jeudi, 30 mars 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Les Sixties : un festival de premières fois !

(votes : 6)
Loading ... Loading ...
Posté par fabrice
 

9 mai 1960

Oh, hippies days !! 

Le Groupe Pink Floyd, précurseur du rock psychédélique

Le Groupe Pink Floyd, précurseur du rock psychédélique; illustration ici de leur principaux albums

 

9 mai 1960. Lever de rideau pour une décennie de folies qui restera à jamais gravée dans la mémoire collective sous le « label » des Sixties !

Ce jour-là, la Food and Drug Administration, (Agence américaine de contrôle des aliments et des médicaments) donne son autorisation de mise sur le marché à la toute première pilule contraceptive, l’Enovid

C’est le coup d’envoi pour un festival de « premières fois » uniques dans les annales de l’histoire sur une période aussi courte. Comme le résume l’éditorialiste Claude Weill (1) « C’était le temps des commencements. Un monde finissait, un autre naissait ».

Un monde finissait, un autre naissait !

Et oui, le monde ne sera plus jamais comme avant !  Bien sûr, les années 50 avaient déjà sonné le début de la récréation : l’essor de la télévision aux Etats-Unis, phénomène qui allait se répandre sur la planète, le règne de la « bagnole », les toutes premières villes nouvelles, les premiers pas de la conquête spatiale, du nucléaire civile;  l’envolée de la course aux armements, l’appel d’air du rock, le premier shopping center (1953) émergeant d’un champ de pommes de terre près de New York, les fast-foods…

Bref, comme le souligne le David Halberstam, journaliste américain, prix Pulitzer, l’invention de la société moderne !

Ces événements des fifthies portent le germe d »une révolution socio-culturelle encore à l’oeuvre aujourd’hui. Mais leurs  fondations restent encore largement ancrées dans le domaine de la consommation issue de la révolution industrielle et demeurent très conformistes. Tandis que les Sixties amènent un vent totalement inédit qui va transformer la société en profondeur, et cela en un temps record. C’est probablement sans précédent dans l’histoire.

symboles des sixties

On peut y voir un hymne aux premières fois, tant celles-ci sont nombreuses. Et sur tous les plans : technologique, culturel et surtout au niveau des mœurs et plus particulièrement sur celui de l’émancipation de la femme.

Alors, oui, tout a commencé ce 9 mai 1960 car, même si la pilule contraceptive a été inventée en 1957 (cf. article sur la pilule contraceptive), elle arrive sur le marché en ce début des sixties, comme le porte-drapeau de cette décennie qui va changer le monde.

Rappelons-nous !

Le premier homme dans l’espace et le premier pas sur la Lune, la première greffe du cœur, les premiers essais du Concorde et le lancement du paquebot France, le premier 100 mètres en 10 secondes, les premiers jalons de ce qui deviendra Internet avec Arpanet, les débuts de Beatles et de la vague Yé-yé et des anti yé-yés comme Polnareff (2). Pour la première fois les chanteurs sont plus jeunes que leurs fans !

Un nouveau souffle pour le cinéma grâce à Truffaut, Rhomer, Godard et quelques autres initiateurs de « la nouvelle vague », une nouvelle star, Brigitte Bardot qui en casse tous les codes, le Nouveau Roman et le structuralisme porté notamment par Lacan engageant la jonction entre la psychanalyse et la linguistique ;

La révolution vestimentaire et plus globalement culturelle qui voit le tutoiement s’imposer, les fleurs envahir des cheveux qui poussent, et la drogue rendre ses fleurs multicolores, la naissance du Pop art, le discours de Martin Luther King en août 1963 et évidemment, mai 68 qui dresse le peuple du monde occidental sur les barricades et d’une certaine manière qui dresse aussi le chapiteau de Woodstock en août 69. Un point d’orgue comme pour conclure avec panache cette décennie où tout devient ENFIN possible. Pour la première fois !

Sous les pavés, la plage ??

Cependant, tout n’est pas rose, loin s’en faut. Les essais nucléaires se multiplient dans une guerre froide qui aurait pu déboucher sur un embrasement mondial et irrémédiable lors de l’affaire des missiles de Cuba à l’automne 1962 ; l’Amérique s’engage au Vietnam, Israël gagne une guerre éclair, tandis que la France est engluée en Algérie et que Berlin dresse son mur.

Il faut à un ouvrier français ½ mois de salaire pour s’offrir un transistor, tandis qu’il ne dispose que très rarement de salle de bains et que moins de 4% de ces enfants accèdent à des études supérieures.

Pour la première fois, l’humanité a conscience de vivre, en temps réel –c’est-à-dire à échelle humaine – un accouchement sociétal où pour la toute première fois l’individu s’émancipe de sa famille et des règles sociales séculaires. Celui-ci s’effectue dans la douleur mais avec une joie et une espérance inégalées.

Nous sommes au milieu des trente glorieuses, au printemps de tous les possibles.

Publié le 2 mai 2012

La beat generation

« Faites l’amour pas la guerre ». Parmi les slogans de mai 68, celui-ci est peut-être le plus révélateur de la mutation qui est en gestation depuis le début des années 60.

Cela se traduit par une libération des corps et des esprits qui se manifeste par l’émergence de la contre-culture et par la transgression. Autrement dit : une Culture jeune qui apparait pour la première fois comme l’a souligné le sociologue Edgar Morin (3).

Même si toutes les couches et tous les domaines de la société sont touchés par cette mutation socioculturelle spectaculaire, les jeunes -un français sur trois- en sont le fer de lance.

La beat génération

Tandis que les cheveux s’allongent les jupes se raccourcissent avec les minijupes et les filles se dénudent n’hésitant pas à se montrer en monokinis, les seins nus. Le tout dans une ambiance « peace and love », matinée de sexe, de drogue rythmé par le rock’n roll (4).

Mais surtout, c’est le rapport au sexe qui commence vraiment à changer. Songeons qu’à cette période, il est impensable d’avoir des relations sexuelles avant le mariage. Les filles qui tombent enceintes hors mariage sont renvoyés par leur employeur et répudiés par leur famille. Jusqu’en 1972, date à laquelle la loi Neuwirth autorisant la pilule contraceptive rentrera effectivement en vigueur, il faut l’accord parental pour obtenir la Pilule jusqu’à l’age de 21 ans (âge de la majorité à l’époque).

Les jeunes aspirent donc avant tout à une chose : disposer de leur corps et revendiquer le droit à la jouissance. Et pour les femmes, cela est totalement nouveau. Depuis la nuit des temps, elles n’ont jamais connu cette possibilité de jouir sans entrave, l’esprit et le corps libre.

Pour la toute première fois, les femmes peuvent oser dire « Un enfant,  si je veux et quand je veux ! »


Un feu d’artifice de premières fois et d’évènements :

  • 1er janvier 1960, le nouveau franc fait une entrée fracassante ;
  • Entre janvier et septembre 1960, tous les pays des anciennes colonies françaises d’AOF (Afrique-occidentales Française) accèdent à l’indépendance ;
  • 21 avril 1960, inauguration de Brasilia, sortie de terre en 1000 jours, dit-on, devient le symbole de l’architecture moderne;
  • 9 mai 1960, autorisation aux Etats-Unis de la Pilule contraceptive ;
  • 11 mai 1960, inauguration du paquebot France ;
  • Septembre 1960, Cavanna et le professeur Choron lance « Hara Kiri », apportant une forme d’humour inédite ;
  • Août 1960, portée par 4 copains, l’appellation « Beatles » entre dans l’histoire ;
  • 20 septembre 1960, Johny Halliday fait ses débuts tandis que la même année, Jean Luc Godard sort « A bout de souffle » ;
  • 12 avril 1961, Gagarine est le premier homme dans l’espace ;
  • 13 août 1961, la RDA érige le « mur de la honte » ;
  • 30 octobre 1961, les soviétiques font exploser la bombe atomique la plus puissante jamais construite : 4000 fois celle d’Hiroshima ;
  • 1962, le taux croissance de l’économie atteint pour la première et la dernière fois, 6,8 % ; M. McLuhan publie la Galaxie Gutenberg évoquant le village mondial ;
  • 8 avril 1962, référendum sur l’indépendance de l’Algérie ;
  • Juillet 1962, Konrad Adenauer et le général de Gaulle scellent la réconciliation franco-allemande.
  • Octobre 1962, la crise des missiles de Cuba ;
  • 11 octobre 1962, ouverture du Concile Vatican II qui va transformer la liturgie de l’Eglise catholique ;
  • Novembre 1962, Alexandre Soljenitsyne publie son premier roman « Une journée d’Ivan Denissovitch » ;
  • 28 août 1963, devant plus de 250 000 personnes réunis devant la Maison Blanche, Martin Luther King lance « I have a dream »
  • 22 novembre 1963, assassinat de John F. Kennedy à Dallas ;
  • 12 juin 1964, Nelson Mandela, leader de l’ANC est condamné à la prison à perpétuité d’où il ressortira en février 1990 ;
  • 27 juin 1964, à Saint-Tropez, le monokini fait son apparition ;
  • 5 juin 1965, sortie du tube des Rolling Stones, « Satisfaction » ;
  • 25 juillet 1965, Bob Dylan au festival de Newport avec sa guitare électrique, se fait huer ;
  • Automne 65, Syd Barett, Nick Mason, Roger Waters, Richard Wright inventent avec le Pink Floyd le rock psychédélique ;
  • Janvier 1966, première communauté hippie en Californie ;
  • Avril 1966, le président Mao Tsé-toung lance sa « révolution culturelle prolétarienne », provoquant entre 400 000 et 1 million de morts ;
  • 1966, le Mini-K7 de Philips révolutionne, grâce à la possibilité d’enregistrer, le rapport à la musique ;
  • 1967, Brigitte Bardot chante en duo avec Serge Gainsbourg « Je t’aime, moi non plus » ; Au Golden Gate Park de San Fransisco, 40 000 hippies couvrent de fleurs des policiers;
  • 7 février 1967, début des bombardements américains sur le Vietnam ;
  • 5 juin 1967, guerre des six jours menée par Israël ;
  • 9 octobre 1967, Ernesto Guevara, alias le Che, est exécuté par l’armée bolivienne ;
  • 3 décembre 1967, première transplantation cardiaque réalisée par le chirurgien sud-africain Christian Barnard ;
  • 28 décembre 1967, l’Assemblée Nationale adopte la loi Neuwirth autorisant la pilule ;
  • 15 avril 1968, Yasser Arafat sort de la clandestinité ;
  • 29 avril 1968, les Shadoks commençaient à pomper ;
  • Mai 1968, sous les pavés, la plage !
  • 23 juillet 1968, premier détournement d’avion, entre Rome et Tel-Aviv ;
  • 20 août 1968, les troupes soviétiques envahissent la Tchécoslovaquie ;
  • 21 juillet 1969, pour la toute première fois, un homme marche sur la Lune ;
  • 12 août 1969, embrasement de l’Irlande du Nord ;
  • 15 août 1969, ouverture du festival de Woodstock qui rassemble un demi million de spectateurs contre 50 000 attendus;
  • 1969, « Easy Rider » de Dennis Hopper, une « road movie » qui exalte l’envie de liberté et l’épanouissement personnel, tout l’esprit des sixties.

1 – Nouvel Observateur – Spécial années 60 – « Dix ans qui ont changé le monde » – N° 2459/2460 – Décembre 2011
2- Le Figaro.fr – « Les enfants terribles de sixties » – 20 avril 2006
3- « L’esprit du Temps » – Edgar Morin – 1962, rééd.  Armand Colin, 2008
4- « Mai 68 et la Libération des moeurs » – Sciences Humaines – Mai 2008 


A visionner pour mieux comprendre :

La Folies des années 60, un documentaire de France 3 :

Brigitte Bardot – L’égérie des années 60 :

Saint-Tropez lance la mode du monokini :


Propositions de lectures pour retrouver l’ambiance des Sixties :

  • Beat GenerationPour Jack Kerouac, le terme « beat » signifie « être, d’une façon non dramatique, au pied de son propre mur ». En 1957, Sur la route devenait le livre-symbole de la liberté, de la contestation des valeurs bourgeoises et de la révolte face à la cupidité du monde. Née à New York de l’amitié entre quatre hommes, Kerouac, Ginsberg, Cassady et Burroughs, la Beat Generation revendiquait des engagements politiques forts et refusait la course à l’argent. De leur vivant, les artistes Beat vivaient l’art comme une continuité, une œuvre commune. Pour la première fois, leurs textes sont ici réunis selon leur vraie vocation et forment un tout cohérent.
  • Swinging sixties : Londres-ParisCe livre se propose de revisiter les sixties à travers le prisme de la culture rock. A l’origine américaine, cette musique se déploie sur le monde en provenance de Grande-Bretagne. The British Blues Boom ! Les Beatles, les Rolling Stones, les Who… modélisent une jeunesse tournée vers la modernité et l’émancipation. Londres irradie jusqu’en 1967, et continue de donner le la jusqu’en 1972 tandis que, déjà, le fameux Swinging London se pare d’atours « glam ». Retour sur une décennie qui façonna les moeurs dites modernes dont nous sommes tous les héritiers. Retour sur cinq groupes essentiels – les Beatles, les Stones, les Kinks, les Who et les Pink Floyd. La mode de Carnaby Street, le Pop Art, le psychédélisme, la mini-jupe, Twiggy, la Triumph, Chapeau melon et bottes de cuir, mais aussi chez nous, le magazine Salut les Copains et le Pop Club de José Artur, Sylvie Vartan ou Françoise Hardy et ses robes Paco Rabanne, Antoine, Jacques Dutronc, Michel Polnareff et autres chanteurs anti-yéyés, Campus de Michel Lancelot et le président Rosko… Une génération, une façon de vivre, d’appréhender le monde et la musique en Angleterre et en France. Une histoire détaillée, sociale et artistique. Une somme iconographique – plus de 600 documents rares ou inédits. Une saga accessible, au doux parfum de nostalgie, qui évoquera bien des souvenirs à ceux qui ont connu l’époque et fera rêver les plus jeunes !
  • Les égéries sixtiesDébut des années 1960. Des filles se rencontrent à Paris dans l’agence de mannequins de Catherine Harlé : Nico, Anita Pallenberg, Amanda Lear, Anna Karina… Libres, extravagantes, gonflées, elles font les beaux jours et les belles nuits de la Rive gauche et croisent d’autres beautés : Zouzou, Caroline de Bendern, Tina Aumont, Marie France, Valérie Lagrange, Deborah Dixon… Plus qu’une bande, ces femmes incarnent un état d’esprit, une allure, et vont influencer profondément leurs amants, des figures du rock : Brian Jones, Keith Richards, David Bowie, parmi d’autres. Peindre l’existence de ces véritables stars, c’est remonter le fil qui relie la mode de Carnaby Street à celle du boulevard saint-Germain. C’est s’inviter à des parties hallucinantes, des deux côtés du Channel. C’est entrevoir, à travers ces égéries touche-à-tout, ce qui rapproche le monde des Rolling Stones de l’univers de Philippe Garrel. C’est ressusciter les figures légendaires de Donald Cammell, dont l’appartement de Montparnasse fut le haut lieu de l’axe Paris-Londres, et de Talitha Getty, dont le palais de Marrakech fut le théâtre d’orgies mémorables. Suivre la destinée de ces femmes exceptionnelles, c’est dessiner une certaine idée des années 1960 avec tempêtes sexuelles, rafales de Stratocasters et déferlements de poudre. Mais confesser aujourd’hui les acteurs essentiels d’une époque dingue, c’est aussi, pour l’auteur, trouver la confirmation qu’on écrit pour conjurer ses propres fantômes.
  • Oeuvres de Françoise SaganCinquante ans après, la petite musique de Bonjour Tristesse, que l’on retrouvera dans les autres romans de Sagan, chante toujours aussi délicieusement à nos oreilles. Un retour dans les années 1950 et 1960 toujours à la mode.
  • Sixties : Cinéroman, de Robert Belleret.Dans ces mémoires d’un jeune homme dérangé, Robert Belleret livre un itinéraire d’adolescent glandouilleur, fauché, timide mais exalté, tout au long des années soixante. De l’entrée au lycée à l’embauche dans un journal, en passant par la case caserne et les boulots de gratte-papier indocile, Sixties se lit comme un roman de formation. Le music-hall, le Livre de poche et le septième art ayant constitué les universités de l’auteur, Aznavour, Hemingway, Godard, Bébel et B.B., les Beatles et les Stones, Léaud et Léo et tant d’autres « maîtres » figurent au générique de ce cinéroman constamment irrigué par le cinoche – celui qu’on regarde avec les yeux et celui qu’on se fait dans sa tête. Sans jamais se donner le beau rôle dans ses tribulations d’acteur anonyme – virées entre copains, amitiés fondatrices, élans amoureux chaotiques, premiers baisers, errances banlieusardes et voyages au bout du monde -, Belleret est aussi le témoin attentif de l’ère des ruptures où de Gaulle et les deux K (Khrouchtchev et Kennedy) dominent le paysage. Il brosse ainsi la chronique, juste, drôle et trépidante d’une époque – du yé-yé triomphant à la grande chanson française, du dernier flot des westerns à la Nouvelle vague, du rock à la pop, des scoubidous aux minijupes, de la sale guerre d’Algérie au joli mois de mai – dont l’image n’est pas près de se ternir.



Sur le même thème :

Ajouter un commentaire