mardi, 17 octobre 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

La toute première « charpente » ou le précurseur des vertébrés

(votes : 6)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 

- 505 millions d’années

Faunce de Burgess

Premiers de chordés !

Il y a 505 millions d’années, un petit animal effilé mesurant quelques centimètres seulement est doté d’un attribut que ses congénères n’ont pas. Une ébauche de colonne vertébrale dénommée chorde. Cela n’a l’air de rien mais c’est une révolution qui va bouleverser l’évolution des espèces, dont la nôtre !

Il ne ressemble à rien. En tout cas, ni à vous ni à moi. Pourtant, il faut s’en faire une raison, il est de la famille. Enfin, un parent, très, très, très éloigné mais un parent tout de même.

Il mesure 5 cm et c’est un vers aquatique qui a l’allure d’une petite anguille. Mais cet « individu » possède quelque chose que les autres n’ont pas, du moins pas encore. Une structure effilée cartilagineuse qui rigidifie son dos avec une symétrie bilatérale. Une ébauche de colonne vertébrale que les scientifiques nomment chorde.

Un être bien charpenté pour l’époque !

La chorde est une tige flexible s’étendant sur toute la longueur de l’animal. Celle-ci provient d’un tissu particulièrement concentré qui forme une sorte de charpente.

Cet être bien charpenté pour l’époque se nomme Pikaia (ou Pikaya ). Il a vécu y a plus de 500 millions d’années et fait partie de la faune dite de Burgess (voir encart).

Pikaia est probablement l’ancêtre des vertébrés, même si cela fait encore débat chez les spécialistes. Le tout premier spécimen d’une longue lignée (2) ; la lignée royale, comme le souligne Yves Paccalet (3), celle du phylum des cordés (ou chordés) qui mènera aux mammifères et donc à l’homme.

De ce point de vue, on peut dire qu’il était en avance sur son époque, Pikaia. Ce petit « vers » aquatique ou certains de ses cousins engendreront les précurseurs des poissons ou petits poissons des sables, comme les « lancelets » ou les « amphioxus ».

Une évolution ? Non, une révolution !

En réalité Pikaia donne le coup d’envoi à toute une série d’évolutions qui vont tout bouleverser : la façon de se mouvoir, de respirer, de se nourrir.

Il y a 488 millions d’années, plusieurs types de poissons primitifs évoluent dans les étendues aquatiques du globe. Ce sont des agnathes, des poissons dépourvus de mâchoire.

La respiration, à l’époque, s’effectue donc par les branchies. Ceci explique que notre trompe d’Eustache, qui fait communiquer l’oreille interne et la bouche, est un vestige de branchie. Cette curiosité remonte ainsi à cette époque.

De même, comme l’explique Alain Froment (1), nous avons hérité notre sacrum des poissons.

Il y a 375 millions d’années, pour la toute première fois, un gros poisson d’eau douce, le tiktaalik, s’aventure sur la terre ferme mue par des pattes. Il a troqué ses branchies pour des poumons et ses vertèbres se sont soudées pour renforcer les pattes postérieures. On a affaire à l’ancêtre des vertébrés terrestres, ou tétrapodes, un descendant du Pikaia.

Désormais, avec une charpente solide et une respiration à pleins poumons, la vie reprend son inspiration !

 » A partir d’un commencement aussi simple, un nombre infini de formes, toutes plus belles et plus merveilleuses les unes que les autres, se sont développer et continuent à évoluer »  s’étonna le célèbre naturaliste Charles Darwin (4) à propos de l’évolution des espèces. Cette remarque va comme un gant au Pikaia et à sa descendance, ne trouvez-vous pas ?

 Publié le 11 novembre 2013

Tout évolue

Tous les organismes, animaux et végétaux ont un ancêtre commun : LUCA. Luca signifie « Last Universal common ancestror ». Il n’en existe pas de fossile mais les indices de son existence découlent des liens de parenté entre les différents organismes vivants.

Comme on vient de le voir, les précurseurs des vertébrés apparaissent il y a 500 millions d’années, à l’époque de la Faune de Burgess. C’est à cette époque que se met en place tous les schémas d’organisation actuelle du vivant. C’est ce qu’on appelle l’explosion du Cambrien.

Il y a 125 millions d’années, apparaissent les placentaires, une sous classe des mammifères. L’embryon humain a une queue qui correspond au 6ème de son corps et qui disparait en laissant un résidu, le coccyx.

A partir du moment où l’homme découvre le feu, il y a  700 000 ans environ, son intestin va se modifie pour digérer ses nouveaux modes alimentaires. L’apport d’énergie que procure cette alimentation va permettre d’alimenter en énergie son cerveau en développement. De même que son cerveau s’est transformé, il y a deux millions et demi d’années, lorsqu’il s’est mis à tailler les premiers galets.

Sans aucun doute tout évolue et chaque être vivant de cette planète à une histoire qui finit à un moment ou un autre à nous rapprocher. Tout évolue et nous sommes tous « cousins » !

 


Le tout premier vertébré officiel

Si Pikaia annonce l’ère des vertébrés, le tout premier vertébré au sens strict du terme est un poisson blindé et édenté mais déjà doté d’un véritable squelette. Il remonte à 420 millions d’années. Son nom : Entelognathus primordialis.

Entelognathus primordialisSa tête et son corps étaient recouverts d’épaisses plaques tandis que sa queue portait des écailles. Ses mâchoires n’étaient pas encore dotés de dents, et ses petits yeux étaient enfouis dans de grandes et profondes orbites.

Cet ancêtre lointain de l’homme et de toutes les créatures équipées d’un squelette osseux (Ostéichtyiens) ne serait donc pas une sorte de requin primitif, poisson cartilagineux, comme on le croyait jusqu’à présent. Non, sa lignée provient de poissons caparaçonnés de plaques osseuses.

« Cette découverte étonnante porte un sérieux coup à de vieilles idées sur l’évolution des vertébrés », résume Brian Choo, de l’Institut de Paléontologie des Vertébrés de Pékin (ce fossile a été découvert en Chine en 2010), qui publie sa découverte dans la revue Nature.

A n’en pas douter, Entelognathus va rejoindre les quelques fossiles célèbres comme Lucy et quelques autres qui bouleversent notre vision de l’Evolution.

 

 


1 - Alain Froment, anthropologue, entretiens dans le magazine « Le point » N° 2133 du 1er août 2013, à propos de son ouvrage « Anatomie impertinente », publié chez Odile Jacob ;
2. Chez l’Homme, la chorde devient pleine au 18e jour du développement embryonnaire ;
3. « Le grand roman de la vie », P. 430 – Yves Paccalet – JCLattès – juillet 2009 ;
4- L’origine des Espèces – Charles Darwin – Ed. Garnier-Flammarion – 2008
5 – Reconstitution de Pikaia, en animation vidéo


A visionner :

 

 

La toute première conquête sociale

(votes : 5)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 

- 180 millions d’années

fourmis-pano

 

Les avancées sociales

La conquête sociale est une des plus grandes innovations de l’évolution. Pourquoi ne concerne-t-elle si peu d’espèces en dehors des fourmis, des abeilles, de l’homme et de quelques autres espèces. Chez l’homme cette évolution s’est accompagnée d’une dimension culturelle qui fait notre spécificité et qui a donné naissance à la nature humaine : un mélange d’altruisme et d’égoïsme. Une recette qui a jusqu’à présent fait ses preuves.

Qui sommes-nous vraiment ou plutôt qu’elle est cette fameuse Nature humaine ?

L’être humain est le fruit d’une co-évolution génétique et culturelle qui a commencé il y a au moins 6 millions d’années, si l’on remonte au dernier ancêtre commun entre les chimpanzés et ce qui deviendra les humains.

Cette co-évolution est particulière puisqu’elle nous contraint à associer les impératifs personnels, donc de l’individu et ceux du groupe, autrement dit, l’égoïsme d’un côté et l’altruisme de l’autre (1)

En réalité, en matière de comportements sociaux, tout a commencé, il y a bien longtemps, entre 150 et 200 millions d’années, à l’époque de la suprématie des dinosaures.

Les tout premiers conquérants sociaux à l’époque des dinosaures

C’est à cette époque que commence l’histoire des tout premiers conquérants sociaux. Les précurseurs seront les termites dont le règne commença il y a 175 millions d’années. Puis ce fut le tour des fourmis, il y a 150 millions d’années, suivi des bourdons et des abeilles, il y a 80 millions d’années environ. Enfin, bien plus tard, l’homme que l’on peut qualifier d’animal social supérieur. Des êtres que les biologistes nomment « eusociaux ».

Ce mode d’organisation représente une des innovations majeures de l’histoire du vivant. Rare chez les invertébrés, c’est encore plus rare chez les vertébrés. Pour ces derniers, elle s’est produite au cours de l’histoire qu’à 2 reprises. Une première fois chez les rats-taupes glabres d’Afrique et ensuite dans la lignée des grands singes africains qui aboutira à l’homme.

Altruisme et esprit de sacrifice

Tous ces animaux, homo sapiens compris, ont un point en commun : ils pratiquent l’altruisme, au moins dans leur répartition du travail. Et cela, n’est pas si courant : 2% seulement des espèces d’insectes qui sont pour l’essentiel les fourmis, guêpes, abeilles et termites (2). On en trouve aussi dans d’autres espèces comme chez certaines crevettes.

fourmis-feuille-resize

Certains ont des « emplois » qui raccourcissent leur propre existence, d’autres leur progéniture ou encore les deux. Leurs sacrifices profitent à d’autres dont c’est le rôle par exemple de se reproduire. Cette vie sociale présente de nombreux avantages : certains cherchent de la nourriture tandis que d’autres se chargent de protéger le nid. Ensemble, une colonie présente une force inaccessible individuellement comme le transport en masse de nourriture. Ensemble, ils forment une sorte de super-organisme.

Une condition sociale humaine fondée sur la culture

Mais, il va sans dire que les humains pratiquent une sociabilité très différente de celle de ces insectes qui ne sont menés que par leur instinct. Chez l’espèce humaine, cette condition sociale est fondée sur la culture.

Tandis que pour les insectes, cette vie en société s’apparente à des robots guidés par leur instinct, pour l’homme, cela va conduire à un modèle de coopération mais aussi de compétition entre les individus.

Les deux modèles sont le fruit de la sélection naturelle qui tient compte de la physiologie de chaque espèce et de leur cycle de vie. Par exemple, les insectes, vu leur taille, ne pourront jamais maitriser le feu, ce qu’a fait l’ancêtre de l’homme il y a 1 million d’années ! En outre, si un animal pèse moins d’1kg, la taille de son cerveau sera trop limitée pour produire un raisonnement.

Ceci explique que la fourmi coupe-feuille qui représente l’espèce la plus complexe après les êtres humains, capables de pratiquer l’agriculture et de développer des « villes » climatisées n’a quasiment pas évolué depuis ses 20 millions d’années d’existence.

Un savant dosage entre égoïsme et altruisme

Chez l’homme, le jeu est beaucoup plus complexe. Il mélange l’altruisme, la coopération, la compétition, la domination, la tromperie, « le retour d’ascenseur »…

Il y a donc une guerre permanente entre, d’un côté le produit de la sélection de groupe comme la vertu, l’honneur, le devoir, et de l’autre celui de la sélection individuelle que représentent l’égoïsme, la lâcheté et l’hypocrisie. Sans cette ambivalence nous ne serions pas humains. Nous serions soit des êtres eusociaux proches des robots comme les fourmis, soit des animaux sans esprit « d’équipe ».

Pour arriver à ce niveau de sophistication, il fallait un cerveau à la fois très intelligent et capable d’élaborer des stratégies d’interactions interpersonnelles. C’est cela ce qui fait notre spécificité : nous sommes capables d’exprimer nos intentions mais aussi de lire celles des autres.

La préservation du nid ou du campement à l’origine du comportement social

Toutes les espèces qui sont parvenues à l’eusocialité ont toutes, sans exception, commencé par se construire un nid –ou un campement- pour faire face à leurs ennemis. La notion de nid est importante parce que les membres du groupe sont obligés de s’y rassembler.

Chez les humains, cela est arrivé lorsque nous sommes passés d’un régime végétarien à un régime omnivore, plus riche en calories et surtout qui nous évitait de passer notre temps à chercher des fruits ou des végétaux.

Abeille butinant une fleur de lotus

L’environnement est donc primordial. On a constaté que chez les abeilles le fait de butiner un nombre important de plantes favorise ce mode de vie social et, à contrario, la spécialisation à certaines plantes pousse à une vie solitaire.

En réalité, la préservation des nids et leur ravitaillement en continu ont fait évoluer certaines espèces d’insectes vers un mode de vie « sociale » et c’est aussi probablement le cas chez l’homme. A cela s’ajoute pour l’homme, la capacité à intégrer une dimension culturelle, qui fait toute la différence.

La nature humaine : une chimère génétique

L’être humain et son organisation sociale sont intrinsèquement imparfaits.
L’homme fait partie de deux douzaines seulement de lignées animales qui ont évolué vers un mode de vie sociale, appelé eusocialité. Concrètement, cela consiste à rester ensemble au-delà de 2 générations, à coopérer ensemble, à s’occuper de la progéniture et à diviser le travail.

A la question « comment en sommes-nous arrivés là ? », le biologiste Edward o. Wilson (1) conclut : « En ce qui concerne l’organisation biologique, au niveau supérieur, les groupes rivalisent entre eux, ce qui favorisent les traits sociaux dans les membres du même groupe. Au niveau inférieur, la rivalité entre membres du même groupe suscite des comportements égoïstes. L’opposition entre ces deux niveaux de sélection naturelle a donné entre chaque individu un génotype de chimère : chacun de nous est en partie saint et en partie pécheur. »

Ainsi va la Nature humaine.

 


Il y a 3 millions d’années, qui aurait parié sur l’avenir des pré-humains ?

« Si des chercheurs extra-terrestres avaient débarqué sur la Terre, il y a 3 millions d’années, ils auraient stupéfaits de voir des abeilles, des termites et leurs termitières ainsi que des fourmis coupe-feuilles, dont les colonies étaient à l’époque les super-organismes suprêmes du monde des insectes et de loin les systèmes sociaux les plus complexes et les plus réussis de la planète.

Ces visiteurs auraient aussi étudié les australopithèques africains, (…) des primates bipèdes dotés d’un cerveau de la taille de celui de grands singes. Pas grand-chose à attendre de ce côté-là, ni ailleurs parmi les grands vertébrés, se seraient-ils dit.

(…) Ces créatures qui avaient arpenté la Terre durant les 300 millions d’années précédentes n’avaient rien donné de particulier. Les insectes eusociaux semblaient être ce que la Terre pût produire de mieux.

(…) Or il s’est produit un phénomène absolument extraordinaire. Le cerveau des australopithèques d’est mis à grossir très vite. Au moment où se situe la visite de mes extra-terrestres, il mesurait entre 500 et 700 cm3. Deux millions d’années plus tard, il avait atteint 1000 cm3. Et, encore après 1,8 million d’années, il avait atteint entre 1500 et 1700 cm3, soit le double des australopithèques ancestraux. L’Homo sapiens était apparu et sa conquête sociale de la Terre était imminente. »
Extrait de l’ouvrage « La conquête sociale de la Terre » – Edward o. Wilson – ed Flammarion / NBS – P. 71


 Le langage « fleuri » des abeilles

Danse_des_abeillesQue signifie la danse des abeilles qui dit-on indiquent à ses « collègues » une source de pollen ?

Ce code est fixé depuis des millions d’années. Ce code représente une répétition de l’itinéraire de vol que les abeilles doivent suivre pour atteindre la cible.

Par exemple, si l’abeille décrit un cercle, cela signifie que la cible est près du nid. Si la danse est plus frétillante et forme une sorte de 8 indéfiniment répétée, la cible est plus lointaine.

Le segment du milieu du huit indique la direction à prendre par rapport à l’angle su soleil. Et sa longueur est proportionnelle à la distance à parcourir.

 


1 – La conquête sociale de la Terre – Edward O. Wilson – Ed. Flammarion / NBS – 2013
2 – Aujourd’hui les fourmis sont à peu près un million de fois plus nombreuses que les humains et pèsent autant qu’eux !


A visionner pour mieux comprendre :

Luca : tout premier et dernier ancêtre commun

(votes : 14)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 

La terre primitive- 3,8 milliards d’années environ

Le monde de Luca

Connaissez-vous LUCA ? Peu de chances que vous l’ayez rencontré, car il a vécu il y a fort longtemps, voici près de 4 milliards d’années, alors que la Terre est  soumise à un intense bombardement de météorites et que la vie entame ses tout premiers pas. A l’évidence, au regard des circonstances et de sa précocité, LUCA n’est pas un être comme les autres.

Pour commencer, LUCA est un acronyme qui signifie Last Universal Common Ancestor. Il a donc la lourde responsabilité de se présenter comme l’ancêtre universel, le tronc commun à tous les êtres vivants depuis 4 milliards d’années environ (entre 4,1 et 3,6 milliards d’années).

Luca : l'ancêtre universel donnant naissance aux trois branches de la vie

Celui qui a donné naissance aux trois domaines de la vie :  les bactéries unicellulaires, les archées et les eucaryotes (1), dernière branche qui comprend tous les animaux, les plantes et donc nous-mêmes, les humains.

LUCA serait donc tout simplement notre plus ancien aïeul, ou le tout premier père de nos pères. Mais s’il fait partie de la famille, il faut bien avouer que nous le partageons autant avec les microbes,  la tulipe, la chauve-souris ou qu’avec notre voisin de palier !

LUCA laissera sa marque dans l’histoire

Que savons-nous de LUCA ? En réalité peu de choses directement. Vu l’ancienneté de la période, aucune trace de fossile ou même de gênes, évidemment. D’autant que LUCA est davantage une entité théorique qu’un être réel.

En revanche, l’analyse des protéines et des enzymes actuelles vont livrer indirectement ses secrets de fabrication et nos secrets de famille. En effet, le fait que des organismes aujourd’hui très différents produisent des protéines similaires milite en la faveur de l’existence de LUCA. Ainsi, en analysant les protéines issues de 420 organismes, les scientifiques ont découvert 5 à 11 % de structures universelles dont l’origine pourrait provenir de cet ancêtre universel (2). Ce sont ces traits génétiques communs qui aboutissent à LUCA, notre tout premier arrière grand-père !

La première union libre

Sans fossile, LUCA reste donc largement mystérieux, au point que certains scientifiques considèrent qu’il ne s’agit pas d’un organisme unique mais, comme on vient de l’évoquer, d’une collection d’organismes qui auraient mélangé leur matériel génétique au grès des possibilités.

Quoi qu’il en soit,  les avis convergent sur quelques traits de caractères. LUCA était probablement doté de plusieurs milliers de gènes (3). Il était pourvu de membranes mais celles-ci, peu élaborées (membranes isoprénoïdes), devaient être perméables. Cela aurait favorisé les échanges entre cellules.

Cellule eucaryote comportant de nombreux organites

Luca devait, comme cette cellule eucaryote, intégrer des organites, marque d’une complexité déjà importante.

Plus surprenant, il n’est pas exclu que LUCA soit déjà « équipé » pour une prise en charge de l’oxygène qui ne fera son apparition de manière significative dans l’atmosphère qu’un milliard d’années plus tard.

La fraicheur de la jeunesse !

Contrairement aux idées reçues, la vie primitive, à travers LUCA, aurait choisi les zones au climat modéré (inférieur à 50°C) car sa structure génétique basée sur l’ARN ne supporte pas les températures excessives (4). C’est donc à partir de micro-environnements relativement froids que LUCA se développera  pour occuper ensuite tous les océans de la planète.  Sans réelle concurrence, il évoluera en coopération avec d’autres organismes et se nourrira à la fois de nitrates et de carbone.

Etre primitif, LUCA devait mal contrôler la synthèse des protéines ordonnée par ses gênes aboutissant à une fabrication plus ou moins aléatoire des protéines. Un défaut de jeunesse en quelque sorte !

LUCA choisit l’ARN plutôt que l’ADN

En sait-on plus sur son fonctionnement génétique ? LUCA était probablement dépourvu d’enzymes nécessaires à la fabrication de l’ADN. Il a donc recours à l’ARN (4). Cela semble d’ailleurs conforme avec l’analyse de bons nombres de biologistes estimant que le modèle génétique des cellules primitives reposerait sur l’ARN et non pas comme actuellement sur l’ADN (voir encart). Ceci en vertu de ses propriétés permettant à la fois de stocker de l’information et de contrôler les réactions chimiques. Deux en un !

Ce monde d’ARN ne présente pas que des avantages. Il est plus instable et sensible à la chaleur ce qui explique que LUCA préfère les climats « froids ». Ses descendants utiliseront l’ADN, qu’ils emprunteront sans doute aux virus, molécule plus robuste, mieux à même de gérer la complexité et la diversité. Bref, ouvrant de nouveaux horizons !

Le moule du vivant

Si Luca est le moule de toutes les cellules et de tous les organismes présents et à venir sur la planète comme l’écrit Yves Paccalet (5), il n’en demeure pas moins qu’il ne sera pas immortel. Aux alentours de 2,9 milliards d’années, ce supra-organisme ou méta-organisme va se diviser en trois branches décrites plus haut.

Cette séparation s’effectue au moment où l’oxygène apparait dans l’atmosphère et probablement aussi lorsque les cellules intégrées prennent leur autonomie.

LUCA n’est pas le premier organisme vivant.  sans doute était-il accompagné d’autres formes de vie qui, elles, n’ont pas eu de descendants. Sa complexité (6) suggère que la vie a expérimenté auparavant de nombreux assemblages moléculaires pour aboutir à cet être déjà élaboré qu’est LUCA.

Chimère, au sens mythologique, c’est-à-dire une créature composite ou être unique ayant vraiment existé, LUCA reste le tronc commun à l’arbre de vie, notre aïeul absolu pour reprendre la formule de Yves Paccalet.


ADN et ARN : chacun son rôle !

Actuellement, l’ensemble du monde des vivants  repose sur un génome basé sur l’ADN (acide désoxyribonucléique). Comparé à l’ARN (acide ribonucléique), l’ADN est beaucoup plus stable et moins sensible à la chaleur en raison de sa structure plus robuste en double hélice. L’ADN permet donc d’évoluer dans divers milieux. Il favorise la complexité et l’apparition de grande variété d’organismes.

Schéma d'une molécule d'ADN

En simplifiant, on peut dire que l’ADN, prisonnier du noyau de la cellule, est aujourd’hui le gardien de l’information génétique qui sera traduite en protéines. L’ARN est son messager. Son rôle est de copier l’information de l’ADN et de la communiquer aux ribosomes qui vont la décoder et enclencher la synthèse des protéines. Un partage des tâches qui a fait ses preuves !


Le pouvoir prédictif de l’ADN  face aux maladies graves reste une chimère

Selon une étude américaine, publiée au 1er semestre 2012, portant sur 53 600 vrais jumeaux (monozygotes) dotés donc d’un génome identique, il apparaît illusoire de pouvoir prédire toutes les maladies graves qui se développeront chez un individu à la simple lecture de son capital génétique.

La preuve : à partir notamment d’information sur 24 maladies (cancers, maladies auto-immunes, cardiovasculaires et neurologiques), les chercheurs ont constaté que non seulement ces jumeaux n’affichent pas de similitude en terme pathologies mais qu’ils présentaient, face à ces maladies, les mêmes risques d’être affectés que le reste de la population.

Même si le séquençage du génome présente un intérêt comme par exemple dans les maladies dites génétiques ou pour évaluer les facteurs de risques, il apparaît clairement que l’exercice à ses limites, à la lumière de cette étude publiée dans la version on-line de la revue médicale Science Transnational Medicine (Pour en savoir plus ).

Décortiquer l’ADN en espérant  pouvoir prévoir les maladies que développera un individu et agir en conséquence semble beaucoup moins efficace qu’un bon diagnostic précoce et la mise en place de stratégies de prévention.

Identifier dans les gènes l’arme du crime, celle qui nous sera fatale, demeurera hors de portée probablement encore pour longtemps.

Publié le 21 mai 2012

1 – Les deux premières familles, bactéries unicellulaires ou eubactéries et les archées ou archaebactéries sont des procaryotes, c’est-à-dire des cellules ne comportant pas de noyaux aux propriétés moins élaborées que la troisième famille. Cette troisième famille constitue un groupe unicellulaire ou pluricellulaire plus évolué doté de noyaux. C’est notre famille.
2 – Travaux conduits par Gustavo-Caetano-Anollés de l’Université de l’Illinois (USA) – Le Monde des sciences – Luca : l’ancêtre universel – Mars 2012;
3 – Dossier« A la recherche de Luca » , portant sur le colloque organisé par la Fondation des Treilles regroupant d’illustres participants dont Christian de Duve, prix Nobel de médecine 1974 et auteur de « Poussières de vie : une histoire du vivant » -Ed. Fayard – 1996
4 – Etude conjointe de l’Université de Montréal et des chercheurs de Lyon et de Montpellier publiée en 2009, bouleversant les thèses sur les origines de la vie qu’on pensait jusqu’alors hyperthermophile. (article techno-science);
5 – Le grand roman de la vie – Yves Paccalet – ed. JCLattes- sept 2009;
6 – Les travaux menés par l’équipe de l’Université de l’Illinois (cf.2), portant notamment sur une structure de stockage de polyphosphate, considéré selon les auteurs comme le premier organite universel, démontrent que LUCA est plus complexe que les organismes les plus simples d’aujourd’hui.


A visionner pour mieux comprendre :

Le fonctionnement d’une cellule : de l’ADN à la protéine (sujet d’Universcience) :

Au coeur de la cellule, naissance d’une protéine

Ce sont les cellules de notre corps qui fabriquent les protéines essentielles à notre survie. Les plans de fabrication de ces protéines se trouvent dans l’A.D.N., dans le noyau des cellules. Ce film met en évidence la complexité des interactions entre gènes et protéines , au coeur de la cellule .


A lire pour aller plus loin :

  • Le grand roman de la vie – Yves Paccalet – ed. JCLattes- sept 2009;
    La philosophie d’un voyageur naturaliste, dans la lignée des matérialistes de l’Antiquité – Démocrite, Epicure et Lucrèce. En même temps, le merveilleux poème du déroulement de la vie sur la planète Terre depuis plus de quatre milliards d’années ; des premières bactéries aux dinosaures et aux australopithèques… Une invitation à la réflexion, à l’aube de ce XXIe siècle où la survie même de l’espèce humaine ne semble plus aussi assurée…
    Yves Paccalet a d’abord été philosophe. Il a embarqué pour le bout de monde afin de vérifier ses idées – par plaisir, par curiosité et pour écrire. Il en est revenu avec quelques expériences, peu de certitudes et beaucoup d’incertitudes. Les yeux remplis de merveilles, mais le sentiment que notre monde est fragile…
    Il tire, dans ce livre de sagesse, le bilan de ses recherches et de ses voyages. Il tente d’y mettre en ordre une philosophie originale, qu’il appelle (selon les circonstances) le « matérialisme ironique » ou le « matérialisme philosophique ». Il s’appuie, pour cela, sur les plus récentes découvertes de l’astrophysique, de la biologie, des sciences de l’évolution, de l’Histoire et de l’écologie. Il met en perspective les problèmes actuels de l’humanité et l’extraordinaire processus qui, depuis le Big Bang, a conduit jusqu’à notre espèce.
    En tentant de répondre aux trois questions essentielles de la science et de la philosophie : d’où vient l’univers ? D’où vient la vie ? D’où vient l’homme ?Yves Paccalet esquisse sa réponse à l’autre interrogation lancinante de notre temps : quel est notre avenir ?