vendredi, 15 décembre 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

B. De 1300 à 1900

 

1850

boudin-le-roi-des-ciels

L’insoutenable légéreté de l’art !

 

A partir de 1850, la représentation du monde à travers la peinture se pare de subjectivité…pour mieux rendre compte de la réalité. Une réalité qui n’est pas si simple à débusquer car complexe, nuancée, insaisissable, changeante, différente selon les moments et les regards. Cette insoutenable légèreté de l’être et de la nature, Eugène Boudin, en sera le premier interprète. Bientôt, on parlera d’impressionnisme.

Médiatiquement, tout a commencé le 25 avril 1874. Pour la toute première fois, le terme impressionnisme est employé. C’est Louis Leroy, critique d’art, qui lance cette expression pour une impression au demeurant plutôt négative de sa part. Dans un papier publié dans le quotidien le Charivari (1) ce jour-là, il écrit, plutôt ironique, à propos d’un tableau de Monet « Impression, soleil levant » : « Je me disais aussi, puisque je suis impressionné, il doit y avoir de l’impression là-dedans… » .

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Impression Soleil Levant de Monet (1872,Musée Marmottan, Paris)

D’un coup de canif ou plutôt de plume qui ne décèle pas encore l’immense avancée du coup de pinceau, la révolution picturale de l’impressionnisme est lancée. Probablement, la plus importante après l’invention de la perspective. Allégé est le maître mot de cette révolution qui redonne le pouvoir à l’artiste et à sa subjectivité.

Eugène Boudin : le précurseur de l’impressionnisme

Comme souvent, tout a réellement commencé bien avant. Environ 25 ans plus tôt, vers 1850. Pour aller à la source de ce fameux courant Impressionniste, il suffit de suivre les méandres de la Seine jusqu’à son estuaire.

Là, commence à s’éveiller un nouveau regard. Un regard qui caresse les rivages de la Normandie, les nuages qui la chapeautent et les fines silhouettes humaines qui mouchettent l’horizon.

Un regard qui cherche à fixer, pour la toute première fois, l’instantanéité. Mais au-delà de figer les tranches de vie, il y a une mise en perspective comme si le tableau embarquait tout l’univers qui accompagne cet instantané.

Ce regard, c’est celui d’Eugène Boudin. Boudin : le précurseur, Boudin, « le roi des ciels » comme le qualifiera Corot, Boudin, à qui Monet, son cadet de 16 ans, reconnaît tout lui devoir;  » je lui dois tout », dira-t-il en 1924 .

Le chevalet du ciel !

Eugène Boudin (1824-1898), bien qu’autodidacte du pinceau, va ainsi donner, dans les années 1850, la toute première touche de pinceau à un univers qui deviendra quelques années plus tard celui des impressionnistes.

Eugène Boudin plage de Trouville en 1863

Personnages et ciel : la plage de Trouville vue en 1863 par Boudin

Le monde selon Boudin est « pastelisé », allégé, vaporisé, pixellisé, miniaturisé avec ses petits personnages qui s’évaporent presque sur les plages ventées de Normandie. C’est tellement nouveau et peu académique.

Au point d’impressionner le grand Zola qui évoquera « ses grands ciels d’un gris argentin, ses petits personnages si fins et si spirituels » (2) et bien d’autres comme Baudelaire qui s’émerveillait devant ses « beautés atmosphériques ».

Si l’impressionnisme peut être défini comme une technique picturale subjective qui fait émerger une harmonie, dès lors que l’on prend de la distance, donnant l’illusion qu’une scène prise en instantané qui « colporte » autant l’image que l’atmosphère et les ressentis, alors Eugène Boudin sans aucun doute est le tout premier des impressionnistes.

Bienvenue dans le cercle chromatique

Inspiré par Boudin, prenant ses lettres de noblesses avec Manet, l’impressionnisme est un hymne à la nature, à la liberté et à la personnalité. Pour la première fois, il permet à l’artiste de donner libre cours à l’interprétation de ses impressions et de son vécu. La peinture devient un langage émotionnel qui vise à saisir l’éphémère et l’instantané en cherchant à capter les effets de la lumière, fort des nouvelles théories scientifiques sur la lumière et sur le cercle chromatique (3).

Des beautés atmosphériques de Boudin aux beautés « atmos-féériques » de Manet, il n’y a donc guère plus qu’un trait de pinceau !


Boudin : l’art de la série

Avant Claude Monet, Eugène Boudin a-t-il été le tout premier à utiliser le principe de la série, c’est à dire le même paysage peint à différents moments de la journée ?

La réponse est oui. Pour répondre aux commandes des collectionneurs mais aussi par curiosité, Boudin va inaugurer, dès 1870, la déclinaison de ses toiles (4). C’est à dire qu’il va  peindre des variations autour d’un même motif.  Comme il le fera pour la plage de Deauville, Boudin peindra plusieurs déclinaisons selon les heures de la journée, les marées ou les saisons. 

Cette approche nouvelle tient pour l’essentiel à la curiosité de Boudin face à la capacité de la lumière à changer le rendu des scènes selon les périodes. Une dizaine d’années plus tard, Monet va systématiser cette approche novatrice, avec par exemple la série de la cathédrale de Rouen peinte entre 1892 et 1894.  


1 – Source : www.larousse.fr / impressionnisme
2- « Boudin le Maudit » - Le Point N° 2113 – 14 mars 2013
3 - Le physicien Eugène Chevreul publie un ouvrage en 1839 « De la loi du contraste simultané des couleurs et de l’assortiment des objets colorés d’après celle loi dans ses rapports avec la peinture ». Il y introduit la notion de couleurs primaires et couleurs secondaires
4- L’art atmosphérique d’Euène Boudin – Valeurs actuelles – 28 mars 2013 &  Musée Jacquemart-André « L’exposition Eugène Boudin »



A visionner pour mieux comprendre :

 

 

La toute première entreprise moderne

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1862

Symphonie pour un nouveau monde

La construction de la première ligne ferroviaire transcontinentale reliant l’est à l’ouest du continent américain ouvre la voie  à un nouveau modèle d’entreprise. Rationalisation, normalisation, organisation et internationalisation des ressources financières et humaines deviennent une nécessité impérieuse pour mener à bien ce chantier colossal qui dura 6 ans. Dès lors, le monde du travail ne sera jamais plus comme avant.

 

Nous sommes en 1862. En pleine guerre civile, le Congrès américain, fortement soutenu par Abraham Lincoln, vient de signer le Pacific railway Act. Cette loi va donner un coup de pouce décisif à la colonisation de l’ouest américain en autorisant et en facilitant par différentes mesures la construction du tout premier chemin de fer transcontinental de l’histoire.

Projet titanesque pour l’époque. Il vise à relier l’est des Etats-Unis à la côte pacifique, soit 3000 km de voies ferrées, d’Omaha (Nebraska) à Sacramento (Californie). Du jamais vu ! Les deux compagnies « maître d’œuvre » du projet sont l’Union Pacific Railroad, pour le tronçon oriental et la Central Pacific Railroad pour la partie occidentale.

Mais ce qui se profile avec cette aventure ferroviaire sans précédent, c’est surtout la toute première forme d’organisation rationnelle du travail. Cela préfigure les entreprises modernes et les multinationales, dont le mode de fonctionnement sera basé sur la centralisation, la standardisation, la spécialisation du travail auquel s’ajoutent l’internationalisation de sa main d’œuvre et de ses financements.

Comme le souligne Jeremy Rifkin (1), essayiste et conseiller auprès de l’Union Européenne, « la compagnie ferroviaire a été le prototype des entreprises centralisées qui allaient dominer les deux premières révolutions industrielles »(2). Eh bien voilà, l’Union Pacific Railroad et la Central Pacific Railroad seront les pionnières de ce prototype à l’origine des firmes que nous connaissons aujourd’hui et dans lesquelles beaucoup d’entre nous travaillent encore.

En voiture pour Wall Street !

En effet, la construction d’un chemin de fer de cette envergure va exiger des dépenses bien plus élevées que n’importe quelle autre entreprise de l’époque, textile construction navale… Les compagnies ferroviaires vont donc faire appel à des capitaux extérieurs, notamment britanniques, allemands et français, en mettant des titres de propriété sur le marché.

Cette pratique aura pour conséquence de donner un coup de fouet à la minuscule bourse de New York. L’hyperpuissance financière de Wall Street était donc au bout du voyage.

Autre révolution inhérente à cette aventure : la séparation de la gestion de la propriété. Dans la mesure où, les investisseurs sont dispersés « aux quatre coins » du globe, la gestion ne peut plus être assurée directement par les propriétaires. Ceux-ci s’adresseront à des administrateurs professionnels. On voit là, apparaitre le modèle des firmes actuelles distinguant les responsables opérationnels des propriétaires ou actionnaires.

La gestion sur les rails

Au-delà de la construction, il faudra ensuite gérer l’exploitation ; vu le périmètre de l’entreprise la tâche sera loin d’être aisée. Entretien des voies et du matériel, sa localisation, la gestion de la sécurité, de l’approvisionnement, de la ponctualité, la mise en œuvre d’une politique commerciale, tout devient démesuré.

A titre d’exemple, en 1891 la Pennsylvania Railroad emploie 110 000 ouvriers, soit près de 3 fois plus que l’armée américaine et ses dépenses représenteront deux années plus tard, le quart du budget fédéral !

Pour gérer cette complexité couplée à une main d’œuvre très importante, l’entreprise va s’organiser par strate d’encadrement : la hiérarchie et la bureaucratie font leur entrée pour la toute première fois dans le monde du travail.

La structure de l’entreprise devient pyramidale. Règles et processus gouvernent les opérations ; les tâches sont découpées. C’est la division du travail, théorisée vers 1880 par F.W. Taylor avec le concept d’Organisation Scientifique du Travail (OST). Les promotions sont aussi rationnalisées et objectivées. Les ordres, les tarifs, les rapports vont transiter par l’imprimé, nouvel « outil » indispensable pour rendre cohérent des informations nombreuses et disparates. Bref, plus rien n’est laissé au hasard ou à l’improvisation.

Une organisation de première classe !

Avec ces premières compagnies ferroviaires transcontinentales, apparait donc un tout nouveau modèle de firme que les autres secteurs de l’économie et les autres pays vont copier, comme le constate l’historien Alfred DuPont Chandler spécialiste de l’économie américaine (3) :

« Les compagnies de chemins de fer furent les premières à exiger l’emploi d’un grand nombre de cadres salariés ; les premières à avoir un bureau central pourvu de cadres moyens et dirigé par des cadres supérieurs qui rendaient compte de leur activité à un conseil d’administration (…) Elles furent les premières à développer un flux de données financières et statistiques pour contrôler et évaluer le travail de nombreux responsables ».

un viaduc sur le trajet l'Union pacific RailRoad

Qui aurait imaginé dans les années 1860, que « le cheval de fer » allait autant bouleverser le monde du travail, celui des affaires et le quotidien des salariés ?

Qui aurait imaginé que Le chemin de fer allait ouvrir la voie aux tout premiers cadres supérieurs, aux cadres moyens, aux salariés de masse, aux administrateurs, aux gestionnaires, aux niveaux hiérarchiques et aux organigrammes, aux donneurs d’ordres, aux sous-traitants, aux sociétés de services, à la formalisation de l’information, aux formulaires, au marketing et au télécommunication…

Autrement dit, un nouveau monde qui balaiera le train-train quotidien !

 

 


L’omnibus du Far West

Le premier coup de pelle est donné le 8 janvier 1863. Dans ce projet rien n’est simple : le tracé, qui doit traverser la Sierra Nevada culminant à 4000 mètres d’altitude, des contrées entières dépourvues de tous moyens industriels importants, la guerre de Sécession qui perturbe sérieusement l’acheminement des matériaux transitant par bateau et des travailleurs qui ne rêvent qu’à la ruée vers l’or et désertent le chantier dès qu’ils ont accumulé un petit pécule.

De plus, La loi, le Pacific railway Act, oblige chaque compagnie à poser au minimum 60 km de voies par an. Problème : alors qu’il faudrait au bas mot 5000 ouvriers, ils ne sont que 600 la seconde année. Bref, un cauchemar.

Pour pallier cette pénurie de mains d’œuvre, des milliers de chinois fuyant la famine de leur pays viennent en renfort, souvent au péril de leur vie. Ces immigrants, appelés les « coolies chinois », la central Pacific en emploiera jusqu’à 15 000. Ils sont suivis par des milliers de vétérans du Général Grenville Dodge qui a participé à la guerre de Sécession. Militaire mais aussi homme d’affaires, il devient le superviseur du tronçon oriental. Puis des immigrants irlandais viendront renforcés les rangs de l’Union Pacific, attirés par les avantages en lopins de terre offerts par le congrès.

La compétition entre les deux compagnies aiguise les performances. Les chinois iront jusqu’à construire 15 km de voies en une seule journée, il faut dire qu’ils travaillent 24 heures sur 24.

Clou en or

Le 10 mai 1869, le dernier rail est posé. Leland Stanford à l’origine du premier coup de pelle enfonce le dernier clou. Celui-ci, en or, devient le symbole de l’achèvement d’un des plus grands chantiers de l’histoire, qui dura 6 ans et employa 20 000 ouvriers et fit 2000 victimes.

Le chemin de fer apporte partout progrès et bouleversements : « Ni la matière, ni l’espace, ni le temps ne sont depuis vingt ans ce qu’ils ont été depuis toujours », écrivait au début du siècle dernier Paul Valéry.

 


En voiture pour une petite histoire du chemin de fer (3)

  • 1767 : tout premier rail entièrement en acier.
  • 1770 :  Premier véhicule automobile à vapeur imaginé par l’ingénieur français Joseph Cugnot, puis un second, plus grand, son célèbre fardier.
  • 1804 : au pays de Galles, Richard-Trevithick et Andrew Vivian font circuler, dans une mine, la première locomotive à vapeur, inspirée de la voiture à vapeur de l’Américain Olivier Evans.
  • 1808 :  R. Trevithick présente à Londres sur une voie ferrée circulaire la deuxième locomotive nommée Catch me who can (« M’attrape qui peut ») ; elle remorque un wagon où le public peut prendre place, pour la première fois.
  • 1823 : George et Robert Stephenson fondent, à Newcastle, la première usine de construction de locomotives.
  • 1825 : toujours en Angleterre, le premier train de voyageurs va de Stockton à Darlington à 20 km/h.
  • 1827 : Marc Seguin essaye des locomotives anglaises sur une première section de la ligne Saint Étienne-Andrézieux (Loire), longue de 18 kilomètres, et leur apporte des perfectionnements.
  • 1830 : ouverture de la ligne Liverpool-Manchester avec la locomotive The Rocket (« La Fusée ») de Stephenson, construite en 1829 ; elle peut atteindre 47 km/h haut le pied, c’est-à-dire sans wagons.
  • 1832 : achèvement de la ligne Lyon-Saint-Étienne, sur laquelle on adopte définitivement la traction à l’aide de locomotives à vapeur (et non plus de chevaux), et où l’on installe un service régulier de transport des voyageurs.
  • 1837: ligne Paris-Le Pecq (Saint-Germain).
  • 1840 : ligne Paris-Versailles.
    Ces lignes isolées ont toutes le même écartement de 1,435 m, celui des houillères britanniques. Plus tard, l’Espagne, le Portugal et la Russie, ainsi que l’Inde et l’Argentine adopteront un autre écartement ;

1 – « la troisième révolution industrielle » – Jeremy Rifkin – Ed. LLL Les liens qui libèrent – 2012.
2 – Etonnamment chacune des révolutions industrielles ont débuté dans les 80 : 1780, pour la 1ère, 1880 pour la seconde et enfin 1980, qui repose sur les nouvelles technologies et notamment Internet et les énergies renouvelables.
3 – « La main invisible des managers : une analyse historique » –  A. D. Chandler – Ed. Economica – 1988; cité dans « La troisième révolution Industrielle »
3- Source : http://www.icem-pedagogie-freinet.org/sites/default/files/284train.pdf


A visionner pour mieux comprendre

Le Transcontinental Américain – Les 7 Merveilles… par alxka

 

Richelieu : la toute première exception fiscale française

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1635

 impôts- fisc

Vices & Vertus cardinales…et fiscales

Avec le Cardinal de Richelieu, contraint par le coût de la Guerre de 30 ans, la France inaugure, dès 1635, une exception fiscale française en vigueur encore aujourd’hui. Triplement des impôts, réforme fiscale, taxe sur le tabac, les bases d’un Etat gourmand au service d’un idéal de grandeur sont jetées !

Si la France est en tête du podium international en matière de pression et d’inventivités fiscales mais aussi en termes de capacité à lever et à recouvrer l’impôt, cela ne date pas du Front populaire ni même de la Révolution Française.

Le « génie fiscal » français

Ce « génie fiscal » français a vraiment commencé, en 1635. Nous sommes au beau milieu de la Guerre de trente ans qui s’étend de 1618 à 1648. Il s’agit, sans doute, de la première guerre civile multi-états. En l’occurrence, tous les états européens, à l’exception de l’Angleterre – impliquée indirectement- et de la Russie. C’est une guerre qui mêle politique et religions, catholiques et protestants. Elle va ravager l’Europe, notamment le Saint Empire Romain germanique.

Se sentant menacée sur ses frontières, la France de Louis XIII rentre en guerre en 1635 contre l’Espagne. A la manœuvre, le Cardinal de Richelieu. Celui-ci a besoin d’argent, de beaucoup d’argent : il lui financer cette guerre et son armée forte de 135 000 hommes. Une solution : l’impôt. Richelieu va quasiment le multiplier par trois. On assiste là au tout premier matraquage fiscal.

L’impôt permanent : une invention française

Déjà, à partir de Philippe le Bel (1268-1314), l’exception française fiscale (1) est engagée. Dès cette époque, est introduite une imposition centralisée et non plus réservée aux seuls seigneurs.  En outre, le relèvement – discret- du seuil de non-imposition est la toute première « astuce » fiscale de notre histoire.

Mais, c’est Richelieu qui va inaugurer l’ère de l’impôt moderne. Il enclenche une guerre fiscale tout azimut : renforcement de l’administration, création de nouveaux offices chargés du recouvrement sous le contrôle direct de l’Etat, instauration des taxes nouvelles comme la taxe sur le tabac, plante nouvelle qui vient d’être introduite en France par Jean Nicot.

Bref, Richelieu centralise et renforce l’impôt pour le compte du Roi et au service de la grandeur de la France.

La folie des grandeurs !

Cette politique va se heurter à la colère paysanne (2) qui se sera réprimée de manière sanglante. Comme le remarque Alain Fabre (3) « ce sont les liens entre la guerre et l’émergence de l’Etat moderne en France qui font de l’impôt l’un de ses fondements.

Courbe de LafferMalgré cela, les rentrées fiscales ne sont pas à la hauteur des espérances et surtout des dépenses. Pour la première fois, on peut évoquer l’adage, trop d’impôt, tue l’impôt !, notion qui se sera théoriser plus de 3 siècles plus tard par l’économiste Arthur Laffer avec sa fameuse « courbe de Laffer.

Cependant, c’est Louis XIV qui prendra vraiment conscience du rôle de la dépense publique comme moyen d’assoir la puissance de l’Etat et de centraliser le pays.

Gouverner, c’est dépenser

Avec le Roi Soleil, pour la toute première fois, il y a donc une prise de conscience que gouverner c’est dépenser. Colbert, grand argentier et planificateur de Louis XIV, sera le premier à instaurer un véritable budget de l’Etat (Etat de prévoyance pour les dépenses à venir et Etat en vrai pour les dépenses de l’année en cours). Colbert sera aussi une sorte de ministre du redressement productif avant l’heure et le chantre de l’interventionnisme d’Etat.

Depuis Colbert –qui est dans la lignée de Richelieu-, l’économie du pays est donc sous tutelle. Les impôts, qui sont souvent supérieurs à nos voisins(4), deviennent un outil pour réguler et contrôler l’activité économique du pays. Mais aussi pour préserver les intérêts des rentiers au détriment de ceux des commerçants et entrepreneurs. Une autre exception française.

illustration sur la pression fiscaleEn janvier 1781, Jacques Neker, Directeur du Trésor, publie pour la toute première fois publiquement « un compte rendu au roi » qui expose les dépenses et recettes de l’Etat ainsi que les montants des pensions versées aux nobles. C’est la toute première transparence des comptes publics et des revenus des « élites » (5).

A partir de 1789, l’impôt, jusqu’alors pesant pour l’essentiel sur les classes sociales les moins riches, devient un attribut du citoyen. Seul, celui qui paie des impôts a le droit de vote.

L’impôt : une addiction bien française

L’exception fiscale française ne tient pas tant à la pression fiscale qu’au rôle que l’on fait jouer à l’impôt et à son efficacité en matière économique. Il est souvent mis au service d’une politique visant à accroitre l’emprise de l’Etat sur la société. Certains diront au détriment de l’expansion économique ; d’autres feront remarquer que l’Etat préfère être fort avec les faibles et faibles avec les forts !

Ce qui est sûr, c’est qu’en France, on empile les dépenses et les impôts sans chercher à les rationaliser ou à mesurer leur efficacité. Car les bénéficiaires sont en grande partie ceux qui votent la politique fiscale. 35 % des parlementaires français sont des fonctionnaires : une autre exception française quand on sait, qu’en Grande Bretagne, le cumul de ces deux fonctions (fonctionnaires et parlementaires) est interdit. .

Alors méditons cette « prophétie » de Tocqueville qui annonce que le jour où il y aura une prise de conscience que le rançonnement « des riches » vient à s’épuiser cela « finira par amener une révolution violente dans l’État »(6).

Mais ce ne sera pas la toute première fois !

Publié le 31 août 2013 

Fisc : un nivellement par le haut du panier

A l’origine le mot fisc, du latin fiscus, désignait un petit panier de jonc servant à presser les raisins (7).
Ironie de l’histoire, ce panier servait donc déjà à presser, non pas le contribuable, mais des fruits.

Ces fruits sont devenus un trésor, d’aucuns d’iront juteux, pour l’Etat.
Quant au terme « Impôt » c’est un dérivé du terme « imponere » qui signifie, imposer.


 1814 : l’autre révolte fiscale

Deux siècles avant la « révolte » des Pigeons, des Tondus et autres Bonnets Rouges, la France a connu une révolte fiscale de grande ampleur. Napoléon en ce début de 1814 a besoin d’argent, de beaucoup d’argent pour payer son armée. Mais l’argent ne rentre plus. Le budget 2014 avait par exemple prévu 171 millions de francs aux titres des impôts indirects, au bout d’un trimestre seuls 12 millions sont entrés dans les caisses de l’Etat. Bref, il y a un « ras-le-bol » fiscal.

Malgré les victoires qu’ enregistre l’Empereur durant cette période, il y a un divorce entre la population et l’administration napoléonienne. Au point, que bons nombres de villes ouvrent leurs portes aux alliés, ces derniers multipliant les promesses de réduire les impôts.

Pourquoi ce ras-le-bol ? La réponse est résumée par Châteaubriand :  » La France entière était au pillage. Les infirmités, l’indigence, la mort, l’éducation, les arts, les sciences, tout payait un tribu au prince. »

Un exemple de cette frénésie fiscale : les « droits réunis », sorte d’impôt indirect qui frappe les biens de consommation courant dont le vin (10). Celui-ci est taxé lourdement : « Droit de mouvement » , droit d’entrée dans la ville, droit de vente au détail, droits de timbre et d’enregistrement. Au final, le verre de vin est taxé en 1814 à 94,1 % ! Les français ont du mal à avaler l’addition…


Les mirages de la dépenses publiques

La dépense publique française a atteint son record historique en 2013, avec 57,1 % du PIB. Ce pourcentage était de plus de 8 points supérieurs à la moyenne européenne en 2009.

Comparaison des recettes fiscales

 

Une étude de l’Université d’Helsinki (8) ont démontré que dès qu’un Etat atteint un certain seuil, cela représentait un frein à la croissance. L’effet « accélérateur » de croissance engendré par la dépense publique devenant moins important que l’effet « frein » lié à l’augmentation des impôts.

Selon cette étude, 3 pays seraient particulièrement pénalisés : l’Italie, le Japon et la France.

Pis, 100 emplois publics supplémentaires auraient couté 150 emplois privés et 33 chômeurs supplémentaires, selon une analyse portant sur la période 1960/2000 par des économistes (9)

Rappelons que les taux de prélèvements obligatoires en 2011 étaient de 44.2% en France (en augmentation depuis), 48.1% au Danemark (en tête du podium), 37.1 % en Allemagne, 35.5% au Royaume-Uni, 25.1% aux USA et que la moyenne européenne se situait à 33.8%.

 


Des impôts et des hommes

  • La Seconde dynastie Egyptienne (à partir de -2850 ans environ) dispose d’un système de prélèvements;
  • 900 ans avant notre ère, la Chine instaure un système d’imposition avec 5 paliers de taxation;
  • 4ème siècle avant notre ère, la Grèce institutionnalise l’impôt auparavant prélevé par des « tyrans » comme Pisistrate;
  •  1147, Louis VII lève un impôt dénommé « 20ème » qui correspond au 20ème des revenus, nobles, prêtres et roturiers;
  • 1296 : Philippe le Bel crée le premier impôt assis sur le patrimoine et le revenu;
  • 1355  : création de la Gabelle, sous Jean II;
  • 1439 : transformation de la Taille, sous Charles VII, qui devient un impôt permanent sur le revenu des personnes physiques roturières, c’est jusqu’alors le seul impôt que l’on peut qualifier de direct;
  • 1629 : 1ère taxe sur le tabac;
  • 1635 : choc fiscal imposé par le Cardinal de Richelieu pour subvenir aux coûts engendrés par la guerre de Trente ans;
  • 1790-1791 : importante réforme fiscale qui voit notamment la suppression de la Dîme et de la Gabelle, très impopulaires;
  • 1799 : l’icome Tax de Pitt (Angleterre) : impôt cédulaire, découpé en 5 catégories;
  • 1891 : la Prusse instaure un impôt progressif;
  • 1909 : première taxe progressive;
  • 1914 : premier impôt sur le revenu en France;
  • 1917 : un impôt en 6 tranches progressive remplace les 4 « vieilles » en France;
  • 1948 : instauration de l’impôt sur les sociétés;
  • 1954 : La TVA fait son entrée en France;
  • 1981 : l’ISF, impôt sur la Fortune, est institué en France par le gouvernement de Pierre Mauroy;
  • 1988 : création de la CSG par le gouvernement de Michel Rocard, suivie en 1996 de la CRDS;

1 – Histoire des impôts : www.site-du-jour.com/dossiers/histoire-impôts.html
2 – La Bourgogne en 1629, la Gascogne en 1636, la Normandie en 1639 et le Bourbonnais en 1640. Source : www.larousse.fr
3 – Ancien économiste à la Banque de France, il collabore à la rédaction de Débat&Co.
4 – Au milieu du XVIIème siècle, les Pays-Bas et l’Angleterre collectent plus d’impôts que la France mais c’est la résultante d’une activité commerciale que la France de l’époque semble bouder.
5 –  « Urgences Française » – Jacques Attali – Ed. Fayard – 2013 p. 105
6 – Notion défendue par Thomas Carbonnier, expert en « économie sociale et Solidaire », évoquant le  Mémoire  sur le Paupérisme publié par Tocqueville en 1835 ;
7 – Source : www.contrepoints.org
8 – « 150 idées reçues sur l’économie » – Franck Dedieu, Emmanuel Lechypre, François de Witt – Ed. Express/Roularta – 2010
9 – Yann Algan, Pierr Cahuc, André Zilberberg - cités : « 150 idées reçues sur l’Economie »;
10 – La Tribune.fr – 13 janvier 2014 – Article de Romaric Godin

 


A visionner pour mieux comprendre :

    • Histoire de l’impôt sur le revenu :

 

 

  • Les Français et l’Impôt – Emission de Franck Ferrand – Au cœur de l’Histoire – Europe 1 

Les tout premiers pas de la diplomatie moderne

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24 octobre 1648

Foutez-nous la paix !

 

L’art négociation ne date pas de la dernière pluie; il accompagne sans doute les conflits depuis toujours. Pharaons, Romains, barbares, tous avaient recours à des émissaires ou des messagers dont le rôle se limitait à transmettre des messages en vue de négocier une sortie de conflits ou pour nouer des alliances. Mais par esprit de conquête et de volonté de domination, la force avait toujours la primeur. Autrement dit, on combattait avant et on négociait après.

La paix en ligne de mire

 Le 24 octobre 1648 marque un tournant radical dans cette approche. Ce jour-là, les traités de Münster et d’Osnabrück, plus connus sous le terme de traités de Westphalie, mettent un terme à la guerre de trente ans qui est un conflit autant politique que religieux.

A partir de ce jour, la négociation prend les habits neufs de la diplomatie telle qu’on la connaît et tente de se mettre au service de la paix – avec plus ou moins de succès !- et non plus comme point d’aboutissement de la guerre.

Les rêves de domination universelle, qu’ils soient politiques comme pour ceux des Habsbourg ou religieux, comme ceux de la papauté et de la Chrétienté vont se heurter désormais aux Etats-Nations et au principe de souveraineté nationale. On assiste à l’émergence d’une autorité ultime, celle du législateur, qui surpasse pour la première fois, celle de l’ordre religieux et toute autre autorité intérieure ou extérieure. Ces nouvelles règles politiques s’inscrivent dans un courant visant à renforcer le « droit des gens « .

Entre équilibre et Raison d’Etat

Ce 24 octobre 1648 inaugure donc l’ère de l’équilibre entre les puissances -visant à limiter les effets désastreux des guerres incessantes-, grâce à la reconnaissance de la souveraineté des Etats. Ils pourront s’appuyer sur des traités bilatéraux ou multilatéraux qui forment les bases du droit international.

Pour la toute première fois, une diplomatie, destinée à prévenir les conflits et à garantir des intérêts communs émerge en Europe, tandis qu’au sein de cette même  Europe prend corps  la notion d’Etat-Nations.

La paternité de cette nouvelle situation qui « enfantera »  le Corps diplomatique au niveau international revient à des personnages illustres comme Hugo Grotius, Sully, Mazarin, Richelieu, sans oublier Nicolas Machiavel (1469-1527), grand négociateur, diplomate avant l’heure et « concepteur » d’une doctrine s’apparentant à la notion de Raison d’Etat. Concept qui sera appliqué pour la toute première fois par Richelieu, « le premier diplomate digne de ce nom« , comme le soulignera Henry Kissinger .

Si le mot Diplomatie s’impose qu’au XVIII ème siècle, il faudra attendre le XXème siècle pour qu’apparaisse la première véritable instance supranationale : la Société des Nations (SDN), créée en 1919 par le traité de Versailles. Cela,  un siècle après la création de la toute première organisation internationale, la Commission Centrale pour la Navigation du Rhin, constituée dans la foulée du Traité de Vienne de 1815. En 1993, on comptait 250 institutions internationales.

 

Internet « pète » les câbles…diplomatiques !

4 siècles après les traités de Westphalie, un simple soldat de l’armée américaine, Bradley Manning, avec l’appui de Julian Assange, fondateur du site Wikileaks, ébranle le système inauguré par Richelieu. Face au grand déballage des câbles diplomatiques, faut-il voir dans l’affaire Wikileaks une avancée majeure vers la paix au nom de la  transparence, ou au contraire, une « terrible naïveté », comme le défend Christian Makarian chroniqueur à l’Express, et une « formidable possibilité de régression » ?

L’histoire le dira. Elle nous dira aussi, si nous entrons dans une nouvelle ère de l’information, une ère où, puisque que tout se sait, tout se tait.  Mais l’important au final, n’est-il pas, qu’on nous foute la paix !


WikiLeaks : la diplomatie n’a plus de secrets

  • 251287 documents confidentiels de la diplomatie américaine divulgés;
  • dont 16 000 portaient la mention « secret » mais aucun « top secret » ;
  • La période de rédaction de ces « câbles diplomatiques », essentiellement entre 2004et  2010;
  • mais certains datent de 1966 ;
  • Wikileaks a choisi, à travers le monde, 5 organes de presse pour relayer et filtrer la diffusion : « New York Times », « The Gardian », « El Pais », « Der Spiegel » et « Le Monde »;
  • 120 journalistes mobilisés pour vérifier et sélectionner les documents qu’ils publieront;
  • Un masquage des sources citées pouvant être mises en danger;
  • La mise en place, par des internautes, de nombreux serveurs miroirs pour palier tout blocage de Wikileaks;
  • Décembre 2010 : des organismes financiers, PayPal, Visa Europe, MasterCard,  « Bank Of América » décident de suspendre toutes transactions destinées à Wikileaks.

Les grandes étapes du nouvel ordre international :

  • 1648, traités de Westphalie;
  • 1815, Traité de Vienne, considéré comme la première manifestation du mulitlaréralisme;
  • 1816, Commission centrale pour la navigation du Rhin, plus ancienne organisation internationale;
  • 1863, création du CICR, Comité international de la Croix Rouge;
  • 1865, Union internationale du télégraphe;
  • 1874, Union générale des postes;
  • 1899, Cour permanente d’arbitrage, créée par la première conférence Internationale de la Paix;
  • 1916, Création de la Société des Nations (SDN);
  • 1919, le Bureau International du travail (BIT) voit le jour;
  • 1945, Organisation des Nations Unies (ONU) et Fonds Monétaire International (FMI)
    Mis à jour le 18 décembre 2010


A visionner pour mieux comprendre [interview de Julien Assange, fondateur du site Wikileaks, sous-titrage en Français] :

 

 

A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Atlas militaire et stratégique : Menaces, conflits et forces armées dans le monde : Les menaces se diversifient, les acteurs se multiplient, les technologies progressent et les conflits « asymétriques », face à des groupes non étatiques, se font désormais de plus en plus nombreux. La guerre d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec celle d’hier. Pour faire face aux nouveaux défis sécuritaires, les politiques de défense et les stratégies, notamment occidentales, doivent donc s’adapter. Pour la première fois, un atlas présente une expertise technique et géopolitique de ces questions, dressant l’état des lieux des forces, décodant les conflits en cours et augurant ceux à venir, tout en fournissant quelques notions essentielles de stratégie. Il aide ainsi à décrypter un monde sous tensions et à mieux lire l’actualité.
  • Diplomatie, par Henry Kissinger. La fin de la guerre froide semblait déboucher sur un monde simplifié: au centre, une Amérique victorieuse et sans rivale, seule superpuissance capable de dicter son ordre mondial et de diffuser partout son mode de vie et ses valeurs. La magistrale leçon d’histoire et de diplomatie d’Henry Kissinger détruit cette illusion: l’Amérique, prévient celui qui a inspiré pendant près de dix ans sa politique étrangère, va devoir réformer profondément sa vision du monde et ses méthodes d’action, sous peine de se réfugier à nouveau dans un isolationnisme aussi dangereux qu’illusoire. Il lui faudra évoluer dans un système complexe d’équilibre des forces, une notion avec laquelle elle est justement en « délicatesse ».
  • Diplomacy : Le jeu des intrigues internationales.
    Testez vos capacités de négociations dans un grand jeu d’intrigues et de stratégie. Dans le contexte du début du XXe siècle, jouez l’une des 7 grandes puissances européennes et plongez dans le réseau d’intrigues et de négociations qui vous amènera au sommet de la puissance … mais gardez toujours un œil sur vos alliés si vous voulez y rester.

Haendel : La toute première « pop star »

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13 avril 1742

Portrait Haendel

Quand la musique est bonne…

Le génie musical d’Haendel, ses excès et son énergie débordante, son ego surdimensionné, ses caprices, son goût pour la mise en scène et les affaires, ses fans, tout concourt à faire de lui une superstar. Celui qui a habité la même rue que Jimi Hendrix est-il le tout premier roi de la pop ?

Le 13 avril 1742, une immense foule se presse devant le Grand Théâtre de Dublin. C’est pourtant plusieurs heures avant son ouverture. Tous espèrent pouvoir  écouter l’oratorio composé en seulement 24 jours par Haendel : Le Messie.

Tous les billets ont été vendus en quelques heures. Il faut dire  que le Maître avait annoncé que les droits seraient reversés intégralement aux oeuvres de charité. Assister à un chef d’oeuvre tout en faisant une bonne action, c’est l’esprit « bobo » bien avan l’heure ! Cette première représentation du Messie sera acclamée au-delà des espérances.

Ce jour-là, une star est née, la toute première « popstar » de l’histoire comme certains aujourd’hui n’hésitent pas à l’affirmer (1).

 

Haendel première popstar

Reconnaissons que la vie de Georg Friedrich Haendel (1685-1759) est à la fois extravagante et populaire. Les puissants de l’époque, rois, reines, personnalités des cours européennes sont ses premiers supporters.

Très vite, ses succès deviennent populaires et Haendel entraîne dans son sillage des milliers d’adorateurs, des groupies ou des fans, comme on dirait aujourd’hui.

Le personnage est aussi baroque que sa musique. Il porte des perruques extravagantes et on lui attribue de nombreux caprices. Son énergie et son ego sont à la hauteur de ses succès. Cependant, son tempérament méticuleux, impulsif et dominateur, le conduit à des excès comme le fait de vouloir défenestrer une cantatrice qui l’excédait.  Attitude de Diva qui finira par lui jouer des tours et engendrer  pas mal d’ennemis.

Cependant, l’opinion publique est subjuguée autant par cette personnalité hors norme que par sa musique.  Il sera célébré durant son vivant comme un génie de la musique, tandis que le célèbrissime claveciniste, Scarlatti, évoquera le diable en personne lorsqu’il l’écouta pour la première fois.

Ironie de l’histoire, ce compositeur du XVIIIème siècle aura vécu dans la même rue que Jimi Hendrix. Très Rock-and-roll, n’est-il pas ?


Haendel : le parcours d’une superstar

  • Contemporain de Bach, originaire de Halle, en Saxe, Haendel composera une quarantaine d’Opéras, une vingtaine d’Oratorios et de nombreuses autres oeuvres musicales comme le célèbre Water Music (1717).
  • Il débute comme organiste puis fait un séjour en Italie entre 1706 et 1710. Il quitte alors Venise pour Hanovre.
  • En 1712, il abandonne sans autorisation son poste au service de Georg Ludwig, prince-électeur de Hanovre, pour rejoindre Londres et le futur roi George Ier d’Angleterre qui était aussi, par une malice des alliances, son ancien employeur à Hanovre. Haendel fait découvrir aux Britanniques, l’opéra italien.
  • En 1739, il délaisse l’opéra pour l’oratorio, abandonne les modèles allemands et italiens et crée l’oratorio anglais qui fait la part belle aux choeurs.
  • Peut-être pour remercier Dieu -bien qu’il ne soit pas dévôt- qui lui avait permis de se remettre d’une hémorragie cérébrale ayant paralysé son coté droit 4 ans plus tôt, Haendel compose entre le 22 août 1741 et le 14 septembre, le Messie.
  • Lors d’une des représentations du Messie, le 6 avril 1759, Haendel agé de 74 ans eut un malaise et exprima sa volonté de mourir le jour du vendredi saint. Voeu exaucé : il décéda le 14 avril et désormais, chaque Vendredi Saint à l’Albert Hall de Londres, le Messie est interprété.

1 – Haendel : une vie de Pop star, documentaire de la chaîne Histoire.


  • « Alleluia » du Messie de Haendel :
    A écouter et à visionner :

  • George Frederick Haendel : un documentaire de la BBC (en anglais) :

Le premier envol de l’espérance de vie

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1790

Ô Temps suspends ton vol

 

Au moment où la Révolution Française abolissait les privilèges, l’humanité s’octroyait un privilège qui n’a pas de prix : l’accroissement de l’espérance de vie et cela, pour la première fois de manière significative depuis l’aube de l’humanité. Situation probablement, sans équivalent pour la plupart des autres espèces vivantes, sauf pour nos « 100 millions d’amis » comme l’explique l’encart en bas de page.

27 ans pour les hommes et 28 pour les femmes, voici l’espérance de vie en 1750, espérance qui était restée peu ou prou identique depuis des lustres. Yves Coppens rappelle que la célèbre Lucy ayant vécu plus de 2 millions et demi d’années avant l’appartion de l’homo sapiens, est décédée à l’âge de 20 ans. Hélas, à l’époque, fêter ses 20 printemps, c’était être à l’automne de sa vie puisque l’espérance de vie se situait entre 15 et 18 ans. C’est à partir de 1790 que les choses bougent réellement. Pourquoi ce décollage ?

Décollage immédiat

Meilleure alimentation, meilleure hygiène et surtout découvertes médicales sont à l’origine de cette envolée. La vaccination sera un facteur-clé de progrès et, en tout premier lieu celui de la variole, infection qui fait des ravages notamment chez les enfants. Le 14 mai 1796, Edward Jenner teste sur un enfant, la toute première vaccination, connue sous le nom de Vaccine de Jenner, la variole des vaches. Profitant de ce combat contre les maladies infectieuses, entre 1790 et 1885, l’espérance de vie prend son envol.

Depuis 1841, selon les chercheurs Jim Oeppen et James Vaupel l’espérance de vie a augmenté au rythme de 3 mois par an. En réalité, cet accroissement n’est pas linéaire mais se produit par phase, phases qui correspondent principalement à des découvertes médicales. Ainsi, on constate une nette progression entre 1880 et 1960, ce qui peut être mis au crédit des avancées de Pasteur mais aussi au progrès technique et social et à une généralisation progressive de l’assainissement de l’eau. Puis, à partir des années 60, nouveau coup de pouce spectaculaire qui va encore s’accentuer entre 1995 et 2003. Cette fois, il s’agit de la « révolution cardiovasculaire ».

Film Brazil, de Terry Gilliam; 1985

Le vieillissement généralisé de la population au niveau mondial est évidemment l’autre versant de cet allongement de la vie : D’ici à 2050, les plus de 65 ans devraient triplés. Les séniors représenteront alors 1 milliard et demi de personnes, soit 1/6 de la population mondiale. Mais attention, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne : les champions du monde, reste les japonnais avec 79 ans pour les hommes et 86 pour les femmes, tandis que les moins biens lotis se trouvent au Zimbabwe, 39 ans pour les hommes et 43 pour les femme. Sans parler des SDF dont l’espérance de vie ne dépasse pas la cinquantaine, 48 ans. La révolution démographique pour abolir les privilèges est encore à venir !

Célébration des centenaires avant le tri-centenaire de la révolution.

Rien qu’en France les centenaires seront 200 000, contre 16 000 aujourd’hui et une centaine seulement en 1900. Cela constitue à la fois une chance et un fardeau. Mais contrairement aux idées reçues, actuellement les dépenses de santé du jeune âge en France (moins de 10 ans) sont équivalentes à celles du grand âge (à partir de 85 ans).

Progrès technique, médical et social, hygiène de vie, mais aussi capital génétique sont les facteurs-clés de cette révolution. Sinon comment expliquer l’étonnante longévité de Churchill qui, malgré son obésité, l’absence de pratique sportive, si l’on exclut le sexe, ses 18 cigares quotidiens, accompagnés abondamment de whisky, vécut jusqu’à 90 ans. La thérapie génique sera-t-elle la prochaine fontaine de jouvence ?


Les animaux domestiques aussi vous présentent leurs meilleurs vieux

Selon une étude allemande menée en 2005, l’espérance de vie de nos compagnons à 4 pattes a progressé régulièrement depuis les années 80. Ainsi, l’espérance de vie des chats serait passé de 6,2 ans en 1982 à 11,1 ans en 2005, soit une augmentation spectaculaire de 40% . Cette progression est moins spectaculaire pour les chiens, dont l’espérance de vie serait passée de 9,5 ans à 11,9 sur la même période. Meilleure alimentation, soins prodigués régulièrement à nos compagnons à poils, finalement mêmes causes, mêmes effets que pour l’homme.

Publié le 4 janvier 2011


A visionner pour ceux qui espèrent vivre plus longtemps :


Comment augmenter son espérance de vie – part 1
envoyé par pedro69006. – Regardez plus de vidéos de science.


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Histoire des centenaires et de la longévité : Vivre cent ans, voire même davantage : voilà qui constitue depuis des temps immémoriaux un des rêves les plus tenaces de l’être humain. Pour parvenir à cette longévité tant désirée, il aura tout essayé ou presque depuis les moyens les plus absurdes jusqu’aux plus sophistiqués. Quels sont ceux qui ont réellement réussi ? Parmi les cas de centenaires ou de  » longévites  » rapportés dans les ouvrages et les documents anciens, quels sont ceux auxquels on doit accorder crédit ?
    La perception de l’âge et de la longévité n’a-t-elle pas varié avec le temps ? Quelles ont été les étapes de l’allongement de la durée de vie auquel on assiste de nos jours ? De Mathusalem à Jeanne Calment en passant par Luigi Cornaro ou Jean Jacob, cet ouvrage évoque quelques longs-vivants célèbres ou moins connus. Il retrace également le long parcours de tous ceux, scientifiques, écrivains ou anonymes qui à travers les siècles ont consacré tout ou partie de leurs réflexions et de leurs travaux à mieux connaître le processus du vieillissement afin de trouver les clés de la longévité.
  • Guide du bien vieillir : Plus question d’aborder la cinquantaine comme nos grands-parents l’ont fait ! L’augmentation de l’espérance de vie, les progrès de la médecine font que l’on vivra plus longtemps et mieux qu’on ne le pensait. Encore faut-il s’y préparer activement, le plus tôt étant bien sûr le mieux. C’est l’objectif de cet ouvrage, très complet, qui aborde le vieillissement sous tous ses angles : physique, santé, bien-être, intellect, relation avec les autres (conjoint, petits-enfants), préparation de sa retraite…
  • Arrêtons de vieillir : Peut-on repousser les limites de la vie ? Pierre Boutron, polytechnicien, chercheur au CNRS, répond sans détour : oui. Puisqu’il existe dans la nature des espèces vivantes qui échappent au vieillissement, rien n’interdit que nous puissions infléchir ce processus et dépasser notre limite de longévité. Une fois présentés les principaux mécanismes du vieillissement, l’auteur explique comment en modifier le cours.