jeudi, 29 juin 2017

Les toutes, toutes premières fois

Comment tout (ou presque) a commencé !

Toute première cyber-résistance pour cyber-révolution

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Posté par fabrice
 

25 décembre 2010

Tweet again à Tunis

 

Pour Facebook tout a vraiment commencé le jour de Noël 2010. Une enquête est alors ouverte par les services de sécurité de Facebook suite à de nombreuses plaintes sur les vols de mots de passe de comptes utilisateurs tunisiens.

Dès juillet 2010, Slim Amamou, figure des blogueurs tunisiens connu sous le speudo slim404, – arrêté en mai 2010 pour ses publications sur le net jugées subversives [1]  met au grand jour les manœuvres des autorités tunisiennes visant à voler les identifiants des opposants au régime. Ces pratiques ont connu une accélération dès le début des événements qui conduiront à la « Révolution du jasmin ». Révolution qui, hélas, ne se cantonnera pas à une révolution virtuelle vu le nombre de victimes.

Errance du pouvoir contre erreur 404

Il faut dire que pour la toute première fois, le net et particulièrement les réseaux sociaux sont au cœur d’une révolution sociétale, une première dans le monde Arabe , on pourrait presque dire son moteur ou son carburant. Face à ces événements Tunisiens qui ont précipité la chute de Ben Ali , les activistes de la blogosphère sont dans les 2 camps : d’un côté le pouvoir disposant d’une organisation dotée de plusieurs centaines d’agents chargés de surveiller, de censurer et d’infiltrer le web, dont l’une des premières victimes sera le site de vidéos Youtube, de l’autre, le peuple et surtout les jeunes qui vont utiliser le Réseau pour partager vidéos et  informations. La manifestation de Tunis du 13 janvier 2011, qui a marqué un tournant, a été sans aucun doute influencée largement par ces réseaux sociaux; d’autant que la Tunisie est le pays le plus connecté d’Afrique.

Le site Wikileaks a agit comme révélateur, en « officialisant » et cristallisant ce que le plupart des tunisiens savaient ou soupçonnaient depuis longtemps. Ensuite, comme le soulignait Amira Yahyaoui, journaliste et cyberactiviste sur LCI, les vidéos postées sur Facebook au début du mouvement « ont réussi à changer la peur en rage ». Ce fût le détonateur. Puis, Twitter, jouant le rôle d’informateur et d’indicateurs, a pris le relais pour avertir des positionnements et agissements des miliciens et policiers en civil. Cependant, ceux-ci ont également exploités ce filon pour leur propre compte et brouiller les pistes. Sans oublier les « Anonymous », cybermilitants issus de différents pays dont le rôle vis-à-vis de la presse a été double : blocage de sites officiels comme « La presse » et sensibilisation de la presse internationale. Ils ont été à la fois facilitateurs et manipulateurs.

L’Egypte coupée du monde

Mais le web n’a pas de frontière. Désormais, cette cyber-révolution est une source d’inspiration pour d’autres laissés-pour-compte. Suivant le modèle de la révolution tunisienne, la jeunesse égyptienne, via Facebook et Twitter « harcèlent » depuis début  2011 le pouvoir Egyptien, visant directement Hosni Moubarak qui quittera le pouvoir au bout de 18 jours de révoltes. Plusieurs groupes de soutien se sont formés sur Facebook. Le groupe « Jour de révolution » a déclaré que, par le biais de Facebook, l’appel à la grève avait été relayé par 80 000 personnes.


Le réaction du pouvoir ne s’est pas fait attendre. Le 28 janvier 2011, en prévision des manifestations, les autorités décident, via les opérateurs, de couper l’ensemble ou presque des accès à Internet. Mesures qui affectent également la téléphonie mobile et les transactions bancaires utilisant le réseau. Seules épargnées : les transactions boursières.

Résultat : en 24 heures, 97 % du trafic internet de l’Egypte s’est effondré. Un black-out sans précédent. Cette coupure, selon les estimations de l’OCDE, publiées le 3 février 2011, coûteront au moins 13 millions d’euros par jour au pays. Motifs économique,s protestations du monde entier, pression des américains mais aussi techniques de contournements, qu’elles qu’en soient les raisons, après 5 jours d’interruption, les autorités ont de nouveau ouvert le robinet d’Internet.  

Pour la toute première fois, un régime a recours à un blocage quasi-total d’Internet pour tout un pays, solution que la Birmanie (en 2007) ou l’Iran (en 2009) avait déjà utilisée mais de manière ciblée et très temporaire. Pour la toute première fois, les puissances au pouvoir sont confrontés à une nouvelle forme de contre-pouvoir, d’une puissance de mobilisation inédite. Munis d’Internet et de téléphone portable, les contestataires peuvent s’adresser en temps réel à une communauté nationale et même internationale,  Contre-pouvoir véhiculé par des entreprises privées aux ramifications universelles, sans véritable but politique, en dehors de la liberté de circulation des données -et de leur profits-, leur coeur de métiers. Autrement dit, pour reprendre la réflexion de Nicolas Arpagian, [2]  : « Comme si ces firmes pouvaient décider de la réussite des rebellions à venir. Selon leurs propres interêts. »

Désormais, s’engouffrant à travers les autoroutes de l’information du web 2.0,  le vent brûlant de la révolte souffle pour la toute première fois sur l’ensemble du monde arabe.   Tweet again à…Alger, Rabat, Damas, Amman, Manama, Tripoli…


La révolution 2.0 a déjà ses îcônes

Wael Ghonim, égyptien et responsable marketing de Google pour le Moyen-Orient, domicilié à Dubaï, Mona Seif et Gigi Ibrahim, militantes online  sont les icônes de la révolution Egyptienne qui a mis à genoux le régime de Moubarak en moins de 20 jours.

L’un,  Wael, en créant  la célèbre page de résistance Facebook « we are all Khaled Said »,  nom d’un jeune homme battu à mort en juin 2010 par les policier à Alexandrie, les 2 autres jeunes filles, en militant autant sur Twitter que dans la rue.  Gigi l’avoue [3] :  « les réseaux sociaux, au départ, ça servait à […] rencontrer des amants, des amis…Et là, ça fait tomber des dictatures » Toutefois, elle tempère en ajoutant : «  Il est possible de déclencher une révolution en quelques clics , mais ensuite, c’est le peuple qui fait la révolution ».   

Même si le rôle joué par les réseaux sociaux dans cette  révolte inédite qui souffle sur le monde arabe porte à débat, il est admis que ceux-ci ont servi de caisse de résonance dans la mobilisation des foules. Parmi ces facteurs de mobilisation, le réseau suédois Bambuser.com a permis de montrer en temps réel l’ampleur des soulèvements grâce à un service de diffusion  gratuit de vidéos envoyés directement à partir de son smartphone. Succès cependant éphémère car rapidement interrompu par le blocage d’internet par le gouvernement de Moubarak. 

Face à la revendication de justice sociale, donc de transparence et surtout de liberté politique, Le droit à la connexion est donc devenu, à travers le monde, un droit humain fondamental comme l’a proclamé Hillary Clinton en janvier 2010.


Syrian revolution 2011

La contestation via Facebook  s’intensifie en Syrie. La page « Syrian revolution 2011″ comptait plus de 170 000 membres au printemps 2011. Cependant les autorités cherchent à infiltrer le réseau. Certains affirment même que des opposants auraient été torturés pour fournir les mots de passe de Facebook. De leur côté les partisans du régime ne sont pas en reste et disposent eux aussi de leur page : « Syrian Electronic Army »   qui regroupe 60 000 membres. Des tortures pour les mots de passe de Facebook : nous sommes passés de la lutte des classes sociales, à la lutte contre la casse des accès au réseau social. Viva la révolution web 2.0 !
Facebook est donc au coeur du conflit et sert les deux parties ou plutôt les deux parties l’utilisent. Depuis quelques temps (fin 2011, début 2012), des listes de personnes anti-loyalistes à éliminer y sont publiées(4), comme d’ailleurs des listes pro Bachar Al-Assad. Celle du bataillon Abou Obeida bin el Jara qui compte 2500 amis présente une efficacité redoutable : plusieurs personnes y figurant font dejà partie des victimes. Le réseau social serait-il en train de devenir le réseau anti-social, ou du moins au service de la guerre civile!

Pour en savoir plus, lire l’article : En Syrie, on torture pour des mots de passe de Facebook


Anonymous : une force de frappe qui étend sa toile

Le 19 janvier 2012, les autorités américaines décident la saisie des 17 noms de domaine de Megaupload, site de téléchargement illégal peer to peer et la saisie de 50 millions de dollars sur les comptes de la société. Le 20 janvier le site est hors ligne.

Une grande partie de la communauté de la toile est sans dessus-dessous et trouve des relais parmi les îcones du web : Google lance une pétition qui sera signée par 7 millions d’internautes, Wikipedia ferme durant 24 heures les accès à ses information, tandis que le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, fustige cette décision.

Mais face à ce que certains considèrent comme une atteinte inadmissible à la liberté d’expression, c’est le collectif Anonymous qui va porter le plus loin la riposte. Ils vont pirater ou bloquer une série de sites institutionnels ainsi que ceux présumés favorables à cette position : celui de la Maison Blanche, le site du ministère de la Justice, celui d’Universal Music, d’Hadopi, de l’hebdomadaire L’Express et même celui de l’Elysée durant quelques minutes. Nom de code de l’opération : #opmegaupload.

Leur mode opératoire est simple : saturer les serveurs des sites visés par un nombre astronomique de connexions jusqu’au moment où les serveurs « disjonctent » ! C’est ce que les spécialistes nomment des attaques en « déni de service ». Comment y parvenir ? Le plus souvent en contrôlant à distance et à l’insu de leur propriétaire, via un virus informatique, des centaines d’ordinateurs à travers le monde. D’autres méthodes consistent à modifier les pages d’accueil de sites, « le défaçage »(**) ou encore à publier des listes de coordonnées de personnes (adresse, téléphone, mot de passe…).

Laurent Checola du Monde rapporte le témoignage d’une personne (*) qui malgré elle s’est retrouvée « hacktivistes », en cliquant sur un simple lien sur Twitter : « En cliquant, je me suis retrouvé à réaliser une attaque de « déni de service » contre universalmusic.com, sans solution pour l’interrompre, à part en fermant rapidement la fenêtre de l’ordinateur ».

La loi des Etats contre la loi des pirates ou des cybermilitants.

La fermeture du site MegaUpload évoqué plus haut combattu par les « hacktivistes » est la conséquence directe du « Digital Millennium Copyright Act » voté en 1998(***). En Europe, le Parlement européen promeut l’Accord commercial Anticontrefaçon (ACTA), d’origine américaine. Cet accord, concernant 40 pays, s’il était voté au Parlement européen de Stasbourg, sonnerait le glas de certaines méthodes de partage sur le web et plus généralement de la liberté de pratiques qui caractérise la toile. Du moins, c’est l’avis des opposants à cette mesure dont font partie les Anonymous.

[*]: Rédacteur sur le site gawker, cité dans l’article du Monde du 20 janvier 2012 « Comment Anonymous riposte à la mise hors ligne de Megaupload ».
[**] En janvier 2012, le site d’ArcelorMittal a vu sa home page ainsi modifiée pour dénoncer la fermeture de l’usine de Liège. [***] Nouvel Observateur N° 2466, du 9 février 2012.



A visionnner pour poursuivre la réflexion : 


 
Mis à jour le 1er mars 2012

1 – Slim Amamou vient de rejoindre le gouvernement de transition comme secrétaire d’Etat à la jeunesse; malgré ses fonctions, il continue à « twitter » allant même jusqu’à commenter en direct les Conseils des Ministres.
2 – Rédacteur en chef de « prospective stratégique », citation publiée dans le Nouvel Observateur, N°2413, du 3 février 2011.
3- Le Monde du 21 février 2011
4- Informations rapportées par le Nouvel Observateur N° 2467 du 16 février 2012


A visionner pour mieux comprendre :

 
 


A voir et à lire pour aller plus loin :

  • La cybersécurité, collection « Que sais-je », PUF, 2010 – de Nicolas Arpagian
    La dépendance grandissante de pans entiers de nos existences (données médicales ou bancaires), de nos modes de production (informatique d’entreprise ou équipements industriels) et de notre défense (numérisation de l’espace de bataille et des systèmes d’arme) à l’égard des systèmes informatiques fait de la cybersécurité une nécessité vitale.

  • Anonymous : Pirates informatiques ou altermondialistes numériques ?
    Les Anonymous… Ce nom intrigue, dérange ou fascine. Il fait trembler les puissants, les autorités, les mafias, les grandes entreprises, les institutions et même les États. Puisant ses racines au plus profond de la culture internet, dans cette cyberculture qui a nourri les hackers et développé des valeurs humanistes propres au numérique, ce nouvel activisme pourrait redéfinir les contours de la lutte sociale. Aujourd hui, entre altermondialisme et hacktivisme, le mouvement s étend, se répand comme un virus et se déploie aux quatre coins du monde un monde que ces « anonymes indignés » et engagés entendent bien changer, voire réinventer à leur manière. Insaisissables, mais omniprésents, regroupés sous une même bannière et un masque emprunté à un héros légendaire, des milliers d anonymes se rebellent, revendiquent, s opposent et défendent avec force des valeurs érigées en absolus, souvent en marge de la légalité, parfois avec un humour potache. Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Comment sont-ils organisés ? S agit-il seulement de petits génies s amusant de leurs talents informatiques ou des prémisses d une lame de fond porteuse d un véritable message politique ? À contre-courant des lieux communs, des préjugés ou des fantasmes sur le sujet, les auteurs de cet ouvrage signent une analyse remarquable en multipliant les angles d observations. Ils retracent en détail la genèse des Anonymous et décrivent leurs principales revendications et faits d armes. Ils étudient les rapports de ce nouvel activisme avec d autres formes de contestation qu il s agisse de hackers ou de mouvements altermondialistes traditionnels. En s attachant à bien exposer les fondements culturels et sociaux du mouvement, ce livre fournit toutes les clés pour comprendre la véritable nature des Anonymous, et pour cerner la réalité mouvante de cette forme inédite de « guérilla informatique, politique et médiatique » qui, à n en pas douter, n a pas fini de faire couler de l encre et grincer des dents…



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