19 janvier 1953
Aux frontières du réel
19 janvier 1953 : le premier jour du reste de notre vie…cathodique !
Ce jour-là est à marquer d’une croix blanche dans le carnet rose de la télévision noir et blanc naissante.

Pour la toute première fois dans l’histoire du divertissement, le réel se confond à la fiction et donne naissance au précurseur de la télé-réalité[1]. Cet heureux événement est celui d’une naissance qui a lieu à la fois dans le monde réel et dans un monde imaginaire, celui de la première série télévisée : I love Lucy.
Mais rembobinons le film. Le 15 octobre 1951, la chaine de télévision CBS diffuse le premier épisode de ce qui est considérée comme le tout premier sitcom, I Love Lucy. Durant 6 ans, 180 épisodes, tournés en public, seront diffusés, avec un succès audience –en données relatives- presque inégalé encore aujourd’hui.
Au cours de la seconde saison de la série, comme on dit aujourd’hui, Lucille Ball, l’actrice principale de la série qui incarne Lucy Ricardo, - une femme quelque peu extravagante qui rêve de troquer sa vie de ménagère pour celle d’artiste-, se retrouve enceinte. Les scénaristes ont alors l’idée d’intégrer cette grossesse au scénario. Trouvaille d’autant moins fortuite que c’est son mari dans la vie réelle, Desi Arnaz, qui joue son conjoint. Plus fort, ils vont jusqu’à faire coïncider la naissance télévisuelle de l’enfant de la série, Little Ricky, avec le jour où l’actrice donne le jour à son bébé. Succès au-delà des espérances puisque 72 % des foyers américains (42 millions de téléspectateurs) dotés d’une télévision assistèrent à l’épisode mémorable.

Ce jour là, on assistera à la mort d’un tabou et à deux naissances : celle du second enfant de la star de la première série tv et celle du concept de la télé-réalité , ultime avatar des sitcoms. Quant au tabou, il faut réaliser qu’à l’époque, aux Etats Unis, le terme même de grossesse était banni des médias. L’épisode sera donc baptisé « Lucy is enceinte », in french, pour brouiller le décodage de l’américain moyen.
Mais cette naissance simultanée on-air et « on the table », comment était-ce possible ? C’ est là qu’interviennent la technique…et la ténacité de l’actrice Lucille Ball. Jusqu’alors, les émissions étaient toutes diffusées en direct pour des raisons techniques. Mais sous l’impulsion de l’actrice, la production accepta de tourner dans des conditions proches du cinéma, avec 3 caméras, en différé, en 35 mm et à Hollywood. Résultat : Lucille et lucy, le personnage qu’elle incarnait, accouchaient conjointement des premiers faux-jumeaux de l’ère médiatique.
Comme un bonheur ne vient jamais seul, I love lucy, permit aussi à la télévision d’entrer dans l’ère industrielle. Les principes techniques utilisés et notamment l’enregistrement ont rendu possible le montage mais aussi les rediffusions et la commercialisation à travers le monde. Une nouvelle naissance était donc annoncée, celle du média de masse.
Depuis, la famille des sitcoms, telenovela et autres soap-opéra, s’est agrandie. Si l’on s’en tient au dernier rejeton, la télé-réalité, au delà d’I Love Lucy que l’on pourrait qualifier de pilote, le premier véritable programme a été diffusé en 1973 : « An American Family ». Il s’agissait de suivre la vraie vie de vrais gens sur des longues périodes. 25 ans plus tard, apparaît une nouvelle génération de divertissement avec « Expedition Robinson », une sorte de Koh Lanta à la sauce suédoise. Mais c’est le 26 avril 2001 que vole vraiment en éclats la frontière entre la vie publique et la vie privée : Loft Story envahit les esprits, les médias et les écrans.
Cette fois, les individus, en quête de toujours plus de transparence et de sensationnel, ouvrent en grand aux appétits de la petite lucarne ce qu’il y a de plus intime. Le téléspectateur vient peut-être de franchir pour la première fois le rubicon de l’omni-surveillance.
Désormais, le phénomène tisse sa toile sur le web. Avec des sites comme Twitter -site de microblogging permettant de publier des messages de type SMS-, certaines stars jouent leur propre paparazzi en postant elles-même leurs photos ou messages intimes. C’est le cas de Demi Moore ou de Britney Spears qui n’hésitent pas à communiquer à leurs adeptes ou suiveurs, comme on dit sur la Twittosphère, des photos très personnelles,en petite culotte par exemple, ou des reflexions… très impersonnelles : je suis en train de regarder un DVD. Microblogging mais maxi suiveurs, plus de 600 000 fans de la twittophile Demi Moore, qui restent connectés en permanence à leurs idôles, qu’il s’agisse de la montée des marches à Cannes ou de leurs faux pas quotidiens.
Autant rendre public ce qui ne restera pas privé pour éviter de se priver du public : tel semble être le mot d’ordre, en 83 caractères, de la nouvelle vague du web participatif. Du postérieur à la postérité, il n’y a finalement qu’un post.

Quelques dates à retenir :
- 1923, l’anglais John Baird réalise le premier téléviseur digne de ce nom qui porte à ce stade que sur l’image… Le son viendra plus tard;
- 11 septembre 1928, diffusion de la première dramatique aux Etats-Unis, en simultanée à la radio pour le son;
- A partir du 30 septembre 1929, une émission quotidienne est diffusée de Londres;
- 26 avril 1935, première émission de la télévision française;
- 9 octobre 1950, le tout premier feuilleton de la télévision française, L’Agence Nostradamus réalisée par Claude Barma;
- 1954, premier magnétoscope professionnel;
- 1959, L’homme invisible ouvre la voie, au Royaume-Uni, au genre de la Science-fiction ;
- 1978, Dallas inaugure le concept du Soap-Opéra, principe du feuilleton fleuve.
- 6 novembre 2001 (14 septembre 2002, en France), 24 heures chrono introduit la notion de temps réel.
1 - La télé-réalité repose essentiellement sur deux fondements : montrer la vie privée et réelle, en la scénarisant pour la rendre plus croustillante et, d’autre part, ne plus recourir à des comédiens mais simplement à des acteurs de leur propre vie à qui l’on promet, grâce à leur participation, notoriété et une vie meilleure. A sa manière, I love Lucy développe le premier volet mais pas encore le second.
A visionner :
- I Love Lucy : les 5 saisons en DVD
- 6 ans, 180 épisodes, le tout premier sitcom ! L’immense succès de I love Lucy incita de grands acteurs de l’époque à participer à certains épisodes, parmi lesquels : William Holden, Bob Hope, Rock Hudson, Harpo Marx ou encore Orson Welles.
- La télévision du téléphonoscope à YouTube : Pour une archéologie de l’audiovision
- Réunissant des contributions de spécialistes des études télévisuelles et cinématographiques, cet ouvrage propose de parcourir l’histoire de certains dispositifs télé-visuels fonctionnant sur le principe générique d’une transmission à distance de données, d’images et/ou de sons. Les études rassemblées ici s’intéressent autant aux machines fictives du 19e siècle, qu’au dispositif «standard» de l’appareil électronique à usage privé, en passant par les nombreuses variantes utopiques et actualisées.
- La Télévision
de Jean-Philippe Toussaint - Le livre raconte l’été à Berlin d’un historien d’art qui se prépare à écrire un essai sur Titien Vecellio et, dans le même temps, décide d’arrêter de regarder la télévision. C’est à la fois une description de son travail au quotidien (petits déjeuners studieux, piscines berlinoises, promenades dans les parcs), et une étude de son état d’esprit depuis qu’il a arrêté de regarder la télévision.
- Samsung - LE37A626 - Télévision LCD 37
- Avec son jeu de matières noir et « crystal » et sa vibration de reflet, la série CrystalGloss Noir Braseo redéfinit les standards du design audiovisuel tout en offrant les dernières avancées technologiques d’amélioration de l’image.
- Serie on air, le site de l’actualité des séries TV.

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