lundi, 27 février 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

 

1850

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L’insoutenable légéreté de l’art !

 

A partir de 1850, la représentation du monde à travers la peinture se pare de subjectivité…pour mieux rendre compte de la réalité. Une réalité qui n’est pas si simple à débusquer car complexe, nuancée, insaisissable, changeante, différente selon les moments et les regards. Cette insoutenable légèreté de l’être et de la nature, Eugène Boudin, en sera le premier interprète. Bientôt, on parlera d’impressionnisme.

Médiatiquement, tout a commencé le 25 avril 1874. Pour la toute première fois, le terme impressionnisme est employé. C’est Louis Leroy, critique d’art, qui lance cette expression pour une impression au demeurant plutôt négative de sa part. Dans un papier publié dans le quotidien le Charivari (1) ce jour-là, il écrit, plutôt ironique, à propos d’un tableau de Monet « Impression, soleil levant » : « Je me disais aussi, puisque je suis impressionné, il doit y avoir de l’impression là-dedans… » .

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Impression Soleil Levant de Monet (1872,Musée Marmottan, Paris)

D’un coup de canif ou plutôt de plume qui ne décèle pas encore l’immense avancée du coup de pinceau, la révolution picturale de l’impressionnisme est lancée. Probablement, la plus importante après l’invention de la perspective. Allégé est le maître mot de cette révolution qui redonne le pouvoir à l’artiste et à sa subjectivité.

Eugène Boudin : le précurseur de l’impressionnisme

Comme souvent, tout a réellement commencé bien avant. Environ 25 ans plus tôt, vers 1850. Pour aller à la source de ce fameux courant Impressionniste, il suffit de suivre les méandres de la Seine jusqu’à son estuaire.

Là, commence à s’éveiller un nouveau regard. Un regard qui caresse les rivages de la Normandie, les nuages qui la chapeautent et les fines silhouettes humaines qui mouchettent l’horizon.

Un regard qui cherche à fixer, pour la toute première fois, l’instantanéité. Mais au-delà de figer les tranches de vie, il y a une mise en perspective comme si le tableau embarquait tout l’univers qui accompagne cet instantané.

Ce regard, c’est celui d’Eugène Boudin. Boudin : le précurseur, Boudin, « le roi des ciels » comme le qualifiera Corot, Boudin, à qui Monet, son cadet de 16 ans, reconnaît tout lui devoir;  » je lui dois tout », dira-t-il en 1924 .

Le chevalet du ciel !

Eugène Boudin (1824-1898), bien qu’autodidacte du pinceau, va ainsi donner, dans les années 1850, la toute première touche de pinceau à un univers qui deviendra quelques années plus tard celui des impressionnistes.

Eugène Boudin plage de Trouville en 1863

Personnages et ciel : la plage de Trouville vue en 1863 par Boudin

Le monde selon Boudin est « pastelisé », allégé, vaporisé, pixellisé, miniaturisé avec ses petits personnages qui s’évaporent presque sur les plages ventées de Normandie. C’est tellement nouveau et peu académique.

Au point d’impressionner le grand Zola qui évoquera « ses grands ciels d’un gris argentin, ses petits personnages si fins et si spirituels » (2) et bien d’autres comme Baudelaire qui s’émerveillait devant ses « beautés atmosphériques ».

Si l’impressionnisme peut être défini comme une technique picturale subjective qui fait émerger une harmonie, dès lors que l’on prend de la distance, donnant l’illusion qu’une scène prise en instantané qui « colporte » autant l’image que l’atmosphère et les ressentis, alors Eugène Boudin sans aucun doute est le tout premier des impressionnistes.

Bienvenue dans le cercle chromatique

Inspiré par Boudin, prenant ses lettres de noblesses avec Manet, l’impressionnisme est un hymne à la nature, à la liberté et à la personnalité. Pour la première fois, il permet à l’artiste de donner libre cours à l’interprétation de ses impressions et de son vécu. La peinture devient un langage émotionnel qui vise à saisir l’éphémère et l’instantané en cherchant à capter les effets de la lumière, fort des nouvelles théories scientifiques sur la lumière et sur le cercle chromatique (3).

Des beautés atmosphériques de Boudin aux beautés « atmos-féériques » de Manet, il n’y a donc guère plus qu’un trait de pinceau !


Boudin : l’art de la série

Avant Claude Monet, Eugène Boudin a-t-il été le tout premier à utiliser le principe de la série, c’est à dire le même paysage peint à différents moments de la journée ?

La réponse est oui. Pour répondre aux commandes des collectionneurs mais aussi par curiosité, Boudin va inaugurer, dès 1870, la déclinaison de ses toiles (4). C’est à dire qu’il va  peindre des variations autour d’un même motif.  Comme il le fera pour la plage de Deauville, Boudin peindra plusieurs déclinaisons selon les heures de la journée, les marées ou les saisons. 

Cette approche nouvelle tient pour l’essentiel à la curiosité de Boudin face à la capacité de la lumière à changer le rendu des scènes selon les périodes. Une dizaine d’années plus tard, Monet va systématiser cette approche novatrice, avec par exemple la série de la cathédrale de Rouen peinte entre 1892 et 1894.  


1 – Source : www.larousse.fr / impressionnisme
2- « Boudin le Maudit » - Le Point N° 2113 – 14 mars 2013
3 - Le physicien Eugène Chevreul publie un ouvrage en 1839 « De la loi du contraste simultané des couleurs et de l’assortiment des objets colorés d’après celle loi dans ses rapports avec la peinture ». Il y introduit la notion de couleurs primaires et couleurs secondaires
4- L’art atmosphérique d’Euène Boudin – Valeurs actuelles – 28 mars 2013 &  Musée Jacquemart-André « L’exposition Eugène Boudin »



A visionner pour mieux comprendre :

 

 




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