dimanche, 24 octobre 2021

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Du Big bang au Soleil

Les toutes premières lueurs d’étoiles

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180 millions d’années après le Big-Bang

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Star is born

Les toutes premières étoiles sont apparues peu de temps après le Big Bang. Plus massives que la majorité des étoiles des générations suivantes, elles auront aussi une durée de vie sensiblement plus courte. Ont-elles cotoyé des planètes déjà habitables comme le suggère une théorie audacieuse publiée début 2014 ?

Sans elles où Arthur Rimbaud aurait-il trouvé refuge à ses visions hallucinatoires, comment le Petit Prince aurait-il pu faire rire son ami ?

Elles, se sont les étoiles. Les étoiles, quand elles apparaissent, l’univers est encore tout jeune, un peu plus d’une centaine de millions d’années, peut être moins comme l’indiquent les dernières observations.

Des premières étoiles massives et éphémères

A cette époque, l’univers est alors composé essentiellement d’un gaz dense d’hydrogène et d’hélium.

Image d’artiste / Nasa

Les toutes premières étoiles ont émergé  à partir de ce gaz primordial qui se condense sous l’effet de la gravitation et allume, çà et là, les toutes premières étoiles de l’univers.

L’allumage de ces premières étoiles a dû avoir lieu 180 millions d’années après le Big Bang, c’est du moins ce qui ressort d’une étude d’astrophysiciens américains publiée en 2018 (4).

Ces chercheurs ont obtenu ce résultat en observant la « distorsion » dans le fond diffus cosmologique provoquée par le télescopage de la lumière ultraviolette produite par ces premières étoiles et les atomes d’hydrogène.

Surcharge pondérale pour les premières étoiles ?

Cette première génération d’étoiles a produit des astres très massifs.   Des géantes bleues, plus de 100 fois plus massifs que notre Soleil.

Compte tenu de leur composition et de cette masse importante, leur durée de vie est, en général, courte, très courte. 3 ou 4 millions d’années, guère plus, contre près de 10 milliards d’années pour le Soleil !

Les réactions de fusion en leur cœur ont créé les premiers éléments lourds qui, ensuite, vont être dispersés au moment de la mort de ces premières étoiles. Eléments qui seront réutilisés et enrichis par la génération d’étoiles suivantes.

250 millions d’années après le Big Bang,  la première génération d’étoiles aura tiré sa révérence(4) en ayant amorcé la fabrication des briques élémentaires constituant bien plus tard les êtres vivants.

Bientôt une nouvelle génération d’étoiles

Quoi qu’il en soit, elles brillent, ces premières étoiles et elles vont bientôt engendrer une nouvelle génération d’étoiles, dite de type 2, plus riche en éléments lourds et en métaux. Avec à la clé, potentiellement des planètes telluriques (2) semblables à la Terre (voir encart ci-dessous).

Mais cela est une autre histoire !

Mis à jour le 04 mars 2018


Elles vont nous faire tourner la tête…

Une étude publiée en mai 2011 vient de démontrer que les premières étoiles tournaient vite, très vite; 250 fois plus vite que notre soleil. Cette vitesse de rotation élevée a favorisé la « fabrication » d’éléments lourds comme le strontium et l’ yttrium.

Autre découverte, issue cette fois du nouveau télescope spatial Herschel :  les étoiles en gestation nichent au sein de filaments de matière qui se forment dans les nuages interstellaires. Curieusement, ces filaments présentent tous la même largeur : 0,3 année-lumière. Cette régularité provient de la vitesse des turbulences qui animent ces filaments, vitesse qui correspond à la vitesse du son (700 km/h) dans ces nuages.

Autrement dit, au sein de nuages interstellaires, des turbulences se créent qui s’organisent en filaments qui, eux-mêmes, vont engendrer les étoiles. Ainsi, pour la première fois, grâce au télescope Herschel, les pouponnières d’étoiles commencent à se laisser observer et à livrer leurs secrets.


Des planètes habitables avant même les premières étoiles ?

Et si quelques millions d’années seulement après le Big Bang l’Univers était déjà peuplé de planètes habitables, voire habitées  ?

C’est à dire, 10 milliards d’années plus tôt que les premiers pas de la vie sur Terre ! Comment est-ce possible ?

15 millions d’années après le Big Bang  – qui, rappelons-le remonte à 13 milliards 820 millions d’années – la température ambiante du jeune univers était de 30° C. Une douceur digne de nos paradis tropicaux.

Il faut dire que l’on revient de loin. Au moment du Big Bang, la température ambiante était, selon les calculs, de 100 000 milliards de milliards de milliards de degrés (3). Une température qui défie l’imagination.

Il donc sensé de dire que l’univers s’est refroidi assez rapidement et qu’à une période de ce refroidissement, la température ambiante était somme tout agréable.

Aujourd’hui, cette température, issue du rayonnement cosmologique originelle, n’est plus que de – 270 ° C (3°k), ce qui n’est pas la même chose !

6a00d8341bf7f753ef01901b6113b1970b-500wiDonc, durant la toute première jeunesse de l’Univers, selon la théorie défendue par Abraham Loeb, cosmologue à Harvard (1), l’Univers aurait connu une période habitable durant au moins quelques millions d’années.

« Des planètes rocheuses plongées dans ce bain pouvaient posséder de l’eau liquide où qu’elles se trouvent dans l’Univers, même loin de toute étoile » explique Loeb.

Et qui dit eau liquide + température douce, permet d’entrevoir une chimie de la vie à l’oeuvre .

Abraham Loeb va plus loin. Il estime qu’une forme de vie complexe aurait pu voir le jour au cours du tout premier milliard d’années d’existence de l’Univers (2).

Cette vie se serait développée au sein de planètes telluriques semblables à la Terre. Ces planètes auraient été nourries de matériaux lourds, riches en métaux issus de l’explosion des toutes premières étoiles dont la vie était très brève (3 millions d’années en moyenne).

Bref, une hypothèse totalement révolutionnaire et iconoclaste de nature à bouleverser l’histoire de l’Univers et celle de la Vie !


1 – Abraham (Avi) Loeb, professeur au département d’astronomie de Harward et membre de l’Académie des arts et des sciences américaine.
2 – Publication proposée à la revue Astropbiology en décembre 2013
3 – Le mystère du satellite Planck – Igor et Grichka Bogdanov – Ed. Eyrolles – juin 2013
4 - Etude publiée dans « Nature » le 2 mars 2018 par une équipe de l’Université d’Arizona dirigée par Judd Bowman.  


A découvrir pour mieux comprendre :

Réalisation : Jean-Christophe Monferran
Montage : Michel Castre
Crédit images : Institut d’Astrophysique de Paris (CNRS)
© CSI


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Un dossier SagaScience du CNRS : Big Bang, des origines de l’Univers aux origines de la vie.
  • L’incroyable défi : recréer le « Big-Bang » ! C’est l’objectif du « grand collisionneur d’hadrons » (LHC).
  • Vie et mort des étoiles Entrez, avec ce livre, dans un monde fascinant où l’on apprend, entre autres, que la matière dont nous sommes faits est directement liée au destin des étoiles !
  • La plus belle histoire du monde : les secrets de nos origines, par Hubert Reeves, Yves Coppens, Joël de Rosnay et Dominique Simmonet.
  • Simulation de la création des étoiles et des galaxies, (La science enquête, Cité des Sciences et de l’Industrie). Comment l’Univers a-t-il évolué depuis le Big Bang ? Où nous trouvons-nous dans cette immensité spatiale ? Quelques éléments de réponse…
  • Poussières d’étoiles Grand maître dans l’art d’expliquer simplement des choses difficiles, Hubert Reeves a donné de nombreux livres de vulgarisation. Celui-là est sans doute le plus accessible, ne serait-ce que parce qu’il est très illustré. On y voit bien sûr des étoiles et des galaxies, mais aussi des foetus humains, des fleurs et des insectes. La vision universelle de Reeves, en effet, ne se limite pas aux équations de la physique. Elle donne toute sa signification à la grande idée qui émerge de la cosmologie contemporaine : l’unicité de la matière fait que le moindre de nos atomes a, un jour, été créé au sein d’une étoile, et qu’il y retournera un jour.

1er coup d’accélérateur de l’expansion cosmique

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- 7 milliards d’années

Crise de croissance

Avant la naissance du Système Solaire, l’Univers a donné un sérieux coup d’accélérateur à son expansion. Pourtant la tendance était à la baisse depuis plusieurs milliards d’années. En cause, une énergie dite noire, c’est-à-dire encore inconnue, qui compense les effets de la gravitation. En dehors de la période supposée inflationnaire juste après le Big-Bang, c’est la toute première crise de croissance de l’Univers devenu adulte. Croissance mais jusqu’où et pourquoi ?

Il y a 7 milliards d’années environ (certains l’estiment à 5 ou 6 milliards d’années), l’expansion de l’univers s’est mise à accélérer. Pour la toute première fois, ou presque (voir encart), le cosmos appuie sur le champignon !

Ce phénomène a été détecté pour la toute première fois, en 1998, lors de l’étude d’une supernova et confirmé 3 ans plus tard. Cette accélération n’est évidemment pas sans conséquence sur le destin de l’univers et notre propre histoire.

Durant la première moitié de vie de l’univers (1), l’expansion a été freinée par la gravité, c’est-à-dire la matière qui constitue les galaxies, les étoiles et les planètes. Sauf, pendant une très courte période qui a eu lieu dans les tout premiers instant de l’univers, période encore hypothétique que les scientifiques nomment « période d’inflation » ; ( voir encart).

Pourquoi diable, l’univers s’est-il mis subitement à enfler ?

On le sait, la force gravitationnelle agit comme un aimant vis-à-vis des objets constitués de matière. Il a fallu donc une autre force pour contrecarrer cette action. Une force qui, cette fois, n’attire pas mais repousse. Autrement dit, une force répulsive.

D’où provient cette force répulsive ? Si on en constate ces effets, en revanche les scientifiques ignorent tout de la composition de cette force qui contrecarre la gravitation. D’où son nom : l’énergie sombre ou encore énergie noire. On pense simplement qu’il s’agirait d’une énergie du vide et qu’elle agit de manière uniforme dans l’univers.

En cela, elle ressemble comme deux gouttes d’eau à la Constante cosmologique évoquée en son temps par le grand Albert, En 1917, Albert Einstein écrivit à propos de la Constante Cosmologique qu’il avait introduit dans ses équations :  » il convient de souligner, toutefois, que la constante cosmologique ne s’avère nécessaire que dans le seul but de rendre possible une distribution quasi statique de la matière, comme l’exige le fait des faibles vitesses des étoiles ».

Cette constante a donc été intégrée de manière arbitraire par Einstein pour rendre l’Univers statique, immuable et éternel ; en accord avec ses propres convictions.et conforme à l’image que l’on s’en faisait à l’époque.

Cette constante reprend donc aujourd’hui du service. Car si elle peut rendre l’univers statique, en modifiant sa valeur, elle permet d’expliquer aujourd’hui l’accélération cosmique constatée.

La valeur de cette constante, bien que non nulle, est cependant infinitésimale. Elle affiche une valeur non nulle, au bout d’un défilé de 119 zéros après la virgule. Si on devait tomber par hasard sur cette valeur, on aurait une chance sur un milliard de milliard de milliard de milliard de milliard de milliard de milliard de milliard de milliard de milliard de milliard de milliard de milliard (2).

Une broutille qui change tout. Surtout, que légèrement différente et rien n’aurait été pareil. Le taux d’expansion, juste après le Big Bang, aurait été un milliardième plus lent ou plus rapide et l’univers se serait recroquevillé ou dispersé.

Mais revenons à cette énergie sombre. Si elle existe, pourquoi est-elle restée inopérante durant les premiers âges de l’univers ? Il est probable que cette force répulsive, anti-gravitationnelle, était là dès l’origine de l’univers mais d’une manière masquée. Elle se serait manifestée dès lors que l’univers a acquis une certaine taille.

Et maintenant que va-t-il se passer ?

Pour dessiner l’avenir de l’Univers, il y a un autre facteur à prendre en compte : il s’agit de la quantité totale de matière. Si celle-ci dépasse un seuil critique, alors arrivera un moment où la matière, via la gravité, prendra le pas sur la force répulsive.

Big Crunch ou expansion à l'infini, scénario de l'Univers

Dans cette hypothèse, nous irions tout droit (mais dans des milliards d’années) vers un big crunch, c’est-à-dire le Big bang à l’envers. Dans le cas contraire, l’univers poursuivra à l’infini son expansion jusqu’à une mort douce mais certaine.

Le problème est que, à l’instar de l’énergie noire, seule 10 % de la matière nous est connue. Le reste fait défaut à nos observations. C’est la matière sombre. La Voie Lactée, notre galaxie, contiendrait au moins 7 à 8 fois plus de manière sombre que de matière ordinaire que constituent les planètes, les étoiles, bref toutes les particules de matières dites baryoniques, c’est-à-dire qui composent notre monde réel.

Actuellement, il y a une majorité de scientifiques à estimer que la totalité de matière est inférieure à la densité critique. Le Big crunch est donc peu probable mais pas totalement exclu.

Energie sombre, matière noire, nous sommes, hélas, toujours et encore dans le noir pour expliquer le comportement de l’univers et son devenir. Une seule certitude, l’univers est pleine crise de croissance !


L’Inflation : un coup d’accélérateur bref et salvateur !

L'expansion de l'universL’univers n’est pas en accélération pour la toute première fois. Non, le premier coup d’accélérateur d’expansion aurait été donné, – selon une théorie partagée par la majorité des scientifiques et quasiment confirmé par les révélations du satellite Planck -,  quelques instants après le Big Bang, il y a 13 milliards 820 millions d’années.  C’est la théorie de l’inflation, proposée déjà en 1980 par Alan Gruth.

Cette inflation débute 10 puissance – 35 seconde après le Big Bang et dure un instant infinitésimal. Elle permet d’expliquer pourquoi l’univers est homogène.

Peut-être déclenchée par l’inflaton (dont on ignore tout), l’univers connait alors une expansion très brève et extraordinairement brutale. On a coutume de dire que l’univers aurait plus grandit entre sa naissance et cette phase d’inflation (qui le porte aux dimensions d’une orange)  qu’ après !

Pour ce faire une idée, un espace de la taille d’un petit pois deviendrait plus vaste que l’Univers observable, en un temps si court qu’un simple battement de cils durerait une éternité, un million de milliards de milliards de milliards de fois plus longtemps (3).

Avec cette inflation et son bras armé l’inflaton, on assiste aux toutes premières manifestations de la force répulsive. L’inflaton, s’il est confirmé, serait aussi à la source de tout ce qui apparu ensuite dans le cosmos (4).

Ce fut, pour le coup,  un sacré coup d’accélérateur aussi éphémère que fécond !

 


La face sombre de l’énergie

On l’a compris l’énergie sombre ou encore appelée noire a été introduite pour expliquer l’expansion cosmique. Elle représente, selon les résultats du satellite Planck, 68.3% de l’ensemble du contenu de l’Univers. Le reste est composé de 26,8 % de matière noire et de 4,9 % de matière visible. Autrement dit, plus de 95 % de l’univers restent inconnus.

Mais a quoi pourrait ressembler cette énergie sombre ?

Actuellement plusieurs hypothèses circulent : la quintessence, une sorte de fluide qui remplirait tout l’espace sans qu’on n’ait pu le détecter, une quatrième dimension qui renfermerait cette énergie, un espace-temps dit « spinoriel », les effets d’univers gémellaires et bien d’autres théories.

 


1 – Il y a 11 milliards d’années ont la preuve que l’expansion de l’univers s’est mise à décélérer pour de nouveau s’accroitre 3 ou 4 milliards d’années plus tard comme l’explique ce sujet.
2- Le mystère du satellite Planck – Igor et Grichka Bogdanov – Ed. Eyrolles - Juin 2013 – P. 136
3 - « La réalité cachée » – Brian Greene – Ed. Robert Laffont – P. 83;
4 - Science & Avenir – N° 794 – Avril 2013 -  Dossier Cosmologie – Première image de l’Univers;  


A visionner pour mieux comprendre :

 

    • L’expansion de l’univers est-elle infinie, un documentaire d’Arte

les toutes premières galaxies

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- 13 milliards 300 millions d’années (environ)

illustrationdelaformation_resize1La renaissance cosmique

La petite enfance de l’univers est plutôt sombre ; après les fracas du Big Bang, durant au moins la première centaine de millions d’années, pas une lueur à l’horizon. Aucune étoile, aucune planète n’a investie le firmament. C’est l’âge sombre de l’univers.

Celui-ci a débuté au moment où l’univers a émis ses premiers rayonnements, 380 000 ans après le Big Bang. Sortant d’un plasma extrêmement chaud et dense, il est devenu à cet instant enfin transparent. Autrement dit observable. Transparent, oui mais d’une composition (matière noire, énergie et gaz neutre) qui n’a rien de tendance, d’autant que les sunlights que sont les étoiles ne font pas encore partie du paysage.

Flambées d’étoiles réchauffent la longue nuit de l’univers

Malicieux comme un enfant, l’univers fait ses coups en douce; il prépare son entrée sous les sunlights. Grâce aux légères différences de densité de matière disséminée au sein du jeune univers (situation vérifiée par le satellite américain Cobe), la matière commence à s’agréger. Par endroits, elle forme des grumeaux. Peu à peu, se mettent en place des structures de matières : là, en filament, ici sous forme d’amas ou de feuillets. Le look de cet univers adolescent est à peu près celui d’une éponge.

Âgé d’à peine  deux cents millions d’années, l’univers découvre la boite d’allumette qui va allumer le feu. Il s’agit en fait de gigantesques nuages d’hydrogènes. Ceux-ci rassemblent l’équivalent de plusieurs centaines de milliers de soleils qui vont s’effondrer sur eux mêmes. Pour la première fois le ciel s’embrase réellement et connaît une flambée d’étoiles [1] [3]. Cela marque le fin de l’âge sombre et le début de ce que les scientifiques appellent « la renaissance cosmique ».

Hélas, l’univers n’a pas acquis l’expérience nécessaire et ses premières étoiles avides d’éclats brûleront comme un feu de paille. Après un parcours éphémère, elles exploseront comme le font les stars du ciel, en supernovæ.

Génération sacrifiée ? Peut-être, mais pas en vain. En explosant, ces supernovæ vont répandre dans l’univers les premiers éléments lourds (la série des atomes, du carbone jusqu’au fer dont nous sommes d’ailleurs constitués) fabriqués dans leur cœur. Se nourrissant de ces noyaux lourds, la seconde génération d’étoiles aura une espérance de vie plus longue. L’important n’est pas tant l’éclat que la durée.

Tops modèles pour divas du ciel

L’univers vient de fêter son demi milliard d’années d’existence et se prépare à devenir adulte. C’est probablement à cette époque que les toutes premières galaxies apparaissent; entre 13.3 et 12.9 milliards d’années, selon les observations, peut-être même avant. En fait, il y a encore beaucoup d’inconnus et on ne sait pas exactement, qui des étoiles ou des galaxies sont apparus les premiers, comme on le verra plus loin.

En effet,  les modèles des scientifiques divergent. L’observation devient délicate à ces distances extrêmes et ne corroborent pas toujours les modèles théoriques, ni sur l’âge, ni sur le scénario. De manière synthétique, deux scénarii cohabitent : soit les premières galaxies ou proto-galaxies étaient petites et par collision entre-elles ont grossi (modèle dit hiérarchique), soit, d’emblée, l’univers a créée des galaxies massives.

Pour corser l’affaire, les observations qui permettraient de départager ces options reposent également sur deux techniques différentes : la spectroscopie et la photométrie [1]. Aujourd’hui, la photométrie, mesure la plus précise, fournit 3 ou 4 galaxies candidates autour de 700 millions d’années après le Big Bang. L’autre méthode avait cru déceler la plus ancienne galaxie, 480 millions d’années après le Big Bang. Cet âge a ensuite dû être légèrement réévalué.

Crise de croissance

Actuellement, c’est le premier modèle qui tient la corde, celui dit de croissance hiérarchique. Selon cette théorie, les toutes premières galaxies avaient probablement beaucoup moins d’embonpoint que celles d’aujourd’hui. Tout indique qu’elles étaient jusqu’à 1000 fois moins massives que les galaxies actuelles et d’une dimension, au moins dix fois inférieur. En outre, elles connaissaient une promiscuité aujourd’hui oubliée. Normal, l’univers était aussi plus petit.

Ces premières galaxies n’étaient pas nécessairement porteuses d’étoiles mais pouvaient contenir uniquement des nuages de gaz . Leur principale « activité » était le cannibalisme. Autrement dit, elles absorbaient leur consœur. Ces collisions provoquaient des frictions entre les différents nuages de gaz qui déstabilisaient leur équilibre provoquant un effondrement local. C’est ainsi que s’allumaient presque simultanément des paquets d’étoiles.

La suite, on la connaît. Les galaxies avaient gros appétit. D’absorption en digestion, elles ont fini par ouvrir la voie aux galaxies de la taille de la Voie Lactée, avec leurs attributs –comme les bras spiraux – dont elles étaient, les pauvres, démunies au départ.

Mais cette jeunesse galactique n’avait-elle pas les yeux plus gros que le ventre ? C’est toute la question. Car actuellement, ce modèle bute sur la capacité de « cannibalisme » de ces galaxies sur une durée très courte. En effet, pour être conforme au résultat actuel, il aurait fallut que des dizaines de milliers (peut-être 100 000) de protogalaxies se mélangent sur un laps de temps très court. D’où, le second scénario qui lui plaide en faveur de la formation de grosses galaxies, dès le départ.

Quoi qu’il en soit, quelle époque merveilleuse où l’Histoire se racontait et s’écrivait autour d’une bonne flambée d’étoiles …

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Cette illustration et celle en haut de l’article correspondent à une simulation numérique de formation des grandes structures. De gauche à droite, chaque image correspond à un agrandissement d’un facteur 4 par rapport à l’image précédente. En haut, la couleur correspond à la densité de gaz au sein de galaxies. Dans cette image (bas de l’article), il s’agit des étoiles des mêmes régions, bleues pour les jeunes et rouges pour les plus vieilles. Source CEA/SAP

1 – A la question, qui est arrivé en premier, les étoiles ou les galaxies ? Actuellement pas de réponse tranchée. Le satellite Herschel, lançé le 14 mai 2009, doté d’un télescope de 3.5 mètres de diamètre devrait permettre d’apporter la réponse en scrutant le ciel lointain dans l’infrarouge, là où personne n’est jamais allé.

2- La spectroscopie consiste à étudier l’ensemble du spectre de rayonnement d’un objet céleste, ici une galaxie. Cela se traduit par des raies spectrales; le décalage spectral entre le spectre de la galaxie et un spectre de référence détermine sa distance; plus ce décalage est situé vers le rouge plus la galaxie est lointaine et s’éloigne de nous. La photométrie repose sur l’analyse quantitative d’une partie du rayonnement ; moins précise que la première approche mais plus rapide, elle nécessite une confirmation par la première méthode.
3 – Une étude de l’Université de L’Arizona conduite par Judd Bowman publiée en mars 2018, fixe à 180 millions d’années après le Big Bang la lumière des toutes premières étoiles.  


A voir, à lire et à visiter pour aller plus loin :

  • Les dossiers de La Recherche  – Mai 2009 Le Big Bang : révélations sur l’origine de l’Univers.
  • Le parc aus étoiles – Musée d’Astronomie à Triel-sur-Seine dans les Yvelines. La visite comprend la découverte du Parc aux Étoiles où l’Univers a été reconstitué, en relief et en couleur, l’histoire de l’aventure spatiale, de Spoutnik aux futures stations planétaires, ainsi que la grande lunette avec observation du soleil.
  • La vie mouvementée des galaxies Elles sont aux étoiles ce que les ruches sont aux abeilles… Les galaxies qui, par centaines de milliards, peuplent le cosmos ont aussi une histoire… Un Podcast en 3 épisodes avec Pierre-Alain Duc, astrophysicien chargé de recherche au CNRS, au Service d’Astrophysique du CEA à Saclay.
  • Mystères de la formation des Galaxies : Vers une nouvelle physique? de Françoise Combes, astronome à l’Observatoire de Paris, membre de l’Académie des sciences. Devrons-nous remettre en cause les lois de la gravitation, un des piliers de la physique, pour expliquer la naissance des galaxies ?
  • Chroniques des atomes et des galaxies Issus des chroniques hebdomadaires de Hubert Reeves sur France Culture, ces textes brefs constituent un véritable tour de force par la simplicité avec laquelle l’auteur présente notre compréhension du cosmos sans pour autant masquer la subtilité des notions évoquées : le Big Bang, la courbure de l’Univers, la matière et l’énergie  » sombres « , les univers parallèles, le principe anthropique, les trous noirs, etc. Une remarquable mise à jour des plus récentes découvertes de l’astrophysique et de la cosmologie.
  • Le Grand Atlas de l’Univers Voici le plus grand atlas de l’Univers jamais publié ! Il vous propose un voyage stupéfiant, mettant à portée de vos mains les objets célestes les plus proches comme les galaxies les plus éloignées.