jeudi, 29 juin 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Les tout premiers dessins animés…

(votes : 7)
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A partir de – 35 000 ans

La préhistoire fait son cinéma !

 

Panneaau des Lions de la grotte de Chauvet

Panneaau des Lions de la grotte de Chauvet

Et si les grottes préhistoriques de Dordogne renfermaient les tout premiers « studios de cinéma » de l’histoire ! Non, preuve à l’appui, ce n’est pas du cinéma. Moteur !

Scène 1 : le thaumatrope.

De quoi s’agit-il ? Un thaumatrope n’est ni une espèce de dinosaure ni une divinité préhistorique ni un traumatisme quelconque. Il s’agit tout simplement d’une sorte d’instrument optique qui exploite la persistante rétinienne pour produire l’illusion d’une image animée. Le terme vient du grec thauma qui signifie « prodige » et de tropion voulant dire « tourner ». Autrement dit : un « prodige tournant ».

Exemple de thaumatrope

Exemple de thaumatrope

 

La préhistoire du cinéma : un vrai prodige

Cet objet est considéré comme le tout premier jouet optique préfigurant, d’une certaine manière, la technique cinématographique. Jusqu’ici son invention, vers 1820, est attribuée à deux anglais : William Henri Fitton et à John Ayrton Paris à partir d’un concept issu de l’astronome John Herschel.

Mais voilà que des analyses récentes (1) pourraient nous conduire à faire un flash-back de 15 000 ans et nous porter à l’époque du magdalénien, donc de la préhistoire, la vraie.

 

La rondelle aux chamois avec sa cordelette

La rondelle aux chamois avec sa cordelette

On a en effet découvert sur le site de Laugerie-Basse en Dordogne une rondelle en os dite « aux chamois » perforée en son centre. Cet objet porte sur chacune des faces une position différente de l’animal, correspondant à des phases successives du mouvement de la bête.

Le chamois d’or !

Des expériences élémentaires ont permis de reproduire l’animation telle qu’elle pouvait se pratiquer à l’époque. Soit par simple manipulation de l’objet, soit en introduisant un fil de tendon naturel au sein du trou central. Le résultat produit une rotation rapide de la rondelle, avec pour effet d’animer le chamois.

D’autres objets, de factures et d’époque similaires, prouvent qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé. En témoigne la petite plaquette se schiste issue de la grotte d’Isturitz située dans les Pyrénées-Atlantiques. Celle-ci arbore deux dessins de renne, couché sur une face, debout sur l’autre.

Le principe exploitant la persistance rétinienne, qui est à l’origine de l’invention de la caméra et du cinéma, semblait, toute proportion gardée, connu de l’homme de Cro-Magnon !

Scène 2 – Le lion s’anime ce soir…

Mais remontons encore le temps jusqu’aux alentours de 30 000 ans. En examinant les œuvres pariétales de l’époque, on observe que bon nombre d’entre elles proposent des représentations dynamiques du mouvement. Technique graphique d’animation que l’on pensait être une invention récente de l’humanité. L’apanage du cinéma et des bandes dessinées.

Que nenni ! Les artistes de sites de Chauvet (-36 000 ans), et plus récemment de Lascaux (-17 000 ans), d’Altamira (-15 000 ans) de Niaux (- 13 000 ans) ou d’autres encore, en voulant « insuffler » la vie à leurs sujets, ont conçu des conventions graphiques proches de celles employées de nos jours.

Par exemple, la fresque des Lions de la grotte de Chauvet, peinte il y a 35 000 ans (voir image d’ouverture) illustre parfaitement cette narration graphique. Il s’agit d’une scène de chasse où figurent à la fois le mouvement de chaque lion mais aussi celui de la meute et du troupeau de bisons s’enfuyant.

Un autre exemple est la frise des Lions de la grotte de la Vache (Ariège) où l’on y voit une série de félins gravés sur une côte de bovidé. Il est probable que l’artiste ait voulu illustrer le même lion dans les différentes étapes de sa course.

Premiers documentaires animaliers…

Les peintres du paléolithique ont compris que mettre en scène les animaux en superposant plusieurs membres permettait de simuler le mouvement. Le trot du Cheval de la grotte de Lascaux est, sur ce principe, appuyé par le fait que le mouvement de sa tête est décomposé en 5 images illustrant des positions différentes.

Leurs intentions, à travers les tableaux successifs, étaient à l’évidence de raconter de manière illustrée et explicite les moments forts de leur existence. Tranches de vie marquées par des histoires naturelles où se mêlent accouplements, chasse et même la mort. Bref, les tout premiers medium visuels de l’histoire.

Les recherches conduites depuis une dizaine d’années démontrent que 40 % des animaux des œuvres pariétales sont représentés en mouvement. Et cela sans compter, les représentations à l’apparence plus statique mais qui s’animent sous l’effet d’un éclairage d’époque qui était constitué de torches ou de lampes à graisse.

Marc Azéma, préhistorien et réalisateur de films, en conclut « …que la plus grande partie du bestiaire pariétal devait être animée pour les artistes préhistoriques »(2).

Les tout premiers documentaires animaliers, en quelque sorte !

Mis à jour le 26 juillet 2012

La préhistoire en mouvement

Deux procédés sont employés par les artistes de la préhistoire pour animer leurs œuvres (2) et en restituer ainsi le côté vivant :
- La juxtaposition d’images, comme affubler 8 pattes à un bison (grotte de Chauvet);
- La représentation d’images successives, permettant de décomposer un cycle de mouvements tel le galop.

Intuitivement, ils utilisent la persistance rétinienne, l’une des propriétés spécifiques de l’œil qui consiste à conserver  en mémoire une image durant 50 millisecondes. Le cerveau recompose ensuite la succession d’image en une séquence donnant l’illusion d’un continuum.


Coup de tonnerre sur les coups de « pinceaux » de la préhistoire

Le titre de tout premier artiste de l’humanité pourrait bien ne pas revenir à un homme, au sens Homo sapiens, mais à Neandertal, simple cousin malheureux de l’homme moderne, disparu de la circulation voici 30000 ans environ.

Cette révélation(5), s’il elle était confirmée, bouleverserait notre conception de l’évolution humaine. L’hypothèse repose sur les dernières datations d’œuvres pariétales peintes sur les parois de la grotte d’El Castillo (nord-ouest de l’Espagne). Datations dont les méthodes incitent toutefois à la prudence. Il s’agit d’un disque de pigment rouge daté de – 40 800 ans et d’une empreinte de main négative remontant à – 37 800 ans. 

Ces premières œuvres de l’histoire ne représentent pas d’animaux ce qui suggèrent également que les premiers traits artistiques pourraient être non figuratifs comme supposés jusqu’à présent(6).    

Evidemment, considérer Neandertal comme un artiste, et qui plus est, le tout premier artiste de l’histoire, remet en cause tout l’édifice sur lequel repose la spécificité, pour ne pas dire la suprématie de l’homme, le vrai, face à ses congénères. 

Car, reconnaître que la capacité de création n’est plus l’apanage de cet homme moderne et que Neandertal en est aussi doté, c’est franchir le Rubicon « cognitif » que beaucoup de spécialistes hésitent encore à franchir. Suite à la prochaine…datation.  


1 – Théorie défendue par Jean Azéma, préhistorien, chercheur au CNRS et membre de l’équipe scientifique de la grotte Chauvet,  expérimentée par Florent Rivère, illustrateur, paléo-expérimentateur, spécialiste de la préhistoire
2-  L’origine préhistorique du Cinéma – Jean Azéma – Pour la Science N° 417  Juillet 2012
3- http://www.f-river.fr/index.php 
4 – Pour en savoir plus sur la naissance du septième art : animage.org
5- Sources :  Sciences & Avenir – août 2012 / revue Science – 15 juin 201
6- Pour aller plus loin sur ce sujet, lire l’article sur le site Hominides.com


A visionner pour mieux comprendre :
    • Principes d’animation utilisés par les artistes du paléolithique :

    • L’origine préhistorique du cinéma, par Marc Azéma :

    • Premier film érotique ! Pour le plaisir :


Pour aller plus loin :
  • La Préhistoire du cinéma : Origines paléolithiques de la narration graphique et du cinématographe…, de Marc Azéma – Ed. Errance, 2011L’auteur part des images de la grotte Chauvet pour terminer par les premiers dessins animés et l’apparition du cinéma et les films de Méliès. Un voyage fascinant à travers l’art universel, sur tous les continents, pour démontrer que les techniques « cinématographiques » ont toujours été présentes et que « l’archéologie du cinéma » est bien plus ancienne qu’on ne le croit. Un DVD complète la démonstration, en animant des images de mouvements décomposés savamment par les artistes anciens.
  • La grotte Chauvet : L’art des origines, de Jean Clottes – Ed. Seuil, 2001Le plus ancien nu féminin tracé sur une paroi date de 33 000 ans. C’est l’une des découvertes exceptionnelles livrées par la grotte Chauvet (Ardèche). Fouillée depuis 1995 par une équipe pluridisciplinaire sous la direction de Jean Clottes, elle ne sera jamais ouverte au public. Cet ouvrage scientifique très accessible a donc été conçu comme une visite permettant à tous les amateurs de préhistoire d’apprécier la grande richesse d’un tel site rupestre. De nombreuses photographies des représentations animales répertoriées en révèlent la qualité impressionnante. Des relevés d’empreintes accompagnés de graphiques reconstituent les différentes périodes d’occupation de la grotte et leur datation. Des cartes permettent de localiser l’emplacement des salles par rapport à l’ensemble du lieu. Ainsi renaissent sous les yeux du lecteur les gestes des premiers peintres et l’émotion que suscite la découverte d’un univers vieux de tant de millénaires

Les toutes premières scènes underground

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- 176 500 ans

neandertal-pano

Men in black !

Victimes de préjugés et d’une réputation de brute épaisse qu’il ne mérite pas, Neandertal, contre toute attente, a fait preuve de maitrises que l’on pensait être l’apanage des vrais hommes, l’homo sapiens ! Parmi ces maitrises, Neandertal s’est montré capable de s’aventurer dans le fin fond des grottes obscures 140 000 ans avant notre espèce. Essayons d’y voir plus clair !

Les spécialistes en restent coi ! Et il y a de quoi : jamais, ils auraient imaginé l’homme de Neandertal (-300 000 à – 28 000 ans) capable d’autant d’audaces et de maitrises.

Grotte-Bruniquel-resizeNeandertal : déjà une grande maîtrise

Maitrise de soi pour commencer, car s’aventurer dans les profondeurs d’une grotte, loin de la lumière naturelle est déjà une prouesse en soi pour l’époque. A cela, il faut ajouter la capacité de revenir sur ses pas pour retourner à l’air libre, ce qui implique la création d’une image mentale de la topographie des lieux.

Maitrise du flambeau ensuite, car pour partir à la découverte des galeries souterraines, il fallait que ces individus fassent reculer l’obscurité et qu’ils utilisent des torches dont il fallait gérer la flamme.

Maitrise « d’ingénierie » enfin, si l’on se réfère aux structures circulaires de stalagmites construites par ces hommes. Pour y parvenir, il aura fallu qu’ils s’aventurent profondément et découvrent une salle « ornées » de ces stalagmites, qu’ils les brisent par centaine et qu’ils les assemblent pour former des petits enclos circulaires.

Tout cela s’est passé, il y a plus de 176 000 ans dans la grotte de Bruniquel dans le Tarn & Garonne, à plus de 300 mètres de l’entrée de la grotte. Il s’agit de la plus ancienne pour ne pas dire la toute première construction découverte loin de lumière du jour et l’une des toutes premières explorations primitives.

Est-il étonnant que ce grand gaillard de Neandertal qui affrontait les bêtes et inhumait ses morts et taillait déjà ses outils, n’ait pas peur du noir ?

Oui et non, car comme le souligne Jacques Jaubert(1) « encore aujourd’hui, tous les peuples ne vont pas dans les mondes souterrains ; ils sont parfois tabous, ignorés ou effraient »

Publié le 17 juin 2016

Les hommes de cavernes préféraient le grand-air !

Lorsqu’on se référe aux hommes préhistoriques, on a coutume de parler d’hommes des cavernes.

neandertal-grotte_0Eh bien, c’est une idée reçue qui est fausse. Les hommes du paléolithique, vaste période qui couvre de – 3 millions d’années à – 12 000 ans, ne vivaient pas dans les cavernes et les grottes, du moins pas régulièrement.

S’ils s’installaient parfois à l’entrée des grottes pour pouvoir bénéficier de la lumière du jour, ils n’élisaient pas domicile au fin fond des cavernes pour de simples raisons de salubrité. Humidité, obscurité, mauvaise aération, difficile d’accès, autant de raisons qui n’incitaient pas les hommes préhistoriques à s’y installer sauf de manière ponctuelle pour y déployer leurs talents d’artistes ou pour se protéger.

Les hommes des cavernes préféraient les surplombs rocheux ou construire des campements en plein air, en dehors donc des cavernes !

Sur la fin des cette période, l’homme de Cro-Magnon étaient capables d’édifier des huttes comportant des toitures faites de peaux de bêtes soutenus par des piquets comme en témoigne le site de la Vigne-Brun [Loire] (2) vieux de 23 000 ans.

 


Nous avons tous un peu de Neandertal en nous !

Neandertal jusqu’à récemment n’avait pas une bonne image. Tandis que Cro-magnon, c’est à dire nous, était vu comme l’homme idéal, son cousin, Neandertal était considéré comme une brute épaisse.

Neandertal-adn2

Mais ça c’était avant ! Depuis une bonne décennie, Neandertal est devenu plus fréquentable. Neandertal a arpenté la planète durant 200 000 ans (entre 300 000 ans et 28 000 ans environ) et a côtoyé l’Homo Sapiens, l’homme moderne, durant 8000 ans avant de disparaître, victime probablement de ce dernier.

Vision très développée, alimentation diversifiée contrairement aux idées reçues, capable d’innovations et sans doute déjà artiste dans l’âme, Neandertal se montre finalement très proche de nous.

Mais il avait des points faibles qui lui ont été fatal : moins à l’aise en matière de relations sociales et des capacités cognitives moins performantes et surtout un taux de fécondité inférieur à celui de l’Homo Sapiens.

Neandertal ayant fricoté avec l’homme moderne, il a laissé son empreinte génétique avant de disparaître.

Neandertal a « distribué » plus de 20 % de son génome à l’Homo Sapiens, répartis certes de manière inégale. On estime ainsi que les Eurasiens intègrent entre 1 et 3 % de gènes néandertaliens dans leur propre ADN. Parmi la vingtaine de gènes actifs de ce génome, on trouve ceux qui codent la production de kératine (4), -protéine des cheveux ou de la peau- ou d’autres qui jouent un rôle dans le système immunitaire entraînant aussi certaines réactions allergiques.


1 – Professeur de Préhistoire – Université de Bordeaux
2- Science & Avenir N° Hors série – Septembre-octobre 2015 – La Grande Histoire de l’humanité- P. 61
3- Science, 29 janvier 2014
4- Céline Bon, chercheuse au Muséum d’Histoire Naturelle, citée dans Science & Avenir N° Hors série – Septembre-octobre 2015 – La Grande Histoire de l’humanité- P. 59


A voir et à lire pour aller plus loin :

Le tout premier homme moderne

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- 200 000 ou 300 000 ans

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« Tu seras un homme, mon fils »

« Qu’est-ce que l’homme dans la nature ?, s’interroge Blaise Pascal, un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout. ».

Ce « juste milieu » qui hélas ne se révélera pas toujours le Juste du milieu, fait ses tout premiers pas il y au moins 200 000 ans, peut-être même 300 000 selon une découverte récente qui bouleverse l’histoire « d’Homo sapiens »(1). Il sera baptisé bien plus tard par ses pairs, dotés comme lui d’un cerveau de 1400 cm3, d’Homo sapiens (3) ce qui signifie « homme sage ».

Mais en quoi se distingue cet homme qualifié de moderne de ses ancêtres et autres congénères ?

C’est la question que se pose Ivory, l’un des protagonistes du roman « Le Premier Jour » de Marc Lévy : « Le premier homme est-il vraiment celui qui s’est dressé pour marcher debout ? Est-il celui qui a décidé de tailler le bois et la pierre pour s’en faire des outils ? Le premier qui a pleuré la mort d’un proche, prenant conscience que sa propre fin était inéluctable ? Le premier à croire en une force qui lui était supérieure ou, peut-être, le premier à exprimer ses sentiments ? … »

Un long parcours qui a commencé il y a 25 millions d’années

Une chose est sûre, pour acquérir le titre d’homme moderne –et celui d’homme sage-, cela n’a pas été un parcours de santé !

Tout a commencé, il y a 25 millions d’années lorsqu’un groupe de singes se distingue des autres avec une différenciation au niveau du crâne et des mains qui préfigurent les nôtres.

Cependant les choses sérieuses débutent vraiment il y a 7 millions d’années, au Tchad, avec Toumaï, puis Orrorin (-6 millions d’années), les plus anciens hominidés connus (voir encadré).

Evolution du volume du cerveau depuis l'Homo habilis

Evolution du volume du cerveau depuis l’Homo habilis

Le genre Homo apparait il y a environ 2, 5 millions d’années, avec l’Homo habilis. C’est le début d’une longue lignée qui mènera jusqu’à nous.

A l’Homo habilis lui succéderont l’Homo ergaster (-2,3 millions d’années), originaire d’Afrique, l’Homo erectus (-1,8 millions d’années en Asie), l’Homo heidelbergensis (-700 000 ans), l’Homme de Neandertal (-250 000 ans) et enfin, le fameux Homo sapiens dont la date de naissance était jusqu’ici estimée entre -160 000 et – 200 000 ans mais dont la découverte du site de Djebel Irhoud pourrait repousser sa naissance de 100 000 ans la propulsant à 300 000 ans.

En réalité, cette notion de succession n’est pas exacte car les espèces ont cohabité, comme par exemple l’Homo habilis et l’Homo ergaster ou l’homme de Néandertal et l’Homo sapiens. Sans parler de l’Australopithèque – dont fait partie la célèbre Lucy-, à mi-chemin entre le singe et l’homme, qui a partagé les sorts de l’Homo habilis à celui d’Homo erectus avant disparaitre corps et biens.

Un bien bel équipement !

L’Homo sapiens des origines dispose d’un cerveau  comparable en volume au nôtre (environ 1400 cm3), bien plus performant que celui des autres primates. Il ne fait pas encore de distinction entre les objets inanimés et la nature. Il considère que tout est vivant, avec comme corollaire, une prise de conscience de la mort qui va le conduire jusqu’à enterrer les siens. Le chien est déjà son meilleur ami et il n’hésite pas à jouer avec. C’est un compagnon de voyage qui l’accompagnera au cours de ses périples, en Europe ou au Moyen Orient.

Ces premiers humains ont donc beaucoup de points de ressemblance avec nous. « Leur visage n’était pas très différent de celui de n’importe qui dans le métro » affirme Jean-Jacques Hublin (2) de l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste de Leipzig et Collège de France et découvreur des fossiles du site marocain repoussant l’âge d’Homo Sapiens à 300 000 ans (cf encadré ci-dessous).

Ces premiers hommes n’ont pas encore la notion de possession. Lors de leurs déplacements qui les conduits, il y a 60 000 ans, vers l’Europe et l’Asie occidentale, ils s’encombrent du strict nécessaire : des outils, des armes, des vêtements. Auxquels s’ajouteront, comme l’écrit Jacques Attali, des connaissances, des langues, des rites, des histoires, bref toute une culture.

Quand j’entends le mot culture, je tire…ma révérence !

Un bardât qui deviendra de plus en lourd à porter mais indispensable pour résister à une nature qui, elle, au contraire des humains, continuera à ne faire aucun sentiment.

Homo habilis versus homo sapiens

Portrait à qq millions d’années d’intervalle ! (voir « A lire et tester »)

C’est peut-être ce bagage culturel qui fera la différence face à d’autres espèces d’hommes comme l’Homme de Neandertal qui, lui, finira par s’éteindre au moment où apparait l’homme de Cro-Magnon.

Celui-ci pointe son nez, il y a 35000 ans. Tout dernier modèle de la « série Homo », il se voit équiper des toutes dernières innovations que l’on va retrouver chez nous !

L’évolution vers l’homme actuel n’a pas été un long fleuve tranquille. Comprendre comment ont évolué les espèces d’Homo les unes vers les autres demeure encore à bien des égards mystérieux.

En revanche, nous avons la certitude que depuis 30 000 ans, pour la toute première fois, une seule espèce d’Homo peuple la Terre : la nôtre.

 

actualisé le 11 juin 2017

Etes-vous plutôt Arche de Noé ou Chandelier ?

Actuellement, deux théories s’affrontent pour expliquer l’évolution humaine. Celle dite du « chandelier » qui avance que l’homme moderne serait le fruit d’évolutions picorées à la fois chez l’Homo ergaster en Europe et l’Homo erectus en Asie ; et la théorie davantage étayée, dite « de l’arche de Noé » qui fait de l’Afrique l’unique berceau de l’humanité, avant une migration sur l’ensemble de la planète.


Vous avez dit Hominidé ?

Brève explication pour ne pas se perdre dans la jungle des désignations de nos ancêtres qui ont jalonné ce que l’on nomme la préhistoire :

  • Les hominidés comprennent l’homme actuel, ses ancêtres mais aussi les gorilles et les chimpanzés Il s’agit des mammifères de la famille des primates en mesure de se mouvoir entièrement ou en partie grâce à leurs 2 jambes, de pratiquer une vie sociale et d’être capable de fabriquer des outils;
  • les homininés représentent une sous famille de la précédente. Elle inclut la lignée qui conduit à l’homme actuel depuis l’australopithèque apparu il y a 4 millions d’années, dont la célèbre Lucy (3,2 millions d’années) ;
  • Le genre Homo désigne toutes les espèces de la lignée humaine dont la première est l’Homo habilis apparu, il y a 2,5 millions d’années, environ et la dernière l’Homo sapiens, le premier homme moderne apparu en Afrique, il y a donc 200 000 ans.

 Connaissez-vous bien la famille ?

homo-sapiens-et-neandertal_la famillle

  • Homo habilis signifie homme habile. Il a vécu en Afrique de l’Est et du sud entre 2,5 millions d’années et 1,5 million d’années (Ma);
  • Homo ergaster (homme qui se déplace) apparait en Afrique, il y a plus de 2 millions d’années. Il va migrer vers l’Asie. Il évoluera en Homo erectus (homme debout) vers 1,8 million d’années pour s’éteindre 300 000 ans avant notre ère. Omnivore, on lui attribue la maîtrise du feu;
  • Homo heidelbergensis pourrait être selon certains scientifiques l’ancêtre commun à l’Homo sapiens et à l’Homme de Neandertal. Il vit en Afrique et en Europe entre 700 000 ans et 200 000 ans avant notre ère; 
  • Homme de Neandertal fait son apparition il y a 250 000 ans pour disparaitre il y a 30 000 ans. Il cohabitera donc avec l’Homo sapiens . Il vivra en Europe et au Moyen-Orient et sera le tout premier à enterrer ses morts.
  • Homo sapiens entre en scène il y a sans doute 300 000 ans  en Afrique, voyagera et atteindra l’Europe, il y a près de 40 000 ans. Il sera alors connu sous le nom de l’homme de Cro-Magnon.
  • et homo floresiensis, ou Homme de Florès, espèce (spécifique ?)  de petite taille découverte en 2003 en Indonésie, ayant vécu entre – 95 000 ans et – 12 000.

Les hobbits sont-ils des hommes de Florès ?

Bilbo, le Hobbit, a-t-il un lien de parenté avec l'homme de Florès ?

Bilbo, le Hobbit (4) ressemble par sa petite taille à l’homme de Florès, découvert en 2003 sur l’ile de Florès en Indonésie.

Nous avons à faire à des individus de petit gabarit, 1 mètre environ et une trentaine de kilos, connus que sur cette île. Cette espèce, s’il s’agit bien d’une espèce en tant que telle,  descendrait directement de l’homo habilis, voire de l’homo erectus.

Malgré un cerveau de la taille d’un pamplemousse, l’Homme de Florès n’en a pas moins fabriqué des outils et maitrisé le feu.

De là à lui conférer des pouvoirs et un destin exceptionnels à la Bilbon Sacquet, le Hobbit de Tolkien, cela revient à nous compter « florès »…


Coup de vieux pour le premier jeune homme !

jean-jacques-hublin-Decouverte-homo-sapiens-Maroc

Le Maroc pourrait être le berceau de l’humanité.

La découverte du site de Djebel Irhoud déplace nos origines vers le Nord-Ouest du continent africain (jusqu’ici situé en Afrique du sud et de l’est) et surtout repousse de 100 000 ans les tout premiers pas de nos ancêtres directs. Même si, comme le souligne l’anthropologue Jean-Jacques Hublin « bien malin qui pourrait donner un point d’origine » (2) à notre espèce.

Le site Djebel Irhoud  est situé entre Marrakech et l’océan Atlantique. Là, vont être exhumés, année après année, au total 5 individus dont un ado et un enfant de 7 à 8 ans.

Les datations laissent penser que l’ensemble des fossiles remonte à environ 315 000 ans (avec une marge d’erreur de 10 %) même si certains scientifiques réfutent cette datation.

Pour Yves Coppens « C’est une très belle découverte qui semble confirmer un foyer africain pour l’origine humaine » (2).

 


1 – Découverte par l’équipe de Jean-Jacques Hublin de 5 fossiles sur le site marocain de Djebel Irhoud.
2 – Citation dans « Le Monde » du 7 juin 2017, article par Hervé Morin.
3-
Depuis 2003, l’homme de Neandertal et l’Homo sapiens sont considérés comme deux espèces différentes, il n’y a donc plus de raison de parler de l’homo sapiens sapiens. En revanche, le terme d’Homo sapiens archaïque est parfois utilisé pour désigner les premiers homo sapiens, avant – 35 000 ans.
4 – Référence au Film sorti fin 2012 « Le hobbit : un voyage inattendu », premier volet d’une trilogie issue de l’oeuvre de J.R.R Tolkien.


A visionner pour mieux comprendre :

 

 


A lire ou à tester pour aller plus loin :

  • L’Homme premier. Préhistoire, évolution, culture de Henry de Lumley, directeur du Muséum d’Histoire Naturelle et du Musée de l’Homme. Il a une connaissance passionnée de la préhistoire et sait mettre tout son enthousiasme à la faire partager. Simple, richement illustré, ce livre permet de découvrir la préhistoire et offre une vision inattendue d’un passé si lointain, de lieux si différents, et pourtant si proches.
  • La Grande Histoire des premiers hommes européens De site en site, de la Géorgie à l’Italie et à l’Espagne, de la France méridionale à celle du Nord, voici une invitation à marcher sur les traces des premiers Européens. À chaque pas, c’est une étape de l’évolution que l’on découvre.
  • L’homme, cet étrange animal de Jean-François Dortier, sociologue et fondateur du magazine Sciences Humaines.  Un étrange animal est apparu sur terre il y a deux millions d’années, avec l’Homo habilis. Il s’est mis à parler, à fabriquer des outils, à produire des oeœuvres d’’art, à enterrer ses morts et à inventer des dieux. Comment expliquer l’’émergence de ces comportements nouveaux ?  Les recherches sur les cultures animales, l’’émergence du langage, l’’évolution du cerveau, les origines de l’art et de la religion renouvellent constamment la question du « propre de l’homme ».
  • Un portrait de vous, comme si vous étiez un Homo habilis, cela vous tente ? Rendez-vous sur le photomaton de l’époque!