vendredi, 05 juin 2020

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

D. De 1960 à 2000+

La toute première épidémie numérique

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Posté par fabrice
 

2 septembre 1988

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D’ ram…en ligne


Tout a commencé le 2 novembre 1988. Nous sommes au beau milieu de l’automne, or la saison n’est pas assez avancée pour une épidémie de grippe saisonnière. Pourtant, le monde va connaître bel et bien une épidémie;  une épidémie d’un genre totalement nouveau : la toute première épidémie non biologique, le virus informatique proliférant grâce à internet.

L’appellation de virus n’est pas usurpée car, à l’instar de son cousin biologique, le virus informatique utilise un hôte, en l’occurrence l’ordinateur, qu’il infecte pour se reproduire. Et si l’on évoque la notion d’épidémie, c’est qu’il se répand comme une traînée de poudre via le réseau internet balbutiant.

Ce virus se révèle très contagieux, presque autant que le virus grippal H1N1 ! Il va infecter 6 000 ordinateurs [1] sur les 60 000 environ que compte alors internet (moins de 100 000 internautes).

Ce jour là l’humanité rentre dans une phase totalement inédite de son évolution : pour la toute première fois, elle engendre un instrument autonome dont elle perd tout contrôle.

Un virus qui n’aurait pas fait de mal à une souris…

Robert Morris, le premier hacker malgré lui
Robert Morris, le premier hacker malgré lui

L’auteur de cette agression numérique « on-line » est un étudiant de l’Université de Cornell : Robert Morris Jr, baptisé par la suite Morris Worm. Son intention n’est pas malveillante. Féru d’informatique, il développe un programme capable de se propager et de se répliquer de manière autonome. Et cela indéfiniment. C’est ce que l’on appelle un ver. A cet effet, il exploite les failles de sécurité du système d’exploitation Unix (système d’exploitation très utilisé sur Internet notamment dans le domaine des serveurs).

Mais voilà, suite à une erreur de programmation, son programme comporte lui aussi une faille. Lorsque Morris lâche « sa créature » sur le réseau, celle-ci se répand à travers le réseau en se dupliquant à une vitesse folle. Bien que dépourvu de fonctions agressives, le ver  infecte une bonne partie des ordinateurs américains qui sont connectés au réseau qu’il va saturer. Non préparées à une telle intrusion totalement incongrue pour l’époque, ces machines se révèlent particulièrement vulnérables. En moins de 24 heures, le seuil de 3 ou 4 % de machines contaminées est atteint. Le réseau devient alors totalement paralysé pendant plusieurs jours. Nous venons d’assister à la toute première offensive numérique sur le réseau.

Le jeu du chat et de la souris.

Après l’attaque, l’heure est à la réparation des dégâts commis. Des experts notamment du MIT sont appelés à la rescousse. Ils vont jouer au chat et à la souris durant des semaines. Car, si la solution paraît simple dans son principe –il suffit d’éteindre simultanément tous les ordinateurs infectés-, elle se révèle néanmoins inapplicable pour des ordinateurs distants et en réseau. L’antidote passa donc par une analyse de « l’ADN » du virus, puis son recodage en vue d’un redéploiement sur le réseau. La situation fut débloquée qu’au bout de plusieurs semaines et pour un coût évalué entre 150 000 et 1 million de dollars.

Depuis cet incident de nombreuses mesures ont été prises : création d’une structure permanente le CERT Coordination Center (CERT/CC) et politique sécuritaire qui a ouvert un boulevard à  l’industrie de la sécurité sur Internet. Avec les millions d’ordinateurs connectés en permanence à travers le monde et les enjeux économiques, les sources d’agressions se sont multipliées.

Plus nombreux, plus sophistiqués, plus virulents que leurs ancêtres, les malwares, spywares et autres adwares procurent des sueurs froides aux internautes, donnent des cheveux blancs aux DSI et font les choux gras des dizaines de sociétés spécialisés dans l’antivirus. Le marché mondial de l’antivirus représentait 4 milliards de dollars, en 2005. On estime en effet à 100 000 environ le nombre de programmes malveillants (225 en 1990 et 2350 en 1993) mais « seuls » quelques milliers seraient en circulation et actifs [2].

Ram…dam dans les ordis dès 1982

« Il s’installera sur tous vos disques, il infiltrera tous vos processeurs, oui, c’est Cloner! »[3] Voici ceux qu’ont vu apparaître sur leurs écrans d’Apple II, à partir de juillet 1982, les toutes premières victimes ébahies de virus informatiques. Elk Cloner est probablement le tout premier virus informatique connu.

La différence avec celui de Morris cécrit plus haut tient au mode de transmission. Tandis que ce dernier s’appuie sur le réseau internet pour se propager, Elk Cloner utilise un vecteur non connecté, la disquette. La transmission est évidement moins rapide et moins étendue puisque dépendante du moyen de locomotion du porteur de la disquette infectée ! Il ne s’agit donc pas d’épidémie.

Son auteur, Richard Skrenta, un lycéen américain de 15 ans, va concevoir son propre « contrepoison » qui deviendra le tout premier antivirus numérique.

Tout cela était prévisible et, d’une certaine manière, prévu. Dès 1949, le célèbre physicien et mathématicien Von Neumann, l’un des fondateurs de l’informatique, conçoit une structure autoreproductible. Il s’agit d’automates cellulaires [4], connue sous le vocable de « constructeur universel ». Il ouvre la voie à un monde cybernétique capable de voler de ses propres ailes…et peut-être de faire battre de l’aile le genre humain.

Les pirates de l’ère…numérique

Même si le terme de virus informatique date officiellement de 1983, la pratique du piratage électronique est en réalité bien antérieure. Elle s’est nourrie de la montée en puissance des télécommunications et de l’informatique. Elle a profité des possibilités d’opérations illicites (appels gratuits) sur les réseaux téléphoniques. Pirates et auteurs de virus sont cousins germains. Ces protagonistes n’ont pas à l’origine les mêmes objectifs : cupidité pour les uns, recherche de performance technique pour les autres et pour les deux, la même volonté de voir ce qu’il a dans le moteur et de se faire mousser auprès de ses pôtes ou de ses pairs !

Le jeu Core War, inventé par des informaticiens des laboratoires Bell dans les années 60, en est une illustration ludique. Le jeu consiste, sans aucune intervention humaine, à un combat à mort entre 2 programmes informatiques implémentés dans deux ordinateurs. Chacun dispose de la faculté de se dupliquer et de s’autoréparer.

L'article publié par American Scientific, de A.K. Dewdney
L’article publié par American Scientific, de A.K. Dewdney

Cette application révolutionnaire sur le principe restera confidentielle durant près de 20 ans. Or, ironie de l’histoire, en 1984 (rappellez-vous 1984 d’Orwell) la revue grand-public Scientific Américan publia un article décrivant la méthodologie pour créer un programme s’inspirant de Core War. Ni plus, ni moins qu’un guide pour fabriquer ses propres virus. Par sécurité, son action se limitait à la mémoire vive (RAM) et devenait inopérant après le redémarrage de l’ordinateur.

Cette nouvelle fît grand bruit, car elle s’adressait pour la première fois à un public non averti. En devenant acteur, celui-ci s’aventurait tout doucement sur le chemin du piratage qui allait bouleverser l’économie dématérialisée. On connaît la…musique !

Une plaie économique

Pour la seule année 2008, « la criminalité informatique » aurait coûté, au niveau mondial, près de 760 milliards d’euros de préjudice aux entreprises [5]. Marché juteux où des informations relatives au code d’accès à une carte bancaire se revendent, au marché noir, plus de 700 euros. Notons néanmoins que le gros du butin des pirates informatiques ne provient pas de ces larcins liés aux cartes bancaires. A titre d’exemple, en 2007, leurs montants n’atteignaient pas en Belgique 300 000 euros.

Parallèlement à ces méthodes que l’on peut qualifier d’effraction immatérielle, se développe également une forme de rackettage  technologique vis à vis d’entreprises ayant une présence plus ou moins importante sur la web. Le mode opératoire est simple.  Soit l’entreprise paie une « rançon » ou achète une technologie, soit elle se voit la proie des cyberbrigands qui vont (si ce n’est déjà fait), s’inflitrer dans son réseau ou rendre son site inopérant. La vidéo en consultation à la fin de l’article évoque une entreprise victime de ces pratiques ayant perdu 20 000 euros de chiffres d’affaire en une semaine.

En marge de cette cybercriminalité organisée, il y a nos petits larcins quotidiens; autrement dit nos propres téléchargements. Au-delà des polémiques et si l’on se place  d’un point de vue purement économique, L’IPI (Institute for Policy Innovation) a publié en 2007 une évaluation du manque à gagner pour l’économie américaine du piratage de musique. Pour la première fois, ce coût est assorti d’une modération estimant que seuls 20% des titres téléchargés auraient été effectivement achetés.  Le montant s’élève à 12.5 milliards de dollars et correspond à plus de 70 000 emplois.

On estime qu’une réduction d’un tiers du taux de piratage informatique tout secteurs confondus injecterait 400 milliard de dollars dans l’économie mondiale et engendrerait un million cinq cents mille emplois supplémentaires à travers le monde[6].

On le voit,  virus et pirates (ou piratage) sont dans le même bateau. Un bateau qui sillonnent  les méandres du web, plaçant l’internaute dans une situation schizophrène où il apparaît autant victime que complice. « Alors, avant les virus, c’était comment le numérique ?  Tais-toi et ram… »

Les dates clés à retenir :

  • 1939 : Von Neumann publie un article sur la prise de contrôle d’un programme par un autre;
  • 15 février 1946 : premier « gros » ordinateurs, dit de 1ère génération;
  • 1949 : le même Von Neumann élabore les principes de base des logiciels autorepliqués;
  • 15 février 1946 : premier « gros » ordinateurs, dit de 1ère génération;
  • 1960 : apparition des boucles « auto-réplicantes », appelées « lièvres », incapable encore de sauter d’une machine à une autre;
  • 1960 (années)  : création du jeu Core War (ou Core Warrior), programme visant à bloquer l’ordinateur de son adversaire;
  • 1972 : Un utilitaire « the creeper » est capable de sauter d’une machine à l’autre; première utilisation du terme virus dans un ouvrage;
  • 1982 : Elk cloner, un programme d’autoréplication pour Apple II
  • 1984 : l’article « Computer recreations in the game call Core War hostile programs engage in a batle of bits » est un guide pour créer ses propres virus, publié par American Scientific et tranduit en français par le magazine Pour la Science;
  • 1988 : Robert Morris est arrêté pour fraude informatique pour le premier virus internet;
  • 1989: la France prend conscience du risque des virus informatiques;
  • 1995 : premiers virus macros destructeurs;
  • 1999 : le virus Mélissa infecte 300 000 ordianteurs;
  • 2000 : c’est le tour au virus I love you
  • 2003 : le virus MyDoom se répand par les pièces jointes de la messagerie : 1 million d’ordinateurs infectés. Microsoft offre une prime  à quiconque trouve son auteur.
    Publié le 15 septembre 2009

1 – ce chiffre varie de 2000 à 6000 selon les sources
2 – Sophos, éditeur de logiciel de sécurité avance le chiffre de 95 000, quand aux virus en circulation, les données sont fournies par la Wildlist organisation.
3 – It will get on all your disks, It will infiltrate your chips, Yes it’s Cloner!
4 -  Le jeu de la vie est le plus célèbre d’entre eux ; il a été conçu en 1970 par John Horton Conway en 1970
5 -  Étude de la société Mcaffe, spécialisée dans la sécurité informatique
6-  Etude commandée par la Business Software Alliance, en 2003

 


A consulter pour mieux comprendre :   


A voir, à lire et à installer pour aller plus loin avec votre ordinateur :    

  • Virus, troyens, dialers, pirates… Ces mots ne vous disent peut-être rien, mais ce sont de réels dangers pour votre ordinateur. Vous trouverez sur Inoculer.com de quoi en apprendre plus sur ces menaces et surtout de quoi vous en protéger gratuitement. Si ça c’est pas une bonne nouvelle !
  • Cybercriminalité : Les mafias envahissent le web – Les temps sont révolus où les menaces informatiques se limitaient aux virus créés par des étudiants isolés. Cet ouvrage est d’abord une mise en garde contre toutes les escroqueries qui menacent aujourd’hui tant les particuliers que les entreprises. Il vous fournira toutes les informations utiles sur le phishing, le spam, les virus, l’ingénierie sociale, les vols de données bancaires, l’espionnage industriel, la prise de contrôle de machines à distance, etc. Les derniers chapitres constituent un cri d’alerte sur les nouvelles formes de criminalité (voire de terrorisme) qui émergent aujourd’hui et vont se répandre sur le Net dans les prochaines années.

Le tout premier cyber-conflit

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Juin 2010

Le ver de la guerre

Lorsque le 29 novembre 2010, lors d’une conférence de Presse, le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad reconnaît que certaines « centrifugeuses » [utilisée pour enrichir de l'uranium dans le cadre de son programme nucléaire] ont connu « des problèmes » provoqués par des « logiciels installés sur des équipements électroniques », il fait entrer officiellement, et pour la toute première fois, le monde dans l’ère du cyber-conflit entre les Etats. Et cela risque de changer la face du monde et la manière de gérer la guerre.

« Gouverner, c’est détruire, détruire les parasites, détruire ses propres troupes, détruire l’ennemi », apprend-on dans l’Art de la Guerre, par Sun Tzu, le tout premier traité de stratégie militaire rédigé voici 2500 ans en Chine. A l’évidence, la stratégie n’a pas pris une ride, seuls les moyens changent.

Aujourd’hui, l’ennemi ne s’introduit plus en rampant comme un ver, comme cela s’est pratiqué depuis des millénaires, l’ennemi, c’est un ver. Un ver informatique. Un ver programmé pour s’insinuer dans nos équipements pas uniquement informatique, et c’est là la grande nouveauté, mais aussi électrique et donc mécanique et les détruire ou en prendre le contrôle. Pas virtuellement mais, bel et bien, physiquement.

C’est ce qui s’est passé, pour la toute première fois en grandeur réelle et avec succès, dans cette affaire iranienne.

Tout a commencé en juin 2010, lorsqu’une équipe Biélorusse découvre un cheval de Troie, le fameux ver informatique, qui sera baptisé Stuxnet. Le maliciel (logiciel malveillant) Stuxnet est très sophistiqué, 10 à 20 fois plus gros que les traditionnels virus informatiques. Plus gros, plus complexes et très gourmand en matière grise : il aurait mobilisé une équipe de développement d’une dizaine de personnes durant, peut-être, une année et son coût de « fabrication » est estimé à des dizaines de millions de dollars.

Plus fort encore, bien qu’une première version remonterait à 2009, il serait resté tapi dans l’ombre, c’est à dire discret, jusqu’au début de l’opération, ce qui est inhabituel. Bref, rien que du lourd.

Son mode opératoire et son objectif semblent très différents des virus habituels qui visent surtout à pirater des informations ou des comptes bancaires. Introduit via une clé USB, le ver est conçu pour prendre le contrôle de système d’automation électrique ultra ciblé en profitant d’une vulnérabilité de Windows.

En l’espèce, des moteurs électriques de la marque Siemens fonctionnant entre 807 et 1210 hertz; des moteurs présents notamment dans les centrifugeuses de l’usine iranienne Natanz. Une fois le contrôle pris, les moteurs deviennent fous et finissent par exploser. Au total, plusieurs milliers de machines auraient été « mise à pied », c’est à dire arrêtées, soit un cinquième des centrifugeuses iraniennes. Du jamais vu !

Depuis, Stuxnet aurait été identifié sur d’autres dispositifs Siemens situées ailleurs en Iran, comme dans la toute nouvelle centrale nucléaire de Busher,  mais aussi en Inde, au Pakistan et en Indonésie. Le maliciel pourrait ainsi pertuber le fonctionnement des automates industriels contrôlant le fonctionnement des oléoducs et d’autres installations sensibles pilotés par le même type d’équipement. 

A la question « Qui est derrière Stuxnet ? », probablement un état mais lequel ? Les Etats-Unis, Israël, la Russie… ? Dernièrement, le 16 janvier 2011, le New York Times a révélé que l’opération Stuxnet a été fomentée par les services de renseignement israéliens en collaboration avec les services américains. Suite aux déclarations d’experts militaires et des servives secrets,  le quotidien américain ajoute que le complexe nuclaire de Dimona, basé dans le désert du Néguev, région du sud d’Israël, a servi de site de tests avant le déploiement du virus sur le théatre des opérations iraniens.  

Stuxnet nous fait définitivement entrer dans l’ère du cyber-sabotage. Comme à chaque nouveau système d’armes majeur introduit depuis le lance-pierre, Stuxnet offre aux Etats de nouvelles perspectives et de nouvelles vulnérabilités.

A quand un « Pearl Harbor » numérique ?

Mis à jour le 23 janvier 2011

A visionner pour mieux comprendre (le 20 heures de France 2) :


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • La cyberguerre : La guerre numérique a commencé – Rédigé par un spécialiste des questions d’influence, cet ouvrage rend accessibles au plus grand nombre les tenants et les aboutissants de ces cyberguerres qui se déroulent sous les yeux de l’opinion publique mondiale. À lire, pour ne plus rien ignorer de la réalité de ce nouveau visage de la guerre économique, politique et militaire.

La première crise planétaire provoquée par des robots !

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 6 mai 2010

 Un grain de silicium dans les marchés

 

6 mai 2010, 14 h 32′ 44″  : un courtier ordonne la vente de Contrats à Terme pour un montant de 4 milliards de dollars mais une erreur se glisse dans l’ordre, celui-ci ne comporte pas de prix de vente. En un clin d’oeil, toute la planète finance bascule dans une spirale infernale conduite à un train d’enfer par les robots traders.

Le robot trader en cause appartient à Waddell & Reed, un fonds de pension américain. Sans se poser de question et surtout dans le même instant, puisqu’il est programmé pour, le robot passe plus de 3000 contrats de vente. Wall street dévisse.  Pour la toute première fois de l’histoire, on a perdu le contrôle des machines !

La créature, le robot trader, échappe à son créateur

Le problème vient du fait que le Robot de Waddell & Reed va être suivi par ses petits copains; des centaines d’autres robots « paniqués » par la situation inhabituelle qui lui emboitent le pas. Et comme leurs algorythmes de plus en plus sophistiqués, fonctionnent à un rythme effréné, totalement hors de portée de l’esprit humain, cela enclenche un effet domino dévastateur.

Pour la toute première fois dans le monde feutré de la finance, en raison de l’exécution massive d’ordres de ventes automatiques, nous assistons à un krach éclair ou Flash Crash d’une ampleur inégalée que l’homme ne maîtrise pas.

La panique envahit les salles de marché, alimentée par une vente en cascade que rien ne semble pouvoir stopper. Plus tard, les rapports de la SEC (organisme américain de réguluation des marchés financiers) constatera que certains titres ont changé 27000 fois de mains, en moins de 15 secondes. Facteur aggravant, la journée est marquée par la crise grecque qui pèse sur l’Euro, rendant les marchés particulièrement nerveux.

A 14 h 44, tandis que le marché des actions de Wall Street vient d’entrer dans la tourmente, après celui des Futurs de Chicago d’où vient le tsunami, l’action Apple perd 23 dollars (-20 %) en 2 minutes. Pour d’autres sociétés, c’est encore pire. Procter & Gamble voit son cours chuter de près de 50 %.  Les cours du pétrole s’effondrent de 6% .  Bref, c’est la panique.

A 14 h 45: Les ventes automatiques se poursuivent et en l’espace de quelques minutes, entrainant la saturation des réseaux. C’est près de 1000 milliards de dollars qui se sont alors envolés faisant plonger Wall Street de près 10 %.  .

A 14 h 52 : La bourse de Chicago décide une mesure exceptionnelle. Elle suspend durant 5 secondes toutes les cotations. La descente aux enfers est enrayée. Après 15 heures, les hommes reprennent le contrôle de la situation en mode « manuel », écartant les robots. Les autorités decideront d’annuler toutes les opérations effectuées entre 14 h 40 et 15 heures. Au terme de la journée, Wall Street aura perdu « seulement » 3,2 %.

Le speed trading : un million de fois plus rapide que les humains 

Le coupable est identifié. Il s’appelle le « le Trading Haute Fréquence », ou THT ou encore Algotrading. Il s’agit d’une technique qui consiste, grâce à des algorythmes très complexes utilisant des ordinateurs hyperpuissants et des réseaux de plus en plus rapide, à profiter des micromouvements du marché. Tout se joue au niveau du millionième de seconde; en une second, plus de 1000 ordres peuvent être donnés. A ce stade le cerveau humain ne peut pas suivre.

Cette méthode représente désormais les 2/3 des transactions aux Etats-Unis, plus de  25% en Europe.  La moitié des ordres concernant les entreprises françaises du CAC 40 (le Royaume Uni serait à près de 70%) relève de ce dispositif, l’objectif étant de dénicher les meilleurs cours possibles. On estime qu’en 2009, ce principe est à l’origine d’au moins 20 milliards de dollars de profit. Rien qu’à Wall Street, les sociétés de Trading Haute Fréquence ont réalisé 3,7 milliards de dollars de profit en 2011.

Quant les robots prennent le pouvoir sur les hommes

Les risques de l’AlgoTrading sont considérables comme on vient de le voir. Déjà, en 2002, il y avait eu un coup de semonce, sans parler du krack d’octobre 1987 qui avait été déjà aggravé par le trading informatique; toutefois, à l’époque, les transactions n’étaient pas aussi rapides qu’aujourd’hui.

Au-delà de ces robots traders parfois en proie à la folie qui bouleversent le monde de la finance, c’est un nouveau monde que l’on voit émerger. Celui des robots qui, peu à peu, à notre insu, prennent le contrôle des choses, là où le cerveau humain est hors course.

L’événement du 6 mai 2010, bien qu’exceptionnel, n’est plus isolé. Ce phénomène touche désormais d’autres types de transactions comme le marché des matières premières.  En mars 2010, les cours du cacao ont mystérieusement décroché de plus de 12 % en l’espace d’une minute.

Au-delà de ce Flash crach, ce 6 mai 2010 marque un tournant dans notre histoire.  Pour la toute première fois, une erreur de portée planètaire, n’est pas d’origine humaine mais relève d’une « intelligence »  non humaine !

Ne faut-il pas un grain de folies pour s’en remettre aux grains de silicium des puces informatiques…au risque qu’un grain de sable grippe tout le système ??

Mise à jour : 10 juin 2012

Les cordons -électroniques- de la bourse

En août 2010, ouvre le nouveau centre de données du New York Stock Exchange (NYSE) qui se veut le must technologique en matière de transactions financières virtuelles. 45 000 ordinateurs surdoués, connectés par un réseau Ethernet réagissant à la vitesse de 50 microsecondes permettant d’effectuer un ordre de bourse en 10 microseconde. A ce stade, même la distance joue. Se situer à quelques centimètres du dispositif d’échanges électronique fait gagner quelques centaines de millisecondes par rapport à un concurrent plus éloigné et au final quelques millions de dollars.

Pour les bolides de la finance, il n’ y a pas d’excès de vitesse, bien au contraire. On envisage même de leur construire  des « autoroutes » de fibre optiques. Ainsi, sur les 1300 km séparant les bourses de Chicago et de New York, les traders de haute voltige  pourraient  grapiller 3 millièmes de seconde sur une transaction.  On imagine que les gains sont à la hauteur d’un tel chantier estimé à 300 millions de dollars (source : L’échéance, François de Closets ; Ed. Fayard) .


Les gros cerveaux ne sont plus humains !

Pour la première fois le marché mondial du calcul intensif (HPC), celui des supercalculateurs, a franchi en 2011 la barre des 10 milliards de dollars. Ces machines peuvent effectuer des millions de milliards d’opérations à la seconde et occuper jusqu’à 1000 m2 de surface. Total s’est équipé récemment d’un serveur de calcul capable de procéder à 2.3 millions de milliards d’opérations à la seconde (2.3 pétaflops).

Autre exemple, Airbus vient d’acquérir un supercalculateur regroupant plus de 2000 serveurs afin de modéliser ses futurs avions. Mais la nouveauté vient des banques. Le Crédit agricole, la Société Générale ou encore JP Morgan ont recours à ce type de ressources pour leur calculs de risques financiers et autres opérations de finance et de bourse.

A l’horizon 2020, les ordinateurs les plus puissants rivaliseront avec les capacités d’un cerveau humain et un 2040, leur intelligence devrait atteindre celles de 6 milliards de cerveaux(1).

(1) Selon Philippe Vannier, PDG de Bull -  Source : Les Echos / rubrique High-tech & média – Mardi 3 avril 2012


A visionner pour mieux comprendre :
    • Cash Investigation : le trading haute fréquence – France 2 :

 

2007 : naissance du monde hyperconnecté

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2007 

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2007 : odyssée de l’espèce hyperconnectée !

2007 est-elle l’année la plus importante depuis Gutemberg (1450) ? C’est l’avis du journaliste et écrivain, Thomas L. Friedman. Cette année-là, Apple lance le tout premier Iphone, Google, Androïd, Amazon, le Kindle, IBM créé le tout premier ordinateur cognitif, Watson, Facebook et Twitter commencent à crever la toile…et le coût du séquençage du génome humain a été divisé par 100 000, passant de 100 millions de dollars à 1200 dollars.

D’une certaine manière 2007 cristallise une triple accélération qui va impacter comme on peine à l’imaginer le monde de demain : l’accélération de la mondialisation, celle du changement climatique et celle de la technologie(1).

robot-humanoide

En ce qui concerne l’évolution de la technologie, Friedman fournit une image de son accélération, emprunté à un ingénieur d’Intel. Si l’évolution de la Coccinelle modèle de 1971 avait évolué au même rythme que l’informatique, celle-ci roulerait aujourd’hui à 180 000 km/heure, coûterait 3 dollars à produire et consommerait qu’1 seul plein d’essence durant une vie entière !

Une accélération inouïe des performances

Aujourd’hui un seul Iphone dispose d’une capacité de traitement comparable à celle dont disposait l’ensemble d’armée américaine en 1984 (3).

Cette accélération va se poursuivre, voire s’accélérer et c’est inéluctable. Préparons-nous à bouleversement sans précédent de de nos sociétés. Cela va conduire à réinventer un contrat social où l’individu, l’entreprise et l’Etat, via son système éducatif, devront coopérer pour que chacun puisse s’adapter à ces changements.

D’ailleurs, on se prépare dans les meilleurs écoles de management à, non plus gérer des ressources uniquement humaines mais un mix entre des collaborateurs « biologiques » et des « collaborateurs » issus de l’Intelligence Artificielle se nourrissant d’algorithmes.

Un temps d’adaptation de plus en plus rapide

Il y a 1000 ans, le temps d’adaptation à un changement réclamait 2 ou 3 générations. Au début du XXème siècle, ce délai a été ramené à une génération. Aujourd’hui, l’humanité est capable de s’adapter en une dizaine d’années.

Si 2007 marque un point de convergence vers un élan inégalé en matière d’accroissement technologique, tout a réellement commencé en 1956 lors de la conférence de Dartmouth. Là, un enseignant du MIT , le Docteur en informatique John McCarthy invente le concept de l’intelligence artificielle( IA) : « Chaque aspect de l’apprentissage ou tout autre caractéristique de l’intelligence peut-être si précisément décrite qu’une machine peut-être conçue pour le ou la simuler. » (2)

Comme le souligne Bill Gates, l’Intelligence artificielle, est le graal de l’informatique tandis que le célèbre physicien Stephen Hawking considère que « L’intelligence artificielle est ce qui peut arriver de meilleur ou…de pire à l’humanité ».

Alors le pire ou le meilleur, seul l’avenir le dira !

Publié le 25 novembre 2017


L’homme le plus connecté

Chris Dancy est sans doute, en 20014, l’homme le plus connecté du monde. Du matin au soir, y compris la nuit, toute une panoplie de capteurs et autres caméras enregistrent ses moindres faits et gestes. Même ses activités nocturnes, et notamment sexuelles, n’échappent pas à la règle, sous réserve, bien entendu, de l’accord de ses partenaires.

homme-plus-connecteBref, bien que vivant seul à Denver, aucune personne au monde n’est aussi entourée. Des dizaines de caméras et autres équipements de mesure accumulent depuis plus de 5 ans toutes sortes de données le concernant. Cela va de l’ouverture du frigo, aux chasses d’eau tirées en passant par le restaurant ou les sorties ou les mails échangés, tout est scruté, analysé, stocké.

Même s’il accepte de retirer ses  Google Glass lors de soirées entre amis,  il avoue qu’on lui « demande jamais de retirer l’appareil photo narratif que je porte, comme tous les jours, sur ma tête ! »(4).

Cela ne lui empêche pas que « hacker son propre cerveau » reste son objectif ultime !

Liste des équipements à domicile et dans sa voiture (4):
Netatmo : mesure le bruit, la qualité de l’air et la température dans la maison (« Pour ne jamais écouter la musique trop fort par exemple »).
WeMo : détecteur de mouvements.
Aria : pour mesurer les ondes WiFi.
Hue : pour combattre les effets néfastes des ondes WiFi.
Tagg : pour surveiller l’activité de ses chiens.
NetGear VueZone : système de vidéo en temps réel de l’activité dans la maison.
Thermostat Nest : régulation de la température par WiFi.
Nest Protect : détecteur de fumée de gaz carbone.
Beddit : housse de matelas intelligente pour mesurer la qualité du sommeil.
Automatic : logiciel de statistique sur la conduite et l’activité à l’intérieur de la voiture.
Estimote : système de proximité qui donne des informations sur les objets qui se trouvent près de soi dans la maison.
Sonos : haut-parleurs WiFi.
CubeSensors : mesurent et contrôlent la température, l’humidité, la pression atmosphérique et le bruit.


 Les dates clés de l’Intelligence Artificielle

• 1914 : un automate mis au point par un ingénieur espagnol ; Leonardo Torres y Quevedo, est capable de jouer les 3 derniers coups d’une partie d’échecs.
• 1950 : Alan Turing invente un test capable d’identifier si une machine est « consciente».
• 1956, le Concept d’Intelligence artificiellle » voit le jour lors d’un séminaire
• 1961 : Unimate est le premier robot industriel. Il se met au travail sur une chaîne d’assemblage de General Motors dans le New Jersey
• 1986 : présentation par Daimler-Benz de la première voiture sans pilote
• 1989 : Coup d’envoi du World Wide web suit à un mémo adressé par le britannique Tim Berners-Lee à son supérieur au Cern.
• 1995 : Conception du chatbot Alice (Artificial Linguistic Internet Computer Entity par Richard Wallace, capable de simuler une conversation
• 1997 : Première victoire d’une machine face au champion du monde d’échecs
• 1998 : « naissance de Furby, le premier robot animal domestique
• 2000 : Honda créé le premier robot humanoïde intelligent Asimo
• 2007 : Lancement de l’Iphone, entre autre…
• 2009 : Google commence à développer la voiture sans chauffeur
• 2011 : Le langage naturel fait irruption sur les smarphones
• 2017 : Le logiciel Libratus remporte la victoire au Poker


1- Interview de Thomas L. Friedman, triple prix Pulitzer, auteur du livre « Merci d’être en retard » ed. Saint-Simopn  : « Nous vivons trois accélérations géantes » ; Le Point – N°2323 – 16 mars 2017.
2 – Le Point – N° 2323, 16 mars 2017 ; p. 60
3 – « la chute de l’empire humain », Charles-Edouard Bouée, ed. Grasset, 2017, cité dans le Point N°2323, 16 mars 2017, p.75
4 - « L’homme le plus connecté du Monde » – Paris Match – 28 juillet 2014


A visionner pour mieux comprendre :


 

Quand les urbains deviennent majoritaires, pour la première fois

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2007

Urbi & Orbi

 

 

2007 est une année charnière sur le plan de l’habitat humain; elle marque une rupture sans précédent après des dizaines de millénaires de vie à la campagne.

En effet, selon les données de l’ONU, pour la toute première fois dans l’histoire de l’humanité, plus de la moitié de la population mondiale vit désormais dans des villes ou en zone urbaine. Il s’agit souvent de vastes méga-métropoles qui pour certaines dépassent les 10 millions d’habitants.

Cette situation est plus marquée dans les pays du Nord où déjà les ¾ de la population est urbaine. Le sud va désormais prendre le relais avec, d’ici à 2050, un accroissement très fort des urbains, notamment en Afrique et en Asie.

Rat des villes et rat des champs, ni rose ni noir !

Cette urbanisation irrémédiable n’est pas sans poser de problème. Parmi les 3,5 milliards de personnes qui vivent en milieu urbain, une sur trois vit dans des conditions déplorables. Les habitations sont insalubres avec des égouts à ciel ouverts sur des sols souvent contaminés ou à proximité de décharges ne disposant pas d’eau potable. Bref des taudis.

En revanche, parmi les effets positifs, on observe une montée en puissance du cosmopolitisme.  Cela développe les principes de tolérance et de vivre-ensemble, aboutissant in fine à un accroissement de l’empathie. Pour Jeremy Rifkin, «les grandes cités commerçantes de l’histoire – Istanbul, Alexandrie, Le Caire et Rome, pour en nommer quelques unes- ont toujours été les lieux de l’épanouissement de l’empathie. Les gens de diverses cultures qui se rencontrent pour commercer ont une expérience directe de « l’autre , et ce constat approfondit non seulement les liens commerciaux mais aussi les liens empathiques. » (1)

Villes d'un million d'habitants et plus (2006)

 Une humanité presque exclusivement rurale

Si l’on regarde dans « le rétroviseur », on s’aperçoit que durant l’essentiel de l’humanité, c’est-à-dire en remontant aux premiers hommes, ceux que l’on dénomme les chasseurs-cueilleurs, l’habitat était temporaire. Les membres de la communauté, de trente à une centaine de personnes, se rassemblaient pour partager ensemble des cycles liés aux saisons. N’oublions pas que ce statut de chasseurs-cueilleurs – ou plutôt de cueilleurs -chasseurs, si l’on replace les choses dans le bon ordre - a occupé 93 % de la vie de l’humanité (2), celle-ci ayant commencé voici 175 000 à 200 000 ans.

Puis, sont apparus les tout premiers habitats sédentaires et les embryons de villages, voici 11 000 ans. 4000 ans avant J.-C., les premières sociétés urbaines, fruit de l’agriculture « hydraulique », se constituent au Moyen-Orient, dans l’ouest et le sud-ouest de l’Asie. Comme le rappelle J. Rifkin, la toute première société urbaine hydraulique a été créée par les Sumériens en Mésopotamie, le long du Tigre et de l’Euphrate. Les premières cités vont alors sortir de terre : Lagash, Nippour, Our, Ourouk, Eridou.

Cependant, les capitales des Empires (Chine, Inde, Egypte…) qui paraissent importantes pour l’époque ne dépassent pas 100 000 habitants ; Athènes et Sparte sont dans cet ordre de grandeur. Il faudra attendre, l’apogée de Rome (aux Ier et IIème siècles après J.-C.)  pour qu’une cité dépasse pour la première fois le million d’âmes.

L’urbanisation plus généralisée est donc un phénomène très récent dont les premiers frémissements réels datent de deux siècles. Il est directement induit par la révolution énergétique du charbon puis du pétrole modifiant radicalement notre manière de nous déplacer.

Les nouvelles tours de Babel

En 1820, apparaît en Grande Bretagne la toute première ville industrielle comptant plus d’un million d’habitants. En 1950, on compte 75 métropoles de plus d’un million de personnes et aujourd’hui plus de 400. Cette urbanisation s’accompagne d’une métamorphose de l’habitat qui est passé des huttes aux gratte-ciel démesurés.

Pour se faire une idée, la Willis Tower de Chicago, un des grattes-ciel les plus haut au monde, consomme quotidiennement plus d’électricité qu’une ville de 35 000 habitants, comme Conflans Sainte Honorine, dans les Yvelines (3).

Les 2/3 des citadins du monde proviennent des pays du sud

Depuis le XIX ème siècle, l’urbanisation n’a cessé de croître. Elle représente, 71% en Europe, 79% en Amérique du Nord et 65% au Japon. L’Amérique du Sud n’est pas en reste. Chili, Venezuela et Argentine se distinguent avec des taux d’urbanisation supérieur à 85%.

Evidement, l’Afrique avec 36 % d’urbanisation reste très rurale. Cependant, on estime qu’en 2050, ce taux sera de 62 %, proche de celui de l’Asie (66 %).

700 millions de citadins chinois, et moi, et moi, et moi !

Plus surprenant, la Chine dont le seuil d’urbanisation a dépassé les 50% depuis 2011 (4). Autrement dit, pour la première fois dans son histoire, la Chine compte davantage d’urbains que de ruraux. D’ailleurs, les projections fournissent un chiffre ahurissant de citadins chinois en 2015 : 700 millions.

Ces données expliquent pourquoi  les pays pauvres du sud, bien que plus ruraux, alimentent les 2/3 des citadins du monde en raison de leur poids démographique. Cette situation engendre pour les pays pauvres d’énormes difficultés de logements et d’équipements. Demain, près d’un milliard d’humains vivront dans des bidonvilles, tandis, qu’en dehors des métropoles,  des zones immenses seront totalement désertées.  

Bref, le monde sera plus urbain que jamais !

Publié le 6 avril 2012

Une France de plus en plus urbaine.

Les ¾ de la population française vit désormais en ville. En 2010, 77.5 % de la population française est établi en zone urbaine, selon l’INSEE, et les villes occupent près de 22% du territoire. Ce qui représente, en 10 ans,  une progression de près de 20 %. Cette progression est plus importante que celle constatée lors des décennies précédentes tout en se rapprochant du rythme des années 50/60 (5).

Entre 1999 et 2010, 1368 communes rurales sont devenues urbaines. Cela se produit en général par une intégration à une agglomération.

Cette urbanisation progresse principalement sur le littoral atlantique et méditerranéen mais aussi dans les régions alpines. Ce phénomène est particulièrement prégnant en Bretagne, en Loire Atlantique et en Vendée ainsi que dans certains départements du sud comme les Pyrénées-Orientales ou le Vaucluse. Cela se traduit par une sorte de « banane » qui s’étend de Nice à Rennes.

Ile de France (96.4%), Provence-Alpes-Côte d’Azur (94.3%), Nord-Pas-de-Calais (88%), Rhône-Alpes (81.5%) et Languedoc-Roussillon (80%) demeurent les régions les plus urbaines de France.

Du point de vue de la densité urbaine, celle-ci a augmenté en moyenne passant de 107.6 en 1999 à 113.6 habitants par km2. En revanche, elle a tendance à diminuer dans les zones fortement urbanisées en raison de l’étalement urbain, c’est-à-dire des constructions qui s’étendent sur des périmètres de plus en plus étendus. Cet attrait pour les espaces péri-urbains, qui se développent depuis une bonne décennie, favorise le recours accru à l’automobile et participe au « mitage » des milieux naturels et agricoles jusqu’ici épargnés (6). 

Parmi les grandes unités urbaines, certaines connaissent un accroissement spectaculaire comme Avignon qui englobe désormais Orange Cavaillon et l’Isle sur Sorgue ou Saint-Etienne, d’autres au contraire ne s’étendent plus  comme Nice, Toulon, Toulouse ou Douai-Lens.

Finalement, 80 % de la population est rassemblé au sein de 240 aires urbaines qui occupent un tiers du territoire contre 20 %, il y a 10 ans. Sur le territoire métropolitain, on dénombre 28 entités urbaines situées entre 200 000 et moins d’un million d’habitants, tandis que l’Ile de France rassemble à elle seule 12 millions d’habitants !  


La ville réponse aux problèmes d’environnement ?

Un constat : les zones urbaines, qui désormais abritent la moitié des habitants de la planète, consomment les 2/3 de l’énergie utilisée au niveau mondial et sont reponsables des 3/4 des émissions de gaz à effet de serre. Bref, la ville apparait actuellement plus comme un en problème que comme une solution.

 

Pourtant, aux yeux de nombreux spécialistes, la ville serait une solution, voire même LA solution, pour se diriger vers une société « décarbonée » ou « postcarbones ». Reconnaissons que le défi des villes est désormais de satisfaire aux nouvelles exigences environnementales : être plus économe, modifer les usages de ses habitants, réduire les transports individuels…

A l’évidence, les résultats sont très disparates. C’est dans les métropoles les plus denses que l’on observe la consommation énergétique proportionnelement la plus faible. De ce point de vue, les villes asiatiques à forte densité sont mieux placées que les villes américaines très étalées.

Bref, le regard sur les villes changent. Il devient positif car on prend concsience qu’elles offrent des gisements d’économie importants mais qu’en plus, elles représentent un véritable vivier d’innovations. Optimisation des flux et des habitations, expérimentation en matière d’économies d’énergie en tout genre (comme les trottoirs récupérateurs d’énergie), nouveaux comportements et modes de vie.

Les villes (re) deviennent The place to be, à la fois pour le business mais aussi pour la culture et les échanges. Cependant les aspirations grimpent presque aussi haut que les gratte-ciel. La ville doit être harmonieuse et répondre à toute une série de critères (environnement, qualité et coûts de la vie, transport, santé, sécurité, vie culturelle et sportive, climat…).

Car les villes sont plus que jamais en compétition. Reste une inconnue : de quelle manière les nouvelles technologies facilitant par exemple le télétravail ou les visioconférences influenceront l’urbanisation de demain ?
 


1 – «Une nouvelle conscience pour un monde en crise” Jeremy Rifkin – Ed LLL (Les liens qui libèrent) – 2011 –
2- Op. cit. p. 180
3. Op. cit. p. 403
4- Source : Contrepoints – 20/12/2011, cité dans GéoPopulation 

5- Sources : actu-Environnement.com et Insee 
6 – Les Echos – Supplément spécial « Audit de la France » – 3 avril 2012 


A visionner pour mieux comprendre :

 

Les villes du futur par euronews-fr


Les villes en 2057 Part 1 par alexis250

La toute première sexualité « augmentée » ou cybersexualité

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2007

Cybersexualité ou la sexualité augmentée

« Vous avez un nouveau vibro-message ! »

En 2007 s’est produit un basculement majeur dans nos relations amoureuses et sexuelles ; et cela presque à notre insu. L’interconnexion entre le monde réel et le monde virtuel a pris une nouvelle dimension : une interrelation entre avatar et personne physique en quête de plaisirs artificiels mais bien réels. Tout comme les voitures, les relations amoureuses et sexuelles deviennent hybrides. Est-ce pour le meilleur ?

 

Cette année-là, pour toute la première fois de mémoire d’hommes et de femmes, un personnage virtuel, dénommé avatar, situé dans un univers non moins virtuel, celui de Second-Life (1), offre, à distance, une interaction physique, bien réelle, avec une personne en chair et en os pour lui procurer du plaisir.

Bien-sûr, derrière ce phénomène il y a de la technologie : un vibromasseur baptisé Xcite Touch connecté à un ordinateur via une clé USB et qui est piloté par un avatar de Second-life, l’univers virtuel et réseau social accessible sur internet.

Second-life-cibersex

Cette toute nouvelle façon de « faire l’amour » marque les premiers pas, encore maladroits, vers une sexualité augmentée comme on dit aujourd’hui. C’est-à-dire une sexualité bien réelle à laquelle la technologie apporte un plus en permettant des interactions à distance, en temps réel et en réseau.

« c’est un moment emblématique : on a alors permis au grand public d’avoir un retour physique – un feed-back – vers le corps », explique, Yann Minh, artiste multimédia et auteur de science-fiction (2).

Même si cette expérience apparait encore peu aboutie, elle préfigure ce qui nous attend dans un futur relativement proche. Les objets connectés dits « haptiques » commencent à débarquer dans les chaumières. Leurs missions : stimuler nos sensations tactiles et thermiques.

L’empire des sens

Depuis 2012, une société taïwanaise commercialise un « couple » de sex-toy (3), l’un réservé à monsieur, l’autre à madame, les deux vibromasseurs étant connectés à un smartphone. Ainsi, monsieur et/ou madame peuvent déclencher le plaisir chez leur partenaire à distance. Vous avez un nouveau massage, en quelque sorte !

Comme l’a écrit le célèbre sociologue Mc Luhan, l’utilisation d’un outil nous transforme, et transforme notre relation au monde. La pratique de la cybersexualité va inévitablement dans ce sens et pourrait provoquer ce que Mc Luhan appelle la « narcose narcissique ». Il s’agit d’un état de conscience modifié où l’individu investissant son être dans un prolongement technologique perd conscience de lui-même(4).

Cybersexualité

Toutefois, relativisons, car les prouesses de l’imagination humaine et l’inventivité technologique en matière d’aide à l’orgasmes ne datent pas d’hier. Loin s’en faut.

Les paradis artificiels

Il y a 30 000 ans (28 000 ans av.J.-C.), on utilisait déjà les godemichés. On a retrouvé, un objet en pierre polie long de 20 cm et de 3 cm de diamètre. Il représente, selon les spécialistes, le tout premier outil sexuel connu (4). Bien plus tard, la pièce grecque d’Aristophane, Lysistrata (écrite en 411 av J.-C.), met en scène le thème « faites l’amour, pas la guerre ». Elle l’illustre en arborant, sans complexe, des godemichés dans la lignée du culte du phallus en vogue à l’époque..

Traitement de femme hystérique à la fin du XIXème siècle par masturbation, ici à l’aide de puissants jets de douche.

Pour que la fabrication se professionnalise, il fallut attendre en occident le XVII ème siècle : les phallus artificiels sont confectionnés sur mesure, en pierre, bois, cuir, os, ivoire ou céramique. Si les élites en raffolent, l’impératrice Catherine II de Russie en est folle ! Elle a la réputation, à tort ou à raison (voir encoart), de les avoir collectionnés et utilisés plus que de raisons.

C’est en 1907, qu’est - enfin ! - inventé le tout premier vibromasseur portatif. Il est hydraulique et n’a rien de romantique. Tout comme son prédécesseur, le premier vibromasseur électromagnétique, sorti en 1883, il ressemble à un instrument de torture.

Un peu de patiente, on prédit que vers 2050 (6), il nous sera proposé des prostituées androïdes à la beauté bouleversante et aux possibilités extravagantes.

Comme l’entrevoit le philosophe Milad Doueihi(2), l’espace numérique est en train d’happer progressivement nos vies, nos amours et notre corps tout entier.


Un amour de Catherine

L’impératrice Catherine II de Russie (1729 – 1796)  n’appréciait pas uniquement les belles lettres, elle aimait aussi beaucoup le sexe. Elle collectionna, d’ailleurs, une vingtaine d’amants.

Au-delà des hommes, il est probable qu’elle collectionnait aussi les godemichés de toute nature.

L’histoire raconte que dans son palais de Tsarskoïe, aux environs de Saint Pétersbourg,  un mur entier d’un cabinet, que l’on qualifia d’érotique, alignait les phallus artificiels de tous poils.

La grande Catherine aurait disposé aussi, selon des témoignages, d’une collection étonnante de meubles érotiques aux motifs explicites : fellation, phallus, cunnilingus…

Cependant, ll faut avouer que l’existence même de ce cabinet de débauche qui aurait été à la main de la Grande Catherine  divise encore les historiens, malgré ses appétits sexuels reconnus .

 


Joindre l’outil à l’agréable : une longue histoire

  • 28 000 ans av. J.-C. :  le tout premier objet de plaisir découvert ;
  •  Vème siècle av. J.-C. : le théâtre s’empare des godes,
  • XVIIème siècle : les premiers gadgets sexuels commercialisés ;
  • 1883 : le tout premier vibromasseur inventé par le Dr Joseph Mortimer Granville ; il est baptisé « percuteur mécanique à ressort » ;
  •  1907 : premier vibromasseur portatif ;
  • Années 1970, premières tentatives de communication en réseau à vocation sexuelle, en piratant le réseau téléphonique français ;
  • 1984 : les débuts du Minitel Rose ;
  • 1987 : premier personnage numérique interactif à vocation sexuelle et première jouissance virtuelle, via le jeu MacPlaymate sur Macintosh. Le but du jeu consistait à faire jouir une playmate virtuelle en manipulant les touches du clavier ;
  • 2007 : premier feed-back entre personnage réel et personnage virtuel ;
  • 2008 : première observation d’un orgasme féminin par IRM
  • 2010 : Roxxxy, le premier robot sexuel à être commercialisé ;
  • 2010 : La manette de la Wii de Nintendo devient, via extensions, un vibromasseur
  • 2012 : Connectés à un smartphone, les vibromasseurs de la société LovePalz permettent de procurer du plaisir à distance ;
  • 2013 : Première immersion 3D pornographique -marque japonaise Tenga- avec lunettes 3D et contrôleur de jeu issu de simulateurs de vol permettant des mouvements de haut en bas… ;
  • Vers 2050 : les premières prostituées androïdes

 


1 – Second Life, créée en 2003, est un méta-univers en 3D sur Internet. Il permet aux internautes d’incarner des personnages virtuels, appelés « avatar » et de faire évoluer ces avatars dans ce monde en perpétuel changement. Second life n’est pas un jeu, il permet à des utilisateurs de vivre une seconde vie où ils peuvent construire, échanger, communiquer, commercer et même faire presque réellement l’amour par instrument connecté.
 2-  Usbek & Rica, N° 5 – Mars/Avril 2013 : « demain le cybersexe pour tous ? »
3-  Zeus et Héra, sex-toys duo commercialisés par la société LovePalz. Microsoft de son côté prépare une solution pour procurer des câlins à distance
4 –  « L’homme est un animal cybernétique »

5-  Objet retrouvé en Allemagne dans la grotte de Hohle Fels et servait aussi selon les archéologues à la sculpture du silex.


A visionner pour mieux comprendre (attention, la seconde vidéo sur Second Life est réservée à un public averti):

    • La Suisse à l’heure du cybersexe :

    • Second Life, c’est hot !

    • Second Life : un monde à part :

    • :Sextoys 2013 : une nouvelle ère de la cybersexualité