vendredi, 12 mars 2010

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Les temps modernes

La toute première abolition de l’esclavage

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29 août 1793

Les statuts de la liberté


Tout a vraiment commencé le 29 août 1793. Un jour à marquer d’une croix blanche sur le long chemin de croix des esclaves. Ce jour là, Léger-Félicité Sonthonax va prendre une décision radicale. En mission depuis un an à Saint-Domingue, la plus riche des colonies françaises, il est l’un des trois commissaires civils chargés par l’Assemblée législative de ramener le calme face à une situation locale explosive entre colons et personnes de couleur pour la plupart esclaves.  Sensible aux sorts des esclaves et pour calmer le jeu, il décide d’accorder la liberté à tous les esclaves de la province du nord à condition qu’ils soient enrôlés dans l’armée, autrement dit combattants.

sonthonax
Le commissaire de la République Sonthonax

« N’oubliez jamais citoyens, que c’est pour la République française que vous avez combattu, que de tous les Blancs de l’univers, les seuls qui soient vos amis sont les Français d’Europe”, lancera Sonthonex pour bien marquer le caractère solennel de l’événement.

La liberté générale, c’est ainsi que sera dénommée cette mesure réformatrice avant-gardiste.  Pour la toute première fois la liberté devient, en pratique et non pas seulement en mot, universelle.

Il va sans dire que cette mesure va bouleverser la société, son économie et, bien entendu et surtout, les rapports humains. Elle se placera sur le podium des événements les plus importants de l’histoire des Amériques [1] et de notre histoire tout court. Elle met « un coin » à une pratique universelle qui remonte à la nuit des temps.

« La liberté générale »

Comment en est-on arrivé là ? Depuis quelques années, la révolte gronde chez les esclaves des colonies. A Saint-Domingue, en 1791 l’insurrection va prendre une telle ampleur que les autorités se résignent à prendre une première mesure : l’égalité de droit entre tous les hommes libres quelles que soit leurs couleurs. Uniquement les hommes libres, exit donc les esclaves. La liberté poursuit son chemin…pour les hommes libres !

C’est dans ce contexte insurrectionnel où les Britanniques soutiennent les colons contre les esclaves aidés eux-mêmes par les Espagnols que Sonthonax décidera, ce fameux 29 août, de passer à un cran supérieur.  Outrepassant ses prérogatives,  il décrète donc la Liberté générale. La nouvelle n’arrivera à Paris que le 25 septembre.

Cette fois les esclaves font partie du « package » avec des restrictions cependant qui les obligent à résider et à travailler sur leur plantation d’origine. Pour la toute première fois, est octroyée massivement la liberté à un groupe d’individus jusque-là asservis.

Pourtant vu des hauteurs de notre XXI ème siècle et de « son politiquement correct » cette mesure peut paraître bien timorée. Il n’en est rien !

Les fantômes de la liberté

Bien que la déclaration des droits l’homme proclame l’égalité des hommes, la majorité des députés de l’époque pense qu’elle ne peut s’appliquer aux colonies. « C’est un voile qui serait imprudent de lever tout à coup » , Mirabeau exprime là une opinion largement partagée.

Faut dire que l’enjeu est de taille. Au XVIIIe siècle, le système esclavagiste pratiqué dans les colonies est une réalité qui touche tous les pays d’Europe. Qu’il s’agisse de retombées économiques indirectes ou du commerce de la traite des Noirs, tous y trouvent leur intérêt. Le système ignore les frontières et bafoue les réglementations douanières.

Or à l’époque, 17 ports français participent à l’armement des navires qui alimentent cette traite des Noirs. 500 familles, formant un lobby puissant, vivent alors grassement de cette « industrie » négrière. Plus, qu’un modèle économique efficace dont la rentabilité est par ailleurs fortement discutée, il s’agit pour ses adeptes d’un modèle social émanant d’un ordre divin.

Le vent de la liberté

D’un coté de la balance une pression économique et des mentalités réactionnaires, de l’autre des partisans de l’abolition imprégnés de la culture des Lumières, le fléau de la décision politique oscillera jusqu’en 1794 avant de mettre fin « au fléau » de l’esclavage, du moins provisoirement.

Ce vent de la liberté ne soufflera pas en ventôse comme il se doit mais en pluviôse. Le 16 pluviôse de l’An II, autrement dit le 4 février 1794. Cette fois l’abolition de l’esclavage est solennellement adoptée. Et c’est une première.

La Convention proclame l'abolition de l'esclavage. Gouache - Musée Carnavalet. Paris
La Convention proclame l’abolition de l’esclavage. Gouache - Musée Carnavalet. Paris

L’audace de Sonthonax aura donc payé mais l’histoire retiendra surtout Danton qui s’exclamera à propos de ce décret « Aujourd’hui nous proclamons à la face de l’univers…la liberté universelle ».

Cependant, le vent de la liberté soufflera mollement ; il mettra près de deux ans à atteindre les colonies. C’est en janvier 1796 que la Frégate La preneuse apportera la bonne nouvelle (sauf pour les colons). Dans sa cargaison : les exemplaires de la Constitution du 5 fructidor an III (22 août 1795) dont le préambule stipule solennellement l’abolition de l’esclavage.

En réalité ce vent s’est levé dès 1770. Face à la barbarie de l’esclavage des idées radicalement nouvelles émergent. Divers mouvements d’opposition à l’esclavage apparaissent aux Etats-Unis comme en Angleterre, soutenus par les églises protestantes, quaker et méthodistes. Benjamin Franklin sera le fondateur de l’un d’entre eux (Pensylvania Abolition Society).

En France, des nobles « libéraux » fondent la Société des Amis des noirs sur le modèle d’une société équivalente créée auparavant à Londres. Leur objectif : l’abolition de la traite des Noirs et, à terme, une suppression progressive de l’esclavage redoutant que celle-ci déstabilise la société. Mirabeau, Condorcet, l’abbé Grégoire, La Fayette et Brissot apporteront leur soutien à cette mouvance. Brissot de Warville, journaliste et chef de file des Girondins sera d’ailleurs l’un des instigateurs de la toute première loi celle qui décrétera en 1791, comme on l’a vu, l’égalité des hommes sans discrimination de race ou de couleur, tout en excluant les esclaves.

Hélas le vent va tourner pour Brissot lorsque les Montagnards reprendront le pouvoir ; il sera guillotiné le 31 octobre 1793, un an avant le procès de Sonthonax pour sa promulgation de la « liberté générale ». Ce dernier obtiendra gain de cause avant d’être arrêté par un certain…Bonaparte qui va rétablir l’esclavage dans l’ensemble des territoires français. Le vent a encore tourné – provisoirement. Car la liberté apprend à gérer son souffle se prépararant pour une course  d’endurance.

Du franchissement de la barbarie à l’affranchissement

Entre la toute première évocation de l’esclavage avérée (qui remonte au code Hammurabi, le premier texte de loi connu, 1500 avant notre ère) à ce jour historique du 29 août 1793, il s’est donc déroulé plus de 3000 ans. 3000 ans d’oppression et de bafouage des droits les plus élémentaires. Le commerce dit triangulaire, c’est-à-dire la traite des noirs africains organisés par les Européens (au début les Portugais et les Anglais, rejoints ensuite pas les Français, les Danois et d’autres) au profit des colons américains ne représente que la partie émergée de l’iceberg[2]. Celle-ci représente en effet  moins 10 % de l’ensemble du phénonème (à partir de 1674).

Schéma du commerce triangulaire
Le commerce triangulaire à partir de 1674

L’esclavage aura été le lot quotidien des millions d’individus durant presque toute la phase dite civilisée de l’humanité. Car l’esclavagisme est le produit « dérivé» d’une société organisée ce qui dédouane de fait les sociétés primitives. Il apparaît comme une expression du pouvoir. Dans la hiérarchie de la puissance, après la capacité de donner la mort, figure la privation de liberté et l’aliénation d’autrui. Tout comme la faculté d’indulgence d’ailleurs, ce qui explique certaines mesures d’affranchissement massif.

Terrible à dire, mais qu’il s’agisse des dynasties Égyptiennes ou de l’Empire romain et de bien d’autres, l’esclavagisme représentera un des éléments moteur pour la réalisation d’œuvres monumentales comme la Grande Muraille de Chine ou les pyramides. Mais au final, sur le long terme ce modèle économique se révélera être un frein au progrès technique.

Aujourd’hui, l’innovation technologique et la force mécanique ont pris le relais ; certains scientifiques ont même calculé que cet apport équivaut pour chaque occidental à une brigade d’une centaine d’esclaves.

On voit déjà se profiler le prochain débat, à savoir :  l’homme deviendra-t-il, s’il ne l’est déjà, l’esclave de cette technologie et qui peut dire si le « Sonthonax » de demain sera encore humain ?

Les dates clés de l’esclavage

  • 1750 av.J.-C., le Code d’Hammurabi, premiers écrits évoquant l’esclavage ;
  • 3 juillet 1315 : un édit affranchit l’esclave qui touche le sol Français ;
  • 1441 : Début de la traite négrière en Europe, par les Portugais ;
  • 1518 : Charles Quint autorise la traite et l’esclavage ;
  • 1642, Louis XIII lui emboîte le pas, en l’autorisant dans les colonies françaises ;
  • 1643 : première expédition négrière reconnue ;
  • 1674 : essor du commerce triangulaire, échange entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques ;
  • 1749 : année négrière la plus productive pour la France ;
  • 1759, les quakers sont les premiers blancs à condamner l’esclavage ;
  • 1770 : les quakers interdisent la possession d’esclaves ;
  • 29 août 1793 : Abolition de l’esclavage à Saint-Domingue ;
  • 4 février 1794 : la Convention abolit l’esclavage dans les colonies françaises ;
  • 20 mai 1802 : Bonaparte rétablit l’esclavage dans les colonies ;
  • 02 juillet 1802 : réduction des droits civils des libres de couleurs ;
  • 1807 : la Grande-Bretagne et les Etats-Unis abolissent la traite;
  • 1848 : L’abolition de l’esclavage est inscrite dans la Constitution ;
  • 1849 : dernière livraison négrière française (non officielle) des noirs ;
  • 8 mars 2000 : le Sénat Français reconnaît la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité;

1 -Wikipédia : Histoire de l’esclavage
2- On estime entre 12 à 20 millions d’africains victimes de ce commerce qui commença par l’ile portugaise de Sao Tomé dans le golfe de Guinée.


A consulter pour mieux comprendre :


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • L’abolition de l’esclavage - Sélection thématiques du site EducaSources : une sélection de documents réalisée dans le cadre de la journée nationale de commémoration de l’abolition de l’esclavage du 10 mai. Elle propose des dossiers pédagogiques, des repères historiques et une rubrique “l’esclavage aujourd’hui”.
  • La Route de l’Esclave sur le site de l’UNESCO - Lancé en 1994 à Ouidah, au Bénin, le projet La Route de l’esclave a joué un rôle significatif dans la reconnaissance de la traite négrière et de l’esclavage comme crime contre l’humanité par les Nations Unies en 2001 lors de la Conférence mondiale contre le racisme de Durban.
  • Codes noirs : De l’esclavage aux abolitions par Christiane Taubira et André Castaldo - Du premier Code noir de 1685 aux dernières conventions internationales et à la loi du 21 mai 2001 s’exhale la grande misère humaine.

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La toute première épidémie numérique

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2 septembre 1988

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D’ ram…en ligne


Tout a commencé le 2 novembre 1988. Nous sommes au beau milieu de l’automne, or la saison n’est pas assez avancée pour une épidémie de grippe saisonnière. Pourtant, le monde va connaître bel et bien une épidémie;  une épidémie d’un genre totalement nouveau : la toute première épidémie non biologique, le virus informatique proliférant grâce à internet.

L’appellation de virus n’est pas usurpée car, à l’instar de son cousin biologique, le virus informatique utilise un hôte, en l’occurrence l’ordinateur, qu’il infecte pour se reproduire. Et si l’on évoque la notion d’épidémie, c’est qu’il se répand comme une traînée de poudre via le réseau internet balbutiant.

Ce virus se révèle très contagieux, presque autant que le virus grippal H1N1 ! Il va infecter 6 000 ordinateurs [1] sur les 60 000 environ que compte alors internet (moins de 100 000 internautes).

Ce jour là l’humanité rentre dans une phase totalement inédite de son évolution : pour la toute première fois, elle engendre un instrument autonome dont elle perd tout contrôle.

Un virus qui n’aurait pas fait de mal à une souris…

Robert Morris, le premier hacker malgré lui
Robert Morris, le premier hacker malgré lui

L’auteur de cette agression numérique “on-line” est un étudiant de l’Université de Cornell : Robert Morris Jr, baptisé par la suite Morris Worm. Son intention n’est pas malveillante. Féru d’informatique, il développe un programme capable de se propager et de se répliquer de manière autonome. Et cela indéfiniment. C’est ce que l’on appelle un ver. A cet effet, il exploite les failles de sécurité du système d’exploitation Unix (système d’exploitation très utilisé sur Internet notamment dans le domaine des serveurs).

Mais voilà, suite à une erreur de programmation, son programme comporte lui aussi une faille. Lorsque Morris lâche « sa créature » sur le réseau, celle-ci se répand à travers le réseau en se dupliquant à une vitesse folle. Bien que dépourvu de fonctions agressives, le ver  infecte une bonne partie des ordinateurs américains qui sont connectés au réseau qu’il va saturer. Non préparées à une telle intrusion totalement incongrue pour l’époque, ces machines se révèlent particulièrement vulnérables. En moins de 24 heures, le seuil de 3 ou 4 % de machines contaminées est atteint. Le réseau devient alors totalement paralysé pendant plusieurs jours. Nous venons d’assister à la toute première offensive numérique sur le réseau.

Le jeu du chat et de la souris.

Après l’attaque, l’heure est à la réparation des dégâts commis. Des experts notamment du MIT sont appelés à la rescousse. Ils vont jouer au chat et à la souris durant des semaines. Car, si la solution paraît simple dans son principe –il suffit d’éteindre simultanément tous les ordinateurs infectés-, elle se révèle néanmoins inapplicable pour des ordinateurs distants et en réseau. L’antidote passa donc par une analyse de « l’ADN » du virus, puis son recodage en vue d’un redéploiement sur le réseau. La situation fut débloquée qu’au bout de plusieurs semaines et pour un coût évalué entre 150 000 et 1 million de dollars.

Depuis cet incident de nombreuses mesures ont été prises : création d’une structure permanente le CERT Coordination Center (CERT/CC) et politique sécuritaire qui a ouvert un boulevard à  l’industrie de la sécurité sur Internet. Avec les millions d’ordinateurs connectés en permanence à travers le monde et les enjeux économiques, les sources d’agressions se sont multipliées.

Plus nombreux, plus sophistiqués, plus virulents que leurs ancêtres, les malwares, spywares et autres adwares procurent des sueurs froides aux internautes, donnent des cheveux blancs aux DSI et font les choux gras des dizaines de sociétés spécialisés dans l’antivirus. Le marché mondial de l’antivirus représentait 4 milliards de dollars, en 2005. On estime en effet à 100 000 environ le nombre de programmes malveillants (225 en 1990 et 2350 en 1993) mais « seuls » quelques milliers seraient en circulation et actifs [2].

Ram…dam dans les ordis dès 1982

“Il s’installera sur tous vos disques, il infiltrera tous vos processeurs, oui, c’est Cloner!”[3] Voici ceux qu’ont vu apparaître sur leurs écrans d’Apple II, à partir de juillet 1982, les toutes premières victimes ébahies de virus informatiques. Elk Cloner est probablement le tout premier virus informatique connu.

La différence avec celui de Morris cécrit plus haut tient au mode de transmission. Tandis que ce dernier s’appuie sur le réseau internet pour se propager, Elk Cloner utilise un vecteur non connecté, la disquette. La transmission est évidement moins rapide et moins étendue puisque dépendante du moyen de locomotion du porteur de la disquette infectée ! Il ne s’agit donc pas d’épidémie.

Son auteur, Richard Skrenta, un lycéen américain de 15 ans, va concevoir son propre « contrepoison » qui deviendra le tout premier antivirus numérique.

Tout cela était prévisible et, d’une certaine manière, prévu. Dès 1949, le célèbre physicien et mathématicien Von Neumann, l’un des fondateurs de l’informatique, conçoit une structure autoreproductible. Il s’agit d’automates cellulaires [4], connue sous le vocable de “constructeur universel”. Il ouvre la voie à un monde cybernétique capable de voler de ses propres ailes…et peut-être de faire battre de l’aile le genre humain.

Les pirates de l’ère…numérique

Même si le terme de virus informatique date officiellement de 1983, la pratique du piratage électronique est en réalité bien antérieure. Elle s’est nourrie de la montée en puissance des télécommunications et de l’informatique. Elle a profité des possibilités d’opérations illicites (appels gratuits) sur les réseaux téléphoniques. Pirates et auteurs de virus sont cousins germains. Ces protagonistes n’ont pas à l’origine les mêmes objectifs : cupidité pour les uns, recherche de performance technique pour les autres et pour les deux, la même volonté de voir ce qu’il a dans le moteur et de se faire mousser auprès de ses pôtes ou de ses pairs !

Le jeu Core War, inventé par des informaticiens des laboratoires Bell dans les années 60, en est une illustration ludique. Le jeu consiste, sans aucune intervention humaine, à un combat à mort entre 2 programmes informatiques implémentés dans deux ordinateurs. Chacun dispose de la faculté de se dupliquer et de s’autoréparer.

L'article publié par American Scientific, de A.K. Dewdney
L’article publié par American Scientific, de A.K. Dewdney

Cette application révolutionnaire sur le principe restera confidentielle durant près de 20 ans. Or, ironie de l’histoire, en 1984 (rappellez-vous 1984 d’Orwell) la revue grand-public Scientific Américan publia un article décrivant la méthodologie pour créer un programme s’inspirant de Core War. Ni plus, ni moins qu’un guide pour fabriquer ses propres virus. Par sécurité, son action se limitait à la mémoire vive (RAM) et devenait inopérant après le redémarrage de l’ordinateur.

Cette nouvelle fît grand bruit, car elle s’adressait pour la première fois à un public non averti. En devenant acteur, celui-ci s’aventurait tout doucement sur le chemin du piratage qui allait bouleverser l’économie dématérialisée. On connaît la…musique !

Une plaie économique

Pour la seule année 2008, « la criminalité informatique » aurait coûté, au niveau mondial, près de 760 milliards d’euros de préjudice aux entreprises [5]. Marché juteux où des informations relatives au code d’accès à une carte bancaire se revendent, au marché noir, plus de 700 euros. Notons néanmoins que le gros du butin des pirates informatiques ne provient pas de ces larcins liés aux cartes bancaires. A titre d’exemple, en 2007, leurs montants n’atteignaient pas en Belgique 300 000 euros.

Parallèlement à ces méthodes que l’on peut qualifier d’effraction immatérielle, se développe également une forme de rackettage  technologique vis à vis d’entreprises ayant une présence plus ou moins importante sur la web. Le mode opératoire est simple.  Soit l’entreprise paie une “rançon” ou achète une technologie, soit elle se voit la proie des cyberbrigands qui vont (si ce n’est déjà fait), s’inflitrer dans son réseau ou rendre son site inopérant. La vidéo en consultation à la fin de l’article évoque une entreprise victime de ces pratiques ayant perdu 20 000 euros de chiffres d’affaire en une semaine.

En marge de cette cybercriminalité organisée, il y a nos petits larcins quotidiens; autrement dit nos propres téléchargements. Au-delà des polémiques et si l’on se place  d’un point de vue purement économique, L’IPI (Institute for Policy Innovation) a publié en 2007 une évaluation du manque à gagner pour l’économie américaine du piratage de musique. Pour la première fois, ce coût est assorti d’une modération estimant que seuls 20% des titres téléchargés auraient été effectivement achetés.  Le montant s’élève à 12.5 milliards de dollars et correspond à plus de 70 000 emplois.

On estime qu’une réduction d’un tiers du taux de piratage informatique tout secteurs confondus injecterait 400 milliard de dollars dans l’économie mondiale et engendrerait un million cinq cents mille emplois supplémentaires à travers le monde[6].

On le voit,  virus et pirates (ou piratage) sont dans le même bateau. Un bateau qui sillonnent  les méandres du web, plaçant l’internaute dans une situation schizophrène où il apparaît autant victime que complice. “Alors, avant les virus, c’était comment le numérique ?  Tais-toi et ram…”

Les dates clés à retenir :

  • 1939 : Von Neumann publie un article sur la prise de contrôle d’un programme par un autre;
  • 15 février 1946 : premier “gros” ordinateurs, dit de 1ère génération;
  • 1949 : le même Von Neumann élabore les principes de base des logiciels autorepliqués;
  • 15 février 1946 : premier “gros” ordinateurs, dit de 1ère génération;
  • 1960 : apparition des boucles “auto-réplicantes”, appelées “lièvres”, incapable encore de sauter d’une machine à une autre;
  • 1960 (années)  : création du jeu Core War (ou Core Warrior), programme visant à bloquer l’ordinateur de son adversaire;
  • 1972 : Un utilitaire “the creeper” est capable de sauter d’une machine à l’autre; première utilisation du terme virus dans un ouvrage;
  • 1982 : Elk cloner, un programme d’autoréplication pour Apple II
  • 1984 : l’article “Computer recreations in the game call Core War hostile programs engage in a batle of bits” est un guide pour créer ses propres virus, publié par American Scientific et tranduit en français par le magazine Pour la Science;
  • 1988 : Robert Morris est arrêté pour fraude informatique pour le premier virus internet;
  • 1989: la France prend conscience du risque des virus informatiques;
  • 1995 : premiers virus macros destructeurs;
  • 1999 : le virus Mélissa infecte 300 000 ordianteurs;
  • 2000 : c’est le tour au virus I love you
  • 2003 : le virus MyDoom se répand par les pièces jointes de la messagerie : 1 million d’ordinateurs infectés. Microsoft offre une prime  à quiconque trouve son auteur.
    Publié le 15 septembre 2009

1 - ce chiffre varie de 2000 à 6000 selon les sources
2 - Sophos, éditeur de logiciel de sécurité avance le chiffre de 95 000, quand aux virus en circulation, les données sont fournies par la Wildlist organisation.
3 - It will get on all your disks, It will infiltrate your chips, Yes it’s Cloner!
4 -  Le jeu de la vie est le plus célèbre d’entre eux ; il a été conçu en 1970 par John Horton Conway en 1970
5 -  Étude de la société Mcaffe, spécialisée dans la sécurité informatique
6-  Etude commandée par la Business Software Alliance, en 2003


A consulter pour mieux comprendre :

 


A voir, à lire et à installer pour aller plus loin avec votre ordinateur :  

  • Virus, troyens, dialers, pirates… Ces mots ne vous disent peut-être rien, mais ce sont de réels dangers pour votre ordinateur. Vous trouverez sur Inoculer.com de quoi en apprendre plus sur ces menaces et surtout de quoi vous en protéger gratuitement. Si ça c’est pas une bonne nouvelle !
  • Cybercriminalité : Les mafias envahissent le web - Les temps sont révolus où les menaces informatiques se limitaient aux virus créés par des étudiants isolés. Cet ouvrage est d’abord une mise en garde contre toutes les escroqueries qui menacent aujourd’hui tant les particuliers que les entreprises. Il vous fournira toutes les informations utiles sur le phishing, le spam, les virus, l’ingénierie sociale, les vols de données bancaires, l’espionnage industriel, la prise de contrôle de machines à distance, etc. Les derniers chapitres constituent un cri d’alerte sur les nouvelles formes de criminalité (voire de terrorisme) qui émergent aujourd’hui et vont se répandre sur le Net dans les prochaines années.
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Le tout premier “effeuillage” médiatique

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An 28 (environ)

Chaud et froid

Salomé a inspiré de nombreux artistes, de Gustave Moreau en passant par Oscar Wilde
Salomé a inspiré de nombreux artistes, de Gustave Moreau en passant par Oscar Wilde

La scène se déroule devant Hérode Antipas, tétrarque de Galilée. Pour son anniversaire, auquel il a convié de nombreux dignitaires, officiers et notables, Hérode invite Salomé à danser.

Celle-ci, alors très jeune, accomplit divinement une danse qui, selon la légende , va dévoiler progressivement les parties de son corps les plus intimes. Le tout premier « strip-tease » rapporté dans les livres d’histoire.

Hérode, subjugué par cet effeuillage aussi voluptueux qu’inédit, s’engage à récompenser Salomé à la hauteur de sa prestation : « Demande moi ce que tu voudras…je te le donnerais, fut-ce la moitié de mon royaume ». Poussée par sa mère, Hérodiade, Salomé réclame alors la tête de Jean-baptiste sur un plateau.

Pourquoi Jean-Baptiste ? Parce qu’il avait dénoncé, au nom de la loi juive, le remariage d’Hérodiade avec Hérode alors que celle-ci était déjà mariée à son frère, Philippe. Que la vie est compliquée.

Ce chaud-froid a-t-il eu raison des ardeurs d’autres amateurs, quoi qu’il en soit, on ne reverra pas d’effeuillage avant 1895, au café-concert parisien, le divan japonais. Quant au terme « strip-tease », il serait né au Etats-Unis dans les années 1900, à la suite d’un effeuillage impromptu d’une artiste ayant dégrafé sa robe par mégarde.

Avec Colette, l’une des premières danseuses nues de Paris, le mouvement initié il y a 2000 ans par Salomé allait enfin relever la tête… et avec une tête bien faite !

Salomé par paul Baudry - foyer de l Opéra de paris
Salomé par Paul Baudry - foyer de l’Opéra de Paris

A voir ou à revoir :

  • Salomé, la célèbre pièce d’Oscar Wilde, en DVD, avec Myriam Cyr dans le rôle de la sulfureuse Salomé
  • Richard Strauss : Salomé. La version qui rend à l’oeuvre tout son sens : une Salomé sulfureuse, tour à tour innocente, manipulatrice, amoureuse, capricieuse, amère, joueuse, fière, hésitante et surtout vibrante de désir, n’aspirant qu’à se perdre en Iochanaan… Un grand moment et un grand spectacle.
6.2.5 NOUVEAUTES LIVRES

Les tout premiers pas du zéro

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+ 400 ans environ

Le meilleur des nombres

« Le zéro, ce rien qui peut tout », pour reprendre l’expression de Denis Guedj[1]. Le zéro, c’est le plus mystérieux des nombres, il a été longtemps considéré comme un sortilège, voire renié, comme l’a fait Aristote.

En vérité, la première fois que le zéro fut employé remonte aux Babyloniens, encore eux, il y a 5000 ans ! Les scribes de l’époque inventèrent un signe de séparation dans l’écriture des nombres, un double chevron incliné. Ce fut la première forme de zéro : un chiffre servant de marquage d’une position vide, dans leur système de numération.

La deuxième « invention » du zéro, on la doit aux astronomes mayas, durant le 1er millénaire de notre ère, ce qui peut paraître peu précis. Là encore, il s’agit d’un signe séparateur pour écrire les nombres sans ambiguïté. Le zéro des mayas, sorte d’ovale horizontal qui se rapproche de notre représentation, endossait plusieurs représentations graphiques, les glyphes qui, tous, repré-sentaient des coquilles ou des coquillages.

Mais, la véritable toute première fois que le zéro entre en scène, avec l’ensemble de ses trois fonctions (le zéro opérateur, le zéro chiffre et enfin le zéro nombre), c’est grâce à un mathématicien indien, Aryabhata. Nous sommes au Vème siècle de notre ère. Une ère nouvelle s’ouvre à nous à condition d’être patient. Car, il faudra attendre l’an 825 pour que cette innovation se propage grâce au traité sur les nombres indiens rédigé par un mathématicien arabe (Al-Khwarezmi).

Avec ce zéro, versus indien, le statut du nombre change radicalement. On passe de « il n’y a rien » à « il y a rien », autrement dit, « il n’y a pas de quelque chose » à « il y a un zéro qui a une valeur nulle ». Cela change tout.

La première représentation de ce zéro indien est un petit cercle, sunya, le vide. Mais si le zéro indien a signifié le vide, l’absence, il décrit également l’espace, le firmament, la voûte céleste…

Ce zéro contient donc à la fois le vide et l’infini, ce que traduit d’ailleurs sa racine arabe : Sifr. Ironie de l’histoire, c’est le petit dernier des nombres qui fournira son nom à toute la lignée : les chiffres.

Le zéro n’a probablement pas livré tous ses secrets, comme l’ont pressenti les moines de l’abbaye de Salem, en inscrivant dans un codex, à la fin du XIème siècle : « chaque nombre jusqu’à l’infini a jailli de 1 et, par conséquent, de 0. En ceci réside un profond mystère ».

Et que serait advenu de James Bond sans le zéro !

Et que serait advenu de James Bond sans le zéro !


1 - Professeur de l’histoire des sciences à Paris VIII où il a enseigné les mathématiques et le cinéma. Il est également écrivain et cinéaste.


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Zéro, la biographie d’une idée dangereuse. Charles Seife raconte avec clarté l’histoire extraordinairement mouvementée de ce concept, qui est aujourd’hui une des clefs de la physique quantique, de la compréhension des trous noirs et de la naissance de l’univers.
  • Zéro : Ou Les cinq vies d’Aémer, de Denis Guedj. De la lointaine Uruk à la merveilleuse Babylone, de la légendaire Ur à la riche Bagdad, les villes des vallées du Tigre et de l’Euphrate sont le berceau de la civilisation. Là, éleveurs et marchands ont inventé l’écriture et le calcul, affinant siècle après siècle la science des mathématiques jusqu’à imaginer un nombre qui n’en est pas un : le zéro.
  • Zéro ! Zéro de conduite, tolérance zéro, reprendre à zéro… Le zéro signifie à la fois l’absence et le vide. Mal aimé, il a su prendre sa revanche… Une émission de Canal Académie, première radio académique francophone sur internet.
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Les tout débuts du capitalisme

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Vers 1300

Un nouveau son de cloche

Une fois encore, l’innovation technique sera à l’origine d’une transformation de la société en imposant sa loi, celle qui deviendra la loi du marché.

L'annociation de Crivelli, illustre l'essor du commerce : tapis ottoman, livres à marocain rouge, coussins brodés...
L’annonciation de Crivelli, illustre l’essor du commerce : tapis ottoman, livres à marocain rouge, coussins brodés…

Nous sommes à la fin du XIIème siècle. Le moulin à eau, l’assolement triennal, le collier d’épaule et surtout le gouvernail d’étambot, puis les premières machines à tisser vont permettre à certains bourgs des Flandres et de Toscane de développer leur économie. Surtout, ces derniers vont établir les bases de nouvelles relations sociales et de travail, où l’argent et le salariat vont peu à peu s’imposer face au servage qui va de ce fait décliner.

La productivité augmentant avec comme corollaire une baisse de prix, le nombre de clients solvables s’accroît ainsi que la demande de crédit. Peu à peu, se mettent en place les bases du capitalisme. La ville de Bruges[1] sera le premier porte-étendard de cette économie émergente.

Clin d’œil à l’histoire, bien avant que ne résonne la cloche de Wall street, les premières cloches « publiques » font leur apparition sur les beffrois. Désormais, les cloches n’indiquent plus uniquement l’heure des prières mais rythment la vie économique. Un nouveau son de cloche qui va se répandre, mettant en concurrence le spirituel et les biens matériels.

500 ans plus tard, le matériel aura pris un avantage significatif avec les premières pièces de dollar , frappées en 1793 à Philadelphie ; les premiers billets à l’effigie des présidents américains datent, pour leur part, de 1861.

Un symbole qui vaudra de l’or (1, 506 gramme à l’origine, fixé par le Mint Act, le 2 avril 1792).

1 - Au sommet de sa puissance, vers 1340, Bruges compte seulement 35 000 habitants, ce qui relativise cependant la portée de sa puissance.


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • « Capitalisme et pulsion de mort » : l’économiste Bernard Maris, alias oncle Bernard dans Charlie Hebdo, et l’historien et économiste Gilles Dostaler convoquent Freud, Keynes, Smith, Bataille et bien d’autres, et allongent le libéralisme pour une psychanalyse forcée. Le libéralisme allongé sur un divan. Un livre qui ose une lecture psy du capitalisme et de ses dérives.
  • Une brève histoire de l’avenir, de Jacques Attali. Un ouvrage qui malgré son titre évoque autant le passé que l’avenir et notamment la montée en puissance de l’ordre marchand.
  • Mille milliard de dollars, un film d’Henri Verneuil, avec Patrick Dewaere. Un polar qui dénonce avant tout les dangers de la mondialisation, propice à l’apparition de sociétés aussi tentaculaires qu’inhumaines, dans lesquelles chacun n’est qu’un pion jetable à volonté, obligé de faire sans cesse du profit pour espérer survivre, au gré - et malgré - des gouvernements qui se succèdent ici et là.

Les tout premiers “Moi, je !”

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A partir de 1380

Quand l’individu s’éveillera


Nous sommes en1493.  Albrecht Dürer, peintre et féru de mathématiques notamment pour ses applications dans l’art, vient d’achever le premier véritable autoportrait de l’histoire . Il a 22 ans. Il se considère digne d’une représentation qui vise la postérité. Pour la première fois, l’artiste devient sujet de son œuvre. Pour atteindre cette forme aboutie d’individualité [1], il aura fallu près d’un siècle à partir des premiers fourmillements de l’ego au sortir du moyen-âge.

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Autoportrait d’Albrecht Dürer

Pour la toute première fois, l’être humain lambda aspire à devenir un individu, comme le soulignait le philosophe Jacob Burckhardt. C’est-à-dire, une personne responsable, autonome visant son épanouissement personnel et qui se distingue du groupe. Mais ne crions pas victoire car “de l’être est une personne” à “l’enfant est une personne”, défendu par Françoise  Dolto, il s’écoulera encore 500 ans. Enquête sur l’affirmation de l’homme occidental.

Chez ces gens là, on ne pense pas…encore à soi

Justement, l’histoire, durant le Moyen-âge, paraît immuable, un éternel recommencement sans espoir de progrès ni de jours meilleurs, du moins sur cette basse Terre. Face à cette homéostasie à l’allure de chape de plomb, l’homme subit sa destinée dont il remet les clés à ses seigneurs, celui du château comme celui du ciel.

Prendre sa vie en main et devenir ainsi un individu autonome ne lui effleure même pas l’idée. Son existence se confond avec celle de son peuple, de sa corporation, de sa famille et des saisons. Malgré l’apparition des noms et des surnoms après l’an 1000, ceux-ci ne font qu’ancrer la personne dans son lieu d’origine ou son métier, sans lui donner une véritable identité propre. Peine perdue d’ailleurs car aux environs de 1500 moins de 3% de la population européenne est en mesure de déchiffrer son nom, soit 2 millions de personnes.

Seuls quelques individus sortent du lot : les hérétiques et les déviants dont le nom est jeté en pâture à la vindicte populaire. Les signes avant-coureurs de la personnalisation arrivent avec Jean le Bon, vers 1350 dont on tirera pour la première fois le portrait et dont on gardera la signature. Un des premiers signes d’affirmation de soi au service d’une volonté individuelle…et du pouvoir.

Quand le monde s’éveillera

Ironie de l’Histoire, à partir de cette époque le monde sort de sa longue période de léthargie. La vie culturelle, scientifique, et personnelle bourgeonne comme jamais. Du point de vue démographique, la situation s’améliore nettement après la grande peste de 1450 (la précédente datait de 1348), période où sévit encore l’anthropophagie.

A l’époque de Dürer, la Terre compte 300 millions d’âmes, dont la moitié vit en Asie et un cinquième seulement en Europe (17 millions en France). Les plus grandes villes d’Europe, Paris, Naples et Istanbul dépassent à peine 150 000 habitants. En un siècle, à partir de 1450, la population européenne va doubler. Plus nombreux mais moins anonyme, c’est tout le paradoxe de cette renaissance humaine au milieu de la Renaissance, tout court. L’éveil est à la fois dans le cœur des hommes et au cœur des cités.

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Quand l’individu s’éveillera

Espérance de vie qui s’allonge –en moyenne 35 ans- et remise en question des doctrines scientifico-chrétiennes, suite notamment aux observations astronomiques : un processus inédit est en train de s’enclencher bouleversant les valeurs  :
- la marchandisation de la société fournit une valeur au travail et donc à celui qui fournit ce travail;
- Parallèlement, on assiste à la naissance du salariat qui va permettre à l’individu de s’émanciper matériellement puis intellectuellement;
- L’émergence des valeurs familiales modifie le rapport aux enfants qui ne sont plus uniquement considérés comme une charge ;
- Par voie de conséquence, l’éducation des enfants commence à être pris en considération : dans les familles pauvres, les enfants sont placés comme domestiques, chez les riches, on les envoie s’instruire loin du domicile. Approches différenciées mais objectif commun : les forger aux dures réalités de la vie ;
- les gens hésitent moins à exprimer leur personnalité : les vêtements se « sexualisent ». Les femmes affichent pour la première fois leur attrait pour les belles matières (chemise en toile de lin, par exemple) et l’originalité. C’est le début de la mode qui enclenchera l’essor de l’industrie textile.
- L’héritage (pour la bourgeoisie) devient une valeur personnelle (les enfants, la famille) au détriment de l’institutionnel, en l’occurrence l’Eglise.
On assiste donc à la volonté de se démarquer du groupe pour se singulariser, parce que l’individu prend conscience qu’il représente une valeur, qu’il est unique et qu’il commence à être en mesure de se forger sa propre opinion.

Quand l’artiste s’éveillera

Pour Nietzsche, l’individu est avant tout un créateur qui est transcendé par son œuvre. Il faudra attendre le XVème siècle pour que les artistes existent en tant qu’ individu et se voient désignés par leur nom. Auparavant, ils œuvraient au sein d’ateliers collectifs ou pour la cour de manière anonyme. Du collectif, ils vont rentrer directement dans la mémoire collective. Parmi tous les artistes illustres, citons le nom de Filippino Lippi qui inventera, à Florence, le Portrait, symbole « personnifié » du « Moi, je ! » Beaucoup de ces portraits, surtout en Italie, sont réalisés de profil ; Vers 1503-1505, Léonard de Vinci peindra Mona Lisa de face, légèrement tournée sur la droite. La Joconde est la parfaite illustration de l’éloge de l’individu.

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Avec son film Zelig, Woody Allen, pose la question de ce qu’est un individu.

Quand l’individualisme s’éveillera

Sans le savoir, Albrecht Dürer a donc ouvert la boite de pandore qui poussera l’homme vers un ultra-narcissisme caractérisant la société moderne. Car, l’individu libéré offre au moins 4 facettes : il est capable de penser de manière autonome, il défend et protège ses valeurs et ses différences, il vise son épanouissement personnel et sa réussite et, dans le cas extrême, en fait son unique but, ce qui représente l’ultime état.

En avance sur son temps, Descartes, avec son fameux Cogito ergo sum (je pense donc j’existe) et sa défense de Galilée (procès en 1633) s’oppose au système et à la pensée unique de l’époque. En quelque sorte, il défend les 2 premiers « niveaux » du concept d’individualisme. Mais ce dernier doit beaucoup plus à Thomas Hobbes, auteur du Leviathan qu’il publiera en 1651. Sa théorie : faire de l’homme un acteur décisif dans l’édification de son propre monde social et politique. Autrement dit, il est possible de concilier intérêt individuel et intérêt général.

D’une certaine façon, c’est la thèse qui sera développée bien plus tard avec l’ultralibéralisme et la main « invisible du marché » qui, selon ses adeptes, œuvre presque à notre insu pour le bien commun.

Le « Moi Je » connaîtra son heure de gloire en 1507, lorsque Martin Waldseemüller, baptisera America le nouveau continent, en référence à Amerigo Vespucci, simple bijoutier et vendeur d’équipements de bateaux en Espagne, co-équipiers et, peut être, ami de Christophe Colomb.

Depuis ce jour-là, la “voix” de l’Amérique est donc toute tracée pour crier haut et fort la primauté de l’individu.

Dates à retenir

  • 1380 : Début de la Renaissance, d’abord en Italie puis en Europe;
  • 1472 : danse de l’Orfeo de Politien, théâtralisation du « motif artistique », préalable au théâtre moderne;
  • 1491 : première représentation moderne d’une pièce de Plaute, à Ferrare, à la cour du duc d’Este;
  • Fin 1491, les feuilles éphémères, premiers journaux parlent du couronnement de la reine Anne de Bretagne;
  • 25 décembre 1492 : première représentation théâtrale en salle fermée;
  • 1493, l’autorisation des dissections de cadavres est envisagé dans tes les écoles de médecine d’Italie;
  • 1527 : sac de Rome, marquant la fin  de la Renaissance;
  • 1556 : Henri II tente de mettre fin à l’infanticide.

1 - Dès l’age de 14 ans, Dürer “s’autodessine” et en 1503, il sera le premier artiste à se représenter nu. En fait, les autoportraits font leur apparition au XIIème siècle au sein des enluminures en tant qu’objet de signature mais ne représentent pas une oeuvre d’art, au sens habituel du terme.


A consulter pour mieux comprendre :

 


A lire pour aller plus loin :

  • La civilisation en Italie au temps de la Renaissance: Tome 1 Un temps, un monde, une civilisation. Jacob Burckhardt a brossé le tableau saisisant de la plus grande révolution culturelle de l’Occident moderne.
  • 1492, par Jacques Attali. 1492 : année décisive, année bifurcation où naît l’Europe moderne. Un bouillonnement de faits, d’idées, de personnages, recréé sous nos yeux par l’auteur d’Histoires du temps et de La Vie éternelle, roman. Clair, riche, ardent… Provocant aussi.
  • La Renaissance - Les collections de l’Histoire n° 43
    Foisonnement d’intelligence et de beauté, la Renaissance italienne est une révolution culturelle dans une Italie morcelée et en proie aux conflits. Avec Patrick Boucheron, Élisabeth Crouzet-Pavan, Isabelle Heullant-Donat, Carlo Vecce…
  • L’émergence de l’individualité, cours de P. Penel. L’objectif de ce cours est de montrer comment le sentiment d’individualité tel qu’on le connaît actuellement s’est mis en place tout au long de l’Histoire.
  • Zelig de Woody Allen (DVD).
  • À la fin des années 20, Leonard Zelig (Woody Allen) est un véritable phénomène en Amérique. En effet, ce petit homme en mal d’affection possède la faculté de se transformer à l’image des gens qu’il côtoie. Arrêté lors d’une de ses métamorphoses, il est conduit dans un hôpital où les plus grands scientifiques viennent étudier son cas. Heureusement, le docteur Eudora Fletcher (Mia Farrow) va lui venir en aide…

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