lundi, 27 février 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

B. De 1300 à 1900

Les tout premiers pas du capitalisme

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Vers 1300

Un nouveau son de cloche

Une fois encore, l’innovation technique sera à l’origine d’une transformation de la société en imposant sa loi, celle qui deviendra la loi du marché.

L'annociation de Crivelli, illustre l'essor du commerce : tapis ottoman, livres à marocain rouge, coussins brodés...
L’annonciation de Crivelli, illustre l’essor du commerce : tapis ottoman, livres à marocain rouge, coussins brodés…

Nous sommes à la fin du XIIème siècle. Le moulin à eau, l’assolement triennal, le collier d’épaule et surtout le gouvernail d’étambot, puis les premières machines à tisser vont permettre à certains bourgs des Flandres et de Toscane de développer leur économie. Surtout, ces derniers vont établir les bases de nouvelles relations sociales et de travail, où l’argent et le salariat vont peu à peu s’imposer face au servage qui va de ce fait décliner.

La productivité augmentant avec comme corollaire une baisse de prix, le nombre de clients solvables s’accroît ainsi que la demande de crédit. Peu à peu, se mettent en place les bases du capitalisme. La ville de Bruges[1] sera le premier porte-étendard de cette économie émergente.

Clin d’œil à l’histoire, bien avant que ne résonne la cloche de Wall street, les premières cloches « publiques » font leur apparition sur les beffrois. Désormais, les cloches n’indiquent plus uniquement l’heure des prières mais rythment la vie économique. Un nouveau son de cloche qui va se répandre, mettant en concurrence le spirituel et les biens matériels.

500 ans plus tard, le matériel aura pris un avantage significatif avec les premières pièces de dollar , frappées en 1793 à Philadelphie ; les premiers billets à l’effigie des présidents américains datent, pour leur part, de 1861.

Un symbole qui vaudra de l’or (1, 506 gramme à l’origine, fixé par le Mint Act, le 2 avril 1792).

1 – Au sommet de sa puissance, vers 1340, Bruges compte seulement 35 000 habitants, ce qui relativise cependant la portée de sa puissance.


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • « Capitalisme et pulsion de mort » : l’économiste Bernard Maris, alias oncle Bernard dans Charlie Hebdo, et l’historien et économiste Gilles Dostaler convoquent Freud, Keynes, Smith, Bataille et bien d’autres, et allongent le libéralisme pour une psychanalyse forcée. Le libéralisme allongé sur un divan. Un livre qui ose une lecture psy du capitalisme et de ses dérives.
  • Une brève histoire de l’avenir, de Jacques Attali. Un ouvrage qui malgré son titre évoque autant le passé que l’avenir et notamment la montée en puissance de l’ordre marchand.
  • Mille milliard de dollars, un film d’Henri Verneuil, avec Patrick Dewaere. Un polar qui dénonce avant tout les dangers de la mondialisation, propice à l’apparition de sociétés aussi tentaculaires qu’inhumaines, dans lesquelles chacun n’est qu’un pion jetable à volonté, obligé de faire sans cesse du profit pour espérer survivre, au gré – et malgré – des gouvernements qui se succèdent ici et là.

Les tout premiers « Moi, je ! »

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A partir de 1380

Quand l’individu s’éveillera


Nous sommes en1493.  Albrecht Dürer, peintre et féru de mathématiques notamment pour ses applications dans l’art, vient d’achever le premier véritable autoportrait de l’histoire . Il a 22 ans. Il se considère digne d’une représentation qui vise la postérité. Pour la première fois, l’artiste devient sujet de son œuvre. Pour atteindre cette forme aboutie d’individualité [1], il aura fallu près d’un siècle à partir des premiers fourmillements de l’ego au sortir du moyen-âge.

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Autoportrait d’Albrecht Dürer

Pour la toute première fois, l’être humain lambda aspire à devenir un individu, comme le soulignait le philosophe Jacob Burckhardt. C’est-à-dire, une personne responsable, autonome visant son épanouissement personnel et qui se distingue du groupe. Mais ne crions pas victoire car « de l’être est une personne » à « l’enfant est une personne », défendu par Françoise  Dolto, il s’écoulera encore 500 ans. Enquête sur l’affirmation de l’homme occidental.

Chez ces gens là, on ne pense pas…encore à soi

Justement, l’histoire, durant le Moyen-âge, paraît immuable, un éternel recommencement sans espoir de progrès ni de jours meilleurs, du moins sur cette basse Terre. Face à cette homéostasie à l’allure de chape de plomb, l’homme subit sa destinée dont il remet les clés à ses seigneurs, celui du château comme celui du ciel.

Prendre sa vie en main et devenir ainsi un individu autonome ne lui effleure même pas l’idée. Son existence se confond avec celle de son peuple, de sa corporation, de sa famille et des saisons. Malgré l’apparition des noms et des surnoms après l’an 1000, ceux-ci ne font qu’ancrer la personne dans son lieu d’origine ou son métier, sans lui donner une véritable identité propre. Peine perdue d’ailleurs car aux environs de 1500 moins de 3% de la population européenne est en mesure de déchiffrer son nom, soit 2 millions de personnes.

Seuls quelques individus sortent du lot : les hérétiques et les déviants dont le nom est jeté en pâture à la vindicte populaire. Les signes avant-coureurs de la personnalisation arrivent avec Jean le Bon, vers 1350 dont on tirera pour la première fois le portrait et dont on gardera la signature. Un des premiers signes d’affirmation de soi au service d’une volonté individuelle…et du pouvoir.

Quand le monde s’éveillera

Ironie de l’Histoire, à partir de cette époque le monde sort de sa longue période de léthargie. La vie culturelle, scientifique, et personnelle bourgeonne comme jamais. Du point de vue démographique, la situation s’améliore nettement après la grande peste de 1450 (la précédente datait de 1348), période où sévit encore l’anthropophagie.

A l’époque de Dürer, la Terre compte 300 millions d’âmes, dont la moitié vit en Asie et un cinquième seulement en Europe (17 millions en France). Les plus grandes villes d’Europe, Paris, Naples et Istanbul dépassent à peine 150 000 habitants. En un siècle, à partir de 1450, la population européenne va doubler. Plus nombreux mais moins anonyme, c’est tout le paradoxe de cette renaissance humaine au milieu de la Renaissance, tout court. L’éveil est à la fois dans le cœur des hommes et au cœur des cités.

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Quand l’individu s’éveillera

Espérance de vie qui s’allonge –en moyenne 35 ans- et remise en question des doctrines scientifico-chrétiennes, suite notamment aux observations astronomiques : un processus inédit est en train de s’enclencher bouleversant les valeurs  :
- la marchandisation de la société fournit une valeur au travail et donc à celui qui fournit ce travail;
- Parallèlement, on assiste à la naissance du salariat qui va permettre à l’individu de s’émanciper matériellement puis intellectuellement;
- L’émergence des valeurs familiales modifie le rapport aux enfants qui ne sont plus uniquement considérés comme une charge ;
- Par voie de conséquence, l’éducation des enfants commence à être pris en considération : dans les familles pauvres, les enfants sont placés comme domestiques, chez les riches, on les envoie s’instruire loin du domicile. Approches différenciées mais objectif commun : les forger aux dures réalités de la vie ;
- les gens hésitent moins à exprimer leur personnalité : les vêtements se « sexualisent ». Les femmes affichent pour la première fois leur attrait pour les belles matières (chemise en toile de lin, par exemple) et l’originalité. C’est le début de la mode qui enclenchera l’essor de l’industrie textile.
- L’héritage (pour la bourgeoisie) devient une valeur personnelle (les enfants, la famille) au détriment de l’institutionnel, en l’occurrence l’Eglise.
On assiste donc à la volonté de se démarquer du groupe pour se singulariser, parce que l’individu prend conscience qu’il représente une valeur, qu’il est unique et qu’il commence à être en mesure de se forger sa propre opinion.

Quand l’artiste s’éveillera

Pour Nietzsche, l’individu est avant tout un créateur qui est transcendé par son œuvre. Il faudra attendre le XVème siècle pour que les artistes existent en tant qu’ individu et se voient désignés par leur nom. Auparavant, ils œuvraient au sein d’ateliers collectifs ou pour la cour de manière anonyme. Du collectif, ils vont rentrer directement dans la mémoire collective. Parmi tous les artistes illustres, citons le nom de Filippino Lippi qui inventera, à Florence, le Portrait, symbole « personnifié » du « Moi, je ! » Beaucoup de ces portraits, surtout en Italie, sont réalisés de profil ; Vers 1503-1505, Léonard de Vinci peindra Mona Lisa de face, légèrement tournée sur la droite. La Joconde est la parfaite illustration de l’éloge de l’individu.

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Avec son film Zelig, Woody Allen, pose la question de ce qu’est un individu.

Quand l’individualisme s’éveillera

Sans le savoir, Albrecht Dürer a donc ouvert la boite de pandore qui poussera l’homme vers un ultra-narcissisme caractérisant la société moderne. Car, l’individu libéré offre au moins 4 facettes : il est capable de penser de manière autonome, il défend et protège ses valeurs et ses différences, il vise son épanouissement personnel et sa réussite et, dans le cas extrême, en fait son unique but, ce qui représente l’ultime état.

En avance sur son temps, Descartes, avec son fameux Cogito ergo sum (je pense donc j’existe) et sa défense de Galilée (procès en 1633) s’oppose au système et à la pensée unique de l’époque. En quelque sorte, il défend les 2 premiers « niveaux » du concept d’individualisme. Mais ce dernier doit beaucoup plus à Thomas Hobbes, auteur du Leviathan qu’il publiera en 1651. Sa théorie : faire de l’homme un acteur décisif dans l’édification de son propre monde social et politique. Autrement dit, il est possible de concilier intérêt individuel et intérêt général.

D’une certaine façon, c’est la thèse qui sera développée bien plus tard avec l’ultralibéralisme et la main « invisible du marché » qui, selon ses adeptes, œuvre presque à notre insu pour le bien commun.

Le « Moi Je » connaîtra son heure de gloire en 1507, lorsque Martin Waldseemüller, baptisera America le nouveau continent, en référence à Amerigo Vespucci, simple bijoutier et vendeur d’équipements de bateaux en Espagne, co-équipiers et, peut être, ami de Christophe Colomb.

Depuis ce jour-là, la « voix » de l’Amérique est donc toute tracée pour crier haut et fort la primauté de l’individu.

Dates à retenir

  • 1380 : Début de la Renaissance, d’abord en Italie puis en Europe;
  • 1472 : danse de l’Orfeo de Politien, théâtralisation du « motif artistique », préalable au théâtre moderne;
  • 1491 : première représentation moderne d’une pièce de Plaute, à Ferrare, à la cour du duc d’Este;
  • Fin 1491, les feuilles éphémères, premiers journaux parlent du couronnement de la reine Anne de Bretagne;
  • 25 décembre 1492 : première représentation théâtrale en salle fermée;
  • 1493, l’autorisation des dissections de cadavres est envisagé dans tes les écoles de médecine d’Italie;
  • 1527 : sac de Rome, marquant la fin  de la Renaissance;
  • 1556 : Henri II tente de mettre fin à l’infanticide.

1 – Dès l’age de 14 ans, Dürer « s’autodessine » et en 1503, il sera le premier artiste à se représenter nu. En fait, les autoportraits font leur apparition au XIIème siècle au sein des enluminures en tant qu’objet de signature mais ne représentent pas une oeuvre d’art, au sens habituel du terme.


A consulter pour mieux comprendre :

 


A lire pour aller plus loin :

  • La civilisation en Italie au temps de la Renaissance: Tome 1 Un temps, un monde, une civilisation. Jacob Burckhardt a brossé le tableau saisisant de la plus grande révolution culturelle de l’Occident moderne.
  • 1492, par Jacques Attali. 1492 : année décisive, année bifurcation où naît l’Europe moderne. Un bouillonnement de faits, d’idées, de personnages, recréé sous nos yeux par l’auteur d’Histoires du temps et de La Vie éternelle, roman. Clair, riche, ardent… Provocant aussi.
  • La Renaissance – Les collections de l’Histoire n° 43
    Foisonnement d’intelligence et de beauté, la Renaissance italienne est une révolution culturelle dans une Italie morcelée et en proie aux conflits. Avec Patrick Boucheron, Élisabeth Crouzet-Pavan, Isabelle Heullant-Donat, Carlo Vecce…
  • L’émergence de l’individualité, cours de P. Penel. L’objectif de ce cours est de montrer comment le sentiment d’individualité tel qu’on le connaît actuellement s’est mis en place tout au long de l’Histoire.
  • Zelig de Woody Allen (DVD).
  • À la fin des années 20, Leonard Zelig (Woody Allen) est un véritable phénomène en Amérique. En effet, ce petit homme en mal d’affection possède la faculté de se transformer à l’image des gens qu’il côtoie. Arrêté lors d’une de ses métamorphoses, il est conduit dans un hôpital où les plus grands scientifiques viennent étudier son cas. Heureusement, le docteur Eudora Fletcher (Mia Farrow) va lui venir en aide…

Le souffle nouveau du libéralisme économique

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1753

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« Laisser-faire ! »

Le Libéralisme économique est issu des Lumières. Il a été cofondé en France avant et pendant la Révolution Française et au Royaume-Uni (Angleterre et Ecosse). Comment sommes-nous passés d’un interventionnisme politico-religieux tout azimut à un vent de liberté économique qui souffle désormais sur toute la planète, avec bienfaits et excès ?

« Laisser faire, laisser passer ». C’est l’une des toutes premières expressions de la pensée économique libérale ; elle est attribuée par Turgot, contrôleur général des finances de Louis XVI, à Vincent de Gournay, négociateur international, faisant suite à une requête auprès de l’Etat (1) afin de libérer le commerce du blé entre les provinces.
« Tout homme qui agit s’enrichit, ou enrichit un autre. Au contraire tout homme qui ne fait rien s’appauvrit , ou appauvrit celui aux dépens duquel il vit. Ces deux mots, laisser faire et laisser passer, étant deux sources continuelles d’actions seraient donc pour nous deux sources continuelles de richesses » (2)

Turgot

Turgot

Anne Robert Jacques Turgot (1727-1781) sera l’un des premiers à défendre la libre concurrence et à s’élever contre l’intervention de l’Etat et les privilèges en tout genre. En 1774, Il établit le libre-échange dans le commerce des grains en supprimant le droit de hallage ce qui lui vaudra une forte opposition dans l’entourage même de Louis XVI.

2 ans plus tard, avec ses célèbres « 6 décrets de Turgot », il visera à réduire les privilèges et les « lobbies » des corporations et érigera en principe fondamental le droit à chaque homme à travailler, sans restriction. Face à ses réformes, qui visent directement la noblesse, Turgot ne se fait pas que des amis.

Turgot,  dans la mouvance des physiocrates(7), tente de démontrer que réglementations et corporatismes, au-delà des entraves aux libertés économiques et politiques qu’ils représentent, sont générateurs de corruptions et, surtout, d’inégalités sociales. Cette thèse -qui vise à bousculer les idées reçues et les conformismes, est le prolongement économique naturel des Lumières. Ce n’est donc pas surprenant que Turgot, contemporain d’Adam Smith qu’il respecte, l’un des théoriciens de l’économie libérale, se sente proche aussi de Voltaire et d’Alembert.

Désormais un vent nouveau souffle sur l’économie ; il sera ressenti jusqu’à la Révolution Française. En 1789, l’abolition des privilèges s’accompagnera de l’abolition des interdits dans le domaine économique. Durant cette première période de la Révolution Française, la liberté d’entreprendre, au niveau des métiers comme pour l’ouverture des commerces, sera le pendant de la liberté sur le plan politique.

Les révolutionnaires mettent les jalons du capitalisme moderne et du libéralisme économique. Les Français sont donc, en la matière, précurseurs ! D’ailleurs, l’école libérale française fait un malheur au XIXème siècle (2). Say, Molinari, Ollivier, Bastiat, Waldeck-Rousseau, ils seront nombreux à décrier l’interventionnisme de l’Etat, la fiscalité excessive et à vanter les bienfaits de la concurrence.

« Liberté en tout »

De gauche à droite : John Milton, John Locke, Adam Smith, Richard Cobden, Frédéric Bastiat, J.S. Mill, Benjamin Constant, Alexis de Tocqueville, Ludwig von Mises

De gauche à droite : John Milton, John Locke, Adam Smith, Richard Cobden, Frédéric Bastiat, J.S. Mill, Benjamin Constant, Alexis de Tocqueville, Ludwig von Mises

« Liberté en tout, en religion en philosophie, en littérature, en industrie, en politique « c’est le mot d’ordre de Benjamin Constant  qui est le penseur de la liberté sous toutes ses formes(3). De chaque côté de la Manche, Adam Smith, David Ricardo, Benjamin Constant, Turgot et quelques autres donneront ses lettres de noblesse au libéralisme économique à une époque où la notion de liberté, quelle soit politique, religieuse ou sociétale, en était à ses balbutiements et dérangeaient beaucoup de monde.

Ce libéralisme économique tient ses racines dans un courant de pensées plus large mettant l’individu, et sa liberté au cœur du système, étant lui-même au coeur de la nature . Et cela ne date pas d’hier.

Sans remonter au principe de « justice naturelle » d’Aristote, le véritable coup d’envoi du libéralisme au sens politique et philosophique est donné par la « Lettre sur la tolérance » de John Locke de 1689. Le principe repose sur un nouveau rapport entre le religieux et l’Etat, dans un esprit de tolérance. C’est aussi promouvoir la notion d’éthique comme l’ont fait Spinoza et Blaise Pascal en défendant l’idée que l’intérêt général est constitué de la combinaison d’intérêts particuliers.

Avec Locke, Jefferson, Tocqueville, les pères de la « doctrine » libérale, c’est la démocratie, l’équilibre des pouvoirs et les droits fondamentaux qui sont défendus avec comme corollaire la notion de contre-pouvoirs et la responsabilité individuelle.   Contrairement aux idées reçues, le principe de responsabilité est bien au cœur du libéralisme,  comme le souligne le prix Nobel d’économie, Jean Tirole (8). La Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 consacre d’une certaine manière cette idée du libéralisme.

Le terme libéralisme apparaitra en France pour la toute première fois en 1818 !

Cartographie mondial du niveau de libéralisme économique (du vert [très libéral] au rouge [peu libéral]

Cartographie mondiale du niveau de libéralisme économique (du vert [très libéral] au rouge [peu libéral].

Publié le 3 mai 2016


Keynes, esprit d’entreprise es-tu là ?

« C’est l’esprit d’entreprise qui bâtit et qui améliore les richesses du monde », reconnaît John Maynard Keynes.

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Contrairement à une idée reçue, Keynes n’est pas un défenseur à tout crin de l’intervention publique dans l’économie (4). Comme en témoignent de nombreux essais articles de presse de l’époque de la Grande Crise de 1929, il serait même très attaché aux valeurs libérales et opposé aux valeurs socialisantes et encore plus à la doctrine marxiste et à l’idée d’un Grand soir. Keynes est donc un réformiste tranquille, hanté par l’esprit d’entreprise.

En ce sens, Keynes distingue la vision française du libéralisme jusqu’au début du XXème siècle, celle du laissez-faire de celle d’Adam Smith qu’il juge moins dogmatique.

Il en demeure pas moins qu’il justifie, dans certains cas, l’intervention de l’Etat dans l’économie considérant que c’est le seul acteur qui peut avoir des « vues lointaines et sur la base de l’intérêt général de la communauté ».

Cependant, il se méfie de l’Etat et soutient que « ce n’est pas la propriété des moyens de productions dont il importe que l’Etat se charge ».
Sur les critères actuels, Keynes serait probablement qualifié de social-libéral, un social-libéral qui ne trouve pas illégitime les inégalités des revenus à conditions de rester dans le raisonnable.

Il considère que la recherche de l’enrichissement personnel est un mal nécessaire permettant de canaliser certains penchants de la nature humaine.  Keynes décourage l’épargne stérile au profit de l’investissement, combat les rentiers et défend l’entrepreneur : « les revenus (des consommateurs) sont créés par les entrepreneurs ».

Au final, le Keynésianisme c’est du libéralisme teinter d’interventionnisme d’Etat pour assurer une vision à long terme, garante, selon lui de l’intérêt général.


 Le « Laisser-faire » face aux inégalités croissantes

En matière d'inégalités, la France se situe dans la moyenne de l'OCDE

En matière d’inégalités, la France se situe dans la moyenne de l’OCDE

En matière d’efficacité économique le « laisser-faire » a ses limites.

Les partisans du libéralisme économique, Keynes comprit , ont longtemps pensé que les inégalités étaient un mal nécessaire. Elles apparaissaient au début du décollage économique d’un pays pour régresser ensuite,  c’était la loi de Kuznets.  Cette doctrine, si elle n’est pas régulée pour limiter les excès, conduit à l’accroissement inexorable des inégalités, au point, qu’aujourd’hui, 85 personnes possèdent autant que la moitié de la population mondiale !

« Aux Etats-Unis, presque toute la croissance depuis 25 ans, expliquent Patrick Artus (5), a été captée par les plus riches. Les  40 % les moins payés voient leur pouvoir d’achat baisser ».

Pis,  le prix Nobel d’économie, Stiglitz parle de confiscation des richesses par 1 % des américains au détriment de 90 % de la population (10)

D’un côté, l’économie digitale et du divertissement couplés à financiarisation de l’économie  favorisent la starification (sportifs, artistes, patrons de start-up…) entraînant des revenus stratosphériques.  De l’autre, la mondialisation fait une pression sans équivalent sur les salariés en bas de l’échelle (6).

De grands économistes  ont démontré qu’au delà d’un certain seuil, l’inégalité représente un coût élevé pour la société. De ce point de vue, Adam Smith, l’un des pères du libéralisme, avait mis en avant, dès 1759,  l’importance de la « Théorie des sentiments moraux » (9).

Aujourd’hui, on constate un effet de ciseau qui, comme le souligne le FMI, est dévastateur pour la croissance mondiale. Car selon le FMI, la croissance diminue lorsque la part des revenus des 20% les plus riches augmente et, à contrario, la croissance augmente lorsque la part des 20% les plus pauvres s’améliore.

Le risque est de mener l’économie mondiale à ce que certains appellent la stagnation séculaire !


1 – via l’intendant Trudaine
2 – « Réflexions sur la contrebande » – Vincent de Gournay, septembre 1753, cité dans Wikipedia, page Laissez-faire
3 – www.contrepoints.org/2012/07/28/91891-benjamin-constant-penseur-de-la-liberte-sous-toutes-ses-formes
4 – « Histoire impertinente de la pensée économique », éd. Ellipses-  Alexis Karklins-Marchay
5- « les nouvelles lois de l’économie » article du Point N° 2276 – 21 avril 2016
6 – Robert Gordon, économiste, auteur de « The rise and fall of American Growth », cité dans le Point N° 2276 – 21 avril 2016
7 – du grec « phusis » : nature; les physiocrates estiment que la société doit être organisée comme la nature (Encyclopédie Larousse)
8- Jean Tirole - Le grand rendez-vous – Europe1 – 8 mai 2016
9 – « Triomphe de la Cupidité » & « Le prix de ‘inégalité » – Joseph Stiglitz
10- La (vraie) sottise des patrons goinfres – Jean-Claude Guillebaud – Tele-Obs 21 mai 2016


A visionner pour mieux comprendre :

La révolution industrielle sonne les trois coups

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1780

La révolution industrielle

Les temps modernes

Après 10 000 ans d’une société rurale pétrie de traditions, le monde rentre en effervescence porté par les découvertes scientifiques et par un vent de liberté intellectuelle. Finie la léthargie, exit la lithurgie, en avant vers la métallurgie ! C’est la révolution industrielle.

Sans aucun doute, depuis 3 siècles les années 80 marquent une rupture. Rien à voir avec la « rupture » musicale des  » années 80″ et de l’avènement du Disco, non. Le phénomène est bien plus profond, bien plus impactant et bien plus ancien : il s’agit de la première révolution industrielle et de celles qui ont suivi.

Les tubes des années 80

Un phénomène qui rythme le monde moderne depuis 3 siècles, avec des cycles étonnement réguliers de 100 ans : 1780, 1880, 1980 ! On pourrait presque parler de tubes des années 80. Et, en l’espèce, plutôt des tubes métalliques !

Un phénomène qui, à la fin du XVIII ème, marque pour la toute première fois l’éclosion du monde moderne. Un peu à la manière du courant alternatif, il va nous faire passer du rire avec Charlie Chaplin dans les Temps Modernes à la sueur et aux larmes avec Germinal de Zola.

Cette fabuleuse éclosion est « rendue possible par la transformation de la chaleur en énergie motrice et grâce à l’invention de l’entreprise personne morale pouvant accumuler du savoir et du capital », comme le souligne l’universitaire Christian Saint-Etienne (1).

A toute vapeur, le monde se mécanise

La toute première révolution industrielle prend donc son essor dans les années 1780. Elle tient à plusieurs facteurs : facteurs sociétaux, économiques mais surtout technologiques. L’invention en 1769 de la machine à vapeur par J. Watt en constituera l’élément déclencheur. Elle est précédée par un autre facteur important : la production massive de fer avec la découverte du coke en 1709.

A partir de là, la machine « infernale » ou plutôt la mécanisation du monde s’enclenche. A toute vapeur, se développent l’industrie textile, les chemins de fer à vapeur puis les bateaux également à vapeur.

La première véritable usine de textile est fondée à Cromford près de Nottingham (Grande-Bretagne) en 1765 ; vingt ans plus tard, elle s’équipe d’une machine à vapeur.

En un siècle, la société rurale se voit progressivement remplacée par l’industrie. Au-delà, c’est toute la société qui est bouleversée. La notion d’Etat de droit s’impose d’abord en Angleterre puis en France ainsi que celle de droits de propriété.

Le labeur se réorganise

La spinnning- Jenny

La spinnning- Jenny

Pour la toute première fois, se met en place dans les PME, ou plus exactement les entreprises familiales de l’époque, une division du travail. Cela constitue une innovation organisationnelle majeure. Le travail, qui jusqu’ici s’effectuait le plus souvent au domicile des gens, tend à se concentrer dans des unités de travail, des manufactures ou des usines, « mill », en anglais. A la clé, se profile l’augmentation de la productivité qui débouchera sur la production et la consommation de masse.

100 ans plus tard, en 1880, c’est au tour de la seconde révolution industrielle. Celle-ci donne un nouvel éclairage au progrès par la magie de la bonne fée électricité. Face à l’accroissement de la taille des entreprises et à la diversité des activités, les organisations se structurent et se hiérarchisent. Cela donne naissance aux toutes premières entreprises modernes dont la Railway Pacific (2) sera pionnière.

Le monde se numérise

Puis, un siècle tout juste après encore, la troisième révolution industrielle annonce l’ère numérique : décollage de l’informatique grand public, avec les premiers micro-ordinateurs en 1973, puis des réseaux numériques, d’abord le minitel et surtout Internet. Cette fois, il s’agit plutôt de déconcentrer et de décentraliser pour gagner en souplesse, en agilité afin de favoriser l’innovation.

Les trois révolutions industrielles s’enchaînent donc presque mécaniquement comme dans une chaîne de montage qui assemble des éléments successifs. Pour aboutir à la société dans laquelle nous évoluons de plus en plus portée par l’innovation technologique.

1780, 1880, 1980, 3 périodes qui scandent les temps modernes. L’histoire tourne la page d’un monde qui, depuis l’invention de l’agriculture au néolithique, voici 10000 ans, avait très peu évolué. Surtout, l’activité de production n’avait pas connu de transformation majeure, malgré le recours à des énergies naturelles comme l’hydraulique ou le vent. Les mentalités et les modes d’organisation n’avaient pas suivis ne formant pas le terreau nécessaire à l’innovation.

Saluons nos ancêtres du XVIIIème siècle, qui ont su s’extraire d’une chape d’idées préconçues et ouvrir leurs esprits pour effectuer un grand saut vers…la Lumière !


Les Lumières au bout du tunnel

La première révolution industrielle est précédée par une révolution culturelle qui cherche à s’affranchir des préjugés et des superstitions de toutes natures. L’environnement devient porteur. C’est le siècle des Lumières.

Premier élément : l’esprit d’entreprise. Avant 1750, il n’existe pas vraiment de distinction entre l’entreprise et la famille. Les ouvriers, qui sont aussi paysans, travaillent le plus souvent chez eux, avec un rendement faible, essentiellement pour le compte de fabriques de cotonnades qui reste la seule entreprise privée de grande ampleur. Sinon, il s’agit de grandes entreprises d’Etat. C’est le cas en Grande-Bretagne avec l’arsenal naval de Chatham, par exemple, et en France avec les manufactures royales, les compagnies maritimes commerciales.

Grâce à la baisse du coût du transport et à la centralisation des sources d’énergies, conséquence de la machine à vapeur, l’activité va se rationaliser. En outre, l’avènement de la notion d’entreprise morale libéralise les entrepreneurs.

Second élément : l’esprit d’innovation et la liberté de penser. Le siècle des Lumières est avant tout une révolution culturelle sans précédent. Philosophes et scientifiques bouleversent les schémas de pensée. Comme le dit l’adage, c’est l’esprit libre qu’on avance !

Troisième élément : l’esprit d’organisation. C’est à partir de la fin de XIIIème siècle que l’on conçoit la possibilité de rassembler dans un même lieu les ouvriers travaillant pour un même donneur d’ordres. Apparaît donc une économie dans laquelle des usines rassemblent des centaines puis des milliers d’employés. Cela s’accompagne d’une concentration urbaine et la création de grandes métropoles.


La révolution des émergents et des innovants 

Une mutation industrielle majeure a lieu depuis trente ans, rejointe depuis 15 ans par un bouleversement des équilibres de la planète en raison de la montée en puissance des pays émergents. Cela s’est accentué depuis 2001 par l’entrée de la Chine dans l’OMC, l’Organisation mondiale du Commerce.

Il y a 30 ans, à l’aube de la  3ème révolution industrielle,  l’Amérique du Nord, l’Europe de l’Ouest et le Japon représentaient 60 % du PIB mondial, dans vingt ans, ces pays ne représenteront moins de 40 %, tandis que la part de la France, 4% en 1980, est en train de fondre comme neige au soleil.

Depuis 2009, pour la première fois, les pays émergents assurent plus de la moitié de la production industrielle.

En 2012, la production automobile des pays émergents a dépassé pour la première fois la production des pays dits développés.

A partir de 2014, ils assureront plus de la moitié de la production mondiale totale.

 


1 – « France : Etat d’urgence » – Christian Saint-Etienne – Ed. Odile Jacob – janvier 2013
2 – « La troisième révolution industrielle » – Jeremy Rifkin – Ed. LLL  - février 2012


A visionner pour mieux comprendre :

La Vapeur qui Révolutionna le Monde – Le… par alxka

Le paradis, ici & maintenant, pour la toute 1ère fois

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XVIIIème siècle

le paradis

Nous irons tous au paradis !

 

Si l’idée de paradis affiche plus de 2500 ans au compteur, elle a connu des hauts et des bas : du jardin d’Eden, le paradis terrestre, au paradis céleste en passant par une phase intermédiaire, le purgatoire. Depuis les Lumières, le paradis est redescendu sur Terre. Certains pensent qu’il n’y aurait plus qu’à le cueillir.

« Le paradis est où je suis », écrit Voltaire (1694-1778) en 1736 dans le Mondain.

Avec ce poème, Voltaire vante le progrès et la recherche du bonheur terrestre qui, selon lui, doit l’emporter sur l’attente du Salut Eternel. Autrement dit, Voltaire envisage pour l’homme un épanouissement ici-bas. C’est totalement subversif pour l’époque et en contradiction avec les religions du Livre (le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam).

Le paradis ici et maintenant

Pour la toute première fois, la notion de paradis se laïcise donc. Cette approche révolutionnaire annonce, tout simplement, le monde moderne. Celui-ci est né, comme l’explique l’historien et sociologue des religions, Frédéric Lenoir « d’une laïcisation de l’idée de paradis, transformée en une idée de progrès menant à un paradis terrestre… »(1). C’est la consécration d’une quête, pour la première fois,  d’un bonheur individuel ici-bas.

En effet, grâce aux progrès techniques et aux perspectives nouvelles qu’offre la science dont l’amorce se situe à la Renaissance, la recherche du bonheur ici-bas commence à devenir légitime. Un bonheur individuel et universel, ici et maintenant (2).

Il faut dire que la philosophie des Lumières est passée par là. Galilée, Newton, Darwin, Buffon, Diderot, Locke, Voltaire, Spinoza, le suédois Swedenborg, et bien d’autres (3) vont démontrer, par leurs théories et analyses en matière d’astronomie et d’évolution, que le monde n’a plus ni de haut ni de bas et qu’il ne s’est pas construit en 7 jours. Que devient alors le Paradis et où le situer ?

Le Jardin d'Eden par Michel Ange - Chapelle Sixtine.

Le Jardin d’Eden par Michel Ange – Chapelle Sixtine.

Le paradis : des racines et des ailes

Pour la première fois, la Genèse a donc du plomb dans l’aile et le Jardin d’Eden commence sérieusement à se faner !

Pourtant, Dieu sait si nous revenons de loin. Pour le paradis, tout a commencé véritablement à l’époque mésopotamienne. C’est la grande époque où se construisent les mythes de l’Arbre de vie ou du Déluge. Cela remonte au IVème millénaire avant notre ère pour l’Arbre de vie et au second millénaire pour l’évocation du Déluge, dans l’Epopée de Gilgamesh, écrit au XIII ème siècle av. J-.-C.

Si les jardins luxuriants mésopotamiens ont pu inspirer le Jardin d’Eden, le concept de Paradis, avec sa dimension de l’au-delà et d’une vie heureuse que l’on a méritée ici-bas, est, semble-t-il, étranger à la culture mésopotamienne (4).

Le Jardin d’Eden de la Bible précède ainsi l’évocation du Paradis : « Le seigneur Dieu planta un jardin d’Eden, et il plaça l’homme qu’il avait formé » (Gen 2.8), est-il mentionné dans le texte hébreu de la Genèse.

Il faut attendre le IIème siècle av. J-.C. pour voir apparaître cette notion de Paradis et de récompenses des âmes méritantes. Cette idée est évoquée pour la toute première fois dans le Livre de Daniel(5), rédigé en 164 avant notre ère, qui mentionne la Résurrection.

La vie éternelle

D’un côté, le Paradis terrestre, qui se résume au jardin d’Eden, splendide havre de paix, situé quelque part sur Terre mais nul ne sait où. Paradis  qui est interdit aux hommes depuis qu’Eve a croqué la pomme et de l’autre, le paradis Céleste, propriété de Dieu, ultime lieu pour les heureux élus.

L’assurance d’une vie éternelle pour ces heureux élus s’impose définitivement à partir de la destruction du second temple de Jérusalem en 135 ap. J.-C.(6). Quant à l’idée de la réincarnation des âmes, elle attendra le passage du cap de l’an mille et celle du purgatoire sera inventée au XIIème siècle par l’Eglise, avec de multiples réajustements, le dernier en date remontant à 1992 (6).

Issue de la nuit des temps, l’idée de paradis, permettant à nos disparus de « revivre » ici-bas ou dans un autre monde, a traversé l’esprit de quasiment toutes les sociétés humaines. Bien entendu, elle a nourri la culture occidentale. D’abord dans une version spirituelle portée par la montée en puissance du christianisme ; puis, dans sa version matérielle et laïque, fruit du siècle des Lumières et, d’une certaine manière du socialisme.

Cela suit la même trajectoire que celle de la morale chrétienne qui, comme le souligne Luc Ferry(7), va permettre paradoxalement l’émergence des morales laïques et républicaines.

Notre petit coin de paradis

Si l’on voulait simplifier, on pourrait dire que le Paradis a connu 3 périodes : celle du paradis terrestre, inaccessible aux hommes depuis la faute originelle, celle du paradis céleste difficilement accessible et, enfin celle du paradis social que le progrès technique a rendu accessible…

Un petit coin de paradis, ici, pour tous et pour tout de suite, voilà le nouveau paradigme du paradis.

Mais, en matière de paradis, comme pour d’autres choses, reste à vérifier que l’enfer n’est pas pavé de bonnes intentions !

 Publié le 26 octobre 2013

Les clés du paradis

Le terme paradis provient de l’avestique, une langue ancienne de Perse. Il signifie « jardin clos », pairi daeza. Il sera traduit en persan par pardez puis en grec ancien par paradeisos. Il figure dans la Bible qu’à partir de l’époque hellénistique, c’est-à-dire entre le IVème et le Ier siècle avant notre ère.

La première fois qu’un jardin paradisiaque est évoqué, c’est dans des tablettes cunéiformes de l’antique Sumer. Ce lieu enchanteur, réservé aux Dieux, excepté à Ziusudra, le Noé sumérien, est baptisé Dilmun que certains situent sur l’ile de Bahreïn.

Même si l’archéologue américain Juris Zarins  situa, dans les années 80, l’hypothétique Jardin d’Eden sur les rives du Golfe Persique, il est probable que ce Jardin ne corresponde pas vraiment à un lieu.

Il s’agirait plutôt d’un « concept » évoquant un espace luxuriant comme la littérature mésopotamienne le mentionnait souvent en référence aux magnifiques jardins des souverains.

D’ailleurs, les souverains assyriens et babyloniens, fervents adeptes de splendides jardins sont appelés «  jardiniers des dieux ».

 


Les péchés capitaux : capital à connaître pour rentrer au paradis

En 1215, le concile de Latran établit la liste officielle des péchés capitaux. A chacun sont associés les châtiments qui vont varier selon les époques  :

  • Luxure : les deux amants sont attachés l’un à l’autre par le cou ou sexe et poitrine dévorés par des serpents ;
  • Gourmandise : pendu par les pieds ;
  • Orgueil : supplice de la roue ;
  • Colère : le coléreux se fait dévorer le cerveau ;
  • Avarice : plongé dans le métal en fusion et embroché par Mammon, le prince des enfers ;
  • Paresse : allongé sous le poids de Satan qui le maintient dans les flammes ;
  • Envie : alternance d’une plongée dans un océan de feu et dans un fleuve glacé.

 


1 – Interview de Frédéric Lenoir publiée dans « Paradis et enfers » – Les cahiers Science& vie – N° 139 – Août 2013
2 – La notion de bonheur terrestre existait déjà chez les Grecs mais ce bonheur individuel était toujours assorti d’un bonheur collectif ; aujourd’hui, pour la toute première fois, l’individu a davantage d’importances que la communauté.
3 – Considéré par l’historien des religions Bernhard Lang de l’Université de Paderborn comme le père de la conception moderne du Paradis
4 – Selon Brigitte Lion, professeur d’histoire à l’Université de Tours – Paradis et enfers – Les cahiers Science& vie, p.26, N° 139 – Août 2013
5 – Le livre de Daniel est le plus récent de l’Ancien Testament. Daniel figure parmi les quatre « grands prophètes ». Le livre décrit des événements se déroulant de la captivité du peuple juif à Babylone sous Nabuchodonosor II, le roi de Babylone entre 605 et 562 av. J.-C., jusqu’à l’époque séleucide sous Antiochos IV. (Source Wikipedia). Le livre de Daniel est considéré comme un livre « apocalyptique » terme qui signifie littéralement « lever le voile ».
6 – Paradis et enfers – Les cahiers Science& vie – N° 139 – Août 2013- Du jardin d’Eden au jugement dernier – Marie Barral ; p. 30 et Edito d’Isabelle Bourdial
7 – « Le Cardinal et le philosophe » – Luc Ferry et Gianfranco Ravasi – éd. Plon – 2013


 

A visionner pour en savoir plus :


Les jardins de Babel par LPDE

Les tout premiers voyages low cost

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1841

Hello-w cost !

 

Les voyages à toute vapeur mais aussi à petit prix deviennent une réalité dès le milieu du XIXe siècle. Bien avant EasyJet ou FRAM, Thomas Cook, en serrant les budgets au maximum, va permettre à des ouvriers anglais d’être les tout premiers touristes populaires de l’histoire.

Surfant sur les nouveaux modes de vie et de transport, premiers bateaux à vapeurs traversant la Manche à partir de 1821 et trains à vapeur sillonnant l’Europe, Thomas Cook s’aventure hors des sentiers battus des « excursionnistes » de l’époque que sont les aventuriers et autres fortunés.

Le soleil toute l'année sur la Côte d'Azur

En 1841, Thomas Cook organise à l’intention de simples ouvriers anglais des voyages en train à prix modiques afin qu’ils s’enrichissent culturellement. Le voyage organisé low cost était né. Pour la toute première fois, voyager devient populaire.

Enrichissement culturel qui, hélas, n’ira pas de pair avec l’enrichissement, tout court. Notre premier tour-opérateur négociera, à partir de 1855, un virage en ciblant cette fois une clientèle « haut de gamme » constituée de médecins, de commerçants, d’ingénieurs et d’ecclésiastiques.

Face à de grands voyageurs comme Ibn Battuta qui, au XIVe siècle, parcourut 20 000 km ou Marco Polo (1254-1324), qui entreprit un voyage long de 24 ans, ces routards de la première heure apparaissent déjà comme des profanateurs de lieux historiques par leur pratique de visites aux pas de course.

Ouvriers ou nouveaux riches, ces touristes « au nez rouge et au petit rouge » comme on les appelle, en référence aux guides à la couverture rouge – comme le célèbre Baedeker apparu vers 1840 – figuraient l’avant-garde d’une horde de touristes qui, bientôt, déferleraient sur les spots touristiques de la planète.


Voyagez les premiers, messieurs les anglais !

Les tout premiers touristes sont anglais. Non pas pour fuir leur climat mais pour parfaire leur éducation. Il s’agit de voyage initiatique réservé aux aristocrates fortunés.

Ces voyages, que l’on appelle à l’époque « grand tour », vont les conduire sur le continent, en France, notamment à Paris, en Suisse et en Italie.

Ces touristes anglais seront donc les premiers à profiter de séjours hors de leur pays, partir à la rencontre d’autres populations et surtout aller à la découverte des vieilles pierres de la vieille Europe.

En France, pour la première fois le terme « Touriste » apparaît dans le Littré en 1803. Pour les auteurs du vénérable dictionnaire, il s’agit de : « voyageurs qui ne parcourent des pays étrangers que par curiosité et par désœuvrement – voyageurs anglais en France, en Suisse et en Italie ».

So british !


Un milliard de touristes à travers le monde en 2012 : le tourisme mondial s’envole !

 

Pour la première fois, en 2012, le nombre de touristes dans le monde a dépassé le milliard (1 milliard 35 millions), en hausse de 4 % sur un an, selon l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT).

Après une année 2009 désastreuse pour le tourisme, la pire depuis 60 ans, avec une chute de près de 4%, la population mondiale arpente donc plus que jamais la planète.

En tête des régions qui progressent le plus, on trouve l’Asie et le Pacifique, puis l’Afrique, suivie du continent américain et de l’Europe. Le Moyen-Orient ferme la marche en raison des conflits et de l’instabilité qui y règne.

Cet engouement pour les voyages devrait se poursuivre, en dépit du contexte économique morose. L’OMT prévoit 1 milliard 800 millions de touristes en 2030.

Ca plane pour le tourisme mondial.


A visionner pour le plaisir :


Les nuls – Histoire de la télévision – Le Tourisme par boudsat