dimanche, 25 septembre 2022

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Le début de l’Histoire

Premières violences en bandes organisées

(votes : 6)
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- 13 500 années

Hands in blood

« Pourquoi tant de haine ? »

Si les premiers signes de cannibalisme remontent à 800 000 ans, l’un des tout premiers homicides avérés à près de 400 000 ans, les premiers actes de violence en groupe sont beaucoup plus récents et correspondent au moment où disparaissaient les chasseurs-cueilleurs au profit des premiers sédentaires. En progression jusqu’au Moyen Age, la violence dans la société, malgré les apparences, connait depuis une décrue constante même si elle a tendance à se radicaliser.

La première trace de violence collective est datée entre 13 140 et 14 340 ans (1) avant notre ère. Elle s’est produite au nord du Soudan dans une région enclavée dans la vallée fertile du Nil mais cernée par un milieu naturel hostile.

violence-prehistoire

Les motifs de cet accès de violence restent évidemment mystérieux. Toutefois, il est possible que le site ait suscité la convoitise du voisinage à moins qu’il s’agisse de luttes internes provoquées par une diminution des ressources. Bref, pas suffisamment d’indices pour tirer cela au clair.

Les traces de violence interpersonnelle au paléolithique demeurent rares, en dehors des actes de cannibalisme dont les premiers remontent à 800 000 ans et pour lesquels seuls 2 cas attestent d’une agression avant le « festin » .

L’homme un « bon sauvage » ou « un loup pour l’homme » ?

On a coutume de dire que la violence chez l’espèce humaine a pris son essor à partir du moment où l’homme à commencer à s’approprier biens et territoires et a vu sa démographie augmenter.

Une chose est certaine :  si la violence contre autrui remonte à au moins 430 000 ans, les premiers actes de guerre sont beaucoup plus récents, il y a 12 000 ans environ.

Alors comment choisir entre la vision Rousseauiste du « Bon sauvage » et celle de Hobbes pour qui « l’homme est un loup pour l’homme » ?

L’homme : une des espèces les plus violentes

Une étude de septembre 2016 (4) apporte un nouvel éclairage sur cette controverse. Elle démontre que le taux de décès des humains causés par d’autres humains est de 2 %, ce qui place l’homme parmi les espèces les plus violentes. Cependant, ce niveau de violence élevé n’est pas l’apanage de l’espèce humaine.

L’étude révèle que la violence est un trait partagé par les mammifères en général. Les suricates, [petit carnivore vivant dans le désert ouest-africain] apparaissent comme les mammifères les plus violents mais on peut citer aussi les lions et les loups et, plus surprenants, les marmottes et mêmes les chevaux.

Il apparait qu’une espèce qui se trouve placée dans la chaîne évolutive à proximité d’autres espèces violentes présente elle-même un comportement violent. L’inverse se vérifie également.
Les explications à ce phénomène sont nombreuses et dépendent des espèces. Les infanticides, par exemple, peuvent être vus comme un moyen d’adaptation tout comme la compétition entres mâles pour une femelle.

La violence en baisse depuis le Moyen-Âge

Si le niveau de violence s’est accru après l’époque des chasseurs-cueilleurs, elle est en déclin depuis la fin du Moyen Âge selon les travaux du sociologue allemand Norbert Elias (2). Cette tendance vers une société moins violente serait la conséquence conjointe d’un renforcement de l’Etat et de l’autocontrainte débouchant sur l’émergence de la notion de civilité.

Au vu des différents indices comme celui du taux d’homicide qui se réduit de moitié entre le XIIIè et le XVIème siècle (3), il est incontestable que le XVI et XVII ème siècle marque un tournant dans la violence.
Autre tournant dont nous avons peu conscience, depuis 1945, l’écrasante majorité des Européens n’a ni blessé, ni tué au cours d’un conflit, ce qui est une première dans notre histoire.

Aristote aurait finalement raison lorsqu’il affirme que l’homme est fait pour vivre en société et naturellement fait pour la communication et donc pour pacifier.


La violence « enragée »

Ce n’est pas d’hier que les bandes de jeunes existent et inquiètent leurs ainés. Rien qu’au XX ème siécle, on les a appelés successivement (5) :

emeute-banlieue

  • les « Apaches ». Groupes de jeunes de milieux ouvriers, durant « la Belle époque » en rupture avec le mode de vie en usine. Ils sévissent sur les « fortifs » de Paris
  • Au début des années 60, les « blousons noirs » également issus de milieux ouvriers, en révolte contre le monde adulte et bourgeois et véhiculant leur propre code culturel : rock, blouson, coupe de cheveux.
  • A partir des années 80, les « zoulous » incarnent l’archétype des jeunes dangereux et incontrôlables, issus des cités et le plus souvent de l’immigration maghrébine et africaine avec une volonté de repli identitaire.

Depuis les années 2000, on vit un nouveau cycle de violence juvénile qui cette fois devient moins crapuleuse mais plus gratuite avec un accroissement du nombre des mineurs impliqués. (En 2011, on passe de 24 500 à plus de 36 000 cas).


Peace and love

Malgré les actualités, la non-violence serait-elle en passe de devenir tendance ?

carte-homicide-mondePrenons l’année qui a suivi les attentats du 11 septembre. Eh bien, on risquait moins d’être victime d’un homicide ou d’une balle d’un soldat que de mourir de sa propre main (6). En effet, en 2002, sur 57 millions de morts dans le monde, 172 000 « seulement » sont morts de la guerre et 569 000  de crimes violents, soit un total de 741 000 victimes de violence humaines pour 873 000 suicides.

Durant l’Europe médiévale, entre 20 et 40 habitants sur 100 000 habitants étaient assassinés chaque année. Aujourd’hui ce nombre est tombé à 9. Encore faut-il prendre en compte des pays particulièrement violent comme la Somalie, la Colombie ou le Honduras (90 homicides volontaires pour 100 000). Soyons rassurés, dans l’Union européenne, la moyenne est d’1 meurtre pour 100 000 habitants. En France, entre 1995 et 2011, le nombre d’homicides a été divisé par deux, pour atteindre 800 par an !

En fait, on vit la période la plus calme depuis l’Emprire Romain. Même la Seconde guerre mondiale, avec ses 55 millions de morts n’a décimé « que » 2% de la population contre 10 % lors des Invasions Mongoles de Gensis Khan au XIII ème siècle.

Aujourd’hui, malgré les idées reçues, on risque bien moins sa peau dans les rue de Chicago ou de Rio de Janeiro que les inidigènes Waorani ou l’Arawete  au fin fond de la forêt amazonienne. Des études (7) ont montré que près de la moitié d’entre eux ne survivront pas à des conflits violents, à cause des femme, du prestige ou de la propriété.

 

 publié le 14 octobre 2016

1 – Dénommé « Site 117 » cité dans « Préhistoire de la violence et de la Guerre » Marylène PATOU-MATHIS – Ed. Odile Jacob
2- « Une histoire du processus de civilisation » publiée en 1939 et rééditée en 1973 et 1975, sous le titre « La civilisation des mœurs ».
3- En Angleterre, par exemple, le taux passe de 20 homicides pour 100 000 habitants au XIII ème siècle pour descendre à 10 pour 100 000 4 siècles plus tard. – Histoire Pour tous – Aurèlie Perret – Février 2015
4 – Etude « The phylogenetic roots of human lethal violence » dirigée par José Maria Gomez Reyes de l’Université de Grenade, Espagne publiée par Nature le 28 septembre 2016
5- https://www.cairn.info/revue-pensee-plurielle-2007-1-page-111.htm
6- « Sapiens, une brève histoire de l’humanité » – Yuval Noah Harari – Albin Michel – Ed. 2015
7- « Body Counts in Lowland South American Violence » Walker et Bailey


A visionner pour mieux comprendre :

Les toutes premières divinités

(votes : 3)
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- 15 000 ans

La Divine comédie

A la faveur d’un réchauffement qui met fin à près de 100 000 ans de frimas (le dernier âge glaciaire), la nature devient plus généreuse. Douceur et humidité favorisent une certaine abondance de nourriture sauvage. L’homme va enfin pouvoir commencer à s’affranchir du carcan de son environnement.

Plus disponible pour laisser libre court à son imagination, il invente, sans relâche, outils et méthodes pour faire face aux aléas. Il se hisse ainsi au-dessus du panier de ses congénères, cousins plus ou moins éloignés, tout en ayant le souci d’améliorer ledit panier de la ménagère de l’époque. Autrement dit, il s’extrait de la pure contingence.

Cet homme plus libre commence à prendre conscience que, bien que fruit de la nature, il peut envisager de la dominer. Mais, si lui peut la dominer, c’est que probablement, il existe au-dessus quelque chose de plus fort, de plus grand qui peut aussi le dominer. Dominus vobiscum…

Jusqu’à présent, et depuis plus de 20 000 ans, l’homme avait probablement une relation « sacrée » avec des esprits issus de la nature : le vent, les animaux, les montagnes…comme en témoignent les innombrables peintures des grottes. Cette relation était d’ordre « win/win » je te donne cela et tu m’accordes çà. Bien loin donc de la notion de transcendante.

Cette fois, l’homme, réalisant sa supériorité face à son entourage – comme les singes -, ne s’accommode plus d’une relation avec des esprits sans esprit. Il vise plus haut, au minimum des entités qui lui ressemblent, avec un ego, des désirs, des colères. Autrement dit, une intelligence mais en plus fort, une intelligence supérieure. Le divin est né.

Déesse enfantant soutenue par des félins (publié dans le site  www.dinosoria.com)
Déesse enfantant soutenue par des félins (publié dans le site www.dinosoria.com)

Cette divinité commence sous le signe de la féminité. Les nombreux vestiges retrouvés au Moyen-Orient, il y a plus de 12000 ans représentent en effet des déesses affirmant fortement leur féminité. Porteuses de vie et veillant sur la fécondité des hommes comme celle des champs, les déesses sont un recours précieux pour des hommes qui entrevoient les premiers résultats de leur labeur.

Comme on le dira plus tard, Dieu a fait l’homme à son image. Cette image va se viriliser au fur et à mesure que la société se hiérarchise et que le commerce se développe. Après plusieurs milliers d’années de bons et loyaux services, les déesses devront donc laisser la place à des dieux viriles et protecteurs, capables de protéger récoltes et habitats.

Pour les dieux mâles, le pouvoir, pour les déesses, le devoir. Enfin, tout rentre dans l’ordre, et cela bien avant qu’on rentre dans les ordres !


A voir et à lire pour aller plus loin :
  • Petit traité d’histoire des religions. Des premiers rituels funéraires des hommes préhistoriques aux grandes religions actuelles, Frédéric Lenoir explore de manière limpide l’univers foisonnant du sacré. Une question parcourt ce livre : à quoi servent les religions et pourquoi accompagnent-elles l’aventure humaine depuis l’aube des temps ?

Les toutes premières récoltes

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- 8 500 ans avant notre ère

Semer à tout vent

 

Il y a plus de 10 000 ans, l’homme va enfin dompter son environnement. En observant qu’une graine tombée à terre peut engendrer une nouvelle plante, une idée va finir par germer. C’est une révolution des cultures, celle des champs comme celle des esprits.

Ce n’est qu’une enfant, 15 ans maximum. Ses jambes sont robustes, équipées de sorte de jambières, le haut des cuisses est protégé par un lourd manteau d’herbes tressées. Dessous, elle porte un mélimélo de peaux de bêtes cousues à l’aide de lanières de cuir.

Les germes d’un monde nouveau

Elle sort d’une belle forêt peuplée d’aurochs, de cerfs, de chevreuils et de sangliers, signature d’un réchauffement climatique sensible (fin de la dernière glaciation).  Avec son bébé qu’elle porte sur son dos emmitouflé dans une peau de bête, elle se penche sur un épis. Celui-ci frémit au vent comme pour signaler qu’il s’agit de l’un des tout premiers épis cultivés par la main de l’homme.

Elle ne le sait pas encore mais la vie de son enfant, et surtout des enfants de son enfant, n’aura rien de comparable à la sienne. Ils vont vivre la plus importante transformation du mode de vie qu’ait connue l’humanité. C’est ce que les spécialistes appellent la révolution néolithique.

Les cultivateurs en herbe !

L’homme jusqu’ici subissait son environnement. Il va enfin le dompter. Comment ? En mettant à profit une observation aussi vieille que le monde : une graine tombée à terre peut engendrer une nouvelle plante.

Dès lors, les cultivateurs en herbe vont tenter pour la première fois une action inédite : récolter des graines de blé et les semer près de leurs habitations. Cela a dû se faire par étapes : au début, lorsqu’on ramassait des céréales sauvages, on abandonnait quelques graines sur place en espérant que ce geste serait récompensé lors de la saison suivante. On avait donc compris le principe germinatif des graines.  

La germination était, sans aucun doute, déjà connue des chasseurs /cueilleurs mais le passage à l’étape de culture n’avait pas encore germé dans leur esprit. Alors pourquoi, partout à travers le globe, en Amérique, en Chine, au Moyen-Orient, en Europe, l’agriculture prend racine presque simultanément (1) ?

Une révolution autant culturelle que de l’agriculture

Plus que l’évolution des techniques, c’est celle des mentalités qui est à l’oeuvre. Et la première d’entre elles, l’acceptation de se sédentariser.

L’agriculture, cette innovation qui  ensemence l’ensemble du globe, ne résulte donc pas d’une pénurie car l’époque est à l’abondance. Il s’agit, à l’origine, d’une révolution socio-culturelle visant à créer de nouveaux rapports sociaux résultant d’un accroissement démographique des groupes humains. Groupes qui vont connaitre davantage la promiscuité du fait de la sédentarisation.

Cette situation nouvelle va donner naissance aux toutes premières obligations sociales comme offrir des graines ou les produits de la récolte. Éviter les tensions au sein de groupes trop importants, en empéchant leur scission, telles seraient les vertus premières des plantes cultivées !

La domestication : une innovation capitale, foi d’animal !

Le végétal, c’est bien mais n’oublions pas l’animal. 500 ans plus tard, la chèvre et le mouton feront partie du premier lot de domestication, suivront le cochon, vers – 7000 ans avant notre ère et la vache vers – 6000 ans.

Quant au chien, il a bénéficié d’un traitement de faveur, en ayant été domestiqué le premier, il y a 12 000 ans. Meilleur ami de l’homme oblige ! Alain Testard (1) y décèle même la « toute première invention virtuelle ». En effet, le chien est d’abord « utilisé » comme un animal d’agrément bien avant de l’affecter à des fonctions utiles comme la chasse ou le gardiennage des troupeaux.

Après l’âge de la pierre taillée, le Paléolithique et l’âge de la pierre polie, le Néolithique, l’humanité se prépare à connaître l’âge des saisons qui va rythmer la vie des hommes durant dix millénaires.

Leçon de l’histoire : « L’âge de pierre ne s’est pas arrêté par manque de pierres », comme le soulignait Cheikh Yamani, ancien ministre saoudien du pétrole.


 Avec l’avènement de l’agriculture, la matière grise a-t-elle mangé son pain blanc ?

Avec l’apparition de l’agriculture, pour la toute première fois, les performances du cerveau humain seraient en déclin. Culture et agriculture ne feraient-elles pas bon ménage ?   

Il s’agit d’une thèse surprenante défendue par Gerald Crabtree, professeur de biologie du développement à l’université californienne de Stanford. Celle-ci est fondée sur les dernières données en matière de génétique, anthropologie et de neurobiologie.

Depuis l'avènement de l'agriculture, les capacités intellectuelles de l'homme sont-elles en baisse ?

Parmi les 2000 à 5000 gènes impliqués dans les facultés intellectuelles, le chercheur estime qu’au fil des générations (120 en 3000 ans), les mutations génétiques n’ont pût qu’avoir un effet néfaste sur notre qualité intellectuelle.

Avant la sortie d’Afrique de l’homo sapiens (il y a 50 000 ans environ), l’intelligence a été un facteur clé pour sa survie. Avec la densification de la population conséquence de l’apparition de l’agriculture, la sélection naturelle a changé de nature. Celle-ci s’est focalisée davantage sur la résistance aux maladies, effet collatéral de l’urbanisation, au détriment du développement intellectuel. 

Pour la toute première fois, l’homme aurait entamé son avancée vers l’abêtissement.

Cette théorie reste toutefois très controversée. Ces détracteurs mettent en avant les facteurs non génétiques comme la culture, l’éducation, les interactions sociales, dont le poids est probablement considérable. D’autant, que ces  éléments épi génétiques, se renforcent au fil de l’évolution et joue un rôle bien plus important aujourd’hui qu’à l’époque des chasseurs-cueilleurs.

Alors l’intelligence a-t-elle atteint son apogée, il y a près de 10 000 ans ou au contraire est-elle en train de récolter les fruits issus du développement de la société commencé à cette époque ?   

Bien malin qui peut le dire !


 1 – Concept d’invention virtuelle développé par Alain Testard, anthropologue au Collège de France, dans le livre « Avant l’histoire »


A visionner pour mieux comprendre :


Le sacre de l’homme (1/9)


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Une théorie lie débuts de l’agriculture et réchauffement. Et si, en réalité, l’homme façonnait le climat de la planète depuis bien longtemps ? C’est la surprenante théorie du paléoclimatologue William Ruddiman. Selon le chercheur, l’influence de l’homme sur le climat a commencé avec les débuts de l’agriculture, il y a quelque 8 000 ans.
  • Agriculteurs du monde : Du Néolithique à nos jours. Sur 6 milliards d’humains, près de la moitié sont agriculteurs. Ils cultivent des plantes et élèvent des animaux domestiques, produisant presque toute la nourriture de l’humanité. Dans quels foyers, à quelle époque, de quelle façon certains humains sont-ils devenus agriculteurs ?

Première tragédie familiale

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- 4 600 ans (avant notre ère)

Petits meurtres en famille


Un père, une mère et leurs deux fils âgés d’environ 5 et 9 ans sont les victimes d’un des tous premiers massacres familiaux de notre histoire. Une tragédie meurtrière au sein d’une même famille comme le démontrent les analyses ADN confirmant les liens de parentés. C’est du moins la thèse des scientifiques[1] qui ont étudiés les cadavres, 13 au total, répartis dans 4 tombes.

Que faisiez-vous le soir de la seconde lune de l’année -4600 ?

Il y a similitude entre la position des corps et leur proximité génétique (Image : courtesy of The National Academies).
Il y a similitude entre la position des corps et leur proximité génétique (Image : courtesy of The National Academies).

Retournons sur la scène du crime. Celle-ci se situe dans la fertile vallée de la Saale (située dans l’ancienne Allemagne de l’est), sur le bord de la rivière du même nom.  Les traces de blessures témoignent de la violence de l’agression. L’une des victimes a été « poignardée » dans le dos par une flèche en silex plantée dans une vertèbre, tandis que d’autres ont le crâne enfoncé. Malgré la proximité de la rivière, la vie de l’époque ne ressemble apparemment pas  à un long fleuve tranquille, mais qui en doutait !

Parmi les victimes, aucun adolescents ni jeunes adultes. L’absence de ces derniers semble prouver qu’ils ont échappé, d’une manière ou d’un autre, à l’attaque.  Seuls survivants du massacre,  il est probable que ces jeunes adultes se chargeront d’enterrer leurs proches en respectant les liens de parentés et sociaux.

Une famille traditionnelle à l’âge de pierre

Cette famille massacrée du Néolithique prouve que la famille dite nucléaire existait déjà à cette époque reculée. Au jour d’aujourd’hui, cette scène tragique est aussi la plus ancienne preuve de l’existence de la structure familiale même si rien ne prouve qu’il s’agit là d’un modèle répandu.  Pour l’auteur de l’étude, Wolfgang Haak,  de l’université d’Adelaïde (Australie), au-delà de la preuve par l’ADN, l’union dans la mort de ce couple suggère l’union dans la vie.

Un peu de douceur dans ce monde de brutes

Face aux aléas de la vie, la famille jouait probablement un rôle protecteur et dispensateur d’amour.

La façon dont les morts furent enterrés semble confirmer cette relation d’amour. Contrairement aux habitudes de l’époque qui voulaient que les cadavres soient ensevelis systématiquement face vers le sud, ici les morts se retrouvent face à face avec souvent bras et mains entrelacés.

Poussant plus loin leur investigation, les chercheurs ont découvert que femmes et hommes de cette communauté étaient issues de régions différentes avant de se « marier » et de procréer ensemble. Il s’agissait probablement  d’éviter des alliances consanguines et peut être aussi d’assurer des alliances entre communautés.

Un drame familial qui en rappelle un autre

Jusqu’à présent le premier drame familial recensé dans les annales juridiques de l’Histoire était à la fois mythique et allégorique. Fils aîné du premier couple de l’humanité, Adam et d’Eve, Caïn tua son frère cadet Abel, par jalousie.

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Cain tuant son frère Abel. Toile du Titien, basilique Santa Maria della Salute

Évidemment, il n’y a aucune relation entre la famille décimée de la vallée de la Saal et le plus célèbre fratricide de la Bible, en dehors d’une coïncidence de calendrier évoquée ici pour l’anecdote.

Le mythe de Caïn et d’Abel découle de la vision allégorique de l’apparition de l’homme sur Terre, le 6ème jour de la Création de Dieu.

Selon les Créationnistes, cette toute première famille de l’humanité serait apparue sur Terre 4000 ans environ avant Jésus Christ.

Certains, comme John Lightfoot (1735-1788) de l’université de Cambridge, calculèrent même avec une précision d’horloger la date de ce 6ème jour de la Création : 23 octobre 4004 à 9 heures, avant J.-C. Quant à Kepler, après de savants calculs, il s’arrêta sur la date du 27 avril 4977.

Considérant que la datation des scientifiques correspond à une approximation, il est amusant, messieurs les jurés !, de relever entre ces tragédies familiales une coïncidence de calendrier, pour ne pas dire d’agenda.

Quoi qu’il en soit, drame familial du néolithique ou biblique,  il y a, de toute façon,  prescription !


1 – Travaux publiés dans les annales de l’Académie nationale américaine des sciences (PNAS), en novembre 2008 , suite aux découvertes d’archéologues en 2005, sur le site d’Eulau, en Saxe-Anhalt (Allemagne).


A consulter par curiosité :
Une vision très biblique du premier meurtre de l’humanité.


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • La Bible-L’Ancien Testament, Tome 1 : La Genèse. Cette adaptation fidèle et œcuménique des 31 premiers chapitres de la Genèse retranscrit successivement la création du monde, Adam et Eve, Abel et Caïn, le Déluge, la tour de Babel, la destruction de Sodome, le sacrifice d’Abraham et le rêve de Jacob.
  • Petits meurtres en famille – Edition 2 DVD. Un mystère digne des plus grands romans d’Agatha Christie, où le mystère s’épaissit au fur et à mesure que les crimes se succèdent.
  • Meurtres en famille. Secrets enfouis, jalousies, vieilles rancunes et vengeances sanglantes : la famille n’est pas toujours un havre de paix… mais parfois le plus insoupçonnable des ennemis. Douze nouvelles de suspense inédites, par les plus grands maîtres du genre, réunis autour de Mary Higgins Clark.

Les toutes premières prostituées

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Vers – 3 500 ans avant notre ère

L’amour à tout prix

En amour, plus que pour toute autre chose, c’est souvent le premier pas qui coûte.

De ce point de vue, les premiers pas d’amour tarifé, ou autrement dit les premières formes de prostitution commerciale avérées voient le jour au VIème siècle avant notre ère, en Grèce.

Courtisane et son client -   430 av. J.-C., Musée national archéologique d'Athènes
Courtisane et son client – 430 av. J.-C., Musée national archéologique d’Athènes

Face aux succès rencontrés, un deuxième pas sera franchi vers les années 600 avant J.-C avec l’ouverture des premières maisons closes ! Il s’agit de maisons d’Etat (les dictérions), qui emploient différentes classes de prostituées pour répondre à la structuration hiérarchiques de la société. De même, les homosexuels disposeront de leurs propres établissements.

Chacun y trouve donc son plaisir, même l’Etat qui se fait des « c…les » en or.

Mais, avant le culte de la femme facile, il y eut celui de la femme fertile. En effet, comme l’atteste l’historien grec Hérodote, les premières formes de prostitution « non commerciales » sont liées au sacré et aux cultes de la fécondité. Afin de rendre les terres fertiles, prêtresses et prêtres devaient alors s’accoupler.

Chez les Babyloniens, pour honorer la déesse de la fertilité, on faisait appel à des femmes stériles qui devenaient en quelque sorte l’épouse de tous pour servir la déesse.

Loin d’être née de la dernière pluie, la prostitution titillait déjà les groupes primitifs. Pendant la préhistoire, elle était pratiquée soit comme monnaie d’échanges (produit de la chasse contre quelques faveurs sexuelles), soit comme gage d’hospitalité.

Aujourd’hui, la prostitution s’est introduite dans notre quotidien, presque à notre insu. Le terme « marque » a pour origine une ancienne pratique des prostituées. Celles-ci « imprimaient » leurs initiales sur leurs talons de chaussures. Ensuite, grâce à une poudre déposée sur les talons, elles laissaient leur empreinte sur la chaussée, permettant ainsi à leurs habitués de les retrouver facilement dans leur périmètre. Elles appelaient ces initiales inscrites sur leur talon, leur marque. Quel talon !

On le voit, l’amour du métier, surtout au service du plus vieux métier du monde, recèle des trésors…d’imagination.


Les tout premiers documents écrits

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- 3 500 ans

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C’était écrit

Les tout premiers écrits avérés remontent à plus de 5000 ans. Ils se limitent aux chiffres et au lettres, autrement dit, des documents administratifs et commerciaux. Il faudra attendre encore 1000 ans pour qu’apparaissent des textes plus poétiques et romancés.

Les tout premiers textes que nos ancêtres nous aient laissés sont du style « 29086 mesures orge 37 mois Kushim ». Ce qui signifie probablement :  » Un total de 29086 mesures d’orge a été reçu en 37 mois. Signé Kushim » (1).

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Le stockage de l’information sur support pérenne

Malgré leurs contenus peu philosophiques ou poétiques, ces tout premiers écrits de l’humanité vont évidement faire couler beaucoup d’encre. Pour la première fois, l’homme était capable de stocker de l’information sur des supports matériels, solution bien plus fiable et robuste que la simple transmission orale jusqu’ici en vigueur .  

 

Officiellement donc, l’écriture fait son apparition, il y a plus de 5000 ans, en différents endroits du globe, en Mésopotamie, Égypte, un peu plus tard en Chine et Amérique. On s’appuie sur des traces indubitables, reposant sur des matériaux dont la robustesse de conservation a permis de perdurer jusqu’à nous.

Il n’est donc pas impossible que l’apparition de l’écriture, sur des rouleaux d’écorces par exemple, soit nettement plus ancienne, pourquoi pas 20 000 ans ? Hélas, ces supports n’ont pas la même qualité de conservation.

Tablette d'Ourouk, une des premières traces d'écriture. Signes gravés avec la pointe d'un roseau sur des tablettes d'argile. Ces signes sont en forme de clous ou de coins d où le qualificatif de cunéiforme.
Tablette d’Uruk, une des premières traces d’écriture. Signes gravés avec la pointe d’un roseau sur des tablettes d’argile. Ces signes sont en forme de clous ou de coins d’où le qualificatif de cunéiforme.

Les tablettes sumériennes

Revenons donc aux plus anciennes traces scientifiquement reconnues. Elles proviennent d’Uruk, au sud de l’Irak actuel. Elles sont datées aux environs de 3500 ans avant notre ère, tandis que celles d’Egypte remontent à 3300 ans.

Il s’agit de tablettes sumériennes recourant à une écriture pictographique sous forme de dessins très stylisés. Par exemple, une tête de bœuf pour représenter cet animal ou un triangle pubien avec le trait d’une vulve pour désigner une femme.

Comme on l’a vu, l’origine de l’écriture correspond avant tout à un besoin commercial qui permet de conserver une trace des échanges comme les produits laitiers ou céréaliers ou de procéder à l’inventaire de troupeaux.

Premier recueil de lois : le code Hammourabi

Assez rapidement, apparaitra un besoin voisin qui vise à fixer de manière écrite les règles de la vie en société.

Le tout premier recueil de lois, qui nous est parvenu, est rédigé vers 2000 avant J.-C., c’est le code Hammourabi. Il contient déjà 285 lois, d’une clarté remarquable.

Heureusement, l’écriture ne va pas se cantonner aux seules règles, qu’elles soient de calculs ou de droit. Peu à peu on va se permettre de représenter des préceptes religieux et des idées.

L’écriture passe des comptes aux contes

Ainsi, l’écriture va passer des comptes aux contes, car désormais le document « administratif » va côtoyer les écrits poétiques ou littéraires (cf. – 2600 ans).

Cette évolution s’amorcera vers le milieu du IIIème millénaire grâce à la notion de phonogrammes, c’est-à-dire des signes correspondant cette fois à des sons (et non plus à des images), sur le principe d’un signe pour une syllabe.

Pour représenter ces « signes-son », l’écriture va devenir cunéiforme (du latin cuneus= clou, ressemblant à des petits clous). Le premier alphabet de l’humanité sera basé sur cette technique et comportera 32 signes. Il sera phénicien (nord de la Syrie).

Curieusement, dans l’empire des idéogrammes qu’est la Chine, on retrouvera des traces de cette écriture.

L’une des formes les plus abouties seront les Alexandrins, vers de 12 syllabes, qui seront utilisés pour la première fois dans le Roman d’Alexandre, (Alexandre Le Grand [356 - 323 av J.-C.], d’où leur nom), rédigé par Alexandre de Bernay, un auteur normand du XIIème siècle.

Mis à jour le 11 juillet 2017

 Glozel, ou le village gaullois qui prétend avoir inventé l’écriture !

Pour la paternité de l’invention de l’écriture, face aux Phéniciens ou autres chinois, il y a un village gaulois qui fait de la résistance : Glozel, dans l’Allier. Et cela depuis le 1er mars 1924.

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L’écriture de Glozel

Ce jour-là, un jeune agriculteur en labourant le champ de son père met au grand jour de curieux objets comme des aiguilles taillées dans l’os, des galets gravés de rennes ayant disparu de ces contrées depuis plus de 10 000 ans.

Parmi ces vestiges, des tablettes d’argile frappées d’un alphabet inconnu. Différentes méthodes de datation vont être appliquées jusqu’aux années 80 donnant des résultats très hétéroclites allant jusqu’à dater certaines pièces de 17 000 ans.

Difficulté de datation, doutes de l’authenticité des objets, terrain peu favorable à la conservation, alimentent la polémique, dont certains pensent qu’on a essayé de « fabriquer » une civilisation.

La controverse continue de faire rage entre pro-glozéliens et anti-glozéliens avec, comme enjeu, une Europe qui reprendrait ses « lettres de noblesse » face aux peuples du Proche-Orient pour une invention de l’écriture remontant à plus de 10 000 ans.

Un écrit du cœur !


 L’écriture : à chacun son école

Le système sumérien mêlait 2 types de signes :
- Un type de signe représentait les chiffres. Il y avait des chiffres pour 1, 10, 60, 600, 3600 et 36000.
Les sumériens employaient une base 6. La division des heures, construit sur une base 60, fait partie de leur héritage.
- L’autre type représentait des hommes, des animaux, des marchandises, des territoires, des dates.

L’écriture andine utilisée par l’Empire Inca, beaucoup plus récente, (elle avait cours au XII ème siècle et encore lors de l’invasion des espagnols), était très différente et on peut même se demander s’il s’agit vraiment d’une écriture (1).

système d'écriture des Incas : le Quipu

Elle utilisait des nœuds sur des cordes colorées : les quipus. Chaque quipu consistait en multiples cordes de laine ou de coton et de couleurs différentes.

Sur chaque corde, divers nœuds étaient noués à des places différentes. Un même quipu pouvait compter des centaines de ficelles et des milliers de nœuds.

En combinant divers nœuds de ficelles aux couleurs différentes, on pouvait enregistrer de grosse quantité de données mathématiques concernant par exemple la collecte des impôts. C’était un langage très puissant.

Lors des premières années de conquête, les consquistados espagnols y eurent même recours pour administrer leurs nouveaux territoires.


1- « Sapiens, une brève histoire de l’humanité », p. 151 & p. 154 - Yuval Noah Harari – Ed. Albin Michel, 2015


A visionner pour mieux comprendre :


 

A visiter et à découvrir pour aller plus loin :

 

  • Le musée des écritures du monde de Figeac : c’est dans la maison natale de celui qui a su traduire la pierre de Rosette que le musée est installé. A l’origine axé sur les hiéroglyphes, le musée est maintenant étendu aux 5300 ans qui ont fait l’écriture.
  • Naissance de l’écriture: Cunéiformes et hiéroglyphes : [exposition], Galeries nationales du Grand Palais, 7 mai-9 août 1982 L’écriture, représentation de la pensée et du langage humain, est un moyen durable et privilégié de communication entre les hommes. Les plus anciens témoignages écrits qui nous soient parvenus proviennent du Proche-Orient : deux pays, deux civilisations différentes, la Mésopotamie et l’Egypte, ont inventé l’écriture presque simultanément, voilà plus de 5 000 ans. L’écriture fait revivre ces civilisations disparues. Elle nous informe sur leur vie quotidienne, leurs grandes inquiétudes, leur histoire ainsi que leur science. Leur littérature constitue le plus vieux patrimoine culturel qu’ait hérité la pensée occidentale.
  • Histoire et art de l’écriture Les amoureux des alphabets, pictogrammes, idéogrammes et calligrammes retrouveront le peuple immense des LETTRES dans cette somme qui rassemble le corps et l’esprit des écritures. Quelque quatre cents écritures, vecteurs d’environ six mille
    langues et/ou dialectes, sont resituées dans leurs origines, leur histoire et leur contexte.
  • La naissance des écritures: Du cunéiforme à l’alphabet