mercredi, 17 juillet 2019

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Le royaume du Prêtre Jean : un des premiers hoax de l’Histoire

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Posté par fabrice
 

1165

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« Au royaume des fake news »

Les « fake news » ne datent pas d’hier. Prophéties et autres rumeurs ont alimenté l’Histoire depuis la nuit des temps. L’histoire du Prêtre Jean dont le supposé Royaume, situé vers l’Inde, serait un lieu de félicité et de bien-être figure comme l’un des plus singuliers. Comment et pourquoi une telle fake news a-t-elle mobilisé les esprits durant plusieurs siècles ?

Ce n’est pas la première «fake news » de l’Histoire. Socrate (-470/ -399) avait déjà en son temps imaginé le « test des 3 passoires » pour débusquer les rumeurs non fondées (voir vidéo ci-dessous).  Néanmoins, « Le royaume du Prêtre Jean » est sans aucun doute la plus savoureuse et la plus importante par sa mobilisation.

Tout a sérieusement commencé par une lettre rédigée vers 1165 destinée à l’empereur byzantin Manuel Comnène. Cette lettre, dont l’auteur serait le fameux Prêtre Jean, rédigée en latin, décrit un monde idyllique où « aucun vice ne règne chez nous ». Elle fait état d’un royaume chrétien situé «aux Indes, au-delà de la Perse et de l’Arménie »(1).

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Un monde fantasmé se présentant comme une sorte de paradis où n’existent ni le vol, ni la pauvreté, ni la cupidité. Un monde où le chef d’Etat est à la fois un roi et un prêtre. Un monde qui se rapprocherait de la doctrine (hérétique) nestorienne qui s’appuie sur la coexistence des « dimensions » divines et humaines du Christ.

En 1177, le pape Alexandre III apporte une réponse à celui qu’il qualifie d’ « Johanni illustri et magnifico Indorum Regi » (« Jean, illustre et magnifique roi des Indes »). Des émissaires sont alors dépêchés sur les chemins d’Orient pour tenter de le débusquer(1).

L’origine de ce monde fantasmé

Au XIIe siècle, le monde occidental chrétien est en difficulté. La seconde croisade (1147-1149) s’est soldée par un échec cuisant renforçant l’emprise des musulmans. Ces derniers défient l’empire Byzantin correspondant à l’actuelle Turquie.

Dans ce contexte inquiétant pour la chrétienté, un souverain providentiel serait le bienvenu. D’ailleurs, Hugues de Nevers, évêque de Jabala, principauté d’Antioche (actuelle Syrie), dès 1145 soit une vingtaine d’années avant la fameuse lettre citant le Prêtre Jean, évoque un « souverain providentiel » dont le nom serait Johannes. Celui-ci régnerait sur des territoires situés à l’est de la Perse et de l’Arménie. La toute première mention de ce mythe, en quelque sorte.

De fait, à cette époque de nombreuses rumeurs font référence à un puissant souverain chrétien connu sous le nom de Prêtre Jean ! On raconte que son royaume est un endroit où « coulent le lait et le miel », comme dans la Terre promise de la Bible. Au fil des années, le mythe prend une dimension encore plus onirique. On y rencontrerait des êtres extraordinaires comme des licornes, des êtres hybrides à tête de chiens et même des hommes aux pieds tournés vers l’arrière !(2). Ce mythe va séduire les européens durant plusieurs siècles, jusqu’au XVIe siècle.

De nombreuses « personnalités » attestent même de son existence.

Le mythe du prêtre Jean est donc du pain béni à l’époque des croisades pour resserrer les rangs et mobiliser les troupes. Certains érudits de l’époque considèrent même son existence comme certaine. Situant son royaume, soit très à l’est, au-delà des terres musulmanes, soit au niveau de l’Ethiopie, ils forment l’espoir de pouvoir prendre les infidèles en tenaille.

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Même Marco Polo, en mentionnant l’existence de communautés nestoriennes en Chine, apportera de l’eau au moulin des partisans du Prêtre Jean. Comme Guillaume de Rubrouck qui écrira après une expédition en Asie : « un prince nommé Ken-Khan. […] était un seigneur d’un peuple nommé Nayman, tous chrétiens nestoriens. Ce Ken-Khan étant mort, ce prêtre nestorien s’éleva et se fit roi. Tous les nestoriens l’appelaient le Prêtre-Jean, et disaient de lui des choses merveilleuses…»

Le mythe du Prêtre Jean finit par s’essouffler

Au fil des décennies et des expéditions qui multiplient les contacts avec les peuplades d’Asie comme les Mongols et Chinois, ce royaume reste introuvable. A partir du XIIIème siècle le doute s’insinue fortement. Cependant, certains y croient encore comme les Portugais qui continueront leur recherche jusqu’au XVème siècle en se dirigeant vers l’Afrique.

 Quel est l’Auteur de cet Hoax ?

Selon Umberto Eco, la lettre du Prêtre Jean pourrait être l’œuvre de Frédéric Barberousse, le souverain de l’Empire romain germanique. Cela correspondait bien aux aspirations politiques et spirituelles de l’Empereur qui aurait pu y voir une manière de s’opposer à la papauté de l’époque.

A travers le royaume du Prêtre Jean, la véritable quête portait sur l’Eden Biblique dont beaucoup, à l’époque du Moyen Age jusqu’à la découverte des Amériques, estimaient encore pouvoir le trouver quelque part sur la planète (3).

Cette intox surfait donc sur les attentes et l’imaginaire populaire. Comme aujourd’hui, une fois la rumeur bien implantée dans les esprits, très difficile de lui tordre le cou. Celle-ci occupera les esprits et mobilisera toute l’Europe chrétienne et bons nombres d’explorateurs et d’aventuriers durant plusieurs siècles.

Au royaume des aveuglés, les canulars sont rois !

Publié le 17 novembre 2017

 Le règne de la « Postvérité »

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Avec Donald Trump au pouvoir et la multiplication des sites d’informations et autres agrégateurs qui relaient jusqu’à plus soif des soi-disant actualités, on pourrait penser que nous venons tout juste d’entrer dans l’ère de la Post-vérité. Il n’en est rien.

Déjà à l’époque de l’Ancien Régime se préparaient les ingrédients de cette postvérité. Ce ne sera pas sans conséquence car, pour certains historiens, cela aurait contribué de manière non négligeable à la Révolution.

Selon l’historien Robert Darnton qui a étudié le “monde des écrivaillons parisiens”, comme il les a appelés, ceux-ci ne rêvaient, dans le Paris du XVIIIe, que de saper les institutions de l’époque.

Ces despérados du pamphlet étaient passés maîtres en matière de sous-entendus et de mensonges. Ils s’acharnaient sur les conseillers et les ministres du roi, en les dépeignant comme des bouffons non seulement incompétents, mais aussi cupides et obsédés sexuels. Leurs écrits connus sous le nom de « Libelle » étaient parfois rédigés de l’étranger comme ceux de Charles Théveneau de Morande basé à Londres.

Pour bons nombres de Parisiens aux sorts peu enviables, ces rumeurs devenaient des vérités, exploitant ainsi leur colère. On connaît la suite !


Philippe le Bel, roi  des « fake news » !

Tout a commencé vers 1300, pour une sombre histoire d’impôt que Philippe Le Bel entend prélever sur le Clergé et dont le Pape Boniface VIII ne voulait pas entendre parler. Parmi les principaux opposants, l’Evêque Bernard Saisset va en faire les frais.

Les conseillers du Roi cherchent à le discréditer en diffusant de fausses informations : l’Evêque Bernard Saisset serait un traître, ayant tenu des propos injurieux contre le roi. Ni une, ni deux, l’Evêque Bernard est arrêté. S’en suivra un procès construits autour de rumeurs et d’ouï-dire dont il sera très difficile de faire la part du vrai.

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Philippe le Bel va mettre à profit cette première expérience, pour monter un « coup » beaucoup plus ambitieux qui va avoir un retentissement historique. Il s’agit de l’arrestation des Templiers. Cette fois, il s’agit de discréditer l’Ordre tout puissant des Templiers à coup de diffamations qui seront utilisés lors du procès.

A la manœuvre, le conseiller du Roi, Guillaume de Nogaret. Celui-ci n’hésite pas à utiliser les grands moyens. Il lance une campagne de dénigrement sans précédent : crachat sur des crucifix, baiser rituel sur l’anus comme pacte avec le mal, sodomie entre les membres de l’ordre, idolâtrie…(4). Les Templiers seraient non pas les bons soldats de Dieu mais des serviteurs du Diable !

Loin d’être exempts de fautes, l’Ordre des Templiers donne une image désastreuse aux yeux de l’opinion publique et se présente sous l’angle d’une entité hérétique hors de tout contrôle bien pire que la réalité. L’issue de cette avalanche de fake news sera dramatique pour l’Ordre et ses célèbres chevaliers : dissolution de l’Ordre, responsables sur le bucher, biens confisqués et membres pourchassés.

Si le contenu des fake news n’est pas réel, les conséquences sont, en revanche, bien souvent, loin d’être virtuelles !


Contre les fake news,  le fact-checking

Cette méthode très anglo-saxonne s’est imposée dans les années 20 aux rédactions américaines. De quoi s’agit-il ? D’une vérification systématique des faits avant publication d’un article pour éviter toute erreur ou falsification.

fact-checking

Depuis, selon la journaliste Atossa Araxia Abrahamian (5), cette méthode s’est imposée à l’ensemble des médias américains, y compris pour les magazines people comme Vogue. Un métier a même vu le jour, fact-checker. Il consiste à revérifier tous les éléments factuels d’un article. Cela va de la couleur de la voiture citée, aux noms des personnes, aux dates des événements, aux chiffres mentionnés, ect…

La toute première vérificatrice du magazine Time, Nancy Ford, fut engagée en 1923 et son job s’effectuait pour l’essentiel à la bibliothèque de New York. Un siècle plus tard, la palme revient à l’hebdomadaire allemand « Der spiegel »  qui dispose du plus grand département au monde de vérification.

Et la France ? Ce n’est pas dans notre tradition même si on n’y vient timidement. Décodeur au Monde ou Désintox à Libération entreprennent une démarche qui s’en rapproche, avec une différence majeure cependant : l’erreur est débusquée à postériori alors que dans la presse anglo-saxonne, le boulot est fait en amont.

Pour nous, Français, l’interprétation des événements est plus importante que la véracité des faits !


1 -   Le Figaro « En Ethiopie, au Royaume du Prêtre Jean
2 -  « Le royaume du Prêtre Jean, plus grosse « fake » du Moyen Age » – Le Monde – 25 octobre 2017
3 – « Enquête sur le Royaume du Prêtre Jean » (Emission sur ARTE) – La Croix 2 septembre 2007
4 - « Philippe le Bel, inventeur des fakes-news ? », article de Catherine Keruchi – Le Point.fr – 11 juillet 2017
5 – « Aux origines du « Fact-Checking », article de Valentine Faure – TéléObs N°2767 du 16 novembre 2017


Pour en savoir plus sur les Fake news :




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