vendredi, 12 mars 2010

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

C. De 1900 à 1959

La première émancipation culturelle

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1910

Changement de tableau

On ne tire pas facilement un trait, fût-ce de pinceau, sur plus de 30 000 ans de peinture figurative.

Depuis la nuit des temps, il n’était pas vraiment venu à l’esprit des hommes de peindre autre chose que la réalité (en dehors des divinités et des ornements comme sur les poteries) avec souvent beaucoup de talent, comme s’il fallait coûte que coûte courtiser le Créateur. Chacun à sa place : d’un côté le Créateur, seul habilité à l’innovation et à la fantaisie ; de l’autre, son sujet, l’homme qui, lorsqu’il exprimait sa créativité, devenait suspect d’allégeance au démon.

Et puis, changement de tableau. Pour la première fois l’artiste va faire preuve d’audace en accommodant la Nature à sa guise pour en extraire ses qualités intrinsèques : celle-ci propose, l’artiste dispose.

Sans Titre, de Kandinsky, considérée comme la première œuvre abstraite datant de 1910
Sans Titre, de Kandinsky, considérée comme la première œuvre abstraite datant de 1910

Sur ce schéma totalement nouveau, le réel, du moins tel qu’il nous apparaît, n’a plus systématiquement le dernier mot. L’art abstrait est né, nous sommes en 1910 et c’est une révolution.

L’homme s’autorise donc pour la première fois à se représenter la nature au-delà de ses apparences et à accepter que chacun d’entre nous dispose d’une vision personnelle, sans jugement de valeur. On ne regarde plus la nature au travers d’une œuvre, on la vit. C’est une nouvelle conception du monde.

Cette manière de s’affranchir de la réalité visuelle aurait connu un acte « manqué » fondateur : une erreur d’accrochage. Kandinsky (le père de l’art abstrait), ayant accroché dans son atelier une toile à l’envers, aurait découvert ainsi les vertus de la déconstruction. Car, c’est bien de déconstruction qu’il s’agit ; déconstruction des valeurs traditionnelles dont le mouvement est amorcé depuis la seconde moitié du XIXème siècle qui touche les domaines artistiques (musique, peinture, puis danse et architecture) mais également politique, avec l’émergence des « bohèmes » qui s’opposeront aux bourgeois. On voit poindre déjà le spectre de mai 68 !

Toile à l’envers ou pas, Wassily Kandinsky, né à Moscou en 1866, va mettre sans dessus dessous les canons de la peinture. Précurseur de l’art abstrait[1] , il va théoriser cette « découverte » et se faire connaître fin 1911, en publiant « Du spirituel dans l’art ». Cet ouvrage délivre l’art de la dictature du réel et le place dans une dimension spirituelle. En jouant sur les couleurs et les formes, l’artiste pourrait ainsi révéler une vérité cachée derrière une vérité d’évidence, trop souvent éloignée de la réalité.

“La dissonance picturale et musicale d’aujourd’hui n’est rien d’autre que la consonnance de “demain”, écrira Kandinsky en 1911.”

Wassily Kandinsky
Wassily Kandinsky

Cette nouvelle approche s’inscrit en réalité dans l’air du temps et accompagne d’autres révolutions de la pensée de l’époque, telles que les théories scientifiques émergentes sur la matière et la lumière (qui cacherait sa vraie nature, nature ondulatoire et corpusculaire) mais aussi en matière technologique avec les travaux sur l’optique ou l’apparition du daguerréotype, par exemple et enfin sociologique, déjà évoqué.

Supplanté par de nouveaux outils plus performants, remis en cause par une meilleure connaissance du monde, la peinture perd son rôle de témoin de la réalité au profit d’une vision intérieure totalement subjective mais finalement plus fidèle au monde tel qu’on l’entrevoit désormais : multiple, impermanent, imprévisible et en interaction avec son observateur.

Pour représenter cette nouvelle vision du monde, l’art abstrait utilise un nouveau langage qui s’appuie sur une grammaire construite sur les sensations et un vocabulaire qui met en jeu les formes géométriques et les couleurs dont la partition devient presque un art à part entière. Finie donc la notion de beaux tableaux qui devaient respecter les règles académiques : le type de support (la toile), le format (rectangulaire), le principe d’application (au pinceau), etc… Ce renoncement à tout ou partie de ces caractéristiques s’apparente à de la recherche fondamentale au service d’une réalité à la fois matérielle et spirituelle.

S’affranchir de la réalité relève d’une longue marche qui a débuté au milieu du XIXème siècle, après avoir recherché au contraire, depuis la Renaissance, à s’en rapprocher le plus possible (invention de la perspective). Les impressionnistes, influencés par l’environnement intellectuel et scientifique de l’époque, ont fait une bonne partie du chemin. Ils ont joué la carte de l’impression perçue, restait à jouer celle de l’impression rendue, autrement dit les sensations.

Certains diront, qu’avec les différents courants nés de l’art abstrait originel, le rayonnisme, le constructivisme, le suprématisme, l’expressionnisme, le cubisme, etc.., nous sommes passés de la recherche de sensation à celle du sensationnel.

Restons modeste, il y a 77 000 ans, donc bien avant les grottes de Lascaux ou de Chauvet, certaines peintures avaient déjà un air de ressemblance avec les dessins de Kandinsky, le cadre à l’envers en moins !


1 - Avec quelques autres artistes comme Kupka, Larionov, Malevitch, Mondrian; Concernant, l’aquarelle Sans Titre, considérée comme la première œuvre abstraite de l’histoire de la peinture (cf. illustration ci-dessus), il existe aujourd’hui une polémique sur sa véritable date : 1910 ou 1913 et dans ce cas, elle serait une esquisse pour une huile baptisée Composition VII, à l’automne 1913.


A découvrir pour mieux comprendre :

  • Émission consacrée à Mondrian, l’un des précurseurs de l’art abstrait - [Canal Savoir]


A consulter pour aller plus loin :

  • Kandinsky - Exposition au Centre Pompidou - Cette grande rétrospective de l’œuvre d’une des figures majeures du XXème siècle, Vassily Kandinsky, est proposée conjointement par le Centre Pompidou, la Städtische Galerie in Lenbachhaus de Munich et le Solomon R. Guggenheim Museum de New York, qui détiennent les plus importants fonds d’œuvres de l’artiste.
  • La naissance de l’art abstrait - Collection : Un mouvement, une période - Centre Pompidou
  • Art abstrait : Thèmes et Formes de l’abstraction dans les avant-gardes européennes - Par des analyses précises et limpides, l’auteur remet en perspective les différents pôles du mouvement et récuse l’apparente “gratuité” de l’art abstrait. L’ouvrage s’attache à éclairer l’art abstrait européen à travers l’étude minutieuse de ses origines, entre 1905 et 1915. Plus que les innovations techniques ou esthétiques, il met en évidence la maturation des contenus et la signification des oeuvres.
  • Kandinsky, sa vie - Première biographie de l’inventeur de l’abstraction, ce livre sensible a été établi à partir d’un ensemble de sources considérable. Il évoque à la fois la vie traditionnelle russe et celle de la Russie des avant-gardes. Le lecteur peut assister à la formation du peintre, à la genèse de son œuvre et de sa pensée et il peut suivre la quête fiévreuse qui ouvrit à l’artiste le passage vers la peinture absolue et qui en fit, à travers ses écrits et ses amitiés, le grand inspirateur de la révolution artistique des temps nouveaux.
  • Du Spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier de Wassily Kandinsky - Dans ce traité sur l’abstraction publié en 1910, Kandinsky revendique le droit de tout oser dans la création artistique à la seule condition de respecter le “”principe de nécessité intérieure”". Ce texte a certes permis à l’artiste de se faire connaitre en Europe, mais il a surtout eu un retentissement majeur sur le cours de l’art moderne .Un grand classique à redécouvrir
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Toute première “touche” de la révolution sexuelle

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1954

Au bonheur des dames

Gregory Pincus (1903-1967), biologiste américain, le père de la pilule contraceptive.
Gregory Pincus (1903-1967), biologiste américain, le père de la pilule contraceptive.

1954 est une date qui marquera les annales et, osons, pour le vaginal : l’élaboration de la toute première pilule contraceptive. Cette fois, l’humanité va jouir d’un droit de regard sur les naissances couplé à un droit au plaisir. Les premiers de la gente animale à disposer d’un tel arsenal contraceptif ! Il n’y aura plus de mal à se faire du bien.

Faut dire que l’attente remonte à la nuit des temps. Jusqu’alors, les rapports amoureux étaient loin d’être sous contrôle, avec les conséquences indésirées que l’on connaît ; au grand dam de la dite Désirée.

Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir accompli moult acrobaties pour réduire les risques : introduction de miel dans le vagin, pommade à base d’excréments de crocodile égyptiens, huiles de racines de mandragore mélangées à la pulpe de grenade, douche vaginale d’eau froide pour tuer le sperme vivant, tampons occlusif en laine. Puis, est introduit en 1870 le premier préservatif en latex.

A cela s’ajoute, bien évidemment, les moyens traditionnels, l’abstinence par rapport aux cycles comme les instructions fournis par le Kama-Sutra, dès le 4ème siècle et plus tard (16ème siècle), l’apparition des préservatifs en Europe, en lin imbibé de décoctions d’herbes; En matière de « candom », L’Asie n’est pas en reste, elle mise sur le papier en soie huilée (Chine) ou les écailles de tortue (Japon)…On retrouvera même une sorte de stérilet dans une momie égyptienne. Ah, les sirènes du port d’Alexandrie.

Depuis, la science à progressé : ici la première pilule supprimant totalement le cycle mensuel.
Depuis, la science à progressé : ici la première pilule supprimant totalement le cycle mensuel.

Bref, toute une panoplie qui aura son point d’orgue avec la fameuse méthode Ogino, mise au point en 1924 par un médecin japonais, Kiasuku Ogino. Las, des milliers de bébé naîtront de la suite des échecs (40%) de cette méthode. On les appellera les bébés Ogino, victimes d’une forme de ligne Maginot du contrôle des naissances.

Après en avoir réglé les effets secondaires, la pilule arrive sur le marché en 1960, aux Etats-Unis. Elle sera adoptée rapidement en Chine pour les raisons que l’on imagine et fera son entrée officielle en France en 1967, réservée au début aux couples mariés.

69 n’est plus qu’à une encablure et l’aventure humaine part déjà sur un nouveau pied qui lui permet de « prendre son pied » l’esprit libre.

 

 

 


A voir et à lire pour aller plus loin :

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Le premier jour du début de la fin de la vie privée

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19 janvier 1953

Aux frontières du réel


19 janvier 1953 : le premier jour du reste de notre vie…cathodique !

Ce jour-là est à marquer d’une croix blanche dans le carnet rose de la télévision noir et blanc naissante.

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Pour la toute première fois dans l’histoire du divertissement, le réel se confond à la fiction et donne naissance au précurseur de la télé-réalité[1]. Cet heureux événement est celui d’une naissance qui a lieu à la fois dans le monde réel et dans un monde imaginaire, celui de la première série télévisée : I love Lucy.

Mais rembobinons le film. Le 15 octobre 1951, la chaine de télévision CBS diffuse le premier épisode de ce qui est considérée comme le tout premier sitcom, I Love Lucy. Durant 6 ans, 180 épisodes, tournés en public, seront diffusés, avec un succès audience –en données relatives- presque inégalé encore aujourd’hui.

Au cours de la seconde saison de la série, comme on dit aujourd’hui, Lucille Ball, l’actrice principale de la série qui incarne Lucy Ricardo, - une femme quelque peu extravagante qui rêve de troquer sa vie de ménagère pour celle d’artiste-, se retrouve enceinte. Les scénaristes ont alors l’idée d’intégrer cette grossesse au scénario. Trouvaille d’autant moins fortuite que c’est son mari dans la vie réelle, Desi Arnaz, qui joue son conjoint. Plus fort, ils vont jusqu’à faire coïncider la naissance télévisuelle de l’enfant de la série, Little Ricky, avec le jour où l’actrice donne le jour à son bébé. Succès au-delà des espérances puisque 72 % des foyers américains (42 millions de téléspectateurs) dotés d’une télévision assistèrent à l’épisode mémorable.

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Ce jour là, on assistera à la mort d’un tabou et à deux naissances : celle du second enfant de la star de la première série tv et celle du concept de la télé-réalité , ultime avatar des sitcoms. Quant au tabou, il faut réaliser qu’à l’époque, aux Etats Unis, le terme même de grossesse était banni des médias. L’épisode sera donc baptisé « Lucy is enceinte », in french, pour brouiller le décodage de l’américain moyen.

Mais cette naissance simultanée on-air et « on the table », comment était-ce possible ? C’ est là qu’interviennent la technique…et la ténacité de l’actrice Lucille Ball. Jusqu’alors, les émissions étaient toutes diffusées en direct pour des raisons techniques. Mais sous l’impulsion de l’actrice, la production accepta de tourner dans des conditions proches du cinéma, avec 3 caméras, en différé, en 35 mm et à Hollywood. Résultat : Lucille et lucy, le personnage qu’elle incarnait, accouchaient conjointement des premiers faux-jumeaux de l’ère médiatique.

Comme un bonheur ne vient jamais seul, I love lucy, permit aussi à la télévision d’entrer dans l’ère industrielle. Les principes techniques utilisés et notamment l’enregistrement ont rendu possible le montage mais aussi les rediffusions et la commercialisation à travers le monde. Une nouvelle naissance était donc annoncée, celle du média de masse.

Depuis, la famille des sitcoms, telenovela et autres soap-opéra, s’est agrandie. Si l’on s’en tient au dernier rejeton, la télé-réalité, au delà d’I Love Lucy que l’on pourrait qualifier de pilote, le premier véritable programme a été diffusé en 1973 : « An American Family ». Il s’agissait de suivre la vraie vie de vrais gens sur des longues périodes. 25 ans plus tard, apparaît une nouvelle génération de divertissement avec « Expedition Robinson », une sorte de Koh Lanta à la sauce suédoise. Mais c’est le 26 avril 2001 que vole vraiment en éclats la frontière entre la vie publique et la vie privée : Loft Story envahit les esprits, les médias et les écrans.

Cette fois, les individus, en quête de toujours plus de transparence et de sensationnel, ouvrent en grand aux appétits de la petite lucarne ce qu’il y a de plus intime. Le téléspectateur vient peut-être de franchir pour la première fois le rubicon de l’omni-surveillance.

Désormais, le phénomène tisse sa toile  sur le web. Avec des sites comme Twitter -site de microblogging permettant de publier des messages de type SMS-, certaines stars jouent leur propre paparazzi en postant elles-même leurs photos ou messages intimes. C’est le cas de Demi Moore ou de Britney Spears qui n’hésitent pas à communiquer à leurs adeptes ou suiveurs, comme on dit sur la Twittosphère, des photos très personnelles,en petite culotte par exemple, ou des reflexions… très impersonnelles : je suis en train de regarder un DVD.   Microblogging mais maxi suiveurs, plus de 600 000 fans de la twittophile Demi Moore, qui restent connectés en permanence à leurs idôles, qu’il s’agisse de la montée des marches à Cannes ou de leurs faux pas quotidiens.

 Autant rendre public ce qui ne restera pas privé pour éviter de se priver du public : tel semble être le mot d’ordre, en 83 caractères, de la nouvelle vague du web participatif. Du postérieur à la postérité, il n’y a finalement qu’un post.  

 

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Quelques dates à retenir :

  • 1923, l’anglais John Baird réalise le premier téléviseur digne de ce nom qui porte à ce stade que sur l’image… Le son viendra plus tard;
  • 11 septembre 1928, diffusion de la première dramatique aux Etats-Unis, en simultanée à la radio pour le son;
  • A partir du 30 septembre 1929, une émission quotidienne est diffusée de Londres;
  • 26 avril 1935, première émission de la télévision française;
  • 9 octobre 1950, le tout premier feuilleton de la télévision française, L’Agence Nostradamus réalisée par Claude Barma;
  • 1954, premier magnétoscope professionnel;
  • 1959, L’homme invisible ouvre la voie, au Royaume-Uni, au genre de la Science-fiction ;
  • 1978, Dallas inaugure le concept du Soap-Opéra, principe du feuilleton fleuve.
  • 6 novembre 2001 (14 septembre 2002, en France), 24 heures chrono introduit la notion de temps réel.

1 -   La télé-réalité repose essentiellement sur deux fondements : montrer la vie privée et réelle, en la scénarisant pour la rendre plus croustillante et, d’autre part, ne plus recourir à des comédiens  mais simplement à des acteurs de leur propre vie à qui l’on promet, grâce à leur participation, notoriété et une vie meilleure. A sa  manière, I love Lucy développe le premier volet mais pas encore le second.



A visionner :


A lire et à consulter pour aller plus loin :

 

  • I Love Lucy : les 5 saisons en DVD - 6 ans, 180 épisodes, le tout premier sitcom ! L’immense succès de I love Lucy incita de grands acteurs de l’époque à participer à certains épisodes, parmi lesquels : William Holden, Bob Hope, Rock Hudson, Harpo Marx ou encore Orson Welles.
  • La télévision du téléphonoscope à YouTube : Pour une archéologie de l’audiovision - Réunissant des contributions de spécialistes des études télévisuelles et cinématographiques, cet ouvrage propose de parcourir l’histoire de certains dispositifs télé-visuels fonctionnant sur le principe générique d’une transmission à distance de données, d’images et/ou de sons. Les études rassemblées ici s’intéressent autant aux machines fictives du 19e siècle, qu’au dispositif «standard» de l’appareil électronique à usage privé, en passant par les nombreuses variantes utopiques et actualisées.
  • La Télévision de Jean-Philippe Toussaint - Le livre raconte l’été à Berlin d’un historien d’art qui se prépare à écrire un essai sur Titien Vecellio et, dans le même temps, décide d’arrêter de regarder la télévision. C’est à la fois une description de son travail au quotidien (petits déjeuners studieux, piscines berlinoises, promenades dans les parcs), et une étude de son état d’esprit depuis qu’il a arrêté de regarder la télévision.
  • Samsung - LE37A626 - Télévision LCD 37 - Avec son jeu de matières noir et « crystal » et sa vibration de reflet, la série CrystalGloss Noir Braseo redéfinit les standards du design audiovisuel tout en offrant les dernières avancées technologiques d’amélioration de l’image.
  • Serie on air, le site de l’actualité des séries TV.

 

Les tout premiers bronzages

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1925

L’exposition universelle


 

On raconte que tout a commencé sur le yacht du duc de Westminster par une journée ensoleillée.  spay_1024_resizemoittransparent Nous sommes à Cannes, en 1925. Ce jour-là, Coco Chanel découvre, pour la toute première fois, dit-on, les effets du soleil sur sa peau ! Dès lors, la mode du bronzage est dans l’air et un demi siècle plus tard, les bronzés feront du ski !

Mais comme bronzage et protection vont de paires, le véritable coup d’envoi de ce phénomène pigmentaire et planétaire aura lieu en 1927, grâce à Jean Patou et son huile de Chaldée : “la première huile solaire qui protège l’épiderme et atténue les coups de soleil”.

En proposant cette innovation à Gabrielle Chanel, Jean Patou n’imagine vraisemblablement pas à quel point cela révolutionner notre rapport au Soleil et libérer notre corps…de son carcan solaire! C’est un véritable coup d’arrêt à l’hégémonie de la pâleur qui règne sans partage –en occident mais également dans de nombreuses cultures- depuis au moins deux milles ans.

Ceci est mon corps

On pourrait penser que ce coup fatal porté au teint de porcelaine n’aurait d’influence que sur la mélanine et les coups de soleil. Peau de balle ! En contrôlant la couleur de la peau, c’est de la toute première prise de possession de notre corps dont il s’agit. C’est à la fois une révolution culturelle et un signe d’émancipation sans précédent, estime Pascal Ory, professeur d’histoire contemporaine à la Sorbonne [1].

Imaginez : pour la toute toute première fois dans l’histoire, il devient possible de s’exposer au soleil, sans limite ou presque ou du moins sous contrôle, non pas par obligation mais par choix. Donc pour son plaisir. L’idée de bronzage –qui va accompagner la notion de plaisir - va donc se répandre dans la société comme une crème…solaire sur l’épiderme. La libération des esprits et des corps est en marche…jusqu’à la dictature des corps bronzés des années 70-80.

Qu’il est long le chemin du « hâlage » !

Si Grecs et Romains cultivaient déjà leur corps et leur passion pour les bains, on est encore loin de parler de bains de soleil (les premiers thermes sont construits par Agrippa en 18 av J.-C.). D’autant qu’à cette époque  le teint clair est déjà de rigueur. Pour le blanchir, on utilise alors de la Céruse (pigment toxique à base de plomb, appelé aussi carbonate de plomp) ou de la craie tandis que les Egyptiens ont recours à des pommades à base d’albâtre et de lait d’ânesses .

Avec l’avènement de l’ère chrétienne, on assiste à un véritable culte de la blancheur, calquée sur l’image de l’Immaculée conception. Le corps féminin sera le porte-drapeau de cette image diaphane de la Vierge, et les références seront la fleur de lys et l’albâtre. Il n’empêche qu’à cette époque certains mouvements gnostiques pratiquent les premières formes de naturisme. C’est un autre sujet même si l’on peut associer ce mouvement à la pratique du bronzage et considérer qu’il en est le précurseur.

En résumé : par le passé la règle était d’éviter de s’exposer à tout prix. Y dérogeaient, ceux qui y étaient contraints : les paysans, les forçats, les soldats. De fait, la blancheur du visage était symbole de distinction. A la Renaissance, de nombreuses préparations permettaient de blanchir le teint. L’historienne Catherine Lanoé[2] dénombre pas moins de 15 manuels de cosmétiques entre 1541 et 1782. Hâle, taches de rousseurs, rougeurs, tout devait être dissimulé sous une couche qui deviendra du fard (à base de carbonate de plomp servant de piment blanc) à l’époque de Catherine de Médicis[2].

Pour l’aristocrate du XVIIIème siècle, vêtement et visage doivent être blanc ; on le distingue ainsi de loin et ce qui importe. Cela pousse les élites à se distinguer encore davantage et à amorcer un mouvement vers les vertus du naturel. Le maquillage devient plus discret. La révolution solaire est en marche.

Signes extérieurs de bien être

Signe avant coureur du phénomène de bronzage, des bains de lumière commencent à être recommandés à partir des années 1850. Ils visent à lutter contre la mélancolie ou la tuberculose. Les premiers hygiénistes militent pour une circulation de l’air et de la lumière. Par analogie entre l’état des villes, le plus souvent insalubres et les corps malades, ils vantent les bienfaits de l’héliothérapie et des cures d’altitudes.

Cependant, le soleil thérapeutique n’est qu’une transition vers le soleil plaisir. Gabrielle Chanel [2], comme on l’a vu, sera la toute première personne à prendre conscience des effets du bronzage et du plaisir qu’il peut procurer à condition de savoir le maîtriser. Notons qu’à l’époque le terme bronzage ne se rapportait qu’au moulage. Il signifiait recouvrir de bronze et n’était utilisé que dans sa forme transitive. Le Larousse le mentionnera dans sa nouvelle acception qu’en 1928.

Brunir de plaisir

En moins d’une dizaine d’années, on passe du bannissement de la peau hâlée à sa glorification. Le basculement n’est pas que pigmentaire. Il témoigne en réalité d’un profond changement structurel de la société.

La femme est au cœur de cette mutation sans précédent par son ampleur et par sa rapidité. Ses cheveux raccourcissent comme ses vêtements qui montrent ses jambes ; le corset est abandonné. En 1930, à l’occasion des premiers bains de soleil, le ventre se dévoile timidement.

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la première huile solaire qui protège l’épiderme et atténue les coups de soleil”

A travers la peau, c’est une toute nouvelle société qui pointe le bout de son nez. Une société dont les fondements seront les loisirs, le plaisir et la réalisation de soi. Les élites adoptent le sport, les voyages et prennent soin de leur santé. Cela se traduit pas une bonne mine. Celle-ci devient peu à peu le graal de ceux qui sont encore dans la mine et qui en sortent épisodiquement pendant les tout nouveaux congés payés.

Ce phénomène n’est pas uniquement occidental, car on le retrouve aussi chez les japonais par exemple. En revanche, les peuples à la peau mate se sentent, et pour cause, moins concernés.

Un mouvement va bénéficier à fond de la pratique du bronzage : le naturisme. Il faut distinguer nudisme, plutôt balnéaire et naturisme qui reste une doctrine plus globale. D’ailleurs en France, c’est en 1904 qu’apparaît, près d’Etampes, le premier camp de naturisme, bien avant donc l’éloge du bronzage.

Une peau sous contrôle

« Ce qu’il y a du plus profond dans l’homme, c’est la peau » écrivait Paul Valéry.

Si dans les années 70, le bronzage devient un dû, ce qui l’est encore aujourd’hui (68% des français considère le bronzage comme la priorité de vacances, sondage Axa Santé 2008) on s’aperçoit assez vite que le soleil n’a pas que des bienfaits.

D’ailleurs, à compter des années 90, le ton change et certaines publicités prônent les teints blafards comme Calvin Klein avec Kate Moss, dans le prolongement des tendances punk ou gothique.

L’enjeu aujourd’hui est de contrôler la couleur de sa peau, sans danger et sans contrainte saisonnière. Dès 2009 un implant à base d’une protéine appelée Melatonan permettrait d’obtenir un teint hâlé en permanence et sans risque.

En revanche, le contraire n’est pas encore à portée de main comme en témoignent les efforts désespérés de « blanchissement » de Mickael Jackson.

Si la distinction sociale fondée sur le bronzage n’est plus d’actualité, la couleur de la peau restera encore longtemps un facteur de discrimination. Black, blanc beurre…de cacao , une formule qui protège davantage les couches de l’épiderme que celles de la société.

Les étapes du chemin de hâlage…

  • 1855, premières cures de lumière, à Veldes en Slovaquie ;
  • 1893, invention par un allemand de la culture du nu, Nacktkultur;
  • 1904, invention de la première lampe à ultraviolet, par l’allemand Küch;
  • 1909, premier concept d’institut de beauté avec cabine de soins, à Londres ;
  • 1927, première huile solaire proposée par Patou protégeant l’épiderme ;
  • 1928, Vogue lance le débat : Etre ou ne pas être hâlée;
  • 1935, l’ambre solaire conçue par Schueller, fondateur de l’Oreal, permet de bronzer sans brûler comme l’indique son slogan;
  • 1937, Sortie des premières lunettes de soleil Ray-ban;
  • 1939, Marie-Claire explique « comment brûnir vite » ;
  • 1944, première crème à bronzer, à base de beurre de cacoa et de jasmin ;
  • 1946, premières formules cosmétiques sans parfum, issus des laboratoires Roc;
  • 5 juillet 1946, présentation à la piscine Molitor du premier bikini qui sera vendu dans une boite d’allumettes;
  • 1960, premiers produits auto-bronzants;
  • 1962, apparition des facteurs de protection solaire grâce à la marque Piz Buin ;
  • 1976, généralisation des indices de protection;
  • 2003, bronzage par brûmisation;
  • 2009, commercialisation en cours du premier implant de bronzage garantissant 6 mois de bronzage permanent.

Publié le 19 août 2009

[1] L’invention du bronzage – Pascal Ory – Edition Complexe
[2] Du teint hâlé honni au bronzage de rigueur – Bernard Andrieu-


A voir et à lire pour aller plus loin :    

  • L’invention du bronzage : Essai d’une histoire culturelle – Pascal Ory – Edition Complexe. L’une des principales révolutions culturelles du XXe siècle n’a, jusqu’à présent, guère suscité l’intérêt des historiens : celle qui a conduit le canon de la beauté pigmentaire de l’ordre du marbre à celui du bronze. Dans un essai historique vif, original et stimulant, Pascal Ory revient sur la délimitation historique du phénomène.
  • Bronzage : Une petite histoire du Soleil et de la peau – Bernard Andrieu – CNRS Editions. De la blancheur ivoirine des anciens canons de beauté au brun tanné vanté par la réclame, des baignades de jadis aux cabines d’UV d’aujourd’hui, du bronzage sexualisé de la bimbo à l’aura trop mate du ” métèque “, Bernard Andrieu livre ici un panorama illustré de l’histoire de la peau et du hâle.
  • Les Bronzés (Édition simple) DVD - “Y a du soleil et des nanas, ladirladirla”, Popeye le GO bourreau des cœurs, Jean-Claude Dusse-de-Paris, Gigi, Les Bronzés possède tous les attributs du film culte : multimillionnaire de la statistique médiamétrique des chaînes TV, répliques connues par cœur, etc. Et pourtant, en 1978, rien ne prédisposait cette charge contre les clubs de vacances au triomphe.

 

 

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