dimanche, 19 mai 2013

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

A. -100 Ka à -36 Ka

La toute première langue

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Posté par fabrice
 

Entre – 70 000 et – 55 000 ans

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Au bout de la langue

Issu d’une évolution qui a commencé il y a 2,5 millions d’années, le langage est devenu une nécessité pour mener à bien des opérations complexes comme les traversées maritimes. Si les « balbutiements » des premières pratiques du langage restent encore nébuleux, il est plus que probable que le langage, avec l’apparition de premières langues, était au rendez-vous des premières grandes expéditions humaines.   

Une bise glaciale parcourt une steppe arpentée par une horde de caribous et de mammouths à la fourrure parsemée de givre. Derrière, à bonne distance, suit un petit groupe d’individus une douzaine, sans doute les éclaireurs d’une cohorte plus importe.

Voyage en langue inconnue

Tout ce petit monde s’aventure sur une nouvelle terre qui vient d’émerger. Elle forme un pont naturel entre l’Alaska et la Sibérie : la Béringie. Cette situation est la conséquence d’une baisse d’une centaine de mètres du niveau des océans.

Nous sommes au cœur de la dernière glaciation, il y a 50 000 ans environ ; la glaciation dite de Würm qui s’est installée entre -115 000 ans et -10 000, avec un maximum, il y a 20 000 ans.

A l’opposé de là, au niveau de l’Océanie, d’autres individus s’apprêtent à réaliser un voyage… maritime cette fois. Sans doute, l’un des tout premiers. Bénéficiant eux aussi de la baisse du niveau de la mer dans les mêmes proportions provoquée par la glaciation, ils s’engagent dans un voyage en haute mer d’une centaine de kms seulement. Ils envisagent, avec bravoure, de relier les îles de l’Océanie à l’Australie. Une semaine de traversée environ, une épopée sans précédent pour l’époque.

Des projets qui vont faire parler !

Les deux expéditions sont confrontées à la même problématique : COMMUNIQUER.

En effet, pour mener à bien de telles expéditions, et c’est surtout vrai pour les traversées maritimes, il faut parvenir à concevoir un projet, l’expliquer et le partager afin d’obtenir une « motivation partagée ».

Cela nécessite de se projeter dans l’avenir, penser à l’intendance, l’eau, la nourriture, le nombre de passagers, envisager différents itinéraires. Bref, la complexité d’une telle expédition requiert selon les spécialistes (1) un système de communication élaboré qui repose sur le langage articulé et sur une langue comprise et partagée grâce à une ébauche de syntaxe. La toute première manifestation sociale du langage.

Sur l’origine des langues : au moins deux théories.

La première théorie relève d’une nécessité conjoncturelle, comme on vient de le voir, en l’occurrence un projet fédérateur commun, comme une aventure maritime. Cette hypothèse postule que le langage élaboré aurait pu apparaître en différents endroits et à différentes périodes, comme l’agriculture plus tard, en fonction d’événements et de la nécessité.

Cela se serait produit après l’exode de nos ancêtres du continent Africain, il y a 70 000 ans. C’est la théorie de la polygénèse du langage.

Une seconde théorie, appelée monogénèse, soutient que le langage aurait émergé de populations d’Homo sapiens africains, à partir de 100 000 ans. Ensuite seulement, ce langage originel aurait essaimé sur tout le globe à la faveur des migrations vers d’autres continents.

La mère de toutes les langues

Cette idée de monogénèse, stipulant que toutes les langues auraient une origine commune, n’est pas une idée neuve. En 1994, Merritt Rhulen milite pour une langue universelle issue des populations d’Homo Sapiens vivant en Afrique entre 100 000 ans et 50 000 ans.

Selon ses travaux, qui sont loin de faire l’unanimité à l’époque, il identifie 27 racines mondiales comme « aq’wa » (eau) ou « tik » (doigt) qui appartiendraient à une langue mère originelle. Racines communes qui seront ensuite déclinées.

Depuis, la génétique est venue appuyer cette thèse d’unicité originelle des langues. Il ne faut pas oublier qu’entre -100 000 ans et – 50 000 ans, la population d’Homo sapiens est extrêmement réduite, entre dix mille et trente mille individus. Pour André Langaney, généticien, cela n’est pas compatible avec un nombre élevé de langues. Toutefois, il est encore trop tôt pour trancher entre ces deux hypothèses.

Des langues difficiles à délier

Quoi qu’il en soit le langage, au sens « système de communication s’appuyant sur une syntaxe compliquée (2) », serait donc apparu il y a au moins 70 000 ans, au terme d’une évolution très lente du système de communication de l’homme qui a commencé il y a 2,5 million d’années avec la fabrication des outils.

Dans cette quête de la mère de toutes les langues, on pourrait laisser le « dernier mot » à l’historien Hérodote. Celui-ci raconte que le roi Egyptien Psamtik, au VII ème siècle avant notre ère, aurait enfermé deux enfants dès leur naissance. En leur interdisant toute communication extérieure, il cherchait à savoir, une bonne fois pour toute, quelle était la langue originelle. A l’époque, on hésitait entre l’égyptien et le phrygien. 


Histoires avec paroles 

Au total, on estime à plus de 30 000, les langues qui ont été pratiquées au cours de notre histoire. Actuellement, il en reste un peu plus de 6500 environ, selon l’Ethnologue, l’index officiel. 4 % des langues sont parlées par 96 % de la population ; ce qui signifie que l’immense majorité des langues ne sont parlées que par une poignée d’individus. Ainsi, la diversité la plus importante de langues provient de peuples de la forêt et se situe sur le continent américain.

Le rythme de disparition des langues est aujourd’hui de 3 à 4 par mois et, selon l’Unesco, 2500 langues seraient actuellement en péril.

Quant à notre pays, on dénombre pas moins de 26 langues (le basque, le breton, le corse mais aussi le picard ou encore le poitevin-saintongeais) en majorité « sérieusement en danger ».


 L’indo Européen

Langue indo-Européeene, l'expansion

Il s’agit de la famille linguistique la plus importante du monde avec 3 milliards de locuteurs. Le proto-indo-européen va donner naissance au sanscrit, grec, latin et ses déclinaisons, dont le français, les langues germaniques, dont l’anglais, les langues slaves et d’autres encore. Une seule famille, qui remonte à 6000 ans, pour toutes ces langues si familières mais aux apparences si différentes.

L’origine sur le foyer d’émergence de cette langue reste encore très nébuleuse. Certains la verraient bien apparaître au Turkestan, ou bien encore en Allemagne ou près de la mer Noire. Les thèses les plus sérieuses évoquent l’Anatolie avec éventuellement un apport Kourgane ultérieur (3), en provenance du bassin de DNiepr et de la Volga.


1 – « Les origines des langues » – Les cahiers de  Science & Vie. N° 118 – Août/ septembre 2010
2- Caractéristiques communes à toutes les langues existant aujourd’hui, selon Jean-Marie Hombert, auteur du livre « Aux origines des langes et du langage » Ed. Fayard, 2005;
3- Article sur l’hypothèse « Kourgane » de l’Indo-européen


 

A visionner pour mieux comprendre :


A lire pour aller plus loin

Les toutes premières exterminations

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Posté par fabrice
 

Vers – 50 000 ans

 

A la conquête du monde…

 

Il y a près de 70 000 ans  l’homme s’apprête à quitter l’Afrique son berceau. Il part à la conquête du monde, pour la toute première fois. Selon les généticiens, cette première migration, hors de l’Afrique passant par la péninsule arabique, débute il y a 70 000 ans.

Migration de l'Homo sapiens depuis l'Afrique

Il atteint l’Australie, il y a 55 000 ans, le Moyen-Orient et l’Extrême Orient, il y a 50 000 ans, l’Europe, dont la France, 5 000 ans plus tard, la Sibérie à la même période. Il va même s’aventurer en Amérique, à la faveur de la dernière glaciation – dite de Wurm - lui offrant l’opportunité de traverser le Détroit de Béring alors en proie aux glaces , il y a près de 20 000 ans. Il atteindra « Ushuaia », 14 600 ans avant notre ère.

Au rythme d’un dizaine de kms par génération ou 40 km par siècle(1), l’homme est devenu un globe-trotter incorrigible. Mais son goût pour les voyages-découvertes ne fait pas que des heureux, loin s’en faut. Il semblerait même que dès que l’homme foule le sol d’un nouveau territoire ou d’un continent, cela n’est pas de bonne augure pour les espèces locales qu’il s’agissent d’espèces animales, végétale ou autres espèces d’homo.

L’homme : un loup pour l’homme et pour les autres espèces !

On ne compte plus les disparitions qui se produisent après son arrivée : les kangourous, autruches et marsupiaux géants d’Australie, les mammouths d’Asie et d’Amérique, les ours européens, les grands paresseux qui pouvaient atteindre 6 tonnes, les grands carnivores comme le Tigre à dents de sabre. 

A cela s’ajoutent les autres espèces d’Homo qu’il côtoie : l’homme de Denisova et de Flores en Asie et, en Europe, le célèbre et malheureux homme de Neandertal qui disparaîtra il y a un peu plus de 30 000 ans.

Faut-il y voir une coïncidence ? Peut-on parler de tout premiers crimes en série ou du moins des toutes premières exterminations ? 

Selon beaucoup de scientifiques, il n’y a pas de doute. L’extinction par exemple des grands marsupiaux coïncident avec l’arrivée de l’homo sapiens. Cette hypothèse est connue sous le label de théorie du Blitzkrieg. Elle vient d’être récemment renforcée.

L’auteur d’une étude récente établit (2), en effet, le scénario : les chasseurs de l’époque utilisent le feu pour rabattre les animaux qu’ils tuent grâce à leur équipement relativement sophistiqué : lances, haches, arcs, boomerangs en Australie…

Résultat la faune est exterminée et les incendies de forêt se multiplient car celle-ci est moins nettoyée par ces animaux. Les sols s’appauvrissent et les territoires deviennent des déserts.

Des disparitions inexpliquées…à moins que…

« Même si c’est politiquement incorrect de le dire, disons-le : quand les hommes sont arrivés, surtout dans les régions où il n’y avait pas eu de peuplement humain auparavant, comme en Australie et en Amérique, ils ont eu un impact énorme sur l’environnement et sur la faune. C’est un fantasme d’intello de la fin du XXème siècle que de vouloir croire que le monde du passé est un monde pacifique et bienfaisant. » estime Jean-Jacques Hublin, directeur du laboratoire de l’Evolution humaine de l’Institut Max Planck d’anthropologie évolutionnaire à Leipzig.

Neandertal victime de l’homme   »serial killer »?

Tandis que dans nos contrées gambades aurochs, lions, panthères et autres rhinocéros, Neandertal apparaît voici près de 300 000 ans ; devant lui 270 000 ans de tranquillité avant que Cro-magnon ne pointe le bout de son nez !

Après 5 000 ou 6 000 ans de cohabitions avec Cro-magnon, Neandertal disparaît mystérieusement, Il y a 30 000 ans environ. Pourtant, il est loin d’être aussi primitif que l’image que l’on a bien voulu lui donner.

On a ainsi retrouvé dans le Nord de la France, à Saint Amand (3), un atelier de taille de silex, placé aux côté d’un site de boucherie. Cet atelier produisait des objets de découpe destinés à préparer le gibier de manière optimisée afin de séparer les différents morceaux : viande, peau, os, tendons…

De même, on pense que les premières œuvres pariétales connues (grotte d’El Castillo, Espagne) pourraient attribuées non pas à l’homo sapiens mais à Neandertal. Il aurait été le tout premier artiste de l’Histoire. Bref, Neandertal n’a pas à rougir face à l’Homo sapiens.

Curieusement, Neandertal, malgré ses qualités qu’on lui reconnaît désormais, ne survivra donc pas longtemps après l’arrivée de Cro-magnon. Faut-il y voir la main de l’homme…moderne ?

Homo sapiens, héros ou bourreau ?

Penser que Cro-Magnon ait été responsable de son extermination est allé malgré tout un peu vite en besogne. Il est probable que les confrontations furent limitées du simple fait de la taille réduite des populations concernées, quelques milliers d’individus(4). En effet, sur des centaines de squelettes analysés, seuls 2 montrent des blessures, qui plus est non mortelles.

Laissons le mot de la fin au paléoanthropologue Pascal Picq : « Par delà les controverses, on recense pas moins de quatre espèces d’hommes (5) sur l’Ancien Monde autour de 100 000 ans, une petite planète d’hommes. Aujourd’hui, il n’en reste qu’une seule répartie sur toute la Terre, la nôtre. Alors triomphe ou fin annoncée ? ».


 L’extinction de l’Holocène : premier génocide de l’humanité ?

Elle s’est manifestée entre 12 000 ans et 9 000 ans avant notre ère. Cette extinction va toucher surtout les grands animaux et notamment les grands-mammifères, ce que l’on nomme la mégafaune. 80 % des  animaux de plus d’1 tonne seront éradiqués, comme le mammouth laineux.

L’holocène est la période qui s’étend sur les 10 000 dernières années, elle correspond à un âge interglaciaire qui débute avec la fin de la dernière glaciation, la glaciation de Würm. Elle se poursuit aujourd’hui bien que certains évoquent une novelle période : l’anthropocène, une période modelée par les activités humaines.

Le taux d’extinction actuel des espèces est de 100 à 1 000 fois supérieurs au taux moyen naturel constaté dans l’histoire de l’évolution de la planète. En 2007, l’UICN a évalué qu’une espèce d’oiseaux sur huit, un mammifère sur quatre, un amphibien sur trois et 70 % de toutes les plantes sont en péril(6).

Le plus triste exemple de cette extermination est celle du Dodo, oiseau de l’Ile Maurice peu agile mais qui jusqu’à l’arrivée des européens n’avait aucun prédateur. Le dodo  disparaitra au XVIIIème victime de l’homme pour qui il était un gibier facile mais aussi victime des animaux importés par l’homme qui vont piétiner ses nids construits au sol.

Alors, Neandertal  tout comme le Dodo et probablement d’autres espèces comme Erectus et Floresiensis,  simples gibiers pour l’homme moderne ? C’est la thèse du paléontologue Bienvenido Martinez-Navarro et du biologiste Policarp Hortola qui ouvertement dans la revue scientifique  Quaternary International accusent l’homme de génocide(7).


 Pâques : l’ile de la désolation

Devant nous, l’océan Pacifique à perte de vue. La première terre habitée est à 2 300 km, le premier continent à 3 700 km. L’endroit est volcanique et aride. Là, se dressent plusieurs centaines de statues, au total près de 900, dont plus de la moitié inachevées.

Le premier Européen à y poser le pied est l’amiral hollandais Roggeveen, le dimanche de Pâques 1722. L’île de Pâques, aujourd’hui Rapa Nui, est l’une des terres les plus isolées du monde. Bienvenue sur l’île de la désolation. Elle est sans conteste le triste exemple de la capacité d’extermination et de dévastation de l’homme.

On ignore aujourd’hui encore l’enchaînement réel des événements. La première présence humaine sur l’île, datée entre 400 et 800 après J.-C., a récemment été mise en cause par de nouvelles analyses, fondées sur une datation au carbone 14, qui laissent à penser que l’arrivée des premiers habitants pourrait être beaucoup plus récente, entre l’an 1000 et l’an 1200.

Les toutes premières exterminations - Ile de Pâques

Est-ce par croyance et pour dresser leurs célébres statues que les habitants vont procéder à la coupe en règle des arbres de l’île ? Une chose est sûre,  à cette déforestation aveugle s’ajoute une exploitation des ressources naturelles par nécessité due à l’augmentation de la population, jusqu’à près de 15 000 personnes selon certaines sources (8).

Tout cela finit par engloutir tout espoir même de survie  Plus de pirogue pour la pêche, impossibilité de se chauffer, de faire la cuisine ou de construire de nouvelles habitations. On ose imaginer ce qui traversa l’esprit à celui qui abattit le dernier arbre de l’île . Bref, après la fête, la gueule de bois.  

A partir du milieu des années 1600, le bois finit par manquer totalement. La population se rabat alors dans des grottes. Faute de couverture forestière, le sol s’appauvrit entraînant baisse des rendements agricoles et érosion. La descente aux enfers est en marche.

L’île sombre dans la misère, la famine…et dans le cannibalisme. De 7000 personnes,  la population va décliner jusqu’à atteindre 111 personnes en 1877, suite à une épidémie. Une autodestruction pour non assistance à nature en danger.


1 – source : http://www.normalesup.org/~adanchin/histoire/antiquite.html
2- Etude publiée en mars 2012 dans le magazine « Science », Susan Rule – Université de Canberra (Australie)
3-  Le nouvel Observateur : 9 août 2012 – n°2492
4- Bruno Maureille, directeur de recherche au CNRS –
Le point – 19 juillet 2012 N°2079
5- « Neandertal, en Europe, en Asie et dans une partie du Proche-Orient ; Denisoviens (homo Denisoviensis  en Asie ; les hommes de Flores (Homo florensiensis) ; les hommes de Solo à Java (Homo soloensis) et enfin nous, Homo sapiens.  « L’homme est-il un grand singe politique ? » – Pascal Picq- Ed. Odile Jacob – Novembre 20115 -  
6-
Site Ideeneo.fr
7 – Le point – 19 juillet 2012 N°2079
8- « Les guerres du climat, pourquoi on tue au XXI ème siècle » – Harald Welzer – Ed. Gallimard


A visionner pour mieux comprendre :

  • L’homme de Neandertal : une autre espèce humaine :

A voir et à lire pour aller plus loin :