mardi, 17 octobre 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

C. De 1900 à 1959

Kandinsky : La première véritable émancipation culturelle

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1910 

Changement de tableau

 

On ne tire pas facilement un trait, fût-ce de pinceau, sur plus de 30 000 ans de peinture figurative.

Depuis la nuit des temps, il n’était pas vraiment venu à l’esprit des hommes de peindre autre chose que la réalité (en dehors des divinités et des ornements comme sur les poteries) avec souvent beaucoup de talent, comme s’il fallait coûte que coûte courtiser le Créateur. Chacun à sa place : d’un côté le Créateur, seul habilité à l’innovation et à la fantaisie ; de l’autre, son sujet, l’homme qui, lorsqu’il exprimait sa créativité, devenait suspect d’allégeance au Démon.

L’art d’accomader la Nature

Et puis, changement de tableau. Pour la première fois, l’artiste va faire preuve d’audace en accommodant la Nature à sa guise pour en extraire ses qualités intrinsèques : celle-ci propose, l’artiste dispose.

Sans Titre, de Kandinsky, considérée comme la première œuvre abstraite datant de 1910
Sans Titre, de Kandinsky, considérée comme la première œuvre abstraite datant de 1910

Sur ce schéma totalement nouveau, le réel, du moins tel qu’il nous apparaît, n’a plus systématiquement le dernier mot. L’art abstrait est né, nous sommes en 1910 et c’est une révolution.

L’homme s’autorise donc pour la première fois à se représenter la nature au-delà de ses apparences et à accepter que chacun d’entre nous dispose d’une vision personnelle, sans jugement de valeur. On ne regarde plus la nature au travers d’une œuvre, on la vit. C’est une nouvelle conception du monde.

Kandinsky, celui qui met l’art sens dessus-dessous !

Cette manière de s’affranchir de la réalité visuelle aurait connu, dit-on, un acte « manqué » fondateur. Kandinsky, considéré comme le père de l’art abstrait, aurait découvert dans son atelier une toile posée à l’envers. C’est ainsi que lui seraient apparues les vertus de la déconstruction !

Car, c’est bien de déconstruction dont il s’agit ; déconstruction des valeurs traditionnelles dont le mouvement est amorcé depuis la seconde moitié du XIXème siècle. Celui-ci touche les domaines artistiques (musique, peinture, puis danse et architecture) mais également politique, avec l’émergence des « bohèmes » qui s’opposeront aux bourgeois. On voit poindre déjà le spectre de mai 68 !

Toile à l’envers ou pas, Wassily Kandinsky, né à Moscou en 1866, va mettre sens dessus dessous les canons de la peinture. Précurseur de l’art abstrait[1] , il va théoriser cette « découverte » et se faire connaître fin 1911, en publiant « Du spirituel dans l’art ». Cet ouvrage délivre l’art de la dictature du réel et le place dans une dimension spirituelle. En jouant sur les couleurs et les formes, l’artiste est en mesure de révéler une vérité cachée derrière une vérité d’évidence, trop souvent éloignée de la réalité.

« La dissonance picturale et musicale d’aujourd’hui n’est rien d’autre que la consonnance de « demain », écrira Kandinsky en 1911. »

Wassily Kandinsky
Wassily Kandinsky

Cette nouvelle approche s’inscrit en réalité dans l’air du temps. Elle accompagne d’autres révolutions de la pensée de l’époque : les théories scientifiques émergentes sur la matière et la lumière (qui cacherait sa vraie nature, nature ondulatoire et corpusculaire) mais aussi en matière technologique. Il s’agit des travaux sur l’optique ou l’apparition du daguerréotype, par exemple.

Supplantée par de nouveaux outils plus performants, remise en cause par une meilleure connaissance du monde, la peinture perd son rôle de témoin de la réalité. Cela au profit d’une vision intérieure totalement subjective mais finalement plus fidèle au monde tel qu’on l’entrevoit désormais : multiple, impermanent, imprévisible et en interaction avec son observateur.

Pour représenter cette nouvelle vision du monde, l’art abstrait utilise un nouveau langage. Il s’appuie sur une grammaire construite sur les sensations et un vocabulaire qui met en jeu les formes géométriques et les couleurs dont la partition devient presque un art à part entière.

Finie donc la notion de beaux tableaux qui devaient respecter les règles académiques : le type de support (la toile), le format (rectangulaire), le principe d’application (au pinceau), etc… Ce renoncement à tout ou partie de ces caractéristiques s’apparente à de la recherche fondamentale au service d’une réalité à la fois matérielle et spirituelle.

La réalité : une longue histoire d’impressions

grotte de Blombos

Les deux morceaux d’ocre sculptés de la grotte de Blombos signent la naissance de la modernité culturelle

S’affranchir de la réalité relève d’une longue marche qui a débuté au milieu du XIXème siècle, après avoir recherché au contraire, depuis la Renaissance, à s’en rapprocher le plus possible (invention de la perspective). Les impressionnistes, influencés par l’environnement intellectuel et scientifique de l’époque, ont fait une bonne partie du chemin. Ils ont joué la carte de l’impression perçue, restait à jouer celle de l’impression rendue, autrement dit les sensations.

Certains diront, qu’avec les différents courants nés de l’art abstrait originel, le rayonnisme, le constructivisme, le suprématisme, l’expressionnisme, le cubisme, etc.., nous sommes passés de la recherche de sensation à celle du sensationnel.

Restons modestes, il y a 77 000 ans dans la grotte de Blombos (2), donc bien avant les grottes de Lascaux ou de Chauvet…et les oeuvres de Kandinsky, des « artistes » ont fait preuve de recherche esthétique et abstraite, portant un premier regard personnel sur leur monde.


 Chronologie de la peinture en quelques traits !

  •  - 77 000 ans : naissance de l’art pictural – jusqu’à la prochaine découverte- dans la grotte de Blombos (Afrique du sud);
  • - 40 800 ans : peinture de la caverne d’El Castillo (Espagne) qui représente un disque rouge ;
  • - 37 300 ans : importantes représentations d’art rupestre de la grotte d’Altamira (Espagne);
  • - 32000 ans : peintures de la Grotte de Chauvet (Ardèche);
  • 2300 av. J.-C. : invention des hiéroglyphes, à mi chemin entre le dessin et l’écriture;
  • Entre le V et VI ème siècle av. J.-C : Zeuxis d’Héraclée, peintre grec, est le premier à recourir à la technique du sfumato, donnant un effet de contours imprécis, technique reprise ensuite par Léonard de Vinci; Selon « l’historien » romain Pline l’Ancien, Zeuxis serait à l’origine du trompe l’oeil, technique qui sera beaucoup utilisée par les romains comme à Pompeï ;
  • 820 : manuscrits enluminés dont l’un des premiers est le Livre de Kells ;
  • 1415 / 1417 : Filippo Brunelleschi, architecte florentin, donne le coup d’envoi à la mise en perspective. Cette technique sera théorisée par Léon Battista Alberti dans De Pictura (en 1435) ;
  • 1425/1428 : Masaccio sera le premier peintre à l’appliquer sur une fresque de l’Eglise Santa Maria Novella de Florence ;
  • Vers 1400 : le peintre flamand Jan Van Eyck donne le premier coup de pinceau de la peinture à l’huile ;
  • A partir de 1600 : la peinture baroque fait son apparition avec Rembrandt, Rubens, Vélasquez et bien d’autres ;
  • Camille Corot (1796/1875), de l »école de Barbizon, annonce l‘impressionnisme;
  • 20 avril 1874, première exposition des impressionistes, avec 165 toiles, dans l’atelier du photographe Nadar;
  • 1883, Georges Seurat à l’origine du pointillisme invente d’une certaine manière le concept des pixels;
  • 1904 : La lettre de Cezanne à Emile Bernard donne le fondement du cubisme;
  • 1907 : la toile « les Demoiselles d’Avignon » de Pablo Picasso renouvelle totalement, à travers le cubisme,  la représentation du nu et annonce la révolution picturale à venir ;
  • 1910 : Kandinsky dévoile une nouvelle approche de la réalité avec l’art abstrait ;
  • Années 1950 : naissance du Pop Art, avec des artistes comme Jasper Johns et plus tard Andy Warhol
  • 1960 : Brassaï publie le livre « Graffiti », première évocation du graffiti comme un art, dont l’un des pionniers aura été un artiste grec, Demetrios, vivant à New York signant Taki 183;

1 – Avec quelques autres artistes comme Kupka, Larionov, Malevitch, Mondrian; Concernant, l’aquarelle Sans Titre, considérée comme la première œuvre abstraite de l’histoire de la peinture (cf. illustration ci-dessus), il existe aujourd’hui une polémique sur sa véritable date : 1910 ou 1913 et dans ce cas, elle serait une esquisse pour une huile baptisée Composition VII, à l’automne 1913.
2 – 2 morceaux d’orcre sculptés de traits obliques et parallèles, découverts dans la grotte de Blombos en Afrrique du sud, pourraient être une de premières représentations symboliques, voire abstraites de l’histoire, signant l’apparition de la modernité culturelle. Pour en savoir plus, lire l’article sur Wikipedia.


A découvrir pour mieux comprendre :

    • Laure-Caroline Semmer, historienne de l’art, nous décrypte l’art abstrait au travers de l’approche de Kandinsky :


Centre Pompidou / Kandinsky et l’art abstrait par centrepompidou

  • Émission consacrée à Mondrian, l’un des précurseurs de l’art abstrait – [Canal Savoir]


A consulter pour aller plus loin :

  • La naissance de l’art abstrait
    - Collection : Un mouvement, une période – Centre Georges Pompidou, Paris
  • Art abstrait : Thèmes et Formes de l’abstraction dans les avant-gardes européennesPar des analyses précises et limpides, l’auteur remet en perspective les différents pôles du mouvement et récuse l’apparente « gratuité » de l’art abstrait. L’ouvrage s’attache à éclairer l’art abstrait européen à travers l’étude minutieuse de ses origines, entre 1905 et 1915. Plus que les innovations techniques ou esthétiques, il met en évidence la maturation des contenus et la signification des oeuvres.
  • Kandinsky, sa viePremière biographie de l’inventeur de l’abstraction, ce livre sensible a été établi à partir d’un ensemble de sources considérable. Il évoque à la fois la vie traditionnelle russe et celle de la Russie des avant-gardes. Le lecteur peut assister à la formation du peintre, à la genèse de son œuvre et de sa pensée et il peut suivre la quête fiévreuse qui ouvrit à l’artiste le passage vers la peinture absolue et qui en fit, à travers ses écrits et ses amitiés, le grand inspirateur de la révolution artistique des temps nouveaux.
  • Du Spirituel dans l’art et dans la peinture en particulierde Vassily KandinskyDans ce traité sur l’abstraction publié en 1910, Kandinsky revendique le droit de tout oser dans la création artistique à la seule condition de respecter le «  »principe de nécessité intérieure » ». Ce texte a certes permis à l’artiste de se faire connaitre en Europe, mais il a surtout eu un retentissement majeur sur le cours de l’art moderne .Un grand classique à redécouvrir
  • Kandinsky, de Christian DerouetCette grande rétrospective de l’œuvre d’une des figures majeures du XXème siècle, Vassily Kandinsky, est proposée conjointement par le Centre Pompidou, la Städtische Galerie in Lenbachhaus de Munich et le Solomon R. Guggenheim Museum de New York, qui détiennent les plus importants fonds d’œuvres de l’artiste. Elle a été publiée à l’occasion de l’exposition Kandinsky présentée au Centre Pompidou en 2009.

Pour la première fois, « l’entertainment » tisse sa toile

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1er septembre 1902

Avant-Première

« Le voyage dans la Lune » de George Méliès peut être vu comme un lever de rideau sur une nouvelle ère : l’ère de l’image, de la mise en scène et des trucages. Autrement dit, sur un monde d’illusion qui grâce au procédé d’images animées, le cinématographe, terme déposé en 1892, prend l’apparence de la réalité pour mieux la dépasser. Pour la première fois, la société du divertissement entre en scène.

Méliès, né à Paris en 1861, est un magicien et un « touche à tout ». A la fois manuel, artiste, créatif, inventeur, entrepreneur, producteur, il trouve dans le cinéma naissant le moyen d’exprimer ses talents. Le 7ème art, dont l’expression ne sera inventée qu’en 1911 par le critique italien Roberto Canudo, rassemble, selon lui, une palette de disciplines incroyablement large qu’il entend déployer à sa guise.

Inspiré du roman de Jules Verne, De la Terre à la Lune, Le voyage dans la Lune, met en scène de manière baroque, en trente tableaux, un aller-retour Terre-Lune vécu par 6 astronautes. Ce sera l’occasion, pour Méliès, de marier ses compétences de prestidigitateur et son expérience théâtrale à son envie de donner corps à son imagination. Il ouvre ainsi la voie à un genre nouveau appelé la Féérie, qui préfigure la science-fiction.

Pour la toute première fois, le spectateur est projeté dans une véritable histoire ne nécessitant aucun intertitre pour la compréhension de « l’intrigue », portée par des effets spéciaux et des trucages qui servent le scénario, le tout pour ce que l’on pourrait qualifier de long métrage pour l’époque, c’est-à-dire au-delà de 5 minutes.

Le vrai cinéma est né et avec lui la société de l’image et une nouvelle manière de raconter les histoires, à des années-lumières des traditions des conteurs oraux ou écrits et à quelques bobines des réalisations des frères lumières et de quelques autres qui s’inscrivent davantage dans le documentaire.



Coup de projecteurs sur les premières lumières du Cinéma

Alice Guy, première réalisatrice de fiction

Le 28 décembre 1895, les Frères lumières inaugurent la première séance publique de Cinéma en projetant au salon Indien du Grand Café, à Paris, la Sortie de l’usine Lumière à Lyon (une première représentation du film en privé a eu lieu l’année précédente). Cet événement marque la naissance officielle du cinéma. Ce film s’apparente à un documentaire.

Cependant, en 1896, Alice Guy réalise ce que l’on considère comme la toute première œuvre cinématographique de fiction : « La fée au choux ». Quant au premier film monté, c’est-à-dire ne se limitant pas à une succession de scènes mises bout à bout, est réalisé à l’occasion du couronnement du tsar Nicolas II, tandis que le premier long métrage (+ de 60 minutes), The story of the Kelly Gang date de 1906. Quant au tout premier studio, situé à Montreuil, on le doit à Méliès. Silence, la roue tourne.



A voir « Le voyage dans la Lune » de Georges Méliès (La bande son n’est évidemment pas de l’époque):



A voir, à lire pour aller plus loin :

  • Europa Film Treasures cette bibliothèque numérique, qui devrait s’enrichir chaque année d’une cinquantaine de nouveaux films, est l’œuvre d’un Français fou de cinéma, Serge Bromberg. C’est à ce collectionneur et restaurateur de films anciens que l’on doit notamment la découverte, il y a quelques années, de dix-sept films de Georges Méliès réputés perdus. Grâce à Serge Bromberg, les pépites des cinémathèques européennes sont désormais visibles gratuitement sur le Web.
  • La Magie Melies : un documentaire époustouflant qui retrace, à l’aide de documents inédits et de nombreux extraits de films, la vie et l’œuvre de Georges Méliès
  • Georges Méliès – Le premier magicien du cinéma Coffret évènement 6 DVD !!! 200 films, 15h de programme, un livret de 40 pages préfacé par Norman McLaren, édition définitive avec les plus belles restaurations
  • L’Oeuvre de Georges Méliès Publié à l’occasion de l’exposition Georges Méliès organisée par la Cinémathèque française, cet ouvrage reproduisant plus de 400 illustrations provenant de deux fonds prestigieux (photographies de plateaux, projets de décor et de costumes, caricatures…), est un hommage à l’une des figures les plus étonnantes du cinéma naissant, un artiste complet, un  » prestidigitateur qui mit le cinématographe dans un chapeau pour en faire sortir le cinéma « , selon les mots d’Edgar Morin.

Toute première « touche » de la révolution sexuelle

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1956

Une pilule qui change la vie !

Gregory Pincus (1903-1967), biologiste américain, le père de la pilule contraceptive.
Gregory Pincus (1903-1967), biologiste américain, le père de la pilule contraceptive.

 

 

1956 marque un tournant absolument majeur dans l’histoire de l’humanité. Ce que l’on désignera  comme la toute première révolution sexuelle. 

Une pilule d’un genre nouveau qui ne cherche pas à soulager la vie mais à la contrôler est testée par son inventeur américain, le Dr Gregory Pincus (qui codirige la Fondation  Workcenter de Boston pour la biologie expérimentale) sur 250 jeunes femmes d’une banlieue de Porto-Rico.  

Désormais l’humanité va jouir d’un droit de regard sur les naissances couplé à un droit au plaisir. Les tout premiers de la gente animale à disposer d’un tel  pouvoir ! Désormais, il n’y aura plus de mal à se faire du bien.

 Contrôler les naissances : un rêve qui devient réalité

Faut dire que l’attente remonte à la nuit des temps. Jusqu’ici les rapports amoureux restaient une activité à haut risque.  Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir accompli moult acrobaties pour les réduire : introduction de miel dans le vagin, pommade à base d’excréments de crocodile égyptiens, huiles de racines de mandragore mélangées à la pulpe de grenade, douche vaginale d’eau froide pour tuer le sperme vivant, tampons occlusif en laine. On retrouvera même une sorte de stérilet dans une momie égyptienne !

A cela s’ajoute les efforts côté sexe fort avec l’introduction en 1870 du tout premier préservatif en latex. Bref, toute une panoplie de méthodes dont la plus célèbre reste  la fameuse méthode Ogino, mise au point en 1924 par un médecin japonais, Kiasuku Ogino. Las, des milliers de bébé naîtront de la suite des échecs (40%) de cette méthode.

La progestérone : le pouvoir de dire non !

Depuis, la science à progressé : ici la première pilule supprimant totalement le cycle mensuel.
Depuis, la science à progressé : ici la première pilule supprimant totalement le cycle mensuel.

 Cette fois, Gregory Pincus tient le bon bout ou plutôt la bonne formule. Il est aidé en cela  par la volonté inébranlable de 2 femmes : Margaret Sanger qui est infirmière et leader féministe et Katharine McCormik, biologiste qui propose, dès 1950, de financer ses recherches grâce à son  immense fortune. 

Pincus est persuadé que la solution consiste à stopper l’ovulation durant la grossesse en mettant la femme sous progestérone.  Le principe ainsi défini, il faudra 6 années pour en ajuster l’élaboration qui passera par un composé de progestérone et d’estradiol (l’Enovid) puis  qui se tournera vers un allégement de la concentration hormonale.  
Après en avoir réglé les effets secondaires, la pilule contraceptive(1) arrive sur le marché des Etats-Unis en 1959 où elle rencontre un vif succès mais aussi beaucoup d’hostilités.

Dès 1965, plus de 25% des américaines de moins de 45 ans lui fera confiance.  Elle sera adoptée rapidement en Chine pour les raisons que l’on imagine. Il faudra attendre la loi Neuwirth fin 1967, pour qu’elle fasse son apparition en France, et seulement pour les couples mariés, jusqu’ici sous le joug de la loi de 1920 prohibant la contraception. 
69 n’est plus qu’à une encablure. 

L’aventure humaine part déjà sur un nouveau pied qui annonce une révolution des mœurs sans précédent. « Prendre son pied » et garder  l’esprit libre, pour la toute première fois, le rêve devient réalité.


 Petite histoire des premiers pas de la seconde révolution sexuelle !

Nous sommes en 1983 à Las Vegas où se tient un congrès d’urologie. Un chercheur britannique Giles Brindley doit y présenter ce qui est considéré comme le tout premier traitement vraiment efficace contre le dysfonctionnement érectile (DE), autrement dit, l’impuissance. Personne à l’époque ne parle de Viagra car celui-ci ne fera son apparition qu’une quinzaine d’années plus tard. Ce traitement, que Brindley va annoncer, fait donc figure de découverte historique pour la prise en charge de l’impuissance.

Lors de son exposé dans l’auditorium de l’hôtel, Giles Brindley aborde, bien entendu, ses travaux de recherche dont le principe consiste à une injection dans le pénis de substances améliorant la circulation sanguine. Il explique qu’en l’absence de modèle animal adéquat, il a auto-expérimenté son traitement, avec preuve à l’appui sous forme d’une série de photographies  plus évocatrices les unes que les autres.

Conscient que ces photos qui auraient pû être prises dans un contexte de simulation érotique autre que médicamenteuse ne constituaient pas vraiment une preuve aux yeux de l’assemblée réunie ce jour-là dans la salle, il décida d’appuyer sa démonstration autrement.

A la stupeur du public, il baissa son pantalon et son caleçon, en expliquant qu’il s’était préalablement injecté dans sa chambre d’hôtel le fameux produit. Son pénis était manifestement en érection. Mais Brindley ne s’arrêta pas là. Pour convaincre définitivement son assemblée, il descendit de l’estrade, ses attributs aux vents, et alla à la rencontre du public en tenue de soirée.  « J’aimerais donner à certains membres de l’assistance l’occasion de confirmer le degré de tumescence, » dit-il le plus sérieusement du monde.

Inutile de préciser les réactions de l’assistance, surtout pour sa partie féminine, qui hésita entre stupeur et tremblement ! Au final, les résultats furent publiés fin 1983. L’un des membres de l’assistance à qui l’on doit ce récit, félicita en 2005 dans un article (2) le professeur Brindley pour « l’énorme contribution » aux troubles de l’érection.  Sic !

 


(1) Le terme usuel de « Pilule » aurait comme auteur Aldous Huxley qui emploi le mot « the pill » dans « le Meilleur des mondes » en 1958.
(2) L’urologue Laurence Klotz dans le British journal of Urology International.

 


A visionner pour mieux comprendre :


A voir et à lire pour aller plus loin :

Le premier jour du début de la fin de la vie privée

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19 janvier 1953

Aux frontières du réel


19 janvier 1953 : le premier jour du reste de notre vie…cathodique !

Ce jour-là est à marquer d’une croix blanche dans le carnet rose de la télévision noir et blanc naissante.

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Pour la toute première fois dans l’histoire du divertissement, le réel se confond à la fiction et donne naissance au précurseur de la télé-réalité[1]. Cet heureux événement est celui d’une naissance qui a lieu à la fois dans le monde réel et dans un monde imaginaire, celui de la première série télévisée : I love Lucy.

I love les séries TV…

Mais rembobinons le film. Le 15 octobre 1951, la chaine de télévision CBS diffuse le premier épisode de ce qui est considérée comme le tout premier sitcom, I Love Lucy. Durant 6 ans, 180 épisodes, tournés en public, seront diffusés, avec un succès audience –en données relatives- presque inégalé encore aujourd’hui.

Au cours de la seconde saison de la série, comme on dit aujourd’hui, Lucille Ball, l’actrice principale de la série qui incarne Lucy Ricardo, – une femme quelque peu extravagante qui rêve de troquer sa vie de ménagère pour celle d’artiste-, se retrouve enceinte. Les scénaristes ont alors l’idée d’intégrer cette grossesse au scénario. Trouvaille d’autant moins fortuite que c’est son mari dans la vie réelle, Desi Arnaz, qui joue son conjoint. Plus fort, ils vont jusqu’à faire coïncider la naissance télévisuelle de l’enfant de la série, Little Ricky, avec le jour où l’actrice donne naissance à son bébé. Succès au-delà des espérances puisque 72 % des foyers américains (42 millions de téléspectateurs) dotés d’une télévision assistèrent à l’épisode mémorable.

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Ce jour là, on assistera à la mort d’un tabou et à deux naissances : celle du second enfant de la star de la première série tv et celle du concept de la télé-réalité , ultime avatar des sitcoms.

Quant au tabou, il faut réaliser qu’à l’époque, aux Etats Unis, le terme même de grossesse était banni des médias. L’épisode sera donc baptisé « Lucy is enceinte », in french, pour brouiller le décodage de l’américain moyen !

Le début de la fin des directs !

Mais cette naissance simultanée on-air et « on the table », comment était-ce possible ? C’est là qu’interviennent la technique…et la ténacité de l’actrice Lucille Ball.

Jusqu’alors, les émissions étaient toutes diffusées en direct pour des raisons techniques. Mais sous l’impulsion de l’actrice, la production accepta de tourner dans des conditions proches du cinéma, avec 3 caméras, en différé, en 35 mm et à Hollywood.

Résultat : Lucille et lucy, le personnage qu’elle incarnait, accouchaient conjointement des premiers faux-jumeaux de l’ère médiatique.

Comme un bonheur ne vient jamais seul, I love lucy, permit aussi à la télévision d’entrer dans l’ère industrielle. Les principes techniques utilisés, et notamment l’enregistrement, ont rendu possible le montage mais aussi les rediffusions puis la commercialisation à travers le monde.

Une nouvelle naissance était donc annoncée, celle du média de masse.

Des sitcoms à la Télé-réalité

Depuis, la famille des sitcoms, telenovela et autres soap-opéra, s’est agrandie. Si l’on s’en tient au dernier rejeton, la télé-réalité, au delà d’I Love Lucy que l’on pourrait qualifier de pilote, le premier véritable programme de ce registre a été diffusé en 1973 : « An American Family ».

Il s’agissait de suivre la vraie vie de vrais gens sur des longues périodes. 25 ans plus tard, apparaît une nouvelle génération de divertissement avec « Expedition Robinson », une sorte de Koh Lanta à la sauce suédoise. Mais c’est le 26 avril 2001 que vole vraiment en éclats la frontière entre la vie publique et la vie privée : Loft Story envahit les esprits, les médias et les écrans.

Cette fois, les individus, en quête de toujours plus de transparence et de sensationnel, acceptent de livrer à la petite lucarne ce qu’ils ont de plus intime . Le téléspectateur vient peut-être de franchir pour la première fois le rubicon de l’omni-surveillance.

Désormais, le phénomène tisse sa toile sur le web. Avec des sites comme Twitter -site de microblogging permettant de publier des messages de type SMS-, certaines stars jouent leur propre paparazzi en postant elles-même leurs photos ou messages intimes. C’est le cas de Demi Moore ou de Britney Spears qui n’hésitent pas à communiquer à leurs adeptes ou suiveurs, comme on dit sur la Twittosphère, des photos très personnelles,en petite culotte par exemple, ou des reflexions… très impersonnelles : je suis en train de regarder un DVD.

Microblogging mais maxi suiveurs, plus de 600 000 fans de la twittophile Demi Moore, restent ainsi connectés en permanence à leurs idôles, qu’il s’agisse de la montée des marches à Cannes ou de leurs faux pas quotidiens.

Autant rendre public ce qui ne restera pas privé pour éviter de se priver du public : tel semble être le mot d’ordre, en 83 caractères, de la nouvelle vague du web participatif. Du postérieur à la postérité, il n’y a finalement qu’un post.


Lorsque la télé-réalité fait tomber un tabou absolu

Le 21 décembre 2011, la chaîne publique néerlandaise Nederland 3 a prévu de diffuser une émission où le cannibalisme aura le droit de cité ! Ce soir là, deux présentateurs, Dennis Storme et Valerio Zeno, mangeront chacun un morceau (tout petit morceau) de chair de l’autre, en référence à la catastrophe aérienne survenue dans les Andes en 1972. Catastrophe au cours de laquelle les rescapés ont procédé à des actes de cannibalisme pour survivre.
Pour mener à bien cette toute première douteuse, un chirurgien prélèvera un morceau de chair à chacun des protagonistes, qui sera ensuite cuit par un cuisinier. Désormais, on ne se prive plus de rien même du plus mauvais gout; le premier jour du début de la fin des derniers tabous !

Publié le 28 décembre 2011


Un os à regarder

Dog TV est la toute première chaîne de télévision destinée aux chiens de tous poils ! Elle a été inaugurée fin février 2012 à San Diego (Californie), paradis terrestre des toutous.

Lancée par la société israélienne Jasmine Group, cette chaîne consultable sur le cable, s’adresse bien aux chiens et non pas à leur maître. En revanche, l’abonnement, d’environ 5 dollars, lui est bien réglé par leur maître !

La chaîne dispose en portefeuille de 800 sujets de 3 à 5 minutes spécialement conçus pour le meilleur ami de l’homme. Rien n’ a été laissé au hasard : les images sont colorisées pour une meilleure perception de l’animal, le son est amplifié pour attirer son attention et le tournage est en caméra « subjective », d’un point de vue animal s’entend !

La technique joue également un rôle non négligeable, grâce à l’avénement des écrans sans tube cathodique qui, en évitant le scintillement, convient bien mieux à nos amis les bêtes.

Ron Levi, le concepteur de ce projet, est parti d’une intuition et d’un constat : d’une part, les chiens supportent mieux la solitude grâce à ces programmes spécialement conçus et d’autre part, le marché était vierge de ce type de programmes.

Mais Ron ne se lance pas dans l’aventure tête baissée. Il s’est entouré d’experts comme Nicholas Dodman, un comportementaliste de la race canine ou de Victoria Stilwell, une dresseuse de chiens. Il a réalisé une batterie de tests qui démontrent par exemple que les chiens détestent entendre les aboiements à la télé. Il peut alors construire sa programmation autour de 3 catégories : les sujets relaxants, ceux au contraire stimulants et enfin, ceux qui incitent le chien à se comporter correctement.

Si « l’audience » est au rendez-vous, la couverture sera étendue à l’ensemble des Etats-Unis puis probablement tester au Japon, autre grand marché des animaux de compagnie. Enfin, le concept pourrait étendu à d’autres animaux. Car quand on aime, on ne compte pas…le nombre de pattes.

Publié le 28 mars 2012


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Quelques dates à retenir :

  • 1923, l’anglais John Baird réalise le premier téléviseur digne de ce nom qui porte à ce stade que sur l’image… Le son viendra plus tard;
  • 11 septembre 1928, diffusion de la première dramatique aux Etats-Unis, en simultanée à la radio pour le son;
  • A partir du 30 septembre 1929, une émission quotidienne est diffusée de Londres;
  • 26 avril 1935, première émission de la télévision française;
  • 9 octobre 1950, le tout premier feuilleton de la télévision française, L’Agence Nostradamus réalisée par Claude Barma;
  • 1954, premier magnétoscope professionnel;
  • 1959, L’homme invisible ouvre la voie, au Royaume-Uni, au genre de la Science-fiction ;
  • 1978, Dallas inaugure le concept du Soap-Opéra, principe du feuilleton fleuve.
  • 6 novembre 2001 (14 septembre 2002, en France), 24 heures chrono introduit la notion de temps réel.

1 – La télé-réalité repose essentiellement sur deux fondements : montrer la vie privée et réelle, en la scénarisant pour la rendre plus croustillante et, d’autre part, ne plus recourir à des comédiens mais simplement à des acteurs de leur propre vie à qui l’on promet, grâce à leur participation, notoriété et une vie meilleure. A sa manière, I love Lucy développe le premier volet mais pas encore le second.



A visionner :

Quand la téléréalité se met à nu…


A lire et à consulter pour aller plus loin :
  • Lucille Ball – I Love Lucy [Import anglais] – 5 DVD, 16 épisodes, le tout premier sitcom ! L’immense succès de I love Lucy incita de grands acteurs de l’époque à participer à certains épisodes, parmi lesquels : William Holden, Bob Hope, Rock Hudson, Harpo Marx ou encore Orson Welles.
  • Dictionnaire des séries télévisées – L’ambition de ce Dictionnaire des séries télévisées est avant tout de répondre à une demande, à une curiosité, et de le faire avec un maximum de rigueur scientifique d’une part, et un vrai commentaire critique d’autre part. Chaque notice présente les informations techniques indispensables (créateur, acteurs, production, diffusion…), une note entre 0 et 4, un « pitch » de départ dressant les grandes lignes de la série, et l’opinion de l’auteur – toujours personnelle. Plus de 3 200 entrées traitent de la totalité des séries diffusées en France depuis l’origine de la télévision et de quelques séries étrangères (une trentaine) jamais programmées à la télévision française mais considérées par les auteurs comme particulièrement importantes.
  • Séries On Air, le site de l’actualité des séries TV.

Néolibéralisme : une idée pas si neuve.

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 Années 30

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Ma petite entreprise ne connaît que les crises !

Le néolibéralisme est un programme économique mais également un projet de société qui vise à faire de chaque individu un entrepreneur au profit autant de la société que de lui-même. Une idée pas si neuve qui a connu plusieurs mutations depuis un siècle et dont l’ubérisation de la société pourrait en représenter une nouvelle facette.

C’est dans les années 30 que le terme « néolibéralisme » voit le jour avec des penseurs tels que Louis Rougier. La crise de 1929 est passée par là. Beaucoup y voient une crise à la fois du libéralisme mais aussi des démocraties parlementaires.

Fascisme et nazisme s’accordent pour évoquer la fin du libéralisme.

A l’époque, pour corriger les travers du libéralisme classique, la doctrine du néolibéralisme se propose de renforcer le rôle de l’état et d’ajouter une dose de social.

Le terme va ensuite être repris dans les années 50, pour désigner l’économie sociale de marché mise en place par le chancelier Ludwig Erhard. Un concept presque aux antipodes de l’acception d’aujourd’hui.

Milton Friedman mitonne le néo-libéralisme des années Reagan !

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Thatcher, Reagan et Friedman

La version actuelle du néolibéralisme prend son essor dans les années 1970. Elle désigne une politique économique ultra-libérale testée par les « Chicago Boys » de Pinochet (qui se sont installés à Santiago après le coup d’Etat) puis par Reagan et Thatcher. Elle est conçue par plusieurs théoriciens dont le plus célèbre est Milton Friedman avec sa thèse développée dans « Capitalisme et liberté ».

La doctrine néolibérale se fonde sur être humain intéressé et égoïste mais qui peut également être altruiste et coopérateur. D’ailleurs, certains comme Mises, considèrent que seule une société libérale peut créer les conditions de mode de vie de nature à engendrer des génies comme Van Gogh.

Dans la même logique, Milton Friedman considère que le libéralisme dans sa variante « ultra » est la seule voie compatible avec la liberté politique et la démocratie.

 Les « Chicago boys » préparent le terrain

Cependant, l’Histoire témoigne que les logiques de marché et régimes totalitaires peuvent faire bon ménage. L’exemple chilien avec les « Chicago boys » en est un bon exemple.

chicago-boys

Toutefois, reconnaissons que pour l’essentiel, l’ultra-libéralisme a été porté au pouvoir de manière démocratique avec souvent un bis repétitae de la part du peuple. Celui-ci y voit une manière de donner un bol d’air à une société asphyxiée par l’Etat-providence.

En réalité, comme le souligne le philosophe Serge Audier (1), « le néolibéralisme est compatible avec plusieurs types de régimes ». « Le néolibéralisme a beau affirmer sa croyance en l’ordre spontané de la société, il n’hésite pas à mettre au pas celle-ci de façon autoritaire. Pour imposer les logiques de marché (…) il faut casser les syndicats, les résistances locales, les contre-pouvoirs ».

Pour ses détracteurs, le néolibéralisme c’est avant tout la financiarisation, la concurrence exacerbée , les privatisations et les politiques fiscales des États redirigeant les richesses du bas vers le haut de la hiérarchie sociale.  Bien loin, selon eux, de l’idée qui voudrait faire du marché  le meilleur outil de satisfaction des besoins humains (2).

La transformation que connaît actuellement la société avec la perte de régime du salariat au profit des auto-entrepreneurs et autres « start-uper » représente probablement une nouvelle forme de néolibéralisme, un néo-néolibéralisme, ou un post-néolibéralisme, en quelque sorte qui pourrait structurer la société pour longtemps.

Publié le 12 juillet 2017


Le libéralisme originel : protéger l’individu de l’arbitraire  

Le libéralisme s’appuie sur 2 grandes idées : d’abord, le principe que les individus disposent de droits naturels. Ensuite, la notion d’utilitarisme qui fait le postulat que nous sommes tous des êtres rationnels et égoïstes cherchant à maximiser nos intérêts. Mais que la recherche des intérêts personnels finissent pas s’équilibrer au profit d’une harmonie censée produire, in fine, une prospérité à tous.

 

En 1690, Job_e93e6b_aff-pcf-camp-europe-3ohn Locke décrit la première notion dans « traité du gouvernement civil ». Selon lui, il faut protéger l’individu de l’arbitraire du monarque et pour cela affirmer que chacun d’entre nous dispose de droits fondamentaux. La propriété privée, fruit du travail de chacun, est l’un de ses droits.

Un siècle plus tard, Adam Smith dans son ouvrage « la Richesse des nations » publié en 1776, marquera les esprits avec sa célèbre formule :  » Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou de boulanger que nous attendons notre dîner, mais plutôt du soin qu’ils apportent à la recherche de leur propre intérêt. Nous ne nous en remettons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme. »

Le concept de libéralisme est donc d’une certaine manière le rejet de l’absolutisme et la défense de la liberté pour le bien commun. C’est pourquoi, beaucoup fixent origine à l’époque des Lumières, voire un peu avant.

En réalité, le terme même de Libéralisme apparaît au début du XIXème siècle en Espagne et en France en opposition à la domination napoléonienne.


1 -  Article « Une brève histoire du néolibéralisme » L’Obs N° 2744, du 8 juin 2017
2 – Une brève histoire du néolibéralisme – David Harvey –


A visionner pour mieux comprendre :

Les tout premiers bronzages

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1925

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L’exposition universelle

L’idée de se protéger du soleil serait venue sur la mer un jour de grand soleil : mais dit donc « Coco » tu es toute rouge !  A partir de là, le must deviendra une peau hâlée sans rougeur pour faire pâlir la grande bleue !

On raconte que tout a commencé sur le yacht du duc de Westminster par une journée ensoleillée.  spay_1024_resizemoittransparent Nous sommes à Cannes, en 1925. Ce jour-là, Coco Chanel découvre, pour la toute première fois, dit-on, les effets du soleil sur sa peau ! Dès lors, la mode du bronzage est dans l’air et un demi siècle plus tard, les bronzés feront du ski !

Mais comme bronzage et protection vont de paires, le véritable coup d’envoi de ce phénomène pigmentaire et planétaire aura lieu en 1927, grâce à Jean Patou et son huile de Chaldée : “la première huile solaire qui protège l’épiderme et atténue les coups de soleil”.

En proposant cette innovation à Gabrielle Chanel, Jean Patou n’imagine vraisemblablement pas à quel point cela révolutionner notre rapport au Soleil et libérer notre corps…de son carcan solaire! C’est un véritable coup d’arrêt à l’hégémonie de la pâleur qui règne sans partage –en occident mais également dans de nombreuses cultures- depuis au moins deux milles ans.

Ceci est mon corps

On pourrait penser que ce coup fatal porté au teint de porcelaine n’aurait d’influence que sur la mélanine et les coups de soleil. Peau de balle ! En contrôlant la couleur de la peau, c’est de la toute première prise de possession de notre corps dont il s’agit. C’est à la fois une révolution culturelle et un signe d’émancipation sans précédent, estime Pascal Ory, professeur d’histoire contemporaine à la Sorbonne [1].

Imaginez : pour la toute toute première fois dans l’histoire, il devient possible de s’exposer au soleil, sans limite ou presque ou du moins sous contrôle, non pas par obligation mais par choix. Donc pour son plaisir. L’idée de bronzage –qui va accompagner la notion de plaisir – va donc se répandre dans la société comme une crème…solaire sur l’épiderme. La libération des esprits et des corps est en marche…jusqu’à la dictature des corps bronzés des années 70-80.

Qu’il est long le chemin du « hâlage » !

Si Grecs et Romains cultivaient déjà leur corps et leur passion pour les bains, on est encore loin de parler de bains de soleil (les premiers thermes sont construits par Agrippa en 18 av J.-C.). D’autant qu’à cette époque  le teint clair est déjà de rigueur. Pour le blanchir, on utilise alors de la Céruse (pigment toxique à base de plomb, appelé aussi carbonate de plomp) ou de la craie tandis que les Egyptiens ont recours à des pommades à base d’albâtre et de lait d’ânesses .

Avec l’avènement de l’ère chrétienne, on assiste à un véritable culte de la blancheur, calquée sur l’image de l’Immaculée conception. Le corps féminin sera le porte-drapeau de cette image diaphane de la Vierge, et les références seront la fleur de lys et l’albâtre. Il n’empêche qu’à cette époque certains mouvements gnostiques pratiquent les premières formes de naturisme. C’est un autre sujet même si l’on peut associer ce mouvement à la pratique du bronzage et considérer qu’il en est le précurseur.

En résumé : par le passé la règle était d’éviter de s’exposer à tout prix. Y dérogeaient, ceux qui y étaient contraints : les paysans, les forçats, les soldats. De fait, la blancheur du visage était symbole de distinction. A la Renaissance, de nombreuses préparations permettaient de blanchir le teint. L’historienne Catherine Lanoé[2] dénombre pas moins de 15 manuels de cosmétiques entre 1541 et 1782. Hâle, taches de rousseurs, rougeurs, tout devait être dissimulé sous une couche qui deviendra du fard (à base de carbonate de plomp servant de piment blanc) à l’époque de Catherine de Médicis[2].

Pour l’aristocrate du XVIIIème siècle, vêtement et visage doivent être blanc ; on le distingue ainsi de loin et ce qui importe. Cela pousse les élites à se distinguer encore davantage et à amorcer un mouvement vers les vertus du naturel. Le maquillage devient plus discret. La révolution solaire est en marche.

Signes extérieurs de bien être

Signe avant coureur du phénomène de bronzage, des bains de lumière commencent à être recommandés à partir des années 1850. Ils visent à lutter contre la mélancolie ou la tuberculose. Les premiers hygiénistes militent pour une circulation de l’air et de la lumière. Par analogie entre l’état des villes, le plus souvent insalubres et les corps malades, ils vantent les bienfaits de l’héliothérapie et des cures d’altitudes.

Cependant, le soleil thérapeutique n’est qu’une transition vers le soleil plaisir. Gabrielle Chanel [2], comme on l’a vu, sera la toute première personne à prendre conscience des effets du bronzage et du plaisir qu’il peut procurer à condition de savoir le maîtriser. Notons qu’à l’époque le terme bronzage ne se rapportait qu’au moulage. Il signifiait recouvrir de bronze et n’était utilisé que dans sa forme transitive. Le Larousse le mentionnera dans sa nouvelle acception qu’en 1928.

Brunir de plaisir

En moins d’une dizaine d’années, on passe du bannissement de la peau hâlée à sa glorification. Le basculement n’est pas que pigmentaire. Il témoigne en réalité d’un profond changement structurel de la société.

La femme est au cœur de cette mutation sans précédent par son ampleur et par sa rapidité. Ses cheveux raccourcissent comme ses vêtements qui montrent ses jambes ; le corset est abandonné. En 1930, à l’occasion des premiers bains de soleil, le ventre se dévoile timidement.

huile-de-chaldee
la première huile solaire qui protège l’épiderme et atténue les coups de soleil”

A travers la peau, c’est une toute nouvelle société qui pointe le bout de son nez. Une société dont les fondements seront les loisirs, le plaisir et la réalisation de soi. Les élites adoptent le sport, les voyages et prennent soin de leur santé. Cela se traduit pas une bonne mine. Celle-ci devient peu à peu le graal de ceux qui sont encore dans la mine et qui en sortent épisodiquement pendant les tout nouveaux congés payés.

Ce phénomène n’est pas uniquement occidental, car on le retrouve aussi chez les japonais par exemple. En revanche, les peuples à la peau mate se sentent, et pour cause, moins concernés.

Un mouvement va bénéficier à fond de la pratique du bronzage : le naturisme. Il faut distinguer nudisme, plutôt balnéaire et naturisme qui reste une doctrine plus globale. D’ailleurs en France, c’est en 1904 qu’apparaît, près d’Etampes, le premier camp de naturisme, bien avant donc l’éloge du bronzage.


Une peau sous contrôle

« Ce qu’il y a du plus profond dans l’homme, c’est la peau » écrivait Paul Valéry.

Si dans les années 70, le bronzage devient un dû, ce qui l’est encore aujourd’hui (68% des français considère le bronzage comme la priorité de vacances, sondage Axa Santé 2008) on s’aperçoit assez vite que le soleil n’a pas que des bienfaits.

D’ailleurs, à compter des années 90, le ton change et certaines publicités prônent les teints blafards comme Calvin Klein avec Kate Moss, dans le prolongement des tendances punk ou gothique.

L’enjeu aujourd’hui est de contrôler la couleur de sa peau, sans danger et sans contrainte saisonnière. Dès 2009 un implant à base d’une protéine appelée Melatonan permettrait d’obtenir un teint hâlé en permanence et sans risque.

En revanche, le contraire n’est pas encore à portée de main comme en témoignent les efforts désespérés de « blanchissement » de Mickael Jackson.

Si la distinction sociale fondée sur le bronzage n’est plus d’actualité, la couleur de la peau restera encore longtemps un facteur de discrimination. Black, blanc beurre…de cacao , une formule qui protège davantage les couches de l’épiderme que celles de la société.


 Les étapes du chemin de hâlage…

  • 1855, premières cures de lumière, à Veldes en Slovaquie ;
  • 1893, invention par un allemand de la culture du nu, Nacktkultur;
  • 1904, invention de la première lampe à ultraviolet, par l’allemand Küch;
  • 1909, premier concept d’institut de beauté avec cabine de soins, à Londres ;
  • 1927, première huile solaire proposée par Patou protégeant l’épiderme ;
  • 1928, Vogue lance le débat : Etre ou ne pas être hâlée;
  • 1935, l’ambre solaire conçue par Schueller, fondateur de l’Oreal, permet de bronzer sans brûler comme l’indique son slogan;
  • 1937, Sortie des premières lunettes de soleil Ray-ban;
  • 1939, Marie-Claire explique « comment brûnir vite » ;
  • 1944, première crème à bronzer, à base de beurre de cacoa et de jasmin ;
  • 1946, premières formules cosmétiques sans parfum, issus des laboratoires Roc;
  • 5 juillet 1946, présentation à la piscine Molitor du premier bikini qui sera vendu dans une boite d’allumettes;
  • 1960, premiers produits auto-bronzants;
  • 1962, apparition des facteurs de protection solaire grâce à la marque Piz Buin ;
  • 1976, généralisation des indices de protection;
  • 2003, bronzage par brumisation;
  • 2009, commercialisation en cours du premier implant de bronzage garantissant 6 mois de bronzage permanent.
Publié le 19 août 2009, mise à jour le 11 juillet 2017

[1] L’invention du bronzage – Pascal Ory – Edition Complexe
[2] Du teint hâlé honni au bronzage de rigueur – Bernard Andrieu-


A voir et à lire pour aller plus loin :    

  • L’invention du bronzage : Essai d’une histoire culturelle – Pascal Ory – Edition Complexe. L’une des principales révolutions culturelles du XXe siècle n’a, jusqu’à présent, guère suscité l’intérêt des historiens : celle qui a conduit le canon de la beauté pigmentaire de l’ordre du marbre à celui du bronze. Dans un essai historique vif, original et stimulant, Pascal Ory revient sur la délimitation historique du phénomène.
  • Bronzage : Une petite histoire du Soleil et de la peau – Bernard Andrieu – CNRS Editions. De la blancheur ivoirine des anciens canons de beauté au brun tanné vanté par la réclame, des baignades de jadis aux cabines d’UV d’aujourd’hui, du bronzage sexualisé de la bimbo à l’aura trop mate du  » métèque « , Bernard Andrieu livre ici un panorama illustré de l’histoire de la peau et du hâle.
  • Les Bronzés (Édition simple) DVD – « Y a du soleil et des nanas, ladirladirla », Popeye le GO bourreau des cœurs, Jean-Claude Dusse-de-Paris, Gigi, Les Bronzés possède tous les attributs du film culte : multimillionnaire de la statistique médiamétrique des chaînes TV, répliques connues par cœur, etc. Et pourtant, en 1978, rien ne prédisposait cette charge contre les clubs de vacances au triomphe.

A visionner  pour  mieux comprendre :