jeudi, 27 avril 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

A. De 0 à 1300

Les toutes premières dettes publiques

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XIII ème siècle

Le choix de la dette…

 « Maudits ! Vous serez tous maudits jusqu’à la 13ème génération… ». Cette malédiction est proférée sur le bûcher, le 19 mars 1314, par Jacques de Molay, dernier grand maître des Templiers. Elle s’adresse au roi Philippe Le Bel -et à quelques autres- qui l’a fait arrêter, ainsi que 140 templiers de Paris, 7 ans plus tôt.

Le bûcher plutôt que payer la dette

En quête de fonds et excédé de voir ces richissimes Templiers exemptés d’impôts car sous la juridiction exclusive du Pape, Philipe Le Bel (1285-1314) choisit le bûcher pour ces chevaliers et, accessoirement, de leur confisquer l’argent amassé durant les Croisades.

En réalité, Philippe Le Bel doit renflouer coûte que coûte les Caisses de l’Etat pour faire face aux coûts exorbitants des guerres incessantes. Il va utiliser toutes les astuces pour réduire la dette publique : il jouera sur la valeur de la monnaie, manipulation qui revient de fait à des dévaluations (comme celle de 1306), ce qu’il lui vaudra le surnom de « roi faux monnayeur ». Il s’accaparera, sans état d’âme, des biens de ses créanciers. Juifs et Templiers furent ainsi les toutes premières victimes de la dette publique.

Mais, rendons cependant à César ce qui appartient à César, c’est Saint Louis (1215-1270) qui, en France, inaugurera une forme de dette publique, ou de dette souveraine, comme on dit aujourd’hui. Toutefois, cette notion ne sera introduite en France de manière officielle qu’à la fin du XVIII ème siècle. Dette qui restera la plaie des budgets de l’ancien régime et qui se poursuivra lors de la Révolution. Avec un niveau situé entre 70% et 80% du PIB, elle atteindra un niveau identique à celui d’aujourd’hui (66 % en 2005) ! (2) 

 L’Italie inaugure une nouvelle ère

Venise, Florence et Gênes, sont en réalité les toutes premières « Cités-Etats » à recourir à la dette publique, cherchant à financer sans trop d’effort leur soif d’expansion. Portées par une puissance commerciale et maritime, elles affirment ainsi, sans complexe, leur velléité de dominer la Méditerranée.

Le point d’orgue sera atteint lors de la Guerre de Choggia (1378-1381) qui aboutira quelques années plus tard à la constitution d’une institution : la Casa di san Giorgio.
Celle-ci sera chargée d’administrer la dette publique de Gênes et éviter ainsi la banqueroute. A partir de là, le modèle sera exporté dans toute l’Europe, puis ailleurs dans le monde. Le Japon l’adoptera à la fin du XIX ème siècle, avec les niveaux stratosphériques d’aujourd’hui (220 % /pib, la plus élevée du monde). Pour mémoire, la dette publique française s’élevait à 84.5% du PIB en mars 2011, ce qui représente 1646.1 milliards d’euros (Source INSEE), ou encore, données plus significatives, 6 années de rentrées fiscales !  

Tous les latins ne sont pas des cigales

Curieusement, malgré leurs visées expansionnistes, l’Empire Romain, ainsi que la Grèce antique, parviendront à pourvoir à leurs besoins financiers sans recourir de manière durable à la dette publique. La politique économique de la Grèce antique et plus encore celle de Rome ne s’engagent pas sur un endettement perpétuel de l’Etat. Les citées grecques peuvent émettre des emprunts mais ceux-ci restent ponctuels, comme le souligne l’historien et journaliste Emmanuel Laurentin. Ils emprunteront d’autres voies comme la dévaluation de leur monnaie ou le pillage des contrées envahies… A chacun ses méthodes.

Si la dette publique a fait son apparition dans une Europe médiévale, c’est que les conditions étaient réunies. Comme le démontre l’ouvrage « La dette publique dans l’histoire » (1), 3 conditions sont nécessaires : financement de guerres endémiques entre états, la monétarisation de l’économie et l’émergence d’instruments financiers. En résumé, la dette souveraine est engendrée par « des dépenses extravagantes induites par les grands conflits » (3).

La raison d’Etat ou l’Etat a toujours raison…

D’une certaine manière, l’histoire de la dette publique met en perspective le perpétuel rapport de force entre créanciers et débiteurs. Au début de la célèbre Guerre de 100 ans, le roi d’Angleterre, Edouard III, se trouva dans l’impossibilité de régler ses dettes. Ce qui entraîna la faillite des banques italiennes détentrices d’une part importantes des créances. 

Leçon de l’histoire : un Etat peut vivre à crédit un certain temps, puis se défausser de sa dette sans passer par la case prison. Mais cela n’est pas sans risques ni sans conséquences. En effet, lorsqu’un Etat fait faillite, les bénéficiaires des services de l’Etat et les épargnants (et donc les créanciers) en font les frais. En outre, cela implique de renoncer ensuite, et durant une longue période, à tout financement extérieur. Car, chat échaudé craint l’eau froide… 


La Chine : le grand « bonds » en avant ou les dettes cachées !

 La Chine exhibe officiellement un taux de dette sur le PIB de 20 % (mi-2011), contre 86 % en France et 99 % aux Etats-Unis. Seulement derrière ces chiffres se cache une dette masquée qui la  porterait à un taux beaucoup plus élevé. Si l’on inclut les dettes des collectivités locales, celles des chemins de fer et des banques, le chiffre s’élève entre 80 et 90 % selon Victor Shih, professeur à la Northwestern University (*). Pis, en y ajoutant les dettes des entreprises d’Etat, bénéficiant de la garantie de l’Etat, celle-ci atteint des sommets : 150 %, proche des ratios grecs.

A la différence de la situation européenne, cette dette soutient l’investissement et non la consommation. A court terme, cela entretient une croissance élevée qui risque de déboucher ensuite sur un surendettement difficile à endiguer, avec des projets qui apparaissent non viables.

Actuellement, les autoritès traitent le problème en repoussant les échéances des prêts et en acceptant plus d’inflation. Mais la véritable solution devra passer par un rééquilibrage du modèle au profit de la consommation qui s’accompagnera d’une réduction de taux de croissance.

* source : « les dettes cachées gangrènent le système ». Challenges – 8 décembre 2011

Les Etats, un lourd passé de faillites !

La carence d’un Etat vis-à-vis de ses créanciers est bien plus lourde de conséquences, notamment en terme de confiance en interne comme en externe, que la faillite d’une entreprise même si l’Etat n’encoure pas la liquidation pure et simple comme une société.

Cela dit, les épisodes de faillites d’Etats à travers l’histoire sont légions et le plus souvent pour des raisons de financement militaire. Rien que sur la période du XIXème et XX siècle, on en dénombre pas moins de 250, dont 126 pour la seule Amérique latine (4)

Le tout premier épisode de défaut de paiement débute avec Philippe le Bel, comme on la vu dans le sujet principal, qui annule ses dettes en 1307 et fait dissoudre l’Ordre des Templiers.

Puis c’est au tour d’Edouard III d’Angleterre de faire défaut à ses banquiers florentins en 1339 avant de répudier ses dettes en 1345.

En 1557, Philippe II, qui vient de succéder à son père Charles Quint, suspend les paiements ; mesure qu’il réitéra en 1575 et 1596 et dont la dernière aura pour conséquence la ruine des Fugger, banquiers d’Augsbourg.

Tandis que l’Espagne ploie littéralement sous le poids du service de sa dette publique à partir de la seconde moitié du XVI ème siècle, c’est-à-dire le versement des intérêts qui va représenter jusqu’à la moitié de ses revenus annuels (pour une dette publique de 800 % de ses revenus), elle fera défaut 5 fois au cours du XVII ème siècle, puis 7 fois au cours du XIX ème siècle.

La France peut rester modeste de ce point de vue, car entre 1550 et 1788, les Rois de France répudieront la dette publique à 8 reprises, la dernière amorçant probablement la Révolution Française.

La dernière faillite de l’Etat Français remonte à 1801, lorsque le Consulat décide d’amputer les bons aux porteurs de 95% de leur valeur.

Sur la période plus récente, c’est l’Amérique Latine qui devient Terre de faillites, avec 126 suspensions de paiement puis l’Afrique avec 63 au compteur. L’Europe va-t-elle prendre la relève ?

Source : « Huit cents ans de faillites d’Etats », par Samin Saul, professeur d’histoire à l’université de Montréal – Article publié dans la revue Histoire – Mars 2012
Actualisé le 24 mars 2012

(1) « La dette Publique dans l’histoire » -  J. Andreau, G. Béaur, J.-Y. Grenier – Ministère de l’Economie, 2006
(2) En 1788, les recettes de l’Etat s’élevaient à 500 millions de livres tandis que les dépenses représentaient 630 millions ; le montant total de la dette était de 4 millions de livres, environ. La participation à la guerre d’indépendance américaine représentait un montant d’1 milliard de Livres
(3) « Le long passé de la dette publique » – G. Béaur, Directeur de recherche au CNRS et à l’EHESS – Le Mensuel (Le Monde) – septembre 2011
(4) « This time is different, eight centuries of financial folly » – C.M Reinhart & K.S. Rogoff – Princeton University Press, 2009
 


les interêts de la dette publique française (en euros, source Planetoscope)

Chaque seconde les intérêts de la dette publique de la France coûte 1363 €, soit plus de 43 milliards payés chaque année sur une dette publique totale de 1 685 800 000 000 environ en septembre 2011 soit une dette de 25 830 euros par Français…

 


A visionner pour mieux comprendre :

Tous ruinés dans 10 ans, par Jacques Attali
Jacques Attali retrace l’histoire de la dette publique, qui est aussi celle de la constitution progressive de la fonction souveraine et de ce qui menace de la détruire.

http://youtu.be/KYOvFHTP8WQ

La dette publique pour les nuls
Explication des mécanismes financiers qui structurent l’économie mondiale. Attention, cette vidéo « pédagogique » représente qu’un seul point de vue.

La Dette publique pour les Nuls par Bonzou


A lire pour aller plus loin :

    • Tous ruinés dans 10 ans ?, de Jacques Attali
      Serons-nous bientôt ruinés ? Sommes-nous en train de ruiner nos enfants ? Jamais, sauf en période de guerre totale, la dette publique des pays les plus puissants du monde n’a été aussi élevée. Jamais les dangers qu’elle a fait peser sur leur niveau de vie et leur système politique n’ont été aussi menaçants. En France, en particulier, si un coup d’arrêt n’est pas donné au plus vite à la montée de la dette publique, le prochain président de la République ne pourra rien faire d’autre, pendant tout son mandat, que mener une politique d’austérité ; et la prochaine décennie fera chaque jour subir, à chacun des citoyens, les conséquences des folies de celle qui s’achève. Comment éviter aux générations prochaines d’avoir à payer très cher le cynisme de nos contemporains ?

 

    • L’échéance: Français, vous n’avez encore rien vu., de François De Closets, avec Irène Inchauspé – Editions Fayard
      Une enquête qui met en lumière les faits, les décisions oubliées et les comportements qui, pour la première fois de son histoire, ont ruiné notre pays en temps de paix. Nulle fatalité dans ce désastre. La mondialisation et la financiarisation sont les mêmes pour tous. D’où vient que la France ait moins bien résisté que la Suède, le Canada, l’Allemagne et bien d’autres ?

 

 

 

  • Une histoire de la dette.
    Un blog entièrement consacré à l’analyse de la question de l’endettement privé et public. Il porte notamment sur la situation française et européenne mais ne s’interdit pas de s’intéresser aux Etats-Unis et aux pays asiatiques.

Bonnes lectures !

Le tout premier « effeuillage » médiatique

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An 28 (environ)

La tête et les jambes !

Salomé a inspiré de nombreux artistes, de Gustave Moreau en passant par Oscar Wilde
Salomé a inspiré de nombreux artistes, de Gustave Moreau en passant par Oscar Wilde

 

La scène se déroule devant Hérode Antipas, tétrarque de Galilée. Pour son anniversaire, auquel il a convié de nombreux dignitaires, officiers et notables, Hérode invite Salomé à danser.

Celle-ci, alors très jeune, accomplit divinement une danse qui, selon la légende , va dévoiler progressivement les parties de son corps les plus intimes. Le tout premier « strip-tease » rapporté dans les livres d’histoire.

Elle lui a fait tourner la tête…

Hérode, subjugué par cet effeuillage aussi voluptueux qu’inédit, s’engage à récompenser Salomé à la hauteur de sa prestation : « Demande moi ce que tu voudras…je te le donnerais, fut-ce la moitié de mon royaume ». Poussée par sa mère, Hérodiade, Salomé réclame alors la tête de Jean-baptiste sur un plateau.

Pourquoi Jean-Baptiste ? Parce qu’il avait dénoncé, au nom de la loi juive, le remariage d’Hérodiade avec Hérode alors que celle-ci était déjà mariée à son frère, Philippe. Que la vie est compliquée !

2000 ans de « pruditudes »…

Ce chaud-froid a-t-il eu raison des ardeurs d’autres amateurs ? Quoi qu’il en soit, on ne reverra pas d’effeuillage, en tout cas médiatisé, avant 1895. Cette fois, ce n’est plus à la cour d’un haut dignitaire que le spectacle se déroule mais dans un café-concert parisien, le divan japonais.

Quant au terme « strip-tease », il serait né au Etats-Unis dans les années 1900, à la suite d’un effeuillage impromptu d’une artiste ayant dégrafé sa robe par mégarde.

Notre Colette sera célébrée autant pour sa tête que pour ses jambes; elle sera, en effet,  l’une des premières danseuses nues de Paris. Le mouvement initié il y a 2000 ans par Salomé allait enfin pouvoir relever la tête… et avec une tête bien faite !

Salomé par paul Baudry - foyer de l Opéra de paris
Salomé par Paul Baudry – foyer de l’Opéra de Paris

A visionner pour le plaisir :


Version contemporaine de l’opéra de Richard Strauss d’après Oscar Wilde, avec Karita Mattila.

 


Version du même opéra, mise en scène par le « SOFIA OPERA AND BALLET »


 A voir ou à revoir :

  • Salomé, la célèbre pièce d’Oscar Wilde, en DVD, avec Myriam Cyr dans le rôle de la sulfureuse Salomé
  • Richard Strauss : Salomé. La version qui rend à l’oeuvre tout son sens : une Salomé sulfureuse, tour à tour innocente, manipulatrice, amoureuse, capricieuse, amère, joueuse, fière, hésitante et surtout vibrante de désir, n’aspirant qu’à se perdre en Iochanaan… Un grand moment et un grand spectacle.

Les tout premiers pas du zéro

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+ 400 ans environ

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Le meilleur des nombres

« Le zéro, ce rien qui peut tout », pour reprendre l’expression de Denis Guedj[1]. Le zéro, c’est le plus mystérieux des nombres, il a été longtemps considéré comme un sortilège, voire renié, comme l’a fait Aristote.

En vérité, la première fois que le zéro fut employé remonte aux Babyloniens, encore eux, il y a 5000 ans ! Les scribes de l’époque inventèrent un signe de séparation dans l’écriture des nombres, un double chevron incliné. Ce fut la première forme de zéro : un chiffre servant de marquage d’une position vide, dans leur système de numération.

La deuxième « invention » du zéro, on la doit aux astronomes mayas, durant le 1er millénaire de notre ère, ce qui peut paraître peu précis. Là encore, il s’agit d’un signe séparateur pour écrire les nombres sans ambiguïté. Le zéro des mayas, sorte d’ovale horizontal qui se rapproche de notre représentation, endossait plusieurs représentations graphiques, les glyphes qui, tous, repré-sentaient des coquilles ou des coquillages.

Mais, la véritable toute première fois que le zéro entre en scène, avec l’ensemble de ses trois fonctions (le zéro opérateur, le zéro chiffre et enfin le zéro nombre), c’est grâce à un mathématicien indien, Aryabhata. Nous sommes au Vème siècle de notre ère. Une ère nouvelle s’ouvre à nous à condition d’être patient. Car, il faudra attendre l’an 825 pour que cette innovation se propage grâce au traité sur les nombres indiens rédigé par un mathématicien arabe (Al-Khwarezmi).

Avec ce zéro, versus indien, le statut du nombre change radicalement. On passe de « il n’y a rien » à « il y a rien », autrement dit, « il n’y a pas de quelque chose » à « il y a un zéro qui a une valeur nulle ». Cela change tout.

La première représentation de ce zéro indien est un petit cercle, sunya, le vide. Mais si le zéro indien a signifié le vide, l’absence, il décrit également l’espace, le firmament, la voûte céleste…

Ce zéro contient donc à la fois le vide et l’infini, ce que traduit d’ailleurs sa racine arabe : Sifr. Ironie de l’histoire, c’est le petit dernier des nombres qui fournira son nom à toute la lignée : les chiffres.

Le zéro n’a probablement pas livré tous ses secrets, comme l’ont pressenti les moines de l’abbaye de Salem, en inscrivant dans un codex, à la fin du XIème siècle : « chaque nombre jusqu’à l’infini a jailli de 1 et, par conséquent, de 0. En ceci réside un profond mystère ».

Et que serait advenu de James Bond sans le zéro !

Et que serait advenu de James Bond sans le zéro !


1 – Professeur de l’histoire des sciences à Paris VIII où il a enseigné les mathématiques et le cinéma. Il est également écrivain et cinéaste.


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Zéro ! Zéro de conduite, tolérance zéro, reprendre à zéro… Le zéro signifie à la fois l’absence et le vide. Mal aimé, il a su prendre sa revanche… Une émission de Canal Académie, première radio académique francophone sur internet.
  • Zéro, la biographie d’une idée dangereuse. Charles Seife raconte avec clarté l’histoire extraordinairement mouvementée de ce concept, qui est aujourd’hui une des clefs de la physique quantique, de la compréhension des trous noirs et de la naissance de l’univers.
  • Zéro : Ou Les cinq vies d’Aémer, de Denis Guedj. De la lointaine Uruk à la merveilleuse Babylone, de la légendaire Ur à la riche Bagdad, les villes des vallées du Tigre et de l’Euphrate sont le berceau de la civilisation. Là, éleveurs et marchands ont inventé l’écriture et le calcul, affinant siècle après siècle la science des mathématiques jusqu’à imaginer un nombre qui n’en est pas un : le zéro.

Mahomet, le tout dernier des prophètes

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610

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La « voix » de l’Islam

Orphelin, meneur de clans, fomenteur de razzias, chef religieux et habile politique, mais aussi méditant voire mélancolique, Mahomet, le dernier des prophètes selon l’Ange Gabriel, connaitra un destin hors du commun des mortels, à l’origine de l’une des plus puissantes religions de la planète. Entre vérités historiques et légendes, comment  en sommes-nous arrivés là ?

Pour l’Islam tout a vraiment commencé vers 610 ap. J.-C. Au cœur de l’Arabie (1), dans la grotte du Hedjaz, un homme d’une quarantaine d’années entend une voix qui l’invite à annoncer l’existence d’un Dieu unique. Pas si simple dans une société en proie au polythéisme. Cet homme s’appelle Mahomet. Il est orphelin, commerçant, marié et père de famille et habite La Mecque. En un siècle, les fidèles du Prophète vont répandre sa parole à travers le monde, du Maroc au nord de l’Inde. 1400 ans plus tard, ils représenteront plus d’un milliards de croyants.

Une transmission orale

L’Islam est fondé sur la révélation transmise par le Coran mais aussi sur la vie même de Mahomet, mélant ainsi ses amours, ses croyances, ses désirs, ses colères. Bref tout ce qui a façonné son parcours et sa personnalité, du moins tel que révélé par les écrits (2). Ecrits qui reposent essentiellement sur une transmission orale. Mahomet -puis ses disciples- sera voix de l’Islam ! Selon la Syra, une biographie du prophète écrite 70 ans environ après sa mort, Mahomet est né en 570 à La Mecque. Mahomet fait partie du clan des Hachémites rattaché à la Tribu quraychite dont la vocation est de garder, la Kaaba, le sanctuaire de la ville et d’assurer l’approvisionnement aux pèlerins.

Une enfance difficile mais bénie des Dieux ! 

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La Mecque, vers 570

Dans sa petite enfance, tout laisse à penser que le mauvais sort s’est acharné sur le futur prophète : Il ne connaitra jamais son père qu’il perd dès sa naissance, sa mère mourra lorsqu’il aura 6 ans, son grand-père , Abd al-Mottalib  le recueillera alors et l’emploiera comme berger. A la disparition de son grand-père 2 ans plus tard, c’est son oncle, Abou Talib, qui prendra la relève. Cependant, selon son biographe Ibn Ishaq (808/873), la mère de Mahomet fut dès le début touchée par la grâce : « Quand j’étais enceinte de mon fils, une lumière se dégagea de moi et illumina pour moi le palais de Busra en Syrie. Je n’aurais jamais imaginé une grossesse aussi légère facile que celle-là ! A sa naissance, il mit les mains vers le sol et tourna la tête vers le ciel. » (3) A son adolescence, Mahomet est remarqué par Bahira, un moine Chrétien, qui lui promet un avenir remarquable. Cependant, on sait peu de choses sur les premières années du futur prophète. Est-il illettré, comme certains le prétendent ou au contraire plutôt cultivé comme le pensent les Historiens ? Les avis divergent.

« Ton seigneur ne t’a pas abandonné »

Selon les écrits, Mahomet est un exemple de perfection à la fois morale, psychique et physique, doté de grands yeux noirs éclairant une tête plutôt volumineuse prolongée par une barbe fournie. caravane A 25 ans, après avoir été caravanier, il est embauché comme intendant par Khadija, une riche commerçante de près de 20 ans son aînée. Elle va l’épouser malgré leurs différences de situation, comme le souligne la sourate 43 du Coran : « Ton Seigneur ne t’a pas abandonné (…)/ Il t’a trouvé égaré et il t’a dirigé / Il t’a trouvé miséreux et il t’a enrichi. » Mahomet restera fidèle à son épouse qui lui donnera, après 15 ans de mariage, une dernière fille à 59 ans, du moins selon les écrits. Khadija sera ainsi la toute première musulmane à enfanter. Nous revoici donc dans les années 610. Mahomet a pris l’habitude de méditer plusieurs nuits de suite dans une grotte du mont Hirâ près de La Mecque. C’est alors que Mahomet est confronté à sa toute première vision : « O Mahomet, tu es le messager de Dieu ». Paniqué, il se réfugie chez son épouse avant d’envisager le pire : se jeter du haut d’un rocher. C’est à ce moment que l’Ange Gabriel, -Jibril - (selon les sourates tardives) se présente à Mahomet et lui ordonne : « Récite. » C’est ainsi que sont délivrés les tout premiers versets du Coran (3). Pour les musulmans orthodoxes, Mahomet n’est qu’un « vecteur » neutre du Coran : c’est la parole incréée de Dieu. Il faudra attendre 3 années avant que Mahomet s’autorise à délivrer le message divin auprès du « grand-public ». Un message qui porte sur l’existence d’un dieu unique et tout puissant, sur le jugement dernier -thème très présent chez Mahomet-et sur le paradis -le jardin des délices -réservé aux bons musulmans mais aussi la critique des Quraychites et la protection des plus faibles. Bref, un message qui dérange et qui déplait fortement aux grandes familles locales soucieuses de préserver leur pouvoir religieux.

Mahomet consacré « Dernier des prophètes »

Le paradis des Musulmans, les jardins des délces

Le paradis des Musulmans, les jardins des délces

En 620, Mahomet qui vient de perdre son épouse et son oncle, connaît une nouvelle expérience mystique. Mahomet est réveillé par l’Ange Gabriel qui le fait monter sur une Buraq, une créature volante entre la mule et l’âne avec une tête de femme. Après un Conseil qui réunit tous les prophètes de la Bible, Mahomet est consacré Dernier des prophètes. Il subit alors une ascension vers les cieux. Il franchit 7 niveaux de ciel, -le fameux 7ème ciel- avant de parler avec Allah qui lui enjoint de prier 5 fois par jour. Ses fidèles seront dans un premier temps très sceptiques face à ces révélations. Mahomet quittera La Mecque, le 16 juillet 622 pour Yathrib, une oasis située à 350 km. Cette émigration, appelée hijra (Hégire) est un marqueur-clé pour les musulmans, un acte fondateur. A partir de là, les sourates du Coran, jusqu’ici courtes, deviennent de véritables tirades avec une forte connotation juridique. Au cœur de l’oasis de Yathrib, bientôt baptisée Médine (la ville), Mahomet fera construire la toute première mosquée.

Nul n’est prophète en son pays !

Isolés, misérables, Mahomet et ses fidèles vivent alors une période difficile. Le prédicateur, qui se prétend supérieur à Moïse, est plutôt vu d’un mauvais œil par les tribus locales en proie aux rivalités tribales. Pour sortir de cette misère, Mahomet mobilise différents clans en vue d’attaquer les caravanes. Ce sont les premières Razzias au nom d’Allah. C’est ainsi qu’est lancée la notion de « Djihad dans la voie de Dieu », qui n’est pas encore la Guerre sainte qui ne verra le jour qu’au IXème siècle. En 630, fort d’une armée de 10 000 hommes issus d’un agglomérat de tribus, Mahomet enlève La Mecque , presque sans combattre. Pour la toute première fois, Mahomet établit ce qui va régir tous les aspects de la vie du musulman. Cela ira du rôle et de « l’usage » des femmes en passant par l’héritage, le tout selon la loi d’Allah. 2 ans plus tard, le prophète meurt d’une attaque durant sa sieste sans qu’on en connaisse la cause : empoisonnement lent ou mort naturelle. N’ayant laissé aucun testament, sa disparition ouvre la question de la succession de Mahomet et la voie à d’interminables querelles. Le père d’Aïcha, sa troisième épouse -de 40 ans sa cadette- et probablement sa favorite, deviendra le tout premier calife. L’épopée de l’Islam peut désormais commencer et elle sera multiforme comme le décrit Hani Ramadan (frère de Tarik Ramadan), directeur du Centre islamique de Genève (7) : « L’islam est une organisation complète qui englobe tous les aspects de la vie. C’est à la fois un Etat, une nation, un gouvernement et une communauté, une morale et une force, ou encore le pardon et la justice. L’islam est en même temps une culture et une juridiction, une science et une magistrature, une matière et une ressource… ». Pour ce monde à part entière, c’est ainsi que tout a commencé ! Publié le 22 avril 2016


Les dates-clés de l’Islam des origines

  • 570  : naissance de Mahomet à la Mecque
  • 595 : mariage avec Khadija
  • 612 : début de la prédiction
  • 615 : émigration en Abyssinie de ses adeptes
  • 617 : Mahomet est mis au banc de son clan
  • 622 : Hégire, émigration de Mahomet à Yatrhib, future Médine
  • 624 : première victoire contre les Mecquois
  • 630 : Prise de la Mecque par Mahomet
  • 632 : pèlerinage de Mahomet à la Mecque
  • 8 juin 632 : mort de Mahomet
  • Vers 700 : version officielle du Coran
  • 750 : début d’un cycle de rébellions et de répressions après la perte du pouvoir par les Omeyyades au profit des Abassides

Sur la piste de l’Islam des origines

5-piliers-Islam Jacqueline Chabri, professeur honoraire des universités, spécialistes des origines de l’Islam, explique dans son livre « Les trois piliers de l’Islam »(5), qu’il est nécessaire de redonner une dimension humaine à l’Islam des origines. Face aux 5 piliers de l’Islam (6) reconnus par les musulmans, elle se fonde sur une vision plus historique qu’idéologique pour mettre en avant seulement 3 piliers. Ces 3 piliers définissent, selon elle, le rapport, au VIème siècle,  de la société tribale de familles patriarcales en Arabie avec le divin en tenant compte également des conditions de vie spécifiques à l’environnement, c’est à dire le désert. A ses yeux, les 3 piliers sont : – L’alliance, qui assure le lien de solidarité des hommes entre eux et avec les Dieux; – La « bonne guidance », qui est le pilier central car spécifique à cette société et à la rudesse des conditions. Car en dehors de la bonne piste, point de salut, au sens propre, survie dans le désert, comme au sens figuré; – Le don, qui met en avant la notion de partage au sein d’une même tribu, en commençant par entretenir sa famille. Ainsi, Mahomet exhortera les gens à la générosité à Médine. A cette époque, dans cette société, le pragmatisme prévaut; selon J. Chabri, les normes sociales alors l’emportent sur l’idéologie coranique. Le wahhabisme aujourd’hui prétend remonter à un islam premier qui n’a jamais existé tel quel, prétend Jacqueline Chabri.


1 – Il existe que peu de données purement historiques, la plupart s’appuie sur la Tradition, c’est-à-dire des informations issues des hadiths, c’est-à-dire les recueils de la parole de Mahomet lui-même, de la biographie officielle, la Sira ou le Coran, lui-même. 2-  Les informations les plus essentielles comme les dates de naissance et de décès de Mahomet ou encore le nombre d’épouses divergent selon les sources. 3 – Le point N° 2208 – 8 janvier 2015- La vraie vie de Mahomet . p. 42 à 54 4- Il existerait au moins 3 ou 4 versions du Coran avant que ne s’impose la version « officielle », la vulgate dite du Calife Othman, officialisée vers 700. 5- Entretien avec Jacqueline Chabri, Sur la Piste du Coran – L’obs N° 2685 du 21 avril 2016, à propos du livre « Les trois piliers de l’Islam, lecture anthropologique du Coran- Ed. du Seuil – 2016 6- les 5 piliers de l’Islam sont : La profession de foi, c’est à dire déclarer avec conviction « Lâ ilâha illa-Llâh, Mohammadou-r-rasoulou-Llâh. », « Il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah et Mohammed est Son messager. », la prière, donner la Zakat (donner aux pauvres), le jeûne du Ramadan, le pèlerinage à La Mecque 7 Cité dans « Le suicide français – Eric Zemmour – P482 – Ed. Albin Michel ; 2014


A visionner pour mieux comprendre :

 

Les tout premiers couples indissolubles

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Posté par fabrice
 

1215

Histoire du couple

Du couple aux lèvres !

 

Selon les points de vue, la vie en couple date de 3000 ans, 12000 ans ou même de 150 millions d’années si l’on s’en réfère aux termites ! Cependant, en dehors des termites et de quelques autres énergumènes, la notion de « couple à vie » est apparue chez les humains au XIIIème siècle. Est-ce pour le meilleur ou pour le pire ?

Il a fallu des millénaires pour que la notion de couple passe de l’âge de raison à l’âge de la passion et de l’amour. Des millénaires, voire beaucoup plus si l’on s’en réfère au mode de vie stricto sensu. De ce point de vue, ce sont les termites, il y a 150 millions d’années (voir encart), qui inaugurent ce type de relation sociale. Le roi et la reine termite, une fois en couple, ne sortiront plus de leur chambre nuptiale et cela jusqu’à leur mort. Une vraie vie de couple inséparable !

Il y a plusieurs millions d’années, un premier pas vers la monogamie

Chez l’homme (ou plus exactement les ancêtres de l’homme), autre animal social, tout comme pour les termites, c’est l’instinct qui va lui dicter dans un premier temps son comportement social et parental. Il y a plus de 5 millions d’années, il est probable que se mette en place un début de monogamie (non exclusive), tout simplement dans le but d’élever sa progéniture. Le petit de l’homme prend son temps pour devenir adulte et a donc besoin de parents relativement stables. La survie de l’espèce est en jeu.

La grande révolution qui va conduire au couple est en marche. Avec l’entrée en scène du langage, les choses se compliquent : on assiste aux toutes premières scènes de ménage (1).

Il y a 12 000 ans, la grande aventure du couple commence

Mais, le véritable acte fondateur du couple remonte à 10 000 ans avant notre ère lorsqu’apparaissent les tout premiers villages. Une organisation sociale de la vie économique conduit à répartir les tâches entre les hommes et les femmes. Même si de nombreuses tribus restent polygames, c’est le coup d’envoi de l’aventure du couple.

mariage romain avec une jeune fille de douze ansIl y a 3000 ans, la société gréco-romaine fête les tout premiers mariages. Pour le citoyen romain, celui-ci est un passage obligé et un devoir. Il s’agit d’assurer la descendance et surtout de fournir beaucoup de soldats. Le mariage est à la fois une affaire économique et familiale dans une recherche d’intérêts réciproques.

Le plus souvent, tout est réglé dès la naissance de la fille. Le mariage est autorisé dès l’âge de 12 ans. Le fils apporte la terre, la fille, la dot. Le mari devient le maître absolu de son épouse. Celle-ci doit rester totalement fidèle, tandis que le mari dispose à son gré de courtisanes, concubines, esclaves et prostituées.

S’il rembourse la dot, le mari peut changer d’épouse comme bon lui semble (2). Ainsi, Mécène (vers 16 avant J.-C.) répudia et réépousa plus de 1000 fois sa femme au grès de leurs disputes.

Pour l’homme, c’est l’âge d’or de la sexualité. Tout lui est permis; le sexe sous toutes ses formes avec tout partenaires et toutes formes d’instruments. Le couple existe donc mais dans une forme libertine, surtout pour l’homme. Car l’épouse, en cas d’adultère, est répudiée sur le champ.

 L’Eglise consacre l’union à vie pour le meilleur et pour le pire…et sans le plaisir 

L’Eglise va remettre de l’ordre. C’est à partir de 1215, lors du quatrième concile du Latran, que la mariage chrétien s’impose réellement à tous en sortant de la sphère familiale privée et en entrant dans le « domaine public ». Le mariage devient alors un sacrement.

le mariage catholiqueSurtout, l’union repose sur le libre consentement des époux et cela devant témoins, c’est à dire le public, la famille, les voisins, les proches et devant Dieu, via le prêtre. Revers de la médaille, le mariage devient irrépudiable sauf en cas de consanguinité ou d’impuissance masculine avérée. Voilà, les tout premiers couples à vie !

Cette situation est pour l’homme difficile à avaler. Parfois, celui-ci ne voit pas d’autres solutions pour quitter sa femme que de la tuer. Le concile de Trente (1545 – 1563) ainsi que la Contre-Réforme catholique vont ensuite renforcer sérieusement « les liens du mariage ». Le mariage se place pour la toute première fois sous le triple contrôle de contrôle de la famille, de l’Eglise et de l’Etat.

Sous contrôle également, la manière de pratiquer la sexualité. L’Eglise va faire du plaisir un péché. Tout rapports inféconds sont interdits On va jusqu’à brûler les clitoris au fer rouge. Jusqu’au milieu du XXème siècle, le plaisir pour la femme restera un continent ignoré. Encore en 1880, s’embrasser sur la bouche dans la rue est interdit car considéré comme un attentat à la pudeur.

L’Eglise perd la main mais rien ne bouge

Si le code Napoléon, à la fin du XIXème siècle, laïcise le mariage, rien ne change réellement sur le fond. Le divorce reste quasiment impossible et le chef de famille a tout pouvoir.

Il faudra attendre le début XXème siècle pour que l’horizon s’éclaircisse pour les couples. Pour la toute première fois, un homme et une femme auront la liberté de se choisir. Un vent de liberté et de volupté commence à souffler. Une légère brise simplement, car dans les années 40, l’homme garde l’autorité sur la famille, notion qui est venue supplanter alors celle de couple.

Le couple enfin libéré

Ce vent de contestation soufflera en tempête, partout dans le monde, en 1968 (2). Pour la toute première fois, le couple dessine son idéal : 2 individus qui veulent être heureux ensemble et s’épanouirent sexuellement. Tout simplement. On connait la suite : mon corps m’appartient; jouir sans entraves.

A partir de 1970 : Un couple, c’est un homme et une femme, à égalité. Et pour la toute première fois dans l’histoire le viol conjugal est reconnu. Désormais, le couple est une œuvre d’art à construire ensemble.

Si aujourd’hui « le couple est la norme dans la plupart des sociétés » comme l’explique le biologiste Franck Cézilly(3) « c’est avant tout pour des raisons culturelles ».  

Dans nos sociétés, Il s’instaure une sorte de compromis entre les avantages du couple et la tentation de voir ailleurs. L’homme serait-il en train de devenir un « monogame en série » ?   

Publié le 5 août 2013

Un monde sans sexe.

On le sait chez les bactéries, le sexe est tout simplement banni. les pauvres !

monde sans sexeMais chez les êtres normalement constitués, c’est à dire tous les animaux, dont nous faisons partie, on pensait jusqu’ici que pour avoir une descendance, la sexualité, et donc l’accouplement, était un passage obligé. Obligé et souvent suscité et apprécié!

Autrement dit, un mâle et une femelle, avec différentes variantes, mais au final toujours un accouplement. C’était la règle!

He bien, que ni, ni ! On a désormais la preuve que certaines espèces ne connaissent pas la sexualité et s’en sortent très bien.

En effet, les rotifères bdelloïdes, petits invertébrés incroyablement résistants, résistent à tout, ou presque, comme les radiations…et même au sexe.  Pis, les ancêtres pratiquaient le sexe, puis ont abandonné cette pratique voici des dizaines de millions d’années au profit d’une reproduction uniquement asexuée(6).  Les rotifères bdelloïdes, qui comptent plusieurs centaines d’espèces, n’alignent que des femelles !

Pourtant, on avait dit que le brassage génétique que procure la sexualité représente un tel avantage évolutif que tout autre mode de reproduction, pour les êtres un tant soit peu évolués, conduit inévitablement à un échec. La raison tient au fait que les clones comptent uniquement sur les mutations aléatoires pour se diversifier et s’adapter à l’environnement et ces mutations sont souvent délétères.

On connaissait déjà, des modèles de reproduction asexuée, appelé parthénogenèse, qu’utilisent certains lézards ou poissons, mais celle-ci se pratique en parallèle d’une reproduction sexuée. Un plus, en quelque sorte.

Alors comment se débrouillent les rotifères bdelloïdes ? Elles utilisent deux stratagèmes : d’abord, elles intègrent dans leurs chromosomes de nombreux fragments d’ADN d’autres espèces. Et puis, elles utilisent un mécanisme appelé « conversion génétique » qui permet d’éviter les mutations nuisibles.

Selon les scientifiques, il se pourrait bien que d’autres espèces, à découvrir, se passent aussi de sexe.

Il n’y a donc pas que le sexe dans la vie !


Les termites : tout premiers couples de l’histoire.

Il y a 150 millions d’années apparaissaient les termites et avec elles, les toutes premières relations sociales fondées sur le couple (4), pour ne pas dire le mariage.

Une fois leur flamme réciproque déclarée et consommée dans leur chambre nuptiale creusée pour l’occasion, les deux amants, monsieur et madame termite, le roi et la reine, ne se quittent plus. Pis, ne sortiront plus de cette chambre qui sera aussi leur tombeau. Rappelons que le roi et la reine d’une colonie sont les seuls individus sexués de la colonie. La sexualisation des larves est inhibée par des phéromones secrétées par le couple royal sauf au moment de la formation des nymphes.

Comme signe de fidélité réciproque et absolu, le couple se coupent les ailes et les antennes. Fini le vagabondage. Le temps passant, comme beaucoup de couples humains, ils « baiseront » de moins en moins souvent et deviendront grassouillet, pour ne pas dire plus, ils tripleront de volume.

Main dans la main ou plutôt pattes dans les pattes, ils attendront ensemble la mort après avoir eu beaucoup de rejetons.


La fidélité : un mariage de raison ?

9 % des mammifères ont choisi la monogamie (5). Pour expliquer ce taux relativement élevé , trois hypothèses : la théorie de la dispersion des femelles, celle de la prévention des infanticides, et celle des soins parentaux.

Entre les trois, le cœur des scientifiques balance encore. La première théorie intègrerait les deux autres, de facto. Mais selon des modèles mathématiques, la volonté de protéger avant tout sa descendance serait plus fort que tout.

Quoi qu’il en soit, il semble bien que la monogamie offre un avantage évolutif indéniable. Chez les humains, lorsque la polygamie est permise, seuls 20 % la pratiquent, souvent pour des raisons économiques (4).

Pourtant, ne dit-on pas : le Rossignol est fidèle tant qu’il reste enfermé dans sa cage !

 


1 – Documentaire « La grande histoire du Couple » ARTE – Arnaud Levert , Sophie Lepault, Julien Hamelin
2 – Ca m’intéresse – Histoire – Juillet-août 2013 – N°19
3 - Source : Le Figaro – 6 Août 2013 – Sciences p.8
4- « Tous nos fantasmes sont dans la nature » – Tobie Nathan – Ed. Mille & une nuits
5 – Science – Août 2013 – Etude de Lukas et Clutton-Brock – université de Cambridge
6- Pierre-Henry Gouyon, chercheur au Muséum national d’histoire naturelle, cité dans le Figaro du 6 août 2013


A visionner pour aller plus loin :


Evolution de la famille :