vendredi, 15 décembre 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Miku : la toute première diva virtuelle…et sans caprice !

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Posté par fabrice
 

31 août 2007

 

La 1ère diva « chant pour chant » virtuelle !

Les Divas bien en chair, aux poumons et à l’ego surdéveloppés, ont-elles du souci à se faire face à une nouvelle race de stars, filiformes, au répertoire surdimensionné…et surtout à l’existence aussi virtuelle que collective ?  Hatsune Miku, l’égérie virtuelle japonaise qui remplit les stades, est-elle un prototype de ces nouvelles wiki-célébrités ?

 

Elle s’appelle donc Hatsune Miku. Son nom, en japonais, signifie « premier son du futur ». Elle est née le 31 août 2007. Dès sa naissance, elle mesurait 1.58 mètre, pesait 42 kilos et…était âgée de 16 ans ! !

Surtout à peine née, elle chantait déjà divinement, selon ses admirateurs. En effet, elle disposait d’un spectre vocal et un répertoire supérieur à n’importe quelle cantatrice ! Mais qui est-elle ?

La toute première égérie collective qui ouvre une nouvelle voie…

La toute première vocaloïd ou, si vous préférez, la toute première cantatrice numérique. Une diva du futur qui se produit sur les scènes du monde entier sous forme d’hologramme.

Ses « géniteurs » sont Yamaha et surtout Crypton Future Media. Yamaha a, dès 2003, développé un programme de synthèse vocale appliquée à la musique appelé Vocaloïd. La société Crypton Future Media, quant à elle, a mis au monde ou si vous préférez, mi sur le marché, un logiciel permettant de composer des chansons à partir de la voix de Hatsune Miku. C’était le 31 août 2007.

Mais le véritable coup de génie de Crypton fut d’associer à ce programme vocal une image issue de l’univers des mangas.

Résultat : une chanteuse à la silhouette filiforme, éclairée par d’immenses yeux verts que viennent encadrer deux couettes vertigineuses de cheveux bleu  « mer du sud » et qui s’habille en Louis Vuitton ! Ce qui ne l’empêche pas d’être lookée comme une lycéenne japonaise chic mais sexy avec une jupe plissée ultracourte.

Tout pour plaire à ses fans. Et ils sont nombreux.

La première cantatrice sans caprice ?

En moins de 6 ans, Miku est devenue un phénomène de société d’abord au Japon puis planétaire et collectif. Pour la toute première fois, une star de showbiz, pour ne pas dire une diva, est le résultat d’une création collective partagée.

Car Crypton Future Media a eu l’idée de créer ce personnage en « open source » (sous licence mais en libre accès, à condition de respecter certains codes de couleurs ou d’apparence physique).

Du coup, fans et artistes de tout poil et tout horizon se déchainent pour la faire vivre. Des milliers de fans s’emparent de chansons créées par d’autres pour les remixer ou en créer de nouvelles, les filles adeptes du cosplay (1) se déguisent comme Miku.

A partir de 2008,  le logiciel Miku Miku Dance permet de lui fabriquer à l’envie des clips. Résultat près d’un million de vidéos postées à ce jour et un répertoire de plus de 100 000 morceaux.
« Ce sont ses fans qui lui attribuent sa personnalité et son répertoire » explique Joffrey Collignon, l’animateur du site français vocaloid.fr.

Autrement dit, ce n’est plus la star qui impose ses caprices. Un retournement complet de tendances.

La toute première star internationale virtuelle

Succès et célébrité sont au rendez-vous. En 2010, une compilation de ses chansons les plus populaires la propulse en tête du hit-parade japonais. Et puis, tout s’enchaine : concerts et tournées.

Le 2 juillet 2011, a lieu son tout premier concert hors du Japon. Il est organisé au Nokia Theatre de Los Angeles, immense salle aux plus de 7 100 places. Pas de doute, la virtuelle Miku remplit réellement les stades en Asie et aux Etats-Unis où elle est souvent accompagnée de vrais musiciens. En France, elle fait sa toute première apparition mi-novembre 2013 au Théâtre du Chatelet. Bref, que de « premières » pour un être virtuel mais au succès bien réel.

Cela engendre un business où se mêlent talents, fans et professionnels comme des vidéastes, des graphistes, des coiffeurs, des costumiers. Un business qui se chiffre déjà en centaines de millions de dollars.

La toute première wiki-célébrité

Sans être la première ni la seule vocaloïd, la force de Miku est d’être la propriété de personne et d’avoir un jolis minois et d’être bien entouré…technologiquement parlant.

Miku est déjà entrée dans l’histoire (2). C’est du moins l’avis du professeur Ian Condry, professeur au MIT et spécialiste de la culture populaire japonaise. « Elle est la première Wiki-célébrité de l’histoire, une égérie créée collectivement et qui fonctionne pour la communauté de ses créateurs comme une sorte de média libre. Elle montre ce que le partage et le dialogue, dans un environnement ouvert et libre de mercantilisme, peuvent réaliser ».

Sans nul doute, elle annonce une nouvelle ère dans l’industrie de la musique où les pop-stars deviennent de vraies stars populaires : une créature du peuple et pour le peuple. Pour la toute première fois, les caprices changent de camp !


 « The end » : le premier opéra post-humain

miku opéra The end« The End » est premier opéra vocaloïd. Un spectacle qui utilise 7 projecteurs numériques, 7 ordinateurs et des dizaines d’ingénieurs (2).

Nous ne sommes pas dans le psychédélique mais plutôt dans une méditation métaphysique portée par une musique électronique.   Son auteur, le japonais Keiichiro Shibuya, a été bouleversé par la voix de Miku qu’il compare à celle d’un fantôme.

Cette voix lui fait revivre celle de sa femme, Maria, qui s’est suicidée l’année qui a suivi la « naissance » de Miku.  Ce n’est donc pas étonnant que la mort soit au cœur de cet opéra.

Toutefois, n’y a t-il pas un paradoxe à mettre en scène la mort en s’appuyant sur un être qui ne peut mourir sauf par un bug informatique ?

 

 


1 – Pratique, très courue au Japon, qui consiste à jouer le rôle de ses personnages préférés (héros de mangas, de films, de jeux vidéo…) en adoptant leur style vestimentaire, leur coiffure, leur maquillage…
2- Article Digital Diva – Obsession, Supplément du Nouvel Observateur – 14 novembre 2013 


A visionner pour tout comprendre :




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