samedi, 18 mai 2013

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Les temps modernes

Les toutes premières dettes publiques

(votes : 6)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 

XIII ème siècle

Le choix de la dette…

 « Maudits ! Vous serez tous maudits jusqu’à la 13ème génération… ». Cette malédiction est proférée sur le bûcher, le 19 mars 1314, par Jacques de Molay, dernier grand maître des Templiers. Elle s’adresse au roi Philippe Le Bel -et à quelques autres- qui l’a fait arrêter, ainsi que 140 templiers de Paris, 7 ans plus tôt.

Le bûcher plutôt que payer la dette

En quête de fonds et excédé de voir ces richissimes Templiers exemptés d’impôts car sous la juridiction exclusive du Pape, Philipe Le Bel (1285-1314) choisit le bûcher pour ces chevaliers et, accessoirement, de leur confisquer l’argent amassé durant les Croisades.

En réalité, Philippe Le Bel doit renflouer coûte que coûte les Caisses de l’Etat pour faire face aux coûts exorbitants des guerres incessantes. Il va utiliser toutes les astuces pour réduire la dette publique : il jouera sur la valeur de la monnaie, manipulation qui revient de fait à des dévaluations (comme celle de 1306), ce qu’il lui vaudra le surnom de « roi faux monnayeur ». Il s’accaparera, sans état d’âme, des biens de ses créanciers. Juifs et Templiers furent ainsi les toutes premières victimes de la dette publique.

Mais, rendons cependant à César ce qui appartient à César, c’est Saint Louis (1215-1270) qui, en France, inaugurera une forme de dette publique, ou de dette souveraine, comme on dit aujourd’hui. Toutefois, cette notion ne sera introduite en France de manière officielle qu’à la fin du XVIII ème siècle. Dette qui restera la plaie des budgets de l’ancien régime et qui se poursuivra lors de la Révolution. Avec un niveau situé entre 70% et 80% du PIB, elle atteindra un niveau identique à celui d’aujourd’hui (66 % en 2005) ! (2) 

 L’Italie inaugure une nouvelle ère

Venise, Florence et Gênes, sont en réalité les toutes premières « Cités-Etats » à recourir à la dette publique, cherchant à financer sans trop d’effort leur soif d’expansion. Portées par une puissance commerciale et maritime, elles affirment ainsi, sans complexe, leur velléité de dominer la Méditerranée.

Le point d’orgue sera atteint lors de la Guerre de Choggia (1378-1381) qui aboutira quelques années plus tard à la constitution d’une institution : la Casa di san Giorgio.
Celle-ci sera chargée d’administrer la dette publique de Gênes et éviter ainsi la banqueroute. A partir de là, le modèle sera exporté dans toute l’Europe, puis ailleurs dans le monde. Le Japon l’adoptera à la fin du XIX ème siècle, avec les niveaux stratosphériques d’aujourd’hui (220 % /pib, la plus élevée du monde). Pour mémoire, la dette publique française s’élevait à 84.5% du PIB en mars 2011, ce qui représente 1646.1 milliards d’euros (Source INSEE), ou encore, données plus significatives, 6 années de rentrées fiscales !  

Tous les latins ne sont pas des cigales

Curieusement, malgré leurs visées expansionnistes, l’Empire Romain, ainsi que la Grèce antique, parviendront à pourvoir à leurs besoins financiers sans recourir de manière durable à la dette publique. La politique économique de la Grèce antique et plus encore celle de Rome ne s’engagent pas sur un endettement perpétuel de l’Etat. Les citées grecques peuvent émettre des emprunts mais ceux-ci restent ponctuels, comme le souligne l’historien et journaliste Emmanuel Laurentin. Ils emprunteront d’autres voies comme la dévaluation de leur monnaie ou le pillage des contrées envahies… A chacun ses méthodes.

Si la dette publique a fait son apparition dans une Europe médiévale, c’est que les conditions étaient réunies. Comme le démontre l’ouvrage « La dette publique dans l’histoire » (1), 3 conditions sont nécessaires : financement de guerres endémiques entre états, la monétarisation de l’économie et l’émergence d’instruments financiers. En résumé, la dette souveraine est engendrée par « des dépenses extravagantes induites par les grands conflits » (3).

La raison d’Etat ou l’Etat a toujours raison…

D’une certaine manière, l’histoire de la dette publique met en perspective le perpétuel rapport de force entre créanciers et débiteurs. Au début de la célèbre Guerre de 100 ans, le roi d’Angleterre, Edouard III, se trouva dans l’impossibilité de régler ses dettes. Ce qui entraîna la faillite des banques italiennes détentrices d’une part importantes des créances. 

Leçon de l’histoire : un Etat peut vivre à crédit un certain temps, puis se défausser de sa dette sans passer par la case prison. Mais cela n’est pas sans risques ni sans conséquences. En effet, lorsqu’un Etat fait faillite, les bénéficiaires des services de l’Etat et les épargnants (et donc les créanciers) en font les frais. En outre, cela implique de renoncer ensuite, et durant une longue période, à tout financement extérieur. Car, chat échaudé craint l’eau froide… 


La Chine : le grand  »bonds » en avant ou les dettes cachées !

 La Chine exhibe officiellement un taux de dette sur le PIB de 20 % (mi-2011), contre 86 % en France et 99 % aux Etats-Unis. Seulement derrière ces chiffres se cache une dette masquée qui la  porterait à un taux beaucoup plus élevé. Si l’on inclut les dettes des collectivités locales, celles des chemins de fer et des banques, le chiffre s’élève entre 80 et 90 % selon Victor Shih, professeur à la Northwestern University (*). Pis, en y ajoutant les dettes des entreprises d’Etat, bénéficiant de la garantie de l’Etat, celle-ci atteint des sommets : 150 %, proche des ratios grecs.

A la différence de la situation européenne, cette dette soutient l’investissement et non la consommation. A court terme, cela entretient une croissance élevée qui risque de déboucher ensuite sur un surendettement difficile à endiguer, avec des projets qui apparaissent non viables.

Actuellement, les autoritès traitent le problème en repoussant les échéances des prêts et en acceptant plus d’inflation. Mais la véritable solution devra passer par un rééquilibrage du modèle au profit de la consommation qui s’accompagnera d’une réduction de taux de croissance.

* source : « les dettes cachées gangrènent le système ». Challenges – 8 décembre 2011

Les Etats, un lourd passé de faillites !

La carence d’un Etat vis-à-vis de ses créanciers est bien plus lourde de conséquences, notamment en terme de confiance en interne comme en externe, que la faillite d’une entreprise même si l’Etat n’encoure pas la liquidation pure et simple comme une société.

Cela dit, les épisodes de faillites d’Etats à travers l’histoire sont légions et le plus souvent pour des raisons de financement militaire. Rien que sur la période du XIXème et XX siècle, on en dénombre pas moins de 250, dont 126 pour la seule Amérique latine (4)

Le tout premier épisode de défaut de paiement débute avec Philippe le Bel, comme on la vu dans le sujet principal, qui annule ses dettes en 1307 et fait dissoudre l’Ordre des Templiers.

Puis c’est au tour d’Edouard III d’Angleterre de faire défaut à ses banquiers florentins en 1339 avant de répudier ses dettes en 1345.

En 1557, Philippe II, qui vient de succéder à son père Charles Quint, suspend les paiements ; mesure qu’il réitéra en 1575 et 1596 et dont la dernière aura pour conséquence la ruine des Fugger, banquiers d’Augsbourg.

Tandis que l’Espagne ploie littéralement sous le poids du service de sa dette publique à partir de la seconde moitié du XVI ème siècle, c’est-à-dire le versement des intérêts qui va représenter jusqu’à la moitié de ses revenus annuels (pour une dette publique de 800 % de ses revenus), elle fera défaut 5 fois au cours du XVII ème siècle, puis 7 fois au cours du XIX ème siècle.

La France peut rester modeste de ce point de vue, car entre 1550 et 1788, les Rois de France répudieront la dette publique à 8 reprises, la dernière amorçant probablement la Révolution Française.

La dernière faillite de l’Etat Français remonte à 1801, lorsque le Consulat décide d’amputer les bons aux porteurs de 95% de leur valeur.

Sur la période plus récente, c’est l’Amérique Latine qui devient Terre de faillites, avec 126 suspensions de paiement puis l’Afrique avec 63 au compteur. L’Europe va-t-elle prendre la relève ?

Source : « Huit cents ans de faillites d’Etats », par Samin Saul, professeur d’histoire à l’université de Montréal – Article publié dans la revue Histoire – Mars 2012
Actualisé le 24 mars 2012

(1) « La dette Publique dans l’histoire » -  J. Andreau, G. Béaur, J.-Y. Grenier – Ministère de l’Economie, 2006
(2) En 1788, les recettes de l’Etat s’élevaient à 500 millions de livres tandis que les dépenses représentaient 630 millions ; le montant total de la dette était de 4 millions de livres, environ. La participation à la guerre d’indépendance américaine représentait un montant d’1 milliard de Livres
(3) « Le long passé de la dette publique » – G. Béaur, Directeur de recherche au CNRS et à l’EHESS – Le Mensuel (Le Monde) – septembre 2011
(4) « This time is different, eight centuries of financial folly » – C.M Reinhart & K.S. Rogoff – Princeton University Press, 2009
 


les interêts de la dette publique française (en euros, source Planetoscope)

Chaque seconde les intérêts de la dette publique de la France coûte 1363 €, soit plus de 43 milliards payés chaque année sur une dette publique totale de 1 685 800 000 000 environ en septembre 2011 soit une dette de 25 830 euros par Français…

 


A visionner pour mieux comprendre :

Tous ruinés dans 10 ans, par Jacques Attali
Jacques Attali retrace l’histoire de la dette publique, qui est aussi celle de la constitution progressive de la fonction souveraine et de ce qui menace de la détruire.

La dette publique pour les nuls
Explication des mécanismes financiers qui structurent l’économie mondiale. Attention, cette vidéo « pédagogique » représente qu’un seul point de vue.

La Dette publique pour les Nuls par Bonzou


A lire pour aller plus loin :

    • Tous ruinés dans 10 ans ?, de Jacques Attali
      Serons-nous bientôt ruinés ? Sommes-nous en train de ruiner nos enfants ? Jamais, sauf en période de guerre totale, la dette publique des pays les plus puissants du monde n’a été aussi élevée. Jamais les dangers qu’elle a fait peser sur leur niveau de vie et leur système politique n’ont été aussi menaçants. En France, en particulier, si un coup d’arrêt n’est pas donné au plus vite à la montée de la dette publique, le prochain président de la République ne pourra rien faire d’autre, pendant tout son mandat, que mener une politique d’austérité ; et la prochaine décennie fera chaque jour subir, à chacun des citoyens, les conséquences des folies de celle qui s’achève. Comment éviter aux générations prochaines d’avoir à payer très cher le cynisme de nos contemporains ?

 

    • L’échéance: Français, vous n’avez encore rien vu., de François De Closets, avec Irène Inchauspé – Editions Fayard
      Une enquête qui met en lumière les faits, les décisions oubliées et les comportements qui, pour la première fois de son histoire, ont ruiné notre pays en temps de paix. Nulle fatalité dans ce désastre. La mondialisation et la financiarisation sont les mêmes pour tous. D’où vient que la France ait moins bien résisté que la Suède, le Canada, l’Allemagne et bien d’autres ?

 

 

 

  • Une histoire de la dette.
    Un blog entièrement consacré à l’analyse de la question de l’endettement privé et public. Il porte notamment sur la situation française et européenne mais ne s’interdit pas de s’intéresser aux Etats-Unis et aux pays asiatiques.

Bonnes lectures !

Le tout premier « effeuillage » médiatique

(votes : 11)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 

An 28 (environ)

La tête et les jambes !

Salomé a inspiré de nombreux artistes, de Gustave Moreau en passant par Oscar Wilde
Salomé a inspiré de nombreux artistes, de Gustave Moreau en passant par Oscar Wilde

 

La scène se déroule devant Hérode Antipas, tétrarque de Galilée. Pour son anniversaire, auquel il a convié de nombreux dignitaires, officiers et notables, Hérode invite Salomé à danser.

Celle-ci, alors très jeune, accomplit divinement une danse qui, selon la légende , va dévoiler progressivement les parties de son corps les plus intimes. Le tout premier « strip-tease » rapporté dans les livres d’histoire.

Elle lui a fait tourner la tête…

Hérode, subjugué par cet effeuillage aussi voluptueux qu’inédit, s’engage à récompenser Salomé à la hauteur de sa prestation : « Demande moi ce que tu voudras…je te le donnerais, fut-ce la moitié de mon royaume ». Poussée par sa mère, Hérodiade, Salomé réclame alors la tête de Jean-baptiste sur un plateau.

Pourquoi Jean-Baptiste ? Parce qu’il avait dénoncé, au nom de la loi juive, le remariage d’Hérodiade avec Hérode alors que celle-ci était déjà mariée à son frère, Philippe. Que la vie est compliquée !

2000 ans de « pruditudes »…

Ce chaud-froid a-t-il eu raison des ardeurs d’autres amateurs ? Quoi qu’il en soit, on ne reverra pas d’effeuillage, en tout cas médiatisé, avant 1895. Cette fois, ce n’est plus à la cour d’un haut dignitaire que le spectacle se déroule mais dans un café-concert parisien, le divan japonais.

Quant au terme « strip-tease », il serait né au Etats-Unis dans les années 1900, à la suite d’un effeuillage impromptu d’une artiste ayant dégrafé sa robe par mégarde.

Notre Colette sera célébrée autant pour sa tête que pour ses jambes; elle sera, en effet,  l’une des premières danseuses nues de Paris. Le mouvement initié il y a 2000 ans par Salomé allait enfin pouvoir relever la tête… et avec une tête bien faite !

Salomé par paul Baudry - foyer de l Opéra de paris
Salomé par Paul Baudry – foyer de l’Opéra de Paris

A visionner pour le plaisir :


Version contemporaine de l’opéra de Richard Strauss d’après Oscar Wilde, avec Karita Mattila.

 


Version du même opéra, mise en scène par le « SOFIA OPERA AND BALLET »


 A voir ou à revoir :

  • Salomé, la célèbre pièce d’Oscar Wilde, en DVD, avec Myriam Cyr dans le rôle de la sulfureuse Salomé
  • Richard Strauss : Salomé. La version qui rend à l’oeuvre tout son sens : une Salomé sulfureuse, tour à tour innocente, manipulatrice, amoureuse, capricieuse, amère, joueuse, fière, hésitante et surtout vibrante de désir, n’aspirant qu’à se perdre en Iochanaan… Un grand moment et un grand spectacle.

Les tout premiers pas du zéro

(votes : 3)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 

+ 400 ans environ

Le meilleur des nombres

« Le zéro, ce rien qui peut tout », pour reprendre l’expression de Denis Guedj[1]. Le zéro, c’est le plus mystérieux des nombres, il a été longtemps considéré comme un sortilège, voire renié, comme l’a fait Aristote.

En vérité, la première fois que le zéro fut employé remonte aux Babyloniens, encore eux, il y a 5000 ans ! Les scribes de l’époque inventèrent un signe de séparation dans l’écriture des nombres, un double chevron incliné. Ce fut la première forme de zéro : un chiffre servant de marquage d’une position vide, dans leur système de numération.

La deuxième « invention » du zéro, on la doit aux astronomes mayas, durant le 1er millénaire de notre ère, ce qui peut paraître peu précis. Là encore, il s’agit d’un signe séparateur pour écrire les nombres sans ambiguïté. Le zéro des mayas, sorte d’ovale horizontal qui se rapproche de notre représentation, endossait plusieurs représentations graphiques, les glyphes qui, tous, repré-sentaient des coquilles ou des coquillages.

Mais, la véritable toute première fois que le zéro entre en scène, avec l’ensemble de ses trois fonctions (le zéro opérateur, le zéro chiffre et enfin le zéro nombre), c’est grâce à un mathématicien indien, Aryabhata. Nous sommes au Vème siècle de notre ère. Une ère nouvelle s’ouvre à nous à condition d’être patient. Car, il faudra attendre l’an 825 pour que cette innovation se propage grâce au traité sur les nombres indiens rédigé par un mathématicien arabe (Al-Khwarezmi).

Avec ce zéro, versus indien, le statut du nombre change radicalement. On passe de « il n’y a rien » à « il y a rien », autrement dit, « il n’y a pas de quelque chose » à « il y a un zéro qui a une valeur nulle ». Cela change tout.

La première représentation de ce zéro indien est un petit cercle, sunya, le vide. Mais si le zéro indien a signifié le vide, l’absence, il décrit également l’espace, le firmament, la voûte céleste…

Ce zéro contient donc à la fois le vide et l’infini, ce que traduit d’ailleurs sa racine arabe : Sifr. Ironie de l’histoire, c’est le petit dernier des nombres qui fournira son nom à toute la lignée : les chiffres.

Le zéro n’a probablement pas livré tous ses secrets, comme l’ont pressenti les moines de l’abbaye de Salem, en inscrivant dans un codex, à la fin du XIème siècle : « chaque nombre jusqu’à l’infini a jailli de 1 et, par conséquent, de 0. En ceci réside un profond mystère ».

Et que serait advenu de James Bond sans le zéro !

Et que serait advenu de James Bond sans le zéro !


1 – Professeur de l’histoire des sciences à Paris VIII où il a enseigné les mathématiques et le cinéma. Il est également écrivain et cinéaste.


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Zéro ! Zéro de conduite, tolérance zéro, reprendre à zéro… Le zéro signifie à la fois l’absence et le vide. Mal aimé, il a su prendre sa revanche… Une émission de Canal Académie, première radio académique francophone sur internet.
  • Zéro, la biographie d’une idée dangereuse. Charles Seife raconte avec clarté l’histoire extraordinairement mouvementée de ce concept, qui est aujourd’hui une des clefs de la physique quantique, de la compréhension des trous noirs et de la naissance de l’univers.
  • Zéro : Ou Les cinq vies d’Aémer, de Denis Guedj. De la lointaine Uruk à la merveilleuse Babylone, de la légendaire Ur à la riche Bagdad, les villes des vallées du Tigre et de l’Euphrate sont le berceau de la civilisation. Là, éleveurs et marchands ont inventé l’écriture et le calcul, affinant siècle après siècle la science des mathématiques jusqu’à imaginer un nombre qui n’en est pas un : le zéro.

Les tout premiers pas du capitalisme

(votes : 1)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 

Vers 1300

Un nouveau son de cloche

Une fois encore, l’innovation technique sera à l’origine d’une transformation de la société en imposant sa loi, celle qui deviendra la loi du marché.

L'annociation de Crivelli, illustre l'essor du commerce : tapis ottoman, livres à marocain rouge, coussins brodés...
L’annonciation de Crivelli, illustre l’essor du commerce : tapis ottoman, livres à marocain rouge, coussins brodés…

Nous sommes à la fin du XIIème siècle. Le moulin à eau, l’assolement triennal, le collier d’épaule et surtout le gouvernail d’étambot, puis les premières machines à tisser vont permettre à certains bourgs des Flandres et de Toscane de développer leur économie. Surtout, ces derniers vont établir les bases de nouvelles relations sociales et de travail, où l’argent et le salariat vont peu à peu s’imposer face au servage qui va de ce fait décliner.

La productivité augmentant avec comme corollaire une baisse de prix, le nombre de clients solvables s’accroît ainsi que la demande de crédit. Peu à peu, se mettent en place les bases du capitalisme. La ville de Bruges[1] sera le premier porte-étendard de cette économie émergente.

Clin d’œil à l’histoire, bien avant que ne résonne la cloche de Wall street, les premières cloches « publiques » font leur apparition sur les beffrois. Désormais, les cloches n’indiquent plus uniquement l’heure des prières mais rythment la vie économique. Un nouveau son de cloche qui va se répandre, mettant en concurrence le spirituel et les biens matériels.

500 ans plus tard, le matériel aura pris un avantage significatif avec les premières pièces de dollar , frappées en 1793 à Philadelphie ; les premiers billets à l’effigie des présidents américains datent, pour leur part, de 1861.

Un symbole qui vaudra de l’or (1, 506 gramme à l’origine, fixé par le Mint Act, le 2 avril 1792).

1 – Au sommet de sa puissance, vers 1340, Bruges compte seulement 35 000 habitants, ce qui relativise cependant la portée de sa puissance.


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • « Capitalisme et pulsion de mort » : l’économiste Bernard Maris, alias oncle Bernard dans Charlie Hebdo, et l’historien et économiste Gilles Dostaler convoquent Freud, Keynes, Smith, Bataille et bien d’autres, et allongent le libéralisme pour une psychanalyse forcée. Le libéralisme allongé sur un divan. Un livre qui ose une lecture psy du capitalisme et de ses dérives.
  • Une brève histoire de l’avenir, de Jacques Attali. Un ouvrage qui malgré son titre évoque autant le passé que l’avenir et notamment la montée en puissance de l’ordre marchand.
  • Mille milliard de dollars, un film d’Henri Verneuil, avec Patrick Dewaere. Un polar qui dénonce avant tout les dangers de la mondialisation, propice à l’apparition de sociétés aussi tentaculaires qu’inhumaines, dans lesquelles chacun n’est qu’un pion jetable à volonté, obligé de faire sans cesse du profit pour espérer survivre, au gré – et malgré – des gouvernements qui se succèdent ici et là.

Les tout premiers « Moi, je ! »

(votes : 2)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 

A partir de 1380

Quand l’individu s’éveillera


Nous sommes en1493.  Albrecht Dürer, peintre et féru de mathématiques notamment pour ses applications dans l’art, vient d’achever le premier véritable autoportrait de l’histoire . Il a 22 ans. Il se considère digne d’une représentation qui vise la postérité. Pour la première fois, l’artiste devient sujet de son œuvre. Pour atteindre cette forme aboutie d’individualité [1], il aura fallu près d’un siècle à partir des premiers fourmillements de l’ego au sortir du moyen-âge.

autoportrait_durer
Autoportrait d’Albrecht Dürer

Pour la toute première fois, l’être humain lambda aspire à devenir un individu, comme le soulignait le philosophe Jacob Burckhardt. C’est-à-dire, une personne responsable, autonome visant son épanouissement personnel et qui se distingue du groupe. Mais ne crions pas victoire car « de l’être est une personne » à « l’enfant est une personne », défendu par Françoise  Dolto, il s’écoulera encore 500 ans. Enquête sur l’affirmation de l’homme occidental.

Chez ces gens là, on ne pense pas…encore à soi

Justement, l’histoire, durant le Moyen-âge, paraît immuable, un éternel recommencement sans espoir de progrès ni de jours meilleurs, du moins sur cette basse Terre. Face à cette homéostasie à l’allure de chape de plomb, l’homme subit sa destinée dont il remet les clés à ses seigneurs, celui du château comme celui du ciel.

Prendre sa vie en main et devenir ainsi un individu autonome ne lui effleure même pas l’idée. Son existence se confond avec celle de son peuple, de sa corporation, de sa famille et des saisons. Malgré l’apparition des noms et des surnoms après l’an 1000, ceux-ci ne font qu’ancrer la personne dans son lieu d’origine ou son métier, sans lui donner une véritable identité propre. Peine perdue d’ailleurs car aux environs de 1500 moins de 3% de la population européenne est en mesure de déchiffrer son nom, soit 2 millions de personnes.

Seuls quelques individus sortent du lot : les hérétiques et les déviants dont le nom est jeté en pâture à la vindicte populaire. Les signes avant-coureurs de la personnalisation arrivent avec Jean le Bon, vers 1350 dont on tirera pour la première fois le portrait et dont on gardera la signature. Un des premiers signes d’affirmation de soi au service d’une volonté individuelle…et du pouvoir.

Quand le monde s’éveillera

Ironie de l’Histoire, à partir de cette époque le monde sort de sa longue période de léthargie. La vie culturelle, scientifique, et personnelle bourgeonne comme jamais. Du point de vue démographique, la situation s’améliore nettement après la grande peste de 1450 (la précédente datait de 1348), période où sévit encore l’anthropophagie.

A l’époque de Dürer, la Terre compte 300 millions d’âmes, dont la moitié vit en Asie et un cinquième seulement en Europe (17 millions en France). Les plus grandes villes d’Europe, Paris, Naples et Istanbul dépassent à peine 150 000 habitants. En un siècle, à partir de 1450, la population européenne va doubler. Plus nombreux mais moins anonyme, c’est tout le paradoxe de cette renaissance humaine au milieu de la Renaissance, tout court. L’éveil est à la fois dans le cœur des hommes et au cœur des cités.

rembdt

Quand l’individu s’éveillera

Espérance de vie qui s’allonge –en moyenne 35 ans- et remise en question des doctrines scientifico-chrétiennes, suite notamment aux observations astronomiques : un processus inédit est en train de s’enclencher bouleversant les valeurs  :
- la marchandisation de la société fournit une valeur au travail et donc à celui qui fournit ce travail;
- Parallèlement, on assiste à la naissance du salariat qui va permettre à l’individu de s’émanciper matériellement puis intellectuellement;
- L’émergence des valeurs familiales modifie le rapport aux enfants qui ne sont plus uniquement considérés comme une charge ;
- Par voie de conséquence, l’éducation des enfants commence à être pris en considération : dans les familles pauvres, les enfants sont placés comme domestiques, chez les riches, on les envoie s’instruire loin du domicile. Approches différenciées mais objectif commun : les forger aux dures réalités de la vie ;
- les gens hésitent moins à exprimer leur personnalité : les vêtements se « sexualisent ». Les femmes affichent pour la première fois leur attrait pour les belles matières (chemise en toile de lin, par exemple) et l’originalité. C’est le début de la mode qui enclenchera l’essor de l’industrie textile.
- L’héritage (pour la bourgeoisie) devient une valeur personnelle (les enfants, la famille) au détriment de l’institutionnel, en l’occurrence l’Eglise.
On assiste donc à la volonté de se démarquer du groupe pour se singulariser, parce que l’individu prend conscience qu’il représente une valeur, qu’il est unique et qu’il commence à être en mesure de se forger sa propre opinion.

Quand l’artiste s’éveillera

Pour Nietzsche, l’individu est avant tout un créateur qui est transcendé par son œuvre. Il faudra attendre le XVème siècle pour que les artistes existent en tant qu’ individu et se voient désignés par leur nom. Auparavant, ils œuvraient au sein d’ateliers collectifs ou pour la cour de manière anonyme. Du collectif, ils vont rentrer directement dans la mémoire collective. Parmi tous les artistes illustres, citons le nom de Filippino Lippi qui inventera, à Florence, le Portrait, symbole « personnifié » du « Moi, je ! » Beaucoup de ces portraits, surtout en Italie, sont réalisés de profil ; Vers 1503-1505, Léonard de Vinci peindra Mona Lisa de face, légèrement tournée sur la droite. La Joconde est la parfaite illustration de l’éloge de l’individu.

zelig_jpg
Avec son film Zelig, Woody Allen, pose la question de ce qu’est un individu.

Quand l’individualisme s’éveillera

Sans le savoir, Albrecht Dürer a donc ouvert la boite de pandore qui poussera l’homme vers un ultra-narcissisme caractérisant la société moderne. Car, l’individu libéré offre au moins 4 facettes : il est capable de penser de manière autonome, il défend et protège ses valeurs et ses différences, il vise son épanouissement personnel et sa réussite et, dans le cas extrême, en fait son unique but, ce qui représente l’ultime état.

En avance sur son temps, Descartes, avec son fameux Cogito ergo sum (je pense donc j’existe) et sa défense de Galilée (procès en 1633) s’oppose au système et à la pensée unique de l’époque. En quelque sorte, il défend les 2 premiers « niveaux » du concept d’individualisme. Mais ce dernier doit beaucoup plus à Thomas Hobbes, auteur du Leviathan qu’il publiera en 1651. Sa théorie : faire de l’homme un acteur décisif dans l’édification de son propre monde social et politique. Autrement dit, il est possible de concilier intérêt individuel et intérêt général.

D’une certaine façon, c’est la thèse qui sera développée bien plus tard avec l’ultralibéralisme et la main « invisible du marché » qui, selon ses adeptes, œuvre presque à notre insu pour le bien commun.

Le « Moi Je » connaîtra son heure de gloire en 1507, lorsque Martin Waldseemüller, baptisera America le nouveau continent, en référence à Amerigo Vespucci, simple bijoutier et vendeur d’équipements de bateaux en Espagne, co-équipiers et, peut être, ami de Christophe Colomb.

Depuis ce jour-là, la « voix » de l’Amérique est donc toute tracée pour crier haut et fort la primauté de l’individu.

Dates à retenir

  • 1380 : Début de la Renaissance, d’abord en Italie puis en Europe;
  • 1472 : danse de l’Orfeo de Politien, théâtralisation du « motif artistique », préalable au théâtre moderne;
  • 1491 : première représentation moderne d’une pièce de Plaute, à Ferrare, à la cour du duc d’Este;
  • Fin 1491, les feuilles éphémères, premiers journaux parlent du couronnement de la reine Anne de Bretagne;
  • 25 décembre 1492 : première représentation théâtrale en salle fermée;
  • 1493, l’autorisation des dissections de cadavres est envisagé dans tes les écoles de médecine d’Italie;
  • 1527 : sac de Rome, marquant la fin  de la Renaissance;
  • 1556 : Henri II tente de mettre fin à l’infanticide.

1 – Dès l’age de 14 ans, Dürer « s’autodessine » et en 1503, il sera le premier artiste à se représenter nu. En fait, les autoportraits font leur apparition au XIIème siècle au sein des enluminures en tant qu’objet de signature mais ne représentent pas une oeuvre d’art, au sens habituel du terme.


A consulter pour mieux comprendre :

 


A lire pour aller plus loin :

  • La civilisation en Italie au temps de la Renaissance: Tome 1 Un temps, un monde, une civilisation. Jacob Burckhardt a brossé le tableau saisisant de la plus grande révolution culturelle de l’Occident moderne.
  • 1492, par Jacques Attali. 1492 : année décisive, année bifurcation où naît l’Europe moderne. Un bouillonnement de faits, d’idées, de personnages, recréé sous nos yeux par l’auteur d’Histoires du temps et de La Vie éternelle, roman. Clair, riche, ardent… Provocant aussi.
  • La Renaissance – Les collections de l’Histoire n° 43
    Foisonnement d’intelligence et de beauté, la Renaissance italienne est une révolution culturelle dans une Italie morcelée et en proie aux conflits. Avec Patrick Boucheron, Élisabeth Crouzet-Pavan, Isabelle Heullant-Donat, Carlo Vecce…
  • L’émergence de l’individualité, cours de P. Penel. L’objectif de ce cours est de montrer comment le sentiment d’individualité tel qu’on le connaît actuellement s’est mis en place tout au long de l’Histoire.
  • Zelig de Woody Allen (DVD).
  • À la fin des années 20, Leonard Zelig (Woody Allen) est un véritable phénomène en Amérique. En effet, ce petit homme en mal d’affection possède la faculté de se transformer à l’image des gens qu’il côtoie. Arrêté lors d’une de ses métamorphoses, il est conduit dans un hôpital où les plus grands scientifiques viennent étudier son cas. Heureusement, le docteur Eudora Fletcher (Mia Farrow) va lui venir en aide…

La révolution industrielle sonne les trois coups

(votes : 3)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 

1780

La révolution industrielle

Les temps modernes

Après 10 000 ans d’une société rurale pétrie de traditions, le monde rentre en effervescence porté par les découvertes scientifiques et par un vent de liberté intellectuelle. Finie la léthargie, exit la lithurgie, en avant vers la métallurgie ! C’est la révolution industrielle.

Sans aucun doute, depuis 3 siècles les années 80 marquent une rupture. Rien à voir avec la « rupture » musicale des  » années 80″ et de l’avènement du Disco, non. Le phénomène est bien plus profond, bien plus impactant et bien plus ancien : il s’agit de la première révolution industrielle et de celles qui ont suivi.

Les tubes des années 80

Un phénomène qui rythme le monde moderne depuis 3 siècles, avec des cycles étonnement réguliers de 100 ans : 1780, 1880, 1980 ! On pourrait presque parler de tubes des années 80. Et, en l’espèce, plutôt des tubes métalliques !

Un phénomène qui, à la fin du XVIII ème, marque pour la toute première fois l’éclosion du monde moderne. Un peu à la manière du courant alternatif, il va nous faire passer du rire avec Charlie Chaplin dans les Temps Modernes à la sueur et aux larmes avec Germinal de Zola.

Cette fabuleuse éclosion est « rendue possible par la transformation de la chaleur en énergie motrice et grâce à l’invention de l’entreprise personne morale pouvant accumuler du savoir et du capital », comme le souligne l’universitaire Christian Saint-Etienne (1).

A toute vapeur, le monde se mécanise

La toute première révolution industrielle prend donc son essor dans les années 1780. Elle tient à plusieurs facteurs : facteurs sociétaux, économiques mais surtout technologiques. L’invention en 1769 de la machine à vapeur par J. Watt en constituera l’élément déclencheur. Elle est précédée par un autre facteur important : la production massive de fer avec la découverte du coke en 1709.

A partir de là, la machine « infernale » ou plutôt la mécanisation du monde s’enclenche. A toute vapeur, se développent l’industrie textile, les chemins de fer à vapeur puis les bateaux également à vapeur.

La première véritable usine de textile est fondée à Cromford près de Nottingham (Grande-Bretagne) en 1765 ; vingt ans plus tard, elle s’équipe d’une machine à vapeur.

En un siècle, la société rurale se voit progressivement remplacée par l’industrie. Au-delà, c’est toute la société qui est bouleversée. La notion d’Etat de droit s’impose d’abord en Angleterre puis en France ainsi que celle de droits de propriété.

Le labeur se réorganise

La spinnning- Jenny

La spinnning- Jenny

Pour la toute première fois, se met en place dans les PME, ou plus exactement les entreprises familiales de l’époque, une division du travail. Cela constitue une innovation organisationnelle majeure. Le travail, qui jusqu’ici s’effectuait le plus souvent au domicile des gens, tend à se concentrer dans des unités de travail, des manufactures ou des usines, « mill », en anglais. A la clé, se profile l’augmentation de la productivité qui débouchera sur la production et la consommation de masse.

100 ans plus tard, en 1880, c’est au tour de la seconde révolution industrielle. Celle-ci donne un nouvel éclairage au progrès par la magie de la bonne fée électricité. Face à l’accroissement de la taille des entreprises et à la diversité des activités, les organisations se structurent et se hiérarchisent. Cela donne naissance aux toutes premières entreprises modernes dont la Railway Pacific (2) sera pionnière.

Le monde se numérise

Puis, un siècle tout juste après encore, la troisième révolution industrielle annonce l’ère numérique : décollage de l’informatique grand public, avec les premiers micro-ordinateurs en 1973, puis des réseaux numériques, d’abord le minitel et surtout Internet. Cette fois, il s’agit plutôt de déconcentrer et de décentraliser pour gagner en souplesse, en agilité afin de favoriser l’innovation.

Les trois révolutions industrielles s’enchaînent donc presque mécaniquement comme dans une chaîne de montage qui assemble des éléments successifs. Pour aboutir à la société dans laquelle nous évoluons de plus en plus portée par l’innovation technologique.

1780, 1880, 1980, 3 périodes qui scandent les temps modernes. L’histoire tourne la page d’un monde qui, depuis l’invention de l’agriculture au néolithique, voici 10000 ans, avait très peu évolué. Surtout, l’activité de production n’avait pas connu de transformation majeure, malgré le recours à des énergies naturelles comme l’hydraulique ou le vent. Les mentalités et les modes d’organisation n’avaient pas suivis ne formant pas le terreau nécessaire à l’innovation.

Saluons nos ancêtres du XVIIIème siècle, qui ont su s’extraire d’une chape d’idées préconçues et ouvrir leurs esprits pour effectuer un grand saut vers…la Lumière !


Les Lumières au bout du tunnel

La première révolution industrielle est précédée par une révolution culturelle qui cherche à s’affranchir des préjugés et des superstitions de toutes natures. L’environnement devient porteur. C’est le siècle des Lumières.

Premier élément : l’esprit d’entreprise. Avant 1750, il n’existe pas vraiment de distinction entre l’entreprise et la famille. Les ouvriers, qui sont aussi paysans, travaillent le plus souvent chez eux, avec un rendement faible, essentiellement pour le compte de fabriques de cotonnades qui reste la seule entreprise privée de grande ampleur. Sinon, il s’agit de grandes entreprises d’Etat. C’est le cas en Grande-Bretagne avec l’arsenal naval de Chatham, par exemple, et en France avec les manufactures royales, les compagnies maritimes commerciales.

Grâce à la baisse du coût du transport et à la centralisation des sources d’énergies, conséquence de la machine à vapeur, l’activité va se rationaliser. En outre, l’avènement de la notion d’entreprise morale libéralise les entrepreneurs.

Second élément : l’esprit d’innovation et la liberté de penser. Le siècle des Lumières est avant tout une révolution culturelle sans précédent. Philosophes et scientifiques bouleversent les schémas de pensée. Comme le dit l’adage, c’est l’esprit libre qu’on avance !

Troisième élément : l’esprit d’organisation. C’est à partir de la fin de XIIIème siècle que l’on conçoit la possibilité de rassembler dans un même lieu les ouvriers travaillant pour un même donneur d’ordres. Apparaît donc une économie dans laquelle des usines rassemblent des centaines puis des milliers d’employés. Cela s’accompagne d’une concentration urbaine et la création de grandes métropoles.


La révolution des émergents et des innovants 

Une mutation industrielle majeure a lieu depuis trente ans, rejointe depuis 15 ans par un bouleversement des équilibres de la planète en raison de la montée en puissance des pays émergents. Cela s’est accentué depuis 2001 par l’entrée de la Chine dans l’OMC, l’Organisation mondiale du Commerce.

Il y a 30 ans, à l’aube de la  3ème révolution industrielle,  l’Amérique du Nord, l’Europe de l’Ouest et le Japon représentaient 60 % du PIB mondial, dans vingt ans, ces pays ne représenteront moins de 40 %, tandis que la part de la France, 4% en 1980, est en train de fondre comme neige au soleil.

Depuis 2009, pour la première fois, les pays émergents assurent plus de la moitié de la production industrielle.

En 2012, la production automobile des pays émergents a dépassé pour la première fois la production des pays dits développés.

A partir de 2014, ils assureront plus de la moitié de la production mondiale totale.

 


1 – « France : Etat d’urgence » – Christian Saint-Etienne – Ed. Odile Jacob – janvier 2013
2 – « La troisième révolution industrielle » – Jeremy Rifkin – Ed. LLL  - février 2012


A visionner pour mieux comprendre :

La Vapeur qui Révolutionna le Monde – Le… par alxka