mercredi, 10 mars 2010

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

B. De 1300 à 1900

La toute première abolition de l’esclavage

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29 août 1793

Les statuts de la liberté


Tout a vraiment commencé le 29 août 1793. Un jour à marquer d’une croix blanche sur le long chemin de croix des esclaves. Ce jour là, Léger-Félicité Sonthonax va prendre une décision radicale. En mission depuis un an à Saint-Domingue, la plus riche des colonies françaises, il est l’un des trois commissaires civils chargés par l’Assemblée législative de ramener le calme face à une situation locale explosive entre colons et personnes de couleur pour la plupart esclaves.  Sensible aux sorts des esclaves et pour calmer le jeu, il décide d’accorder la liberté à tous les esclaves de la province du nord à condition qu’ils soient enrôlés dans l’armée, autrement dit combattants.

sonthonax
Le commissaire de la République Sonthonax

« N’oubliez jamais citoyens, que c’est pour la République française que vous avez combattu, que de tous les Blancs de l’univers, les seuls qui soient vos amis sont les Français d’Europe”, lancera Sonthonex pour bien marquer le caractère solennel de l’événement.

La liberté générale, c’est ainsi que sera dénommée cette mesure réformatrice avant-gardiste.  Pour la toute première fois la liberté devient, en pratique et non pas seulement en mot, universelle.

Il va sans dire que cette mesure va bouleverser la société, son économie et, bien entendu et surtout, les rapports humains. Elle se placera sur le podium des événements les plus importants de l’histoire des Amériques [1] et de notre histoire tout court. Elle met « un coin » à une pratique universelle qui remonte à la nuit des temps.

« La liberté générale »

Comment en est-on arrivé là ? Depuis quelques années, la révolte gronde chez les esclaves des colonies. A Saint-Domingue, en 1791 l’insurrection va prendre une telle ampleur que les autorités se résignent à prendre une première mesure : l’égalité de droit entre tous les hommes libres quelles que soit leurs couleurs. Uniquement les hommes libres, exit donc les esclaves. La liberté poursuit son chemin…pour les hommes libres !

C’est dans ce contexte insurrectionnel où les Britanniques soutiennent les colons contre les esclaves aidés eux-mêmes par les Espagnols que Sonthonax décidera, ce fameux 29 août, de passer à un cran supérieur.  Outrepassant ses prérogatives,  il décrète donc la Liberté générale. La nouvelle n’arrivera à Paris que le 25 septembre.

Cette fois les esclaves font partie du « package » avec des restrictions cependant qui les obligent à résider et à travailler sur leur plantation d’origine. Pour la toute première fois, est octroyée massivement la liberté à un groupe d’individus jusque-là asservis.

Pourtant vu des hauteurs de notre XXI ème siècle et de « son politiquement correct » cette mesure peut paraître bien timorée. Il n’en est rien !

Les fantômes de la liberté

Bien que la déclaration des droits l’homme proclame l’égalité des hommes, la majorité des députés de l’époque pense qu’elle ne peut s’appliquer aux colonies. « C’est un voile qui serait imprudent de lever tout à coup » , Mirabeau exprime là une opinion largement partagée.

Faut dire que l’enjeu est de taille. Au XVIIIe siècle, le système esclavagiste pratiqué dans les colonies est une réalité qui touche tous les pays d’Europe. Qu’il s’agisse de retombées économiques indirectes ou du commerce de la traite des Noirs, tous y trouvent leur intérêt. Le système ignore les frontières et bafoue les réglementations douanières.

Or à l’époque, 17 ports français participent à l’armement des navires qui alimentent cette traite des Noirs. 500 familles, formant un lobby puissant, vivent alors grassement de cette « industrie » négrière. Plus, qu’un modèle économique efficace dont la rentabilité est par ailleurs fortement discutée, il s’agit pour ses adeptes d’un modèle social émanant d’un ordre divin.

Le vent de la liberté

D’un coté de la balance une pression économique et des mentalités réactionnaires, de l’autre des partisans de l’abolition imprégnés de la culture des Lumières, le fléau de la décision politique oscillera jusqu’en 1794 avant de mettre fin « au fléau » de l’esclavage, du moins provisoirement.

Ce vent de la liberté ne soufflera pas en ventôse comme il se doit mais en pluviôse. Le 16 pluviôse de l’An II, autrement dit le 4 février 1794. Cette fois l’abolition de l’esclavage est solennellement adoptée. Et c’est une première.

La Convention proclame l'abolition de l'esclavage. Gouache - Musée Carnavalet. Paris
La Convention proclame l’abolition de l’esclavage. Gouache - Musée Carnavalet. Paris

L’audace de Sonthonax aura donc payé mais l’histoire retiendra surtout Danton qui s’exclamera à propos de ce décret « Aujourd’hui nous proclamons à la face de l’univers…la liberté universelle ».

Cependant, le vent de la liberté soufflera mollement ; il mettra près de deux ans à atteindre les colonies. C’est en janvier 1796 que la Frégate La preneuse apportera la bonne nouvelle (sauf pour les colons). Dans sa cargaison : les exemplaires de la Constitution du 5 fructidor an III (22 août 1795) dont le préambule stipule solennellement l’abolition de l’esclavage.

En réalité ce vent s’est levé dès 1770. Face à la barbarie de l’esclavage des idées radicalement nouvelles émergent. Divers mouvements d’opposition à l’esclavage apparaissent aux Etats-Unis comme en Angleterre, soutenus par les églises protestantes, quaker et méthodistes. Benjamin Franklin sera le fondateur de l’un d’entre eux (Pensylvania Abolition Society).

En France, des nobles « libéraux » fondent la Société des Amis des noirs sur le modèle d’une société équivalente créée auparavant à Londres. Leur objectif : l’abolition de la traite des Noirs et, à terme, une suppression progressive de l’esclavage redoutant que celle-ci déstabilise la société. Mirabeau, Condorcet, l’abbé Grégoire, La Fayette et Brissot apporteront leur soutien à cette mouvance. Brissot de Warville, journaliste et chef de file des Girondins sera d’ailleurs l’un des instigateurs de la toute première loi celle qui décrétera en 1791, comme on l’a vu, l’égalité des hommes sans discrimination de race ou de couleur, tout en excluant les esclaves.

Hélas le vent va tourner pour Brissot lorsque les Montagnards reprendront le pouvoir ; il sera guillotiné le 31 octobre 1793, un an avant le procès de Sonthonax pour sa promulgation de la « liberté générale ». Ce dernier obtiendra gain de cause avant d’être arrêté par un certain…Bonaparte qui va rétablir l’esclavage dans l’ensemble des territoires français. Le vent a encore tourné – provisoirement. Car la liberté apprend à gérer son souffle se prépararant pour une course  d’endurance.

Du franchissement de la barbarie à l’affranchissement

Entre la toute première évocation de l’esclavage avérée (qui remonte au code Hammurabi, le premier texte de loi connu, 1500 avant notre ère) à ce jour historique du 29 août 1793, il s’est donc déroulé plus de 3000 ans. 3000 ans d’oppression et de bafouage des droits les plus élémentaires. Le commerce dit triangulaire, c’est-à-dire la traite des noirs africains organisés par les Européens (au début les Portugais et les Anglais, rejoints ensuite pas les Français, les Danois et d’autres) au profit des colons américains ne représente que la partie émergée de l’iceberg[2]. Celle-ci représente en effet  moins 10 % de l’ensemble du phénonème (à partir de 1674).

Schéma du commerce triangulaire
Le commerce triangulaire à partir de 1674

L’esclavage aura été le lot quotidien des millions d’individus durant presque toute la phase dite civilisée de l’humanité. Car l’esclavagisme est le produit « dérivé» d’une société organisée ce qui dédouane de fait les sociétés primitives. Il apparaît comme une expression du pouvoir. Dans la hiérarchie de la puissance, après la capacité de donner la mort, figure la privation de liberté et l’aliénation d’autrui. Tout comme la faculté d’indulgence d’ailleurs, ce qui explique certaines mesures d’affranchissement massif.

Terrible à dire, mais qu’il s’agisse des dynasties Égyptiennes ou de l’Empire romain et de bien d’autres, l’esclavagisme représentera un des éléments moteur pour la réalisation d’œuvres monumentales comme la Grande Muraille de Chine ou les pyramides. Mais au final, sur le long terme ce modèle économique se révélera être un frein au progrès technique.

Aujourd’hui, l’innovation technologique et la force mécanique ont pris le relais ; certains scientifiques ont même calculé que cet apport équivaut pour chaque occidental à une brigade d’une centaine d’esclaves.

On voit déjà se profiler le prochain débat, à savoir :  l’homme deviendra-t-il, s’il ne l’est déjà, l’esclave de cette technologie et qui peut dire si le « Sonthonax » de demain sera encore humain ?

Les dates clés de l’esclavage

  • 1750 av.J.-C., le Code d’Hammurabi, premiers écrits évoquant l’esclavage ;
  • 3 juillet 1315 : un édit affranchit l’esclave qui touche le sol Français ;
  • 1441 : Début de la traite négrière en Europe, par les Portugais ;
  • 1518 : Charles Quint autorise la traite et l’esclavage ;
  • 1642, Louis XIII lui emboîte le pas, en l’autorisant dans les colonies françaises ;
  • 1643 : première expédition négrière reconnue ;
  • 1674 : essor du commerce triangulaire, échange entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques ;
  • 1749 : année négrière la plus productive pour la France ;
  • 1759, les quakers sont les premiers blancs à condamner l’esclavage ;
  • 1770 : les quakers interdisent la possession d’esclaves ;
  • 29 août 1793 : Abolition de l’esclavage à Saint-Domingue ;
  • 4 février 1794 : la Convention abolit l’esclavage dans les colonies françaises ;
  • 20 mai 1802 : Bonaparte rétablit l’esclavage dans les colonies ;
  • 02 juillet 1802 : réduction des droits civils des libres de couleurs ;
  • 1807 : la Grande-Bretagne et les Etats-Unis abolissent la traite;
  • 1848 : L’abolition de l’esclavage est inscrite dans la Constitution ;
  • 1849 : dernière livraison négrière française (non officielle) des noirs ;
  • 8 mars 2000 : le Sénat Français reconnaît la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité;

1 -Wikipédia : Histoire de l’esclavage
2- On estime entre 12 à 20 millions d’africains victimes de ce commerce qui commença par l’ile portugaise de Sao Tomé dans le golfe de Guinée.


A consulter pour mieux comprendre :


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • L’abolition de l’esclavage - Sélection thématiques du site EducaSources : une sélection de documents réalisée dans le cadre de la journée nationale de commémoration de l’abolition de l’esclavage du 10 mai. Elle propose des dossiers pédagogiques, des repères historiques et une rubrique “l’esclavage aujourd’hui”.
  • La Route de l’Esclave sur le site de l’UNESCO - Lancé en 1994 à Ouidah, au Bénin, le projet La Route de l’esclave a joué un rôle significatif dans la reconnaissance de la traite négrière et de l’esclavage comme crime contre l’humanité par les Nations Unies en 2001 lors de la Conférence mondiale contre le racisme de Durban.
  • Codes noirs : De l’esclavage aux abolitions par Christiane Taubira et André Castaldo - Du premier Code noir de 1685 aux dernières conventions internationales et à la loi du 21 mai 2001 s’exhale la grande misère humaine.

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Les tout débuts du capitalisme

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Vers 1300

Un nouveau son de cloche

Une fois encore, l’innovation technique sera à l’origine d’une transformation de la société en imposant sa loi, celle qui deviendra la loi du marché.

L'annociation de Crivelli, illustre l'essor du commerce : tapis ottoman, livres à marocain rouge, coussins brodés...
L’annonciation de Crivelli, illustre l’essor du commerce : tapis ottoman, livres à marocain rouge, coussins brodés…

Nous sommes à la fin du XIIème siècle. Le moulin à eau, l’assolement triennal, le collier d’épaule et surtout le gouvernail d’étambot, puis les premières machines à tisser vont permettre à certains bourgs des Flandres et de Toscane de développer leur économie. Surtout, ces derniers vont établir les bases de nouvelles relations sociales et de travail, où l’argent et le salariat vont peu à peu s’imposer face au servage qui va de ce fait décliner.

La productivité augmentant avec comme corollaire une baisse de prix, le nombre de clients solvables s’accroît ainsi que la demande de crédit. Peu à peu, se mettent en place les bases du capitalisme. La ville de Bruges[1] sera le premier porte-étendard de cette économie émergente.

Clin d’œil à l’histoire, bien avant que ne résonne la cloche de Wall street, les premières cloches « publiques » font leur apparition sur les beffrois. Désormais, les cloches n’indiquent plus uniquement l’heure des prières mais rythment la vie économique. Un nouveau son de cloche qui va se répandre, mettant en concurrence le spirituel et les biens matériels.

500 ans plus tard, le matériel aura pris un avantage significatif avec les premières pièces de dollar , frappées en 1793 à Philadelphie ; les premiers billets à l’effigie des présidents américains datent, pour leur part, de 1861.

Un symbole qui vaudra de l’or (1, 506 gramme à l’origine, fixé par le Mint Act, le 2 avril 1792).

1 - Au sommet de sa puissance, vers 1340, Bruges compte seulement 35 000 habitants, ce qui relativise cependant la portée de sa puissance.


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • « Capitalisme et pulsion de mort » : l’économiste Bernard Maris, alias oncle Bernard dans Charlie Hebdo, et l’historien et économiste Gilles Dostaler convoquent Freud, Keynes, Smith, Bataille et bien d’autres, et allongent le libéralisme pour une psychanalyse forcée. Le libéralisme allongé sur un divan. Un livre qui ose une lecture psy du capitalisme et de ses dérives.
  • Une brève histoire de l’avenir, de Jacques Attali. Un ouvrage qui malgré son titre évoque autant le passé que l’avenir et notamment la montée en puissance de l’ordre marchand.
  • Mille milliard de dollars, un film d’Henri Verneuil, avec Patrick Dewaere. Un polar qui dénonce avant tout les dangers de la mondialisation, propice à l’apparition de sociétés aussi tentaculaires qu’inhumaines, dans lesquelles chacun n’est qu’un pion jetable à volonté, obligé de faire sans cesse du profit pour espérer survivre, au gré - et malgré - des gouvernements qui se succèdent ici et là.
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Les tout premiers “Moi, je !”

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A partir de 1380

Quand l’individu s’éveillera


Nous sommes en1493.  Albrecht Dürer, peintre et féru de mathématiques notamment pour ses applications dans l’art, vient d’achever le premier véritable autoportrait de l’histoire . Il a 22 ans. Il se considère digne d’une représentation qui vise la postérité. Pour la première fois, l’artiste devient sujet de son œuvre. Pour atteindre cette forme aboutie d’individualité [1], il aura fallu près d’un siècle à partir des premiers fourmillements de l’ego au sortir du moyen-âge.

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Autoportrait d’Albrecht Dürer

Pour la toute première fois, l’être humain lambda aspire à devenir un individu, comme le soulignait le philosophe Jacob Burckhardt. C’est-à-dire, une personne responsable, autonome visant son épanouissement personnel et qui se distingue du groupe. Mais ne crions pas victoire car “de l’être est une personne” à “l’enfant est une personne”, défendu par Françoise  Dolto, il s’écoulera encore 500 ans. Enquête sur l’affirmation de l’homme occidental.

Chez ces gens là, on ne pense pas…encore à soi

Justement, l’histoire, durant le Moyen-âge, paraît immuable, un éternel recommencement sans espoir de progrès ni de jours meilleurs, du moins sur cette basse Terre. Face à cette homéostasie à l’allure de chape de plomb, l’homme subit sa destinée dont il remet les clés à ses seigneurs, celui du château comme celui du ciel.

Prendre sa vie en main et devenir ainsi un individu autonome ne lui effleure même pas l’idée. Son existence se confond avec celle de son peuple, de sa corporation, de sa famille et des saisons. Malgré l’apparition des noms et des surnoms après l’an 1000, ceux-ci ne font qu’ancrer la personne dans son lieu d’origine ou son métier, sans lui donner une véritable identité propre. Peine perdue d’ailleurs car aux environs de 1500 moins de 3% de la population européenne est en mesure de déchiffrer son nom, soit 2 millions de personnes.

Seuls quelques individus sortent du lot : les hérétiques et les déviants dont le nom est jeté en pâture à la vindicte populaire. Les signes avant-coureurs de la personnalisation arrivent avec Jean le Bon, vers 1350 dont on tirera pour la première fois le portrait et dont on gardera la signature. Un des premiers signes d’affirmation de soi au service d’une volonté individuelle…et du pouvoir.

Quand le monde s’éveillera

Ironie de l’Histoire, à partir de cette époque le monde sort de sa longue période de léthargie. La vie culturelle, scientifique, et personnelle bourgeonne comme jamais. Du point de vue démographique, la situation s’améliore nettement après la grande peste de 1450 (la précédente datait de 1348), période où sévit encore l’anthropophagie.

A l’époque de Dürer, la Terre compte 300 millions d’âmes, dont la moitié vit en Asie et un cinquième seulement en Europe (17 millions en France). Les plus grandes villes d’Europe, Paris, Naples et Istanbul dépassent à peine 150 000 habitants. En un siècle, à partir de 1450, la population européenne va doubler. Plus nombreux mais moins anonyme, c’est tout le paradoxe de cette renaissance humaine au milieu de la Renaissance, tout court. L’éveil est à la fois dans le cœur des hommes et au cœur des cités.

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Quand l’individu s’éveillera

Espérance de vie qui s’allonge –en moyenne 35 ans- et remise en question des doctrines scientifico-chrétiennes, suite notamment aux observations astronomiques : un processus inédit est en train de s’enclencher bouleversant les valeurs  :
- la marchandisation de la société fournit une valeur au travail et donc à celui qui fournit ce travail;
- Parallèlement, on assiste à la naissance du salariat qui va permettre à l’individu de s’émanciper matériellement puis intellectuellement;
- L’émergence des valeurs familiales modifie le rapport aux enfants qui ne sont plus uniquement considérés comme une charge ;
- Par voie de conséquence, l’éducation des enfants commence à être pris en considération : dans les familles pauvres, les enfants sont placés comme domestiques, chez les riches, on les envoie s’instruire loin du domicile. Approches différenciées mais objectif commun : les forger aux dures réalités de la vie ;
- les gens hésitent moins à exprimer leur personnalité : les vêtements se « sexualisent ». Les femmes affichent pour la première fois leur attrait pour les belles matières (chemise en toile de lin, par exemple) et l’originalité. C’est le début de la mode qui enclenchera l’essor de l’industrie textile.
- L’héritage (pour la bourgeoisie) devient une valeur personnelle (les enfants, la famille) au détriment de l’institutionnel, en l’occurrence l’Eglise.
On assiste donc à la volonté de se démarquer du groupe pour se singulariser, parce que l’individu prend conscience qu’il représente une valeur, qu’il est unique et qu’il commence à être en mesure de se forger sa propre opinion.

Quand l’artiste s’éveillera

Pour Nietzsche, l’individu est avant tout un créateur qui est transcendé par son œuvre. Il faudra attendre le XVème siècle pour que les artistes existent en tant qu’ individu et se voient désignés par leur nom. Auparavant, ils œuvraient au sein d’ateliers collectifs ou pour la cour de manière anonyme. Du collectif, ils vont rentrer directement dans la mémoire collective. Parmi tous les artistes illustres, citons le nom de Filippino Lippi qui inventera, à Florence, le Portrait, symbole « personnifié » du « Moi, je ! » Beaucoup de ces portraits, surtout en Italie, sont réalisés de profil ; Vers 1503-1505, Léonard de Vinci peindra Mona Lisa de face, légèrement tournée sur la droite. La Joconde est la parfaite illustration de l’éloge de l’individu.

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Avec son film Zelig, Woody Allen, pose la question de ce qu’est un individu.

Quand l’individualisme s’éveillera

Sans le savoir, Albrecht Dürer a donc ouvert la boite de pandore qui poussera l’homme vers un ultra-narcissisme caractérisant la société moderne. Car, l’individu libéré offre au moins 4 facettes : il est capable de penser de manière autonome, il défend et protège ses valeurs et ses différences, il vise son épanouissement personnel et sa réussite et, dans le cas extrême, en fait son unique but, ce qui représente l’ultime état.

En avance sur son temps, Descartes, avec son fameux Cogito ergo sum (je pense donc j’existe) et sa défense de Galilée (procès en 1633) s’oppose au système et à la pensée unique de l’époque. En quelque sorte, il défend les 2 premiers « niveaux » du concept d’individualisme. Mais ce dernier doit beaucoup plus à Thomas Hobbes, auteur du Leviathan qu’il publiera en 1651. Sa théorie : faire de l’homme un acteur décisif dans l’édification de son propre monde social et politique. Autrement dit, il est possible de concilier intérêt individuel et intérêt général.

D’une certaine façon, c’est la thèse qui sera développée bien plus tard avec l’ultralibéralisme et la main « invisible du marché » qui, selon ses adeptes, œuvre presque à notre insu pour le bien commun.

Le « Moi Je » connaîtra son heure de gloire en 1507, lorsque Martin Waldseemüller, baptisera America le nouveau continent, en référence à Amerigo Vespucci, simple bijoutier et vendeur d’équipements de bateaux en Espagne, co-équipiers et, peut être, ami de Christophe Colomb.

Depuis ce jour-là, la “voix” de l’Amérique est donc toute tracée pour crier haut et fort la primauté de l’individu.

Dates à retenir

  • 1380 : Début de la Renaissance, d’abord en Italie puis en Europe;
  • 1472 : danse de l’Orfeo de Politien, théâtralisation du « motif artistique », préalable au théâtre moderne;
  • 1491 : première représentation moderne d’une pièce de Plaute, à Ferrare, à la cour du duc d’Este;
  • Fin 1491, les feuilles éphémères, premiers journaux parlent du couronnement de la reine Anne de Bretagne;
  • 25 décembre 1492 : première représentation théâtrale en salle fermée;
  • 1493, l’autorisation des dissections de cadavres est envisagé dans tes les écoles de médecine d’Italie;
  • 1527 : sac de Rome, marquant la fin  de la Renaissance;
  • 1556 : Henri II tente de mettre fin à l’infanticide.

1 - Dès l’age de 14 ans, Dürer “s’autodessine” et en 1503, il sera le premier artiste à se représenter nu. En fait, les autoportraits font leur apparition au XIIème siècle au sein des enluminures en tant qu’objet de signature mais ne représentent pas une oeuvre d’art, au sens habituel du terme.


A consulter pour mieux comprendre :

 


A lire pour aller plus loin :

  • La civilisation en Italie au temps de la Renaissance: Tome 1 Un temps, un monde, une civilisation. Jacob Burckhardt a brossé le tableau saisisant de la plus grande révolution culturelle de l’Occident moderne.
  • 1492, par Jacques Attali. 1492 : année décisive, année bifurcation où naît l’Europe moderne. Un bouillonnement de faits, d’idées, de personnages, recréé sous nos yeux par l’auteur d’Histoires du temps et de La Vie éternelle, roman. Clair, riche, ardent… Provocant aussi.
  • La Renaissance - Les collections de l’Histoire n° 43
    Foisonnement d’intelligence et de beauté, la Renaissance italienne est une révolution culturelle dans une Italie morcelée et en proie aux conflits. Avec Patrick Boucheron, Élisabeth Crouzet-Pavan, Isabelle Heullant-Donat, Carlo Vecce…
  • L’émergence de l’individualité, cours de P. Penel. L’objectif de ce cours est de montrer comment le sentiment d’individualité tel qu’on le connaît actuellement s’est mis en place tout au long de l’Histoire.
  • Zelig de Woody Allen (DVD).
  • À la fin des années 20, Leonard Zelig (Woody Allen) est un véritable phénomène en Amérique. En effet, ce petit homme en mal d’affection possède la faculté de se transformer à l’image des gens qu’il côtoie. Arrêté lors d’une de ses métamorphoses, il est conduit dans un hôpital où les plus grands scientifiques viennent étudier son cas. Heureusement, le docteur Eudora Fletcher (Mia Farrow) va lui venir en aide…

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La toute première maîtrise du temps réel

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15 octobre 1582

L’histoire prend date

Le pape Grégoire XIII réunit au début de son pontificat, sous la présidence du cardinal Guglieimo Sirleto, une commission

Le pape Grégoire XIII réunit au début de son pontificat, sous la présidence du cardinal Guglieimo Sirleto, une commission sur le réforme du calendrier Julien, en vigueur depuis Jules César.

Du 4 octobre au 15 octobre 1582, pour la première fois dans l’histoire, il ne s’est rien passé, absolument rien. Ou plutôt si, nous sommes passés direct du 4 octobre au 15 octobre. 10 jours de néant, de vide; une amnésie collective, un trou noir dans la chronologie des événements.

Et, le 15 octobre marque une nouvelle ère calendaire : les tout premiers instants du calendrier instauré par le pape Grégoire XIII qui rythme encore aujourd’hui notre vie quotidienne. Le calendrier Grégorien.

Pourquoi bigre avoir rayé d’un trait de plumes 10 jours ? Parce que le calendrier julien, instauré comme son nom l’indique par Jules César quinze siècles plus tôt, partait à la dérive par rapport au temps astronomique au rythme d’onze minutes supplémentaires par an. Soit au bout du compte 10 jours qu’il fallait à tout prix récupéré pour éviter qu’un jour tous les Noëls se passent au balcon.

Mais cette chirurgie temporelle n’était pas suffisante car, si l’on avait réglé le passif, le surplus de 11 minutes, sans mesure adaptée, continuerait à s’incrémenter au fil des ans. Les savants de l’époque remuèrent ciel et terre pour trouver une solution pérenne et logique.

C’est le principe des années bissextiles, instauré par le calendrier Julien, qui sera réformé. Les années séculaires (1600, 1700…) ne seront plus bissextiles à l’exception de celles dont le millésime est divisible par 400, comme 2000. Le tour est joué.

Pas si simple, car la réforme fut adoptée avec un délai plus ou moins long, voire très long. Immédiatement pour l’Espagne, le Portugal et l’Italie, le 9 décembre en France (qui devint le 20 décembre), le 13 septembre 1699 dans les Etats allemands protestants…et début 1918 en Russie. C’est pourquoi la Révolution d’octobre (25 octobre 1917) se déroula en novembre selon notre calendrier.

Vouloir se repérer face aux astres et aux saisons remontent à la nuit des temps (L’un des premiers calendriers est le calendrier Egyptien, dit Nilotique, 4241 av J.-C.), mais certaines nuits n’en finissent pas, comme celle où mourut Sainte Thérèse d’Avila : la nuit de 4 au 15 octobre 1582.


A voir et à lire pour aller plus loin :


  • Le Calendrier, maître du temps ?. Jours, semaines, mois, saisons, années rythment l’existence individuelle. Décennies, siècles, millénaires, cycles et ères tissent l’histoire de l’humanité. Jacqueline de Bourgoing retrace l’histoire scientifique et technique, mais surtout politique et identitaire des calendriers, et éclaire la constance et la diversité des efforts que les hommes ont déployés pour scander et habiter le temps.
  • Qu’est-ce que le temps ? Qu’est-ce que l’espace ?” Une nouvelle image du monde est en train de se mettre en place dans la physique de base : celle d’un monde sans espace et sans temps. L’espace et le temps comme nous les connaissons vont disparaître de l’image scientifique du monde, de la même façon que la notion de centre de l’Univers en a disparu “. Carlo Rovelli, physicien théoricien, parmi les initiateurs de la gravité quantique à boucles, brosse un tableau limpide de la physique fondamentale pour en éclairer les failles et les questions ouvertes.
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