une révolution culturelle dans une Italie morcelée et en proie aux conflits. Avec Patrick Boucheron, Élisabeth Crouzet-Pavan, Isabelle Heullant-Donat, Carlo Vecce…
    • L’émergence de l’individualité, cours de P. Penel. L’objectif de ce cours est de montrer comment le sentiment d’individualité tel qu’on le connaît actuellement s’est mis en place tout au long de l’Histoire.
    • Zelig de Woody Allen (DVD).

À la fin des années 20, Leonard Zelig (Woody Allen) est un véritable phénomène en Amérique. En effet, ce petit homme en mal d’affection possède la faculté de se transformer à l’image des gens qu’il côtoie. Arrêté lors d’une de ses métamorphoses, il est conduit dans un hôpital où les plus grands scientifiques viennent étudier son cas. Heureusement, le docteur Eudora Fletcher (Mia Farrow) va lui venir en aide…

 

1850

boudin-le-roi-des-ciels

L’insoutenable légéreté de l’art !

 

A partir de 1850, la représentation du monde à travers la peinture se pare de subjectivité…pour mieux rendre compte de la réalité. Une réalité qui n’est pas si simple à débusquer car complexe, nuancée, insaisissable, changeante, différente selon les moments et les regards. Cette insoutenable légèreté de l’être et de la nature, Eugène Boudin, en sera le premier interprète. Bientôt, on parlera d’impressionnisme.

Médiatiquement, tout a commencé le 25 avril 1874. Pour la toute première fois, le terme impressionnisme est employé. C’est Louis Leroy, critique d’art, qui lance cette expression pour une impression au demeurant plutôt négative de sa part. Dans un papier publié dans le quotidien le Charivari (1) ce jour-là, il écrit, plutôt ironique, à propos d’un tableau de Monet « Impression, soleil levant » : « Je me disais aussi, puisque je suis impressionné, il doit y avoir de l’impression là-dedans… » .

monet impression-soleil-levant

Impression Soleil Levant de Monet (1872,Musée Marmottan, Paris)

D’un coup de canif ou plutôt de plume qui ne décèle pas encore l’immense avancée du coup de pinceau, la révolution picturale de l’impressionnisme est lancée. Probablement, la plus importante après l’invention de la perspective. Allégé est le maître mot de cette révolution qui redonne le pouvoir à l’artiste et à sa subjectivité.

Eugène Boudin : le précurseur de l’impressionnisme

Comme souvent, tout a réellement commencé bien avant. Environ 25 ans plus tôt, vers 1850. Pour aller à la source de ce fameux courant Impressionniste, il suffit de suivre les méandres de la Seine jusqu’à son estuaire.

Là, commence à s’éveiller un nouveau regard. Un regard qui caresse les rivages de la Normandie, les nuages qui la chapeautent et les fines silhouettes humaines qui mouchettent l’horizon.

Un regard qui cherche à fixer, pour la toute première fois, l’instantanéité. Mais au-delà de figer les tranches de vie, il y a une mise en perspective comme si le tableau embarquait tout l’univers qui accompagne cet instantané.

Ce regard, c’est celui d’Eugène Boudin. Boudin : le précurseur, Boudin, « le roi des ciels » comme le qualifiera Corot, Boudin, à qui Monet, son cadet de 16 ans, reconnaît tout lui devoir;  » je lui dois tout », dira-t-il en 1924 .

Le chevalet du ciel !

Eugène Boudin (1824-1898), bien qu’autodidacte du pinceau, va ainsi donner, dans les années 1850, la toute première touche de pinceau à un univers qui deviendra quelques années plus tard celui des impressionnistes.

Eugène Boudin plage de Trouville en 1863

Personnages et ciel : la plage de Trouville vue en 1863 par Boudin

Le monde selon Boudin est « pastelisé », allégé, vaporisé, pixellisé, miniaturisé avec ses petits personnages qui s’évaporent presque sur les plages ventées de Normandie. C’est tellement nouveau et peu académique.

Au point d’impressionner le grand Zola qui évoquera « ses grands ciels d’un gris argentin, ses petits personnages si fins et si spirituels » (2) et bien d’autres comme Baudelaire qui s’émerveillait devant ses « beautés atmosphériques ».

Si l’impressionnisme peut être défini comme une technique picturale subjective qui fait émerger une harmonie, dès lors que l’on prend de la distance, donnant l’illusion qu’une scène prise en instantané qui « colporte » autant l’image que l’atmosphère et les ressentis, alors Eugène Boudin sans aucun doute est le tout premier des impressionnistes.

Bienvenue dans le cercle chromatique

Inspiré par Boudin, prenant ses lettres de noblesses avec Manet, l’impressionnisme est un hymne à la nature, à la liberté et à la personnalité. Pour la première fois, il permet à l’artiste de donner libre cours à l’interprétation de ses impressions et de son vécu. La peinture devient un langage émotionnel qui vise à saisir l’éphémère et l’instantané en cherchant à capter les effets de la lumière, fort des nouvelles théories scientifiques sur la lumière et sur le cercle chromatique (3).

Des beautés atmosphériques de Boudin aux beautés « atmos-féériques » de Manet, il n’y a donc guère plus qu’un trait de pinceau !


Boudin : l’art de la série

Avant Claude Monet, Eugène Boudin a-t-il été le tout premier à utiliser le principe de la série, c’est à dire le même paysage peint à différents moments de la journée ?

La réponse est oui. Pour répondre aux commandes des collectionneurs mais aussi par curiosité, Boudin va inaugurer, dès 1870, la déclinaison de ses toiles (4). C’est à dire qu’il va  peindre des variations autour d’un même motif.  Comme il le fera pour la plage de Deauville, Boudin peindra plusieurs déclinaisons selon les heures de la journée, les marées ou les saisons. 

Cette approche nouvelle tient pour l’essentiel à la curiosité de Boudin face à la capacité de la lumière à changer le rendu des scènes selon les périodes. Une dizaine d’années plus tard, Monet va systématiser cette approche novatrice, avec par exemple la série de la cathédrale de Rouen peinte entre 1892 et 1894.  


1 – Source : www.larousse.fr / impressionnisme
2- « Boudin le Maudit » - Le Point N° 2113 – 14 mars 2013
3 - Le physicien Eugène Chevreul publie un ouvrage en 1839 « De la loi du contraste simultané des couleurs et de l’assortiment des objets colorés d’après celle loi dans ses rapports avec la peinture ». Il y introduit la notion de couleurs primaires et couleurs secondaires
4- L’art atmosphérique d’Euène Boudin – Valeurs actuelles – 28 mars 2013 &  Musée Jacquemart-André « L’exposition Eugène Boudin »



A visionner pour mieux comprendre :

 

 

Haendel : La toute première « pop star »

(votes : 11)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 

13 avril 1742

Portrait Haendel

Quand la musique est bonne…

Le génie musical d’Haendel, ses excès et son énergie débordante, son ego surdimensionné, ses caprices, son goût pour la mise en scène et les affaires, ses fans, tout concourt à faire de lui une superstar. Celui qui a habité la même rue que Jimi Hendrix est-il le tout premier roi de la pop ?

Le 13 avril 1742, une immense foule se presse devant le Grand Théâtre de Dublin. C’est pourtant plusieurs heures avant son ouverture. Tous espèrent pouvoir  écouter l’oratorio composé en seulement 24 jours par Haendel : Le Messie.

Tous les billets ont été vendus en quelques heures. Il faut dire  que le Maître avait annoncé que les droits seraient reversés intégralement aux oeuvres de charité. Assister à un chef d’oeuvre tout en faisant une bonne action, c’est l’esprit « bobo » bien avan l’heure ! Cette première représentation du Messie sera acclamée au-delà des espérances.

Ce jour-là, une star est née, la toute première « popstar » de l’histoire comme certains aujourd’hui n’hésitent pas à l’affirmer (1).

 

Haendel première popstar

Reconnaissons que la vie de Georg Friedrich Haendel (1685-1759) est à la fois extravagante et populaire. Les puissants de l’époque, rois, reines, personnalités des cours européennes sont ses premiers supporters.

Très vite, ses succès deviennent populaires et Haendel entraîne dans son sillage des milliers d’adorateurs, des groupies ou des fans, comme on dirait aujourd’hui.

Le personnage est aussi baroque que sa musique. Il porte des perruques extravagantes et on lui attribue de nombreux caprices. Son énergie et son ego sont à la hauteur de ses succès. Cependant, son tempérament méticuleux, impulsif et dominateur, le conduit à des excès comme le fait de vouloir défenestrer une cantatrice qui l’excédait.  Attitude de Diva qui finira par lui jouer des tours et engendrer  pas mal d’ennemis.

Cependant, l’opinion publique est subjuguée autant par cette personnalité hors norme que par sa musique.  Il sera célébré durant son vivant comme un génie de la musique, tandis que le célèbrissime claveciniste, Scarlatti, évoquera le diable en personne lorsqu’il l’écouta pour la première fois.

Ironie de l’histoire, ce compositeur du XVIIIème siècle aura vécu dans la même rue que Jimi Hendrix. Très Rock-and-roll, n’est-il pas ?


Haendel : le parcours d’une superstar

  • Contemporain de Bach, originaire de Halle, en Saxe, Haendel composera une quarantaine d’Opéras, une vingtaine d’Oratorios et de nombreuses autres oeuvres musicales comme le célèbre Water Music (1717).
  • Il débute comme organiste puis fait un séjour en Italie entre 1706 et 1710. Il quitte alors Venise pour Hanovre.
  • En 1712, il abandonne sans autorisation son poste au service de Georg Ludwig, prince-électeur de Hanovre, pour rejoindre Londres et le futur roi George Ier d’Angleterre qui était aussi, par une malice des alliances, son ancien employeur à Hanovre. Haendel fait découvrir aux Britanniques, l’opéra italien.
  • En 1739, il délaisse l’opéra pour l’oratorio, abandonne les modèles allemands et italiens et crée l’oratorio anglais qui fait la part belle aux choeurs.
  • Peut-être pour remercier Dieu -bien qu’il ne soit pas dévôt- qui lui avait permis de se remettre d’une hémorragie cérébrale ayant paralysé son coté droit 4 ans plus tôt, Haendel compose entre le 22 août 1741 et le 14 septembre, le Messie.
  • Lors d’une des représentations du Messie, le 6 avril 1759, Haendel agé de 74 ans eut un malaise et exprima sa volonté de mourir le jour du vendredi saint. Voeu exaucé : il décéda le 14 avril et désormais, chaque Vendredi Saint à l’Albert Hall de Londres, le Messie est interprété.

1 – Haendel : une vie de Pop star, documentaire de la chaîne Histoire.


  • « Alleluia » du Messie de Haendel :
    A écouter et à visionner :

  • George Frederick Haendel : un documentaire de la BBC (en anglais) :

Les tout premiers « people »

(votes : 3)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 

1750

people-pano

« Graine de star ! »

Cela fait près de 3 siècles que l’on danse avec les stars ! Rousseau, Voltaire, Marie-Antoinette furent les premiers à faire tourner la tête de leurs contemporains…jusqu’à en perdre la tête. Puis, le 7ème art donna un nouveau coup de projecteur à ce phénomène qui ne cesse de s’amplifier. Aujourd’hui, nous sommes tous à prétendre être de la graine de stars !

C’est en France, au milieu du XVIIIème siècle, que naquit la notion de célébrité et donc les tout premiers « people » !

Les premières figures publiques

Rousseau, Voltaire, Mirabeau, Byron, sans oublier Marie-Antoinette, furent les premières figures publiques, les toutes premières vedettes !

Ce phénomène est porté par une évolution de la société en voie d’urbanisation et moins illettrée. Le tout, propulsé par un progrès technique notamment en matière d’impression et de reproduction. C’est l’essor de la gravure sur cuivre pour les portraits gravés et de l’eau-forte.

En réalité, on assiste à l’émergence de la « modernité » qui va transformer en profondeur sa vision de soi et son rapport à l’autre. Comme le souligne le sociologue Gabriel Tarde (1) : « L’individu se découvre singulier dans le moment même où il se fond dans un public ».

Cette toute nouvelle sensibilité individuelle est alimentée en parallèle par le frémissement d’une culture dite de masse inédite. Celle-ci est rendue possible par la technologie qui conduit, entre autre, à l’émergence des médias et même des toutes premières formes de publicité.

Vie publique & vie privée

De fait, on assiste à la naissance de l’espace public et de l’opinion publique et de la différentiation entre sphère privée et sphère publique. Tous les ingrédients sont donc réunis pour que le public s’entiche des célébrités, qu’elles le méritent ou non.

Ainsi, voit-on devenir célèbres, un criminel, un centenaire voire même un animal comme le rhinocéros Clara qui fit la tournée des zoos européens (2).

Rousseau enflamme les tout premiers fans de l’histoire

Jean-Jacques Rousseau, la toute première célébrité

Jean-Jacques Rousseau a sans doute été le tout premier à comprendre la mutation de la société et la manière d’utiliser le peuple contre les élites. Jusqu’à l’outrance !

Fort de ses succès littéraires, il cherche à se façonner une personnalité publique. Pour cela, il transgresse les codes de la vie et de la morale de l’époque et se forge une image. Ce sera son « habit arménien », un caftan et un bonnet fourré.

Mais le vrai coup d’envoi de sa « peoplisation » date de 1761. Cette année-là, l’ouvrage de Rousseau « La nouvelle Héloïse » est un triomphe. Les lecteurs lui écrivent en masse, vont à son domicile, le guettent dans la rue. Bref, il devient la cible de ses admirateurs, des centaines de fans qui lui témoignent à quel point il leur a changé leur vie.

Dans toute l’Europe, ses portraits circulent, les journaux font état de ses moindres faits et gestes.

Jean-Jacques Rousseau, qui voyait dans sa célébrité un moyen de faire un pied de nez à tous les esprits bien-pensants de l’époque, est pris à son propre piège.

Il inaugure, à ses dépens, le principe même de la starisation qui veut que « plus une personne devient publique et célèbre, plus sa vie privée nous intéresse » (3).

Une célébrité lourde à porter

Sa starisation devient un terrible fardeau, tout comme ce sera le cas deux siècles plus tard pour une autre célébrité qui marquera une nouvelle étape : Brigitte Bardot.

En voulant expérimenter la célébrité, Rousseau, va finir, tout comme Brigitte Bardot, d’ailleurs, par chercher à la fuir et se réfugier dans la solitude.

Au final, Rousseau laissera de lui une image d’un individu solitaire et romantique.

Comédiens, musiciens, écrivains, sportifs, hommes politiques et même leur conjoint, comme en témoignent Bernadette Chirac ou Valérie Trierweler, le champ de la célébrité ne cesse de s’élargir depuis plus de deux siècles.

Avec tous ces nouveaux prétendants au vedettariat, la maxime de Chamfort, poète et journaliste (1740-1794), « La célébrité est le châtiment du mérite et la punition du talent » semble hélas de moins en moins d’actualité.

Publié le 22 septembre 2014

Les toutes premières liaisons dangereuses

Presse à scandale, « images » volées, en matière de people tout s’invente à la fin du XVIIIème siècle.

voltaire

Voltaire en fut l’une des toutes premières victimes Des illustrations le montrant en petite tenue furent vendues à des milliers d’exemplaires.

D’autres, comme Byron ou l’acteur anglais David Garrick  en jouent pour gagner en notoriété.

Enfin, un peu plus tard, Franz Liszt ira encore plus loin pour gérer sa notoriété. Avec l’aide d’un imprésario, il organisera les toutes premières tournées à travers l’Europe.

C’est la faute à Rousseau, c’est la faute à Voltaire….

 


Brigitte Bardot, et Dieu créa…le mythe de la femme libre !

brigitte-bardot-resize

Liberté, sensualité et beauté sans fard, Brigitte Bardot incarne  le tout premier mythe de la femme libre, prenant à contre-pieds les stars sophistiquées d’Hollywood.

Brigitte Bardot, « une fille de son temps, qui s’est affranchie de tout sentiment de culpabilité, de tout tabou imposé par la société » c’est du moins ainsi que la voit Roger Vadim, son ex-mari (4).

Elle parvient à subjuguer autant le grand-public, les paparazzis, les stars comme Bob Dylan ou John Lennon que les intellectuels. Simone de Beauvoir dira d’elle : «  Elle fait ce qui lui plait et c’est cela qui est troublant ».

Idole d’une génération de femmes, elle est probablement l’une des femmes les plus « peoplisée » de l’histoire.

En quittant la « scène » au plus fort de sa célébrité, Brigitte Bardot restera sans contexte l’incarnation de la femme totalement libre.

Si la reconnaissance publique des femmes est apparue au siècle des Lumières, BB est la toute première idole femme a capté ainsi la lumière !

 


1 – « Et la France inventa les people », Nouvel Observateur N°2602 – 18 septembre 2014;
2 – Figures publiques. L’invention de la célébrité, 1750-1850 – Antoine Lilti – Ed. Fayard – 2014 ;
3 – Interview d’Antoine Lilti, historien, les Inrocks, 21 sept 2014 ;
4 – Le Parisien, 24 septembre 2014


A visionner pour mieux comprendre :

Kandinsky : La première véritable émancipation culturelle

(votes : 10)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 

1910 

Changement de tableau

 

On ne tire pas facilement un trait, fût-ce de pinceau, sur plus de 30 000 ans de peinture figurative.

Depuis la nuit des temps, il n’était pas vraiment venu à l’esprit des hommes de peindre autre chose que la réalité (en dehors des divinités et des ornements comme sur les poteries) avec souvent beaucoup de talent, comme s’il fallait coûte que coûte courtiser le Créateur. Chacun à sa place : d’un côté le Créateur, seul habilité à l’innovation et à la fantaisie ; de l’autre, son sujet, l’homme qui, lorsqu’il exprimait sa créativité, devenait suspect d’allégeance au Démon.

L’art d’accomader la Nature

Et puis, changement de tableau. Pour la première fois, l’artiste va faire preuve d’audace en accommodant la Nature à sa guise pour en extraire ses qualités intrinsèques : celle-ci propose, l’artiste dispose.

Sans Titre, de Kandinsky, considérée comme la première œuvre abstraite datant de 1910
Sans Titre, de Kandinsky, considérée comme la première œuvre abstraite datant de 1910

Sur ce schéma totalement nouveau, le réel, du moins tel qu’il nous apparaît, n’a plus systématiquement le dernier mot. L’art abstrait est né, nous sommes en 1910 et c’est une révolution.

L’homme s’autorise donc pour la première fois à se représenter la nature au-delà de ses apparences et à accepter que chacun d’entre nous dispose d’une vision personnelle, sans jugement de valeur. On ne regarde plus la nature au travers d’une œuvre, on la vit. C’est une nouvelle conception du monde.

Kandinsky, celui qui met l’art sens dessus-dessous !

Cette manière de s’affranchir de la réalité visuelle aurait connu, dit-on, un acte « manqué » fondateur. Kandinsky, considéré comme le père de l’art abstrait, aurait découvert dans son atelier une toile posée à l’envers. C’est ainsi que lui seraient apparues les vertus de la déconstruction !

Car, c’est bien de déconstruction dont il s’agit ; déconstruction des valeurs traditionnelles dont le mouvement est amorcé depuis la seconde moitié du XIXème siècle. Celui-ci touche les domaines artistiques (musique, peinture, puis danse et architecture) mais également politique, avec l’émergence des « bohèmes » qui s’opposeront aux bourgeois. On voit poindre déjà le spectre de mai 68 !

Toile à l’envers ou pas, Wassily Kandinsky, né à Moscou en 1866, va mettre sens dessus dessous les canons de la peinture. Précurseur de l’art abstrait[1] , il va théoriser cette « découverte » et se faire connaître fin 1911, en publiant « Du spirituel dans l’art ». Cet ouvrage délivre l’art de la dictature du réel et le place dans une dimension spirituelle. En jouant sur les couleurs et les formes, l’artiste est en mesure de révéler une vérité cachée derrière une vérité d’évidence, trop souvent éloignée de la réalité.

« La dissonance picturale et musicale d’aujourd’hui n’est rien d’autre que la consonnance de « demain », écrira Kandinsky en 1911. »

Wassily Kandinsky
Wassily Kandinsky

Cette nouvelle approche s’inscrit en réalité dans l’air du temps. Elle accompagne d’autres révolutions de la pensée de l’époque : les théories scientifiques émergentes sur la matière et la lumière (qui cacherait sa vraie nature, nature ondulatoire et corpusculaire) mais aussi en matière technologique. Il s’agit des travaux sur l’optique ou l’apparition du daguerréotype, par exemple.

Supplantée par de nouveaux outils plus performants, remise en cause par une meilleure connaissance du monde, la peinture perd son rôle de témoin de la réalité. Cela au profit d’une vision intérieure totalement subjective mais finalement plus fidèle au monde tel qu’on l’entrevoit désormais : multiple, impermanent, imprévisible et en interaction avec son observateur.

Pour représenter cette nouvelle vision du monde, l’art abstrait utilise un nouveau langage. Il s’appuie sur une grammaire construite sur les sensations et un vocabulaire qui met en jeu les formes géométriques et les couleurs dont la partition devient presque un art à part entière.

Finie donc la notion de beaux tableaux qui devaient respecter les règles académiques : le type de support (la toile), le format (rectangulaire), le principe d’application (au pinceau), etc… Ce renoncement à tout ou partie de ces caractéristiques s’apparente à de la recherche fondamentale au service d’une réalité à la fois matérielle et spirituelle.

La réalité : une longue histoire d’impressions

grotte de Blombos

Les deux morceaux d’ocre sculptés de la grotte de Blombos signent la naissance de la modernité culturelle

S’affranchir de la réalité relève d’une longue marche qui a débuté au milieu du XIXème siècle, après avoir recherché au contraire, depuis la Renaissance, à s’en rapprocher le plus possible (invention de la perspective). Les impressionnistes, influencés par l’environnement intellectuel et scientifique de l’époque, ont fait une bonne partie du chemin. Ils ont joué la carte de l’impression perçue, restait à jouer celle de l’impression rendue, autrement dit les sensations.

Certains diront, qu’avec les différents courants nés de l’art abstrait originel, le rayonnisme, le constructivisme, le suprématisme, l’expressionnisme, le cubisme, etc.., nous sommes passés de la recherche de sensation à celle du sensationnel.

Restons modestes, il y a 77 000 ans dans la grotte de Blombos (2), donc bien avant les grottes de Lascaux ou de Chauvet…et les oeuvres de Kandinsky, des « artistes » ont fait preuve de recherche esthétique et abstraite, portant un premier regard personnel sur leur monde.


 Chronologie de la peinture en quelques traits !

  •  - 77 000 ans : naissance de l’art pictural – jusqu’à la prochaine découverte- dans la grotte de Blombos (Afrique du sud);
  • - 40 800 ans : peinture de la caverne d’El Castillo (Espagne) qui représente un disque rouge ;
  • - 37 300 ans : importantes représentations d’art rupestre de la grotte d’Altamira (Espagne);
  • - 32000 ans : peintures de la Grotte de Chauvet (Ardèche);
  • 2300 av. J.-C. : invention des hiéroglyphes, à mi chemin entre le dessin et l’écriture;
  • Entre le V et VI ème siècle av. J.-C : Zeuxis d’Héraclée, peintre grec, est le premier à recourir à la technique du sfumato, donnant un effet de contours imprécis, technique reprise ensuite par Léonard de Vinci; Selon « l’historien » romain Pline l’Ancien, Zeuxis serait à l’origine du trompe l’oeil, technique qui sera beaucoup utilisée par les romains comme à Pompeï ;
  • 820 : manuscrits enluminés dont l’un des premiers est le Livre de Kells ;
  • 1415 / 1417 : Filippo Brunelleschi, architecte florentin, donne le coup d’envoi à la mise en perspective. Cette technique sera théorisée par Léon Battista Alberti dans De Pictura (en 1435) ;
  • 1425/1428 : Masaccio sera le premier peintre à l’appliquer sur une fresque de l’Eglise Santa Maria Novella de Florence ;
  • Vers 1400 : le peintre flamand Jan Van Eyck donne le premier coup de pinceau de la peinture à l’huile ;
  • A partir de 1600 : la peinture baroque fait son apparition avec Rembrandt, Rubens, Vélasquez et bien d’autres ;
  • Camille Corot (1796/1875), de l »école de Barbizon, annonce l‘impressionnisme;
  • 20 avril 1874, première exposition des impressionistes, avec 165 toiles, dans l’atelier du photographe Nadar;
  • 1883, Georges Seurat à l’origine du pointillisme invente d’une certaine manière le concept des pixels;
  • 1904 : La lettre de Cezanne à Emile Bernard donne le fondement du cubisme;
  • 1907 : la toile « les Demoiselles d’Avignon » de Pablo Picasso renouvelle totalement, à travers le cubisme,  la représentation du nu et annonce la révolution picturale à venir ;
  • 1910 : Kandinsky dévoile une nouvelle approche de la réalité avec l’art abstrait ;
  • Années 1950 : naissance du Pop Art, avec des artistes comme Jasper Johns et plus tard Andy Warhol
  • 1960 : Brassaï publie le livre « Graffiti », première évocation du graffiti comme un art, dont l’un des pionniers aura été un artiste grec, Demetrios, vivant à New York signant Taki 183;

1 – Avec quelques autres artistes comme Kupka, Larionov, Malevitch, Mondrian; Concernant, l’aquarelle Sans Titre, considérée comme la première œuvre abstraite de l’histoire de la peinture (cf. illustration ci-dessus), il existe aujourd’hui une polémique sur sa véritable date : 1910 ou 1913 et dans ce cas, elle serait une esquisse pour une huile baptisée Composition VII, à l’automne 1913.
2 – 2 morceaux d’orcre sculptés de traits obliques et parallèles, découverts dans la grotte de Blombos en Afrrique du sud, pourraient être une de premières représentations symboliques, voire abstraites de l’histoire, signant l’apparition de la modernité culturelle. Pour en savoir plus, lire l’article sur Wikipedia.


A découvrir pour mieux comprendre :

    • Laure-Caroline Semmer, historienne de l’art, nous décrypte l’art abstrait au travers de l’approche de Kandinsky :


Centre Pompidou / Kandinsky et l’art abstrait par centrepompidou

  • Émission consacrée à Mondrian, l’un des précurseurs de l’art abstrait – [Canal Savoir]


A consulter pour aller plus loin :

  • La naissance de l’art abstrait
    - Collection : Un mouvement, une période – Centre Georges Pompidou, Paris
  • Art abstrait : Thèmes et Formes de l’abstraction dans les avant-gardes européennesPar des analyses précises et limpides, l’auteur remet en perspective les différents pôles du mouvement et récuse l’apparente « gratuité » de l’art abstrait. L’ouvrage s’attache à éclairer l’art abstrait européen à travers l’étude minutieuse de ses origines, entre 1905 et 1915. Plus que les innovations techniques ou esthétiques, il met en évidence la maturation des contenus et la signification des oeuvres.
  • Kandinsky, sa viePremière biographie de l’inventeur de l’abstraction, ce livre sensible a été établi à partir d’un ensemble de sources considérable. Il évoque à la fois la vie traditionnelle russe et celle de la Russie des avant-gardes. Le lecteur peut assister à la formation du peintre, à la genèse de son œuvre et de sa pensée et il peut suivre la quête fiévreuse qui ouvrit à l’artiste le passage vers la peinture absolue et qui en fit, à travers ses écrits et ses amitiés, le grand inspirateur de la révolution artistique des temps nouveaux.
  • Du Spirituel dans l’art et dans la peinture en particulierde Vassily KandinskyDans ce traité sur l’abstraction publié en 1910, Kandinsky revendique le droit de tout oser dans la création artistique à la seule condition de respecter le «  »principe de nécessité intérieure » ». Ce texte a certes permis à l’artiste de se faire connaitre en Europe, mais il a surtout eu un retentissement majeur sur le cours de l’art moderne .Un grand classique à redécouvrir
  • Kandinsky, de Christian DerouetCette grande rétrospective de l’œuvre d’une des figures majeures du XXème siècle, Vassily Kandinsky, est proposée conjointement par le Centre Pompidou, la Städtische Galerie in Lenbachhaus de Munich et le Solomon R. Guggenheim Museum de New York, qui détiennent les plus importants fonds d’œuvres de l’artiste. Elle a été publiée à l’occasion de l’exposition Kandinsky présentée au Centre Pompidou en 2009.