jeudi, 24 juillet 2014

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

B. -35 Ka à -10 Ka

Les tout premiers dessins animés…

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A partir de – 35 000 ans

La préhistoire fait son cinéma !

 

Panneaau des Lions de la grotte de Chauvet

Panneaau des Lions de la grotte de Chauvet

Et si les grottes préhistoriques de Dordogne renfermaient les tout premiers « studios de cinéma » de l’histoire ! Non, preuve à l’appui, ce n’est pas du cinéma. Moteur !

Scène 1 : le thaumatrope.

De quoi s’agit-il ? Un thaumatrope n’est ni une espèce de dinosaure ni une divinité préhistorique ni un traumatisme quelconque. Il s’agit tout simplement d’une sorte d’instrument optique qui exploite la persistante rétinienne pour produire l’illusion d’une image animée. Le terme vient du grec thauma qui signifie « prodige » et de tropion voulant dire « tourner ». Autrement dit : un « prodige tournant ».

Exemple de thaumatrope

Exemple de thaumatrope

 

La préhistoire du cinéma : un vrai prodige

Cet objet est considéré comme le tout premier jouet optique préfigurant, d’une certaine manière, la technique cinématographique. Jusqu’ici son invention, vers 1820, est attribuée à deux anglais : William Henri Fitton et à John Ayrton Paris à partir d’un concept issu de l’astronome John Herschel.

Mais voilà que des analyses récentes (1) pourraient nous conduire à faire un flash-back de 15 000 ans et nous porter à l’époque du magdalénien, donc de la préhistoire, la vraie.

 

La rondelle aux chamois avec sa cordelette

La rondelle aux chamois avec sa cordelette

On a en effet découvert sur le site de Laugerie-Basse en Dordogne une rondelle en os dite « aux chamois » perforée en son centre. Cet objet porte sur chacune des faces une position différente de l’animal, correspondant à des phases successives du mouvement de la bête.

Le chamois d’or !

Des expériences élémentaires ont permis de reproduire l’animation telle qu’elle pouvait se pratiquer à l’époque. Soit par simple manipulation de l’objet, soit en introduisant un fil de tendon naturel au sein du trou central. Le résultat produit une rotation rapide de la rondelle, avec pour effet d’animer le chamois.

D’autres objets, de factures et d’époque similaires, prouvent qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé. En témoigne la petite plaquette se schiste issue de la grotte d’Isturitz située dans les Pyrénées-Atlantiques. Celle-ci arbore deux dessins de renne, couché sur une face, debout sur l’autre.

Le principe exploitant la persistance rétinienne, qui est à l’origine de l’invention de la caméra et du cinéma, semblait, toute proportion gardée, connu de l’homme de Cro-Magnon !

Scène 2 – Le lion s’anime ce soir…

Mais remontons encore le temps jusqu’aux alentours de 30 000 ans. En examinant les œuvres pariétales de l’époque, on observe que bon nombre d’entre elles proposent des représentations dynamiques du mouvement. Technique graphique d’animation que l’on pensait être une invention récente de l’humanité. L’apanage du cinéma et des bandes dessinées.

Que nenni ! Les artistes de sites de Chauvet (-36 000 ans), et plus récemment de Lascaux (-17 000 ans), d’Altamira (-15 000 ans) de Niaux (- 13 000 ans) ou d’autres encore, en voulant « insuffler » la vie à leurs sujets, ont conçu des conventions graphiques proches de celles employées de nos jours.

Par exemple, la fresque des Lions de la grotte de Chauvet, peinte il y a 35 000 ans (voir image d’ouverture) illustre parfaitement cette narration graphique. Il s’agit d’une scène de chasse où figurent à la fois le mouvement de chaque lion mais aussi celui de la meute et du troupeau de bisons s’enfuyant.

Un autre exemple est la frise des Lions de la grotte de la Vache (Ariège) où l’on y voit une série de félins gravés sur une côte de bovidé. Il est probable que l’artiste ait voulu illustrer le même lion dans les différentes étapes de sa course.

Premiers documentaires animaliers…

Les peintres du paléolithique ont compris que mettre en scène les animaux en superposant plusieurs membres permettait de simuler le mouvement. Le trot du Cheval de la grotte de Lascaux est, sur ce principe, appuyé par le fait que le mouvement de sa tête est décomposé en 5 images illustrant des positions différentes.

Leurs intentions, à travers les tableaux successifs, étaient à l’évidence de raconter de manière illustrée et explicite les moments forts de leur existence. Tranches de vie marquées par des histoires naturelles où se mêlent accouplements, chasse et même la mort. Bref, les tout premiers medium visuels de l’histoire.

Les recherches conduites depuis une dizaine d’années démontrent que 40 % des animaux des œuvres pariétales sont représentés en mouvement. Et cela sans compter, les représentations à l’apparence plus statique mais qui s’animent sous l’effet d’un éclairage d’époque qui était constitué de torches ou de lampes à graisse.

Marc Azéma, préhistorien et réalisateur de films, en conclut « …que la plus grande partie du bestiaire pariétal devait être animée pour les artistes préhistoriques »(2).

Les tout premiers documentaires animaliers, en quelque sorte !

Mis à jour le 26 juillet 2012

La préhistoire en mouvement

Deux procédés sont employés par les artistes de la préhistoire pour animer leurs œuvres (2) et en restituer ainsi le côté vivant :
- La juxtaposition d’images, comme affubler 8 pattes à un bison (grotte de Chauvet);
- La représentation d’images successives, permettant de décomposer un cycle de mouvements tel le galop.

Intuitivement, ils utilisent la persistance rétinienne, l’une des propriétés spécifiques de l’œil qui consiste à conserver  en mémoire une image durant 50 millisecondes. Le cerveau recompose ensuite la succession d’image en une séquence donnant l’illusion d’un continuum.


Coup de tonnerre sur les coups de « pinceaux » de la préhistoire

Le titre de tout premier artiste de l’humanité pourrait bien ne pas revenir à un homme, au sens Homo sapiens, mais à Neandertal, simple cousin malheureux de l’homme moderne, disparu de la circulation voici 30000 ans environ.

Cette révélation(5), s’il elle était confirmée, bouleverserait notre conception de l’évolution humaine. L’hypothèse repose sur les dernières datations d’œuvres pariétales peintes sur les parois de la grotte d’El Castillo (nord-ouest de l’Espagne). Datations dont les méthodes incitent toutefois à la prudence. Il s’agit d’un disque de pigment rouge daté de – 40 800 ans et d’une empreinte de main négative remontant à – 37 800 ans. 

Ces premières œuvres de l’histoire ne représentent pas d’animaux ce qui suggèrent également que les premiers traits artistiques pourraient être non figuratifs comme supposés jusqu’à présent(6).    

Evidemment, considérer Neandertal comme un artiste, et qui plus est, le tout premier artiste de l’histoire, remet en cause tout l’édifice sur lequel repose la spécificité, pour ne pas dire la suprématie de l’homme, le vrai, face à ses congénères. 

Car, reconnaître que la capacité de création n’est plus l’apanage de cet homme moderne et que Neandertal en est aussi doté, c’est franchir le Rubicon « cognitif » que beaucoup de spécialistes hésitent encore à franchir. Suite à la prochaine…datation.  


1 – Théorie défendue par Jean Azéma, préhistorien, chercheur au CNRS et membre de l’équipe scientifique de la grotte Chauvet,  expérimentée par Florent Rivère, illustrateur, paléo-expérimentateur, spécialiste de la préhistoire
2-  L’origine préhistorique du Cinéma – Jean Azéma – Pour la Science N° 417  Juillet 2012
3- http://www.f-river.fr/index.php 
4 – Pour en savoir plus sur la naissance du septième art : animage.org
5- Sources :  Sciences & Avenir – août 2012 / revue Science – 15 juin 201
6- Pour aller plus loin sur ce sujet, lire l’article sur le site Hominides.com


A visionner pour mieux comprendre :
    • Principes d’animation utilisés par les artistes du paléolithique :

    • L’origine préhistorique du cinéma, par Marc Azéma :

    • Premier film érotique ! Pour le plaisir :


Pour aller plus loin :
  • La Préhistoire du cinéma : Origines paléolithiques de la narration graphique et du cinématographe…, de Marc Azéma – Ed. Errance, 2011L’auteur part des images de la grotte Chauvet pour terminer par les premiers dessins animés et l’apparition du cinéma et les films de Méliès. Un voyage fascinant à travers l’art universel, sur tous les continents, pour démontrer que les techniques « cinématographiques » ont toujours été présentes et que « l’archéologie du cinéma » est bien plus ancienne qu’on ne le croit. Un DVD complète la démonstration, en animant des images de mouvements décomposés savamment par les artistes anciens.
  • La grotte Chauvet : L’art des origines, de Jean Clottes – Ed. Seuil, 2001Le plus ancien nu féminin tracé sur une paroi date de 33 000 ans. C’est l’une des découvertes exceptionnelles livrées par la grotte Chauvet (Ardèche). Fouillée depuis 1995 par une équipe pluridisciplinaire sous la direction de Jean Clottes, elle ne sera jamais ouverte au public. Cet ouvrage scientifique très accessible a donc été conçu comme une visite permettant à tous les amateurs de préhistoire d’apprécier la grande richesse d’un tel site rupestre. De nombreuses photographies des représentations animales répertoriées en révèlent la qualité impressionnante. Des relevés d’empreintes accompagnés de graphiques reconstituent les différentes périodes d’occupation de la grotte et leur datation. Des cartes permettent de localiser l’emplacement des salles par rapport à l’ensemble du lieu. Ainsi renaissent sous les yeux du lecteur les gestes des premiers peintres et l’émotion que suscite la découverte d’un univers vieux de tant de millénaires

Les toutes premières chaussures

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- 30 000 ans

Dans les coulisses du pied

scarpe

Énoncé du problème : combien de paires de chaussures ont été consommées par l’humanité ? Trop d’inconnues pour résoudre sérieusement ce problème mais on progresse…à petits pas.

On sait qu’environ 80 milliards de personnes ont vécu sur Terre (si l’on arrête le décompte à l’an 2000). On pense désormais que les premières chaussures remontent à 30 000 ans (peut-être même à 40 000 ans).

Cette estimation s’appuie sur l’analyse de l’anatomie des premiers humains et notamment des os des pieds. On a remarqué une réduction de la force du plus petit orteil. Les os des porteurs de chaussures sont plus graciles ! Et cela remonte à plus de 30 000 ans. Depuis, les chaussures ont fait leur chemin.

La plus vieille  chaussure en cuir connue date de 5500 ans. Confectionnée en cuir, lacée et fourrée d’herbe, elle a été retrouvée dans une grotte en Arménie (Science & Vie /Août 2010), bien conservée grâce à des excréments de moutons. Elle chaussait un pied droit d’une pointure correspondant au 37 actuel.  

Quant au problème, il ne reste plus qu’à connaître la consommation moyenne de chaussures selon les différentes époques. Et là, pas besoin de pied…à coulisse.

Actualisé : le 18 septembre 2010

Autres points de vue à découvrir :

  • Histoires de chaussure : 100 photographies pour Handicap International, de Amel et Frédérique Liénart. Cent photographes mettent en scène une histoire de chaussures. Leurs images traduisent la diversité des rapports parfois contrastés que chacun entretient avec ses pompes, une relation amusée, capricieuse ou compulsive, parfois douloureuse…
  • La Chaussure sous toutes ses coutures Découvrir la chaussure sous toutes ses coutures, connaître son histoire, comprendre sa conception et sa fabrication, tout savoir sur le confort, la qualité, son essayage, son entretien, son vocabulaire… « La Chaussure sous toutes ses coutures » est un livre à mettre entre toutes les mains.
  • Catalogue des chaussures de l’antiquité égyptienne. Les collections archéologiques du musée du Louvre recèlent des séries insolites. Pour la première fois, un musée consacre un catalogue scientifique à une collection de chaussures égyptiennes.

Les tout premiers grands-parents

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- 30 000 ans environ

Papy fait de la résistance !

 

Dans la Famille « Homo-Sapiens », je recherche : les Grands-Parents !!

Incongrue, lors de l’apparition des premiers humains, il y a environ 200 000 ans, cette annonce devient envisageable à l’époque de l’homme de Cro-Magnon, voici 30 000 ans. Avec l’apparition des Grand-parents, qui est la conséquence de l’allongement de la durée de vie, la civilisation est en marche.

Pourquoi cette situation a-elle évolué et en quoi ce changement va-t-il être un élément-clé de l’évolution ?

Dans les populations anciennes, la proportion d’adultes qui vivaient assez vieux pour devenir grands-parents, c’est-à-dire des parents d’adultes en âge de procréer est extrêmement réduite. Par exemple, sur le site d’Atapuerca, en Espagne datant de 600 000 ans, tous les individus mouraient avant l’âge de 35 ans et très peu atteignaient cet âge.

Or chez les hommes préhistoriques, l’âge de procréation est estimé à 15 ans, on devient donc au mieux grands-parents à partir de 30 ans. Mais, comme on vient de le voir, la chance d’atteindre cet âge est restée très faible parmi les populations archaïques (1).

Le ratio vieux/jeunes, dénommé OY ratio (old-young ratio) par les paléo-démographes n’a guère évolué entre 3 millions d’années et 35 000 ans. Les jeunes représentant une écrasante majorité par rapport aux « adultes âgés », c’est-à-dire les individus dépassant les 30 ans;

Les vieux : un vrai coup de jeune pour l’évolution !

Miracle ! Subitement, au moment de l’apparition des premiers Européens modernes, il y a un peu plus de 30 000 ans (paléolithique supérieur), ce ratio vieux-jeunes connaît un véritable bouleversement. Il est multiplié par 5 ! Mieux, 65 % des adultes sont grands-parents. Il devient donc courant qu’un jeune soit accompagné par 2 adultes assez âgés pour être ses grands-parents, situation qui jusqu’alors tenait de l’exception.

On assiste donc pour la toute première fois dans l’histoire de l’humanité à l’avènement des grands-parents. Et c’est un véritable événement !

Cette longévité qui est restée quasiment stable et faible durant des centaines de milliers d’années, si l’on remonte à l’époque de Australopithèques (3 millions d’années), s’est donc accélérée soudainement.

Quelle en est la raison ? Cela résulte-t-il d’une évolution génétique, anatomique ou bien d’une évolution culturelle ? Selon Rachel Caspari, professeur d’anthropologie à l’Université de Central Michigan (Mount Pleasant, USA) Le phénomène semble avant tout culturel.

Les avantages de la multigénération

Quelles que soient les époques, les familles multi-générationnelles favorisent la transmission à leurs descendants de règles, de savoir-faire et génèrent de l’entraide. Par exemple, les grands-parents « préhistoriques » étaient probablement en mesure d’identifier les cousins éloignés ou de dire qui appartenait à la famille. Tout cela était bénéfique pour la lignée, la survie et donc l’allongement de la vie. Au final, cet allongement de la vie conduira à renforcer la cohabitation de différentes générations et à la densité des populations.

Avoir un papy ou une mamy pour s’occuper des enfants permettait aux parents de se libérer des tâches parentales. Lorsqu’on est pêcheur/cueilleur, ce n’est pas négligeable. Comme le souligne Mme Caspari « chez les premiers humains, les groupes qui avaient une forte proportion de grands-parents avaient un avantage du point de vue de l’évolution ».  Autrement dit, les grands-parents ont été un facteur positif pour l’évolution et notamment pour les hommes anatomiquement modernes.

L’hypothèse de la « grand-mère »

Cette théorie connue sous l’expression « L’hypothèse de la grand-mère » défend donc l’idée qu’avec l’accroissement sensible de la proportion des grands-parents dans la cellule familiale, les sociétés humaines vont devenir plus productives tout en renforçant le lien social. Autrement dit, on assiste à l’émergence des sociétés tribales et bientôt de la civilisation. Il s’agit donc d’un cercle vertueux qui va agir à la fois sur la démographie, la complexité culturelle et, plus tard, le développement commercial.

En effet, les aînés transmettent oralement des informations dans de nombreux domaines, culturels, techniques, familial. Grâce à cela les liens de parenté vont se développer ainsi que les principes d’entraide particulièrement nécessaires lors des coups durs qui ne manquent pas dans ces temps reculés !

Désormais, pour le plus grand bonheur des petits et des grands, papy va faire de la résistance !


Les grands-parents, pivots de la société.

Les grands-parents jouent un rôle clé dans la famille et représentent un point d’ancrage dans les familles recomposées. Ils sont plus de 80 % à garder plus ou moins régulièrement leurs petits-enfants (2). Cet îlot d’équilibre apparaît pour certains si important, qu’une association (3) propose de « prêter » des grands-parents à des enfants qui en sont « dépourvus ». Ainsi, en décembre 1998, Annick et Guy Righès ont été les premiers « grands-parents » d’adoption. Sans lien légal, ils sont devenus papy et mamy de Maxime et Matthieu, âgé respectivement de 4 et 5 ans à l’époque.

Papy et mamy « gâteau » ont été gâtés !


(1) Source : Pour la Science N° 410 – décembre 2011 – « Les grands-parents : un moteur de l’Evolution ».
(2) Enquête réalisée de 1992 à 1996, par Claudine Attias-Donfut, directrice de recherche à la Caisse Nationale d’assurance Vieillesse.
(3) Association créée en 1998 par Rémi et Michelle Joyaux.


A visionner pour mieux comprendre :


L’aventure des premiers hommes – Ep01 – L’afrique par alxka

 


A  lire par curiosité :

    • Pourquoi j’ai mangé mon père: Roy Lewis  – Pocket

      Utilisant avec réussite le principe ancien qui consiste à transposer dans une époque (la préhistoire), la pensée d’une autre (la nôtre), Roy Lewis nous conte les efforts de nos ancêtres les demi-singes dans leur lutte acharnée pour la survie et la prospérité de l’espèce. Voilà que nos ancêtres sont à la croisée des chemins, face à une nature hostile et à une foule de prédateur. Un tournant de l’évolution qu’il est crucial de négocier en douceur, sous peine d’extinction. Or, voilà qu’Edouard, hominien à l’esprit éclairé, découvre le feu. Une trouvaille qui sauve la famille certes, mais déplaît fort à son frère Vania, qui prédit la fin du monde, milite pour la viande crue et le retour dans les arbres… Roy Lewis fait ici de l’anachronisme sa seule loi et revisite avec brio les grands thèmes de société : l’éducation, le rôle de la femme ou l’éternel combat entre progressistes et réactionnaires. Il aborde également l’écologie, la famille et pose la question cruciale de la maîtrise du progrès technique par le biais de cette fresque grandiose, hilarante et moderne.

 

  • Histoire des grands-parentsde Vincent Gourdon, diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, agrégé et docteur en histoire, chargé de recherche au CNRS et rédacteur en chef adjoint des Annales de démographie historique.Les grands-parents sont aujourd’hui des personnages essentiels dans la famille française. Nombreux, actifs, prêts à aider leurs enfants et petits-enfants, telle est l’image des « nouveaux grands-parents ». Mais jusqu’où peut-on parler de nouveauté ? Les générations passées ne profitaient-elles pas de la présence des aïeuls ? Etaient-ils des vieillards dépendants ou de solennels et distants patriarches ? A l’aide de nombreuses archives inédites – registres paroissiaux, recensement, autobiographies, codes de savoir-vivre – Vincent Gourdon remet en cause ces simplifications et retrace pour la première fois la longue histoire des grands-parents en France.

Les tout premiers calculs

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- 22 000 ans (environ)

Premiers en math

Tout a probablement commencé il y a 25 000 ans (entre 22 000 et 25 000 ans avant notre ère). Nous sommes en Afrique sur les bords d’un lac, le lac Edouard de l’actuel République démocratique du Congo.

A l’aide d’un objet tranchant, deux hommes agenouillés entaillent chacun un os de la taille d’une main à peine. Que signifient ces stries ? Le nombre d’animaux tués au cours d’une période donnée, un calendrier lunaire, une règle à calcul ?

On l’ignore mais il y à fort à parier qu’il s’agit des toutes premières pratiques mathématiques de l’humanité. Cette scène imaginaire s’appuie sur une découverte qui remonte aux années 50 : les os d’Ishingo.

Un os à compter

Que nos chères têtes blondes que les maths font tant souffrir se rassurent ; d’autres bien avant eux seraient donc tombés sur un os. Un os au pouvoir bien étrange : faciliter le calcul en formalisant des nombres.

Grâce à cela, les pécheurs du lac Edouard font-ils partie des premiers « matheux » de l’histoire de l’humanité ?

Nombres premiers ou premiers des nombres

Les os d’Ishingo sont au nombre de 2. L’un provient d’un lion, l’autre est d’origine humaine. Ils mesurent respectivement 10 et 14 cm. Ils comportent des encochent transversales regroupées en série, selon des règles qui semblent mathématiques (10+1, 20+1, 20-1, 10-1, etc..).

Science Museum of Brussels
Science Museum of Brussels

Si les os d’Ishingo convoitent le titre d’objets arithmétiques les plus anciens, à quoi, diable, pouvaient-ils servir ? Les hypothèses sont nombreuses et évoluent avec le temps. Calendrier lunaire, dans les années 70 ou tout premier instrument de calcul, thèse datant d’une dizaine d’année. On a même identifié sur l’un des os une suite des nombres premiers compris entre 10 et 20.

L’hypothèse de règle à calcul et de table de conversion utilisant conjointement les bases 10 et 12 tient aujourd’hui la corde. D’autant que les systèmes de calcul en base 12 sont encore utilisés dans certaines régions d’Afrique. Bref, les experts ont encore un os à ronger avant d’en tirer des conclusions fiables.

Le premier calcul digital

En remontant quelques milliers d’années auparavant, on pourrait dire, d’une manière grossièrement imagée que l’os à calcul était alors entouré de chair. C’était le doigt. Oui, il y a 29 000 ans (27 000 avant notre ère), l’homme du paléolithique « calculait » probablement déjà sur ses doigts.

Cette théorie n’est pas faite au doigt mouillé, si l’on peut dire, mais relève d’une étude très sérieuse. Celle-ci se fonde sur l’analyse combinatoire de 49 mains représentées dans la grotte Cosquer[1]. Bien que controversées, cette étude concluent, qu’au regard du faible nombre de combinaisons de doigts utilisés sur les fresques (5 sur 32 possibles), il peut s’agir d’une méthode de calcul.

Quoi qu’il en soit, beaucoup de spécialistes comme Georges Ifrah[2] estime que la main, avec ses doigts, est la toute première machine à calculer.

La bosse des maths

Les os d’Ishango témoignent au moins d’une chose : la capacité cognitive des hommes de l’époque était très élevée. Mieux, elle l’était déjà, il y a près de100 000 ans. C’est ce qu’indiquent les récentes découvertes [3] qui mettent en scène des objets de parure façonnés sur des coquillages. Ils prouvent là encore la capacité de manier des symboles. Équipés d’un cerveau, doté de la bosse des maths, nos ancêtres, les premiers homo sapiens, calculaient probablement d’une manière intuitive, sans se poser de problème, comme le célèbre M. Jourdain dans une discipline plus littéraire.

Le calcul assisté

S’il y a bien une aventure humaine collective, c’est celle de l’invention des nombres et des mathématiques et, ensuite de sa boite à outils. Comme on vient de le voir, le maniement des symboles et des chiffres est probablement intrinsèque à la nature humaine. Ce qui explique son caractère intuitif.

Mais le calcul mental a dû trouver rapidement ses limites d’où le recours à des moyens pour faciliter sa mémorisation ou son traitement. Les doigts, les os, les tablettes, les calculettes….

C’est justement avec les tablettes que commence officiellement l’histoire des mathématiques. On les appelle les tablettes d’Uruk. Elles proviennent de Mésopotamie et remontent au quatrième millénaire avant notre ère Sur ces tablettes d’argile retrouvées près de Bagdad sont consignés les tout premiers registres de comptes de l’histoire. Ces premières pratiques comptables notifiaient des données utilitaires (sacs de blé, têtes de bétail…). Elles signent les premières utilisations de nombres et ceci dans un but commercial.

Tout comptes faits

Il apparaît nécessaire de dissocier la pratique intuitive et ancestrale des mathématiques, d’une utilisation instrumentalisée en vue de quantifier et d’ordonner pour un objectif précis.

Et si le sens des nombres remonte donc à la nuit des temps, c’est que cette disposition serait encodée dans notre cerveau (et dans celui des animaux), indépendamment de toute forme d’apprentissage.

Reste à résoudre un autre problème : les mathématiques sont-elles une création de notre esprit ou bien ont-elles une existence indépendante, voire, l’essence du monde est-elle de nature mathématique ?
Cette fois, nous quittons la rive abrupte des mathématiques pour atteindre celle embrumée de la métaphysique. E là, comme l’évoquait le philosophe et écrivain Robert Pirsig [4], c’est comme si nous étions dans un restaurant qui propose un menu de 30 000 pages et rien à manger. Heureusement, il nous reste un os à ronger !

Principales étapes à retenir

  • – 22 000 ans (avant notre ère) : entailles sur les os ayant probablement un caractère « mathématique » ;
  • – 7 000 ans : premières tables à calcul, les « Abaques » en Mésopotamie ;
  • – 6 000 ans : petits jetons d’argile servant à calculer ;
  • - 3 350 : tablettes d’Uruk, premiers registres de calculs écrits ;
  • - 3000 : L’Egypte développe une numération sous forme de hiéroglyphe ;
  • - 2700 : Apparition des chiffres cunéiformes sumériens ;
  • – 1300 : la Chine développe son système de numération ;
  • Entre IVe et Ve siècle : numération de position indienne ;
  • Entre le Ve et IXe siècle : Numération de position maya ;
  • XII ème siècle : invention du boulier en Chine ;
  • Entre le XIIe et XVe siècle : Les chiffres arabes se stabilisent ;
  • 1617 : les bâtons de Neper, bâtons mobiles facilitant  la multiplication ;
  • 1620 : perfectionnement du système par Gunter qui en fait la première règle à calcul ;
  • Vers 1650 : la Pascaline offre un embryon de programmation de règles opératoires ;
  • 1694 : Leibniz expose la première calculatrice capable de réaliser toutes les opérations arithmétiques élémentaires ;
  • 1820 : apparition des machines à calculer « à la portée de tous » ;
  • 1880 : machine à calculer numérique fait son apparition dans l’administration américaine ;
  • 1945 : L’ENIAC, première machine à calculer conçue pour calculer les trajectoires de tir ;
  • 1946 : début des travaux du premier ordinateur doté d’une mémoire interne, le Manchester Mark 1 ;
  • 1972 : mise au point de la première calculatrice de poche ;
  • 1976 : commercialisation du premier supercalculateur, le Cray 1 ;
Mis à jour le 29 septembre 2009

1 – Théorie publiée en 2006 par André Rouillon dans la revue Anthropology.
2- Histoire universelle des chiffres .
3 – Coquillages percés exhumés en Afrique du sud (-75 000 ans) et d’autres encore plus anciens provenant d’Algérie (-90 000 ans) ou d’Israël (100 000 ans), témoignant d’une capacité d’abstraction et de maniement de symboles.
4 – Robert Pirsig a publié en 1974 le célèbre Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes.


A consulter pour mieux comprendre :


A voir ou à lire :

Les toutes premières divinités

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- 15 000 ans

La Divine comédie

A la faveur d’un réchauffement qui met fin à près de 100 000 ans de frimas (le dernier âge glaciaire), la nature devient plus généreuse. Douceur et humidité favorisent une certaine abondance de nourriture sauvage. L’homme va enfin pouvoir commencer à s’affranchir du carcan de son environnement.

Plus disponible pour laisser libre court à son imagination, il invente, sans relâche, outils et méthodes pour faire face aux aléas. Il se hisse ainsi au-dessus du panier de ses congénères, cousins plus ou moins éloignés, tout en ayant le souci d’améliorer ledit panier de la ménagère de l’époque. Autrement dit, il s’extrait de la pure contingence.

Cet homme plus libre commence à prendre conscience que, bien que fruit de la nature, il peut envisager de la dominer. Mais, si lui peut la dominer, c’est que probablement, il existe au-dessus quelque chose de plus fort, de plus grand qui peut aussi le dominer. Dominus vobiscum…

Jusqu’à présent, et depuis plus de 20 000 ans, l’homme avait probablement une relation « sacrée » avec des esprits issus de la nature : le vent, les animaux, les montagnes…comme en témoignent les innombrables peintures des grottes. Cette relation était d’ordre « win/win » je te donne cela et tu m’accordes çà. Bien loin donc de la notion de transcendante.

Cette fois, l’homme, réalisant sa supériorité face à son entourage – comme les singes -, ne s’accommode plus d’une relation avec des esprits sans esprit. Il vise plus haut, au minimum des entités qui lui ressemblent, avec un ego, des désirs, des colères. Autrement dit, une intelligence mais en plus fort, une intelligence supérieure. Le divin est né.

Déesse enfantant soutenue par des félins (publié dans le site  www.dinosoria.com)
Déesse enfantant soutenue par des félins (publié dans le site www.dinosoria.com)

Cette divinité commence sous le signe de la féminité. Les nombreux vestiges retrouvés au Moyen-Orient, il y a plus de 12000 ans représentent en effet des déesses affirmant fortement leur féminité. Porteuses de vie et veillant sur la fécondité des hommes comme celle des champs, les déesses sont un recours précieux pour des hommes qui entrevoient les premiers résultats de leur labeur.

Comme on le dira plus tard, Dieu a fait l’homme à son image. Cette image va se viriliser au fur et à mesure que la société se hiérarchise et que le commerce se développe. Après plusieurs milliers d’années de bons et loyaux services, les déesses devront donc laisser la place à des dieux viriles et protecteurs, capables de protéger récoltes et habitats.

Pour les dieux mâles, le pouvoir, pour les déesses, le devoir. Enfin, tout rentre dans l’ordre, et cela bien avant qu’on rentre dans les ordres !


A voir et à lire pour aller plus loin :
  • Petit traité d’histoire des religions. Des premiers rituels funéraires des hommes préhistoriques aux grandes religions actuelles, Frédéric Lenoir explore de manière limpide l’univers foisonnant du sacré. Une question parcourt ce livre : à quoi servent les religions et pourquoi accompagnent-elles l’aventure humaine depuis l’aube des temps ?