mercredi, 20 septembre 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Les tout premiers bronzages

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Posté par fabrice
 

1925

bronzage-pano

L’exposition universelle

L’idée de se protéger du soleil serait venue sur la mer un jour de grand soleil : mais dit donc « Coco » tu es toute rouge !  A partir de là, le must deviendra une peau hâlée sans rougeur pour faire pâlir la grande bleue !

On raconte que tout a commencé sur le yacht du duc de Westminster par une journée ensoleillée.  spay_1024_resizemoittransparent Nous sommes à Cannes, en 1925. Ce jour-là, Coco Chanel découvre, pour la toute première fois, dit-on, les effets du soleil sur sa peau ! Dès lors, la mode du bronzage est dans l’air et un demi siècle plus tard, les bronzés feront du ski !

Mais comme bronzage et protection vont de paires, le véritable coup d’envoi de ce phénomène pigmentaire et planétaire aura lieu en 1927, grâce à Jean Patou et son huile de Chaldée : “la première huile solaire qui protège l’épiderme et atténue les coups de soleil”.

En proposant cette innovation à Gabrielle Chanel, Jean Patou n’imagine vraisemblablement pas à quel point cela révolutionner notre rapport au Soleil et libérer notre corps…de son carcan solaire! C’est un véritable coup d’arrêt à l’hégémonie de la pâleur qui règne sans partage –en occident mais également dans de nombreuses cultures- depuis au moins deux milles ans.

Ceci est mon corps

On pourrait penser que ce coup fatal porté au teint de porcelaine n’aurait d’influence que sur la mélanine et les coups de soleil. Peau de balle ! En contrôlant la couleur de la peau, c’est de la toute première prise de possession de notre corps dont il s’agit. C’est à la fois une révolution culturelle et un signe d’émancipation sans précédent, estime Pascal Ory, professeur d’histoire contemporaine à la Sorbonne [1].

Imaginez : pour la toute toute première fois dans l’histoire, il devient possible de s’exposer au soleil, sans limite ou presque ou du moins sous contrôle, non pas par obligation mais par choix. Donc pour son plaisir. L’idée de bronzage –qui va accompagner la notion de plaisir – va donc se répandre dans la société comme une crème…solaire sur l’épiderme. La libération des esprits et des corps est en marche…jusqu’à la dictature des corps bronzés des années 70-80.

Qu’il est long le chemin du « hâlage » !

Si Grecs et Romains cultivaient déjà leur corps et leur passion pour les bains, on est encore loin de parler de bains de soleil (les premiers thermes sont construits par Agrippa en 18 av J.-C.). D’autant qu’à cette époque  le teint clair est déjà de rigueur. Pour le blanchir, on utilise alors de la Céruse (pigment toxique à base de plomb, appelé aussi carbonate de plomp) ou de la craie tandis que les Egyptiens ont recours à des pommades à base d’albâtre et de lait d’ânesses .

Avec l’avènement de l’ère chrétienne, on assiste à un véritable culte de la blancheur, calquée sur l’image de l’Immaculée conception. Le corps féminin sera le porte-drapeau de cette image diaphane de la Vierge, et les références seront la fleur de lys et l’albâtre. Il n’empêche qu’à cette époque certains mouvements gnostiques pratiquent les premières formes de naturisme. C’est un autre sujet même si l’on peut associer ce mouvement à la pratique du bronzage et considérer qu’il en est le précurseur.

En résumé : par le passé la règle était d’éviter de s’exposer à tout prix. Y dérogeaient, ceux qui y étaient contraints : les paysans, les forçats, les soldats. De fait, la blancheur du visage était symbole de distinction. A la Renaissance, de nombreuses préparations permettaient de blanchir le teint. L’historienne Catherine Lanoé[2] dénombre pas moins de 15 manuels de cosmétiques entre 1541 et 1782. Hâle, taches de rousseurs, rougeurs, tout devait être dissimulé sous une couche qui deviendra du fard (à base de carbonate de plomp servant de piment blanc) à l’époque de Catherine de Médicis[2].

Pour l’aristocrate du XVIIIème siècle, vêtement et visage doivent être blanc ; on le distingue ainsi de loin et ce qui importe. Cela pousse les élites à se distinguer encore davantage et à amorcer un mouvement vers les vertus du naturel. Le maquillage devient plus discret. La révolution solaire est en marche.

Signes extérieurs de bien être

Signe avant coureur du phénomène de bronzage, des bains de lumière commencent à être recommandés à partir des années 1850. Ils visent à lutter contre la mélancolie ou la tuberculose. Les premiers hygiénistes militent pour une circulation de l’air et de la lumière. Par analogie entre l’état des villes, le plus souvent insalubres et les corps malades, ils vantent les bienfaits de l’héliothérapie et des cures d’altitudes.

Cependant, le soleil thérapeutique n’est qu’une transition vers le soleil plaisir. Gabrielle Chanel [2], comme on l’a vu, sera la toute première personne à prendre conscience des effets du bronzage et du plaisir qu’il peut procurer à condition de savoir le maîtriser. Notons qu’à l’époque le terme bronzage ne se rapportait qu’au moulage. Il signifiait recouvrir de bronze et n’était utilisé que dans sa forme transitive. Le Larousse le mentionnera dans sa nouvelle acception qu’en 1928.

Brunir de plaisir

En moins d’une dizaine d’années, on passe du bannissement de la peau hâlée à sa glorification. Le basculement n’est pas que pigmentaire. Il témoigne en réalité d’un profond changement structurel de la société.

La femme est au cœur de cette mutation sans précédent par son ampleur et par sa rapidité. Ses cheveux raccourcissent comme ses vêtements qui montrent ses jambes ; le corset est abandonné. En 1930, à l’occasion des premiers bains de soleil, le ventre se dévoile timidement.

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la première huile solaire qui protège l’épiderme et atténue les coups de soleil”

A travers la peau, c’est une toute nouvelle société qui pointe le bout de son nez. Une société dont les fondements seront les loisirs, le plaisir et la réalisation de soi. Les élites adoptent le sport, les voyages et prennent soin de leur santé. Cela se traduit pas une bonne mine. Celle-ci devient peu à peu le graal de ceux qui sont encore dans la mine et qui en sortent épisodiquement pendant les tout nouveaux congés payés.

Ce phénomène n’est pas uniquement occidental, car on le retrouve aussi chez les japonais par exemple. En revanche, les peuples à la peau mate se sentent, et pour cause, moins concernés.

Un mouvement va bénéficier à fond de la pratique du bronzage : le naturisme. Il faut distinguer nudisme, plutôt balnéaire et naturisme qui reste une doctrine plus globale. D’ailleurs en France, c’est en 1904 qu’apparaît, près d’Etampes, le premier camp de naturisme, bien avant donc l’éloge du bronzage.


Une peau sous contrôle

« Ce qu’il y a du plus profond dans l’homme, c’est la peau » écrivait Paul Valéry.

Si dans les années 70, le bronzage devient un dû, ce qui l’est encore aujourd’hui (68% des français considère le bronzage comme la priorité de vacances, sondage Axa Santé 2008) on s’aperçoit assez vite que le soleil n’a pas que des bienfaits.

D’ailleurs, à compter des années 90, le ton change et certaines publicités prônent les teints blafards comme Calvin Klein avec Kate Moss, dans le prolongement des tendances punk ou gothique.

L’enjeu aujourd’hui est de contrôler la couleur de sa peau, sans danger et sans contrainte saisonnière. Dès 2009 un implant à base d’une protéine appelée Melatonan permettrait d’obtenir un teint hâlé en permanence et sans risque.

En revanche, le contraire n’est pas encore à portée de main comme en témoignent les efforts désespérés de « blanchissement » de Mickael Jackson.

Si la distinction sociale fondée sur le bronzage n’est plus d’actualité, la couleur de la peau restera encore longtemps un facteur de discrimination. Black, blanc beurre…de cacao , une formule qui protège davantage les couches de l’épiderme que celles de la société.


 Les étapes du chemin de hâlage…

  • 1855, premières cures de lumière, à Veldes en Slovaquie ;
  • 1893, invention par un allemand de la culture du nu, Nacktkultur;
  • 1904, invention de la première lampe à ultraviolet, par l’allemand Küch;
  • 1909, premier concept d’institut de beauté avec cabine de soins, à Londres ;
  • 1927, première huile solaire proposée par Patou protégeant l’épiderme ;
  • 1928, Vogue lance le débat : Etre ou ne pas être hâlée;
  • 1935, l’ambre solaire conçue par Schueller, fondateur de l’Oreal, permet de bronzer sans brûler comme l’indique son slogan;
  • 1937, Sortie des premières lunettes de soleil Ray-ban;
  • 1939, Marie-Claire explique « comment brûnir vite » ;
  • 1944, première crème à bronzer, à base de beurre de cacoa et de jasmin ;
  • 1946, premières formules cosmétiques sans parfum, issus des laboratoires Roc;
  • 5 juillet 1946, présentation à la piscine Molitor du premier bikini qui sera vendu dans une boite d’allumettes;
  • 1960, premiers produits auto-bronzants;
  • 1962, apparition des facteurs de protection solaire grâce à la marque Piz Buin ;
  • 1976, généralisation des indices de protection;
  • 2003, bronzage par brumisation;
  • 2009, commercialisation en cours du premier implant de bronzage garantissant 6 mois de bronzage permanent.
Publié le 19 août 2009, mise à jour le 11 juillet 2017

[1] L’invention du bronzage – Pascal Ory – Edition Complexe
[2] Du teint hâlé honni au bronzage de rigueur – Bernard Andrieu-


A voir et à lire pour aller plus loin :    

  • L’invention du bronzage : Essai d’une histoire culturelle – Pascal Ory – Edition Complexe. L’une des principales révolutions culturelles du XXe siècle n’a, jusqu’à présent, guère suscité l’intérêt des historiens : celle qui a conduit le canon de la beauté pigmentaire de l’ordre du marbre à celui du bronze. Dans un essai historique vif, original et stimulant, Pascal Ory revient sur la délimitation historique du phénomène.
  • Bronzage : Une petite histoire du Soleil et de la peau – Bernard Andrieu – CNRS Editions. De la blancheur ivoirine des anciens canons de beauté au brun tanné vanté par la réclame, des baignades de jadis aux cabines d’UV d’aujourd’hui, du bronzage sexualisé de la bimbo à l’aura trop mate du  » métèque « , Bernard Andrieu livre ici un panorama illustré de l’histoire de la peau et du hâle.
  • Les Bronzés (Édition simple) DVD – « Y a du soleil et des nanas, ladirladirla », Popeye le GO bourreau des cœurs, Jean-Claude Dusse-de-Paris, Gigi, Les Bronzés possède tous les attributs du film culte : multimillionnaire de la statistique médiamétrique des chaînes TV, répliques connues par cœur, etc. Et pourtant, en 1978, rien ne prédisposait cette charge contre les clubs de vacances au triomphe.

A visionner  pour  mieux comprendre :




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3 commentaires

  1. andree chemla a écrit,

    OU TROUVE T ON CETTE HUILE BRONZANTE DE JEAN PATOU
    MERCI POUR VOTRE REPONSE
    ANDREA CHEMLA

    Posté le 2 avril, 2017 à 6 h 45 min

  2. nadine JAKOBIAK a écrit,

    moi aussi je recherche ou je peux acheter de l’huile de chaldée or rouge de jean Patou ?

    Posté le 22 août, 2016 à 17 h 01 min

  3. Paul a écrit,

    Ou peut´on aquerir de l´huile de chaldée de Jean Patou?

    Posté le 5 août, 2016 à 19 h 16 min

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