lundi, 27 février 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

C. -200 à -10 Ma

Les toutes premières fleurs

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Posté par fabrice
 

- 140 millions d’années

L’évolution nous offre des fleurs

Il y a 140 millions d’années- peut-être même un peu plus tôt-  les toutes premières fleurs vont prendre racines. Avec elles,  c’est notre future agriculture et le business model de Truffaut et compagnie qui commencent à bourgeonner avant d’éclore des millions d’années plus tard !

Archaefructus, une des premières fleurs. Apparues sous l’eau, il y a plus de 125-millions d’années

Sans cette révolution florale qui a débuté vraisemblablement avec des espèces semi aquatiques, notre environnement serait triste à mourir.

Point de fleurs multicolores, point de senteurs embaumantes, ni de pois de senteur. Pas plus de floralies et de Nymphéas de Monet. Sans parler des végétariens pour qui, ils leur seraient tout simplement impossible de nous en faire voir des vertes et des pas mûres.

Oui, cela serait triste à mourir mais aussi à ne pas pouvoir se nourrir !  Réalisons que les  plantes à fleurs, les angiospermes, portent en germe  toutes les plantes comestibles que nous cultivons aujourd’hui.

Le fruit : une protection rapprochée

Les angiospermes se distinguent  de l’autre type de plantes : les gymnospermes (conifères, ginkgos, cycas, gnètes). Tandis que ces dernières sont des plantes à graine nue, les angiospermes vont inventer une « protection rapprochée » de la graine. C’est le fruit.

Grâce à cet avantage sélectif, les plantes à fleurs vont conquérir la planète en quelques millions d’années, au point de représenter aujourd’hui plus de 90 % des espèces végétales. Au grand dam de Darwin qui qualifiait l’apparition des plantes à fleurs « d’abominable mystère « .    Au regard de leur essor fulgurant, on peut oser dire que le « vert de l’espérance » était dans le fruit !

 Au grès du vent

En réalité, les gymnospermes, dont les premiers spécimens sont bien plus anciens que les plantes à fleurs (vers 290 millions d’années), fabriquaient déjà des ersatz de fleurs mais très rudimentaires. Néanmoins,  leur stratégie de reproduction apparait très différente.

Les gymnospermes s’en remettent totalement au vent pour disperser leur pollen et à l’eau pour la fécondation. Tandis que les angiospermes vont limiter leur dépendance vis-à- vis de l’eau et du vent, au profit d’une relation personnelle avec le monde animal.

Une stratégie win / win ou naissance du partenariat !

Les insectes, comme les abeilles apparues voici plus de 100 millions d’années, aujourd’hui en danger (voir encart ci-dessous), se verront confier le rôle de transporteurs de leur pollen. En échange, la fleur va produire des parfums et des nectars. Chez les plantes à fleurs, on préfère faire confiance aux vivants plutôt qu’aux éléments.  C’est une relation intime et unique qui voit le jour. Sans leur lancer de fleurs, on peut affirmer que celles-ci conçoivent les tout premiers partenariats !

Cette co-évolution entre les règnes végétal et animal est une évolution majeure.  On assiste là, d’une certaine manière, et de façon très naturelle, à la toute première économie de marché : je te donne cela en échange de çà, chacun y trouve son compte et l’ensemble est plus efficace !


 Le langage des fleurs

La fleur met tout son cœur à attirer « son amoureux » qu’est son pollinisateur attitré, qu’il s’agisse d’oiseaux, de mollusques, d’insectes, voire de mammifères comme la chauve-souris.

Les Nymphéas de Monet

Nymphéas de Monet

Ainsi le chèvrefeuille, qui en pince pour le papillon de nuit, va davantage se parfumer à la tombée de la nuit pour séduire son bien-aimé.

Toute cette parade amoureuse n’est pas le fruit du hasard mais répond à une codification proche de celle des speed-dating : les fleurs visant les oiseaux font dans les nuances de rouges, celles pollenisées par les insectes s’habillent de jaunes, les animaux nocturnes auront le droit à des fleurs pâles mais odorantes.

On le voit, chacune à sa stratégie dont la sophistication interpelle parfois les botanistes et déstabilise les darwinistes purs et durs.

Joël de Rosnay décrit une forme de mimétisme d’orchidées qu’il qualifie d’époustouflante : « …quand une orchidée se déguise en insecte, prend le parfum de l’insecte, dispose ses poils comme ceux de la femelle de l’insecte, pour attirer l’insecte mâle, qui se trouve irrésistiblement attiré, se pose, s’agite, copule et embarque le pollen pour le déposer sur une autre orchidée qui se trouve ainsi fécondée. Supposer que ce leurre soit apparu par le jeu du hasard même savamment baptisé « co-évolution » m’interroge ».

Leçon de séduction numéro 1 : offrir des fleurs et ne rien laisser au hasard.


 Les fleurs du mal  !

« C’est la première fois que la civilisation humaine dans son ensemble risque de s’effondrer. Nous allons peut-être disparaître à cause des abeilles ». Ce cri d’alarme est lancé par le professeur Ehrlich, biologiste, de l’université de Stanford (1)

Abeille butinant une fleur d'amandier

Abeille butinant une fleur d’amandier

Depuis 2005, des centaines de millions d’abeilles aux Etats-Unis, mais aussi en Europe ont disparu, corps et biens, de la circulation.

Ce phénomène, baptisé Colony Collapse Disorder (CDD), mobilise les chercheurs du monde entier car l’heure est grave. Sans abeilles, pas de pollinisation des fleurs et sans pollinisation pas de fruits ni de légumes; bref, une alimentation qui bat de l’aile, sans mauvais jeux de mots.

En Californie,  elles sont près de 40 milliards à butiner consciencieusement les fleurs d’amandiers. On évalue, rien qu’aux Etats-Unis, entre 15 et 20 milliards de dollars par an le poids économique des abeilles dans la fertilisation des récoltes.

Au-delà, de la récolte du miel, c’est donc toute l’industrie agro-alimentaire  qui est en danger. En effet, 1/3 de notre alimentation dépend de l’activité de pollinisation dont l’essentiel est assuré par les abeilles.

Compte tenu des enjeux, les scientifiques sont mobilisés. Mais, pas facile de trouver le coupable car les facteurs de mortalités sont nombreux : les insecticides, dont le fameux Gaucho du Groupe Bayer, les différents polluants, les OGM,  le virus israélien de la paralysie aigüe, et maintenant le Varroa, un acarien qui se fixe sous le ventre de l’abeille…

Une étude récente (2) désigne ce Varroa comme principal suspect pour ne pas dire coupable. En fait, il serait un coupable indirect.  Il est le vecteur d’un virus mortel qu’il inocule à l’abeille, son hôte.

Mais, il n’est probablement pas le seul coupable comme l’indique d’autres études qui pointent du doigt l’effet nocif de certains pesticides comme le Thiamethoxan qui perturbent le système nerveux des abeilles.

Sommes nous face à une catastrophe écologique potentielle d’une ampleur qui fait froid dans le dos ?  » Sans les abeilles, l’humanité n’en a plus que pour 4 ans à vivre », aurait alerté Einstein.

Profitons vite du miel de la vie !


Une troisième guerre mondiale en cas d’extermination des abeilles  ?

On vient de le dire, les abeilles sont en danger et, avec elles, l’espèce humaine car 80 % des espèces végétales ont besoin d’elles pour être fécondées.

abeilles-en-voie-de-disparitionUn récent rapport du MRNE (3) de la Fédération de Russie, publié au printemps 2013, affirme avoir « la preuve incontestée » que certains insecticides, utilisant des dérivés de nicotines (néo-nicotinoïdes), sont à l’origine de cette extermination.

Produits principalement par les firmes américaines Monsanto et Syngenta, ces pesticides mettent réellement en danger, pour la toute première fois, les récoltes au niveau mondial.

Soupçonnant Barack Obama de préserver les intérêts des firmes agrochimiques américaines, le président Russe, Vladimir Poutine avertit qu’il « mènera très certainement » une guerre mondiale si rien n’était fait pour stopper ce désastre.

L’entente russo-américaine battrait-elle de l’aile au point de déclencher une troisième guerre mondiale pour cause d’extermination des abeilles !

 

Actualisé le  25 mai 2013

 

 


(1) le mystère de la disparition des abeilles – Documentaire de Mark Daniels, diffusé sur Arte Documentaire le mardi 28 août 2012.
Cordialement,
(2) Revue « Science » du 8 juin 2012, citée dans « lepoint.fr » du 11 juin 2012
(3) Ministry of Natural Resources and Environment of the Russian Federation (MRNE)

 


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Le mystère de la disparition des abeilles – documentaire diffusé sur ARTE

A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Le monde s’est-il créé tout seul ? – Albert Jacquard, Xuan Thuan Trinh, Ilya Prigogine, Joël de Rosnay, Jean-Marie Pelt et Henri Atlan : Six réactions, six logiques, six visions du monde – Chez Albin Michel.
  • La prodigieuse aventure des plantes, de Jean-Marie Pelt et Jean-Pierre Cuny. Les extraordinaires et véridiques tribulations des plantes racontées grâce a la complicité d’un homme de science et d’un autre de la rue, et tendant à montrer qu’elles ressemblent étrangement aux tribulations des hommes !
  • Film Pollen, du label Disney Nature, une valse sensuelle entre abeilles et fleurs. Pollen est  une histoire d’amour entre les fleurs et la faune mais aussi un cri d’alarme sur la disparition des abeilles.

La toute première conquête sociale

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Posté par fabrice
 

- 180 millions d’années

fourmis-pano

 

Les avancées sociales

La conquête sociale est une des plus grandes innovations de l’évolution. Pourquoi ne concerne-t-elle si peu d’espèces en dehors des fourmis, des abeilles, de l’homme et de quelques autres espèces. Chez l’homme cette évolution s’est accompagnée d’une dimension culturelle qui fait notre spécificité et qui a donné naissance à la nature humaine : un mélange d’altruisme et d’égoïsme. Une recette qui a jusqu’à présent fait ses preuves.

Qui sommes-nous vraiment ou plutôt qu’elle est cette fameuse Nature humaine ?

L’être humain est le fruit d’une co-évolution génétique et culturelle qui a commencé il y a au moins 6 millions d’années, si l’on remonte au dernier ancêtre commun entre les chimpanzés et ce qui deviendra les humains.

Cette co-évolution est particulière puisqu’elle nous contraint à associer les impératifs personnels, donc de l’individu et ceux du groupe, autrement dit, l’égoïsme d’un côté et l’altruisme de l’autre (1)

En réalité, en matière de comportements sociaux, tout a commencé, il y a bien longtemps, entre 150 et 200 millions d’années, à l’époque de la suprématie des dinosaures.

Les tout premiers conquérants sociaux à l’époque des dinosaures

C’est à cette époque que commence l’histoire des tout premiers conquérants sociaux. Les précurseurs seront les termites dont le règne commença il y a 175 millions d’années. Puis ce fut le tour des fourmis, il y a 150 millions d’années, suivi des bourdons et des abeilles, il y a 80 millions d’années environ. Enfin, bien plus tard, l’homme que l’on peut qualifier d’animal social supérieur. Des êtres que les biologistes nomment « eusociaux ».

Ce mode d’organisation représente une des innovations majeures de l’histoire du vivant. Rare chez les invertébrés, c’est encore plus rare chez les vertébrés. Pour ces derniers, elle s’est produite au cours de l’histoire qu’à 2 reprises. Une première fois chez les rats-taupes glabres d’Afrique et ensuite dans la lignée des grands singes africains qui aboutira à l’homme.

Altruisme et esprit de sacrifice

Tous ces animaux, homo sapiens compris, ont un point en commun : ils pratiquent l’altruisme, au moins dans leur répartition du travail. Et cela, n’est pas si courant : 2% seulement des espèces d’insectes qui sont pour l’essentiel les fourmis, guêpes, abeilles et termites (2). On en trouve aussi dans d’autres espèces comme chez certaines crevettes.

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Certains ont des « emplois » qui raccourcissent leur propre existence, d’autres leur progéniture ou encore les deux. Leurs sacrifices profitent à d’autres dont c’est le rôle par exemple de se reproduire. Cette vie sociale présente de nombreux avantages : certains cherchent de la nourriture tandis que d’autres se chargent de protéger le nid. Ensemble, une colonie présente une force inaccessible individuellement comme le transport en masse de nourriture. Ensemble, ils forment une sorte de super-organisme.

Une condition sociale humaine fondée sur la culture

Mais, il va sans dire que les humains pratiquent une sociabilité très différente de celle de ces insectes qui ne sont menés que par leur instinct. Chez l’espèce humaine, cette condition sociale est fondée sur la culture.

Tandis que pour les insectes, cette vie en société s’apparente à des robots guidés par leur instinct, pour l’homme, cela va conduire à un modèle de coopération mais aussi de compétition entre les individus.

Les deux modèles sont le fruit de la sélection naturelle qui tient compte de la physiologie de chaque espèce et de leur cycle de vie. Par exemple, les insectes, vu leur taille, ne pourront jamais maitriser le feu, ce qu’a fait l’ancêtre de l’homme il y a 1 million d’années ! En outre, si un animal pèse moins d’1kg, la taille de son cerveau sera trop limitée pour produire un raisonnement.

Ceci explique que la fourmi coupe-feuille qui représente l’espèce la plus complexe après les êtres humains, capables de pratiquer l’agriculture et de développer des « villes » climatisées n’a quasiment pas évolué depuis ses 20 millions d’années d’existence.

Un savant dosage entre égoïsme et altruisme

Chez l’homme, le jeu est beaucoup plus complexe. Il mélange l’altruisme, la coopération, la compétition, la domination, la tromperie, « le retour d’ascenseur »…

Il y a donc une guerre permanente entre, d’un côté le produit de la sélection de groupe comme la vertu, l’honneur, le devoir, et de l’autre celui de la sélection individuelle que représentent l’égoïsme, la lâcheté et l’hypocrisie. Sans cette ambivalence nous ne serions pas humains. Nous serions soit des êtres eusociaux proches des robots comme les fourmis, soit des animaux sans esprit « d’équipe ».

Pour arriver à ce niveau de sophistication, il fallait un cerveau à la fois très intelligent et capable d’élaborer des stratégies d’interactions interpersonnelles. C’est cela ce qui fait notre spécificité : nous sommes capables d’exprimer nos intentions mais aussi de lire celles des autres.

La préservation du nid ou du campement à l’origine du comportement social

Toutes les espèces qui sont parvenues à l’eusocialité ont toutes, sans exception, commencé par se construire un nid –ou un campement- pour faire face à leurs ennemis. La notion de nid est importante parce que les membres du groupe sont obligés de s’y rassembler.

Chez les humains, cela est arrivé lorsque nous sommes passés d’un régime végétarien à un régime omnivore, plus riche en calories et surtout qui nous évitait de passer notre temps à chercher des fruits ou des végétaux.

Abeille butinant une fleur de lotus

L’environnement est donc primordial. On a constaté que chez les abeilles le fait de butiner un nombre important de plantes favorise ce mode de vie social et, à contrario, la spécialisation à certaines plantes pousse à une vie solitaire.

En réalité, la préservation des nids et leur ravitaillement en continu ont fait évoluer certaines espèces d’insectes vers un mode de vie « sociale » et c’est aussi probablement le cas chez l’homme. A cela s’ajoute pour l’homme, la capacité à intégrer une dimension culturelle, qui fait toute la différence.

La nature humaine : une chimère génétique

L’être humain et son organisation sociale sont intrinsèquement imparfaits.
L’homme fait partie de deux douzaines seulement de lignées animales qui ont évolué vers un mode de vie sociale, appelé eusocialité. Concrètement, cela consiste à rester ensemble au-delà de 2 générations, à coopérer ensemble, à s’occuper de la progéniture et à diviser le travail.

A la question « comment en sommes-nous arrivés là ? », le biologiste Edward o. Wilson (1) conclut : « En ce qui concerne l’organisation biologique, au niveau supérieur, les groupes rivalisent entre eux, ce qui favorisent les traits sociaux dans les membres du même groupe. Au niveau inférieur, la rivalité entre membres du même groupe suscite des comportements égoïstes. L’opposition entre ces deux niveaux de sélection naturelle a donné entre chaque individu un génotype de chimère : chacun de nous est en partie saint et en partie pécheur. »

Ainsi va la Nature humaine.

 


Il y a 3 millions d’années, qui aurait parié sur l’avenir des pré-humains ?

« Si des chercheurs extra-terrestres avaient débarqué sur la Terre, il y a 3 millions d’années, ils auraient stupéfaits de voir des abeilles, des termites et leurs termitières ainsi que des fourmis coupe-feuilles, dont les colonies étaient à l’époque les super-organismes suprêmes du monde des insectes et de loin les systèmes sociaux les plus complexes et les plus réussis de la planète.

Ces visiteurs auraient aussi étudié les australopithèques africains, (…) des primates bipèdes dotés d’un cerveau de la taille de celui de grands singes. Pas grand-chose à attendre de ce côté-là, ni ailleurs parmi les grands vertébrés, se seraient-ils dit.

(…) Ces créatures qui avaient arpenté la Terre durant les 300 millions d’années précédentes n’avaient rien donné de particulier. Les insectes eusociaux semblaient être ce que la Terre pût produire de mieux.

(…) Or il s’est produit un phénomène absolument extraordinaire. Le cerveau des australopithèques d’est mis à grossir très vite. Au moment où se situe la visite de mes extra-terrestres, il mesurait entre 500 et 700 cm3. Deux millions d’années plus tard, il avait atteint 1000 cm3. Et, encore après 1,8 million d’années, il avait atteint entre 1500 et 1700 cm3, soit le double des australopithèques ancestraux. L’Homo sapiens était apparu et sa conquête sociale de la Terre était imminente. »
Extrait de l’ouvrage « La conquête sociale de la Terre » – Edward o. Wilson – ed Flammarion / NBS – P. 71


 Le langage « fleuri » des abeilles

Danse_des_abeillesQue signifie la danse des abeilles qui dit-on indiquent à ses « collègues » une source de pollen ?

Ce code est fixé depuis des millions d’années. Ce code représente une répétition de l’itinéraire de vol que les abeilles doivent suivre pour atteindre la cible.

Par exemple, si l’abeille décrit un cercle, cela signifie que la cible est près du nid. Si la danse est plus frétillante et forme une sorte de 8 indéfiniment répétée, la cible est plus lointaine.

Le segment du milieu du huit indique la direction à prendre par rapport à l’angle su soleil. Et sa longueur est proportionnelle à la distance à parcourir.

 


1 – La conquête sociale de la Terre – Edward O. Wilson – Ed. Flammarion / NBS – 2013
2 – Aujourd’hui les fourmis sont à peu près un million de fois plus nombreuses que les humains et pèsent autant qu’eux !


A visionner pour mieux comprendre :

le tout premier primate

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- 55 millions d’années

Le tout premier rejeton de la famille

Je m’appelle Archicebus ; on dit que j’ai l’allure d’un tout petit lémurien. J’ai vécu en Asie, voici 55 millions d’années. Qui suis-je ? L’un des tout premiers primates. Sans moi, vous ne seriez pas là. Portrait de famille.

Archicebus Achilles (dénomination complète), un nom qui aurait pu sortir tout droit de l’imagination d’Hergé, serait donc l’aîné d’une famille nombreuse qui aboutira 55 millions d’années plus tard à l’homme. Autrement dit, le tout premier des primates, du moins le plus ancien connu. Mais alors, avons-nous un air de famille ?

Par rapport à un dinosaure, oui mais sinon ce n’est pas frappant ! Archicebus a les pieds d’un petit singe mais une longue queue. Ses doigts sont osseux et tout fins, ses yeux sont étonnamment petits. Il pèse moins de 30 grammes et mesure que 7 cm, soit 2 cm de moins que le plus petit des lémuriens connus.

Un être hybride

C’est un être hybride, doté d’attributs d’un petit singe comme les pieds mais aussi des caractéristiques d’un primate primitif tels que ses membres et ses dents. A l’évidence, son squelette témoigne d’un très bon sauteur arboricole qui se nourrissait principalement d’insectes. Contrairement à la plupart de ses congénères, il semblait vivre plutôt le jour.

Les paléontologues l’ont donc baptisé Archicebus, ce qui signifie « premier singe à queue »(1). Sa découverte, qui remonte à 2003, donne un coup de jeune à la lignée. Jusqu’à présent, le plus ancien primate recensé, était daté de 47/48 millions d’années soit, 7 millions d’années de moins (cf encart).

L’Asie, notre berceau !

Archicebus arbre de l'evolution

Mais le plus important n’est pas là. Archicebus vivait en Asie. Dans une Asie au climat si chaud que les palmiers s’étendaient jusqu’en Alaska ; d’une manière générale, le climat de l’époque était de 10 degrés supérieur à celui d’aujourd’hui.

La découverte du squelette d’Archicebus, en Chine en 2003(2), confirme le fait que les premiers pas décisifs dans l’évolution des primates ont été, sans doute, accomplis en Asie et non pas en Afrique comme on le pensait encore récemment (3).

Les tout premiers anthropoïdes – singes à la morphologie proche de celle de l’homme – qui auraient donc fait leurs premiers pas en Asie vont ensuite migrer vers l’Afrique. Continent, qu’ils atteindront il y a 38 millions d’années.

Puis, il faudra encore attendre une trentaine de millions d’années pour assister à la divergence entre grands singes et humains. Cet événement se produira voici 5 à 10 millions d’années.

Il y a 55 millions d’années, les primates vont donc se développer et connaître l’essor le plus spectaculaire jamais rencontré par un être vivant, ce qui conduira à l’homme.


Le lac de Messel : le coffre aux trésors fossiles

Il s’agit d’un ancien lac situé en Allemagne près de Darmstadt qui remonte à 50 millions d’années et asséché depuis. Il était entouré à l’époque de forêts tropicales luxuriantes, lieux d’une incroyable biodiversité.

Issu d’un ancien volcan, le lac était très profond.  Ses profondeurs étaient pauvres en oxygène mais chargées en gaz toxiques. Intoxiqués par ces vapeurs, les animaux qui s’en approchaient suffoquaient avant de tomber dans l’eau. C’est grâce à ce bouillon de minuit qui deviendra de la boue, puis se solidifiera que les organismes fossilisés seront si bien conservés. On y a retrouvé des squelettes entiers articulés, ainsi que des plumes ou poils, et même le contenu d’estomacs.

Devenu une carrière de schiste bitumeux, le site de Messel est, depuis 1995, classé au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. Et pour cause, c’est le site fossilifère le plus riche au monde : on y a recensé des primates, des chevaux, des marsupiaux, des rongeurs, des chauves-souris. Il y a aussi 43 espèces d’oiseaux, 31 de reptiles et plus de 10 000 fossiles de poissons.

Le fossile Ida retrouvé sur le site de Messel

Le fossile Ida retrouvé sur le site de Messel

En 1983, on y fit une découverte considérée comme majeure au moment de la publication des travaux en 2009. Certains y décelaient déjà le fameux « chaînon manquant » entre l’homme et le singe. Cette légende fossilisée et médiatisée fut baptisée Ida, appelé aussi Darwinus massillae en hommage à Darwin.

Ida, âgé de 47 millions d’années (donc de 7 millions d’années le cadet d’Archicebus), était-il le chaînon manquant ou tout simplement l’ancêtre des lémuriens ? Aujourd’hui, sa place unique dans l’arbre de l’évolution de l’Homme demeure controversée car l’étude apparait après coup très incomplète.

Archicebus peut-il prétendre à prendre sa place, du moins médiatiquement parlant ?


1 – Son nom complet est Archicebus achilles, achilles étant une référence au guerrier Grec et à son célèbre talon, clin d’œil à l’anatomie particulière de la cheville du petit singe. Source : Le Monde des Sciences du 5 juin 2013 ; pour en savoir plus : http://lc.cx/JVj;
2- Travaux conduits par une équipe de paléontologues chinois menée par le chercheur Xijun Ni, de l’Académie des sciences de Pékin et publiés le 5 juin 2013 dans la revue Nature;
3- Selon Chris Beard du Carnegie Museum of Natural History de Pittsburg (USA), membre de l’équipe dirigée par le chercheur Xigun Ni de l’Académie des sciences de Pékin;
4- Record tenu par le lémurien pygmée de Madagascar le « microcèbe de Mme Berthe » (Microcebus Berthae) qui mesure 9 cm


A visionner pour mieux comprendre :

 

La pomme originelle

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- 165 millions d’années

Pomme d’avant !

 

Si le chien est le meilleur ami de l’homme, la pomme est peut-être sa meilleure compagne, lui donnant l’envie de croquer la vie à pleines dents. Et cela depuis la nuit des temps.

Du fruit défendu à la pomme « descensionnelle », pour ne pas dire sensationnelle de Newton, de la pomme empoisonnée de Blanche Neige à la pomme d’amour qui enchante les petits et les grands, des allures de grosse pomme de la plus célèbre des Villes Monde, New York, au visionnaire « think different » d’Apple, la pomme est devenue au fil de l’histoire autant un fruit aux multiples saveurs qu’un symbole de séduction, de luxure ou de sortilège. Croquons ici le portrait de jeunesse de ce fruit exquis.

La pomme du jardin d’Eden

Nous sommes dans les Montagnes de Tian Shan, littéralement « montagnes célestes », aux confins de la Chine et du Kazakhstan, là où les arbres aujourd’hui tentent de toucher le ciel du haut de leur 30 mètres ; là où les arbres ploient sous le poids des fruits ; là où, ils doivent braver des amplitudes de températures de près de 80° C, de + 40°c l’été à -40 °C, l’hiver. Mais surtout là, où ces arbres gigantesques constituent une forêt entière ou presque de pommiers ! Pommiers sauvages aux qualités bien supérieures à nos pommes domestiques.

C’est donc là, dans ces montagnes, au pied des neiges éternelles, que les tout premiers pommiers sauvages auraient fait leur apparition, il y a 165 millions d’années à l’époque des dinosaures. Ils sont le fruit des bouleversements géologiques importants qui donneront naissance à la chaîne de l’Himalaya.

La voilà donc la pomme originelle. Elle porte le nom de Malus sieversii (1). Elle a beaucoup d’atouts : elle a su développer, du moins certaines d’entres elles, des résistances exceptionnelles aux maladies et, en particulier au fléau numéro un du pommier : la tavelure. Mais surtout, elle sait flatter le regard et les papilles.

Les ours alléchés par la saveur de la pomme !

Toutes ces qualités exceptionnelles dont elle a le secret, c’est en partie aux ours végétariens du Tian Shan qu’elle les doit. Gourmands, ces ours se seraient nourris, il y a bien longtemps, des fruits les plus gros et les plus sucrés. Gourmands, au point qu’ils peuvent dévaliser un arbre entier en une journée.

Gourmands mais reconnaissant. Les ours auraient alors, en échange de leur félicité, dispersés, via leur déjection, les graines à travers la montagne. Ils auraient ainsi, sans le vouloir, participé à la sélection naturelle pour favoriser les pommes qui avaient leur préférence. Les plus savoureuses, aux arômes de framboise ou de banane mais aussi les plus résistantes. L’ours du Tian Shan serait ainsi le tout premier sélectionneur de pommes sucrées !

Ces succulentes pommes ont ensuite traversé les années et les contrées. Il y a 30 000 ans, les tout premiers nomades, chassés vers l’ouest par les dernières grandes glaciations, les emmèneront dans leur paquetage. Puis, les Sumériens, il y a 7000 ans, en inventant le principe de la greffe, vont franchir une étape dans la domestication des plantes. Innovation majeure qui permet à l’homme pour la toute première fois de prendre part à l’élaboration de la nature en créant ses propres variétés. la pomme deviendra ainsi la reine des vergers !

Les romains vont tomber dans les pommes

De la Mésopotamie, la pomme envahira Rome, puis l’Empire, profitant des conquêtes et des migrations des populations. Devenue, moins sauvage, elle va perdre peu à peu sa richesse gustative d’antan et  sa résistance.

Pour la petite histoire, la toute première pomme célèbre est la fameuse pomme d’Api. On doit son nom à Appius Claudius Caecus (IV/III siècle avant J.C.), homme d’état et écrivain mais aussi cultivateur, on pourrait presque dire « api-culteur ». Depuis, le pommier est devenu l’arbre fruitier le plus cultivé au monde et la pomme le 3ème fruit le plus consommé au monde.

Aujourd’hui, parmi les plus de 20 000 variétés dont environ 6000 parfaitement identifiées, toutes issues de ce jardin d’Eden, 5000 variétés sont menacées de disparition. Car sur nos étalages, seule une petite poignée -golden, smith, granny, clocharde ou reinette-, trouve grâce à nos yeux.

Les pommes du paradis

La "malus sieversii", l'ancêtre de la pomme moderne

 Mais la pomme originelle n’a pas dit son dernier mot. Grâce aux récentes analyses, on sait que ces pommes primitives, qui ont développé au fil de l’évolution des protections naturelles, résistent mieux aux maladies du pommier et aux champignons. Par hybridation naturelle, les biologistes envisagent de recréer une variété de pommes qui allierait les qualités exceptionnelles de la pomme Kazakh, résistances naturelles, saveurs remarquables, richesse en vitamines et antioxydants, aux impératifs marketing…mais sans les 35 pesticides actuellement présents en moyenne !

Bref, une alliance parfaite qui donne un petit goût de paradis.

 

 


Une persévérance qui porte ses fruits

Tout commence en 1929, grâce à un biologiste soviétique Nikolaï Vavilov qui découvre ces fameuses pommes et qui émet déjà l’hypothèse de la pomme ancestrale. Hélas, Vavilov mourra en prison. 

Un agronome kazakh, Aymak Djangaliev, devenu par la suite académicien, reprend le flambeau en 1945. Il en fera l’œuvre de sa  vie. Ce visionnaire a recensé, cartographié, étudié sous tous leurs angles ces pommiers majestueux et très surprenants pour des arbres fruitiers.

Il va se heurter à l’hostilité de Staline qui ne voulait pas entendre parler des progrès de la génétique moderne. Grâce à l’obstination de Djangaliev, depuis 2002, l’arbre généalogique de la pomme est établie.

Désormais, le projet d’Aymak Djangaliev semble porter ses fruits et il nourrit l’espoir d’un verger sans pesticide, grâce à  Malus sieversii


Si le monde est un verger, Apple en est un peu le jardinier…

 « Trois pommes ont changé le monde : celle qu’a mangée Eve, celle qui est tombée sur la tête de Newton et celle que Steve Jobs a construite. »  Jean-Noël Jeanneney introduit ainsi – en faisant référence à un twitt envoyé par un inconnu à l’annonce de la mort de Steve Jobs, le co-fondateur d’Apple – son émission sur France-Culture consacrée au fruit défendu : de la pomme d’Adam à la pomme d’Apple…

Si Eve a été tentée par la pomme, les « Adams et Eves » d’aujourd’hui ne sont-ils pas tentés par les fruits de la technologie !  Apple étant sans aucun doute leur icône, retraçons ici, grâce à quelques extraits de pubs, le parcours de cette aventure emblématique.

  • 1977 : Apple lance l’Apple II qui deviendra le mythe des geeks de l’époque. Une publicité plutôt frugale;

  • 1984 : Apple lance son Macintosh de manière fracassante avec cette pub réalisée par Ridley Scott à l’occasion du Superbowl, la grand-messe télévisuelle américaine

  • 1997 : l’année de l’apparition  du célèbre slogan « think different ». La publicité rend hommage aux grands génies qui, selon la marque, doivent leur succès au fait d’avoir osé penser différemment

http://youtu.be/kT6Rx4qqidg

  • 1999 :  le monde se prépare au bug de l’an 2000. Apple reprend à son compte Hal, le robot de « 2001 l’Odyssée de l’espace » pour vanter la fiabilité de ses ordinateurs.

http://youtu.be/a-vEa2An_x4

  • 2001 : En lançant l’Ipod qui pouvait contenir jusqu’à 1000 chansons, Apple va toucher le Jackpot et révolutionner la manière d’écouter la musique. C’est aussi le début d’une success story Ipod, Iphone, Ipad…

  • 2007 : Apple s’apprête à promouvoir l’iPhone : pour cela il met les petits plats dans l’écran à l’occasion de la soirée de remise des Oscars ! 

Alors, si le monde est un verger et qu’Apple en est aussi un peu le jardinier…il en récolte aussi les fruits !

 


1 – Espèce principale dont descend le pommier domestique, il n’est pas exclu que d’autres variétés de pommiers sauvages ayant d’autres origines notamment européenne soient antérieurs. 


A visionner pour mieux comprendre :

« Aux origines de la pomme… » un film documentaire réalisé par Catherine Peix (43 mn) diffusé sur Arte.


A lire par curiosité :

  • Le mythe du péché originel : Une légende substituée
    Le mythe du péché originel s’inscrit dans une représentation universelle des origines. Au commencement était la perfection qu’un accident vint brutalement remettre en question. Depuis lors, l’homme n’a eu de cesse que de retrouver le paradis perdu. La pensée judéo-chrétienne désigne sous le terme de péché originel la faute commise par Adam et Eve et dont tout être humain est coupable en naissant. Cependant, le sens véritable du récit a été occulté. Les traductions de la Bible que nous connaissons sont inexactes ou incomplètes, l’Eglise ayant favorisé la propagation du mythe pour asseoir son autorité. Une exégèse des textes d’origine permet ici de comprendre comment le mythe a été fabriqué et comment il s’est ensuite répandu, cautionnant ainsi de nombreux comportements aberrants qui, aujourd’hui encore, entravent la liberté des individus. Cet essai, riche en citations, va à l’encontre des idées reçues et propose une interprétation encourageante : l’acte d’Adam doit être perçu comme une transgression libératrice qui montre à l’homme la voie de la désaliénation et lui permet d’accéder au stade de la conscience. L’être humain n’est donc plus une créature soumise mais bien le partenaire du Créateur. Il lui appartient de continuer l’œuvre commencée par Dieu.

 

  • Les Pommes de Newton
    1666. Newton a 23 ans. Chassé de l’Université par la peste, il est revenu s’installer dans la petite propriété familiale de Woolsthorpe. La journée s’achève. La Lune vient juste de se lever quand une pomme tombe. Il les regarde l’une et l’autre et ces deux curieuses questions lui viennent à l’esprit :
    - Pourquoi cette pomme qui tombe ne tourne-t-elle pas autour de la Terre comme la Lune ?
    - Pourquoi cette Lune qui se lève ne tombe-t-elle pas sur Terre comme la pomme ?
    À l’encontre d’une croyance millénaire, il se demande pourquoi les mêmes lois ne pourraient pas régir à la fois le Ciel et la Terre…

 

  • Inside Apple – Dans les coulisses de l’entreprise la plus secrète au monde
    Journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies, Adam Lashinsky a enquêté pendant de long mois sur Apple et raconte dans cet ouvrage très documenté quelques-uns des secrets les mieux gardés de la firme à la pomme en matière d’innovation, de marketing, de communication, de management et de lobbying.
    Il revient sur l’histoire de la compagnie et s’attarde sur la personnalité de Steve Jobs et la façon dont celui-ci a façonné l’entreprise. il offre également de nombreux éclairages sur les pièges qui attendent Apple aujourd’hui que son charismatique fondateur a disparu…

Les tout premiers navigateurs

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Posté par fabrice
 

- 130 000 ans

Odyssée d’une espèce en voie d’apparition

 

 

Bravant les mers sur des embarcations de fortune constituées probablement de bois ou de végétaux, des hommes débarquent dans une baie balayée par les vents sur la côte sud de la Crète. Endroit qui deviendra, 130 000 ans plus tard, la station balnéaire de Plakias.  

Le début de la conquête des mers

Ces hommes téméraires sont considérés actuellement comme les tout premiers navigateurs de l’histoire et aussi les premiers colonisateurs insulaires. Plus de 100 000 ans plus tôt que les dates évoquées jusqu’à présent par les historiens.

Les outils des premiers navigateurs

Cette nouvelle, qui bouleverse autant « l’histoire de la marine » que celle du peuplement des îles de la Méditerranée, est le fruit de campagnes de fouilles conduites en 2008 et 2009 par une équipe américano-grecque[1]sur la côte sud de la Crête. Elle va conduire à la découverte d’outils, – bifaces, hâches, racloirs, burins… – dont la datation indirecte, grâce aux couches sédimentaires où reposaient ces outils, fait remonter leur origine à 130 000 ans, voire plus, et même, peut-être beaucoup plus.

Entre mers et terre

Qui sont ces tout premiers navigateurs ? Des Hommes de Neandertal, des Homo sapiens ? En tout cas des hominidés, mais ensuite le mystère demeure. D’autant que, s’il s’agissait de Sapiens, cela nécessiterait de revoir les théories actuelles qui voient l’Homo Sapiens quitter le berceau Africain, où il est né il y a un peu moins de 200 000 ans, il y a seulement 60 000 ans pour migrer vers l’Europe et l’Asie. Cela remet également en question, le peuplement de l’Europe qui aurait peut-être emprunté une voie maritime alors qu’on l’imaginait exclusivement terrestre.

S’il s’avérait, comme certains le supposent, que ces objets soient encore plus anciens en remontant à plusieurs centaines de milliers d’années, dans ce cas, il faudrait se tourner vers des ancêtres plus lointains comme l’Homo erectus. Cela signifierait que ces ancêtres éloignés avaient déjà le pied marin ! En effet, comme la Crète s’est séparée du continent voici plus de 5 millions d’années et qu’aucune baisse suffisante du niveau des mers [2] depuis n’ait permis de rejoindre cette île les pieds secs, seuls des navigateurs capables de voguer sur des dizaines de km en haute mer - et même sur 200 km s’ils étaient partis des côtes Libyennes, scénario improbable - pourraient expliquer cette situation.

Les premiers loups de mer

Jusqu’ici, le titre de Premiers navigateurs avérés était attribué à des Sapiens qui ont accosté l’Australie, voici 60 000 ans, au moment même de l’émergence du langage. Car, en effet, au-delà de la prouesse technique, ces traversées témoignent d’un niveau d’organisation sociale et de communication déjà élaborée, sans parler de la capacité de se projeter vers l’inconnu.

Pour Jean-Marie Hombert du laboratoire dynamique du langage, au CNRS-Université de Lyon, les premières traversées maritimes figurent comme un marqueur du niveau de sophistication de la langue [3]. Cependant, avec ces navigateurs très précoces, il y a « un loup » tant dans le raisonnement  que dans la chronologie et, ce n’est  pas uniquement un vieux loup de mer !

Quoi qu’il en soit, entre ces conquérants des mers qui ont parcouru leurs premiers kilomètres en haute mer et ceux de Groupama 3 qui en ont avalé plus de 45 000 km en réalisant le tout premier tour du monde en moins de 50 jours [4], il y a  un point commun malgré les milliers d’années qui les séparent : le même goût de l’aventure et de l’appel irrépréssible du large.


(1) Equipe menée par Thomas Straser du Providence College du Rhode Island des Etats-Unis et Eleni Panagopoulou, directrice de la paléoanthropologie et de la spéléologie de la Grèce du sud.
(2) Il y a 21 000 ans, le dernier maximum glaciaire n’a engendré qu’une baisse de 100 mètres du niveau de la mer.
(3) Cité dans Le Monde du 22 janvier 2011, article de Pierre Le Hir.
(4) Trophée Jules Verne remporté par Franck Cammas et ses 9 co-équipiers sur Groupama 3, le 20 mars 2010 après 48 jours, 7 heures 44 minutes, 52 secondes de mers à la vitesse moyenne de près de 19 nœuds.


 
A visionner pour mieux comprendre :

  


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