vendredi, 15 décembre 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

D. De 1960 à 2000+

Les Sixties : un festival de premières fois !

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9 mai 1960

Oh, hippies days !! 

Le Groupe Pink Floyd, précurseur du rock psychédélique

Le Groupe Pink Floyd, précurseur du rock psychédélique; illustration ici de leur principaux albums

 

9 mai 1960. Lever de rideau pour une décennie de folies qui restera à jamais gravée dans la mémoire collective sous le « label » des Sixties !

Ce jour-là, la Food and Drug Administration, (Agence américaine de contrôle des aliments et des médicaments) donne son autorisation de mise sur le marché à la toute première pilule contraceptive, l’Enovid

C’est le coup d’envoi pour un festival de « premières fois » uniques dans les annales de l’histoire sur une période aussi courte. Comme le résume l’éditorialiste Claude Weill (1) « C’était le temps des commencements. Un monde finissait, un autre naissait ».

Un monde finissait, un autre naissait !

Et oui, le monde ne sera plus jamais comme avant !  Bien sûr, les années 50 avaient déjà sonné le début de la récréation : l’essor de la télévision aux Etats-Unis, phénomène qui allait se répandre sur la planète, le règne de la « bagnole », les toutes premières villes nouvelles, les premiers pas de la conquête spatiale, du nucléaire civile;  l’envolée de la course aux armements, l’appel d’air du rock, le premier shopping center (1953) émergeant d’un champ de pommes de terre près de New York, les fast-foods…

Bref, comme le souligne le David Halberstam, journaliste américain, prix Pulitzer, l’invention de la société moderne !

Ces événements des fifthies portent le germe d »une révolution socio-culturelle encore à l’oeuvre aujourd’hui. Mais leurs  fondations restent encore largement ancrées dans le domaine de la consommation issue de la révolution industrielle et demeurent très conformistes. Tandis que les Sixties amènent un vent totalement inédit qui va transformer la société en profondeur, et cela en un temps record. C’est probablement sans précédent dans l’histoire.

symboles des sixties

On peut y voir un hymne aux premières fois, tant celles-ci sont nombreuses. Et sur tous les plans : technologique, culturel et surtout au niveau des mœurs et plus particulièrement sur celui de l’émancipation de la femme.

Alors, oui, tout a commencé ce 9 mai 1960 car, même si la pilule contraceptive a été inventée en 1957 (cf. article sur la pilule contraceptive), elle arrive sur le marché en ce début des sixties, comme le porte-drapeau de cette décennie qui va changer le monde.

Rappelons-nous !

Le premier homme dans l’espace et le premier pas sur la Lune, la première greffe du cœur, les premiers essais du Concorde et le lancement du paquebot France, le premier 100 mètres en 10 secondes, les premiers jalons de ce qui deviendra Internet avec Arpanet, les débuts de Beatles et de la vague Yé-yé et des anti yé-yés comme Polnareff (2). Pour la première fois les chanteurs sont plus jeunes que leurs fans !

Un nouveau souffle pour le cinéma grâce à Truffaut, Rhomer, Godard et quelques autres initiateurs de « la nouvelle vague », une nouvelle star, Brigitte Bardot qui en casse tous les codes, le Nouveau Roman et le structuralisme porté notamment par Lacan engageant la jonction entre la psychanalyse et la linguistique ;

La révolution vestimentaire et plus globalement culturelle qui voit le tutoiement s’imposer, les fleurs envahir des cheveux qui poussent, et la drogue rendre ses fleurs multicolores, la naissance du Pop art, le discours de Martin Luther King en août 1963 et évidemment, mai 68 qui dresse le peuple du monde occidental sur les barricades et d’une certaine manière qui dresse aussi le chapiteau de Woodstock en août 69. Un point d’orgue comme pour conclure avec panache cette décennie où tout devient ENFIN possible. Pour la première fois !

Sous les pavés, la plage ??

Cependant, tout n’est pas rose, loin s’en faut. Les essais nucléaires se multiplient dans une guerre froide qui aurait pu déboucher sur un embrasement mondial et irrémédiable lors de l’affaire des missiles de Cuba à l’automne 1962 ; l’Amérique s’engage au Vietnam, Israël gagne une guerre éclair, tandis que la France est engluée en Algérie et que Berlin dresse son mur.

Il faut à un ouvrier français ½ mois de salaire pour s’offrir un transistor, tandis qu’il ne dispose que très rarement de salle de bains et que moins de 4% de ces enfants accèdent à des études supérieures.

Pour la première fois, l’humanité a conscience de vivre, en temps réel –c’est-à-dire à échelle humaine – un accouchement sociétal où pour la toute première fois l’individu s’émancipe de sa famille et des règles sociales séculaires. Celui-ci s’effectue dans la douleur mais avec une joie et une espérance inégalées.

Nous sommes au milieu des trente glorieuses, au printemps de tous les possibles.

Publié le 2 mai 2012

La beat generation

« Faites l’amour pas la guerre ». Parmi les slogans de mai 68, celui-ci est peut-être le plus révélateur de la mutation qui est en gestation depuis le début des années 60.

Cela se traduit par une libération des corps et des esprits qui se manifeste par l’émergence de la contre-culture et par la transgression. Autrement dit : une Culture jeune qui apparait pour la première fois comme l’a souligné le sociologue Edgar Morin (3).

Même si toutes les couches et tous les domaines de la société sont touchés par cette mutation socioculturelle spectaculaire, les jeunes -un français sur trois- en sont le fer de lance.

La beat génération

Tandis que les cheveux s’allongent les jupes se raccourcissent avec les minijupes et les filles se dénudent n’hésitant pas à se montrer en monokinis, les seins nus. Le tout dans une ambiance « peace and love », matinée de sexe, de drogue rythmé par le rock’n roll (4).

Mais surtout, c’est le rapport au sexe qui commence vraiment à changer. Songeons qu’à cette période, il est impensable d’avoir des relations sexuelles avant le mariage. Les filles qui tombent enceintes hors mariage sont renvoyés par leur employeur et répudiés par leur famille. Jusqu’en 1972, date à laquelle la loi Neuwirth autorisant la pilule contraceptive rentrera effectivement en vigueur, il faut l’accord parental pour obtenir la Pilule jusqu’à l’age de 21 ans (âge de la majorité à l’époque).

Les jeunes aspirent donc avant tout à une chose : disposer de leur corps et revendiquer le droit à la jouissance. Et pour les femmes, cela est totalement nouveau. Depuis la nuit des temps, elles n’ont jamais connu cette possibilité de jouir sans entrave, l’esprit et le corps libre.

Pour la toute première fois, les femmes peuvent oser dire « Un enfant,  si je veux et quand je veux ! »


Un feu d’artifice de premières fois et d’évènements :

  • 1er janvier 1960, le nouveau franc fait une entrée fracassante ;
  • Entre janvier et septembre 1960, tous les pays des anciennes colonies françaises d’AOF (Afrique-occidentales Française) accèdent à l’indépendance ;
  • 21 avril 1960, inauguration de Brasilia, sortie de terre en 1000 jours, dit-on, devient le symbole de l’architecture moderne;
  • 9 mai 1960, autorisation aux Etats-Unis de la Pilule contraceptive ;
  • 11 mai 1960, inauguration du paquebot France ;
  • Septembre 1960, Cavanna et le professeur Choron lance « Hara Kiri », apportant une forme d’humour inédite ;
  • Août 1960, portée par 4 copains, l’appellation « Beatles » entre dans l’histoire ;
  • 20 septembre 1960, Johny Halliday fait ses débuts tandis que la même année, Jean Luc Godard sort « A bout de souffle » ;
  • 12 avril 1961, Gagarine est le premier homme dans l’espace ;
  • 13 août 1961, la RDA érige le « mur de la honte » ;
  • 30 octobre 1961, les soviétiques font exploser la bombe atomique la plus puissante jamais construite : 4000 fois celle d’Hiroshima ;
  • 1962, le taux croissance de l’économie atteint pour la première et la dernière fois, 6,8 % ; M. McLuhan publie la Galaxie Gutenberg évoquant le village mondial ;
  • 8 avril 1962, référendum sur l’indépendance de l’Algérie ;
  • Juillet 1962, Konrad Adenauer et le général de Gaulle scellent la réconciliation franco-allemande.
  • Octobre 1962, la crise des missiles de Cuba ;
  • 11 octobre 1962, ouverture du Concile Vatican II qui va transformer la liturgie de l’Eglise catholique ;
  • Novembre 1962, Alexandre Soljenitsyne publie son premier roman « Une journée d’Ivan Denissovitch » ;
  • 28 août 1963, devant plus de 250 000 personnes réunis devant la Maison Blanche, Martin Luther King lance « I have a dream »
  • 22 novembre 1963, assassinat de John F. Kennedy à Dallas ;
  • 12 juin 1964, Nelson Mandela, leader de l’ANC est condamné à la prison à perpétuité d’où il ressortira en février 1990 ;
  • 27 juin 1964, à Saint-Tropez, le monokini fait son apparition ;
  • 5 juin 1965, sortie du tube des Rolling Stones, « Satisfaction » ;
  • 25 juillet 1965, Bob Dylan au festival de Newport avec sa guitare électrique, se fait huer ;
  • Automne 65, Syd Barett, Nick Mason, Roger Waters, Richard Wright inventent avec le Pink Floyd le rock psychédélique ;
  • Janvier 1966, première communauté hippie en Californie ;
  • Avril 1966, le président Mao Tsé-toung lance sa « révolution culturelle prolétarienne », provoquant entre 400 000 et 1 million de morts ;
  • 1966, le Mini-K7 de Philips révolutionne, grâce à la possibilité d’enregistrer, le rapport à la musique ;
  • 1967, Brigitte Bardot chante en duo avec Serge Gainsbourg « Je t’aime, moi non plus » ; Au Golden Gate Park de San Fransisco, 40 000 hippies couvrent de fleurs des policiers;
  • 7 février 1967, début des bombardements américains sur le Vietnam ;
  • 5 juin 1967, guerre des six jours menée par Israël ;
  • 9 octobre 1967, Ernesto Guevara, alias le Che, est exécuté par l’armée bolivienne ;
  • 3 décembre 1967, première transplantation cardiaque réalisée par le chirurgien sud-africain Christian Barnard ;
  • 28 décembre 1967, l’Assemblée Nationale adopte la loi Neuwirth autorisant la pilule ;
  • 15 avril 1968, Yasser Arafat sort de la clandestinité ;
  • 29 avril 1968, les Shadoks commençaient à pomper ;
  • Mai 1968, sous les pavés, la plage !
  • 23 juillet 1968, premier détournement d’avion, entre Rome et Tel-Aviv ;
  • 20 août 1968, les troupes soviétiques envahissent la Tchécoslovaquie ;
  • 21 juillet 1969, pour la toute première fois, un homme marche sur la Lune ;
  • 12 août 1969, embrasement de l’Irlande du Nord ;
  • 15 août 1969, ouverture du festival de Woodstock qui rassemble un demi million de spectateurs contre 50 000 attendus;
  • 1969, « Easy Rider » de Dennis Hopper, une « road movie » qui exalte l’envie de liberté et l’épanouissement personnel, tout l’esprit des sixties.

1 – Nouvel Observateur – Spécial années 60 – « Dix ans qui ont changé le monde » – N° 2459/2460 – Décembre 2011
2- Le Figaro.fr – « Les enfants terribles de sixties » – 20 avril 2006
3- « L’esprit du Temps » – Edgar Morin – 1962, rééd.  Armand Colin, 2008
4- « Mai 68 et la Libération des moeurs » – Sciences Humaines – Mai 2008 


A visionner pour mieux comprendre :

La Folies des années 60, un documentaire de France 3 :

Brigitte Bardot – L’égérie des années 60 :

Saint-Tropez lance la mode du monokini :


Propositions de lectures pour retrouver l’ambiance des Sixties :

  • Beat GenerationPour Jack Kerouac, le terme « beat » signifie « être, d’une façon non dramatique, au pied de son propre mur ». En 1957, Sur la route devenait le livre-symbole de la liberté, de la contestation des valeurs bourgeoises et de la révolte face à la cupidité du monde. Née à New York de l’amitié entre quatre hommes, Kerouac, Ginsberg, Cassady et Burroughs, la Beat Generation revendiquait des engagements politiques forts et refusait la course à l’argent. De leur vivant, les artistes Beat vivaient l’art comme une continuité, une œuvre commune. Pour la première fois, leurs textes sont ici réunis selon leur vraie vocation et forment un tout cohérent.
  • Swinging sixties : Londres-ParisCe livre se propose de revisiter les sixties à travers le prisme de la culture rock. A l’origine américaine, cette musique se déploie sur le monde en provenance de Grande-Bretagne. The British Blues Boom ! Les Beatles, les Rolling Stones, les Who… modélisent une jeunesse tournée vers la modernité et l’émancipation. Londres irradie jusqu’en 1967, et continue de donner le la jusqu’en 1972 tandis que, déjà, le fameux Swinging London se pare d’atours « glam ». Retour sur une décennie qui façonna les moeurs dites modernes dont nous sommes tous les héritiers. Retour sur cinq groupes essentiels – les Beatles, les Stones, les Kinks, les Who et les Pink Floyd. La mode de Carnaby Street, le Pop Art, le psychédélisme, la mini-jupe, Twiggy, la Triumph, Chapeau melon et bottes de cuir, mais aussi chez nous, le magazine Salut les Copains et le Pop Club de José Artur, Sylvie Vartan ou Françoise Hardy et ses robes Paco Rabanne, Antoine, Jacques Dutronc, Michel Polnareff et autres chanteurs anti-yéyés, Campus de Michel Lancelot et le président Rosko… Une génération, une façon de vivre, d’appréhender le monde et la musique en Angleterre et en France. Une histoire détaillée, sociale et artistique. Une somme iconographique – plus de 600 documents rares ou inédits. Une saga accessible, au doux parfum de nostalgie, qui évoquera bien des souvenirs à ceux qui ont connu l’époque et fera rêver les plus jeunes !
  • Les égéries sixtiesDébut des années 1960. Des filles se rencontrent à Paris dans l’agence de mannequins de Catherine Harlé : Nico, Anita Pallenberg, Amanda Lear, Anna Karina… Libres, extravagantes, gonflées, elles font les beaux jours et les belles nuits de la Rive gauche et croisent d’autres beautés : Zouzou, Caroline de Bendern, Tina Aumont, Marie France, Valérie Lagrange, Deborah Dixon… Plus qu’une bande, ces femmes incarnent un état d’esprit, une allure, et vont influencer profondément leurs amants, des figures du rock : Brian Jones, Keith Richards, David Bowie, parmi d’autres. Peindre l’existence de ces véritables stars, c’est remonter le fil qui relie la mode de Carnaby Street à celle du boulevard saint-Germain. C’est s’inviter à des parties hallucinantes, des deux côtés du Channel. C’est entrevoir, à travers ces égéries touche-à-tout, ce qui rapproche le monde des Rolling Stones de l’univers de Philippe Garrel. C’est ressusciter les figures légendaires de Donald Cammell, dont l’appartement de Montparnasse fut le haut lieu de l’axe Paris-Londres, et de Talitha Getty, dont le palais de Marrakech fut le théâtre d’orgies mémorables. Suivre la destinée de ces femmes exceptionnelles, c’est dessiner une certaine idée des années 1960 avec tempêtes sexuelles, rafales de Stratocasters et déferlements de poudre. Mais confesser aujourd’hui les acteurs essentiels d’une époque dingue, c’est aussi, pour l’auteur, trouver la confirmation qu’on écrit pour conjurer ses propres fantômes.
  • Oeuvres de Françoise SaganCinquante ans après, la petite musique de Bonjour Tristesse, que l’on retrouvera dans les autres romans de Sagan, chante toujours aussi délicieusement à nos oreilles. Un retour dans les années 1950 et 1960 toujours à la mode.
  • Sixties : Cinéroman, de Robert Belleret.Dans ces mémoires d’un jeune homme dérangé, Robert Belleret livre un itinéraire d’adolescent glandouilleur, fauché, timide mais exalté, tout au long des années soixante. De l’entrée au lycée à l’embauche dans un journal, en passant par la case caserne et les boulots de gratte-papier indocile, Sixties se lit comme un roman de formation. Le music-hall, le Livre de poche et le septième art ayant constitué les universités de l’auteur, Aznavour, Hemingway, Godard, Bébel et B.B., les Beatles et les Stones, Léaud et Léo et tant d’autres « maîtres » figurent au générique de ce cinéroman constamment irrigué par le cinoche – celui qu’on regarde avec les yeux et celui qu’on se fait dans sa tête. Sans jamais se donner le beau rôle dans ses tribulations d’acteur anonyme – virées entre copains, amitiés fondatrices, élans amoureux chaotiques, premiers baisers, errances banlieusardes et voyages au bout du monde -, Belleret est aussi le témoin attentif de l’ère des ruptures où de Gaulle et les deux K (Khrouchtchev et Kennedy) dominent le paysage. Il brosse ainsi la chronique, juste, drôle et trépidante d’une époque – du yé-yé triomphant à la grande chanson française, du dernier flot des westerns à la Nouvelle vague, du rock à la pop, des scoubidous aux minijupes, de la sale guerre d’Algérie au joli mois de mai – dont l’image n’est pas près de se ternir.

La première croissance technologique exponentielle

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19 avril 1965

loi-moore-home

« Toujours plus, always mo(o)re »

 

En 1965, la loi de Moore prophétise une première dans l’histoire des innovations technologiques : une croissance exponentielle de la puissance de calculs des ordinateurs grâce à un doublement tous les 18 mois du nombre de transistors logés dans un micro-processeur. 50 ans plus tard, les limites sont atteintes mais les bouleversements à venir restent immenses.

Gordon-Moore-Intel-ITWTout a commencé dans la revue « Electronics » un jour d’avril 1965 dans un article intitulé « Mettre plus de composants sur des circuits intégrés ». Le Dr Gordon Moore (1) constate que le nombre de transistors gravés sur un circuit électronique double tous les 18 mois depuis son invention, en 1958.
A ce rythme prédit-il, il faudra 10 ans pour atteindre le nombre fabuleux (pour l’époque) de 65 000 transistors. Rappelons qu’en 1965, à l’époque où est écrit l’article, le circuit le plus performant contenait 64 transistors. En 2010, le processeur Intel Core i7 (Gulftown) contenait plus d’un milliard de transistors et Intel prévoit d’atteindre 120 milliards de transistors sur une simple puce en 2018.

Un progrès rythmé par la loi de Moore

Durant plus de 50 ans, le pronostic formulé par Gordon Moore qui deviendra l’un des fondateurs d’Intel, se réalisera comme par enchantement.

En réalité, Gordon Moore ajustera en 1975 sa loi en prenant en compte des composants plus complexes que les simples circuits intégrés et portera à 2 ans le doublement de la puissance.
Avec du recul, les faits lui donneront raison : tous les 2 ans (1.96 an pour être exact), le nombre de transistors par puce doublera et cela pour le même prix !

64 transistors en 1965, puis 128, 256…au début cela semble une croissance molle mais très vite les chiffres s’envolent. C’est ce qu’on appelle une croissance exponentielle.
Cette multiplication de la puissance presque aussi miraculeuse que la multiplication des pains par Jésus correspond à une stratégie conduite par l’ensemble de l’industrie des semi-conducteurs, avec à sa tête Intel, bien sûr.
D’ailleurs chez Intel, on appelle cela la « stratégie du tic-tac » : le constructeur annonce une finesse de gravure accrue en année « tic » puis améliore le dessin de ses puces, en année « tac » (2).

Une prophétie autoréalisatrice

transistors_PrixLa clé de ce processus tient dans le fait que les bénéfices issus de la montée en puissance de l’informatique sont réinvestis en recherche pour préparer la génération suivante qui rendra obsolète la précédente et générera donc de nouveaux profits…et de nouvelles recherches. C’est ce qu’on appelle une prophétie auto-réalisatrice.

Malgré les difficultés rencontrées qui, elles aussi vont en s’amplifiant comme la chaleur générée par les microprocesseurs ou la difficulté à réaliser des gravures sous la barre de 20 nanomètres, la Loi de Moore s’est, jusqu’à présent toujours vérifiée.

La loi de Moore au pied du mur…technologique

Mais, en 2016, pour la première fois, il semblerait que la loi de Moore batte de l’aile. Avec des transistors toujours plus petits, on se heurte à un double mur : celui de la physique car il arrive un moment où il devient impossible de faire maigrir les composants et un mur économique cette course à la miniaturisation devient de plus en plus onéreuse avec des usines dont les coûts sont exorbitants.
Et ceci n’est pas anecdotique car en matière d’exponentielle, les petits ralentissements font à terme des grands changements et, en l’occurrence, devrait conduire dans la décennie à venir à une réduction de moitié de la puissance prévue et donc des applications.

Heureusement, les labos n’ont pas dit leur dernier mot. On devrait passer de la quantité à la qualité, en faisant en sorte que les futures puces soient plus performantes avec le même nombre de composants.
En effet, si la course à la miniaturisation semble toucher à sa fin, il reste encore une marge énorme pour améliorer la puissance des micro-processeurs.

Si une nouvelle loi de Moore reste à formuler, son postulat basé sur la croissance exponentielle, pourrait être élargie du hardware au software.
C’est du moins, ce que prétend, Ray Kurzweil, le futurologue de Google, qui prédit que l’intelligence des ordinateurs dépassera celle des humains vers 2045 (3) conduisant à une fusion entre l’homme et la machine, étape qu’il nomme la Singularité.

La loi de Moore est morte, vive la loi de Moore !


Les jalons de la loi de Moore

evolution_transistors

  • 1958 : première puce de l’histoire comportant un seul transistor
  • 1965 : Evocation de la fameuse loi de Moore
  • 1971 : tout premier processeur (le 4004 d’Intel) doté de 2300 transistors
  • 1977 : premier ordinateur grand public à utiliser des puces avec une gravure de 8000 nanomètres.
  • 1989 : la barre du million de transistors est franchie (processeur i860 d’Intel)
  • 2004 : coup d’arrêt à l’augmentation de la fréquence des horloges en raison de la chaleur dégagée par les puces
  • 2007 : première puce à dépasser le milliard de transistors
  • 2016 : Intel met fin à la loi de Moore en réduisant le rythme des gravures de plus en plus fines.  

La R&D n’a pas dit son dernier mot !

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Au-delà de la taille, les projets ne manquent pas pour rendre les processeurs plus performants.
On pourrait utiliser les photons à la place des électrons, ou remplacer le silicium par d’autres matériaux comme le germanium ou le graphène ou encore miser sur l’ordinateur quantique, le graal de l’informatique.

Une autre piste très prometteuse vise à améliorer la communication entre les composants en optimisant leur organisation.
Enfin, les puces universelles devront faire la place à des processeurs spécialisés comme c’est le cas avec les processeurs graphiques.

 


1 – Gordon Moore est alors Directeur de la R&D de Fairchild semiconductors
2- Les Echos – 14 juin 2016- P.10
3- Nouvel économiste, publié le 30 juillet 2015 / The Financial Times Limited


A visionner pour mieux comprendre :

Vers la suprématie de l’Intelligence Artificielle ?

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Octobre 2015

match-IA-Humain-pano

Quand l’intelligence artificielle avance ses pions

Avec cette toute 1ère victoire remportée par un ordinateur au jeu de GO, une étape majeure dans la course à l’intelligence vient d’être franchie ! Est-ce le point de rupture qui marque le début de la fin de la suprématie de l’intelligence humaine ? L’avenir nous le dira !

Si l’intelligence (tout court) a fait ses tout premiers pas sur Terre, il y a plus de 3 millions d’années, comme l’affirme le paléontologue Yves Coppens, lorsqu’un hominidé a eu l’idée d’utiliser un caillou pour en transformer en autre en le frappant à l’aide du premier, il est plus difficile encore, semble-t-il, de dater l’avènement de l’Intelligence Artificielle.

Ceci est d’autant plus compliqué qu’il n’est pas aisé non plus de la définir. De manière imprécise, on évoque un dispositif fondé sur les mathématiques, les algorithmes et la sémantique dont les de compétences et de savoir-faire offrent une efficacité comparable voire supérieure à l’intelligence humaines(4).

L’Intelligence Artificielle a gagné ses lettres de noblesse

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De ce point de vue et dans un registre spécifique, le pas semble définitivement et irrémédiablement franchi. L’intelligence Artificielle a gagné ses lettres de noblesse en remportant une victoire sans précédent sur l’intelligence humaine. En effet, le jeu de Go était le dernier jeu (de plateau) où l’homme battait encore la machine. Dorénavant, cette époque est révolue !

Tout s’est joué à Londres en octobre 2015. AlphaGo, le programme d’ordinateur de Google développé par sa filiale DeepMind, bat par 5 victoires à zéro le champion de jeu de Go européen, le Français Fan Fui.

Face à l’intelligence humaine, l’ordinateur s’est montré impitoyable en défiant pour la toute première fois, notre honneur. Car, c’est bien de cela dont il s’agit.

C’est un véritable exploit : le jeu de Go, inventé par les chinois il y a 3 000 ans, est considéré comme le jeu de société (dit de plateau) le plus complexe imaginé par l’homme. Le nombre de combinaisons dépasse l’entendement : 10 puissance 172, à comparer au 10 puissance 128 combinaisons du jeu d’Echec, soit des centaines de millions de milliards de milliards de milliards de milliards de fois plus ! (5).  Il est même supérieur au nombre d’atomes de l’univers. A titre de comparaison, le tout premier jeu vidéo, Tic Tac Toe en 1952 ne disposait que de 765 combinaisons possibles !

Après Deep Blue, une nouvelle Frontière vient d’être franchie !

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Il y a presque 20 ans (le 10 février 1996), se produisit déjà un tout premier exploit de l’intelligence artificielle. Le champion d’échecs, Garry Kasparov, perdait une première manche, avant de s’incliner, l’année suivante, lors de la revanche contre un adversaire beaucoup plus lourd que lui mais pas moins habile : Deep Blue d’IBM, une machine de 700 kilos, excusez du peu !

15 ans plus tard, en février 2011, le système d’Intelligence Artificielle d’IBM ; Watson(voir encart) remporte le jeu télévisé, Jeopardy ! qui consiste à trouver la question face à une réponse énoncée.

Cette fois, il s’agissait d’intégrer autant de connaissances qu’un être humain et de comprendre les questions, autrement dit le langage naturel.

Mais avec le jeu de Go, qui offre plusieurs centaines de positions à chacun des coups, une nouvelle étape est atteinte comme l’explique Tristan Cazenave, spécialiste de la programmation des jeux : « c’est le graal de l’intelligence artificielle, un des objectifs les plus durs à atteindre ».

Relativisons toutefois, d’autres jeux très intuitifs comme le Poker résiste encore en partie aux ordinateurs.

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S’inspirer du fonctionnement du cerveau humain

Le principe de base de cette prouesse repose sur des techniques d’apprentissage automatique, dites deep learning et sur des réseaux de neurones artificiels. Le tout doté d’une puissance de calcul phénoménale comprenant un millier de processeurs(1). Tout de même !

Autrement dit, les algorithmes s’inspirent du fonctionnement du cerveau humain en utilisant les toutes dernières études des neuroscientifiques.

L’objectif, peut-être le plus ambitieux du millénaire, est de comprendre comme fonctionne l’apprentissage dans un cerveau humain et de réutiliser ces mécanismes pour enseigner « le sens commun » aux machines.

IBM, Google, Facebook, tous à la recherche du conceptuel

IBM, Google, Facebook et de nombreuses start-up, tous avancent sur le terrain de l’Intelligence Artificielle. Les progrès passent par la prise en compte de concepts et d’avancées sur le terrain de l’intelligence émotionnelle et affective.

Par exemple en 2012, Google a mis au point un programme permettant de discerner un félin, sans aucune aide humaine, après avoir passé en revue 10 millions d’images aléatoires provenant du Youtube.

Autre exemple porté par Yann LeCun (2), spécialiste de l’Intelligence Artificielle chez Facebook, la firme de Mark Zuckerberg travaille à la mise au point d’un assistant personnel en mesure de répondre à toutes questions posées en langage naturel par son interlocuteur. Quant à Microsoft, il lance un programme d’IA sur la plateforme de construction Minecraft (un monde virtuel où les joueurs bâtissent des décors et autres outils) avec comme objectif de tester un large éventail de capacité cognitives grâce à l’environnement « flexible » qu’offre Minecraft (5).

Résoudre les problèmes du monde réel, tel est le nouveau mot d’ordre qui hante les équipes de développement de l’I.A.

Gardons toutefois les pieds sur Terre, car comme le souligne Gary Marcus, l’un des spécialistes de l’Intelligence Artificielle : «L’intelligence artificielle est encore peu à l’aise dans le monde réel. La question clef –dont personne ne connaît la réponse pour l’instant– est de savoir si un succès au go va nous y amener plus vite.»(3)

Pour conclure, laissons le mot de la fin à l’un des cerveaux les plus brillants que l’humanité ait connu, l’astrophysicien Stephen Hawking qui exprimait en décembre 2014: « le développement de l’intelligence artificielle pourrait signifier la fin du genre humain(1) ».

Face à la compétition qui s’annonce entre l’homme et la machine, il reste malgré tout une lueur d’espoir : l’intelligence artificielle aujourd’hui est incapable de mentir…du moins de son propre chef.

Mais là aussi, rien n’est joué !

Mis à jour le 28 avril 2016

Quand l’Intelligence Artificielle rentre dans le jeu

jeopardi-IA

  • 1951 : Christopher Strachey conçoit le premier programme de jeu de Dames puis celui du jeu d’Echecs ;
  • 31 août 1955 : 4 experts de l’informatique balbutiante (McCarthy, Minsky, Rochester, Shannon), décident d’organiser un séminaire visant à simuler les manifestations de l’intelligence humaine ; c’est le vrai coup d’envoi de l’I.A.;
  • 1997 : Deep Blue d’IBM bat le champion du monde d’échecs, Kasparov ;
  • 2003 : Buggy bat N’Diaga Samb aux dames;
  • 2005, un robot remporte le Darpa Grand Challenge en conduisant de manière autonome durant 131 miles sur une piste sans connaissance préalable ;
  • 2011 : Watson, un programme développé par IBM bat largement 2 champions américains au jeu télévisé Jeopardy ;
  • Février 2015 : Deep-Q-Network (DQN) de Google bat un champion de jeux vidéos développés par Atari, au total 27 jeux vidéos des années 70 & 80 dont le célèbre Space Invaders ;
  • Octobre 2015, avec la victoire contre le champion d’Europe du jeu de GO, plus aucun jeu, dit de plateau, ne résiste aux « robots »
  • 15 mars 2016 : victoire finale  du programme de Deep mind  (4 manches à 1) contre le  Sud-Coréen Lee Sedol, numéro 3 mondial du jeu de GO

Pas si élémentaire que ça, mon cher Watson !

IBM_Watson

Watson le logiciel d’intelligence artificielle d’IBM est capable face à un volume considérable de données, d’extraire ce qui fait sens dans le cadre d’un domaine donné(4).

Ainsi, Watson après avoir « digéré » un volume considérable de données médicales,  publications scientifiques, études des laboratoires, rapports établis par les médecins, documents relatifs aux protocoles..)  est en mesure de conseiller le médecin sur le traitement le plus approprié pour son patient.

Sur certains registres, comme la capacité à ingurgiter des données non structurées phénoménales et à en extraire rapidement quelque chose d’exploitable, Watson surpasse l’intelligence humaine. D’autant, qu’il a la capacité, dans son domaine, d’auto-apprentissage.

 


1 – Intelligence Artificielle : Google a battu un champion au jeu de Go – Les Echos – 27 janvier 2016
2- « le jeu de Go, paroxysme de la guerre entre Facebook et Google sur l’Intelligence artificielle ;
3- « L’intelligence Artificielle nous a battu au jeu de Go mais encore loin de régner sur le Monde » : http://www.slate.fr/story/113411/intelligence-artificielle-go
4- « 2016, l’année de l’Intelligence Artificielle ? – La Tribune – 2 février 2016
5 – Science & Vie N° 1184 – Mai 2016 – p.98 &99


A visionner pour mieux comprendre :

La toute première crise mondiale due aux paradis artificiels

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2008

 

Alerte blanche pour jeudis noirs !

L’une des plus importantes crises financières de l’Histoire, la crise de 2008, est la résultante de la mégalomanie et des excès en tout genres des hommes. La quête de paradis artificiels -mondes virtuels, multiplicité des drogues, éveil 24/24 -, désormais à portée de mains,  risque de nous cacher la réalité et de nous réserver des réveils difficiles. Les traders cocaïnomanes sont-ils les  « pionniers » de ce nouveau monde ?

 

En avril 2013, le magazine Le Point titrait : « Une overdose de cocaïne à l’origine de la crise financière ? ».

Cette interrogation qui ressemble fort à une alerte, non pas rouge, mais blanche fait suite à une annonce d’un certain David Nutt,  titulaire de la chaire de neuropsychopharmacologie de l’Imperial College de Londres. Autrement dit un « ponte ».

Il déclarait au Sunday Time (1) : « Ce sont les banquiers cocaïnomanes qui ont plongé la planète dans ce terrible bazar. C’était la culture de l’excès, du toujours plus »

Le docteur Chris Luke de l’hôpital universitaire de Cork renchérit « dans les milieux financiers, des traders ont pris des décisions irrationnelles à la suite de la mégalomanie provoquée par l’usage de la cocaïne »(2)

Et Jacques Attali, écrivain, ancien conseiller du Président Mitterrand,  de reprendre à son compte cette analyse en l’affublant d’une dimension de prospective sociétale :

«  La crise financière est ainsi l’annonce de ce que serait le monde sous cocaïne : un cauchemar d’irréalité euphorique, inconsciente et suicidaire. »

Un monde enivré par le « hors piste »

Alors, le monde de la finance a-t-il basculé dans une sorte de glissade enivrante, tout schuss dans la poudre ?  Est-ce l’origine essentielle de la plus grave crise financière de l’après-guerre provoquant l’avalanche de faillites et drames personnels que l’on connaît ?

Pis, cela est-il annonciateur d’une évolution beaucoup plus profonde de la société en quête d’invincibilité et de virtualité, comme le redoute Jacques Attali ?

Concernant la crise de 2008, un ex-homme de terrain, comme Geraint Anderson, 8 ans de salles de marché à son actif, en est convaincu : « Absence de peur de la sanction sont liées à la cocaïne. Vous êtes indestructible, et tout cela nourrit »

Cela vous nourrit tellement que les bonus d’Anderson dépassent les sommets, là où la neige est éternelle !  140 000 livres, soit près de 120 000 euros pour certaines années.  Mais, revers de la médaille son nez n’est pas un pic indestructible comme le Mont Blanc. Un jour, en pleine conférence devant plusieurs dizaines de personnes son nez se met à saigner et il doit quitter la salle…avant de se résigner à quitter la scène.

D’autres golden boys connaîtront aussi des passages à vide, si l’on peut oser cette expression. Ce sera le cas de McCormick, 36 ans, patron des produits dérivés de la zone Asie pour la banque suisse UBS qui se jettera du 3ème étage après avoir passé une journée dans la poudreuse.

La vie du rail

La poudreuse ?  Le célèbre Bernard Madoff (l’escroc de haut vol de la Finance qui a écopé en 2009 d’une peine de 150 ans), il connaît !  Au point que l’on surnomme son bureau : « le pôle Nord », tellement, il y avait de cocaïne dans ses tiroirs de son bureau.

Modoff

De la City à Wall Street, les témoignages de traders se sont multipliés ces dernières années. Chaque soir, et encore plus le jeudi, les rails de coke filent bon train dans les pubs de la City selon nombre de témoignages d’habitués des salles de marchés.

Officiellement, un rapport daté de 2010 souligne que certaines professions « sont plus touchées que d’autres » face à la prise de drogue (3). Evidemment la Finance, comme la Musique et l’Internet, en fait partie !

L’exubérance des marchés

« L’exubérance des marchés », pour reprendre la célèbre expression d’Alan Greenspan (patron de la Banque Centrale Américaine de 1987 à 2006) serait ainsi la dernière station avant le krach boursier.

Si cette exubérance  est alimentée par un délire addictif et collectif de la « tribu » des traders comme beaucoup le pensent,  certains considèrent que c’est exagéré.  Selon eux, les traders sont régulièrement soumis à des tests urinaires et sanguins, et cela depuis longtemps. Soulignons que depuis 2008, le milieu est toutefois beaucoup plus encadré.

Alors sommes-nous pour autant rentrés dans les rails ou bien, cela annonce-t-il vraiment un nouveau monde ?

Un monde virtuel à la recherche des paradis artificiels mais aussi en proie à l’excès en tout genre (4): excès de dettes, de reconnaissances sociales, d’égo, de concurrence…

Un monde en éveil permanent comme si le « somnambulisme euphorique », pour reprendre l’expression d’Attali, allait devenir la règle.

La crise de 2008 est peut-être vraiment la préfiguration de ce nouveau monde où tout semble possible…jusqu’au jour où l’on se réveille avec la gueule de bois !

Publié le 6 octobre 2013

L’exubérance des marchés : testostérone vs cocaïne

Si la consommation de cocaïne, comme on l’a vu, ne semble pas étrangère à la crise financière, il est probable qu’elle ne soit pas le seul facteur « biologique ».

Les hormones joueraient aussi un rôle non négligeable. Les scientifiques ont mis  en évidence (5) que le taux de testostérone augmentait sensiblement chez les traders lorsque que ceux-ci réalisaient de forts bénéfices.

Selon l’un des auteurs d’une des études « les emballements boursiers seraient probablement réduits si le profil endocrinien des traders était plus diversifié : des hommes d’âge mûr et des femmes, moins soumis à de forts écarts de testostérone…

 


Irrationalité des marchés : les effets de la cocaïne

On le sait la cocaïne agit sur le cerveau en hyperactivant 3 neurotransmetteurs : la dopamine qui donne un sentiment d’euphorie, la sérotonine qui renforce la confiance et la noradrénaline fournissant un vrai coup de fouet.

Connue en Europe depuis 5 siècles, la cocaïne permet d’échapper à la réalité en croyant son jugement et ses capacités physiques et intellectuelles invincibles.

La cocaïne n’est évidemment pas la seule drogue utilisée dans ces milieux. On y trouve aussi  l’Adderall, une combinaison de 4 amphétamines prescrites par les médecins, mais aussi le Crack, la kétamine et la MDMA

Le succès de la cocaïne s’amplifie notamment chez les jeunes. Les prix se sont effondrés tandis que les profits explosent. On estime le chiffre d’affaires mondiale de cette drogue supérieur à celui du pétrole pour seulement 1000 tonnes produites.

Tandis que certains s’en mettent plein le nez, d’autres s’en mettent plein les poches !

 


1 -  « Sunday Time »,  avril 2013;
2- Atlantico.fr – Feu à la poudre;
3- Le Point.fr 23/04/2013 ;
4-  Blog de Jacques Attali ;
5- Etude de l’Université de Cambridge et un Compte rendu de l’Académie nationale des sciences américaine (Pnas) publiés en avril 2008 – Le Figaro.fr – 3 mai 2008


A visionner pour mieux comprendre :

La toute première exoplanète

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6 octobre 1995

Terra Incognita !

 

Les planètes Kepler 20 évoluent plus proche de leur étoile que Mercure du Soleil

« Pour la première fois de l’histoire de l’humanité, on peut se dire : « ça y est, on est capable de détecter une Terre autour d’une étoile. C’est même la première fois que l’on passe la barrière du plus petit que la Terre ».  Ce constat enthousiaste est exprimé par François Fressin (1),  astronome français de 33 ans, expatrié aux Etats-Unis et co-auteur d’un article publié dans la revue scientifique  Nature le 20 décembre 2011.  Il annonce la découverte de 2 planètes extrasolaires, qui pour la première fois, sont de taille similaire à la Terre (87 % et 103 %)  : Kepler-20e et Kepler-20f.

Ces planètes évoluent à environ 1000 années-lumières de nous autour d’un soleil un peu moins massif et lumineux que le notre. Si ces « Terres » ressemblent par leur dimension à notre Terre, en revanche, elles sont loin d’être aussi hospitalières car beaucoup trop près de leur étoile comme le montre l’illustration ci-contre. La température à la surface serait de plusieurs centaines de degrés celsius !

La quête du Graal astronomique,  visant à découvrir une planète jumelle de la Terre ou abritant la vie, a connu un événement fondateur.

Première découverte d’une planète hors de notre système solaire

Tout a commencé il y a plus de 15 ans. En ce début d’automne 95, pour les adeptes d’une vie possible ailleurs dans l’univers et pour bons nombres de scientifiques, cela sent plutôt le printemps. Un printemps radieux qui apporte un rayon de soleil au firmament de nos esprits trop souvent « terre à terre ».

Pour la première fois de mémoire d’homme, nous disposons d’une preuve irréfutable de l’existence d’une planète en dehors de notre système solaire. Ce que les scientifiques nomment : une exoplanète. Cette toute première localisation d’une planète orbitant autour de l’étoile 51-Pégase[2] ouvre d’énormes perspectives. La vie ailleurs dans l’univers devient possible et peut-être même probable !

Raison gardée

Restons prudent. Sur cette première planète extrasolaire, on y implanterait pas un Club-med, ne fut-ce qu’arborant un seul trident. Avec sa constitution gazeuse et sa taille, elle ressemble davantage à Jupiter qu’à la Terre. Caresser l’idée d’y trouver une forme quelconque de vie est totalement illusoire.

12 ans plus tard une autre découverte relance le débat. Nous sommes en Avril 2007 et, cette fois le printemps n’est pas que dans les esprits. La toute première exoplanète offrant un véritable air de ressemblance avec la Terre est observée. Autrement dit potentiellement habitable d’où le qualificatif de « planète de type terrestre habitable ».

Cette planète se situe à 20,5 années-lumière. Elle évolue autour d’une étoile dite naine rouge Gliese 581 dans la constellation de la Balance. Les conditions pourraient être favorables à la vie : température comparable à celle de la Terre, entre 0°C et 40°C, une masse faible comparativement aux autres exoplanètes découvertes, 5 fois celle de la Terre et une gravité un peu plus de 2 fois celle que l’on subit.

Pour l’équipe de l’observatoire de La Silla au Chili à l’origine de cette observation d’une portée majeure, cela constitue « un grand pas dans la quête de la vie dans l’univers »[A]. Pas d’emballement toutefois, car les conditions sont assez différentes du système solaire, avec une étoile sensiblement moins lumineuse que notre Soleil. Conséquence, la « zone habitable » où se situe l’exoplanète oblige à une plus grande proximité avec l’étoile ce qui entraîne une période de révolution bien moindre que chez nous. Qu’à cela ne tienne, la quête va se poursuivre.

La Terre a une sœur presque jumelle !

A l’automne 2011, les choses deviennent sérieuses : la Nasa, grâce aux observations de la sonde américaine Kepler, confirme l’existence d’une planète habitable similaire à la Terre répondant aux critères d’apparition de la vie. Ce qui n’est pas le cas des autres palnètes Kepler 20e et 20f, évoquées en début d’article, qui bien que de taille comparable à celle de la Terre ne sont pas habitables.

Système de Kepler 22

 

Cette planète, située dans une zone habitable, est baptisée Kepler 22 B. Elle est située à 600 années-lumière de la Terre et fait une révolution autour de son étoile en 290 jours. D’une taille de 2,4 fois celle de la Terre, elle a pu garder son atmosphère contrairement à une planète comme Mars. Selon la Nasa, la température au sol pourrait avoisiner les 22° C, un vrai petit paradis ! Seul hic, c’est que nous ignorons si elle est constituée de roches, de gaz ou de liquide.

Avec cette découverte, le nombre de planète potentiellement habitable est porté à 3(3), mais les candidates sont bien plus nombreuses parmi un vivier de plus de 500 exoplanètes recensées officiellement en novembre 2011.

Métrodore, disciple d’Epicure avait finalement vu juste en affirmant : « Il est aussi absurde de concevoir un champ de blé avec une seule tige qu’un monde unique dans le vaste univers ».

 

Publié le 21 décembre 2011


1 – Cité dans le Blog « Passeur de Sciences » de Pierre Barthélémy, journaliste scientifique; article «Première découverte d’une autre Terre», du 20 décembre 2011 
2 -Cette découverte, que l’on doit aux Suisses Michel Mayor et Didier Queloz, a été menée par l’observatoire de Haute Provence. Bien avant, Le 10 novembre 1981, des astronomes repèrent dans le système Bêta Pictoris (à 66 années-lumière) des anomalies qu’ils vont attribuer, en termes d’hypothèses car sans véritable image, à un système planétaire en formation.   
3 –  les deux autres planètes sont HD 85512B et Gliese 581 d.

Sources :
[A] Annonce faite le 25 avril 2007 dans la revue Astronomy and Astrophysics, rapporté par Wikininews. 
Sommes nous seuls dans l’univers – Jean. Heidmann, Alfred Vidal-Madjar, Nicolas Prantzos, Hubert Reeves – Ed. Fayard


A visionner pour mieux comprendre :

 


A lire pour aller plus loin :

  • Les Nouveaux Mondes du cosmos : à la découverte des exoplanètes, de Michel Mayor, directeur de l’observatoire de Genève, découvreur de la première planète extrasolaire en 1995 (51 Pegasi b) et de bien d’autres depuis.

    La science des planètes extrasolaires est en plein essor. L’existence d’une possible vie extraterrestre explique sans doute cet engouement. La découverte des planètes extrasolaires est une occasion unique de s’interroger sur les diverses théories qui tentent d’expliquer la formation des systèmes solaires. De la longue et lente quête des planètes de notre système solaire, à la mise au point des subtiles techniques modernes d’observation des planètes d’autres systèmes stellaires et aux vertigineuses perspectives de formes de vie ailleurs dans l’univers, l’histoire est ici contée par l’un des acteurs majeurs de cette aventure scientifique exceptionnelle.

  • Les planètes : Les nôtres et les autres ; De la Terre aux Exoplanètes, de Thérèse Encrenaz, directrice de recherche au CNRS.

    Qu’est-ce qu’une planète? La réponse semble aller de soi ; pourtant, la définition des planètes n’a cessé d’évoluer au cours des siècles et leur nombre a fluctué au fil des découvertes successives. En 2006, la décision prise par l’Union Astronomique Internationale de retirer à Pluton le titre de « planète » a bien souligné les difficultés de leur définition. La découverte récente de plusieurs centaines d’ « exoplanètes » autour d’étoiles de notre galaxie proches du Soleil ouvre une dimension supplémentaire et spectaculaire à la recherche en astrophysique. Nous savons actuellement très peu de choses sur la nature physique des exoplanètes. En revanche, nos connaissances sur les planètes du système solaire se sont accumulées au cours des dernières décennies, notamment grâce à leur exploration spatiale. Cet ouvrage se propose d’abord de caractériser ces dernières, à la fois dans leur globalité et dans leur spécificité. Il utilise ensuite ces connaissances pour tenter d’imaginer la nature des exoplanètes à partir des quelques paramètres dont nous disposons. Avec en tête la question d’une éventuelle vie extraterrestre : celle-ci pourrait-elle exister ou avoir existé dans le système solaire ou au-delà ?
    Thérèse Encrenaz travaille au Laboratoire d’Etudes Spatiales et Instrumentales en Astrophysique (LESIA) à l’Observatoire de Paris. Elle est spécialiste de l’étude des atmosphères planétaires et a participé à de nombreuses missions spatiales.

Miku : la toute première diva virtuelle…et sans caprice !

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31 août 2007

 

La 1ère diva « chant pour chant » virtuelle !

Les Divas bien en chair, aux poumons et à l’ego surdéveloppés, ont-elles du souci à se faire face à une nouvelle race de stars, filiformes, au répertoire surdimensionné…et surtout à l’existence aussi virtuelle que collective ?  Hatsune Miku, l’égérie virtuelle japonaise qui remplit les stades, est-elle un prototype de ces nouvelles wiki-célébrités ?

 

Elle s’appelle donc Hatsune Miku. Son nom, en japonais, signifie « premier son du futur ». Elle est née le 31 août 2007. Dès sa naissance, elle mesurait 1.58 mètre, pesait 42 kilos et…était âgée de 16 ans ! !

Surtout à peine née, elle chantait déjà divinement, selon ses admirateurs. En effet, elle disposait d’un spectre vocal et un répertoire supérieur à n’importe quelle cantatrice ! Mais qui est-elle ?

La toute première égérie collective qui ouvre une nouvelle voie…

La toute première vocaloïd ou, si vous préférez, la toute première cantatrice numérique. Une diva du futur qui se produit sur les scènes du monde entier sous forme d’hologramme.

Ses « géniteurs » sont Yamaha et surtout Crypton Future Media. Yamaha a, dès 2003, développé un programme de synthèse vocale appliquée à la musique appelé Vocaloïd. La société Crypton Future Media, quant à elle, a mis au monde ou si vous préférez, mi sur le marché, un logiciel permettant de composer des chansons à partir de la voix de Hatsune Miku. C’était le 31 août 2007.

Mais le véritable coup de génie de Crypton fut d’associer à ce programme vocal une image issue de l’univers des mangas.

Résultat : une chanteuse à la silhouette filiforme, éclairée par d’immenses yeux verts que viennent encadrer deux couettes vertigineuses de cheveux bleu  « mer du sud » et qui s’habille en Louis Vuitton ! Ce qui ne l’empêche pas d’être lookée comme une lycéenne japonaise chic mais sexy avec une jupe plissée ultracourte.

Tout pour plaire à ses fans. Et ils sont nombreux.

La première cantatrice sans caprice ?

En moins de 6 ans, Miku est devenue un phénomène de société d’abord au Japon puis planétaire et collectif. Pour la toute première fois, une star de showbiz, pour ne pas dire une diva, est le résultat d’une création collective partagée.

Car Crypton Future Media a eu l’idée de créer ce personnage en « open source » (sous licence mais en libre accès, à condition de respecter certains codes de couleurs ou d’apparence physique).

Du coup, fans et artistes de tout poil et tout horizon se déchainent pour la faire vivre. Des milliers de fans s’emparent de chansons créées par d’autres pour les remixer ou en créer de nouvelles, les filles adeptes du cosplay (1) se déguisent comme Miku.

A partir de 2008,  le logiciel Miku Miku Dance permet de lui fabriquer à l’envie des clips. Résultat près d’un million de vidéos postées à ce jour et un répertoire de plus de 100 000 morceaux.
« Ce sont ses fans qui lui attribuent sa personnalité et son répertoire » explique Joffrey Collignon, l’animateur du site français vocaloid.fr.

Autrement dit, ce n’est plus la star qui impose ses caprices. Un retournement complet de tendances.

La toute première star internationale virtuelle

Succès et célébrité sont au rendez-vous. En 2010, une compilation de ses chansons les plus populaires la propulse en tête du hit-parade japonais. Et puis, tout s’enchaine : concerts et tournées.

Le 2 juillet 2011, a lieu son tout premier concert hors du Japon. Il est organisé au Nokia Theatre de Los Angeles, immense salle aux plus de 7 100 places. Pas de doute, la virtuelle Miku remplit réellement les stades en Asie et aux Etats-Unis où elle est souvent accompagnée de vrais musiciens. En France, elle fait sa toute première apparition mi-novembre 2013 au Théâtre du Chatelet. Bref, que de « premières » pour un être virtuel mais au succès bien réel.

Cela engendre un business où se mêlent talents, fans et professionnels comme des vidéastes, des graphistes, des coiffeurs, des costumiers. Un business qui se chiffre déjà en centaines de millions de dollars.

La toute première wiki-célébrité

Sans être la première ni la seule vocaloïd, la force de Miku est d’être la propriété de personne et d’avoir un jolis minois et d’être bien entouré…technologiquement parlant.

Miku est déjà entrée dans l’histoire (2). C’est du moins l’avis du professeur Ian Condry, professeur au MIT et spécialiste de la culture populaire japonaise. « Elle est la première Wiki-célébrité de l’histoire, une égérie créée collectivement et qui fonctionne pour la communauté de ses créateurs comme une sorte de média libre. Elle montre ce que le partage et le dialogue, dans un environnement ouvert et libre de mercantilisme, peuvent réaliser ».

Sans nul doute, elle annonce une nouvelle ère dans l’industrie de la musique où les pop-stars deviennent de vraies stars populaires : une créature du peuple et pour le peuple. Pour la toute première fois, les caprices changent de camp !


 « The end » : le premier opéra post-humain

miku opéra The end« The End » est premier opéra vocaloïd. Un spectacle qui utilise 7 projecteurs numériques, 7 ordinateurs et des dizaines d’ingénieurs (2).

Nous ne sommes pas dans le psychédélique mais plutôt dans une méditation métaphysique portée par une musique électronique.   Son auteur, le japonais Keiichiro Shibuya, a été bouleversé par la voix de Miku qu’il compare à celle d’un fantôme.

Cette voix lui fait revivre celle de sa femme, Maria, qui s’est suicidée l’année qui a suivi la « naissance » de Miku.  Ce n’est donc pas étonnant que la mort soit au cœur de cet opéra.

Toutefois, n’y a t-il pas un paradoxe à mettre en scène la mort en s’appuyant sur un être qui ne peut mourir sauf par un bug informatique ?

 

 


1 – Pratique, très courue au Japon, qui consiste à jouer le rôle de ses personnages préférés (héros de mangas, de films, de jeux vidéo…) en adoptant leur style vestimentaire, leur coiffure, leur maquillage…
2- Article Digital Diva – Obsession, Supplément du Nouvel Observateur – 14 novembre 2013 


A visionner pour tout comprendre :