jeudi, 30 mars 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

La première crise planétaire provoquée par des robots !

(votes : 13)
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Posté par fabrice
 

 6 mai 2010

 Un grain de silicium dans les marchés

 

6 mai 2010, 14 h 32′ 44″  : un courtier ordonne la vente de Contrats à Terme pour un montant de 4 milliards de dollars mais une erreur se glisse dans l’ordre, celui-ci ne comporte pas de prix de vente. En un clin d’oeil, toute la planète finance bascule dans une spirale infernale conduite à un train d’enfer par les robots traders.

Le robot trader en cause appartient à Waddell & Reed, un fonds de pension américain. Sans se poser de question et surtout dans le même instant, puisqu’il est programmé pour, le robot passe plus de 3000 contrats de vente. Wall street dévisse.  Pour la toute première fois de l’histoire, on a perdu le contrôle des machines !

La créature, le robot trader, échappe à son créateur

Le problème vient du fait que le Robot de Waddell & Reed va être suivi par ses petits copains; des centaines d’autres robots « paniqués » par la situation inhabituelle qui lui emboitent le pas. Et comme leurs algorythmes de plus en plus sophistiqués, fonctionnent à un rythme effréné, totalement hors de portée de l’esprit humain, cela enclenche un effet domino dévastateur.

Pour la toute première fois dans le monde feutré de la finance, en raison de l’exécution massive d’ordres de ventes automatiques, nous assistons à un krach éclair ou Flash Crash d’une ampleur inégalée que l’homme ne maîtrise pas.

La panique envahit les salles de marché, alimentée par une vente en cascade que rien ne semble pouvoir stopper. Plus tard, les rapports de la SEC (organisme américain de réguluation des marchés financiers) constatera que certains titres ont changé 27000 fois de mains, en moins de 15 secondes. Facteur aggravant, la journée est marquée par la crise grecque qui pèse sur l’Euro, rendant les marchés particulièrement nerveux.

A 14 h 44, tandis que le marché des actions de Wall Street vient d’entrer dans la tourmente, après celui des Futurs de Chicago d’où vient le tsunami, l’action Apple perd 23 dollars (-20 %) en 2 minutes. Pour d’autres sociétés, c’est encore pire. Procter & Gamble voit son cours chuter de près de 50 %.  Les cours du pétrole s’effondrent de 6% .  Bref, c’est la panique.

A 14 h 45: Les ventes automatiques se poursuivent et en l’espace de quelques minutes, entrainant la saturation des réseaux. C’est près de 1000 milliards de dollars qui se sont alors envolés faisant plonger Wall Street de près 10 %.  .

A 14 h 52 : La bourse de Chicago décide une mesure exceptionnelle. Elle suspend durant 5 secondes toutes les cotations. La descente aux enfers est enrayée. Après 15 heures, les hommes reprennent le contrôle de la situation en mode « manuel », écartant les robots. Les autorités decideront d’annuler toutes les opérations effectuées entre 14 h 40 et 15 heures. Au terme de la journée, Wall Street aura perdu « seulement » 3,2 %.

Le speed trading : un million de fois plus rapide que les humains 

Le coupable est identifié. Il s’appelle le « le Trading Haute Fréquence », ou THT ou encore Algotrading. Il s’agit d’une technique qui consiste, grâce à des algorythmes très complexes utilisant des ordinateurs hyperpuissants et des réseaux de plus en plus rapide, à profiter des micromouvements du marché. Tout se joue au niveau du millionième de seconde; en une second, plus de 1000 ordres peuvent être donnés. A ce stade le cerveau humain ne peut pas suivre.

Cette méthode représente désormais les 2/3 des transactions aux Etats-Unis, plus de  25% en Europe.  La moitié des ordres concernant les entreprises françaises du CAC 40 (le Royaume Uni serait à près de 70%) relève de ce dispositif, l’objectif étant de dénicher les meilleurs cours possibles. On estime qu’en 2009, ce principe est à l’origine d’au moins 20 milliards de dollars de profit. Rien qu’à Wall Street, les sociétés de Trading Haute Fréquence ont réalisé 3,7 milliards de dollars de profit en 2011.

Quant les robots prennent le pouvoir sur les hommes

Les risques de l’AlgoTrading sont considérables comme on vient de le voir. Déjà, en 2002, il y avait eu un coup de semonce, sans parler du krack d’octobre 1987 qui avait été déjà aggravé par le trading informatique; toutefois, à l’époque, les transactions n’étaient pas aussi rapides qu’aujourd’hui.

Au-delà de ces robots traders parfois en proie à la folie qui bouleversent le monde de la finance, c’est un nouveau monde que l’on voit émerger. Celui des robots qui, peu à peu, à notre insu, prennent le contrôle des choses, là où le cerveau humain est hors course.

L’événement du 6 mai 2010, bien qu’exceptionnel, n’est plus isolé. Ce phénomène touche désormais d’autres types de transactions comme le marché des matières premières.  En mars 2010, les cours du cacao ont mystérieusement décroché de plus de 12 % en l’espace d’une minute.

Au-delà de ce Flash crach, ce 6 mai 2010 marque un tournant dans notre histoire.  Pour la toute première fois, une erreur de portée planètaire, n’est pas d’origine humaine mais relève d’une « intelligence »  non humaine !

Ne faut-il pas un grain de folies pour s’en remettre aux grains de silicium des puces informatiques…au risque qu’un grain de sable grippe tout le système ??

Mise à jour : 10 juin 2012

Les cordons -électroniques- de la bourse

En août 2010, ouvre le nouveau centre de données du New York Stock Exchange (NYSE) qui se veut le must technologique en matière de transactions financières virtuelles. 45 000 ordinateurs surdoués, connectés par un réseau Ethernet réagissant à la vitesse de 50 microsecondes permettant d’effectuer un ordre de bourse en 10 microseconde. A ce stade, même la distance joue. Se situer à quelques centimètres du dispositif d’échanges électronique fait gagner quelques centaines de millisecondes par rapport à un concurrent plus éloigné et au final quelques millions de dollars.

Pour les bolides de la finance, il n’ y a pas d’excès de vitesse, bien au contraire. On envisage même de leur construire  des « autoroutes » de fibre optiques. Ainsi, sur les 1300 km séparant les bourses de Chicago et de New York, les traders de haute voltige  pourraient  grapiller 3 millièmes de seconde sur une transaction.  On imagine que les gains sont à la hauteur d’un tel chantier estimé à 300 millions de dollars (source : L’échéance, François de Closets ; Ed. Fayard) .


Les gros cerveaux ne sont plus humains !

Pour la première fois le marché mondial du calcul intensif (HPC), celui des supercalculateurs, a franchi en 2011 la barre des 10 milliards de dollars. Ces machines peuvent effectuer des millions de milliards d’opérations à la seconde et occuper jusqu’à 1000 m2 de surface. Total s’est équipé récemment d’un serveur de calcul capable de procéder à 2.3 millions de milliards d’opérations à la seconde (2.3 pétaflops).

Autre exemple, Airbus vient d’acquérir un supercalculateur regroupant plus de 2000 serveurs afin de modéliser ses futurs avions. Mais la nouveauté vient des banques. Le Crédit agricole, la Société Générale ou encore JP Morgan ont recours à ce type de ressources pour leur calculs de risques financiers et autres opérations de finance et de bourse.

A l’horizon 2020, les ordinateurs les plus puissants rivaliseront avec les capacités d’un cerveau humain et un 2040, leur intelligence devrait atteindre celles de 6 milliards de cerveaux(1).

(1) Selon Philippe Vannier, PDG de Bull -  Source : Les Echos / rubrique High-tech & média – Mardi 3 avril 2012


A visionner pour mieux comprendre :
    • Cash Investigation : le trading haute fréquence – France 2 :

 




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3 commentaires

  1. Chris a écrit,

    Quand les hommes deviennent fous!
    Le monde ne souffre-t-il déjà pas assez de ce cancer qu’est la finance moderne! Et personne ne réagit, tout le monde laisse faire! Les dégâts des années récentes ne sont-ils pas suffisamment considérables?
    Et pourtant celui qui écrit ces mots est un ancien contrôleur de gestion, je dirai la finance encore relativement « saine »!

    Quand allons-nous réagir plutôt que de laisser propager cette gangrène? STOP!!!
    Arrêtons ces fous avides de $

    Posté le 3 août, 2012 à 21 h 39 min

  2. jojogging a écrit,

    J’ai lu qu’Euronext, qui associe la bourse de Paris et celle de New York, a implanté des ordinateurs à 50 km de Londres (à Basildon)et qu’elle loue ses équipements à des sociétés qui pratiquent le Trading haute Fréquence. Ainsi un ordre qui part de Paris et qui doit être exécuté à Londres arrive après celui qui part de Basildon car il n’a pas à traverser la Manche. Une manche à zéro !!

    Posté le 27 septembre, 2011 à 18 h 42 min

  3. Mauricio a écrit,

    On l »ignore souvent mais la bourse de Paris n’est pas à l’abri de ce type de Krach et a déjà fait l’objet de mini-kracks. D’ailleurs, le secraitaire général de l’AMF (Autorité des marchés financiers), Thierry Francq, a reconnu récemment, dans une ITW accordée à l’AFP, fin mai 2011, que le « Trading de Haute Fréquence est un sujet de préoccupation majeure pour les régulateurs ». De plus, il s’inquiète de l’écart technologique entre ceux ayant accès à des ordinateurs surpuissants et les autres utilisant les moyens traditionnels et que ces derniers soient découragés. Enfin, M. Francq précise que « nous souhaitons des règles de coupe-circuits pour, en cas d’incident, éviter tout risque de contagion entre les marchés ». Une proposition doit être faite en ce sens par la Commission eurpéennée cet été. Le trading haute fréquence est donc sous haute surveillance !

    Posté le 22 juillet, 2011 à 19 h 57 min

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