vendredi, 09 décembre 2016

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Le début de l’Histoire

Les tout premiers baisers

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- 3800 ans

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Bons baisers de Lucy !

On le dit inné, vieux comme le monde, multiformes, multiculturel, multi-générationnel, capable de faire battre la chamade au plus endurci, de réaliser un échange de millions de bactéries le temps…d’un baiser. Quand, comment et pourquoi a-t-on embrassé pour la première fois ?

La toute première évocation du baiser est indienne et remonte à 1500 ans avant notre ère. Elle est rapportée dans les textes sanskrits védiques évoquant l’idée de « se renifler avec la bouche » (1), car aucun terme à l’époque ne permet de désigner le baiser.

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Cependant, les toutes premières représentations de baisers, des couples s’embrassant sur la bouche, figurent sur des fresques égyptiennes remontant à plus de 3800 ans (2).

S’il s’agit là de traces avérées et datées ; à l’évidence la pratique du baiser est bien antérieure et de surcroit n’est pas l’apanage de l’espèce humaine ; elle ne se résume pas non plus au baiser amoureux ou romantique. Il y a le baiser amical, affectueux, social, maternel, rituel, protocolaire, langoureux; bref plein de bisous !

Le baiser : un langage ancestral et presque universel

Dans le monde animal, chez les primates, les oiseaux mais aussi chez certains insectes, on note de nombreuses pratiques de baiser labial ou intrabuccal qui visent à nourrir les petits sous une forme de becquée, avec une pré-mastication des aliments.

Ce comportement, très courant chez les singes, peut prendre une forme affective comme chez les bonobos qui n’hésitent pas à jouer avec leur langue.

Pour certains anthropologues, « les hommes préhistoriques » ont employé les mêmes pratiques de mastication pour nourrir leurs bébés. Ils estiment également que les humains de cette époque se léchaient probablement le visage entre eux pour en absorber le sel ce qui favorisait leur survie.  Etait-ce déjà le cas de la célèbre Lucy, l’Australopithèque âgée de plus de 3 millions d’années ? On le saura vraisemblablement jamais.

Le baiser : le couteau suisse de la communication

Les premiers baisers remplissaient donc plusieurs fonctions, liées à la fois à la sexualité à l’instar d’une parade sexuelle, à une manière de fraterniser mais également à des mesures d’hygiène, issues de rites de toilettage.

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Des ethnologues, observant des cultures ancestrales notamment de tribus africaines, voient dans la pratique du baiser un dérivé l’inspiration mutuelle de l’haleine symbolisant l’union ou la fusion des âmes (3).

Mais ne nous y trompons pas, jusqu’au XIXème siècle (et même encore aujourd’hui), le baiser dit amoureux n’était pas si répandu que cela à travers la planète. De nombreuses civilisations, en Afrique, en Asie et Australie, en ignoraient tout de ces pratiques au point de les redouter comme cette princesse africaine qui pensait que son amoureux voulait la dévorer en cherchant à l’embrasser (5) (8).

Bref, même s’il est loin d’être adopté par toutes les cultures, le baiser apparait si l’on prend toutes ses formes comme le bisous que l’on fait à son bébé un langage quasi universel pratiqué depuis la nuit des temps (6).

« Le baiser est la plus sûre façon de se taire en disant tout », si l’on reprend la formule de Maupassant (7)

Les bisous et la science

Les études scientifiques démontrent que le baiser sur la bouche, en échangeant haleine et salive, permet aux partenaires de collecter des informations chimiques et biologiques.

Le psychologue évolutionniste Gordon Gallup de l’Université d’Albany (U.S.A) va plus loin. Pour lui, le baiser amoureux nous fournit des informations olfactives sur l’ADN du partenaire et son statut reproductif.

Mieux, les endocrinologues ont constaté que les femmes, via le baiser, testaient inconsciemment le système immunitaire de leur partenaire, ou du moins une partie appelé « complexe majeur d’histocompatibilité » (CMH) et qu’elles étaient attirées par les hommes possédant un CMH différent du leur, gage de vitalité de leur future progéniture !

Ceci explique, en partie, que 59% des hommes et 66% des femmes mettent fin à une relation à cause d’un baiser trop décevant (4).

Un baiser pour la vie

Le baiser est aussi un marqueur universel et impérissable de notre vécu. Des études soulignent que nous souvenons plus précisément de notre tout premier baiser que de n’importe quelle autre première fois de notre vie, même sexuelle ! (1)

Pour les neuroscientifiques comme pour Darwin, pour qui se picorer les lèvres était un acte inné, encodé dans nos gènes, nous sommes programmés dès le plus jeune âge pour associer ces émotions positives avec le contact labial.

Bien que nous ignorerons toujours quand et où se sont produits les tout premiers baisers de l’humanité, cela crève les yeux que la plupart des humains ont une envie irrépressible et instinctive de se lier de cette manière, selon des styles et des manières inhérentes à nos cultures et à nos expériences.

Grâce au baiser, nous embrassons le monde, notre monde !

Publié le 30 Janvier 2016

Le baiser à travers les âges

  • Au commencement était le « Baiser » de la bible : « Alors Yahvé Dieu modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant »;
  • 1200 avant notre ère : Selon Plutarque, s’embrasser sur la Bouche remonterait à la guerre de Troie et serait une initiative des femmes  pour calmer la colère des hommes après avoir incendiés leurs bateaux ;
  • 1er siècle avant notre ère : les Romains pratiquent allégrement le baiser, en privé comme en public, en couple hétérosexuel mais surtout homosexuel ;
  • Premiers siècles de notre ère : le bisou chrétien est un bisou de paix qui a aussi pour vocation d’être un signe de reconnaissance, c’est l’oscuium pacis qui perdurera au Moyen-Age ;
  • Au Moyen-Age, le baiser se répand sous différentes formes. Il y a l’osculum, un bisou entre seigneurs et vassaux qui permet de sceller le pacte de protection contre soumission par un baiser sur la bouche ; il y a aussi le baiser des chevaliers (2) qui est une preuve d’amitié et d’attachement tout comme le fait de dormir dans le même lit;
  • La Renaissance marque un tournant dans la pratique du baiser. Fini le baiser féodo-vassalique ou celui des chevaliers, terminés aussi les baisers public, à la fois coupables et victimes des épidémies, place aux baisers mondains comme le baisemain ou aux baisers érotiques qui préfigure la montée en puissance du libertinage ;
  • Au XIXème siècle, l’époque est à la chasteté ou du moins à l’intimité ; le bisou ne s’extériorise pas, enfin pas encore; C’est aussi l’époque du baisemain, l’une des rares formes de baiser asymétrique (7)
  • Le XXème siècle, verra peu à peu le baiser se libérer de toute entrave ; d’abord au cinéma avec le baiser hollywoodien puis à partir de 1968, le baiser partout et maintenant avant de perdre son article : baiser partout et maintenant !
  • Au XXI ème siècle, sur 168 culture étudiées, seules 77 % pratiquent le baiser amoureux.

Des expressions à la pelle pour évoquer le baiser !

Baiser protocolaire entre Brejnev et Honecker

Baiser protocolaire entre Brejnev et Honecker

Rouler une pelle, c’est l’allusion au mouvement de la langue mais c’est aussi l’évolution du mot pelle qui est dérivé du mot ploter  (on roulait un pélot ou un palot ou un pelot), qui lui-même  vient de patiner : on disait patiner au lieu de dire peloter (XIX ème siècle) : « caresser avec insistance ».

Quant au French Kiss, l’expression vient de la Libération;  les américains ont découvert à travers les Françaises des mœurs qui étaient plus libres que dans leur pays.

A l’époque Romaine, il y avait 3 expressions pour évoquer le baiser : l’osculum, ce qui correspond à la bise d’aujourd’hui, le basium, un bisou d’affection pratiqué entre époux ou membres de la famille, le savium, qui correspond au bisou amoureux ou romantique d’aujourd’hui, avec insertion de la langue.

Parmi les baisers célèbres, on trouve également le fameux baiser nez à nez de l’esquimau ou  le baiser slave qui revêt plusieurs aspects dont le plus connu est le baiser protocolaire, entre dignitaires par exemple (8).

Terminons par  un  extrait  de la  chanson de Pierre Perret intitulée Les Baisers (1968) :
« Y a dans mon dictionnaire usé / La définition du baiser / […] Braves gens je vais vous dire la mienne / Car un baiser c’est du fuego / […] Et les vieux schnoks de l’Académie / Devaient encore être endormis. »


Quand on aime, on ne compte pas !

Quand on aime, on ne compte pas, il faut malgré tout savoir qu’au cours d’un baiser, d’une dizaine de secondes :

  • On échange en moyenne 40 000 parasites,
  • et 80 millions de bactéries,
  • de 250 types différents,
  • 9 mg d’eau,
  • Et 0,45 mg de sel.
  • On consomme, 4 calories par minutes.
  • Le baiser sollicite 34 muscles du visage

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1 -  http://www.courrierinternational.com – 14 février 2012 – tout-tout-tout-vous-saurez-tout-sur-le-baiser
2 –
 http://www.atlantico.fr/decryptage/surprenante-histoire-baiser-bouche-travers-ages-et-civilisations-2256738.html
3 – Zorica Tomić, Le baiser en voie de disparition ?, L’Âge d’homme,‎ 214, p. 14, cité dans Wikipédia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Baiser);
4 - www.terrafemina.com
5 - Savage Africa, – 1864- de l’explorateur britannique William Winwood Reade, mentionné dans le Courrier International du 14 février 2014
6 -  http://passeurdesciences
7- « Le Baiser Peut-être » – Belinda Cannone – Ed. Alma Pabloïd – rapporté dans Libération 20 septembre 2011
8 – « Les fonctions rituelles et mythologiques du baiser chez les slaves de l’est » – Andrei Toporkov


A visionner , le baiser au cinéma :

Les tout premiers exploits sportifs

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- 3000 ans

Il va y avoir du sport !

En faire ou ne pas en faire, that is the question !  À la question d’un journaliste sur les secrets de son étonnante santé, Churchill, alors âgé de plus de 90 ans, répondit : « no sport ».

N’en déplaise à Winston Churchill, la pratique du sport ne remonte pas à la dernière guerre mondiale.  Les premiers hommes, chasseurs-cueilleurs de métiers, pratiquaient l’activité physique comme Monsieur Jourdain faisait de la prose.

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Les premières stars sportives

Les toutes premières traces avérées de pratique du sport, sous forme de représentations de lutteurs sur des stèles d’argiles, datent de près de 5 000 ans (entre 3000 et 2500 avant Jésus-Christ). Des tablettes de terre cuite datées de 2000 avant notre ère représentent des boxeurs, tandis que l’on retrouve des évocations du tir à l’arc et de l’équitation dans l’Égypte antique.

D’ailleurs, certains pharaons comme Amenhotep II vont se distinguer par leurs exploits sportifs. Plus tard, d’autres dirigeants s’illustreront, comme le futur empereur Tibère qui sera consacré champion olympique de quadrige (course de chars), en l’an 4 avant J.-C.

L’esprit olympique a germé dans les esprits bien avant Tibère. Comme chacun sait, c’est à Olympie en Grèce qu’il commence à rayonner. La légende le fait remonter en 884 avant J.-C., époque où sévissent de terribles guerres. Rien de tel que des joutes sportives pour apaiser les esprits.  Les premiers Jeux olympiques auraient eu donc cette mission apaisante.

Cependant, les premières vraies olympiades de l’histoire, dans le sens de compétitions périodiques, se déroulent en 776 avant notre ère et ne comportent que des courses à pieds.

Bref, la course, la marche, la nage, la lutte, c’est quelque chose que l’on pratique de père en fils depuis l’aube de l’humanité et plus récemment de mère en fille. Notons, que les Jeux Olympiques de Londres de 2012 sont les tout premiers à accueillir des équipes totalement mixtes, c’est à dire où  l’ensemble des nations participantes présente des formations composées de garçons et de filles.

Bougez, éliminez  : les vertus du sport

Il faudra attendre le milieu du XVIIIe siècle pour que l’activité sportive soit associée à la notion de bien-être et de préservation de sa santé. On découvre les vertus des « éducations physiques » en même temps que progressent la médecine et la science.

C’est probablement dans les collèges anglais de l’époque victorienne que le sport moderne connaît ses tout premiers échauffements. Le football séduit au début du XIXe siècle les élites anglaises avant d’être récupéré par les ouvriers dans les années 1880, au moment où il pénètre les pelouses françaises.

Qui aurait imaginé à ce moment que deux siècles plus tard, sur les mêmes pelouses anglaises ou ailleurs, on jouerait à califourchon sur des manches à balai en pratiquant le Quidditch(1). Ce sport, inventé en 2006 par J.K. Rowling, inspiré des aventures d’Harry Potter et qui, fort de 700 équipes à travers le monde, vise, excusez du peu,  les Jeux Olympiques. A cheval sur un balai, les pieds sur terre mais la tête dans les nuages : vive le sport !

Santé, bien être & performance : une équipe gagnante

Le héros sportif auquel chacun d’entre nous veut désormais s’identifier, représentant le rêve d’une réussite sociale, est encore plus récent. Il date probablement des années 1930. Époque où sport, politique, patriotisme, émergence des loisirs et communication font pour la toute première fois équipe, pour le meilleur et pour le pire, comme en témoignent les Jeux de Berlin de 1936. La culture du sport occupe désormais une grande partie du terrain de jeu de l’humanité.


Le « streaking » : un match d’exhibition

Si chaque sport dispose de sa tenue, un dress code qui participe autant à la performance qu’à l’image de marque de la discipline, il y a une exception, et de taille, à la règle : le streaking (1).

Mark Roberts

Mark Roberts en tenue sportive !

Là, pas de tenue, bien au contraire : cette activité, très sportive, consiste à se dévêtir totalement lors des grands événements médiatiques de la planète, sportifs ou non. S’ensuit le plus souvent une course poursuite avec les services de l’ordre, sous la clameur du public. A l’évidence, cette discipline exige un niveau de préparation élevé et une parfaite condition physique.

L’initiateur de cette pratique est un courtier de la City qui, en 1799, pour la toute première fois, releva le défi de courir nu à travers Londres.

C’est en 1974 pendant le match de rugby France-Angleterre que Michael O’Brien, expert-comptable de profession, reprendra le flambeau et deviendra le premier streaker de l’ère moderne.

Mais, la médaille d’or revient s’en conteste au britannique Mark Roberts, 47 ans, qui aligne 507 streaking. Premier streaking réussi en 1993, Super Bowl de 2004, coupe du monde de rugby à VII, en 2006, en passant par le British Open de Golf de 1995, il s’invite aux jeux olympiques d’hiver de Turin en 2006, puis ceux de Pékin, en 2008. Restera-t-il à l’écart des jeux de Londres comme il l’a promis ?

Toujours plus haut, toujours plus fort, son prochain défi : un streaking de masse avec une centaine de streakers. L’important, n’est plus uniquement de participer… c’est aussi de se désaper !


Rapide parcours sportif

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  • – 1500 : premier stade érigé par les Crétois à Olympie, selon certains historiens ;
  • – 776 : premiers jeux Olympiques de l’Histoire ;
  • – 388 : pour lutter contre le dopage et la tricherie, institution du serment aux jeux Olympiques;
  • – 264 : premiers combats de gladiateurs à Rome d’origine étrusque ;
  • 392 : interdiction des jeux Olympiques par l’empereur Théodose Ier, converti au christianisme ;
  • Moyen Âge : jeux de quilles, boules, paume, maillets, soule, tournoi, joute sur l’eau ;
  • 1559 : interdiction des joutes suite au décès d’Henri II, qui en fut victime ;
  • 1785 : première école de natation, créée à Paris, près du pont des Tournelles ;
  • 1820 : premier gymnase créé à Paris ;
  • 1823 : selon la légende, invention du rugby par le jeune William Webb Ellis ; quant au premier Tournoi des cinq-nations, il eut lieu en 1910 ;
  • 1840 : première régate à voile en France ; première coupe de l’America en 1851 ;
  • 1868 : première course cycliste, dans le parc de Saint-Cloud ;
  • 1877 : premier tournoi de lawn-tennis à Wimbledon ;
  • 1879 : naissance du Paris football-club ;
  • 1887 : véritable naissance du sport en France, avec la création de l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques ;
  • 1892 : première partie de basket, au collège YMCA de Springfield aux États-Unis ;
  • 1894 : première course automobile en France, entre Paris et Rouen ; les premières 24 heures du Mans ont lieu en 1923 et le premier Grand Prix de Formule 1, en 1950 ;
  • 1896 : premiers jeux Olympique de l’époque moderne s’ouvrent à Athènes en présence de 241 athlètes venus de 14 pays;
  • 1903 : premier Tour de France, avec 60 coureurs dont 20 à l’arrivée ;
  • 1930 : première Coupe du monde de football en Uruguay ;
  • 1936 : jeux olympiques de Berlin sonnent le glas du salut olympique, trop proche du salut Nazi;
  • 1960 : premiers jeux Paralympiques à Rome ;
  • 1968 : pour la première fois un homme court le 100 mètres en moins de 10 secondes : Jim Hines
  • 1978 : départ, le 26 décembre, du premier Paris-Dakar ;
  • 1993 : premier trophée Jules-Verne, remporté par Bruno Peyron;
  • 2007 : première traversée à la voile de l’Atlantique nord sous les 100 jours, par Franck Cammas sur Groupama 3;
  • 2013 : le 6 novembre 2013 une fusée Soyouz a décollé de Baïkonour avec parmi les missions faire une sortie dans l’Espace à la flamme olympique; sortie prévue le 7 novembre et retour de la flamme sur Terre le 11 novembre.

1- Courrier International – 26 mai 2011 – Accrochez-vous à votre balai !
2- Le Monde – Londres 2012 – 29 juillet 2012.


A visionner pour mieux comprendre :


Jeux Olympiques: L’origine des JO par Pratiks

 


A voir et à lire pour aller plus loin :

Les premières monnaies ou l’essor de la confiance

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- 3000 ans

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« Par ici la monnaie ! »

Avant il y avait le troc, mais c’était avant ! Il y a 5000 ans, alors que l’écriture fourbissait ses premiers signes, une invention va révolutionner les échanges entre les hommes : la monnaie. La première d’entre elle était comestible puis apparurent les monnaies fiduciaires, les pièces ou les billets et bien plus tard la monnaie scripturale, comme les chèques et enfin la monnaie digitale dont le dernier avatar est le bitcoin.  Retour sur les premiers pas de cette monnaie sonnante et trébuchante… un rien alléchante…

Aujourd’hui, pour nous la monnaie est devenue monnaie courante, si l’on peut dire. On jongle allègrement avec les pièces, les chèques, les cartes bancaires, les taux de change, Paypal ou la conversion entre le Franc et l’Euro et pour les plus téméraires d’entre nous avec le bitcoin. Le porte-monnaie est presque notre porte-bonheur tant il facilite, à un point dont on n’a même plus conscience, les échanges et les relations entre les individus et les peuples.

Il y a plus de 5000 ans, point de tout cela. L’époque ne faisait pas crédit, il fallait payer cash et surtout avoir du répondant. « Tu me donnes 1kg de bœuf contre une douzaine d’œufs et 2 litres de lait ». « Ah, tu as déjà des œufs, bon, bah des salades alors, c’est bon les salades ! » Et des salades, pour se mettre d’accord, ils devaient en avoir.

La toute première monnaie était comestible

Et puis un beau jour (un jour où le ciel était probablement bleu) tout a basculé, quelque part dans le sud de la Mésopotamie, vous savez une région bénie des Dieux que l’on appelle le Croissant Fertile, aujourd’hui l’Irak. C’était 3000 ans avant notre ère et c’était à Sumer, là même où l’on a inventé l’écriture.

Pour la toute première fois, on échangea de la monnaie. Plus qu’une monnaie sonnante et trébuchante, c’était une monnaie comestible. Le grain d’orge (1).

Oui, la toute première monnaie était un grain d’orge, pas un sucre d’orge, un grain d’orge !

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Sicle d’argent, 500 ans av J.-C. environ

Le principe était à la fois simple et une vraie révolution : des quantités fixes d’orge servaient de mesures. Pour cela, les Sumériens eurent l’idée de fabriquer en série des coupes standardisées qui donnèrent l’unité de mesure le silà. Acheter et vendre devinrent un jeu d’enfant : il suffisait de mesurer la quantité.

Dès lors, les salaires furent versés en silà d’orge : 60 silà par mois pour un ouvrier moitié moins pour une ouvrière (on voit d’où provient l’inégalité entre le salaire des hommes et des femmes), entre 1500 et 5000 silà pour un contremaitre (2).

La différence entre cette première monnaie et celles qui nous est familière, c’est que celle-ci avait une valeur intrinsèque : autrement dit, elle se mangeait. La contrepartie de cet avantage, c’était sa difficulté à être stockée et à être transportée. De plus, même pour les plus voraces, il était difficile d’avaler plus de 5000 litres d’orge par mois. L’idée de la monnaie était bonne mais elle pouvait être encore améliorée.

La monnaie devient un bien culturel

Pourquoi alors se limiter à une monnaie « comestible » et ne pas passer à une monnaie symbolique. L’idée semblait séduisante, à condition de disposer d’une valeur encore peu partagée : la confiance.

Cette tout nouvelle forme de monnaie vit le jour toujours en Mésopotamie, vers 2500 ans avant notre ère (2). Un sicle d’argent correspondait à un peu plus de 8 grammes. A l’époque du code Hammourabi (-1760 avant J.-C.), avec 2 sicles d’argent on pouvait s’acheter…un mouton et il en fallait 10 fois plus pour qu’un homme libre paye sa dette en cas d’assassinat d’un esclave !

Ce n’est donc pas encore une pièce de monnaie, qui sera inventé 1000 ans plus tard, mais ce n’est plus une valeur directement exploitable comme un grain d’orge…avec lequel on pouvait se nourrir.  Il est même trop tendre pour manufacturer des outils. Non, avec le sicle d’argent, on peut fabriquer des bijoux ou l’afficher pour témoigner de son rang social, mais rien de plus. Pour la première fois, on donne de la valeur à quelque chose de culturel. C’est une révolution.

La pièce de monnaie, la vraie, celle qui porte une indication de sa valeur et une marque qui atteste de l’autorité qui l’a frappée, arrive sur « le marché » vers l’an 640 avant J.-C. Son auteur : le roi Alyatte de Lydie, en Anatolie Occidentale.

La monnaie : une histoire de confiance

Quant à la confiance, petit à petit, elle s’installait dans les esprits dès lors que le régime politique inspirait confiance. Au moment de l’apogée de  l’Empire romain, la confiance était si forte que même hors des frontières de l’Empire, jusqu’en Indes et même au Japon (5), les gens acceptaient d’être payés en deniers romains.

A partir de ce moment, tout est en place pour que la monnaie accompagne notre quotidien et devienne la maîtresse irremplaçable des épiciers de tout poils.

publié le 24 septembre 2016

Les dates clés de la monnaie

  • 3000 ans av J.-C. : le grain d’orge sert de monnaie d’échange
  •  Vers 2500 ans av J.-C. : le Mina d’argent ou d’or correspond à 500 grammes environ en usage en Mésopotamie
  • Vers 2000 ans av J.-C. : la Chine utilise des coquilles Kauris
  • 640 ans av J.-C. : le roi Alyatte de Lydie frappe la première monnaie, constituée d’un alliage d’or et d’argent, l’electrum (2)
  • 290 ans av J.-C. : première officine de frappe des monnaies, à Rome
  • III ème siècle : l’empereur Romain Constantin impose le monométallisme, l’or avec une pièce le solidus
  • XIème siècle : La Chine utilise les premiers billets
  • 1287 : première planche à billets connue (Chine)
  • XVIème siècle, Copernic théorise sur le lien entre la quantité de monnaie en circulation et sa valeur
  • 1609 : première banque de dépôt créée à Amsterdam
  • 1695, pour la première fois une institution totalement indépendante, la Bank of Scotland émet des billets selon ses propres règles de prudence
  • Vers 1750, première monnaie moderne de portée internationale voit le jour en Autriche : le Maria Theresien Thaler (MTT)
  • 4 avril 1792 : les Etats Unis créent le Dollar, déformation phonétique du Thaler (2)
  • 15 aoüt1971 : fin de la convertibilité du dollar en or mise en place par les accords de Bretton Woods
  • Mars 1973 : instauration du système des changes flottant
  • 1990 : un mathématicien, David Chaum, invente la première monnaie digitale, le Digicash
  • 2002 : introduction de l’Euro après une période de transition qui a commencé en 1999.
  • 12 janvier 2009 : première transaction de Bitcoin monnaie électronique dont la valeur lors de sa première cotation vaut 0,001 USD

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 La monnaie, côté face

L’origine du terme « monnaie » vient du nom de la déesse romaine Juno Moneta. C’est en effet dans les dépendances de son temple, situé au Capitole à Rome, que les Romains avaient installé un atelier pour frapper les deniers de l’Empire.

L’origine du mot salaire provient de « salarium » la ration de sel versée dans les armées Romaines. A la fin de l’empire romain, les fonctionnaires étaient payés en ration de sel considéré comme une denrée rare.

Aristote (384-322 avant J.-C.) définit les trois fonctions la monnaie remplit dans un système économique : être un intermédiaire dans les échanges, être un instrument de mesure de la valeur et être un instrument de réserve de valeur.

L’origine des expressions « riche comme Crésus et  » toucher le Pactole » provient de Lydie, royaume de Crésus où coule le fleuve Pactole, riche en électrum, minerai d’or et d’argent qui servit à frapper les premières monnaies (4).

A l’origine du terme « monnaie », la moneta qui vient du latin monere avertir. Des oies consacrées à la déeesse Junon dont le temple était situé au Capitole, là où se trouvait les ateliers monétaires, auraient par leur cris averti les romains d’une invasion de la cité par les gaulois. La déesse fut alors appelée Junon Moneta. Et pour finir, fiduciaire provient du latin « fiducia », la confiance ! Eh oui, la monnaie repose avant tout sur la confiance.


1 – Refael Benvenisti, Economic Institutions of AncientAssyrian Trade in the Twentieth to Eighteenth centuries BC, Université de Jerusalem, 2001
2 –  « Sapiens, une brève histoire de l’humanité »  Yuval Noah Harari – Ed. Albin Michel, 2015
3 – http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/monnaie
4- Musée monétaire de Lausanne (Suisse)
5 – Des pièces de Monnaie de l’empereur Constantin (272-337) ont été retrouvées en septembre 2016 dans le château médiéval japonais de Katsuren. Les spécialistes  pensent que ces pièces ont pu arriver via la Chine, des commerçants chinois  ayant pu les obtenir de marchands musulmans


A visionner pour mieux comprendre :

Nos tout premiers rires

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- 99 000 ans !

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Rira bien qui rira le premier

Même si le rire n’est pas totalement une exclusivité humaine, certains singes ont des rictus de rire par exemple, il est incontestablement une des marques de fabrique de la lignée humaine.  Son émergence est probablement liée à celle de la conscience, surtout pour ce qui est de l’humour.  Et comme le soulignait Alphonse Allais : « le rire est à l’homme ce que la bière est à la pression » !

 

Ne nous racontons pas d’histoire, celui qui est capable de fournir avec précision la date des tout premiers rires de l’humanité est un imposteur…ou un humoriste.

Et si l’on parlait sérieusement du rire…

Plus sérieusement, il est probable que la pratique sociale du rire émerge en même temps que la conscience de soi, une aptitude qui engendre d’autres formes d’expression comme l’art rupestre ou les sépultures.

Encore faut-il s’entendre sur la notion de rire qui va du rire émotionnel au simple rictus, en passant par le fou rire ou une forme beaucoup évoluée que représente l’humour.

D’un point de vue physiologique, le rire nécessite une certaine maîtrise du langage articulé. Selon certains scientifiques, le rire aurait pu même précéder le langage et donc prétendre à être la première forme de communication orale.

Si l’on va au-delà de la définition de Bergson « le rire : du mécanique appliqué sur du vivant », en prenant une conception plus sophistiquée, il est possible de situer les premières tranches de vraie rigolade entre 200 000 et 40 000 ans.

Le syndrome de la « vache qui rit » !

On dit communément que le rire est le propre de l’homme, pour citer la célèbre formule de Rabelais. Si l’on en croit les éthologues, cette assertion serait fausse. On sait que le rat –lorsqu’on le chatouille ou plutôt le ratouille- ainsi que certains singes sont rieurs.

Récemment, des enregistrements ont été réalisés à l’université de Portsmouth (Royaume-Uni) sur des jeunes singes (orangs-outangs, chimpanzés, bonobos et gorilles)[1]. On leur prodiguait des chatouilles. L’analyse acoustique prouve qu’il s’agit bien de rires : éclats de rire assez brefs mais sonores pour les orangs-outangs, plus longs pour les autres. mort_de_rire

Les bonobos par exemple ont la capacité de rire en expirant pendant plus de dix secondes. Cette faculté de prolonger la phase d’expiration en vocalisant n’est donc pas spécifique à l’homme comme on le croyait jusqu’à présent. Il n’y a donc plus de doute, le rire n’est pas l’apanage de l’homme, même s’il s’agit de rires « mécaniques »,  non intentionnels.

Rassurons-nous « la vache qui rit » reste une exception !

Soyons sérieux ! Pascal Picq, paléoanthropologue, considère que le rire fait partie du bagage ancestral commun aux singes et à l’homme, au même titre que la bipédie, la conscience, l’empathie ou les systèmes sociaux.

En cela il rejoint l’analyse de Darwin en 1872. Pour lui, l’ensemble des émotions s’exprime de manière assez comparable chez l’homme et les grands singes. Ces aptitudes potentielles remontent à notre ancêtre commun, Toumaï, apparu il y a environ 7 millions d’années.

De ce fait, on pourrait presque dire « rira bien qui rira le premier… »

 


Le rire : une histoire qui n’a pas toujours été drôle

Les premiers rires civilisés ont plutôt connu des grincements de dents. Car le rire et son compère plus caustique, l’humour, n’ont été vus avec bienveillance qu’à partir du XIIIème siècle, grâce à un chirurgien, Henri de Mondeville. Il prit le parti du rire en expliquant «que le corps se fortifie par la joie et s’affaiblit par la tristesse ».

Rire dans la société

Jusque-là : bonjour tristesse !

Qu’il s’agisse des philosophes grecs, Aristote, Platon, et même Socrate, le rire n’était pas leur tasse de thé. Il le trouvait laid, dégradant, autrement dit indigne des hommes car les détournant de la vérité. Le père de l’Eglise grecque, St Jean Chrysostome, estimait que le rire conduisait au péché.

Cette théorie fit son petit bonhomme de chemin jusqu’au Moyen Age, où les savants de l’époque vont qualifier le rire de diabolique. La preuve, selon eux : aucun rire de Jésus relaté dans les évangiles.

La réhabilitation du rire au XIIIème siècle durera le temps d’un soupir. Les siècles suivant ne seront en effet pas une partie de rigolade. On ne plaisante pas avec la Bible ! L’Angleterre protestante et la France catholique vont rivaliser pour diaboliser le rire. La reine Victoria ira même jusqu’à l’interdire dans les salons.

De l’autre coté de la Manche, au pays de la guillotine, on ne badine pas non plus avec le rire. Au lendemain de la révolution, il est admis qu’un « républicain ne rit pas ». Autre époque, autre révolution, mais même combat contre l’humour : pour Staline, « un peuple heureux n’a pas besoin d’humour ». Autrement dit, faites la guerre, pas l’humour !

Enfin, arrive le XIXème siècle. Les zygomatiques vont enfin pouvoir s’exprimer, pour le meilleur et…pour le rire !

Quoique, même si la tendance générale est à l’humour et à la dérision, rappelons-nous qu’un certain Staline considérait « qu’un peuple heureux n’a pas besoin d’humour », conception sans doute partagée par les assassins de Charlie-Hebdo.

Alors pour faire baisser la pression, laissons le mot de la fin à Alphonse Allais : « le rire est à l’homme ce que la bière est à la pression » :-) .

actualisé,  le 29 mars 2015

1 – Etude réalisée par Marina Davila Ross de l’Université de Portsmouth, primatologue à partir de 800 enregistrements de jeunes singes subissant des chatouilles sur le cou, sous les bras ou sous les pieds.


Pourquoi je n’ai pas mangé mon père de Jamel Debbouze  :

 


A lire pour aller plus loin :

  • Les bienfaits du rire sur Doctissimo. L’humour aurait un effet bénéfique sur notre corps ! Au point que les blagues constitueraient une véritable drogue dont nous ne pouvons pas nous passer ! Aucune chance de mourir de rire, au contraire !
  • Le Rire, sa vie, son oeuvre : Le plus humain des comportements expliqué par la science. Vous voulez tout savoir du rire ? Lisez ce livre. Robert Provine, le seul neurobiologiste au monde à étudier expérimentalement le rire depuis dix ans, répondra à toutes vos questions.
  • Le rire de Eric Smadja. Alors que l’on vante ses bienfaits – la valeur des thérapies par le rire, par exemple -, les préjugés attachés à cet acte essentiel semblent demeurer intacts. Qu’est-ce que le rire ? Pourquoi rit-on ? Et de quoi ? À travers la psychanalyse, la physiologie, l’éthologie, la littérature, la philosophie, l’anthropologie, cet ouvrage analyse toutes les facettes du rire. Pour rire en connaissance de cause !

 

Les tout premiers commérages

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- 70 000 ans

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Le roi du bavardage !

Il y a 70 000 ans, l’homo Sapiens, une des 6 espèces hominidés présentes alors sur Terre, se distingue par son commérage qui lui confère une capacité à créer du lien et à prendre du recul face à la réalité objective. A partir de là, Sapiens va prendre ses désirs pour des réalités !

Il n’y avait pas de véritables raisons face à ces concurrents, une demi-douzaine d’espèces, comme l’homme de Néandertal, très costaud, ou l’Homo erectus, à ce que l’Homo-sapiens parviennent à tirer les marrons du feu au point de les supplanter tous et de rester le dernier représentant des Homos.

Et pourtant, bien que cela puisse paraitre une futilité, il y eut un petit rien qui fit toute la différence : l’Homo sapiens avait la langue bien pendue.

Neandertal vs Sapiens

Neandertal vs Sapiens

Fédérer des communautés

Contrairement à ses condisciples, l’Homo sapiens, voici 70 000 ans, commence à parler de tout et de rien, à jacasser, à bavarder. Sans le savoir, pour la première fois, il tisse de liens fondés non pas sur une communication utilitaire comme la pratique d’autres espèces pré-humaines et mêmes certains animaux mais sur communication imaginaire.

Autrement dit, selon la thèse de l’historien Yuval Noah Harari(1), pour la première fois, une espèce vivante à la capacité à créer de la fiction, ce que n’est probablement pas en mesure de faire  Néandertal qui se limite à décrire la réalité.

Si vous rassemblez 10 000 chimpanzé au stade de France, il peut probable qu’il en ressorte autre chose que le chaos ; en revanche, avec le même nombre d’homo sapiens, une organisation va se mettre en place avec un but commun, même s’il s’agit d’hooligans !

L’instinct grégaire !

Et cela fait toute la différence. Car pour fédérer des groupes importants de personnes, au-delà de la centaine d’individus, les faire coopérer, les faire adhérer à un projet, il est nécessaire de partager des mythes communs qui sont le fruit de notre imagination.

L’histoire le démontrera que pour souder une communauté, il faut un idéal à partager et des ennemis communs. C’est l’instinct grégaire.

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Ainsi vont voir le jour les croyances en Dieu, à la Nation, à l’argent, à des valeurs communes et même plus tard aux droits de l’homme…Bref, tout ce qui crée du lien et de l’espoir.

Plus tard, cela prendra la forme de ce qu’Harari nomme « le mythe du consumérisme romantique » qui dépassera les frontières et les religions. C’est le plus puissant mythe, selon l’auteur, que l’homme n’ait jamais créé.

Cette toute nouvelle façon de penser a peut-être vu le jour au coin du feu, une sorte de Caméra-café de la préhistoire. Lors de ces « soirées entre amis », cette nouvelle « race » d’hommes commence à tirer des plans sur la comète. l’Homo sapiens ne se contente plus de la description de la réalité, il veut la façonner selon ses désirs et créer ses propres histoires. Ainsi, naissent les premiers story-telling, qui deviendront la Comédie humaine.

D’une vision objective à une vision subjective

Comment sommes-nous passés d’une description objective des faits à une vision subjective qui ouvre la voie à la fiction ? Face cette question, aucune certitude. Il est possible qu’il s’agisse d’une mutation génétique accidentelle qui, en modifiant quelque peu le câblage interne du cerveau, a engendrer de nouveaux modes de pensée conduisant à une forme nouvelle de communication.

Tous les animaux vivent dans une réalité objective, tandis que l’homme, grâce à cette nouvelle capacité cognitive, est capable de vivre dans une double réalité, factuelle et conceptuelle et d’inventer sa propre « réalité ». C’est ce qu’on appelle l’intelligence.


Publié le 16 novembre 2015


Les  étapes clés de l’aventure humaine

  • Selon Yuval Noah Harari(1), 3 grandes révolutions ont marqué l’histoire de notre espèce:
    La révolution cognitive : Il y a 70.000 ans, comme on vient de le voir, Sapiens a commencé à avoir des comportements plus ingénieux qui lui permettent de créer du lien et de faire preuve d’abstraction.
  • La révolution agricole : il y a 11.000 ans. C’est le moment où l’on a commencé à faire de la nature ce qu’on voulait.
  • La révolution scientifique – Il y a 500 ans, Sapiens devient un apprenti sorcier. C’est le moment où il commence  à devenir dangereux pour la planète et pour lui-même.
  • On peut y ajouter une autre révolution :
    celle de la révolution économique qui a débuté il y a 300 ans environ. Sapiens imagine une des formes d’organisations les plus ingénieuses : la société à responsabilité limitée dont les bases sont posées en 1893 en Allemagne.

1 - Sapiens, une brève histoire de l’humanité, Yuval Noah Harari, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, Ed. Albin Michel


A visionner pour aller plus loin :

La toute première langue

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Entre – 70 000 et – 55 000 ans

 Le logo des Rolling stone

Au bout de la langue

Issu d’une évolution qui a commencé il y a 2,5 millions d’années, le langage est devenu une nécessité pour mener à bien des opérations complexes comme les traversées maritimes. Si les « balbutiements » des premières pratiques du langage restent encore nébuleux, il est plus que probable que le langage, avec l’apparition de premières langues, était au rendez-vous des premières grandes expéditions humaines.

Une bise glaciale parcourt une steppe arpentée par une horde de caribous et de mammouths à la fourrure parsemée de givre. Derrière, à bonne distance, suit un petit groupe d’individus une douzaine, sans doute les éclaireurs d’une cohorte plus importe.

Voyage en langue inconnue

Tout ce petit monde s’aventure sur une nouvelle terre qui vient d’émerger. Elle forme un pont naturel entre l’Alaska et la Sibérie : la Béringie. Cette situation est la conséquence d’une baisse d’une centaine de mètres du niveau des océans.

Nous sommes au cœur de la dernière glaciation, il y a 50 000 ans environ ; la glaciation dite de Würm qui s’est installée entre -115 000 ans et -10 000, avec un maximum, il y a 20 000 ans.

A l’opposé de là, au niveau de l’Océanie, d’autres individus s’apprêtent à réaliser un voyage… maritime cette fois. Sans doute, l’un des tout premiers. Bénéficiant eux aussi de la baisse du niveau de la mer dans les mêmes proportions provoquée par la glaciation, ils s’engagent dans un voyage en haute mer d’une centaine de kms seulement. Ils envisagent, avec bravoure, de relier les îles de l’Océanie à l’Australie. Une semaine de traversée environ, une épopée sans précédent pour l’époque.

Des projets qui vont faire parler !

Les deux expéditions sont confrontées à la même problématique : COMMUNIQUER.

En effet, pour mener à bien de telles expéditions, et c’est surtout vrai pour les traversées maritimes, il faut parvenir à concevoir un projet, l’expliquer et le partager afin d’obtenir une « motivation partagée ».

Cela nécessite de se projeter dans l’avenir, penser à l’intendance, l’eau, la nourriture, le nombre de passagers, envisager différents itinéraires. Bref, la complexité d’une telle expédition requiert selon les spécialistes (1) un système de communication élaboré qui repose sur le langage articulé et sur une langue comprise et partagée grâce à une ébauche de syntaxe. La toute première manifestation sociale du langage.

Sur l’origine des langues : au moins deux théories.

La première théorie relève d’une nécessité conjoncturelle, comme on vient de le voir, en l’occurrence un projet fédérateur commun, comme une aventure maritime. Cette hypothèse postule que le langage élaboré aurait pu apparaître en différents endroits et à différentes périodes, comme l’agriculture plus tard, en fonction d’événements et de la nécessité.

Cela se serait produit après l’exode de nos ancêtres du continent Africain, il y a 70 000 ans. C’est la théorie de la polygénèse du langage.

Une seconde théorie, appelée monogénèse, soutient que le langage aurait émergé de populations d’Homo sapiens africains, à partir de 100 000 ans. Ensuite seulement, ce langage originel aurait essaimé sur tout le globe à la faveur des migrations vers d’autres continents.

La mère de toutes les langues

Cette idée de monogénèse, stipulant que toutes les langues auraient une origine commune, n’est pas une idée neuve. En 1994, Merritt Rhulen milite pour une langue universelle issue des populations d’Homo Sapiens vivant en Afrique entre 100 000 ans et 50 000 ans.

Selon ses travaux, qui sont loin de faire l’unanimité à l’époque, il identifie 27 racines mondiales comme « aq’wa » (eau) ou « tik » (doigt) qui appartiendraient à une langue mère originelle. Racines communes qui seront ensuite déclinées. (Voir encart).

Depuis, la génétique est venue appuyer cette thèse d’unicité originelle des langues. Il ne faut pas oublier qu’entre -100 000 ans et – 50 000 ans, la population d’Homo sapiens est extrêmement réduite, entre dix mille et trente mille individus. Pour André Langaney, généticien, cela n’est pas compatible avec un nombre élevé de langues. Toutefois, il est encore trop tôt pour trancher entre ces deux hypothèses.

Des langues difficiles à délier

Quoi qu’il en soit le langage, au sens « système de communication s’appuyant sur une syntaxe compliquée (2) », serait donc apparu il y a au moins 70 000 ans, au terme d’une évolution très lente du système de communication de l’homme qui a commencé il y a 2,5 million d’années avec la fabrication des outils.

Dans cette quête de la mère de toutes les langues, on pourrait laisser le « dernier mot » à l’historien Hérodote. Celui-ci raconte que le roi Egyptien Psamtik, au VII ème siècle avant notre ère, aurait enfermé deux enfants dès leur naissance. En leur interdisant toute communication extérieure, il cherchait à savoir, une bonne fois pour toute, quelle était la langue originelle. A l’époque, on hésitait entre l’égyptien et le phrygien.


Histoires avec paroles 

Au total, on estime à plus de 30 000, les langues qui ont été pratiquées au cours de notre histoire. Actuellement, il en reste un peu plus de 6500 environ, selon l’Ethnologue, l’index officiel. 4 % des langues sont parlées par 96 % de la population ; ce qui signifie que l’immense majorité des langues ne sont parlées que par une poignée d’individus. Ainsi, la diversité la plus importante de langues provient de peuples de la forêt et se situe sur le continent américain.

Le rythme de disparition des langues est aujourd’hui de 3 à 4 par mois et, selon l’Unesco, 2500 langues seraient actuellement en péril.

Quant à notre pays, on dénombre pas moins de 26 langues (le basque, le breton, le corse mais aussi le picard ou encore le poitevin-saintongeais) en majorité « sérieusement en danger ».


 L’indo Européen

Langue indo-Européeene, l'expansion

Il s’agit de la famille linguistique la plus importante du monde avec 3 milliards de locuteurs. Le proto-indo-européen va donner naissance au sanscrit, grec, latin et ses déclinaisons, dont le français, les langues germaniques, dont l’anglais, les langues slaves et d’autres encore. Une seule famille, qui remonte à 6000 ans, pour toutes ces langues si familières mais aux apparences si différentes.

L’origine sur le foyer d’émergence de cette langue reste encore très nébuleuse. Certains la verraient bien apparaître au Turkestan, ou bien encore en Allemagne ou près de la mer Noire. Les thèses les plus sérieuses évoquent l’Anatolie avec éventuellement un apport Kourgane ultérieur (3), en provenance du bassin de DNiepr et de la Volga.


Les tout premiers mots de l’histoire

Tout comme le bébé babille « mama » ou « papa » comme premiers mots, les premiers mots exprimés par l’humanité seraient « Mère », « main », « feu » et quelques autres.

C’est du moins le résultat d’une analyse de chercheurs anglais (4) qui ont découvert que le sens et la prononciation d’une vingtaine de mots se retrouvent dans de langues européennes et asiatiques.

Ainsi depuis 15 000 ans, ces mots proviendraient d’une langue commune.

Publié le 21 juillet 2013

1 – « Les origines des langues » – Les cahiers de  Science & Vie. N° 118 – Août/ septembre 2010
2- Caractéristiques communes à toutes les langues existant aujourd’hui, selon Jean-Marie Hombert, auteur du livre « Aux origines des langes et du langage » Ed. Fayard, 2005;
3- Article sur l’hypothèse « Kourgane » de l’Indo-européen
4 - Etude de l’université de Reading (Royaume-Uni) – source : Ca m’intéresse Histoire – N°19 – Juillet – Août 2013


 

A visionner pour mieux comprendre :


A lire pour aller plus loin