lundi, 27 février 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Le paradis, ici & maintenant, pour la toute 1ère fois

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Posté par fabrice
 

XVIIIème siècle

le paradis

Nous irons tous au paradis !

 

Si l’idée de paradis affiche plus de 2500 ans au compteur, elle a connu des hauts et des bas : du jardin d’Eden, le paradis terrestre, au paradis céleste en passant par une phase intermédiaire, le purgatoire. Depuis les Lumières, le paradis est redescendu sur Terre. Certains pensent qu’il n’y aurait plus qu’à le cueillir.

« Le paradis est où je suis », écrit Voltaire (1694-1778) en 1736 dans le Mondain.

Avec ce poème, Voltaire vante le progrès et la recherche du bonheur terrestre qui, selon lui, doit l’emporter sur l’attente du Salut Eternel. Autrement dit, Voltaire envisage pour l’homme un épanouissement ici-bas. C’est totalement subversif pour l’époque et en contradiction avec les religions du Livre (le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam).

Le paradis ici et maintenant

Pour la toute première fois, la notion de paradis se laïcise donc. Cette approche révolutionnaire annonce, tout simplement, le monde moderne. Celui-ci est né, comme l’explique l’historien et sociologue des religions, Frédéric Lenoir « d’une laïcisation de l’idée de paradis, transformée en une idée de progrès menant à un paradis terrestre… »(1). C’est la consécration d’une quête, pour la première fois,  d’un bonheur individuel ici-bas.

En effet, grâce aux progrès techniques et aux perspectives nouvelles qu’offre la science dont l’amorce se situe à la Renaissance, la recherche du bonheur ici-bas commence à devenir légitime. Un bonheur individuel et universel, ici et maintenant (2).

Il faut dire que la philosophie des Lumières est passée par là. Galilée, Newton, Darwin, Buffon, Diderot, Locke, Voltaire, Spinoza, le suédois Swedenborg, et bien d’autres (3) vont démontrer, par leurs théories et analyses en matière d’astronomie et d’évolution, que le monde n’a plus ni de haut ni de bas et qu’il ne s’est pas construit en 7 jours. Que devient alors le Paradis et où le situer ?

Le Jardin d'Eden par Michel Ange - Chapelle Sixtine.

Le Jardin d’Eden par Michel Ange – Chapelle Sixtine.

Le paradis : des racines et des ailes

Pour la première fois, la Genèse a donc du plomb dans l’aile et le Jardin d’Eden commence sérieusement à se faner !

Pourtant, Dieu sait si nous revenons de loin. Pour le paradis, tout a commencé véritablement à l’époque mésopotamienne. C’est la grande époque où se construisent les mythes de l’Arbre de vie ou du Déluge. Cela remonte au IVème millénaire avant notre ère pour l’Arbre de vie et au second millénaire pour l’évocation du Déluge, dans l’Epopée de Gilgamesh, écrit au XIII ème siècle av. J-.-C.

Si les jardins luxuriants mésopotamiens ont pu inspirer le Jardin d’Eden, le concept de Paradis, avec sa dimension de l’au-delà et d’une vie heureuse que l’on a méritée ici-bas, est, semble-t-il, étranger à la culture mésopotamienne (4).

Le Jardin d’Eden de la Bible précède ainsi l’évocation du Paradis : « Le seigneur Dieu planta un jardin d’Eden, et il plaça l’homme qu’il avait formé » (Gen 2.8), est-il mentionné dans le texte hébreu de la Genèse.

Il faut attendre le IIème siècle av. J-.C. pour voir apparaître cette notion de Paradis et de récompenses des âmes méritantes. Cette idée est évoquée pour la toute première fois dans le Livre de Daniel(5), rédigé en 164 avant notre ère, qui mentionne la Résurrection.

La vie éternelle

D’un côté, le Paradis terrestre, qui se résume au jardin d’Eden, splendide havre de paix, situé quelque part sur Terre mais nul ne sait où. Paradis  qui est interdit aux hommes depuis qu’Eve a croqué la pomme et de l’autre, le paradis Céleste, propriété de Dieu, ultime lieu pour les heureux élus.

L’assurance d’une vie éternelle pour ces heureux élus s’impose définitivement à partir de la destruction du second temple de Jérusalem en 135 ap. J.-C.(6). Quant à l’idée de la réincarnation des âmes, elle attendra le passage du cap de l’an mille et celle du purgatoire sera inventée au XIIème siècle par l’Eglise, avec de multiples réajustements, le dernier en date remontant à 1992 (6).

Issue de la nuit des temps, l’idée de paradis, permettant à nos disparus de « revivre » ici-bas ou dans un autre monde, a traversé l’esprit de quasiment toutes les sociétés humaines. Bien entendu, elle a nourri la culture occidentale. D’abord dans une version spirituelle portée par la montée en puissance du christianisme ; puis, dans sa version matérielle et laïque, fruit du siècle des Lumières et, d’une certaine manière du socialisme.

Cela suit la même trajectoire que celle de la morale chrétienne qui, comme le souligne Luc Ferry(7), va permettre paradoxalement l’émergence des morales laïques et républicaines.

Notre petit coin de paradis

Si l’on voulait simplifier, on pourrait dire que le Paradis a connu 3 périodes : celle du paradis terrestre, inaccessible aux hommes depuis la faute originelle, celle du paradis céleste difficilement accessible et, enfin celle du paradis social que le progrès technique a rendu accessible…

Un petit coin de paradis, ici, pour tous et pour tout de suite, voilà le nouveau paradigme du paradis.

Mais, en matière de paradis, comme pour d’autres choses, reste à vérifier que l’enfer n’est pas pavé de bonnes intentions !

 Publié le 26 octobre 2013

Les clés du paradis

Le terme paradis provient de l’avestique, une langue ancienne de Perse. Il signifie « jardin clos », pairi daeza. Il sera traduit en persan par pardez puis en grec ancien par paradeisos. Il figure dans la Bible qu’à partir de l’époque hellénistique, c’est-à-dire entre le IVème et le Ier siècle avant notre ère.

La première fois qu’un jardin paradisiaque est évoqué, c’est dans des tablettes cunéiformes de l’antique Sumer. Ce lieu enchanteur, réservé aux Dieux, excepté à Ziusudra, le Noé sumérien, est baptisé Dilmun que certains situent sur l’ile de Bahreïn.

Même si l’archéologue américain Juris Zarins  situa, dans les années 80, l’hypothétique Jardin d’Eden sur les rives du Golfe Persique, il est probable que ce Jardin ne corresponde pas vraiment à un lieu.

Il s’agirait plutôt d’un « concept » évoquant un espace luxuriant comme la littérature mésopotamienne le mentionnait souvent en référence aux magnifiques jardins des souverains.

D’ailleurs, les souverains assyriens et babyloniens, fervents adeptes de splendides jardins sont appelés «  jardiniers des dieux ».

 


Les péchés capitaux : capital à connaître pour rentrer au paradis

En 1215, le concile de Latran établit la liste officielle des péchés capitaux. A chacun sont associés les châtiments qui vont varier selon les époques  :

  • Luxure : les deux amants sont attachés l’un à l’autre par le cou ou sexe et poitrine dévorés par des serpents ;
  • Gourmandise : pendu par les pieds ;
  • Orgueil : supplice de la roue ;
  • Colère : le coléreux se fait dévorer le cerveau ;
  • Avarice : plongé dans le métal en fusion et embroché par Mammon, le prince des enfers ;
  • Paresse : allongé sous le poids de Satan qui le maintient dans les flammes ;
  • Envie : alternance d’une plongée dans un océan de feu et dans un fleuve glacé.

 


1 – Interview de Frédéric Lenoir publiée dans « Paradis et enfers » – Les cahiers Science& vie – N° 139 – Août 2013
2 – La notion de bonheur terrestre existait déjà chez les Grecs mais ce bonheur individuel était toujours assorti d’un bonheur collectif ; aujourd’hui, pour la toute première fois, l’individu a davantage d’importances que la communauté.
3 – Considéré par l’historien des religions Bernhard Lang de l’Université de Paderborn comme le père de la conception moderne du Paradis
4 – Selon Brigitte Lion, professeur d’histoire à l’Université de Tours – Paradis et enfers – Les cahiers Science& vie, p.26, N° 139 – Août 2013
5 – Le livre de Daniel est le plus récent de l’Ancien Testament. Daniel figure parmi les quatre « grands prophètes ». Le livre décrit des événements se déroulant de la captivité du peuple juif à Babylone sous Nabuchodonosor II, le roi de Babylone entre 605 et 562 av. J.-C., jusqu’à l’époque séleucide sous Antiochos IV. (Source Wikipedia). Le livre de Daniel est considéré comme un livre « apocalyptique » terme qui signifie littéralement « lever le voile ».
6 – Paradis et enfers – Les cahiers Science& vie – N° 139 – Août 2013- Du jardin d’Eden au jugement dernier – Marie Barral ; p. 30 et Edito d’Isabelle Bourdial
7 – « Le Cardinal et le philosophe » – Luc Ferry et Gianfranco Ravasi – éd. Plon – 2013


 

A visionner pour en savoir plus :


Les jardins de Babel par LPDE




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