lundi, 20 mai 2013

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

La vie moderne

La première grande extinction

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Posté par fabrice
 

- 440 millions d’années

Trois petits pas et puis s’en vont


Il est probable que, parmi les 30 milliards d’espèces ayant vécu sur Terre depuis l’explosion du Cambrien, il y a 530 millions d’années, 99,9 % ont été éradiqués. Vous noterez que nous figurons dans le club très fermé des 0,01% de survivants.

Parmi les raisons de cette hécatombe, on va évidemment trouver les extinctions massives. La Terre en a connu cinq (et beaucoup plus de moindre importance) ; cinq grandes extinctions qui ont détruit jusqu’à 95 % des espèces (440 millions d’années, 360 MA, 250 MA, 210 MA, 65 MA). La plus célèbre d’entre elles, celle survenue il y a 65 millions d’années, a mis un terme, comme chacun sait, au règne des dinosaures.

Une redistribution des cartes

La toute première extinction de masse remonte, quant à elle, à 440 millions d’années. Elle provoque la disparition de nombreuses familles d’animaux marins issues de la « faune de Burgess »[1]. Avant l’extinction, il n’était pas question pour la vie de pointer le « bout de son nez » en dehors des océans. Après, plantes puis animaux vont dépasser cette ligne bleue pour une aventure tout terrain.

La morale de l’histoire : ces catastrophes naturelles, que l’on attribue souvent à des collisions de météorites, se révèlent être, en fait, une chance pour l’évolution de la vie. A chaque fois, on assiste à un sursaut d’inventivité. Preuve en est, la catastrophe, qui élimina les dinosaures, profitera aux mammifères

La grande extinction du permien : – 250 millions d’années

Toutefois, le risque est à la hauteur des gains potentiels : à chaque épisode cataclysmique, la biodiversité plonge vers des minima dangereux. De ce point de vue, la plus destructrice fut la troisième extinction, celle de la fin du Permien, vers 250 millions d’années. 96 % des espèces marines et probablement autant des animaux terrestres disparaissent. De multiples facteurs concourent à ce drame de l’évolution : le rassemblement des continents en un supercontinent, la Pangée qui s’étend d’un pôle à l’autre, réduisant d’autant l’espace vital des animaux marins, des éruptions gigantesques de lave en Sibérie, une baisse du niveau des mers.

D’ailleurs, d’une manière générale, les scientifiques ont constaté qu’à chacune des extinctions coïncide une baisse très sensible du niveau des mers.

Une comédie inhumaine !

Leakey Lewin, un paléoanthropologue de renommée internationale, compare l’histoire de la vie a une pièce de théâtre où, après chaque entracte, la distribution est complètement changée. Certains personnages disparaissent ou passent de rôles majeurs à des seconds rôles, et vice versa.

Malgré ces accidents de la vie récurrents, la biodiversité ne cesse de progresser et atteint probablement actuellement son plus haut niveau.

Avec l’entrée en scène de l’homme est-ce le champ du cygne ? On sait qu’une espèce animale a une espérance de vie d’environ 3 à 4 millions d’années. Le processus naturel élimine donc 1 à 2 espèces par million par an. L’homme a pris les choses en main : désormais, on assiste à 500, voire 1000 extinctions d’espèces par an sur un million !

Sommes-nous à l’aube de la sixième extinction ?


Pour la petite histoire

La première fois qu’une théorie formalise le principe d’extinctions massives date de 1796 [2]. C’est au français Georges Cuvier que revient la paternité de cette idée nouvelle et même totalement saugrenue pour l’époque. Elle figure dans son célèbre mémoire « Les espèces d’éléphants fossiles comparées aux espèces vivantes ». Selon Cuvier, la Terre connait régulièrement des cataclysmes  qui peuvent parfois anéantir des groupes entiers d’espèces vivantes.

Évidement, cette hypothèse n’était pas du goût des religieux -donc de la grande majorité des gens-, car elle venait contrecarrer l’idée d’un monde parfaitement ordonné et immuable, où chaque être avait un rôle à jouer, selon les desseins de Dieu.

Cette théorie révolutionnaire, fut précédée par une découverte, une dizaine d’années auparavant. En 1787, en effet, un étrange fémur est retrouvé dans le New Jersey. D’une taille incompatible avec les espèces connues et vivantes, on crût, à l’époque, à un canular. Il s’agissait, en fait, du tout premier fossile de dinosaure trouvé, un hadrosaure, un gros dinosaure à bec de canard. Il fallut ensuite attendre un demi-siècle pour que l’on re-découvre les dinosaures, cette fois officiellement.

Fossile de dinosaure, théorie d’extinctions des espèces, le monde des « morts-vivants » donnant un nouveau sens à l’évolution faisait son entrée en scène.

Publié le 20 juillet 2011

1 – La faune dite de Burgess (vers – 525 millions d’années) correspond à l’apparition de la vie moderne, avec la mise en place de tous les grands embranchements du monde animal.
2 – Une histoire de tout, ou presque… – Bill Bryson – Ed. Payot & Rivages – 2011


A voir pour mieux comprendre :


A lire pour aller plus loin :

- « Tu as mauvaise mine. Que se passe-t-il ? »
- « Je ne me sens pas très bien, répond la planète blanche. J’ai attrapé une maladie : l’humanité. »
- « L’humanité ? Oh, ne t’inquiète pas. Je l’ai déjà eue, ça part tout seul… »
Cette histoire, Hubert Reeves la raconte de plus en plus souvent. Moins pour faire sourire que pour nous inciter à réfléchir sur les conséquences de nos actes. L’astrophysicien franco-canadien prévient : « Si nous ne faisons rien, notre espèce est menacée de disparition. » L’Homme sera peut-être la victime de la sixième extinction.

  • La sixieme extinction – evolution et catastrophes, de Leakey / Lewin. L’histoire de la Terre est ponctuée d’extinctions de masse qui, par cinq fois, ont détruit jusqu’à 95% des espèces vivantes. Au moment où la croissance de la population et l’exploitation frénétique des ressources naturelles risquent de provoquer la sixième extinction de masse, les deux auteurs nous rappellent que l’aptitude proprement humaine à admirer la nature devrait avoir pour corollaire le souci d’en protéger la diversité, fruit de quatre milliards d’années.
  • Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, de Jared Diamond. La question : « Comment des sociétés ont-elles disparu dans le passé ? » peut aussi se formuler : « Au rythme actuel de la croissance démographique, et particulièrement de l’augmentation des besoins économiques, de santé et en énergie, les sociétés contemporaines pourront-elles survivre demain ? » La réponse se formule à partir d’un tour du monde dans l’espace et dans le temps.

Les premiers accouplements

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– 375 millions d’années

Sea, sex and fun !

En matière de copulation, et d’une certaine manière de sexe, tout aurait commencé voici 375 millions d’années.

Une illustration du poisson Materpiscis Attenboroughi, qui signifie poisson-mère d'Attenborough

Dans ce domaine, les plus précoces seraient des poissons archaïques, des placodermes(1), dotés d’une sorte de cuirasse formée de plaques sur la peau. Les poissons cartilagineux (raies, requins) plus récents (350 millions d’années), à qui revenaient jusqu’ici le privilège d’ouvrir le bal des accouplements chez les vertébrés, se seraient ainsi faits coiffés sur le poteau par ces poissons primitifs.

Mesurant près de 30 cm, plutôt hideux, doté d’une mâchoire puissante, baptisés par les spécialistes de poissons de Gogo (2) ou Materpiscis, ce poisson qui n’a pas la gueule d’un jeune premier, va introduire une nouvelle façon de procréer, ouvrant des perspectives à la fois de plaisirs et d’efficacité sans égal dont nous sommes les héritiers.

Un accouplement très prometteur

Ainsi ces poissons allaient défrayer la chronique, si l’on peut dire, en démontrant justement qu’ils ne frayaient plus comme à l’accoutumée mais qu’ils étaient devenus vivipares. Autrement dit, pour la toute première fois, l’embryon allait se développer à l’intérieur de l’organisme maternel, bien au chaud et non plus dans un œuf déposé de manière désinvolte dans l’eau par la maman poisson, en attendant que celui-ci soit fécondé par le papa.

L’avantage de cette nouvelle « procédure » tient au fait que le bébé arrive au monde déjà bien formé. Ainsi, bien que la progéniture soit moins nombreuse que pour les espèces déposant des œufs dans un milieu extérieur, celle-ci étant plus robuste offre un avantage sélectif face aux prédateurs qui, à l’ époque, se comptaient par légions.

En effet, au Dévonien, les poissons, pour certains des monstres marins de près de 8 mètres,  se nourrissaient essentiellement d’autres poissons. Les minuscules « bébés » qu’engendrait la fécondation extérieure, malgré l’avantage du nombre que représentent des milliers d’œufs, étaient donc une proie trop facile. Tandis que la fécondation interne, produisant des petits plus costauds et surtout plus mobiles, est apparu comme un atout.

En mordre pour sa dulcinée

Mais ce n’est pas tout. Avec cette toute nouvelle façon de faire  » l’amour », il a fallu que le mâle s’accroche ! En effet, s’accoupler dans l’eau n’est pas si simple. D’où l’apparition des toutes premières mâchoires permettant au mâle de tenir la femelle durant l’acte sexuel. La femelle ainsi tenue, le mâle pouvait introduire le sperme au sein de sa dulcinée,  au moyen d’un organe de type ptérygopode utilisé aujourd’hui chez les requins, résultant de la transformation de la nageoire pelvienne.

Il est probable qu’à l’origine, les placodermes avaient recours à un organe équivalent pour féconder les œufs déposés dans le milieu aquatique et que, petit à petit, le couple s’est rapproché.  Et peut-être, à la manière des hippocampes, ils ont connu un phase intermédiaire où la grappe d’œufs s’est retrouvé portée par la femelle dans une poche incubatrice. Mais cela ne nous regarde pas !!

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Ici, les ptérygopodes d'un requin, sorte de prolongation de la nageoire pelvienne

L’histoire ne s’arrête pas là. Nous, les être humains, hériteront, bien plus tard, de l’anatomie pelvienne issue des poissons de Gogo. Les ptérygopodes, évoqués plus haut, organe de transmission du sperme utilisé notamment chez les requins, deviendront nos pénis, tandis les nageoires se transformeront en hanches et en pattes postérieures. Tout n’est qu’une affaire de recyclage.

Faut-il conclure que notre appétit sexuel a pris naissance un beau jour du Dévonien, en croquant à belles dents le fruit défendu ? Cela ne vous rappelle pas une autre histoire ?


(1) Les placodermes ont été, durant 70 millions d’années, à l’époque du Dévonien, le groupe dominant du milieu aquatique avant de disparaître totalement. Ils sont les ancêtres notamment des requins, poissons osseux, dinosaures et des mammifères.
(2) Fossile découvert, par les équipes de John Long, en 2007,  dans la région de Kimberley, au sein d’un important récif tropical de Gogo, en Australie. Cette espèce de poisson qui est apparue au Dévonien supérieur (380 millions d’années) est aujourd’hui éteint. L’état du fossile a mis en évidence l’existence des premiers cordons ombilicaux.
Publié le 11 septembre 2011


A visionner pour mieux comprendre [en anglais] :


Pour aller plus loin :

Les tout premiers bruissements de feuilles

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- 385 millions d’années

L’arbre qui cache la forêt

 

Vous entendez ce léger sifflement ponctué de frottements plus rauques. C’est la première mélodie du vent qui joue avec les feuilles du premier arbre dignes de ce nom. Son nom justement : l’arbre de Gilboa. Déployant son « panache vert »,  il y a 385 millions d’années, c’est le plus vieux fossile d’arbre connu.

wattieza, arbre primitif - Reconstitution
wattieza, arbre primitif Reconstitution

Cet arbre primitif a l’allure des fougères arborescentes actuelles, on est donc loin des feuilles de chêne. D’une hauteur d’une dizaine de mètres, sa cîme est couronnée de branches ressemblant à l’arbre du voyageur. La photosynthèse, une technique performante, ne fonctionne que sur les extrémités de ses branches.

A peu près à la même époque, prend racine une autre variété plus connue, l’Archaeopteris, appelé aussi « Fougère arbre », à mi-chemin entre la fougère et le sapin. Plus avancé que l’arbre de Gilboa, l’Archaeopteris disposent de racines et de branches plus développés.

 

Le roi de la forêt

Il va dominer à la fois en nombre mais surtout en hauteur, les toutes premières forêts de la Terre. Il atteindra jusqu’à 30 voire 40 mètres de hauteur pour un mètre de diamètre. En comparaison, quelques dizaines de millions d’années plus tôt (vers –400 millions), la végétation était au raz des pâquerettes ne dépassant guère la vingtaine de centimètres.

Aucun doute, dans la période des 370 millions d’années, l’Archaeopteris sera le seigneur des premières forêts, avec un taux d’occupation de 90 %. Celles-ci se développent dans les zones humides et notamment dans les régions équatoriales de l’Arctique canadien d’aujourd’hui où se produisent de grandes crues inondant tout le continent nord-américain.

Reconstitution d'une forêt il y a 350 millions d'années
Reconstitution d’une forêt, il y a 350 millions d’années

L’hégémonie de l’Archaeopteris ne durant qu’un temps, 25 millions d’années. Durant son règne sans partage, il aura bouleversé l’atmosphère de la planète, en favorisant l’oxygène au « mépris » du C02. Peut-être trop, car ce dernier va tomber à un taux si bas qu’il ne pourra plus servir de « couette norvégienne » à la planète. Il s’en suivra une période de glaciation, une de plus, – voir encart ci-dessous sur les premières plantes-  qui sera fatale à notre roi des forêts.

Mais tout n’est pas si noir. Car avec ce géant vert qu’est l’arbre, vent et Soleil vont disposer d’un compagnon de jeux fantasque. Jeu musical et jeu d’ombres vivantes, jusqu’ici inconnues, pour la plus grande joie des futurs amoureux de la nature.

Profitant de cette nouvelle donne favorable, taux d’oxygène en augmentation et nouveau combustible que sont les arbres, un nouveau joueur intervient, le feu qui, à l’aide de la foudre va allumer les premiers incendies de forêt.

 

 


Les plantes savent souffler le chaud et froid !

Si  les plantes savent donner des couleurs à la Terre, du goût à la vie et nous bercer par le bruit du vent dans leur feuillage,  elles peuvent aussi souffler le chaud et le froid !

Il y a 460 millions d’années, selon une étude conduite par Tim Lenton, géologue à l’université d’Exeter en Grande-Bretagne(*),  le développement des toutes premières plantes terrestres aurait déclenché une des  glaciations majeures que la Terre ait connue.

A l’époque de l’Ordovicien, période située entre -488 millions et -444 millions d’années, la température de la Terre était supérieure de 5° environ à celle d’aujourd’hui. Curieusement, cette température a chuté très sensiblement durant une dizaine de millions d’années, sans que l’on en comprenne vraiment la raison. Une partie importante du supercontinent Gondwana, qui à l’époque occupait une grande partie de l’hémisphère sud, se couvre alors de glace.

Selon les chercheurs, les fautifs sont les premières plantes terrestres, ancêtres des mousses qui, en se développant, ont provoqué un double processus  modifiant le cycle du carbone et par voie de conséquence le climat.

D’un part, les plantes, en secrétant des acides, ont provoqué une altération chimique des roches, comme le granite et le basalte. Cela a favorisé le pompage du CO2 atmosphérique et donc a conduit à une diminution sensible de l’effet de serre. 

D’autre part, les plantes auraient extrait le phosphore et le fer des roches qui se seraient retrouvés in fine dans l’océan. Le plancton se serait alors littéralement « goinfré » de cet apport nutritif inespéré avec comme effet, une croissance effrénée.

Hélas, le bonheur des uns fait souvent le malheur des autres. Le plancton, qui stocke en mourant le carbone dans les fonds marins, sous forme de roche, d’où il restera prisonnier, va indirectement  bouleverser l’atmosphère. Doublement atteinte, comme on vient de le voir, l’atmosphère va donc connaître une chute de la concentration de CO2 de 8.4 fois. Ce qui correspond au seuil critique pour enclencher une glaciation.

Morale de l’histoire : hier comme aujourd’hui, les plantes jouent un rôle majeur dans la régulation climatique.   

* Etude publiée le 1er février 2012 par la revue Nature Geoscience

Mis à jour le 3 mars 2012

 

A visionner pour mieux comprendre :


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Le plus vieil arbre fossile du monde vient de parler : Site : Futura-Sciences
  • Encyclopédie des arbres Plus de 1 890 espèces et variétés d’arbres du monde entier – arbres des forêts, des campagnes, des jardins, des vergers… – font de ce livre le plus complet et le plus abondamment illustré sur le sujet, source de découvertes passionnantes.
  • Rencontre avec des arbres remarquables Historien, auteur d’ouvrages qui ont fait date, Thomas Pakenham est aussi propriétaire terrien. Sur son domaine irlandais poussent plus de deux cents variétés d’arbres et il est président de The Irish Tree Society. C’est un arboriculteur passionné. Il nous parle ici de soixante arbres remarquables,…

Les tout premiers mammifères

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- 230 millions d’années

Les mamelles du monde


Plongeons-nous dans la pénombre d’une nuit naissante, il y a plus de 200 millions d’années.  Une douzaine de frêles bestioles se faufilent hors de leur refuge. Elles laissent derrière elles de timides empreintes sur l’humus encore tiède.  Elles ressemblent à de petites musaraignes. Sans le savoir, elles tracent le début d’un long chemin qui conduira jusqu’à nous.

Ces « bestioles », qui ne paient pas de mine, sont pourtant les premiers représentants des mammifères.

Crusafontia, un des ancêtres des mammifères

Crusafontia, un des ancêtres des mammifères

Les mammifères ne font pas encore la loi

La vie n’est pas facile pour ces petits animaux, car le monde ne leur appartient pas, du moins pas encore. Les maîtres de ce monde -et cela durant 150 millions d’années- seront issus d’autres familles comme les euraptors (Eoraptor), les tout premiers dinosaures. 

Imaginez-les, juchés sur leurs pattes arrières, dotés de doigts griffus, d’un museau effilé garni de dents pointues leur permettant d’être carnivores. Mesurant un mètre,  ils évoluent en meute, poursuivant des petits reptiles..ou encore les premiers mammifères. Ces mammifères devront faire le dos rond en attendant des jours meilleurs. Ils vivront dans l’ombre des reptiles mammaliens et des dinosaures qui entament à la même époque un règne sans partage.

Vers 167 millions, d’années, un peu avant l’apparition des premiers oiseaux, un nouveau mammifère pointe le bout son nez : l’Opossum. De la taille, d’une souris, il serait l’ancêtre des marsupiaux et des mammifères placentaires (dont la mère porte le petit dans l’utérus), et donc un parent éloigné.

Eomaia
Eomaia, notre aïeul…

Eomaia :  notre lointain aïeul

Un peu plus tard, il y a 125 millions d’années, un petit mammifère insectivore de la taille d’une souris, probablement arboricole, fait ses premiers pas.  Son nom: Eomaia.

C’est le tout premier euthérien connu. Présence de liquide placentaire et développement embryonnaire entièrement dans l’utérus,  cette fois, le lien de parenté se rapproche.

Cependant, au Crétacé supérieur, entre 95 et 65 millions d’années, les mammifères sont encore peu nombreux. Malgré tout, ils entament une diversification. Certains sont insectivores ou encore carnivores. Ils commencent à diversifier leur nourriture pour s’affranchir de la concurrence alimentaire des dinosaures (1). 

Mais les plus nombreux et surtout les plus ressemblants aux mammifères modernes sont les multituberculés, appelés  »rongeurs du Mésozoïque ». Modernes seulement dans leur apparence car, en fait, ils diffèrent beaucoup des mammifères actuels, notamment par une mastication peu agile, facteur pourtant essentiel comme évoqué plus loin.  Ils évolueront durant 120 millions d’années pour s’éteindre voici 35 millions d’années, échappant à la fameuse extermination des dinosaures.

Il y a 65 millions d’années, la chance tourne en faveur des mammifères

C’ette extermination, il y a 65 million d’années, est une chance inespérée pour nous, les mammifères; Un véritable tournant sans lequel nous ne serions probablement pas là à l’évoquer. C’est notre combat par météorite interposée de David contre Goliath avant l’heure !

La catastrophe provoquée par la chute de cette célèbre météorite conduira à la disparition de tous les animaux de grande taille. Les mammifères qui ont su cohabiter tant bien que mal avec les dinosaures durant des millions d’années, vont bientôt pouvoir passer de l’ombre à la lumière .

C’est ainsi qu’une espèce de lémuriens, très mobiles, munis de mains préhensiles, se réfugieront sous les rochers grâce à leur agilité et à leur petite taill,  laissant ainsi passer le cataclysme. De leur survie dépend notre lignée.


Arbre des mammifères placentaires

Les mammifères une grande famille…recomposée

Les mammifères comptent 3 grandes familles : les monotrèmes qui pondent des œufs comme l’ornithorynque, les marsupiaux dont le petit vit très peu de temps in utero, le kangourou et les placentaires dont nous faisons partie. Parmi les placentaires, figurent 4 grandes lignées.

Aujourd’hui, les mammifères sont largement dominés par les placentaires qui comptent 4000 espèces, rassemblés dans 114 familles. Tandis que les marsupiaux représentent 270 espèces au sein de 16 familles et les monotrèmes (l’origine la plus ancienne), 2 familles comportant seulement 3 espèces au total.

Avant l’extinction des dinosaures de la fin du Crétacé (il y a 65 millions d’années), la famille des mammifères présentait une toute autre physionomie. Seules 27 familles de mammifères ont été alors recensées -d’une répartition presque homogène entre les 3 grandes familles [un léger avantage aux marsupiaux et aux placentaires] -, enregistrant pas plus de 300 espèces au total.

Le grand succès des mammifères,  on le doit, bien entendu, à la disparition des dinosaures mais aussi à des évolutions majeures portant principalement sur la dentition et la mâchoire.

Pour faire face à l’impitoyable loi de la jungle, rien ne vaut, en effet, une mâchoire bien adaptée !  

 


Les premiers comportements sociaux des mammifères

Nous avons maintenant la preuve que les mammifères rescapés de la catastrophe qui a décimé les dinosaures, voici 65 millions d’années, jouissaient d’un comportement social et vivaient en groupe.

Les restes fossilisés de deux des "marsupiaux"

Cette preuve provient de la découverte, en Bolivie (site de Tiupampa, situé dans les Andes), de squelettes fossilisés d’une population de marsupiaux de petite taille (Pucadelphys andinus).

35 animaux qui ont vécu ensemble sur les rives d’un fleuve et qui ont sans doute été surpris par une forte crûe, ce qui explique l’excellent état de conservation des fossiles.

Ceci témoigne du fait que les premiers mammifères vivaient en groupe et présentaient probablement des mœurs grégaires. Cela paraît d’autant plus surprenant que la plupart des marsupiaux d’aujourd’hui sont solitaires. D’une certaine manière, nous observons là, les toutes premières « tribus ».

Actualisé le 31 mai 2012

1 – Selon des biologistes américains, australiens et finlandais, les mammifères ont diversifié leur alimentation bien plus tôt que prévu, il y a au moins 85 millions d’années. Source : Science & vie – N° 1137 – Juin 2012


A visionner pour mieux comprendre l’histoire des mammifères et de l’évolution :

  • Histoire de l’évolution des mammifères :

  • Histoire de l’évolution depuis près de 500 millions d’années :

Planète Terre – Mystères de l’Évolution – 07/18
  • Eoraptors, les ancêtres des dinosaures apparus voici 230 millions d’années :



A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Une brève histoire des mammifères : bréviaire de mammalogiede Jean-Louis Hartenberger – Editions BELIN Pour la science.Dans les 4,5 milliards d’années de la Terre, I’aventure des mammifères, apparus à la même époque que les dinosaures, n’occupe que les derniers 200 millions d’années. Leur destin bascula plusieurs fois. Pour reconstituer leur histoire, I’auteur fait revivre les fossiles témoins, retrace les polémiques soulevées par leur découverte et évoque les grands auteurs ayant, depuis deux siècles, forgé cette identité mammalienne qui est aussi la nôtre. À travers ce voyage dans notre passé profond, il montre combien la démarche des paléontologues s’apparente à une enquête policière.

Les toutes premières fleurs

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- 140 millions d’années

L’évolution nous offre des fleurs

 

Il y a 140 millions d’années- peut-être même un peu plus tôt-  les toutes premières fleurs vont prendre racines. Avec elles,  c’est notre future agriculture et le business model de Truffaut et compagnie qui commencent à bourgeonner avant d’éclore des millions d’années plus tard !

Archaefructus, une des premières fleurs. Apparues sous l’eau, il y a plus de 125-millions d’années

Sans cette révolution florale qui a débuté vraisemblablement avec des espèces semi aquatiques, notre environnement serait triste à mourir.  

Point de fleurs multicolores, point de senteurs embaumantes, ni de pois de senteur. Pas plus de floralies et de Nymphéas de Monet. Sans parler des végétariens pour qui, ils leur seraient tout simplement impossible de nous en faire voir des vertes et des pas mûres.

Oui, cela serait triste à mourir mais aussi à ne pas pouvoir se nourrir !  Réalisons que les  plantes à fleurs, les angiospermes, portent en germe  toutes les plantes comestibles que nous cultivons aujourd’hui.

Le fruit : une protection rapprochée

Les angiospermes se distinguent  de l’autre type de plantes : les gymnospermes (conifères, ginkgos, cycas, gnètes). Tandis que ces dernières sont des plantes à graine nue, les angiospermes vont inventer une « protection rapprochée » de la graine. C’est le fruit.

Grâce à cet avantage sélectif, les plantes à fleurs vont conquérir la planète en quelques millions d’années, au point de représenter aujourd’hui plus de 90 % des espèces végétales. Au grand dam de Darwin qui qualifiait l’apparition des plantes à fleurs « d’abominable mystère « .    Au regard de leur essor fulgurant, on peut oser dire que le « vert de l’espérance » était dans le fruit !

 Au grès du vent

En réalité, les gymnospermes, dont les premiers spécimens sont bien plus anciens que les plantes à fleurs (vers 290 millions d’années), fabriquaient déjà des ersatz de fleurs mais très rudimentaires. Néanmoins,  leur stratégie de reproduction apparait très différente.

Les gymnospermes s’en remettent totalement au vent pour disperser leur pollen et à l’eau pour la fécondation. Tandis que les angiospermes vont limiter leur dépendance vis-à- vis de l’eau et du vent, au profit d’une relation personnelle avec le monde animal.

Une stratégie win / win ou naissance du partenariat !

Les insectes, comme les abeilles apparues voici plus de 100 millions d’années, aujourd’hui en danger (voir encart ci-dessous), se verront confier le rôle de transporteurs de leur pollen. En échange, la fleur va produire des parfums et des nectars. Chez les plantes à fleurs, on préfère faire confiance aux vivants plutôt qu’aux éléments.  C’est une relation intime et unique qui voit le jour. Sans leur lancer de fleurs, on peut affirmer que celles-ci concoivent les tout premiers partenariats !

Cette co-évolution entre les règnes végétal et animal est une évolution majeure.  On assiste là, d’une certaine manière, et de façon très naturelle, à la toute première économie de marché : je te donne cela en échange de çà, chacun y trouve son compte et l’ensemble est plus efficace !


 Le langage des fleurs

La fleur met tout son cœur à attirer « son amoureux » qu’est son pollinisateur attitré, qu’il s’agisse d’oiseaux, de mollusques, d’insectes, voire de mammifères comme la chauve-souris.

Les Nymphéas de Monet

Nymphéas de Monet

Ainsi le chèvrefeuille, qui en pince pour le papillon de nuit, va davantage se parfumer à la tombée de la nuit pour séduire son bien-aimé.

Toute cette parade amoureuse n’est pas le fruit du hasard mais répond à une codification proche de celle des speed-dating : les fleurs visant les oiseaux font dans les nuances de rouges, celles pollinisées par les insectes s’habillent de jaunes, les animaux nocturnes auront le droit à des fleurs pâles mais odorantes.

On le voit, chacune à sa stratégie dont la sophistication interpelle parfois les botanistes et déstabilise les darwinistes purs et durs.

Joël de Rosnay décrit une forme de mimétisme d’orchidées qu’il qualifie d’époustouflante : « …quand une orchidée se déguise en insecte, prend le parfum de l’insecte, dispose ses poils comme ceux de la femelle de l’insecte, pour attirer l’insecte mâle, qui se trouve irrésistiblement attiré, se pose, s’agite, copule et embarque le pollen pour le déposer sur une autre orchidée qui se trouve ainsi fécondée. Supposer que ce leurre soit apparu par le jeu du hasard même savamment baptisé « co-évolution » m’interroge ».

Leçon de séduction numéro 1 : offrir des fleurs et ne rien laisser au hasard.


 Les fleurs du mal  !

« C’est la première fois que la civilisation humaine dans son ensemble risque de s’effondrer. Nous allons peut-être disparaître à cause des abeilles ». Ce cri d’alarme est lancé par le professeur Ehrlich, biologiste, de l’université de Stanford (1)

Abeille butinant une fleur d'amandier

Abeille butinant une fleur d’amandier

Depuis 2005, des centaines de millions d’abeilles aux Etats-Unis, mais aussi en Europe ont disparu, corps et biens, de la circulation.

Ce phénomène, baptisé Colony Collapse Disorder (CDD), mobilise les chercheurs du monde entier car l’heure est grave. Sans abeilles, pas de pollinisation des fleurs et sans pollinisation pas de fruits ni de légumes; bref, une alimentation qui bat de l’aile, sans mauvais jeux de mots.
 
En Californie,  elles sont près de 40 milliards à butiner conscienscieusement les fleurs d’amandiers. On évalue, rien qu’aux Etats-Unis, entre 15 et 20 milliards de dollars par an le poids économique des abeilles dans la fertilisation des récoltes.

Au-delà, de la récolte du miel, c’est donc toute l’industrie agro-alimentaire  qui est en danger. En effet, 1/3 de notre alimentation dépend de l’activité de pollinisation dont l’essentiel est assuré par les abeilles. 

Compte tenu des enjeux, les scientifiques sont mobilisés. Mais, pas facile de trouver le coupable car les facteurs de mortalités sont nombreux : les insecticides, dont le fameux Gaucho du Groupe Bayer, les différents polluants, les OGM,  le virus israélien de la paralysie aigüe, et maintenant le Varroa, un acarien qui se fixe sous le ventre de l’abeille…

Une étude récente (2) désigne ce Varroa comme principal suspect pour ne pas dire coupable. En fait, il serait un coupable indirect.  Il est le vecteur d’un virus mortel qu’il inocule à l’abeille, son hôte.

Mais, il n’est probablement pas le seul coupable comme l’indique d’autres études qui pointent du doigt l’effet nossif de certains pesticides comme le Thiamethoxan qui perturbent le sytème nerveux des abeilles.  

Sommes nous face à une catastrophe écologique potentielle d’une ampleur qui fait froid dans le dos ?  » Sans les abeilles, l’humanité n’en a plus que pour 4 ans à vivre », aurait alerté Einstein.

Profitons,vite du miel de la vie !

 


(1) le mystère de la disparition des abeilles – Documentaire de Mark Daniels, diffusé sur Arte Documentaire le mardi 28 août 2012.
Cordialement,
(2) Revue « Science » du 8 juin 2012, citée dans « lepoint.fr » du 11 juin 2012

 


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Le mystère de la disparition des abeilles – documentaire diffusé sur ARTE

A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Le monde s’est-il créé tout seul ? – Albert Jacquard, Xuan Thuan Trinh, Ilya Prigogine, Joël de Rosnay, Jean-Marie Pelt et Henri Atlan : Six réactions, six logiques, six visions du monde – Chez Albin Michel.
  • La prodigieuse aventure des plantes, de Jean-Marie Pelt et Jean-Pierre Cuny. Les extraordinaires et véridiques tribulations des plantes racontées grâce a la complicité d’un homme de science et d’un autre de la rue, et tendant à montrer qu’elles ressemblent étrangement aux tribulations des hommes !
  • Film Pollen, du label Disney Nature, une valse sensuelle entre abeilles et fleurs. Pollen est  une histoire d’amour entre les fleurs et la faune mais aussi un cri d’alarme sur la disparition des abeilles.

La pomme originelle

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Posté par fabrice
 

- 165 millions d’années

Pomme d’avant !

 

Si le chien est le meilleur ami de l’homme, la pomme est peut-être sa meilleure compagne, lui donnant l’envie de croquer la vie à pleines dents. Et cela depuis la nuit des temps.

Du fruit défendu à la pomme « descensionnelle », pour ne pas dire sensationnelle de Newton, de la pomme empoisonnée de Blanche Neige à la pomme d’amour qui enchante les petits et les grands, des allures de grosse pomme de la plus célèbre des Villes Monde, New York, au visionnaire « think different » d’Apple, la pomme est devenue au fil de l’histoire autant un fruit aux multiples saveurs qu’un symbole de séduction, de luxure ou de sortilège. Croquons ici le portrait de jeunesse de ce fruit exquis.

La pomme du jardin d’Eden

Nous sommes dans les Montagnes de Tian Shan, littéralement « montagnes célestes », aux confins de la Chine et du Kazakhstan, là où les arbres aujourd’hui tentent de toucher le ciel du haut de leur 30 mètres ; là où les arbres ploient sous le poids des fruits ; là où, ils doivent braver des amplitudes de températures de près de 80° C, de + 40°c l’été à -40 °C, l’hiver. Mais surtout là, où ces arbres gigantesques constituent une forêt entière ou presque de pommiers ! Pommiers sauvages aux qualités bien supérieures à nos pommes domestiques.

C’est donc là, dans ces montagnes, au pied des neiges éternelles, que les tout premiers pommiers sauvages auraient fait leur apparition, il y a 165 millions d’années à l’époque des dinosaures. Ils sont le fruit des bouleversements géologiques importants qui donneront naissance à la chaîne de l’Himalaya.

La voilà donc la pomme originelle. Elle porte le nom de Malus sieversii (1). Elle a beaucoup d’atouts : elle a su développer, du moins certaines d’entres elles, des résistances exceptionnelles aux maladies et, en particulier au fléau numéro un du pommier : la tavelure. Mais surtout, elle sait flatter le regard et les papilles.

Les ours alléchés par la saveur de la pomme !

Toutes ces qualités exceptionnelles dont elle a le secret, c’est en partie aux ours végétariens du Tian Shan qu’elle les doit. Gourmands, ces ours se seraient nourris, il y a bien longtemps, des fruits les plus gros et les plus sucrés. Gourmands, au point qu’ils peuvent dévaliser un arbre entier en une journée.

Gourmands mais reconnaissant. Les ours auraient alors, en échange de leur félicité, dispersés, via leur déjection, les graines à travers la montagne. Ils auraient ainsi, sans le vouloir, participé à la sélection naturelle pour favoriser les pommes qui avaient leur préférence. Les plus savoureuses, aux arômes de framboise ou de banane mais aussi les plus résistantes. L’ours du Tian Shan serait ainsi le tout premier sélectionneur de pommes sucrées !

Ces succulentes pommes ont ensuite traversé les années et les contrées. Il y a 30 000 ans, les tout premiers nomades, chassés vers l’ouest par les dernières grandes glaciations, les emmèneront dans leur paquetage. Puis, les Sumériens, il y a 7000 ans, en inventant le principe de la greffe, vont franchir une étape dans la domestication des plantes. Innovation majeure qui permet à l’homme pour la toute première fois de prendre part à l’élaboration de la nature en créant ses propres variétés. la pomme deviendra ainsi la reine des vergers !

Les romains vont tomber dans les pommes

De la Mésopotamie, la pomme envahira Rome, puis l’Empire, profitant des conquêtes et des migrations des populations. Devenue, moins sauvage, elle va perdre peu à peu sa richesse gustative d’antan et  sa résistance.

Pour la petite histoire, la toute première pomme célèbre est la fameuse pomme d’Api. On doit son nom à Appius Claudius Caecus (IV/III siècle avant J.C.), homme d’état et écrivain mais aussi cultivateur, on pourrait presque dire « api-culteur ». Depuis, le pommier est devenu l’arbre fruitier le plus cultivé au monde et la pomme le 3ème fruit le plus consommé au monde.

Aujourd’hui, parmi les plus de 20 000 variétés dont environ 6000 parfaitement identifiées, toutes issues de ce jardin d’Eden, 5000 variétés sont menacées de disparition. Car sur nos étalages, seule une petite poignée -golden, smith, granny, clocharde ou reinette-, trouve grâce à nos yeux.

Les pommes du paradis

La "malus sieversii", l'ancêtre de la pomme moderne

 Mais la pomme originelle n’a pas dit son dernier mot. Grâce aux récentes analyses, on sait que ces pommes primitives, qui ont développé au fil de l’évolution des protections naturelles, résistent mieux aux maladies du pommier et aux champignons. Par hybridation naturelle, les biologistes envisagent de recréer une variété de pommes qui allierait les qualités exceptionnelles de la pomme Kazakh, résistances naturelles, saveurs remarquables, richesse en vitamines et antioxydants, aux impératifs marketing…mais sans les 35 pesticides actuellement présents en moyenne !

Bref, une alliance parfaite qui donne un petit goût de paradis.

 

 


Une persévérance qui porte ses fruits

Tout commence en 1929, grâce à un biologiste soviétique Nikolaï Vavilov qui découvre ces fameuses pommes et qui émet déjà l’hypothèse de la pomme ancestrale. Hélas, Vavilov mourra en prison. 

Un agronome kazakh, Aymak Djangaliev, devenu par la suite académicien, reprend le flambeau en 1945. Il en fera l’œuvre de sa  vie. Ce visionnaire a recensé, cartographié, étudié sous tous leurs angles ces pommiers majestueux et très surprenants pour des arbres fruitiers.

Il va se heurter à l’hostilité de Staline qui ne voulait pas entendre parler des progrès de la génétique moderne. Grâce à l’obstination de Djangaliev, depuis 2002, l’arbre généalogique de la pomme est établie.

Désormais, le projet d’Aymak Djangaliev semble porter ses fruits et il nourrit l’espoir d’un verger sans pesticide, grâce à  Malus sieversii


Si le monde est un verger, Apple en est un peu le jardinier…

 « Trois pommes ont changé le monde : celle qu’a mangée Eve, celle qui est tombée sur la tête de Newton et celle que Steve Jobs a construite. »  Jean-Noël Jeanneney introduit ainsi – en faisant référence à un twitt envoyé par un inconnu à l’annonce de la mort de Steve Jobs, le co-fondateur d’Apple – son émission sur France-Culture consacrée au fruit défendu : de la pomme d’Adam à la pomme d’Apple…

Si Eve a été tentée par la pomme, les « Adams et Eves » d’aujourd’hui ne sont-ils pas tentés par les fruits de la technologie !  Apple étant sans aucun doute leur icône, retraçons ici, grâce à quelques extraits de pubs, le parcours de cette aventure emblématique.

  • 1977 : Apple lance l’Apple II qui deviendra le mythe des geeks de l’époque. Une publicité plutôt frugale;

  • 1984 : Apple lance son Macintosh de manière fracassante avec cette pub réalisée par Ridley Scott à l’occasion du Superbowl, la grand-messe télévisuelle américaine

  • 1997 : l’année de l’apparition  du célèbre slogan « think different ». La publicité rend hommage aux grands génies qui, selon la marque, doivent leur succès au fait d’avoir osé penser différemment

  • 1999 :  le monde se prépare au bug de l’an 2000. Apple reprend à son compte Hal, le robot de « 2001 l’Odyssée de l’espace » pour vanter la fiabilité de ses ordinateurs.

  • 2001 : En lançant l’Ipod qui pouvait contenir jusqu’à 1000 chansons, Apple va toucher le Jackpot et révolutionner la manière d’écouter la musique. C’est aussi le début d’une success story Ipod, Iphone, Ipad…

  • 2007 : Apple s’apprête à promouvoir l’iPhone : pour cela il met les petits plats dans l’écran à l’occasion de la soirée de remise des Oscars ! 

Alors, si le monde est un verger et qu’Apple en est aussi un peu le jardinier…il en récolte aussi les fruits !

 


1 – Espèce principale dont descend le pommier domestique, il n’est pas exclu que d’autres variétés de pommiers sauvages ayant d’autres origines notamment européenne soient antérieurs. 


A visionner pour mieux comprendre :

« Aux origines de la pomme… » un film documentaire réalisé par Catherine Peix (43 mn) diffusé sur Arte.


A lire par curiosité :

  • Le mythe du péché originel : Une légende substituée
    Le mythe du péché originel s’inscrit dans une représentation universelle des origines. Au commencement était la perfection qu’un accident vint brutalement remettre en question. Depuis lors, l’homme n’a eu de cesse que de retrouver le paradis perdu. La pensée judéo-chrétienne désigne sous le terme de péché originel la faute commise par Adam et Eve et dont tout être humain est coupable en naissant. Cependant, le sens véritable du récit a été occulté. Les traductions de la Bible que nous connaissons sont inexactes ou incomplètes, l’Eglise ayant favorisé la propagation du mythe pour asseoir son autorité. Une exégèse des textes d’origine permet ici de comprendre comment le mythe a été fabriqué et comment il s’est ensuite répandu, cautionnant ainsi de nombreux comportements aberrants qui, aujourd’hui encore, entravent la liberté des individus. Cet essai, riche en citations, va à l’encontre des idées reçues et propose une interprétation encourageante : l’acte d’Adam doit être perçu comme une transgression libératrice qui montre à l’homme la voie de la désaliénation et lui permet d’accéder au stade de la conscience. L’être humain n’est donc plus une créature soumise mais bien le partenaire du Créateur. Il lui appartient de continuer l’œuvre commencée par Dieu.

 

  • Les Pommes de Newton
    1666. Newton a 23 ans. Chassé de l’Université par la peste, il est revenu s’installer dans la petite propriété familiale de Woolsthorpe. La journée s’achève. La Lune vient juste de se lever quand une pomme tombe. Il les regarde l’une et l’autre et ces deux curieuses questions lui viennent à l’esprit :
    - Pourquoi cette pomme qui tombe ne tourne-t-elle pas autour de la Terre comme la Lune ?
    - Pourquoi cette Lune qui se lève ne tombe-t-elle pas sur Terre comme la pomme ?
    À l’encontre d’une croyance millénaire, il se demande pourquoi les mêmes lois ne pourraient pas régir à la fois le Ciel et la Terre…

 

  • Inside Apple – Dans les coulisses de l’entreprise la plus secrète au monde
    Journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies, Adam Lashinsky a enquêté pendant de long mois sur Apple et raconte dans cet ouvrage très documenté quelques-uns des secrets les mieux gardés de la firme à la pomme en matière d’innovation, de marketing, de communication, de management et de lobbying.
    Il revient sur l’histoire de la compagnie et s’attarde sur la personnalité de Steve Jobs et la façon dont celui-ci a façonné l’entreprise. il offre également de nombreux éclairages sur les pièges qui attendent Apple aujourd’hui que son charismatique fondateur a disparu…