vendredi, 12 mars 2010

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

C. -200 à -10 Ma

Les toutes premières fleurs

1 Etoile2 Etoiles3 Etoiles4 Etoiles5 Etoiles (votes : 0)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 

- 140 millions d’années

Les fleurs de la raison

C’est à cette période [peut-être même dès 200 millions d’années] que vont prendre racines notre future agriculture et le business model de Truffaut et compagnie ; sans cette étape, dont les traces les plus anciennes datent d’au moins 136 millions d’années avec des espèces plutôt semi aquatiques, point de fleurs multicolores, point de senteurs embaumantes, ni de pois de senteur. Pas plus de floralies et de Nymphéas de Monet. Sans parler des végétariens pour qui, il leur serait tout simplement impossible de nous en faire voir des vertes et des pas mûres. Pourquoi ?

Archaefructus, une des premières fleurs. Apparues sous l'eau, il y a plus de 125-millions d'années
Archaefructus, une des premières fleurs. Apparues sous l’eau il y a plus de 125 millions d’années

Parce que, c’est là qu’éclosent les toutes premières plantes à fleurs, les angiospermes dont sont issues toutes les plantes comestibles que nous cultivons. Elles se distinguent notamment des gymnospermes (conifères, ginkgos, cycas, gnètes), qui sont des plantes à graine nue, par la mise en œuvre d’une « protection rapprochée » de la graine : le fruit. Grâce à cet avantage sélectif, elles vont conquérir la planète en quelques millions d’années, au point de représenter aujourd’hui plus de 90 % des espèces végétales. Au grand dam de Darwin qui qualifiait l’apparition des plantes à fleurs « d’abominable mystère », du point de vue de leur essor, le vert de l’espérance était dans le fruit !

En réalité, les gymnospermes, dont les premiers spécimens sont bien plus anciens (vers 290 millions d’années), fabriquaient déjà des ersatz de fleurs mais très rudimentaires. Surtout leur stratégie de reproduction diffère totalement. Ils s’en remettent totalement au vent pour disperser leur pollen et à l’eau pour la fécondation. Tandis que les angiospermes vont limiter leur dépendance vis-à- vis de l’eau et du vent, au profit d’une relation personnelle avec le monde animal, dont les insectes, auxquels ils confient leur pollen. En échange, la fleur va produire des parfums et des nectars. On préfère faire confiance aux vivants plutôt qu’aux éléments en montant les tout premiers partenariats.

Cette co-évolution entre les règnes végétal et animal est une évolution majeure. Ce qui fera dire à Albert Einstein : « Si les abeilles disparaissaient [de la planète], l’humanité n’en a plus que pour quatre ans ». On assiste là à la toute première économie de marché : je te donne cela en échange de çà, chacun y trouve son compte et l’ensemble est plus efficace !

La fleur met tout son cœur à attirer « son amoureux » qu’est son pollinisateur attitré, qu’il s’agisse d’oiseaux, de mollusques, d’insectes, voire de mammifères comme la chauve-souris. Ainsi le chèvrefeuille, qui en pince pour le papillon de nuit, va davantage se parfumer à la tombée de la nuit pour séduire son bien-aimé.

Toute cette parade amoureuse n’est pas le fruit du hasard mais répond à une codification proche de celle des speed-dating : les fleurs visant les oiseaux font dans les nuances de rouges, celles pollinisées par les insectes s’habillent de jaunes, les animaux nocturnes auront le droit à des fleurs pâles mais odorantes.

On le voit, chacune à sa stratégie dont la sophistication interpelle parfois les botanistes et déstabilise les darwinistes purs et durs. Joël de Rosnay[cf. doc. à lire] décrit une forme de mimétisme d’orchidées qu’il qualifie d’époustouflante : « …quand une orchidée se déguise en insecte, prend le parfum de l’insecte, dispose ses poils comme ceux de la femelle de l’insecte, pour attirer l’insecte mâle, qui se trouve irrésistiblement attiré, se pose, s’agite, copule et embarque le pollen pour le déposer sur une autre orchidée qui se trouve ainsi fécondée. Supposer que ce leurre soit apparu par le jeu du hasard même savamment baptisé « co-évolution » m’interroge.

Leçon de séduction numéro 1 : offrir des fleurs et ne rien laisser au hasard.


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Le monde s’est-il créé tout seul ? - Albert Jacquard, Xuan Thuan Trinh, Ilya Prigogine, Joël de Rosnay, Jean-Marie Pelt et Henri Atlan : Six réactions, six logiques, six visions du monde - Chez Albin Michel.
  • La prodigieuse aventure des plantes, de Jean-Marie Pelt et Jean-Pierre Cuny. Les extraordinaires et véridiques tribulations des plantes racontées grâce a la complicité d’un homme de science et d’un autre de la rue, et tendant à montrer qu’elles ressemblent étrangement aux tribulations des hommes!