mardi, 21 novembre 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

La toute première intrusion du sexe dans la grande conso

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Posté par fabrice
 

1972

Sex and fun et vice versa

illustration

Le 13 avril 2009 disparaissait, à l’age de 56 ans, Marilyn Chambers. Mais qui est cette Marilyn Chambers ?

Elle est la toute première « célébrité » à laisser son « empreinte pornographique » à la postérité. Argentique tout autant que pornographique, puisqu’il s’agit du tout premier film porno commercial, cette empreinte fera d’elle une icône du cinéma pornographique et va marquer un tournant dans la représentation du sexe qui sort de la clandestinité.

Marilyn Chamber
Marilyn posant pour une boite de lessive d’une marque de Procter & Gamble

Tout a commencé au début des années 70 tandis que Marilyn Chambers assurait la promotion d’un savon réputé pur à 99,44%. On lui propose alors le premier rôle dans le premier film pornographique commercial : Derrière la porte verte (Behind the green door). En acceptant, Marilyn prend le risque de ternir son image jusqu’alors immaculée qui habille les emballages de la savonnette. En contre partie, elle va rentrer dans les annales du cinéma, à l’instar d’une autre Marilyn, dans un genre évidemment très différent pour ne pas dire un drôle de genre.

Lorsque le film sort aux Etats-Unis, nous sommes en 1972 en pleine révolution des mœurs. Tous les ingrédients sont réunis pour que le cinéma porno « grand public » fasse son trou au sein de l’industrie cinématographique florissante. Pour la toute première fois la représentation de l’acte sexuel non simulé et animé va envahir de plus largement notre espace culturel et alimenter nos fantasmes.

Cette fois, un zeste d’impureté est bien introduit dans une production cinématographique jusqu’ici aseptisée. Comme une bulle de savon que l’on fait grossir, Marilyn aura amorcé le développement de cette bulle pornographique qui depuis ne cesse de croître.

De l’industrie cinématographique à l’industrie pornographique.

Avec ce premier film hard qui ose tout montrer de l’acte sexuel, les frères Mitchell, producteurs jusqu’à présent de petits films érotiques, ont gagné le jackpot. Tourné un 1 jour pour un budget inférieur à 60 000 dollars, ils récupéreront près de 1000 fois leur mise, dont près la moitié de cette somme en seulement 3 ans d’exploitation (20 millions de dollars). Marilyn, ayant négocié un interessement aux recettes, aura sa part du gâteau. Elle sera la première femme à vivre des revenus de films x.

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Qu’y a t-il donc derrière « Behind the green door » ?

Les recettes de ce success story ? Excellentes critiques dépassant le cadre d’un public spécialisé (le film fût projeté au festival du film de Deauville en 1975), un scénario de qualité mis en valeur par une actrice sensuelle, une longue scène mythique, proche du happening et un scandale. Car, pour la toute première fois dans l’histoire du cinéma, on assiste à des scènes d’amour interracial entre une actrice blanche et un acteur noir. Insupportable pour des mouvements d’extrême-droite qui menacèrent d’incendier les lieux de diffusion du film.

Dans la foulée, un autre film connut un succès retentissant. Gorge profonde (Deep Throat) qui sortit sur les écrans la même année. Cette fois l’actrice se nomme Linda Lovelace, le tournage dure 6 jours, le budget moins de 25 000 dollars…et le bénéfice est estimé à 600 millions de dollars. Avec de tels revenus, le film se place parmi les grandes réussites du cinéma américain.

Il n’y plus de doute : le porno devient vraiment un produit de grande consommation au même titre que les cornflakes …ou le savon.

De la pornographie  médicale au porno…vénal !

A ses débuts, la notion de pornographie est associée à l’étude de la prostitution comme en témoignent les écrits du célèbre écrivain réformateur et anti-conformiste Restif de La Bretonne (XVIIème siècle). Sur un plan plus médical, au XIXème siècle, des objets comme le godemichet, aujourd’hui fortement connotés, servaient, en tout bien tout honneur, de massage pelvien ou parfois dans le traitement de l’hystérie.

Aujourd’hui l’usage du terme pornographie est radicalement différent. Il ne fait plus référence stricto sensu à la prostitution ni à la médecine mais désigne une représentation réelle de l’acte sexuel dans le but unique de titiller le désir sexuel et de booster la libido. Cependant, cette réalité est en partie illusoire car elle repose sur une vision parcellaire et totalement irréaliste des situations : succession de gros plan, prises de vues acrobatique, performance phénoménale… Tout cela grâce aux concours de la médecine et de la technologie et notamment des moyens vidéo légers. On le voit, la pornographie de masse est donc le rejeton d’un besoin ancestral de jouissance, d’une libération des esprits et d’une technologie adaptée.

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Les temples de Khajuraho en Inde : célèbres pour leur sculptures érotiques explicites datant de l’an 1000 environ.

Faut-il le rappeler : les représentations d’actes sexuels ne datent pas d’hier. Depuis la préhistoire en passant par l’époque romaine, le Moyen âge ou la Renaissance, les références à la sexualité font partie de la vie quotidienne,  les tabous actuels en moins. Rabelais est d’ailleurs considéré par certains comme le précurseur de la pornographie même si le terme n’existait pas encore.

Comme on l’a vu, c’est le cinéma qui va lui donner « ses lettres de noblesse » car pour le pornographe, le cinématographe qui maîtrise le mouvement et l’acte sexuel semblent faits pour s’assembler. Très rapidement, quelques riches amateurs vont percevoir cette alliance naturelle. Les premiers tournages amateurs (de courte durée et muet) vont voir le jour au tout du début du siècle dernier.  Certains films deviendront des œuvres de collection et s’échangeront entre connaisseurs comme l’acteur Michel Simon ou le Shah de Perse.

Mais qu’il s’agisse de véritable pornographie ou plus « softement » d’érotisme dont l’objet est davantage de suggérer et de raconter des situations fictives ou simulées, le sexe n’était pas encore la pompe à fric qu’il est devenu.

Quand le marché devient juteux

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Que l’on considère ou non la pornographie -au même titre que la prostitution- comme une exploitation de la misère sexuelle engendrée par la monogamie (pas de prostitution, semble-t-il, dans les communautés primitives où la polygamie est la règle), nous conviendrons tous, que c’est surtout un moyen efficace de lutter contre la misère économique de ses producteurs !

Affaires d’autant plus juteuses, que l’imbrication, pour ne pas dire l’intrication,entre les filières pornographiques et celles de la prostitution restent la règle. Ce qu’on pourrait appeler un peu facilement une intégration horizontale.

Si l’on compare les chiffres d’affaires estimés de la prostitution (chiffres de 2002) de ceux de la pornographie, on constate des montants mirobolants et presque équivalents : 60 milliards d’euros pour la prostitution et 52 milliards pour la pornographie, dont 19 milliards relevant de la vidéo porno.

Plus surprenant encore, l’industrie de la pornographie représenterait la troisième industrie du Danemark et approchait en 2000, 10 % des ventes totales sur internet.

Plus inquiétant, la pornographie enfantine et pseudo-enfantine représenterait près de 50 % des téléchargements commerciaux pour adulte [1].

Et enfin, plus terrifiant, la vague des « snuff movies », films clandestins qui montrent des actes de tortures, de viols et de meurtres principalement de femmes. Une version édulcorée sortit même sur les écrans en 1976, Slaughter,(Massacre) dont l’affiche du film soulignait qu’il s’agissait d’images dont on disait qu’elles ne seraient jamais montrées.

Baise moi de Virigine Despentes
« Baise-moi » de Virginie Despentes

Désormais, tout s’entremêle, l’argent, le porn-shooting, le porno chic, le porno crad, les stars et même le morbide. Qu’il parait loin le temps du porno clean où pouvait prendre son pied en même temps que sa douche rien qu’en admirant l’emballage de la savonnette.

De l’emballage au grand déballage, les passagers prêts au décollage vers le 7ème ciel sont chaque jour de plus en plus nombreux…

Le porno en quelques dates :

  • Il y a 106 000 ans, premier godemichet (Irlande) taillé dans un os de baleine;
  • 1904 : premier tournage  en 35 mm à Buenos Aires mettant en scène des prostituées;
  • 1908 : premier film français, « l’Ecu d’or« , aujourd’hui disparu;
  • 1915 : court métrage de 10 minutes, « A free ride » , considéré par certains comme le premier véritable film pornographique;
  • Milieu des années 60 : projection de films sur des visionneuses (appelées Loops) dans les premiers sex shop;
  • 1969 : projection à San Fransisco de « History of the blue movie » montage de bande muettes de Loops;
  • 1969 : exposition Sex 69 à Copenhague;
  • 1972 : premiers films pornographiques commerciaux (Derrière la porte verte et Gorge profonde)
  • 1974 : sortie d’Emmanuelle
  • 1975 : premier film français pornographique à sortir en salle : Exhibition
  • 31 octobre 1975 : décret réglementant le cinéma pornoen France et notamment financièrement
  • 31 août 1985 : première diffusion d’un film pornographique à la télévision française, sur Canal +
  • 1989 :  premier épisode du concept de vidéo porno amateur, Buttman; naissance d’un genre nouveau, le gonzo ou le caméraman prend part lui même aux scènes ;
  • 2000 : le porno prend le virage internet;
  • fin 2009 : sortie du premier film porno en 3 D « 3D Sex & Zen » , d’un budget de 4 millions de dollars.
  • et…20 000 ans avant notre ère, « premier film porno de l’histoire », pour le clin d’œil (ci-dessous)…

A visionner pour le plaisir :

Plaisir des yeux : c’est cro-mignon !!

 


1 – Source Planète sexe


A consulter :

1965 : le cinéma porno, pas encore dénommé film X, envahit les salles obscures (Archives de l’INA):


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • Dictionnaire de la pornographie Ce premier Dictionnaire de la pornographie a pour unique ambition de mieux connaître, à partir de points de vue souvent opposés, une pratique culturelle qui reste privée et marginale mais qui, aujourd’hui, n’a jamais atteint un tel degré d’industrialisation et de médiatisation.
  • Planète sexe : Tourismes sexuels, marchandisation et déshumanisation des corps Entre le corps-capital de certaines prostituées  » de luxe  » des pays du Nord et le corps-marchandise des prostituées  » de la misère  » des pays du Sud et de l’Est, le risque de voir se développer un peu partout sur la planète un tourisme sexuel de masse n’a jamais été aussi grand.
  • Penser la pornographie Pourquoi est-il si difficile de définir la pornographie ? S’agit-il d’une  » invention  » moderne ? Est-elle une forme insidieuse de discrimination sexuelle ? Porte-t-elle atteinte à la  » dignité humaine  » ? Nuit-elle gravement à la jeunesse ? Qu’est-ce qui dérange, finalement, dans la pornographie ?
  • Le Souci des plaisirs : Construction d’une érotique solaire de Michel Onfray. Le Souci des plaisirs raconte l’obscurcissement chrétien de la chair, et propose une philosophie des Lumières sensuelles.



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