jeudi, 27 juin 2019

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Hypatie, première femme savante illustre

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Posté par fabrice
 

An 370 environ

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Hypatie, belle de science

Hypatie a tout pour elle : belle, intelligente, instruite, pédagogue, fille de bonne famille et pourtant sa fin sera tragique. Mathématicienne et philosophe, première « femme » scientifique dont l’Histoire a retenu le nom et le destin, elle sera aussi célèbre parmi les anticléricaux et les féministes. Voyons pourquoi.

Tout a commencé à Alexandrie au IIIème siècle avant notre ère. Ptolémée Ier (305 av. J.-C. – 283 av. J.-C.) qui a succédé en Egypte à Alexandre le Grand, le fondateur d’Alexandrie, a de grandes ambitions pour cette ville dont il a fait sa capitale. C’est lui qui lancera la construction du fameux phare d’Alexandrie, la 7ème et dernière merveille du monde. Ce phare monumental permettra d’observer les bateaux à 50 km à la ronde. Une prouesse pour l’époque.

Parmi les bâtiments prestigieux comme le temple de Poséidon, figure un grand musée : le Mouseîon. C’est le temple des savants car Ptolémée veut que sa capitale puisse rivaliser avec Athènes dans les domaines culturels et scientifiques. Ainsi Alexandrie deviendra la ville du savoir et des délices !

La bibliothèque magistrale d’Alexandrie 

Bibliothèque_Alexandrie

Là, les savants seront chouchouter (1). Outre le gîte et le couvert, Ptolémée leur promet de construire une bibliothèque magistrale, la célèbre bibliothèque d’Alexandrie qui ne fonctionnera qu’à partir du règne de son successeur Ptolémée II. Pour l’alimenter, le fondateur a une idée imparable. Chaque navire faisant escale à Alexandrie devra fournir les livres dont il dispose.

Une « armée » de copistes se charge de les retranscrire avant de remettre cette copie à leur propriétaire ; l’original est quant à lui archivé dans la Bibliothèque d’Alexandrie.
Grâce à ce stratagème, la bibliothèque disposera jusqu’à 700 000 ouvrages sous forme de rouleaux et de parchemins. De quoi alimenter la curiosité des savants durant 7 siècles et donner du « boulot » à une noria de scribes, traducteurs, éditeurs, professeurs …

Une savante hors pair pour ses compatriotes

Hypatie (3)

A la fin de cette période bénie pour les scientifiques et philosophes de l’époque, apparait notre héroïne, Hypatie dont la date de naissance reste imprécise : entre 350 et 370 de notre ère. Elle est la fille de Théon, mathématicien illustre, qui sera le dernier directeur du Mouseîon.

On raconte (2) que les gens accouraient pour écouter Hypatie dont les connaissances surpassaient la plupart des savants de l’époque, notamment en mathématiques. Lors de ses voyages, elle prend modèle à Athènes sur une autre femme, Asclépigénie, passée maître en philosophie et en sciences néoplatoniciennes.

Cependant, tout en enseignant la philosophie dans son école de philosophie qu’elle dirigera, Hypatie sera la tout première -et sans doute la seule- femme de l’Antiquité à maitriser autant les sciences exactes (3).

Une pionnière de l’invention

Son talent ne s’arrête pas là. Elle fait preuve aussi d’un esprit d’invention hors du commun. On lui doit notamment l’invention de l’hydromètre ainsi qu’un modèle novateur d’astrolabe facilitant les mesures astronomiques et bien d’autres choses (4). Sans aucun doute, Hypatie sort du lot. Autant par sa beauté, que par l’étendue de ses connaissances, son inventivité et son talent. Une sorte de Léonard de Vinci féminin de l’Antiquité.

Mais Hypatie doit faire face aux préjugés et aux croyances religieuses qui se heurtent aux postulats scientifiques qu’elle défend. Les Chrétiens, dont l’influence s’étend chaque jour, ne voient pas la science d’un bon œil. Pour eux, chercher à comprendre l’univers et son fonctionnement, c’est vouloir rivaliser avec le Créateur ou, pis, devenir le complice du Malin.

Hypatie, la beauté du Diable ? 

Hypatie

Pour ses détracteurs, Hypatie va ainsi devenir une ennemie de la foi et sa beauté un signe du péché qui l’habite ; un comble pour elle qui restera vierge jusqu’à sa mort. Et cette mort sera tragique.

En mars 415, les Chrétiens, exacerbés par l’évêque Cyrille en rivalité avec Oreste, le préfet Romain d’Alexandrie, ami d’Hypatie, vont la pourchasser en pleine rue, la violenter, la déshabiller et peut-être même la violer. Son corps est démembré puis brûlé.

Hypatie aura marqué les esprits autant par son savoir et son désir de découvertes que par sa fin tragique qui en fait une icône pour tous les pourfendeurs de l’intolérance.

La toute première icône femme de l’Histoire.

Publié le 5 février 2018

 Les signes qui comptent !

Rene-Descartes

Les mathématiques n’ont pas toujours été associés à une forêt de symboles pour certains familiers (+, – ,x) et d’autres plus ou moins ésotériques pour un profane. Jusqu’à la Renaissance, ces symboles n’existaient pas. Petit panorama de leur entrée en scène (1):

  • Vers 1460 : l’Allemand Johannes Widmann est le premier à employer les signes + et – ;
  • Début du XVIème siècle, le Vénitien Tartaglia est l’un des premiers à utiliser les parenthèses ( ) ;
  • En 1557, pour la toute fois est utilisé le signe = pour désigner l’égalité par l’Anglais Robert Recorde ;
  • 1608, pour la première fois, la virgule est utilisée pour séparer la partie entière de la partie décimale ; cela grâce au néerlandais Rudolph Snellius ;
  • 1621, les signes <> sont utilisés pour la première fois par l’Anglais Thomas Harriot ;
  • 1631, William Oughtred emploie le signe x pour la multiplication pour la 1ère fois ;
  • Il faudra attendre 1659 pour que l’Allemand Joyann Rann utilise le symbole de la division ;
  • 1525, vient le tour de la racine carrée, grâce à un autre allemand, Christoff Rudoff, dont le symbole définitif sera proposé par le Français René Descartes, avec une barre horizontale en 1647.

Beaucoup d’autres signes verront le jour, certains de manière éphémères et d’autres mettront du temps à être adoptés comme les signes + et – qui devront attendre un siècle avant d’être utilisés communément par les mathématiciens, la plupart d’entre eux leur préférant la désignation en lettre : P et M, pour plus et minus.


1 – « Le grand roman des maths » Mickaël Launay – Flammarion – 2016
2 – Socrate le scolastique
3 –  D’autres femmes comme Autocharidas, Théano ou Habrotélia sont connues mais sans informations précises sur elle comme l’évoque Mickaël Launay dans son ouvrage cité ci-dessus. 


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1 commentaire

  1. Anwen a écrit,

    Bonjour,
    Permettez quelques mots sur une des dernières grandes femmes du paganisme et génie féminin qu’était Hypathie. Merci.
    HYPATHIE (375-415)
    Vers 375 naquit Hypathie, fille de Théon, mathématicien et naturaliste qui, imbu des idées de son temps, avait écrit un livre sur les présages par le vol et la voix des corbeaux. Mais la fille devait grandement surpasser son père. On croit qu’elle fit dans sa jeunesse un voyage à Athènes, où elle suivit les cours d’une autre femme, Asclépigénie, qui, avec son père Plutarque le jeune, dirigeait une Ecole de philosophie.
    Donc, les femmes enseignaient encore, malgré l’opposition des néo-chrétiens qui, par la voix de saint Paul, avaient dit : « Je ne permets pas à la femme d’enseigner. »
    A son retour d’Athènes, Hypathie succéda à son père dans sa chaire à l’École d’Alexandrie ; elle faisait un cours public dans la célèbre École de philosophie de cette ville, le Muséum fondé par Ptolémée Soter et Ptolémée Philadelphe, dans le but de conserver les connaissances acquises et de faire de nouvelles recherches.
    Hypathie enseigna d’abord les mathématiques, la géométrie et l’astronomie, puis la philosophie. Elle était en opposition d’idées avec son père qui professait la doctrine d’Aristote, tandis qu’elle enseignait la doctrine néo-platonicienne. Du reste, on lui reconnaît des idées très larges, un éclectisme produit du mélange des opinions qui régnaient dans une ville où l’on pratiquait trois religions : le Judaïsme, le Paganisme et le Christianisme.
    Hypathie, avec la raison droite d’une femme, combattait la théurgie qui régnait dans le monde des hommes ; elle ne croyait pas, comme son père, aux enchantements, aux esprits, aux miracles.
    Cette savante écrivit trois ouvrages :
    1° un commentaire du Traité des Coniques d’Apollonius ;
    2° un commentaire des Arithmétiques de Diophante, qui sont les premiers ouvrages connus d’algèbre ;
    3° un Canon astronomique, c’est-à-dire des Tables des mouvements des astres.
    Le second de ces ouvrages, qui avait été perdu, a été retrouvé à la fin du XVème siècle. Le troisième a dû être confondu avec celui qu’on a attribué à son père, Théon, sur le même sujet. Elle fit aussi des inventions : L’aréomètre ou pèse-liqueurs, un planisphère et un astrolabe.
    D’après les lettres de Synésius, on sait que, pour son planisphère, elle projetait la région équatoriale de la terre sur le cylindre circonscrit ; quant au dernier instrument, c’était un cercle gradué pour mesurer les distances angulaires des astres. On lui attribue aussi l’invention d’un niveau d’eau et d’un appareil à distiller.
    Hypathie était aussi belle qu’elle était savante. De toutes les parties du monde, on venait à Alexandrie pour entendre ses leçons ; sa voix avait une douceur divine, et elle était si connue qu’on lui écrivait en adressant les lettres « à la Philosophe » ou « à la Muse d’Alexandrie ». Elle était entourée d’admiration et de respect. On voyait en elle la femme-Déesse, telle que l’antiquité l’avait connue.
    Un poète lui adressa ces vers : « Quand je te vois et j’entends ton discours, j’adore : c’est l’éthérée constellation de la Vierge que je contemple, car au ciel est vouée ta vie tout entière, auguste Hypathie, idéal d’éloquence, astre immaculé de la sagesse. » (Traduit de l’Anthologie par M. Weil.)
    On croit qu’elle fut unie d’amitié ou d’amour au philosophe Isidore. (D’après sa vie par Damascius.)
    Hypathie eut des disciples célèbres, parmi lesquels Synésius, qui devint chrétien et évêque de Ptolémaïs, C’est dans les lettres qu’on a de lui qu’on trouve le plus de renseignements sur Hypathie : sept de ces lettres lui sont adressées ; dans quatre autres, il est parlé d’elle. Synésius dit d’elle : « Nous avons vu, nous avons entendu celle qui préside aux mystères sacrés de la philosophie. » S’adressant à elle, il dit : « Ma bienfaitrice, mon Maître, ma sœur, ma Mère. » Cet homme n’eut pas le chagrin de voir sa mort tragique, il mourut avant elle.
    Les évêques avaient obtenu de Constantin et de Théodose la destruction des temples grecs et la fermeture des Écoles de philosophie. Or Hypathie continuait à enseigner. Une telle femme devait être pour les masculinistes un objet de haine et de terreur. L’évêque de la ville, Cyrille, successeur et neveu de Théophile, souffrait avec impatience cet enseignement donné par une femme aussi remarquable qui lui inspirait une implacable haine et une violente jalousie. Il résolut de la perdre.
    Cet homme fougueux et terrible disputait le pouvoir au préfet Oreste ; cela amenait des conflits. Le préfet ne voulait pas s’incliner devant l’évêque, quoiqu’il fût lui-même chrétien catholique.
    Une émeute survint à l’occasion de ces disputes. Un maître d’école, Hiérax, s’étant mal comporté devant le gouverneur pendant qu’il promulguait ses décisions au théâtre, fut frappé de verges. Les Catholiques s’en vengèrent, des moines attaquèrent Oreste et sa suite à coups de bâton ; l’un de ces moines, Ammonius, fut mis à mort. Ces détails nous donnent une idée des mœurs du temps. On profita de cette effervescence pour se débarrasser d’Hypathie. Une foule furieuse, menée par le lecteur de l’église de Cyrille, Pierre, agissant sous l’inspiration de l’évêque, suivit une bande de fanatiques, qui alla attendre la philosophe à la sortie de son école, se jeta violemment sur elle, l’arracha de son char, et la traîna dans l’église de Césarée.
    Là, cette bande de néo-chrétiens, parmi lesquels étaient un grand nombre de moines excités contre elle par Cyrille, la dépouilla de ses vêtements et la tua à coups de pierres ; son corps fut coupé en morceaux et la chair arrachée des os par ces moines sauvages, puis ils portèrent ses membres sanglants au Cinéron, lieu des supplices, où ils furent brûlés.
    Tel est le martyre de cette femme, qui réprésentait le génie féminin. Cet acte caractérise l’esprit des disciples de Paul.
    Cyrille ne fut pas appelé à rendre compte de ce crime. Tuer une femme savante n’était pas un délit pour ces gens dont le but était d’anéantir l’Esprit féminin.
    Les modernes, qui reviennent à la nature et à l’antiquité, rendent à Hypathie le culte qui lui est dû. Leconte de Lisle a écrit ces vers :
    « Dors, ô blanche victime, en notre âme profonde,
    Dans ton linceul de vierge et ceinte de lotos ;
    Dors ! l’impure laideur est la reine du monde
    Et nous avons perdu le chemin de Paros.
    «Les Dieux sont en poussière et la terre est muette ;
    Rien ne parlera plus dans ton ciel déserté.
    Dors ! mais, vivante en lui, chante au cœur du poète
    L’hymne mélodieux de la sainte beauté.
    « Elle seule sourit, immuable, éternelle ;
    La mort peut dissiper les univers tremblants,
    Mais la beauté flamboie, et tout renaît en elle,
    Et les mondes encor roulent sous ses pieds blancs ! »
    C’est avec une lenteur extrême que les œuvres de transformation sociale s’accomplissent.
    Vainement, on avait abattu le droit maternel, détrôné la Déesse, déshonoré la Prêtresse ; le culte de la Femme n’était pas encore détruit, son enseignement existait encore, malgré l’injurieuse défense de l’apôtre Paul le misogyne.
    Nous avons vu qu’Hypathie avait entendu les leçons d’Asclépigénie à Athènes. Cette grande femme jouissait d’une aussi grande réputation que la jeune Maîtresse d’Alexandrie. Si elle est moins connue, c’est parce qu’elle n’a pas eu la fin tragique qui donna à la philosophe d’Alexandrie l’immortalité.
    Cordialement.

    Posté le 22 mars, 2018 à 6 h 59 min

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