mardi, 21 novembre 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Les toutes premières récoltes

(votes : 3)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 


- 8 500 ans avant notre ère

Semer à tout vent

 

Il y a plus de 10 000 ans, l’homme va enfin dompter son environnement. En observant qu’une graine tombée à terre peut engendrer une nouvelle plante, une idée va finir par germer. C’est une révolution des cultures, celle des champs comme celle des esprits.

Ce n’est qu’une enfant, 15 ans maximum. Ses jambes sont robustes, équipées de sorte de jambières, le haut des cuisses est protégé par un lourd manteau d’herbes tressées. Dessous, elle porte un mélimélo de peaux de bêtes cousues à l’aide de lanières de cuir.

Les germes d’un monde nouveau

Elle sort d’une belle forêt peuplée d’aurochs, de cerfs, de chevreuils et de sangliers, signature d’un réchauffement climatique sensible (fin de la dernière glaciation).  Avec son bébé qu’elle porte sur son dos emmitouflé dans une peau de bête, elle se penche sur un épis. Celui-ci frémit au vent comme pour signaler qu’il s’agit de l’un des tout premiers épis cultivés par la main de l’homme.

Elle ne le sait pas encore mais la vie de son enfant, et surtout des enfants de son enfant, n’aura rien de comparable à la sienne. Ils vont vivre la plus importante transformation du mode de vie qu’ait connue l’humanité. C’est ce que les spécialistes appellent la révolution néolithique.

Les cultivateurs en herbe !

L’homme jusqu’ici subissait son environnement. Il va enfin le dompter. Comment ? En mettant à profit une observation aussi vieille que le monde : une graine tombée à terre peut engendrer une nouvelle plante.

Dès lors, les cultivateurs en herbe vont tenter pour la première fois une action inédite : récolter des graines de blé et les semer près de leurs habitations. Cela a dû se faire par étapes : au début, lorsqu’on ramassait des céréales sauvages, on abandonnait quelques graines sur place en espérant que ce geste serait récompensé lors de la saison suivante. On avait donc compris le principe germinatif des graines.  

La germination était, sans aucun doute, déjà connue des chasseurs /cueilleurs mais le passage à l’étape de culture n’avait pas encore germé dans leur esprit. Alors pourquoi, partout à travers le globe, en Amérique, en Chine, au Moyen-Orient, en Europe, l’agriculture prend racine presque simultanément (1) ?

Une révolution autant culturelle que de l’agriculture

Plus que l’évolution des techniques, c’est celle des mentalités qui est à l’oeuvre. Et la première d’entre elles, l’acceptation de se sédentariser.

L’agriculture, cette innovation qui  ensemence l’ensemble du globe, ne résulte donc pas d’une pénurie car l’époque est à l’abondance. Il s’agit, à l’origine, d’une révolution socio-culturelle visant à créer de nouveaux rapports sociaux résultant d’un accroissement démographique des groupes humains. Groupes qui vont connaitre davantage la promiscuité du fait de la sédentarisation.

Cette situation nouvelle va donner naissance aux toutes premières obligations sociales comme offrir des graines ou les produits de la récolte. Éviter les tensions au sein de groupes trop importants, en empéchant leur scission, telles seraient les vertus premières des plantes cultivées !

La domestication : une innovation capitale, foi d’animal !

Le végétal, c’est bien mais n’oublions pas l’animal. 500 ans plus tard, la chèvre et le mouton feront partie du premier lot de domestication, suivront le cochon, vers – 7000 ans avant notre ère et la vache vers – 6000 ans.

Quant au chien, il a bénéficié d’un traitement de faveur, en ayant été domestiqué le premier, il y a 12 000 ans. Meilleur ami de l’homme oblige ! Alain Testard (1) y décèle même la « toute première invention virtuelle ». En effet, le chien est d’abord « utilisé » comme un animal d’agrément bien avant de l’affecter à des fonctions utiles comme la chasse ou le gardiennage des troupeaux.

Après l’âge de la pierre taillée, le Paléolithique et l’âge de la pierre polie, le Néolithique, l’humanité se prépare à connaître l’âge des saisons qui va rythmer la vie des hommes durant dix millénaires.

Leçon de l’histoire : « L’âge de pierre ne s’est pas arrêté par manque de pierres », comme le soulignait Cheikh Yamani, ancien ministre saoudien du pétrole.


 Avec l’avènement de l’agriculture, la matière grise a-t-elle mangé son pain blanc ?

Avec l’apparition de l’agriculture, pour la toute première fois, les performances du cerveau humain seraient en déclin. Culture et agriculture ne feraient-elles pas bon ménage ?   

Il s’agit d’une thèse surprenante défendue par Gerald Crabtree, professeur de biologie du développement à l’université californienne de Stanford. Celle-ci est fondée sur les dernières données en matière de génétique, anthropologie et de neurobiologie.

Depuis l'avènement de l'agriculture, les capacités intellectuelles de l'homme sont-elles en baisse ?

Parmi les 2000 à 5000 gènes impliqués dans les facultés intellectuelles, le chercheur estime qu’au fil des générations (120 en 3000 ans), les mutations génétiques n’ont pût qu’avoir un effet néfaste sur notre qualité intellectuelle.

Avant la sortie d’Afrique de l’homo sapiens (il y a 50 000 ans environ), l’intelligence a été un facteur clé pour sa survie. Avec la densification de la population conséquence de l’apparition de l’agriculture, la sélection naturelle a changé de nature. Celle-ci s’est focalisée davantage sur la résistance aux maladies, effet collatéral de l’urbanisation, au détriment du développement intellectuel. 

Pour la toute première fois, l’homme aurait entamé son avancée vers l’abêtissement.

Cette théorie reste toutefois très controversée. Ces détracteurs mettent en avant les facteurs non génétiques comme la culture, l’éducation, les interactions sociales, dont le poids est probablement considérable. D’autant, que ces  éléments épi génétiques, se renforcent au fil de l’évolution et joue un rôle bien plus important aujourd’hui qu’à l’époque des chasseurs-cueilleurs.

Alors l’intelligence a-t-elle atteint son apogée, il y a près de 10 000 ans ou au contraire est-elle en train de récolter les fruits issus du développement de la société commencé à cette époque ?   

Bien malin qui peut le dire !


 1 – Concept d’invention virtuelle développé par Alain Testard, anthropologue au Collège de France, dans le livre « Avant l’histoire »


A visionner pour mieux comprendre :


Le sacre de l’homme (1/9)


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Une théorie lie débuts de l’agriculture et réchauffement. Et si, en réalité, l’homme façonnait le climat de la planète depuis bien longtemps ? C’est la surprenante théorie du paléoclimatologue William Ruddiman. Selon le chercheur, l’influence de l’homme sur le climat a commencé avec les débuts de l’agriculture, il y a quelque 8 000 ans.
  • Agriculteurs du monde : Du Néolithique à nos jours. Sur 6 milliards d’humains, près de la moitié sont agriculteurs. Ils cultivent des plantes et élèvent des animaux domestiques, produisant presque toute la nourriture de l’humanité. Dans quels foyers, à quelle époque, de quelle façon certains humains sont-ils devenus agriculteurs ?

La pomme originelle

(votes : 6)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 

- 165 millions d’années

Pomme d’avant !

 

Si le chien est le meilleur ami de l’homme, la pomme est peut-être sa meilleure compagne, lui donnant l’envie de croquer la vie à pleines dents. Et cela depuis la nuit des temps.

Du fruit défendu à la pomme « descensionnelle », pour ne pas dire sensationnelle de Newton, de la pomme empoisonnée de Blanche Neige à la pomme d’amour qui enchante les petits et les grands, des allures de grosse pomme de la plus célèbre des Villes Monde, New York, au visionnaire « think different » d’Apple, la pomme est devenue au fil de l’histoire autant un fruit aux multiples saveurs qu’un symbole de séduction, de luxure ou de sortilège. Croquons ici le portrait de jeunesse de ce fruit exquis.

La pomme du jardin d’Eden

Nous sommes dans les Montagnes de Tian Shan, littéralement « montagnes célestes », aux confins de la Chine et du Kazakhstan, là où les arbres aujourd’hui tentent de toucher le ciel du haut de leur 30 mètres ; là où les arbres ploient sous le poids des fruits ; là où, ils doivent braver des amplitudes de températures de près de 80° C, de + 40°c l’été à -40 °C, l’hiver. Mais surtout là, où ces arbres gigantesques constituent une forêt entière ou presque de pommiers ! Pommiers sauvages aux qualités bien supérieures à nos pommes domestiques.

C’est donc là, dans ces montagnes, au pied des neiges éternelles, que les tout premiers pommiers sauvages auraient fait leur apparition, il y a 165 millions d’années à l’époque des dinosaures. Ils sont le fruit des bouleversements géologiques importants qui donneront naissance à la chaîne de l’Himalaya.

La voilà donc la pomme originelle. Elle porte le nom de Malus sieversii (1). Elle a beaucoup d’atouts : elle a su développer, du moins certaines d’entres elles, des résistances exceptionnelles aux maladies et, en particulier au fléau numéro un du pommier : la tavelure. Mais surtout, elle sait flatter le regard et les papilles.

Les ours alléchés par la saveur de la pomme !

Toutes ces qualités exceptionnelles dont elle a le secret, c’est en partie aux ours végétariens du Tian Shan qu’elle les doit. Gourmands, ces ours se seraient nourris, il y a bien longtemps, des fruits les plus gros et les plus sucrés. Gourmands, au point qu’ils peuvent dévaliser un arbre entier en une journée.

Gourmands mais reconnaissant. Les ours auraient alors, en échange de leur félicité, dispersés, via leur déjection, les graines à travers la montagne. Ils auraient ainsi, sans le vouloir, participé à la sélection naturelle pour favoriser les pommes qui avaient leur préférence. Les plus savoureuses, aux arômes de framboise ou de banane mais aussi les plus résistantes. L’ours du Tian Shan serait ainsi le tout premier sélectionneur de pommes sucrées !

Ces succulentes pommes ont ensuite traversé les années et les contrées. Il y a 30 000 ans, les tout premiers nomades, chassés vers l’ouest par les dernières grandes glaciations, les emmèneront dans leur paquetage. Puis, les Sumériens, il y a 7000 ans, en inventant le principe de la greffe, vont franchir une étape dans la domestication des plantes. Innovation majeure qui permet à l’homme pour la toute première fois de prendre part à l’élaboration de la nature en créant ses propres variétés. la pomme deviendra ainsi la reine des vergers !

Les romains vont tomber dans les pommes

De la Mésopotamie, la pomme envahira Rome, puis l’Empire, profitant des conquêtes et des migrations des populations. Devenue, moins sauvage, elle va perdre peu à peu sa richesse gustative d’antan et  sa résistance.

Pour la petite histoire, la toute première pomme célèbre est la fameuse pomme d’Api. On doit son nom à Appius Claudius Caecus (IV/III siècle avant J.C.), homme d’état et écrivain mais aussi cultivateur, on pourrait presque dire « api-culteur ». Depuis, le pommier est devenu l’arbre fruitier le plus cultivé au monde et la pomme le 3ème fruit le plus consommé au monde.

Aujourd’hui, parmi les plus de 20 000 variétés dont environ 6000 parfaitement identifiées, toutes issues de ce jardin d’Eden, 5000 variétés sont menacées de disparition. Car sur nos étalages, seule une petite poignée -golden, smith, granny, clocharde ou reinette-, trouve grâce à nos yeux.

Les pommes du paradis

La "malus sieversii", l'ancêtre de la pomme moderne

 Mais la pomme originelle n’a pas dit son dernier mot. Grâce aux récentes analyses, on sait que ces pommes primitives, qui ont développé au fil de l’évolution des protections naturelles, résistent mieux aux maladies du pommier et aux champignons. Par hybridation naturelle, les biologistes envisagent de recréer une variété de pommes qui allierait les qualités exceptionnelles de la pomme Kazakh, résistances naturelles, saveurs remarquables, richesse en vitamines et antioxydants, aux impératifs marketing…mais sans les 35 pesticides actuellement présents en moyenne !

Bref, une alliance parfaite qui donne un petit goût de paradis.

 

 


Une persévérance qui porte ses fruits

Tout commence en 1929, grâce à un biologiste soviétique Nikolaï Vavilov qui découvre ces fameuses pommes et qui émet déjà l’hypothèse de la pomme ancestrale. Hélas, Vavilov mourra en prison. 

Un agronome kazakh, Aymak Djangaliev, devenu par la suite académicien, reprend le flambeau en 1945. Il en fera l’œuvre de sa  vie. Ce visionnaire a recensé, cartographié, étudié sous tous leurs angles ces pommiers majestueux et très surprenants pour des arbres fruitiers.

Il va se heurter à l’hostilité de Staline qui ne voulait pas entendre parler des progrès de la génétique moderne. Grâce à l’obstination de Djangaliev, depuis 2002, l’arbre généalogique de la pomme est établie.

Désormais, le projet d’Aymak Djangaliev semble porter ses fruits et il nourrit l’espoir d’un verger sans pesticide, grâce à  Malus sieversii


Si le monde est un verger, Apple en est un peu le jardinier…

 « Trois pommes ont changé le monde : celle qu’a mangée Eve, celle qui est tombée sur la tête de Newton et celle que Steve Jobs a construite. »  Jean-Noël Jeanneney introduit ainsi – en faisant référence à un twitt envoyé par un inconnu à l’annonce de la mort de Steve Jobs, le co-fondateur d’Apple – son émission sur France-Culture consacrée au fruit défendu : de la pomme d’Adam à la pomme d’Apple…

Si Eve a été tentée par la pomme, les « Adams et Eves » d’aujourd’hui ne sont-ils pas tentés par les fruits de la technologie !  Apple étant sans aucun doute leur icône, retraçons ici, grâce à quelques extraits de pubs, le parcours de cette aventure emblématique.

  • 1977 : Apple lance l’Apple II qui deviendra le mythe des geeks de l’époque. Une publicité plutôt frugale;

  • 1984 : Apple lance son Macintosh de manière fracassante avec cette pub réalisée par Ridley Scott à l’occasion du Superbowl, la grand-messe télévisuelle américaine

  • 1997 : l’année de l’apparition  du célèbre slogan « think different ». La publicité rend hommage aux grands génies qui, selon la marque, doivent leur succès au fait d’avoir osé penser différemment

http://youtu.be/kT6Rx4qqidg

  • 1999 :  le monde se prépare au bug de l’an 2000. Apple reprend à son compte Hal, le robot de « 2001 l’Odyssée de l’espace » pour vanter la fiabilité de ses ordinateurs.

http://youtu.be/a-vEa2An_x4

  • 2001 : En lançant l’Ipod qui pouvait contenir jusqu’à 1000 chansons, Apple va toucher le Jackpot et révolutionner la manière d’écouter la musique. C’est aussi le début d’une success story Ipod, Iphone, Ipad…

  • 2007 : Apple s’apprête à promouvoir l’iPhone : pour cela il met les petits plats dans l’écran à l’occasion de la soirée de remise des Oscars ! 

Alors, si le monde est un verger et qu’Apple en est aussi un peu le jardinier…il en récolte aussi les fruits !

 


1 – Espèce principale dont descend le pommier domestique, il n’est pas exclu que d’autres variétés de pommiers sauvages ayant d’autres origines notamment européenne soient antérieurs. 


A visionner pour mieux comprendre :

« Aux origines de la pomme… » un film documentaire réalisé par Catherine Peix (43 mn) diffusé sur Arte.


A lire par curiosité :

  • Le mythe du péché originel : Une légende substituée
    Le mythe du péché originel s’inscrit dans une représentation universelle des origines. Au commencement était la perfection qu’un accident vint brutalement remettre en question. Depuis lors, l’homme n’a eu de cesse que de retrouver le paradis perdu. La pensée judéo-chrétienne désigne sous le terme de péché originel la faute commise par Adam et Eve et dont tout être humain est coupable en naissant. Cependant, le sens véritable du récit a été occulté. Les traductions de la Bible que nous connaissons sont inexactes ou incomplètes, l’Eglise ayant favorisé la propagation du mythe pour asseoir son autorité. Une exégèse des textes d’origine permet ici de comprendre comment le mythe a été fabriqué et comment il s’est ensuite répandu, cautionnant ainsi de nombreux comportements aberrants qui, aujourd’hui encore, entravent la liberté des individus. Cet essai, riche en citations, va à l’encontre des idées reçues et propose une interprétation encourageante : l’acte d’Adam doit être perçu comme une transgression libératrice qui montre à l’homme la voie de la désaliénation et lui permet d’accéder au stade de la conscience. L’être humain n’est donc plus une créature soumise mais bien le partenaire du Créateur. Il lui appartient de continuer l’œuvre commencée par Dieu.

 

  • Les Pommes de Newton
    1666. Newton a 23 ans. Chassé de l’Université par la peste, il est revenu s’installer dans la petite propriété familiale de Woolsthorpe. La journée s’achève. La Lune vient juste de se lever quand une pomme tombe. Il les regarde l’une et l’autre et ces deux curieuses questions lui viennent à l’esprit :
    - Pourquoi cette pomme qui tombe ne tourne-t-elle pas autour de la Terre comme la Lune ?
    - Pourquoi cette Lune qui se lève ne tombe-t-elle pas sur Terre comme la pomme ?
    À l’encontre d’une croyance millénaire, il se demande pourquoi les mêmes lois ne pourraient pas régir à la fois le Ciel et la Terre…

 

  • Inside Apple – Dans les coulisses de l’entreprise la plus secrète au monde
    Journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies, Adam Lashinsky a enquêté pendant de long mois sur Apple et raconte dans cet ouvrage très documenté quelques-uns des secrets les mieux gardés de la firme à la pomme en matière d’innovation, de marketing, de communication, de management et de lobbying.
    Il revient sur l’histoire de la compagnie et s’attarde sur la personnalité de Steve Jobs et la façon dont celui-ci a façonné l’entreprise. il offre également de nombreux éclairages sur les pièges qui attendent Apple aujourd’hui que son charismatique fondateur a disparu…