vendredi, 28 juillet 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Les tout premiers pas de la finance…en terre inconnue !

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Posté par fabrice
 

27 octobre 1986

Le Bling-Bling Bang !

L’Univers a eu son Big Bang, la finance connaitra le sien, le 27 octobre 1986. Il donne le coup d’envoi à la finance moderne et à son cortège de démesures. Ce voyage de la finance en terre inconnue va déboucher sur toute une panoplie de produits financiers, dits exotiques de plus en plus éloignés de la sphère réelle qui aboutira à la crise de 2008. Aujourd’hui, les produits financiers représentent 6 fois (600 %) l’ensemble de l’économie réelle !

Si « l’auteur » du Big bang cosmologique nous reste inconnu, en revanche, la signature de l’acte de naissance de la finance moderne est bien identifié : Margaret Thatcher, Premier ministre ultralibéral du Royaume-Uni de 1979 à 1990.

Que s’est-il passé ce 27 octobre 1986 pour qu’on lui attribue le titre hautement symbolique de Big Bang ?

Fin de la vente à la criée…

Ce jour-là, et en seule journée, toutes les transactions des actions du marché londonien qui, jusqu’ici étaient réalisées de manière physique, - la fameuse salle des marchés à la criée -, sont remplacées par des transactions électroniques. Désormais, tout sera géré par des ordinateurs.

En réalité, ce 26 octobre s’inscrit dans un train de mesures de dérégulation, le Financial Services Act. Ces mesures sont conduites par l’administration de Margaret Thatcher durant l’année 1986 : possibilité pour une entreprise étrangère d’acquérir 100 % du capital d’une entreprise britannique, suppression des commissions fixes, cotation en continu, suppression du monopole des agents de change…

… et naissance des goldens boys

Ce Big bang marque le vrai début de la dérèglementation financière en mettant un terme aux pratiques en vigueur à la City depuis plus de deux siècles (1)

Les agents de change exclusifs et sociétés de placements boursiers sont désormais logés à la même enseigne. Pour la toute première fois, les banquiers traditionnels vont devoir s’effacer au profit des Golden boys. L’activité artisanale des courtiers, une sorte de monde à part, vivant en vase clos, se transforme en véritable industrie. Pour la toute première fois, l’argent devient un produit comme un autre.

Résultat : en vingt ans, le volume des transactions financières de Londres va augmenter de 1500 % ! Londres, en 2006 traitera 34 % du marché des changes et plus de 40 % des produits dérivés mondiaux (2).

La vertu de l’égoïsme !

Au-delà de cette mutation vers le monde virtuel, c’est un monde de « l’argent » totalement nouveau qui émerge. Il repose sur trois piliers.

En premier lieu, celui de la doctrine du fondamentalisme du marché. Il postule que les marchés assureraient de manière naturelle la meilleure répartition des richesses si l’Etat n’intervenait pas (3). En cela, il s’appuie sur une longue tradition anglo-saxonne : le concept de « vertu de l’égoïsme ».

Doctrine développée par le tout premier économiste moderne Adam Smith : « ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger qu’il faut espérer diner mais de leur propre intérêt » (4).

Le second pilier, c’est la mondialisation « moderne » qui entreprend ses tout premiers pas sur la scène internationale. Celle-ci se nourrit, dans le monde réel, des avancées sans précédent en matière d’intercommunication avec l’explosion des transports internationaux. Dans le monde virtuel, elle profite d’une évolution inouïe des télécommunications portée par les progrès de l’informatique et de l’émergence d’Internet.

Le troisième correspond au « mariage » entre le monde de la finance et celui des scientifiques ou plutôt des mathématiciens. Les flambeurs et les matheux ! Percée conceptuelle qui a pris ses racines dès 1900 avec les travaux de Louis Bachelier (5). Elle connaît son heure de gloire avec le trio Robert Milton, Fisher Black et Myrton Scholes. Leur « théorie de la finance », sera LA référence absolue dans le milieu des apprentis sorciers de la bourse.

Une martingale financière ?

Grâce à eux, et leur formule prédictive magique, tout type de produit financier peut se voir fixer un prix. LTCM, l’un des premiers Hedge Fonds à appliquer la recette, présentera des rendements astronomiques (40 % la première année) avant de faire faillite quelques années plus tard.

Le Big Bang de la finance est donc à la fois la conséquence d’une révolution technologique et conceptuelle et le déclencheur d’une révolution dans le financement de l’économie mondiale…qui enfantera, in fine,  la crise des Subprimes. Ou du moins, en sera un des facteurs aggravant.

Cette situation inédite contient en germe le principe de « shareholder’s value », la valeur pour l’actionnaire. Avec comme corollaire, la règle des 15 % de rendement. Autrement dit, une société cotée doit rapporter 15 % annuel de retour sur capitaux investis.

Fort de ce diktat, pour la première fois, le monde de l’entreprise ne raisonne plus sur le moyen ou le long terme mais presque exclusivement sur le court terme. L’illustration de cette nouvelle tendance est l’apparition des bilans trimestriels des entreprises venant compléter les bilans annuels.

Pour inciter les dirigeants des entreprises à être les bons élèves de cette politique du chiffre et de la création de valeur pour l’actionnaire, apparaissent dans les années 90, les stock-options(6).

La finance nous fait tourner la tête…

Alors si le capitalisme est aujourd’hui en crise, celle-ci a-t-elle été enfantée ce 26 octobre 1986 ?
Ce n’est probablement pas le seul facteur mais, sans ce 26 octobre 1986, le monde de la Finance tournerait autrement.

On sait désormais que les marchés livrés à eux-mêmes ne tendent pas à l’équilibre car l’histoire démontre (voir encart) que les marchés financiers ont toujours donné lieu à des crises financières, et cela depuis la nuit des temps. Le problème, selon l’économiste George Soros, c’est que le fonctionnement des autorités financières est encore plus imparfait que celui des marchés !

L’ennuyeux avec les Big Bang, c’est qu’on sait comment ça commence, mais on ne sait jamais comment cela finit !

 

 Publié le 23 septembre 2012

 2000 ans de tumultes financiers

  •  33 ap J.-C., toute première crise bancaire référencée qui se traduira par l’injection par l’Empereur Tibère d’un million de pièces d’or ;
  • Au moyen âge : invention des lettres de change simultanément en Europe, en dans le nord de la Chine;
  • 1637, lors de la crise des tulipes à Amsterdam, invention des techniques de Swap, principe de couverture en devises du commerce, précurseurs des produits dérivés;
  • 1792 : premier krach de Wall Street, les autres grandes crises financières : 1873, 1907, 1929, 1971, 2001, 2008;
  • 15 août 1971 : la convertibilité du Dollar en or est suspendu ; c’est la fin des changes fixes. Une toute nouvelle ère monétaire s’ouvre ;
  • 1933 : avec le Glass-Steagall Act,  Wall Street est sous contrôle poussant les banques américaines à se réfugier à Londres;
  • 1981 : première véritable opération de Swap entre IBM et la Banque moniale pilotée par Salomon Brothers ;
  • 27 octobre 1986 : Big Bang de la City de Londres marquant le véritable coup d’envoi de la dérégulation ;
  • 1993 : L’administration Clinton incite les banques à prêter aux ménages pauvres puis lance la Taxpayer Relief Act  favorisant fiscalement les placements immobiliers. C’est ici que prend racine la future crise des subprimes !
  • 1994 : création par Salomon Brothers du premier fonds à haut rendement sur des bases scientifiques : LTCM ; le monde de la Finance et des matheux s’associent ! LTCM fera faillite en 1998 ;
  • 1995 : création des CDS (credit default swaps) permettant, pour la première fois, à un organisme financier de se débarrasser  des risques de crédit ;
  • A partir de 1997, la technique du VAR (value at risk) permet d’évaluer tous les risques pris par une banque avec une certitude de 95 % ; cela va marquer le vrai début des produits financiers exotiques ;
  • 6 avril 1998 : première banque universelle, Citigroup, banque de dépôts et de banque d’affaires ;
  • 12 novembre 1999, le Glass-Steagall Act est définitivement enterré et remplacé par une loi ultralibérale ;
  • 2006 : la part des crédits destinés aux plus pauvres, les subprimes, représentent désormais 25 % des crédits immobiliers ; Au second semestre, le prix des transactions s’effondre : -10 % ;
  • 2 avril 2007 : faillite de la première banque victime des subprimes : New Century ;
  • 15 septembre 2008 : Lehman Brothers est déclarée en banqueroute marquant le vrai début de la crise des subprimes puis la crise de l’Euro.

1 – Live2times : Big Bang à la bourse de Londres 
2- « L’incroyable Histoire de Wall Street » – Jacques Gravereau & Jacques Trauman – Ed. Albin Michel
3- Le chaos financier mondial – George Soros – Ed. Presses de la Cité
4 – Citation de « La richesse des nations », écrit en 1776 par Adam Smith, professeur de Philosophie morale à Glasgow et célèbre économiste et auteur de la notion de « main invisible » du marché.
5 – « Théorie de la Spéculation » qui fournit les bases de la finance quantitative, travaux développés ensuite par Paul Samuelson qui aura le prix Nobel en 1970
6- Droit d’acheter à terme des actions de l’entreprise à un prix fixé au moment de l’attribution. En cas de baisse du cours, le bénéficiaire ne fait pas jouer ce droit et en cas de hausse, il engrange le bénéfice.


A visionner pour mieux comprendre :


Goldman Sachs La banque qui dirige le monde (1/2)par SCHOUM1


Pour aller plus loin :



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